LETTRE à HENRY - Mons Jovis

Lettre à Henry

 

Mont Jovis

 

Puis passera le môt Iouis, Le Gallique ogmium, accompagné de si grand nombre que de bien loing l'Empire de sa grande loy sera presenté, & par lors & quelque temps apres sera espanché profuseement le sang des Innocens par les nocens vn peu esleuez: alors par grands deluges la memoire des choses contenues de tels instrumens receura innumerable perte, mesmes les lettres: qui sera deuers les Aquilonaires—par la volonté diuine, & entre vne fois lié Satan. Et sera faicte paix vniuerselle entre les humains, & sera deliuree l'Eglise de Iesus Christ de toute tribulation, combien que par les Azos-tains voudroit mesler dedans le miel du fiel, & leur pestifere seduction:—& cela sera proche du septiesme millenaire, que plus le sanctuaire de Iesus Christ ne sera conculqué par les infideles qui viendront de l'Aquillon, le monde approchant de quelque grande conflagration combien que par mes supputations en mes propheties, le cours du temps aille beaucoup plus loing—Dedans l'Epistre que ces ans passez ay dedié à mon fils Cesar, Nostradamus i'ay assez appertement declaré aucuns poincts sans presage.—Mais icy, ô Sire, sont comprins plusieurs grands & merueillieux aduenemens, que ceux qui viendront apres le verrôt.—Et durant icelle supputation Astrologique, conferee aux sacrees lettres, la persecution des gens Ecclesiastiques prendra son origine par la puissance des Roys Aquilonaires, vnis auec les Orientaux. Et ceste persecution durera onze ans, quelque peu moins, que par lors defaillira le principal Roy Aquilonaire,—lesquels ans accomplis suruiendra son vny Meridional, qui persecutera encore plus fort par l'espace de trois ans les gens d'Eglise, par la seductiô apostatique, d'vn qui tiendra toute puissance absoluë à l'Eglise militaire, & le sainct peuple de Dieu obseruateur de sa loy, & tout orde de religion sera grandement persecuté & affligé tellement que le sang des vrais Ecclesiastiques, nagera par tout,—& vn des horribles Roys temporels par ses adherans luy seront donnes telles louanges, qu'il aura plus respandu de sang humain des innocens Ecclesiastiques, que nul ne sçauroit auoir du vin.—& iceluy Roy cômettra des forfaicts enuers l'Eglise incroyables, coulera le sang humain par les rues publiques, & temples, comme l'eau par pluye impetueuse, & rougiront de sang les plus prochains fleuues, & par autre guerre nauale rougira la mer, que le rapport d'vn Roy à l'autre luy sera dit: Bellis rubuit naualibus aequor.—Puis dans la mesme annee & les suiuantes s'en ensuiura la plus horrible pestilence, & la plus meruelleuse par la famine precedente, & si grandes tribulations que iamais soit aduenue telle depuis la premiere fondation de l'Eglise Chrestienne, & par toutes les regions Latines, demeurant par les vestiges en aucunes contrees des Espaignes.—Par lors le tiers Roy Aquilonaire entendât la plaincte du peuple de son principal tiltre, dressera si grande armee, & passera par les destroits de ses derniers auites & bisayeuls, qui remettra la plus part en son estat,—& le grand Vicaire de la cappe sera remis en son pristin estat: mais desolé, & puis du tout abandonné, & tournera estre Sancta Sanctorum destruicte par Paganisme & le vieux & nouueau Testament serôt dechassez, bruslez,—en apres l'Antechrist sera le prince infernal,—encores par la derniere foy trembleront tous les Royaumes de la Chrestienté, & aussi des infideles, par l'espace de vingt cinq ans, & seront plus grieues guerres & batailles, & seront villes, citez chasteaux, & tous autres edifices bruslez, desolez, destruicts, auec grande effusion de sang vestal, mariees, & vefues violees, enfans de laict contre les murs des villes allidez & brisez, & tant de maux se commettront par le moyen de Satan, prince infernal, que presque le monde vniuersel se trouuera defaict & desolé:—& auant iceux advenemens aucuns oyseaux insolites crieront par l'air, Huy huy, & seront apres quelques temps esuanouys.—Et apres que tel temps aura duré longuement, sera presque renouuellé vn autre regne de Saturne, & siecle d'or, Dieu le createur dira entendant l'affliction de son peuple, Satan sera mis, & lié dans l'abysme du barathre dans la profonde fosse: & adonc commencera entre Dieu & les hommes vne paix vniuerselle,—& demeurera lié enuiron l'espace de mille ans, & tournera en sa plus grande force, la puissance Ecclesiastique, & puis tourne deslié.—Que toutes ces figures sont iustement adaptees par les diuines lettres aux choses celestes visibles, c'est à sçavoir, par Saturne, Iupiter, & Mars, & les autres conioincts, comme plus à plain par aucuns quadrins l'on pourra voir. Ie eusse calculé plus profondement, & adapté les vns auecques les autres.—Mais voyant ô Serenissime Roy, que quelqu'vns de la sensure trouueront difficulté, qui sera cause de retirer ma plume à mon repos nocturne:—Multa etiam, ô rex omnium potentissime, praeclara et sanè in breui ventura, sed omnia in hac tua epistola innectere non possumus, nec volumus: sed ad intelligenda quaedam facta horrida fata, pauca libanda sunt, quamuis tanta sit in omnes tua amplitudo et humanitas homines, deosque pietas, vt solus amplissimo et Christianissimo Regis nomine, et ad quem summa totius religionis auctoritas deferatur dignus esse videare.—Mais tant seulement ie vous requiers, ô Roy tres clemêt; par icelle vostre singuliere & prudente humanité, d'entendre plus tost le desir de mon courage, & le souuerain estude que i'ay d'obeyr à vostre Serenissime Maiesté, depuis que mes yeux furent si proches de vostre splendeur Solaire, que la grandeur de mon labeur n'attainct ne requiert.

 

De Salon, ce 27. de Iuin, 1558.

Faciebat Michaël Nostradamus Salonae Petrae Prouinciae.

 

Mont Joux

 

Un temple de Jupiter, situé sur le mont qu'occupe aujourd'hui l'hôpital du grand Saint-Bernard, attirait encore des adorateurs; et de là vient que ce pic a porté très-longlemps le nom de mont Joux (mons Jovis). Il s'agit de Bernard de Menthon fondateur de l'hospice. Saint Bernard naquit, au mois de juin 923, dans le château de Menthon, manoir héréditaire de ses aïeux, dépendant alors du diocèse de Genève, et situé sur les bords du lac d'Annecy, en Savoie (Armand Le Gallais, Chroniques du mont Saint-Bernard, 1872 - books.google.fr).

 

Gallique Ogmium

 

Mais, au-delà du témoignage convenu d'une banale romanisation, l'inventaire des inscriptions laisse quelques impressions fortes : - le rôle ancien de Marseille et la densité des témoignages au carrefour entre delta et Crau (Glanum, Tericias) dans cet arrière-pays que la Table de Peutinger nomme encore « Gretia » ; - le rappel insistant des voies qu'on disait « héracléennes » : celle du littoral avec Aix-en-Provence (deux inscriptions), Ollières, Fréjus et Cimiez ; celle du Montgenèvre avec Briançon, Suse, (C. V. 7240) Usseglio, (C. V. 6947) Torino ; la route du Petit-Saint-Bernard (Salins-les-Thermes, Aime, Bourg-Saint-Maurice...) des voies qui d'ailleurs « remontent » vers le nord au rythme de la pénétration romaine. Les inscriptions, on le voit, se concentrent essentiellement dans les hautes vallées comme s'il s'agissait surtout d'invoquer Héraclès/Hercule avant d'entreprendre l'ascension du col ou de le remercier pour un passage réussi ; - s'affirme, en effet, le rôle capital des cols : conformément au rôle de « maître des passages » que lui confere le mythe, Héraclès/Hercule est honoré au Petit-Saint-Bernard où un voyageur a déposé pour lui un ex voto d'argent le représentant avec massue et peau du lion, dans l'encadrement d'un temple13 et au sommet du Grand- Saint-Bernard, il est représenté au côté de son père Jupiter ici associé à Poeninus, divinité indigène de la montagne (Colette Jourdain-Annequin, Quand Grecs et Romains découvraient les Alpes: les Alpes voisines du ciel, 2011 - books.google.fr).

 

Le culte d'Hercule, l'Herculeus Graius des inscriptions de Salins-les-Thermes, d'Aime et peut-être de Bourg- Saint-Maurice, comme l'Herculeus Bibax dont la tête en marbre provient d'Aime, recouvre certainement celui d'une divinité indigène, assimilable au dieu celtique Ogmios, protectrice des cols et des passages.[]

 

L'inscription de Salins-les-Thermes est signalée, au XVIe siècle, par Aymard du Rivail - Perdu. Texte, jadis conservé, d'une ligne. Le reste était déjà illisible (Bernard Rémy, François Bertrandy, Inscriptions latines des Alpes: (I.L.Alpes), Alpes Graies, 1998 - books.google.fr).

 

Aymar du Rivail est un juriste et historien dauphinois, né en 1491 à Saint-Marcellin et mort en 1558. Il est l'auteur de nombreux ouvrages juridiques, dont Aymari Riuallii Allobrogis Iuris Consulti Ac Oratoris Libri De Historia Iuris Ciuilis Et Pontifici (1515). Son Histoire du Droit Civil (Civilis Historiae Juris, 1527) le fit devenir conseiller au parlement de Grenoble (fr.wikipedia.org - Aymar du Rivail).

 

O. Hirschfeld a intégré cette inscription dans les suppléments du CIL XII en citant in extenso le texte latin d'Aymard du Rivail et n'a pas mis en cause son authenticité malgré un formulaire quelque peu surprenant et la leçon Herculeio. Pour sa part, Th. Reinach voulait comprendre Herculei Ogmio, ce qui est peu vraisemblable, car Ogmios n'est jamais attesté dans l'épigraphie de la Gaule (Bernard Rémy, François Bertrandy, Inscriptions latines des Alpes: (I.L.Alpes), Alpes Graies, 1998 - books.google.fr).

 

On peut penser que "gallique ogmium" désigne Hercule simplement sans imaginer une voyance de l'interprétation de Reinach.

 

Le val d'Aoste, drainé par la Doire Baltée, est encadré par deux chaînes de hautes montagnes entre lesquelles il s'immisce grâce à une douzaine de vallées latérales. Les cols du Petit-Saint-Bernard à l'ouest et du Grand-Saint-Bernard au nord constituent les voies d'accès, le premier à la France, le second à la Suisse. Ancienne colonie romaine, il fut érigé en duché par l'empereur Frédéric II de Hohenstaufen en 1238 et fit dès lors partie des possessions de la maison de Savoie (Pierre Faucheux, Merveilles des châteaux de Savoie et du Dauphiné, 1972 - books.google.fr).

 

"gallique" peut renvoyer à "français".

 

La maison de Savoie, petite famille originaire de la Maurienne, haute vallée de l'Arc, affluent de l'Isère, qui conduit au passage du Mont-Cenis, possède sur le versant italien, le Piémont et Turin, à l'orient des Alpes. Mais la Maison de Savoie détient les passages qui mènent sur le versant français; et, sur le versant français, elle possède des territoires de langue française aussi étendus que ses territoires italiens : d'abord la Savoie, pays de langue française, avec Chambéry, avec Annecy, avec Saint-Jean-de-Maurienne; par les régions hautes de Faucigny et du Chablais, la Maison de Savoie atteint le lac de Genève, déborde au-delà du lac de Genève, au-delà du Rhône, jusqu'au contact de la Franche-Comté, cernant à moitié Genève, ville libre mais toujours convoitée (Augustin Renaudet, L'Italie et la Renaissance italienne de 1492 à 1559, 1964 - books.google.fr).

 

Typologiquement, le col du Grand Saint Bernard est le lieu de passage des armées de Bonaparte, encore lui.

 

C’est avec la traversée des Alpes par l'armée de réserve le 13 mai 1800 que Napoléon intervient dans la deuxième campagne d’Italie, déclenchée par la reprise de Milan par les Autrichiens. Il fallait surprendre les Autrichiens du général Melas et fondre sur eux en profitant de l’effet de surprise. Avec son armée de réserve, il passe le col du Grand-Saint-Bernard, le corps du général Moncey franchit le col du Saint-Gothard et le corps du général Turreau se dirige vers le col de Montgenèvre. Le 18 mai, Bonaparte quitte Martigny et se met en route vers le Grand Saint-Bernard. Le 20 mai, habillé d’un uniforme bleu que recouvre une redingote blanche et coiffé d’un bicorne couvert de toile cirée, il monte une mule, et escorté par le guide Dorsaz, traverse le col.Du 15 au 21 mai, les troupes gravissent les monts et acheminent des tonnes de matériel et l’artillerie logée dans des troncs d’arbres évidés pour en faciliter le transport. L’artillerie fut retardée au fort de Bard par la résistance des Autrichiens, mais le reste de l’armée fut au rendez-vous de la première bataille importante à Montebello. La reconquête de l’Italie par Napoléon favorise le rapprochement avec l’Espagne du roi Charles IV qui commande le portrait équestre du Premier Consul Napoléon Bonaparte qui sera peint par Jacques-Louis David entre 1800 et 1803 (fr.wikipedia.org - Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard).

 

Le Livre de l’Etat et de la mutation des temps, écrit en 1550, de Roussat, reprend les données d’Ibn Ezra avec un décalage de quelques années dans les dates par rapport à celles données par Trithème : l'an 7000 correspond à l'année 1793 pour celui-ci, et à 1801 pour Roussat (ramkat.free.fr - Yves Lenoble, Nostradamus et l’éclipse du 11 aout 1999, 1999).

 

Azostains

 

Un système d'encodage prophétique fourni par la littérature pseudojoachimite, est contenu dans le Liber de oneribus, composition adaptée des malédictions adressées par Isaïe aux différents peuples proche-orientaux (onus Babylonis, onus Damasci, onus Aegypti...), dans laquelle chaque entité politique de l'Europe occidentale, et certaines catégories particulières de la population du XIIIe siècle se voient assigner une concordance avec une malédiction isaïenne, par exemple Egypte/France ; Philistins/Ligures ; Juda/Italie ; Jérusalem/Eglise d'Occident ; Edom/Grecs ; Arabes/Anglais... C'est donc naturellement que les routes du nord par lesquelles surgissaient les envahisseurs proche-orientaux du royaume de Juda dans l'antiquité devinrent dans les prophéties médiévales l'aquilon dont descendaient pour la ruine de l'Italie les différentes manifestations (dynastiques) du mal incarné par les Staufen, Frédéric Ier, Henri VI, Frédéric II, Conrad IV, Conradin :

 

Contre la Ligurie (La Lombardie) - contre les Philistins : Ne te réjouis pas, ô toi tout Philistin, car même si pour l'instant la verge de la persécution est foulée aux pieds, il est nécessaire que par retour de fortune la Ligurie soit écrasée de toute part. De la racine, dit-il, du serpent précédent, Frédéric, sortira un autre serpent roitelet, c'est-à-dire Frédéric, dont la semence – le troisième Frédéric selon Raynier – absorbera les peuples orgueilleux. De l'Aquilon, dit-il, de la Germanie, viendra une fumée, et personne ne pourra fuir son armée. Car vraiment le Philistin se scinde en cinq serpents-roitelets, et il paraît que ces confins, les Toscans, tous enfin, seront brisés à la fin. Ils voleront, dit-il, les Philistins, sur la mer, et les fils de l'Orient feront alors leur butin.

 

On imagine sans peine comment les nombreux passages des lettres politiques de Frédéric utilisant ces images dangereuses de l'aquilon pouvaient être interprétés par des clercs imbus de ces idées. Une lettre telle que PdV II, 8, (PdV : Pierre de La Vigne) extrêmement offensive, adressée au sénat et au peuple romain en 1242, saturée de références isaïennes mais aussi la lettre PdV II, 56, adressée par les Viterbiens à Frédéric et implorant sa venue, tout comme l'éloge de Frédéric II par Pierre de la Vigne du troisième livre (PdV III, 44), doivent être lus en fonction de cet encodage. L'usage volontairement abondant par la chancellerie impériale de références prophétiques isaïennes a certainement contribué à accroître ces effets de réception, dont il est difficile de savoir à quelles parties de la population (et de l'Europe) ils s'étendaient, mais dont l'importance ne doit pas être minorée, dans l'ambiance électrique de la décennie 1240. [...] L'histoire mouvementée de la fin de la lignée masculine des Hohenstaufen et de la revendication de leur héritage par la maison royale aragonaise a prolongé l'utilisation de ces références jusque parmi les dictatores de l'époque des Vêpres siciliennes qui ont écrit un diptyque de lettres de défi échangées entre Charles d'Anjou et Pierre d'Aragon après les Vêpres. La réponse aragonaise, écrite selon Müller par le vieux Pierre de Prezza, se termine ainsi : nous viendrons dans une telle puissance avec nos insignes victorieux, que nous te détruirons, toi et ta descendance, de la face de la terre, et le lion qui déplumait les poussins de l'aigle en les tuant, nous le détruirons de telle sorte par les morsures empoisonnées de notre dragon, que de toi il ne sera plus fait ultérieurement mention sur la terre. Alors tu sauras ce que peut la dextre des Aragonais, et ce que t'aura valu d'avoir tué des rois, et répandu un sang innocent, scélérat ! (Benoît Grévin, Rhétorique du pouvoir médiéval: Les Lettres de Pierre de la Vigne et la formation du langage politique européen (XIIIe-XVe siècles), 2013 - books.google.fr).

 

Les « Vêpres siciliennes » sont un soulèvement et une révolte populaire de l'île de Sicile contre la domination féodale du roi d'origine française Charles d'Anjou, survenu à Palerme et Corleone, le 31 mars 1282, mardi de Pâques. À la suite de ce soulèvement et du massacre des Français, les Siciliens se libèrent du joug angevin en passant sous la protection du roi d'Aragon Pierre III1. L'événement est donc à la fois un moment clef de l'histoire nationale sicilienne et un tournant géopolitique (fr.wikipedia.org - Vêpres siciliennes).

 

Pierre de la Vigne, Petrus de Vinea, ou Pierre des Vignes, poète et chancelier de Frédéric II du Saint-Empire, né à Capoue vers 1190, d'une famille pauvre. Il incite Frédéric à se rendre indépendant des papes, et indispose vivement par cette politique la cour de Rome. Frédéric finit pourtant par se croire trahi par son protonotaire de la cour impériale (depuis 1246), l'accuse d'avoir voulu l'empoisonner (pour se racheter auprès d'Innocent IV), et ordonne de le livrer à ses ennemis pisans après lui avoir fait crever les yeux : Pierre de la Vigne, dans son désespoir, se brise la tête contre les murs de sa prison (1249). On pense généralement qu'il était innocent. On a sous son nom un recueil de Lettres, publiées pour la première fois en 1566, et souvent réimprimées (fr.wikipedia.org - Pierre Des Vignes).

 

Les Azostains seraient les habitants de la ville d'Ashdod (Azot, Azoth) une des cinq villes de la Pentapole philistine. Selon le Liber de oneribus prophetarum editus ab abbate Ioachim, ils désignent les Lombards ou Liguriens (Génois).

 

Alliance orientale

 

Les Orientaux devraient être les Byzantins, plutôt que les Mongoles.

 

L'empereur Frédéric II, retenu en Italie par ses querelles frontalières avec le pape, brille par son absence. Heureusement, l'Europe est sauvée par un événement imprévisible. Les Mongols se retirent subitement à cause de la mort du Grand Khan. En 1250 commence le grand interrègne, une époque terrible qui dure presqu'un siècle jusqu'à la réorganisation de l'empire par Charles IV (Pierre Quillet, Nicolas Quillet, Regards européens sur l'histoire franco-allemande, 2003 - books.google.fr).

 

Les Hohenstaufen croient à l'Empire unique, mais ils contestent la légitimité de l'Empereur d'Orient. Dans une lettre adressée à Manuel, Frédéric Barberousse pose en principe « que les Empereurs d'Allemagne qui ont reçu leur pouvoir des glorieux Empereurs romains, doivent gouverner, non seulement l'Empire romain, mais aussi le Royaume grec » (Waldemar George, L'humanisme et l'idée de patrie, 1936 - books.google.fr).

 

Jean Doukas Vatatzès, empereur grec de Nicée, luttait avec un succès croissant contre le faible empire latin de Constantinople ; le temps où, en Occident, Frédéric II de Hohenstaufen recommençait, une fois de plus, sa guerre éternelle contre la papauté. Or Baudouin II, empereur de Constantinople, protégé du souverain pontife et ne se soutenant que par lui, se trouvait par là même nécessairement hostile au grand empereur souabe, et la politique de Frédéric II devait naturellement s'efforcer d'atteindre ici aussi et de mettre en échec l'adversaire irréconciliable que le pape était pour lui. Dans ce but il n'hésita pas, lui catholique romain et latin, à faire alliance avec les Grecs schismatiques contre un état catholique et latin. Ceci n'est point pour surprendre, quand on se souvient quel libre et puissant esprit fut ce dernier des Hohenstaufen. Initié en Sicile, dès l'enfance, aux splendeurs des civilisations grecque et arabe, savant et épris de science comme un humaniste de la Renaissance, étrangement séduit en outre par les mœurs voluptueuses et violentes de l'Orient  musulman, ce prince à l'âme cosmopolite et laïque avait entrepris d'arracher le monde à l'étreinte de l'Église, non seulement en détruisant la puissance temporelle de la papauté, mais en ruinant l'ascendant spirituel de Rome. Mettre fin pour jamais à l'inutile folie de la croisade, conclure la paix avec l'Islam, transférer du pape à l'empereur la direction suprême de la chrétienté, tels furent quelques-uns des rêves que caressa le vaste génie de ce souverain presque moderne. Ses ennemis déclarent qu'il ne croyait point en Dieu, qu'il niait l'immortalité de l'âme, qu'il proclamait, en face de la foi aveugle, les droits suprêmes de la raison, disant « que l'homme ne doit croire que ce qui peut être démontré par la force des choses et par la raison naturelle ». On conçoit qu'étant tel, son esprit libéré de scrupules vieillis n'éprouvât nul embarras à traiter avec des schismatiques ou des infidèles, si leur appui pouvait lui être utile contre sa grande adversaire, la papauté. De là vinrent les relations qu'il engagea avec la cour byzantine de Nicée. Frédéric II promettait à Vatatzès de faire évacuer Constantinople par les Latins et de la restituer à son maître légitime ; en échange, l'empereur grec s'engageait à se reconnaître le vassal de l'empereur d'Occident et à rétablir l'union rompue entre les deux Églises. Il est difficile de dire quel degré de sincérité renfermaient ces promesses. Dans l'alliance qui se concluait, les Grecs voyaient surtout un moyen de reprendre plus aisément Constantinople, Frédéric II un moyen d'enlever à la papauté une force qu'elle s'efforçait d'attirer de son côté. Toujours est-il que les deux parties s'accordèrent. Dès 1238, des troupes grecques étaient mises par le basileus en Italie à la disposition de l'empereur souabe. Bientôt le rapprochement des deux souverains devint plus étroit encore. En 1244, une fille de Frédéric II épousait l'empereur grec de Nicée. En 1241, Jean Doukas Vatatzès avait perdu sa première femme, Irène Lascaris. Bientôt, « fatigué de sa solitude », comme dit un contemporain, il songea à se remarier, et il fit demander à son grand allié la main de sa fille. Elle s'appelait Constance, et elle était née de la liaison de Frédéric II avec Bianca Lancia, celle-là même qui fut également la mère du fameux Manfred. L'empereur consentit volontiers à une union qui fortifiait son alliance avec les Grecs ; et encore qu'il y eût entre les deux futurs époux une singulière disproportion d'âge - en 1244 Jean avait cinquante- deux ans, et Constance était toute jeune - le mariage fut résolu. La chose fit en Occident, en particulier dans le parti pontifical, un scandale prodigieux. Au concile de Lyon, un peu plus tard, Innocent IV n'hésitera pas, parmi les raisons qui lui semblaient justifier l'excommunication prononcée contre Frédéric II, à invoquer ce motif, « qu'il avait contracté parenté avec des hérétiques ». Auparavant déjà, et pour la même cause, le pape avait solennellement excommunié l'empereur Vatatzès et tout son peuple, "traitant impudemment d'hérétiques, comme Frédéric II l'écrivait à son confédéré, ces Grecs très orthodoxes, par qui la foi chrétienne s'est répandue à travers le monde », qualifiant « d'apostats et de fauteurs de scandales une nation qui depuis des siècles, et dès l'origine, a été riche en piété et qui a porté l'évangile de paix au monde latin que gouverne le  pontife ». Rien ne pouvait mieux que cette condamnation commune rendre étroitement solidaires les intérêts des deux souverains. « Ce n'est point, disait Frédéric II à un autre de ses correspondants, notre droit seul que nous défendons, mais ceux de tous les peuples nos amis que réunit l'amour sincère du Christ, et spécialement les Grecs, nos alliés et amis, que le pape, à cause de l'affection que nous leur portons, et quoiqu'ils soient très chrétiens, a traités avec la dernière insolence qualifiant d'impies ce peuple très pieux, et d'hérétiques cette nation très orthodoxe ». Vatatzès pareillement, en envoyant à l'empereur un contingent de ses troupes, se félicitait des victoires que le prince souabe remportait sur leur commun adversaire (Charles Diehl, Figures byzantines, Tome 2, 1965 - books.google.fr).

 

Vicaire

 

Contrairement à la politique que les Capétiens et les Valois ont menée dans le royaume de France, les empereurs n'ont pas voulu — ou n'ont pas pu — s'opposer à l'essor de cette grande principauté d'Empire qu'était la Savoie. En simplifiant on peut évoquer l'entente avec les Hohenstaufen, le conflit avec les Habsbourg et de nouveau l'entente avec les Luxembourg. Thomas Ier est un gibelin résolu, il se rallie à Philippe de Souabe, ce qui lui vaut de recevoir en 1207 Moudon, clé de pénétration au nord du Léman. Plus encore Frédéric II ne tarde pas à faire de lui son vicaire impérial en Italie du nord et à le pousser à  à ce titre en Provence et en Piémont à partir de 1226. Puis le même empereur coopère avec Amé- dée IV dans les grands conflits contre les Guelfes italiens (à commencer par l'évêque de Turin) et obtient du comte de Savoie qu'il barre le passage des Alpes aux troupes pontificales, moyennant pour lui et pour son frère Thomas une pluie de concessions de droits sur le nord du Piémont. Philippe de Savoie, devenu le protecteur du pape Innocent IV fixé à Lyon en 1245, cherche certainement, il est vrai, à entraîner ses frères dans une politique plus favorable à la papauté. La disparition progressive des Hohenstaufen n'empêche pas la Maison de Savoie de faire régulièrement confirmer ses droits sur Ivrée et tout le Canavais, sur Turin et sur le Piémont central. Mieux encore, durant le Grand Interrègne du troisième quart du XIIIe siècle, Pierre de Savoie se voit charger  de la protection de Berne et de Morat. Il reçoit bientôt du roi des Romains, Richard de Cornouailles, l'époux d'ailleurs d'une petite-fille de Thomas Ier, les fiefs impériaux de Kybourg situés au nord-est du pays de Vaud, ce qui amorce la pénétration en Suisse alémanique. Institué vicaire d'Empire perpétuel pour toutes ses possessions alpines, Pierre II voit ainsi reconnaître et approuver l'expansion savoyarde déjà réalisée. C'est un encouragement à persévérer ! Malheureusement dans sa progression au nord-est la Savoie se heurte aux Habsbourg; Pierre II trouve un adversaire dans la personne de Rodolphe, un seigneur alémanique (aussi ambitieux que modeste) qui, après quelques offensives contre la Savoie restées heureusement infructueuses, devient réellement inquiétant lorsqu'il est élu empereur en 1273. Longtemps accaparé par les affaires de Bohême et d'Autriche, Rodolphe de Habsbourg crée en 1282, avec l'appui de Charles d'Anjou, une grande coalition anti-savoyarde. Par de nombreuses mesures militaires et diplomatiques, Philippe Ier et Amédée V limitent les pertes, qui sont d'ailleurs momentanées, aux secteurs de Payerne, de Morat et de Berne. La mort de Rodolphe en 1291 ne ramena pas la bonne entente avec l'empereur car, quelques années plus tard, fut élu un autre Habsbourg anti-savoyard, Albert d'Autriche. Ce dernier toutefois n'eut guère le loisir d'agir hors de Germanie et après sa mort en 1 308, l'autoritaire et déjà redoutable famille de Habsbourg se trouva écartée pour longtemps. Et désormais, à la place de cette famille alémanique fâcheusement proche de la Savoie, ce furent les Luxembourg qui presque toujours occupèrent le trône impérial. Très lié à la France dont Amédée V s'était justement rapproché, cette Maison espérait surtout rétablir l'autorité impériale. Elu en 1308 Henri VII se mit à préparer une descente en Italie pour se faire couronner empereur et afin de balayer par l'épée et par la négociation l'opposition des Guelfes il chercha des soutiens. C'est Amédée V qui en 1 3 10 lui ouvre la route de Turin à Rome — où le couronnement a lieu en 1312 — et qui après s'être vu reconnaître tous ses titres, y compris les  plus récents tel celui de seigneur de Bâgé et de Coligny, devient enfin officiellement prince d'Empire, tandis que son neveu Louis de Savoie- Vaud est nommé sénateur de Rome. Ainsi plus que jamais, les Savoyards ont toute liberté d'expansion car dans la suite des événements les empereurs interviennent peu hors de Germanie, si ce n'est le versatile Charles IV (1346-1378), célèbre pour avoir concédé ou révoqué des droits dans le simple but de manifester son autorité et de recevoir des fonds. Amédée VI se contenta alors de constater qu'en 1356 il a reçu la connaissance de tous les appels (même interjetés contre les sentences des évêques et des abbés), qu'en 1365, à l'occasion d'un voyage où Charles IV fut somptueusement accueilli en Savoie,  il a obtenu la concession du vicariat impérial, enfin dix ans plus tard la liberté de saisir les biens du marquis de Saluces pour félonie, nonobstant toutes affirmations contraires de la France au nom du dauphin. Qu'importent toutes les mesures prises par Charles IV en faveur du dauphin, du comte et de l'évêque de Genève ? Amédée VI s'est en effet bien rendu compte qu'il pouvait les ignorer Grâce à l'empereur Wences- las, Amédée VII retrouve dès son avènement le vicariat impérial dont il peut se prévaloir pour acquérir en 1388 Nice et la «Terre Neuve de Provence». Dans l'ensemble, hormis Rodolphe de Habsbourg à la fin de son règne, l'empereur n'a donc jamais gêné l'expansion savoyarde (Réjane Brondy, Bernard Demotz, Jean-Pierre Leguay, Histoire de la Savoie, Tome 2, 1984 - books.google.fr).

 

Le comte de Savoie Thomas Ier était vicaire impérial pour tout le pays situé entre Turin et Pavie. Il y eut aussi un vicaire pontifical.

 

Dès son élection, le pape Alexandre IV, en 1254, remplace le royaume d'Italie par un vicariat pontifical avec Charles d'Anjou (1246-1285) comme vicaire et rétablit ainsi un semblant d'unité en Italie. Toujours en lutte contre l'empereur d'Allemagne, Manfred, le pape soudoie les rois d'Angleterre et de Norvège pour qu'ils l'attaquent. Il faut cependant ajouter que Manfred s'était fait couronner roi de Sicile en 1258 avant de s'approprier quelques États pontificaux ! (Catherine Marneur, Notre histoire écrite par les papes, 2013 - books.google.fr).

 

La "cappa" est une pièce d'habillement, des cardinaux (magna cappa) en particulier. Mais on ne peut parler de vicaire d'un cardinal.

 

Souverain absolu, Charlemagne n'avait pas de premier ministre, qui était le maire du palais sous les derniers Mérovingiens, non plus homme de loi, mais homme de guerre. Toutes les fonctions hier détenues par des spécialistes sont maintenant dévolues à des grands serviteurs du palais, qui partagent les responsabilités politiques et diplomatiques avec leur fonction interne. Le personnage le plus important était cependant l'apocri- siaire, « officier préposé aux affaires ecclésiastiques », selon la définition d'Hincmar, et qui nommait sous Louis le Pieux l'archichapelain. Cet office avait été créé par Constantin le Grand quand, devenu protecteur des chrétiens, il voulut manifester son affection et sa gratitude envers les apôtres Pierre et Paul et, affirme encore Hincmar, il fit don de la ville de Rome au pape saint Silvestre quand il quitta l'antique cité pour s'installer à Constantinople. Le pape et l'empereur eurent alors besoin d'un intermédiaire, légat du Saint-Siège auprès du souverain. Saint Grégoire le Grand, avant d'être élu pape, fut apocrisiaire du pape Pélage II auprès de l'empereur Tibère II. La fonction avait changé ; l'apocrisiaire n'était plus un légat du pape auprès de l'empereur d'Orient, mais un chef du personnel ecclésiastique du palais impérial d'Aix-la-Chapelle ; et s'il avait tant d'importance, ce n'était pas à cause de l'autorité politique qu'il pouvait exercer, mais en tant que représentant de la religion chrétienne auprès de l'empereur. Son office s'étendait d'ailleurs sur un très vaste domaine, car il n'était pas seulement responsable du clergé et des cérémonies du palais, mais en outre des diocèses et des abbayes. À l'origine, l'apocrisiaire n'était que l'aumônier du roi pour son oratoire d'Aix ; l'oratoire ne se nommait pas chapelle, ni l'aumônier chapelain. Or, ce modeste lieu saint, outre le privilège de son caractère royal, possédait une relique insigne, la tunique de saint Martin. Ce précieux vêtement avait été emprunté par un roi mérovingien, probablement Clotaire Ier, pour le faire porter comme gage de victoire devant ses troupes quand il partait pour la guerre. Dans l'intervalle, il le plaçait dans un oratoire du palais royal. Cette conduite fut imitée par ses successeurs. Or, la tunique de Martin portait un capuchon, et fut appelée pour cette raison cappa (du latin caput, tête), en français chape.  Et le lieu où elle était conservée prit le nom de chapelle, dénomination conférée ensuite à tous les oratoires. Aix est la traduction française du latin aquœ, « les Eaux », sous-entendu « thermales ». Avant d'être choisie pour résidence des Carolingiens, Aix-la-Chapelle s'appelait Aquœ Grani. Elle devait son nom, d'après la légende, au légat romain Granus Serenus, qui aurait découvert les sources, ou, selon une autre version, à Granus, frère de Néron, qui bâtit à cet endroit le premier palais, mais plus vraisemblablement à Granus, dieu celte qui avait de l'analogie avec Apollon. Les Pépinides s'emparèrent de la prestigieuse relique, et Pépin le Bref, installant une nouvelle résidence à Aix, l'y plaça dans son oratoire. Ce fut ainsi que la bourgade thermale d'Aix devint Aix-la-Chapelle, et que l'aumônier du roi en devint spécifiquement le chapelain. Charlemagne, qui aimait prendre les eaux en cet endroit, le préféra à tout autre ; il conserva la fameuse chape, et fit agrandir l'oratoire pour le transformer en basilique ; celle-ci prit la forme d'un sanctuaire octogonal, surmonté d'une coupole byzantine imitée de Saint-Vital de Ravenne (Ivan Gobry, Charlemagne: fondateur de l'Europe, 1999 - books.google.fr).

 

Le troisième étage, désigné aujourd'hui encore sous le nom de « salle impériale », avait été conçu pour être une « Capella », c'est-à-dire une salle réservée aux prestations de serment sur la « Cappa », manteau de saint Martin, et plus tard, après la disparition de ce manteau, sur la cappa de saint Martial que l'on peut voir actuellement à Aix. Le haut relief situé dans le hall d'entrée de l'église Notre-Dame de Maastricht, qui se trouvait auparavant dans l'abside, représente une prestation de serment sur la Cappa, devant l'empereur. L'un des deux assistants encadrant l'empereur, assis sur son trône, porte l'épée impériale. Devant l'empereur est agenouillé le candidat au serment ; la Cappa est déposée sur une petite colonne. Cette œuvre très intéressante du point de vue historique a sans doute été réalisée vers 1204. [...] Cette salle servait vraisemblablement, comme autrefois la salle royale, aux assemblées « profanes » présidées par l'empereur, dans la mesure où l'on peut qualifier de « profanes » ces séances au cours desquelles se faisaient la prestation du serment sur la « Cappa », l'attribution de fiefs et où l'on rendait justice (Harald Busch, L'Art Roman du Saint Empire, 1963 - books.google.fr).

 

"Persécutions" de l'Eglise et paix universelle

 

Les trois dates de 11, 3 et 25 années de persécutions, additionnées font 39.

 

A sa mort qui arriva en 1250, après cinquante-trois ans de règne comme roi de Sicile et trente-neuf comme empereur d'Allemagne, Frédéric II avait laissé le royaume de Sicile à son fils Conrad, alors en Allemagne, et avait nommé régent, en attendant son retour, son fils Manfred, prince de Tarente (Encyclopédie moderne, Rongeurs-Sucre, Tome XXV, F. Didot, 1852 - books.google.fr).

 

Il ne s'agit pas ici de recenser toutes les péripéties du conflit entre les papes et l'empereur. Notons ce qui se passa sous Innocent IV :

 

Son premier et principal soin, dès qu'il fut élu, fut de terminer la lutte qui s'était élevée entre Frédéric II et l'Église, lutte qui s'était extrêmement aigrie sous Grégoire IX, et de rétablir la paix universelle dans toute la Chrétienté; mais l'espoir qu'il avait conçu de voir l'empereur répondre à ses bienveillantes dispositions fut complétement déçu. Innocent IV proposa à l'empereur de faire décider par une assemblée de rois et des grands de l'État et de l'Église leurs griefs réciproques, s'engageant, dans le cas où la décision serait favorable à l'empereur, à ne rien négliger pour le satisfaire. Frédéric ne voulut entrer dans aucune négociation avant que l'excommunication prononcée contre lui par Grégoire IX eût été levée, tandis que, de son côté, Innocent prétendait qu'on mît en liberté, préalablement à tout arrangement, les prélats retenus prisonniers. L'empereur, sans plus tarder, envahit les États de l'Église, mettant tout à feu et à sang. Cependant, cédant aux instances des députés de différents princes, il consentit enfin à entrer en conférence avec le Pape. Déjà ses députés, Pierre Desvignes [Pierre de la Vigne, voir ci-dessus] et Thaddée de Suessa, avaient fait des promesses solennelles, lorsqu'ils rompirent brusquement les conférences. Innocent IV, apprenant que l'empereur lui dressait des embuches pour s'emparer de sa personne, se réfugia en toute hâte sur les galères de Gênes, sa patrie, et de là, après être entré en convalescence d'une maladie mortelle, il se rendit à Lyon, où il convoqua un concile œcuménique. Cette assemblée devait non-seulement juger le différend entre l'empereur et le Pape, mais encore être consultée sur les moyens d'empêcher les progrès des hérétiques et de prévenir les malheurs dont l'invasion des Tartares menaçait l'Occident. Dans la troisième session (17 juillet 1245) l'empereur fut excommunié et destitué de ses honneurs et de ses dignités, pour s'être rendu indigne par ses crimes du pouvoir suprême. En face de la lutte mortelle qu'un pareil arrêt devait nécessairement entraîner, Innocent IV proclama qu'il était prêt à affronter la mort pour soutenir la volonté du concile, et, afin que les cardinaux se souvinssent de cette espèce de testament solennel, Innocent leur donna à cette occasion le chapeau rouge, dont toutefois ils ne se servirent pour la première fois qu'un an plus tard, lors d'une entrevue entre le Pape et Louis IX. L'intervention de ce monarque, qui, à la demande du Pape, avait entrepris de le réconcilier avec l'empereur, n'eut pas le résultat désiré. Cependant, pour mettre à exécution la sentence de déposition de Frédéric II, les princes d'Allemagne élurent roi des Romains, à l'instigation du Pape, le 17 mai 1246, Henri Raspe, landgrave de Thuringe, auquel, après sa prompte mort, ils donnèrent pour successeur Guillaume, comte de Hollande (29 septembre 1247). Innocent IV ne ménageait rien pour abattre en Allemagne le parti des Hohenstaufen et relever l'autorité de l'antiroi. Il finit même parfaire prêcher une croisade contre Frédéric II, son fils, le roi Conrad IV, et ses partisans. Après la mort de Frédéric II, en 1251, Innocent revint en Italie. Il s'arrêta quelque temps à Gênes, à Milan, près d'un an et demi à Pérouse, et finit, à la demande instante des Romains, par revenir à Rome, où il fut reçu, en octobre 1253, avec les cris de joie ordinaires d'un peuple mobile dans ses haines comme dans son amour. Conrad avait, à la tête d'une nombreuse armée, envahi la basse Italie et s'en était soumis toutes les villes. Innocent, pour se procurer un appui contre ce prince, offrit le royaume des Deux-Siciles d'abord à Richard, comte de Cornwalls, frère d'Henri III, roi d'Angleterre, qui était puissamment riche. La négociation échoua, Richard n'ayant point accepté les conditions du Pape. Il en arriva de même de la négociation qu'on entama avec Charles, comte d'Anjou et de Provence, frère de Louis IX, qui avait sollicité l'investiture du royaume de Sicile, mais que ses amis et ses parents avaient détourné de se mêler d'une entreprise aussi hasardée. Tandis qu'en dernière analyse Innocent IV négociait, par son légat Albert, avec Henri III, roi d'Angleterre, qui avait fini par proposer son fils Édouard pour le royaume de Sicile, Conrad IV mourut, à peine âgé de vingt-quatre ans. Cet événement affaiblit singulièrement le parti des Hohenstaufen en Italie ; Mainfroi [Manfred] lui-même se soumit à Innocent IV, et au bout de très-peu de temps la paix sembla rétablie dans la basse Italie. Mais à peine on respirait que Mainfroi abandonna la cause du Pape, se mit à la tête des Sarrasins de Nocéra, et battit complétement l'armée pontificale, le 2 décembre 1254. Cinq jours plus tard Innocent IV mourut à Naples; son corps repose dans la cathédrale de cette ville. Il avait heureusement rempli sa mission en sauvant la liberté de l'Eglise des mains de ses plus dangereux adversaires (Heinrich Joseph Wetzer, Dictionnaire encyclopédique de la théologie catholique: rédigé par les plus savants professeurs et docteurs en théologie de l'Allemagne catholique moderne, Tome 11, 1861 - books.google.fr).

 

Tous les empereurs médiévaux s'en étaient faits les champions. A la fin du XIe me siècle, Henri IV la défend contre Grégoire VII et les apologistes de l'empereur vitupèrent les grégoriens qui combattent «le prince de la paix». «Notre patrie n'a pas d'autre nom que celui de la paix» écrit Walram de Naumburg, et Pierre Crassus fait de son maître «le créateur, le prêcheur, le protecteur de la paix». Il appelle toute la chrétienté à la résistance contre Hildebrand «ennemi des lois, ennemi de la paix, ennemi de la communauté tout entière». Cent cinquante ans plus tard, Frédéric II renoue la tradition. «Le roi, proclame l'exorde du Liber augustalis, fera tout ce qui sera en son pouvoir pour conserver aux peuples la paix, et doter les peuples pacifiés de la justice...» et cette phrase devient un leitmotiv repris tout au long des constitutions de Melfi. Frédéric II convoque un parlement à Ravenne «pour rétablir la paix universelle de l'empire, rendre à l'Italie un état prospère et tranquille, apaiser les querelles entre cités... et écarter tout trouble et toute semence de haines » (Walram de Naumburg, De unitate ec- H., Leges, s. IV, Const., II, p. 155: "desiderio summo zelantes ad honorem Dei et imperialem gratiam paxcem universalem imperii reformate, disponere statum Italie prosperum et tranquilium sedare dissidia civitatum intus et extra ferventia et inter vicinos populos omnem turbidinem et odii fomitem amovere") (Georges de Lagarde, La naissance de l'esprit laïque: Le Defensor Pacis, 1956 - books.google.fr).

 

Typologiquement on ne s’étendra pas sur le conflit entre le pape et Napoléon, plus qu’entre celui-ci et l’Eglise puisqu’il rétablit le culte catholique en France.

 

Dans cette partie de la Lettre à Henry, depuis la seconde chronologie biblique (voir "1792"), l'intérêt est porté sur la maison de Savoie. On la retrouve dans les quatrains V 3,6,7,29,30,39,44,49,50 interprétés comme illustration de la formation de l'unité italienne. On pourra dire que, les Centuries s'incrivant, par l'époque de leur rédaction, dans le contexte des guerres d'Italie, des connexions avec cette région européenne s'en suit.

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