LETTRE à HENRY - 1792

Lettre à Henry

 

1792

 

Pour trouver une porte d’entrée dans l’interprétation de la Lettre à Henry, dans une optique typologique que réclame la juxtaposition de dates futures à l’époque contemporaine de Nostradamus  et de faits historiques passés, on s’attaquera à la deuxième partie de la Lettre commençant par un nouvelle chronologie biblique et une configuration astrologique qui est suivie par la mention de la date de 1792, que l'on considère comme comptée de l'ère commune.

 

Dans ce passage apparaît le terme Pempotan qui a été associé à l’Angleterre dans le Quatrain X, 100.

 

Toutesfois contans, les ans depuis la creation du monde, iusques à la naissance de Noë, sont passez milcinq cens & six ans,—& depuis la naissance de Noë iusques à la parfaicte frabrication de l'arche, approchant de l'vniuerselle mondation, passerent six cens ans (si les dôs estoyêt Solitaires ou Lunaires, ou des dix mixtions) ie tiens ce que les sacrees escriptures tiennent qui estoyent Solaires. Et à la fin d'iceux six ans Noë entra dans l'arche pour estre sauué du deluge:—& fut iceluy deluge, vniuersel sur terre, & dura vn au & deux mois.—Et depuis la fin du deluge iusques à la natiuité d'Abraham, passa le nombre des ans de deux cens nonâte cinq.—Et depuis la natiuité d'Abraham iusques à la natiuité d'Isaaç passerent cent ans.—Et depuis Isaac iusques à Iacob, soixante ans—dès l'heure qu'il entra en Egypte iusques à l'yssue d'iceluy passerent cent trête ans.—Et depuis l'entrée de Iacob, en Egypte iusques à l'issue d'iceluy, passerent quatre cens trente ans.—Et depuis l'yssue d'Egypte iusques à l'edification du Temple faicte par Salomon au quatriesme an de son regne, passerent quatre cens octâte ou quatre vingts ans.—Et depuis l'edification du temple iusques à Iesus Christ selon la supputation des hierographes, passerent quatre cens nonante ans.—Et ainsi par ceste supputation que i'ay faicte, colligee par les sacres lettres, sont enuiron quatre mille cent septante trois ans & huict mois, peu ou moins:—Or de Iesus Christ en ça par la diuersité des sectes ie laisse, & ayant supputé & calculé les presentes Propheties, le tout selon l'ordre de la chaisne qui contient sa revelation, le tout par doctrine Astonomique, & selon mon naturel instinct,—& apres quelque temps & dans iceluy comprenant depuis le temps que Saturne qui tournera entre à sept du mois d'Auril, iusques au 15. d'Aoust Iupiter à 14. de Iuin iusques au 7. Octobre Mars depuis le 17. d'Auril, iusques au 22. de Iuin, Venus depuis le 9. d'Auril iusques au 22. de May, Mercure depuis le 3. de Feurier, iusques au 24. dudit.—En apres le premier de Iuin, iusques au 24. dudit, & du 25. de Septembre, iusques au 16. de Octobre, Saturne en Capricorne, Iupiter en Aquarius, Mars en Scorpio, Venus en Pisces, Mercure dans vn moys en Capricorne, Aquarius, & pisces, la lune en Aquarius la teste du Dragon en Libra: là queüe à son signe opposite—suyuant vne conionction de Iupiter à Mercure auec vn quadrin aspect de Mars à Mercure, & la teste du Dragon sera auec vne conionction du Soleil à Iupiter, l'annee sera pacifique sans eclypse, & non du tout,—& sera le commencement comprenant ce de ce que durera & cômençant icelle annee sera faicte plus grande persecution à l'Eglise Chrestienne, que n'a esté faicte en Afrique, & durera ceste-icy iusques, à l'an mil sept cens nonante deux que l'ô cuydera estre vne renouation de siecle:—apres commencera le peuple Romain de se redresser, & de chasser quelques obscures tenebres, receuant quelque peu de leur pristine clarté, non sans grande diuision & continuel châgemens.—Venise en apres en grande force & puissance leuera ses aisles si treshaut, ne disant gueres aux forces de l'antique Rome. Et en iceluy temps grandes voyles Bisantines associees aux Ligustiques par l'appuy & puissance Aquilonaire, donnera quelque empeschement que des deux Cretenses ne leur sera la foy tenueë.—Les arcs edifiez par les antiques Martiaux, s'accompagneront aux ondes de Neptune.—En l'Adriatique sera faicte discorde grande ce que sera uny sera separé, approchera de maison ce que paravant estoit & est grande cité, comprenant le Pompotam la Mesopotamie de l'Europe à quarante cinq & autres de quarante vn, quarante deux, & trente sept.—Et dans iceluy temps, & en icelles contrees la puissance infernale mettra à l'encontre de l'Eglise de Iesus Christ la puissance des aduersaires de sa loy, qui sera le second Antechrist, lequel persecurera icelle Eglise & son vray Vicaire, par moyen de la puissance des Roys temporels, qui seront par leur ignorance seduicts par langues, qui trencheront plus que nul glaiue entre les mains de l'insensé.—Le susdicts regne de l'Antechrist ne durera que iusques au definement de ce n'ay pres de l'aage & de l'autre à la cité de Plancus accompagnez de l'esleu de Modone Fulcy, par Ferrare, maintenu par Liguriens Adriaticques, & de la proximité de la grande Trinacrie.

 

Mésopotamie d'Europe

 

Pline encore partage en deux Provinces qu'il appelle Baeturies, le territoire qui est entre le Bastis & l'Ana : & dit que l'une des deux Baeturies portoit le nom propre de Celtique, parce qu'elle n'avoit pour habitans que des Celtiberes, qui de la Lusitanie avoient passé dans la Bœtique. D'où tout homme sensé conclut qu'encore du tems de Pline la Lusitanie faisoit partie de la Celtibérie & en portoit le nom. Au reste cette Celtique étoit si considérable, qu'elle renfermoit les peuples connus fous le nom d'Acinippo, d'Arunda, d'Aruci, de Turobrica, de Latigi, d'Alpesa, de Saepona & de Serippo. Strabon (Lib. III) y ajoute Pax augugusta sur le Guadiana & observe que ces Celtici étoient les fondateurs des Artabres ou Celtici Neriae. C'est au reste aux deux Beturies que Strabon applique le nom de Mésopotamie Européenne (Eurôpaias Mesopotamias), en la comparant à la Mésopotamie Asiatitique, & il dit que la première étoit occupée par les Celtes & les Lusitaniens (Jacques Martin, Histoire des Gaules et des conquêtes des Gaulois: depuis leur origine jusqu'à la fondation de la monarchie françoise, Tome I, 1752 - books.google.fr).

 

La partie du littoral adjacente au promontoire Sacré forme le commencement du côté occidental de l'Ibérie jusqu'à l'embouchure du Tage, et le commencement du côté méridional jusqu'à un autre fleuve appelé Anas, jusqu'à son embouchure s'entend. Ces deux cours d'eau viennent du levant; mais le premier, le Tage, beaucoup plus considérable que l'autre, coule droit au couchant jusqu'à son embouchure, tandis que l'Anas tourne au midi, formant ainsi, avec le Tage, une mésopotamie, dont la population, composée eu majeure partie de Celtici compte aussi quelques tribus lusitaniennes, que les Romains y ont transplantées naguère de la rive opposée du Tage (Strabon, Géographie - Livre III - remacle.org).

 

"les arcs... antiques Martiaux... onde de Neptune"

 

Béturie, est la Contrée de l'Estrémadure, qui confinoit avec la Carpétanie, renfermant les Territoires de Truxillo, de Mérida, d'Alcantara, de Plafencia & de Coria. Emerita Augusta, colonie de soldats émérites ou vétérans, fondée par Auguste en 25 avant notre ère, chef-lieu d'un Conventus, & résidence d'un propréteur gouvernant cette province, conserve son nom presque pur dans celui de Merida (Jean De Ferreras, Histoire generale d'Espagne, traduite de l'espagnol par M. D'Hermilly, 1742 - books.google.fr).

 

Mérida (Emerita Augusta), à neuf lieues de Badajos, à trente-quatre de Séville, et soixante de Madrid par Truxillo et Talavéra, est une très-ancienne ville fondée sur la rive droite du Guadiana (ancien Anas) par les Romains, qui y ont laissé, comme monument de leur puissance, un pont indestructible; un antique château qui, réparé par tous les peuples qui possédèrent Mérida, subsiste encore en partie; les restes d'aqueducs magnifiques; des arcs de triomphe ; un vaste cirque; une naumachie et cent autres traces respectables (Jean Baptiste Geneviève Marcellin Bory de Saint-Vincent, Guide du voyageur en Espagne, 1823 - books.google.fr).

 

A l'entrée d'un des faubourgs un temple de Mars, dont on a fait une chapelle (Oratorio nommé Horno de santa Olalla), offre des trophées militaires et des armes de toute espèce, sculptées en relief, d'un travail admirable (Journal historique et littéraire, Volume 77, 1903 - books.google.fr).

 

Le pont d'Augusta-Émérita ( Mérida) sur la Guadiana, tout en pierres de taille, avait deux mille cinq cent soixante-quinze pieds de long; il se développait sur soixante-quatre arches, à la voûte arrondie, d'inégale grandeur (Cesare Cantu, Histoire universelle, Tome 5, 1845 - books.google.fr).

 

On lit dans Moralez (Las Antiguedades de las ciudades de Espana, 1575) de ce qu'Antonio de Lebrixa (ou Nebrissa, qui publie des Antiquités d'Espagne en 1498 à la demande des rois catholiques), qu'il qualifie de "nuestro buen maestro de toda Espana", concluoit d'avoir trouvé que les mesures d'un cirque et d'une naumachie à Mérida, et pareillement des intervalles de milliaires, cadrent avec la mesure du pied Castillan (Jean Baptiste Bourguignon d'Anville, Connoissances géographiques générales, traité et mémoires sur les mesures anciennes et modernes, 1834 - books.google.fr).

 

C'est ainsi qu'à Emerita Augusta (Mérida) le Mithreum, situé sur la colline de San Albin, et qui connut en 155 apr. J.-C. une grande activité, abritait les statues de Vénus, Mercure, Neptune, un Kronos léontocéphale, un Kronos à tête humaine, un Oceanus ; on a retrouvé au même endroit une tête de Sérapis et un Sérapis assis (R. Etienne, Péninsule ibérique, Les Syncrétismes dans les religions grecque et romaine: Colloque de Strasbourg (9-11 juin 1971), 1973 - books.google.fr).

 

"une grande persecution... que n'a esté faicte en Affrique" et "les arcs... antiques Martiaux... onde de Neptune"

 

Martialis était un évêque chrétien d'Emerita du IIIème siècle, qui, par peur de la persécution romaine, s'en était tiré par la signature d'un certificat, appartenant ainsi aux libellatici. D'autres avait sacrifié aux dieux, les sacrificati. Il avait réussi à obtenir son rétablissement sur son siège en circonvenant le pape Etienne. Il fut déposé par un concile à Carthage en 254 (Paul Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne depuis les origines jusqu'à l'invasion arabe (1902), 2013 - books.google.fr).

 

"est grande cité, comprenant le Pompotam la Mesopotamie de l'Europe à quarante cinq & autres de quarante vn, quarante deux, & trente sept".

 

La "grand cité" serait ainsi Mérida. 45, 41, 42 et 37 restent énigmatiques. La somme de ces nombres fait 165 qui est la distance routière de Séville (Hispalis) à Mérida (Emerita Augusta) sur certains manuscrits de l'Itinéraire d'Antonin : à Carmona, XXII ; à Obucula (Venta de Moncloa), XX ; à Astigi (Ecija), XV ; à Celti ou Celtica (Fuentacojuna), XXXVII ; à Regiana (Hornachos), XLIV ; à Emerita, XXVII. XXXVII : 37, XLIV proche de 45 ? (Agricole Joseph François Xavier Pierre Esprit Simon Paul Antoine marquis de Fortia d'Urban, Lapie (M., Pierre), Emmanuel Miller, Recueil des itinéraires anciens, 1845 - books.google.fr).

 

La ville de Séville sera reprise sur les Almohades en 1248 par Ferdinand III de Castille après un siège de 16 mois. Appelé saint Ferdinand, il est le fils d'Alphonse IX de Leon et de Bérengère de Castille [voir ci-dessous et quatrain VI, 85] (fr.wikipedia.org - Ferdinand III de Castille).

 

Prises de Mérida en 1229 et en 1811

 

Le roi Alphonse IX  de Léon épousa en seconde noce Bérengère, fille de son cousin germain, Alphonse III, roi de Castille. Le pape Innocent III s'éleva contre cet inceste, et envoya un légat pour en faire cesser le scandale.Alphonse qui aimait son épouse, ayant refusé d'y renoncer, l'interdit fut de nouveau lancé sur le royaume de Léon. En 1204 seulement les époux consentirent à se séparer, après avoir eu cinq enfans, que le pape déclara légitimes : ce fut en faveur de Ferdinand, l'aîné de ces enfans, que sa mère résigna en 1217 la couronne de Castille qu'il fut dans le cas de défendre, pendant peu de temps seulement, contre son propre père. Assisté d'un corps de troupes fourni par ce même fils avec lequel il s'était réconcilié, Alphonse IX enleva en 1229 aux Arabes l'importante place de Cacerès sur le Salor en Estramadure, et en 1230, Mérida sur la Guadiana (Max.Samson-Fréd Schoell, Cours d'histoire des états européens, depuis le bouleversement de l'Empire romain d'Occident jusqu'en 1789, Tome 3, 1830 - books.google.fr).

 

Avec Alphonse VII, s'éteint une certaine idée impériale dans la Péninsule. En effet, à la mort de « l'Empereur », en 1157, les deux parties constitutives de sonEmpire furent partagées entre ses deux fils, Sanche III et Ferdinand II. Sanche III (1157-1158) et son fils Alphonse VIII (1158-1214) régnèrent sur la Castille, Ferdinand II (1157-1188) et son fils Alphonse IX (1188-1229) sur le León. Le nouveau découpage politique issu de ce partage dura près de trois quarts de siècles et donna et donna le jour à « l'Espagne des cinq royaumes » (Los cinco reinos : Aragon-Catalogne, Navarre, Portugal, Castille et León). C'est en 1230 seulement, à la mort d'Alphonse IX, que la Castille et le León furent de nouveau, et cette fois définitivement, unis sous la direction de son fils Ferdinand III de Castille (Pascal Buresi, La frontière entre chrétienté et Islam dans la pénisule Ibérique: du Tage à la Sierra Morena (fin XIe-milieu XIIIe siècle), 2004 - books.google.fr).

 

Alphonse IX de León (1188-1230) épousa en premières noces Beringuela de Castille, fille d'Aliénor d'Angleterre (1161-1214),  seconde fille d'Henri II d'Angleterre et d'Aliénor d'Aquitaine et d'Alphonse VIII le Noble, roi de Castille. Une sœur de Bérengère, Urraca, était mariée au roi Alphonse II du Portugal (1211-1222) et une autre sœur, Blanche, avait été donnée pour femme à Louis VIII de France d'où naîtra saint Louis.

 

Dès 1808, Hill embarque pour le continent, et s'était trouvé aux batailles de Rolein et de Vimiera : à son retour en Angleterre, en 1809, il fut nommé colonel, et hérita de sou oncle sir Richard. A peine avait-il passé quelques jours au stiu de ou famille, qu'il fut envoyé une seconde fois en Espagne avec des troupes qui se trouvaient en Irlande, au passage du Douro. Le 12 mai 1809, le lieutenant-général Paget ayant été blessé, Hill le remplaça, et obtint un plein succès. Il fut aussi légèrement blessé à la main, à la bataille de Talavera, et reçut des remerciements du parlement. Il obtint, à cette occasion, le grade de colonel du 9e régiment. L'un des plus beaux faits d'armes du général Hill fut la surprise et la défaite d'un corps français, sous le général Girard, près d'Arrayo del Molinos, dans l'Estramadure, le 27 octobre 1811. Ce corps, composé de deux mille cinq cents fantassins et de six cents cavaliers, fut presque tout dispersé, ou fait prisonnier, par les manœuvres habiles du général Hill. Ce fut avec peine que le genéral Girard s'échappa avec deux cents hommes. laissant entre les mains des Anglais tous ses bagages et armée militaires, et ayant la plupart de ses officiers et soldats prisonniers. A l'ouverture du parlement en 1811, le prince-régent et un éloge public du général Hill, et déclara que c'était a son habileté et à sa bravoure qu'on devait le succès de cette brillante affaire. Il le créa en même temps chevalier du Bain, et le nomma gouverneur du château de Blackneds. Après la victoire d'Arrayo, le général Hill se rendit à Mérida, où il détruisit les magasins de l'ennemi. Il se distingua de nouveau au mois de décembre 1812 ; le 20 juin 1813, il s'empara des hauteurs de la Suebla, d'Arleuzon, et du village de Sabijana-de-Alava, et détermina, par la prise de cette position, la retraite des Français sur Vittoria. Le 25 juillet, il fut attaqué par deux divisions il u centre de l'armée française, dans sa position de Puerlo-de-Maya, et contraint de se retirer à Irurita, après un combat qui dura sept heures. Le 28 du même mois, il attaqua et força, avec lord Dalhousie, la passe de Velate, malgré les forces supérieures des Français, et contribua, par des dispositions savantes, aux succès des journées des 30 et 31. Il eut une part active aux combats des 10, 11, 12 et 13 décembre, et reçut du duc de Wellington des témoignages publics de satisfaction. Le 2 mars 1814, le général Hill attaqua les Français à Ayre, les délogea de cette position, et s'empara de la ville, et du magasin qu'ils y avaient établi. Il fut nommé, au mois de mai de celle année, chevalier de l'ordre du  Bain, un le titre de baron Hill d'Almaraz et de Hawkestone, dans le Shropshire. Après les événements du 20 mars 1815, sir révérend Hill fut chargé du commandement des troupes et hanovriennes dans la Belgique, en attendant l'arrivée du duc de Wellington. Il assista à la bataille de Waterloo, et eut une grande part au succès de l'armée anglaise; ce dont le duc de Wellington s'empressa d'instruire le prince-régent qui, en récompense de ses émincnts services, l'a élevé à la pairie (Biographie des hommes vivants: ou, Histoire par orde alphabétique de la vie publique de tous les hommes qui se sont fait remarquer par leurs actions ou leurs écrits, Tome 3, 1817 - books.google.fr).

 

République de Venise : 1204, apogée : « Venise en apres en grande force & puissance »

 

La conquête de Constantinople et la fondation de l'empire latin (1204), qui furent en grande partie l'œuvre des Vénitiens, leur procurèrent d'énormes bénéfices. Outre les privilèges commerciaux, la république se fit céder des possessions dont l'étendue prouvait plutôt sa convoitise que sa puissance d'occupation. Elle embrassait mal un empire nominal qui parlait des côtes de la Dalmatie et touchait, par une chaîne d'îles et d'échelles, les rivages de la Colchide et les extrémités du Pont-Euxin. La population de Venise ne pouvait suffire à cette tâche immense. Le gouvernement se restreignit à l'occupation complète des îles de l'Adriatique avec Corfou et Candie. La république s'acharna pendant deux siècles à la réduction de cette dernière île. Elle y prodigua sa marine et ses soldats, élablit des colonies militaires, et s'épuisa à la répression de seize grandes révoltes des Candiotes qui ne pouvaient s'accoutumer au joug de l'étranger. Jamais les Vénitiens ne furent maîtres des montagnes centrales, asile des braves qui refusaient de courber la tête, mais les campagnes furent divisées en trois parts : la première appartint à l'état, la deuxième fut accordée au clergé catholique et la troisième aux colons. Le dernier lot comprenait cent trente-deux fiefs pour les cavaliers et quatre cent cinq pour les fantassins. La république ouvrit ensuite une large carrière à l'ambition et à la cupidité en déclarant que toutes les îles de la mer Egée et les ports de la côte appartiendraient aux citoyens, qui en prendraient possession par les armes, à condition de se soumettre à la suzeraineté vénitienne (Marc Henri Adrien Alexandre Petit de Baroncourt, Histoire résumée du moyen age, 1843 - books.google.fr).

 

Lucy Paton a déduit l'origine vénitienne de l'auteur d'un certain nombre de prophéties qui, mises bout à bout, semblent retracer une histoire apologétique de la lagune et de son paysage, toujours en transparence. Il n'est pas difficile de reconnaître les Vénitiens dans ce peuple de « Bons Mariniers » dont Merlin fait l'incessante louange, admirables marchands vivant sur un archipel. A l'instar des héros de fiction, leur "chievetain", le doge de Venise, est reconnaissable à sa parure de tête, « envelopee d'argent ». Les « Bons Mariniers », comme leur modèle historique, jouent un rôle de premier plan dans la défense de la chrétienté, entendons dans l'histoire des croisades, constamment évoquée au fil du texte. Rappelons qu'à partir de la quatrième Croisade, Venise, qui avait, grâce à sa flotte, pris une part considérable dans les conquêtes orientales, a exercé sa domination sur Constantinople et connu un siècle d'apogée. Dans la prophétie suivante, le prosateur évoque le rôle de Venise en Terre sainte, mentionne le sac de Constantinople par les croisés en 1204, à l'origine de la fondation de l'Empire latin d'Orient. L'événement, contemporain de saint Francois, est associé à la naissance des ordres mendiants, qui annonce le déclin de la puissance bénédictine, ici incarné par l'abbé de Northumberland : Sire abes, se vostre relegions fust bien maintenue au siecle, mout seroit a loer, mais il vait trop enorgeillissant et sourmontera les orgeilleus plus et plus jusques a tant que il recevront une colee trestout ensamble. Et se il ne fuiscent garni de rentes, a paines trouveroient il que mangier. [...] - Di moi, Mierlin, cou dist li abes, quant sera cou que il recevront la colee ke tu vas dissant ? - Cou sera, cou dist Mierlins, apriés cou ke la grans cités que jadis fist Coustentins sera prise et desrobee par chiaus de Gales et par les Boins Marouniers, car des lors en avant sourdront maintes relegions au siecle en povre abit, ki mont grant colee donra a vostre relegion (codex Bomer). Célébrés pour leur rôle dans la défense de la chrétienté,, les Vénitiens bénéficient aussi, aux yeux du prosateurs, de la faveur divine (Nathalie Koble, Un univers romanesque en expansion, Moult obscures paroles: études sur la prophétie médiévale, 2007 - books.google.fr).

 

République de Venise : 1797, destruction : « En l'Adriatique sera faicte discorde grande ce que sera uny sera separé »

 

Venise en 1789 constituait encore un important État de millions d'habitants qui en Italie englobait des villes illustres et puissantes comme : Vérone, Padoue, Crémone, Bergame, Trévise, Vicence, Brescia, Udine et possédait en dehors de la péninsule : l'Istrie, la Dalmatie, un fragment de l'Albanie et les îles Ioniennes. Elle ne comprit pas à l'époque de la Révolution française que, sous peine de servir d'enjeu à ses voisins, elle devait unir son sort à une grande puissance; dès que la guerre éclata, en 1792, entre la France et la Coalition, elle s'obstina aveuglément dans sa neutralité et après les préliminaires de Léoben, il arriva inéluctablement que sans avoir combattu et presqu'à son insu elle devint l'objet du débat entre les belligérants désireux de mettre fin à cette longue guerre. L'Autriche avait perdu le Milanais et la Belgique; Bonaparte proposa de la dédommager par des territoires pris dans les Etals de terre ferme de la sérénissime République qui aurait, quoique réduite, continué à subsister; mais l'Empire convoitait Venise et la préférait aux compensations qu'on lui offrait en Allemagne. Fallait-il pour conserver l'indépendance d'une République démembrée reprendre les hostilités et risquer la perte de nos conquêtes ? Bonaparte ne le voulut pas et désobéissant, semble-t-il, aux ordres du Directoire il conclut le 17 octobre 1797 le célèbre traité de Campo-Formio, qui dans son article 6 décrétait la destruction de Venise. « Ainsi périssait, dit M. André Bonnefons, cette Képublique à qui ses gloires éclatantes et son existence séculaire méritaient un meilleur sort. Chose étrange ! il n'y eut aucune émotion semblable à celle qu'avait causée le partage de la Pologne, et l'Europe assista à sa disparition avec une indifférence absolue. Pas une voix de politique, pas un cri de l'opinion ne se fit entendre pour condamner une iniquité aussi flagrante. » (Revue d'histoire diplomatique, Volume 23, Société d'histoire diplomatique (Paris, France), 1909 - books.google.fr).

 

Ligustiques : Génois

 

Rappelons que Gênes s'était bien gardée de participer à la quatrième croisade, puisque, au début du XIIIe siècle, elle était plutôt dominante à Constantinople ; aussi le partage de 1204 lui fut-il néfaste, et sa haine envers Venise en fut-elle accrue : le mieux était donc d'entraver, autant que possible, la navigation vénitienne à l'endroit le plus stratégique, c'est-à-dire au débouché de l'Adriatique sur la mer Ionienne. Dès avant 1204, les pirates génois y opéraient, une manière pour la Superbe de géner Venise sans s'impliquer officiellement : c'est sans doute vers 1182-1183 que le hardi Génois Leone Vetrano s'était emparé de Corfou, pour l'abandonner à une date imprécise, mais antérieure à 1203. Après la croisade, cette politique est évidemment reprise : si l'on en croit le chroniqueur vénitien Daniele Barbaro, probablement en 1205, Gênes aurait même monté une véritable expédition, regroupant plusieurs bâtiments qui, pénétrant en Adriatique, avait pour but de « s'emparer de l'île de Corfou et de la cité de Durazzo », visant ainsi à bloquer le canal d'Otrante ; c'est aussi, sans doute, le moment où Vetrano s'impose à nouveau à Corfou, menant des raids sur le continent voisin, peut-être jusqu'à Durazzo. Barbaro ajoute d'ailleurs que, si le patriarche latin Tommaso Morosini fut accompagné vers Constantinople, au printemps de 1205, avec un convoi si important (30 galées et 18 nefs), c'est qu'on craignait alors « que ces lieux ne tombassent au pouvoir des Génois », qui s' enfuirent aussitôt à l'arrivée de la flotte vénitienne. Cependant, jusqu'aux années 80 du XIIIe siècle, s'il circule parfois des marchandises génoises en Adriatique, celleci est assez bien gardée par Venise pour qu'on n'y décèle pas de véritable présence ligure84, et c'est la récupération de l'Albanie centrale par Byzance, entre 1281 et 1284, qui permet à l'allié favori de l'Empire de trouver enfin un point d'attache fixe en plein domaine réservé de Venise : c'est à Spinarizza (Zvërnec), au nord de Valona, qui est alors à la fois le centre administratif majeur et le principal marché de l'Albanie byzantine, que l'on repère donc des Génois, au début du  règne d'Andronic II (1282-1328). Sans aucun doute, ce retour d'une présence byzantine directe en Adriatique a beaucoup à voir avec le choix décisif de Venise en 1281, lorsque, par les traités d'Orvieto, elle se fait l'auxiliaire maritime de Charles d'Anjou, dans la perspective d'une reconquête commune del'Empire byzantin ; et les échecs de ce dernier, bataille de Bérat et Vêpres siciliennes ne pouvaient, même après la mort de Michel VIII, en 1282, que confirmer l'assurance byzantine, et donc les craintes de la République. C'est en tout cas dès le 15 septembre 1284, l'année même de la reconquête de Valona, qu'on y découvre un certain Kyr Micho, fils d'un Génois nommé Enrico Rossi et allié à des notables byzantins titrés, dont la charge est en effet de perturber les réseaux marchands du Sud adriatique, comme en atteste la plainte d'un marchand de Brindisi qui déclare avoir été pris en course et détroussé par la vacheta de ce personnage. Enrico Rossi n'est d'ailleurs pas un vulgaire pirate : c'est bel et bien un corsaire au service de l'Empire, puisqu'il est doté de casaux dans la région et y lève les hommes nécessaires à son équipage. Cependant, cette course byzantino-génoise n'a pas de commune mesure avec celle que subit Venise en Égée dès le règne de Michel VIII : elle se réduit apparemment à des coups de main très locaux, qui peuvent gêner Vénitiens et Ragusains, mais n'affectent pas trop gravement leurs réseaux et ne leur interdisent jamais l'accès à la mer libre. Il reste que, encore au début du XIV e siècle, Raguse, ville officiellement vénitienne, est l'observatoire privilégié d'où la République surveille d'éventuelles intrusions génoises dans le golfe, dont l'Albanie grecque est le point de ralliement88. Mais l'Empire grec, qui avait si longtemps commandé ou influencé les évolutions politiques et économiques du golfe, n'est plus, après 1261, un facteur essentiel de son histoire, même s'il reste fondamental pour Venise, à laquelle d'autres, plus présents, disputent désormais la maîtrise de la mer et de ses abords... (Pierre Cabanes, Histoire de l'Adriatique, 2001 - books.google.fr).

 

Les "deux Cretenses" et "puissance aquilonaire"

 

La conquête de Nicéphore Phocas sur les Sarrasins replaça l’île de Crète sous la domination grecque jusqu'à l'époque de la quatrième croisade. Sous le règne d'Alexis Comnèue elle se révolta; deux Crétois, Carycas et Rhapsomate, avaient soulevé l'un une partie de la Crète, l’autre l’île de Chypre. Jean Ducas prit la route de la Crète. A son arrivée l’île était soumise : les Crétois restés fidèles à l'empereur s'étaient réunis contre le rebelle, et l'avaient massacré. A l'époque de la quatrième croisade, lorsque les Francs et les Vénitiens se partagèrent l'empire Grec, Candie fut assignée à Boniface, marquis de Montferrat et roi de Thessalonique. Par une convention du 12 août 1204, il l'échangea avec les Vénitiens contre des terres plus rapprochées de sa capitale, et cette île devint la possession la plus importante de la république dans la Méditerranée. Les Vénitiens ne conserverent pas cette île sans contestations. Les Génois, jaloux de leur puissance, et désirant leur enlever un poste si avantageux pour le commerce du Levant, gagnerent quelques Candiotes, et les portérent à la rébellion (Louis Lacroix, Iles de la Grèce, 1853 - books.google.fr).

 

Juste avant la fin de la dynastie normande, avec la mort du roi Tancrède en 1194, l'établissement de Génois à Malte conduisit à la nomination d'un certain nombre de comtes chrétiens. Le premier fut Margarito da Brindisi, un pirate devenu amiral du roi ; ses successeurs, Guglielmo Grasso et son beau-fils Enrico Pescatore, étaient génois.

 

Plus encore que Guglielmo Grasso, Enrico s'appuiera en permanence sur le soutien de Gênes, organisant une alliance tutélaire entre les activités de piraterie du comte de Malte et sa ville d'origine. Ses victimes sont choisies parmi les ennemis de Gênes, qui assure en contrepartie protection et soutien à Enrico qui agit surtout à son propre profit. Il s'associe avec un autre aventurier génois, Alamanno da Costa pour attaquer Syracuse, tenue par Pise. Ils prennent la cité le 6 août 1204, et Alamanno prend le titre de comte de Syracuse. En 1206, à la tête de 5 navires et 24 galères et avec le soutien de Gènes, Enrico s'attaque à la Crète que les Vénitiens viennent d'acheter en 1204. Il parvient à expulser les troupes vénitiennes de Ranieri Dandolo, avec l'aide des habitants de La Canée. Il doit finalement rendre la Crète aux Vénitiens en 1211. Il obtient dans la négociation une dot importante pour le mariage de son neveu avec une Vénitienne, et lui-même se remarie avec une noble vénitienne de la famille des Basei installée en Crète. De retour à Malte, il reçoit de l'empereur Frédéric II le droit de battre monnaie en janvier 1212 ; une façon pour l'empereur de s'assurer la fidélité d'un personnage capital pour la stabilité maritime de la région. En 1220 cependant, Frédéric II supprime cette faveur aux Génois pour limiter leur influence grandissante. Enrico prudemment ne se mèle pas aux ambassadeurs génois qui vont protester à la cour impériale. Il garde ainsi les faveurs de Frédéric II qui le nomme amiral de sa flotte en 1221, reprenant ainsi la charge de son beau-père Guglielmo Grasso. En août 1225, Enrico escorte Isabelle II de Jérusalem, l'épouse de Frédéric II, d'Acre à Brindisi. En 1227, l'empereur envoie Enrico accompagné de Rainaldo de Urslingen et de l'achevèque de Bari auprès du pape Honorius III. En tant que vétéran de l'expédition de Damiette, il doit exposer au pape les problèmes de la préparation de la croisade et les raisons qui ont jusque-là empêché la participation personnelle de l'empereur. Lorsque Frédéric II est excommunié par le pape Grégoire IX en 1227, Enrico fait une nouvelle fois partie des ambassadeurs envoyés au pape qui, cependant, refuse de les recevoir. Enrico prend ensuite le commandement de la flotte qui amène Frédéric II en Terre sainte le 3 septembre 1228 et le ramène en Italie le 10 mai 1229 quand le pape appelle à la révolte contre l'empereur (fr.wikipedia.org - Enrico Pescatore).

 

La "puissance aquilonaire" pourrait être l'empereur Frédéric II empereur du Saint Empire Germanique (au nord de l'Europe).

 

Henri VI mourut brutalement en 1197 et l'impératrice mourut en 1198 alors que Frédéric II n'était encore qu'un enfant de trois ans. Constance ne revendiqua pas les droits de l'enfant en Germanie, où les grands, soucieux d'éviter une minorité comme celle d'Henri IV, se tournèrent vers le frère du défunt : Philippe de Souabe fut élu en 1198 roi des Romains, en place de son neveu. Le pape lui suscita immédiatement un concurrent, le Welf Othon IV. Frédéric-Roger, lui, était seulement roi de Sicile, comprenant alors l'île et la majeure partie de l'Italie méridionale au sud des États pontificaux. Constance, en mourant, confia la tutelle de l'enfant et du royaume au pape Innocent III jusqu'à sa majorité. Frédéric passe sa jeunesse à Palerme et à quatorze ans, il épouse Constance d'Aragon, âgée de onze ans de plus que lui. Othon IV fut couronné empereur romain germanique par Innocent III en 1209 mais quand Othon IV perdit la faveur du souverain pontife, ce dernier soutint à la Diète d'Empire de Nuremberg de 1211 l'élection de Frédéric comme roi de Germanie et excommunia Othon IV. Mais ce titre de roi de Germanie, qui était un préalable à la couronne impériale, ne signifiait rien tant qu'Othon IV demeurait empereur, jusqu'à sa défaite à la bataille de Bouvines en 1214 (fr.wikipedia.org - Frédéric II (empereur des Romains)).

 

Pescatore quitte la Crète en 1211 date à laquelle une assemblée de princes et d'évêques du sud de l'Allemagne réunis à Nuremberg élut Frédéric roi de Germanie et que le pape excommunia Othon IV. Mais Frédéric était roi de Sicile dont dépendait encore l'île de Malte.

 

Aux rois normands succédèrent en 1197, dans toutes leurs possessions, les souverains de la maison de Souabe. Mais à cette époque les liens de soumission qui attachaient Malte au royaume des Deux-Siciles commençaient à s'affaiblir, et l'île de Malte était devenue comme un apanage des grands-amiraux de Sicile avec le titre de comté (Buchon, Recherches Historiques Sur La Principauté Francaise De Morée Et Ses Hautes Baronnies, Seconde Époque. Affaiblissement Et Décadence, De L'An 1333 A L'An 1470, Tome I, 1845 - books.google.fr).

 

"second Antéchrist" et "cité de Plancus" (Lyon)

 

Frédéric II est présenté par les auteurs guelfes (partisans des papes) comme l'Antéchrist, d'où le "second Antéchrist" de la Lettre.

 

Frédéric II (1194-1250), roi de Sicile et empereur germanique, entra en conflit avec le pape à propos de l'union de son empire. Grégoire IX l'excommunia en 1227, l'appelant l'Antéchrist, puis en 1239. Par un traité en 1229, Frédéric II obtint du sultan d'Egypte la restitution des lieux saints à la chrétienté.

 

Le premier concile de Lyon dirigé par le pape Innocent IV se tient entre le 26 juin et le 17 juillet 1245 à Lyon, en l'église Saint-Just. Il a pour but principal la déposition de l'empereur Frédéric II dans le cadre de la lutte entre l'empereur du Saint empire et la papauté.

 

Au centre de ce concile se trouvait la déposition de Frédéric II du Saint-Empire de ses titres d'empereur et roi. Ce fut l'apogée dramatique de la lutte entre Frédéric II et la papauté. Après la seconde excommunication en 1239 par Grégoire IX, mort en 1243, l'empereur avait espéré que l'élection du nouveau pape Innocent IV viendrait modifier la position de l'Église. Le pape essaya de démontrer que Frédéric II ne se battait pas uniquement contre lui, mais contre toute l'Église. Selon la bulle du pape Innocent IV du 17 juillet 1245, quatre offenses graves lui furent reprochées : abjuration de Dieu, rupture de la paix entre l'Église et le Saint-Empire, sacrilège en faisant emprisonner les cardinaux de la Sainte-Église qui s'étaient rendus au précédent Concile et hérésie.

 

Craignant un coup de force, le pape ne quitte pas Lyon durant six ans, après la mort de Frédéric en 1250 (fr.wikipedia.org - Premier concile de Lyon).

 

Napoléon, antéchrist

 

La guerre portée par l'Ogre sur tous les points de l'Europe, les princes détrônés, le Pape prisonnier, Napoléon, enfin, précipité du faîte de sa gloire dans une île perdue de l'océan Atlantique : autant d'événements qui, pour des âmes imprégnées de mysticisme, prenaient une dimension apocalyptique. N'était-ce pas la persécution de la religion chrétienne prédite par saint Jean que devait suivre, après le règne de l'Antéchrist, le triomphe final de la foi ? Pour les lecteurs de l'abbé Barruel, la Révolution française était née d'un gigantesque complot contre l'Église catholique. Disciple et héritier de la Révolution, ce Napoléon, geôlier impitoyable du Souverain Pontife, ne serait-il pas l'Antéchrist ? De l'étonnante floraison d'écrits mystiques née dubouleversement de 1814, comment ne pas retenir cette curieuse assimilation de Napoléon à l'Apollyon que décrivit saint Jean dans l'Apocalypse ? (Jean Tulard, L'Anti-Napoléon: La légende noire de l'Empereur, 2013 - books.google.fr).

 

C'est aussi une allemande, ou plutôt une ardente livonienne, l'étrange Mme de Krudener, qui développa chez Alexandre Ier le goût de pratiquer l'occultisme. Dans l'Apocalypse, elle avait déchiffré l'annonce de la destruction de l'Antéchrist, c'est-à-dire de Napoléon ! L'exécuteur de la volonté divine devait être l'ange au cheval blanc, le tsar. En 1815, elle donnera des dîners de quatre couverts — elle, Alexandre, Metternich, et une place vide... pour Jésus-Christ, - d'où, sortira la Sainte-Alliance. Des voix commandent aux souverains leur destin et la Baronne serait ainsi responsable de la chute de l'Aigle, en poussant le tsar à son entreprise mystique contre Satan (Georges Mauguin, Napoléon et la superstition: anecdotes et curiosités, 1946 - books.google.fr).

 

"Modone Fulcy"

 

Modone est un port dans la Morée (Péloponnèse, Grèce) qui a apparenu à Venise.

 

Modon étant située sur la route vers leurs marchés d'Orient, les Vénitiens s'y intéressent dès le XIIe siècle. En 1125, ils lancent une attaque contre des pirates qui avaient capturé quelques marchands vénitiens et s'installent à Modon. Ils fortifient alors la cité, qui devient un important et prospère centre commercial. La ville devient une étape pour les voyageurs allant de Venise en Terre sainte. Modon et sa voisine Coron sont alors surnommées « les yeux de la république » (fr.wikipedia.org - Modon).

 

Peut-être Fulcy pour Sulci (le F pour le S : typographie) qui est une ville sur l'île de San Antiocho, un saint qui y mourut en exil dans le Ier siècle. Cette ancienne ville de Sardaigne, fondée par les Carthaginois, elle étoit située sur la côte, à l'endroit où l'on voit aujourd'hui un port qu'on nomme Palma di solo, à trente milles de Cagliari. Il y avoit un évêché dès le cinquieme siecle au patriarchat d'Alexandrie. Les Génois & les Pisans chassèrent les Sarrasins de la Sardaigne (Le Grand Dictionnaire Geographique Et Critique: S - Si, 1737 - books.google.fr).

 

Une colonie de Génois de Carloforte s'est établie à Calasetta, sur l'ile voisine de Sant'Antioco, elle y a aussi conservé son idiome et ses usages; ses pêcheurs pratiquent la pêche du thon et de plus capturent, dans les grottes profondes s'ouvrant dans les falaises, de nombreuses palombes marines et des phoques, de l'espèce dite « moine », au pelage ras (À travers le monde, Tome 8, Librairie Hachette, 1902 - books.google.fr).

 

Les Savoie-Achaïe représentent certes cette tentative des Savoie de prendre eux aussi pied en Orient , politique grandiose qui a dépassé ses auteurs qui n’avaient pas les moyens de leur politique devant leurs concurrents (Anjou, Venise, Gènes, Paléologue) ; cependant ils sont aussi (et bien plus facilement et efficacement) les artisans du Piémont moderne auquel ils ont donné au delà du morcellement féodal les premières structures unitaires au point d’en faire dès la fin du XV° siècle le pivot réel et solide de l’Etat savoyard. Tout a commencé à la suite de la 4° croisade et de la chute de l’empire byzantin lorsque la communauté d’Achaïe (ou de Morée) passe des Anjou à Philippe de Savoie ? par l’intermédiaire d’Isabelle de Villehardouin, cependant si la principauté grecque fut vite perdue, l’appellation resta. Tout se termina mal puisque les divisions familiales aboutirent à l’impasse d’une famille sans héritier mâle donc revenant presque miraculeusement en 1418 à la branche aînée des Savoie. Isabelle d'Achaïe (1259-1312), fille de Guillaume II de Villehardouin (1211-1278), épouse Philippe Ier de Savoie-Achaïe, fils de Thomas III (1278-1282-1341), petit-fils de Thomas Ier (Les Savoie-Achaïe. XIII°-XV°s - princesse-savoie.fr).

 

Geoffroi Ier de Villehardouin (vers 1169 – vers 1228) est un noble français originaire du comté de Champagne qui prit part à la quatrième croisade mais ne participa pas à la prise de Constantinople. Son oncle, également prénommé Geoffroi, devait être le principal chroniqueur de la Quatrième Croisade. Avec Guillaume de Champlitte, il partit à la conquête du Péloponnèse avec l'accord de Boniface de Montferrat, alors roi de Thessalonique. Après s’être vu confier le fief de Kalamata et plus tard le château de Kyparissia, il succéda à Guillaume de Champlitte comme prince d’Achaïe (1209/1210 - vers 1228).  Lors du partage de l’empire byzantin entre les croisés et les Vénitiens, ceux-ci s’étaient vu octroyer l’Épire, l’Acarnanie, l’Étolie et le Péloponnèse. S’ils avaient renoncé à exercer une souveraineté directe sur l’intérieur des terres, les Vénitiens s'étaient hâté de prendre possession de Dyrrachium, de Raguse, sur la côte adriatique, ainsi que des diverses iles et ports qui assuraient la sécurité de leurs communications maritimes. C’est ainsi qu’ils dépêchèrent une flotte qui reprit Modon et Coron (Koroni) en 1206 (fr.wikipedia.org - Geoffroi Ier de Villehardouin).

 

Moudon, autrefois Modon et Mouldon (Meudum en 1250, Melelucium au commencement du XIIIe siècle, Modunum, Minnidurum, Milidunum, Meldunum, Meudunum, et Minnodunum ou Minnidunum dans les itinéraires d'Antonin et de Théodose), Milden en allemand, ville ancienne d'env. 1400 habitans, chef-lieu des district et cercle de même nom, à 5 l. N. E. de Lausanne (Louis Levade, Dictionnaire géographique, statistique et historique du canton de Vaud, Tome 1, 1824 - books.google.fr).

 

Et de là venismes jusques au pays de la Mourée à une ville des Venissiens qu'on nomme Moudon qui est bonne et belle (Le voyage d'outremer de Bertrandon de La Broquière (1400 - 1459), 1972 - books.google.fr).

 

Modon(e) peut donc renvoyer à la fois à Modon de Grèce et à Moudon du Canton de Vaud.

 

Thomas Ier de Savoie, uni d'abord au parti guelfe, avait porté à l'empire Othon de Brunswick, candidat de ce parti, mais qui, arrangé ensuite avec Philippe de Souabe, avait reçu de lui, en récompense de sa défection et de ses services, Tortone en Italie et Moudon dans le pays de Vaud. En lui faisant cette dernière donation, l'empereur Philippe oubliait que Berthold avait relevé à ses frais cette ville et peuplé sa solitude. Aussi le recteur fut-il violemment irrité de cette injustice. Il prévoyait que cette donation, de peu d'importance en apparence, était un pas en avant que faisait cette nouvelle maison de Savoie, naguère ignorée et sans influence en Helvétie, vers le cœur de cette contrée. Moudon était sur le chemin de Genève, de Sion et de Lausanne à Berne. Déjà, sous l'empereur HenriIV, cette même maison de Savoie avait pris pied dans le Bas-Valais, dans le Chablais et à Vevey. Encore quelques largesses impériales, et elle aura dans le pays roman des enclaves qui tiendront en échec toutes les possessions des Zœhringen. Ainsi les deux partis germanique et roman, représentés en Helvétie par Berthold et par Thomas, se trouvaient toujours en présence. Ces préludes annonçaient de prochaines luttes et une scission plus profonde encore. Le comte Thomas de Savoie s'apprêtait peut-être à supplanter la maison de Zœhringen dans le rectorat. Philippe de Souabe étant mort assassiné, l'antagonisme des deux princes, Berthold et Frédéric, se fit jour de nouveau. Il suffit que Thomas se prononçât pour le jeune Frédéric II, fils de Henri VI, pour que Berthold épousât la cause d'Othon IV, qu'Innocent III couronna à Rome, en 1209 (Eusèbe-Henri-Alban Gaullieur, La Suisse historique, Tome 1, 1855 - books.google.fr).

 

Dans cette optique savoyarde Fulci pourrait être l'abréviation de Fulcinacus nom latin de la région du Faucigny.

 

La maison de Faucigny descend en ligne directe, légitime et masculine d'Emerard, souverain des pays de Faucigny et de Valais, marquis des Alpes et vicaire de l'empereur Conrad le Salique. La ligne principale de cette maison s'éteignit dans Agnès de Faucigny, fille aînée du prince Aymon II de Faucigny, surnommé le Courtois, laquelle Agnès porta dans la maison de Savoie les souverainetés, dont elle était l'héritière, en épousant, en 1233, le prince Pierre, surnommé le Charlemagne de Savoie. La princesse Marguerite de Faucigny (Béatrice-Marguerite de Genève ou Béatrice de Genève), dame de Lucinge, et fille unique du prince Guillaume II, frère aîné d'Aimon le Courtois, avait épousé, en 1218, le prince Thomas de Savoie, de qui sont issus directement les ducs de Savoie, devenus successivement rois de Chypre, de Sicile et de Sardaigne, lesquels sont encore aujourd'hui souverains possesseurs de la province de Faucigny, portion du riche héritage de la princesse Agnès (Almanach De Gotha, Tome 73, 1836 - books.google.fr).

 

Philippe Ier de Savoie, né en 1207 à Aiguebelle, en Savoie, au château de Charbonnières et mort au château de Rossillon en Bugey, le 15 août 1285, est un cadet de la famille de Savoie qui a joué un rôle politique important en Europe occidentale dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Destiné dans un premier temps par sa famille à une carrière ecclésiastique, il devient tour à tour évêque de Valence (1241-1267), puis archevêque de Lyon (1245-1267), assurant notamment la sécurité du pape Innocent IV et du concile de Lyon face à l'empereur Frédéric II. Abandonnant ensuite l'état clérical pour redevenir laïc, il devient en 1267 comte de Bourgogne (jusqu'en 1279) par son mariage avec l'héritière Alix de Méranie, puis l'année suivante comte de Savoie, d'Aoste et de Maurienne (1268-1285) à la suite de la mort de son frère, le comte Pierre II (fr.wikipedia.org - Philippe Ier de Savoie).

 

Philippe de Savoie deviendra, en 1245, archevêque élu de Lyon pour avoir assuré la sécurité du pape Innocent IV lors du concile tenu dans cette métropole. C'est très probablement à l'occasion du conflit de Lausanne que Pierre de Savoie s'empara du château et de la seigneurie de Romont, en Pays de Vaud. Le château de Moudon, qui venait de l'héritage paternel, lui était échu vers cette époque. Il reçoit en 1240, l'avouerie de l'important prieuré de Payerne. Dans les années suivantes, Pierre de Savoie poursuit sans discontinuité son expansion territoriale en Suisse romande : en 1241, il reçoit l'hommage du seigneur d'Aubonne pour le château de ce nom. En conflit avec le comte de Genève pour le château d'Arlod, il oblige, en 1242, ce comte à y renoncer, mais ne peut l'acquérir à titre définitif que plus tard ; en 1244, il acquiert le château de Bioley et ses dépendances, l'hommage du château de Gruyères que lui rend le puissant comte de Gruyères ; il légalise, par le traité d'Evian avec l'évêque de Lausanne, sa possession du château de Romont et acquiert les droits de l'église de Lausanne à Glane et à Estavayer ; le seigneur de Cossonay lui prête hommage (Revue savoisienne, Volumes 122 à 124, 1982 - books.google.fr).

 

Dans ces luttes entre grands lignages aristocratiques, l'empereur Frédéric II joue un rôle lointain en favorisant Thomas de Savoie. En 1226, il lui confère le vicariat impérial en Italie du Nord, car il a besoin d'un appui solide en Piémont. Thomas Ier de Savoie devient par conséquent le représentant par excellence de l'empereur dans le monde alpin. Les territoires de l'ancien royaume de Bourgogne sont administrés par des comtes, des ducs et des princes-évêques qui sont les véritables souverains dans leur domaine. S'ils sont liés à l'empereur par un hommage vassalique, le lien est ténu et n'engage pas les parties de manière contraignante. Amédée IV, successeur de Thomas Ier, pratique une politique opportuniste vis-à-vis de Frédéric II et d'Innocent IV, privilégiant tantôt l'un, tantôt l'autre : ce pragmatisme porte ses fruits puisqu'il permet à la Maison de Savoie de consolider sa mainmise sur le val d'Aoste et le Piémont. Le Grand Interrègne (1250-1273) qui suit la mort de Frédéric II donne encore plus de liberté aux comtes pour administrer leurs terres et leurs hommes (Florian Defferrard, La maison et l'homme: Histoire sociale de Romont au Moyen Âge, 2016 - books.google.fr).

 

Napoléon en Suisse

 

Napoléon Bonaparte est né en Corse ancienne possession de la République de Gênes, passée à la France en 1768 (cf. quatrain III, 87).

 

Bonaparte part de Milan le 17 novembre 1797. Il passe par le Mont-Cenis et Chambéry. Arrivé à Genève le 21 novembre, il reçoit un accueil en grande pompe de la part des autorités et de la population. Il est vrai que, contrairement aux cantons aristocratiques qui redoutent les idées républicaines défendues par Bonaparte,Genève a déjà accompli sa révolution. Le général se sent à tel point en terrain conquis qu'il obtient, après l'avoir écouté, l'emprisonnement du banquier genevois Emmanuel-Isaac Bontemps qui avait favorisé la fuite de l'ancien Directeur Carnot qui a été vu dans la ville des les bords du lac Léman. [...] Le Pays de Vaud, alors baillage bernois, représente un autre cas de figure politique. Leurs Excellences de Berne redoutent particulièrement ce général aux conceptions républicaines.  Toutefois, elles savent qu'il faut ménager ce personnage et lui réserver un accueil digne de son rang. Ainsi, le Conseil secret du canton le plus puissant du Corps helvétique lui envoie-t-il un commissaire spécial à Coppet pour lui présenter ses hommages et lui faciliter le passage à travers toutes ses possessions bernoises. Il s'agit de Johann Ludwig de Wurstemberger, patricien quadragénaire, qui avait occupé la charge de bailli. Ce colonel d'infanterie accompagnera (surveillera ?) le (dangereux ?) général jusqu'aux frontières berno-soleuroises. [...]

 

Quittant Lausanne dans la nuit du 22 au 23 novembre 1797, Bonaparte atteint Moudon, où il doit procéder à un changement de chevaux. Le bailli de la région, Franz Ludwig Rudolf von Weiss, auteur des Principes philosophiques, politiques et moraux avait séjourné à Paris lors des événements de 1789. Il tenait absolument à rencontrer Bonaparte, de sorte que depuis une semaine, il effectue la navette entre son château baillival de Lucens et le relais de Moudon. Un faste important pour le petit baillage attend le général : von Weiss a mobilisé toutes les personnes qu'il a pu, soit, comme le dit Pierre Grellet, « une garde de dix hommes, sur pied jour et nuit, secondée par vingt-deux factionnaires, treize dragons d'escorte se tenant prêts à accompagner Bonaparte jusqu'à Morat, montés sur les chevaux réquisitionnés chez les fermiers du voisinage. A l'hôtel du Cerf, quartier général de cette garnison improvisée, les trois huissiers baillivaux, ainsi que le vétérinaire, attendaient le moment de remplir leur office.» (Alain Chardonnens, Le passage de Napoléon Bonaparte à Moudon, Domdidier et Morat en 1797. Étude de la formation de la légende napoléonienne en milieu rural, 2015 - books.google.fr).

 

Ferrare

 

Azon d'Este, IIe du nom, petit-fils de Foulques, fut marquis d'Este et de Ferrare, Podestat de Padoue et de Vérone, marquis d'Ancône. Il donna au jeune Frédéric II les moyens de passer en Allemagne pour y disputer l'empire à Othon IV, et comme il se préparait ensuite à faire la guerre aux amis de l'empereur en Lombardie, il fut surpris par la mort, au mois de novembre 1212, laissant pour fils : Azon d'Este, IIIe du nom, marquis d'Este et de Ferrare, qui eut une longue guerre contre l'Empereur Frédéric II. Ce prince s'empara du château d'Este qu'Azon recouvra quelque temps après (Le Marquis de Magny, Illustrations européennes, Livre d'or de la Noblesse, 1847 - books.google.fr, Biographie universelle, Es - Fer, Volume 13, 1855 - books.google.fr).

 

Le Directoire, sentant la nécessité de diviser les princes italiens, conclut, le 19 vendémiaire (10 octobre 1796), un traité avec le roi de Naples. Il fut convenu que ce prince fermerait ses ports aux Anglais. Il y eut aussi un traité avec Gênes, qui paya 4 millions d’indemnité et ferma ses ports aux ennemis de la Révolution. La régence de Modène, ayant violé la neutralité en faisant passer des vivres à Mantoue assiégée, Bonaparte déclara déchu le duc de Modène et Reggio. Il réunit ses États avec les deux légations papales de Bologne et Ferrare, et en forma la République cispadane, le 25 vendémiaire (16 octobre) (Jules Trousset, Histoire d'un siècle [1789-1889], Tome III - 1793-1799, 1899 - books.google.fr).

 

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