LETTRE Ă  HENRY - Eulalie 2

Lettre Ă  Henry

 

Eulalie 2

 

"cinquantesme degré" ou "cinquiesme degré"

 

Les éditions de la Lettre n'ont pas toutes le même texte : on retient "cinquiesme" (Eugène Bareste, Nostradamus, 1840 - books.google.fr, Les propheties de Michel Nostradamus, 1611 - books.google.fr).

 

Dans l'ancienne Loi, quand les hommes n'étoient point encore assez multipliés, Dieu permit les Mariages entre les parens au fecond degré, à cause de la nécessité urgente; c'est pour cela qu'Abraham épousa Sara, qui étoit sa niéce, fille de son frere. Isaac épousa Rebecca sa parente au troisiéme degré de consanguinité. Jacob épousa les deux filles de Laban, Lia & Rachel ses cousines germaines, puisque Laban étoit frere de Rebecca mere de Jacob.

 

Mais dans la Loi de grace où nous vivons, ce motif de la nécessité urgente ne subsistant plus, l'Eglise a réduit la parenté au quatrième degré de consanguité inclusivement, & elle a permis à un jeune homme d'épouser la personne qui ne lui est parente qu'au cinquième degré dans la ligne collatérale de manière que les degrés prohibés dans cette ligne ne s'étendent qu'à ce quatrième degré. Mais l'Eglise en exclu tous les degrés de la ligne directe comme de pere à ses enfans & aux enfans de ses enfans, en descendant toujours à perpétuité. C'est ainsi que le quatrième Concile de Latran l'a décidé sous Innocent III l'an 1215 (Daniel de Paris, Conferences theologiques et morales par demandes et réponses sur les commandemens du Décalogue et de l'Eglise, Tome 4, 1753 - books.google.fr).

 

Philippe-Auguste, roi de France, fut forcé de reprendre sa femme qu'il avait répudiée, et de chasser sa concubine. [...] En même temps, Innocent III forçait le roi de Castille, Alphonse IX, de se séparer de sa femme Bérengère, qui était en même temps sa petite-fille. [...] Il termina sa vie (1216) peu après avoir tenu à Rome le douzième grand concile ecuménique (quatrième de Latran) (Auguste Ott, Manuel d'histoire universelle, 1840 - books.google.fr).

 

En 1214, Innocent III confirmait la paix intervenue entre Alphonse VIII de Castille et Alphonse IX de LĂ©on. Les motifs allĂ©guĂ©s sont toujours les mĂŞmes : faire rĂ©gner la paix, protĂ©ger les Ă©glises et les faibles, permettre la rĂ©alisation du projet de croisade. Au concile de Latran de 1215, Innocent III proclamait une paix de quatre ans pour l'«intĂ©rĂŞt de la Terre sainte». Dans toutes ces interventions, le pape faisait encore figure de chef de la ChrĂ©tientĂ©, de pasteur chargĂ© de faire rĂ©gner la paix dans le troupeau confiĂ© Ă  sa garde. Mais dĂ©jĂ  les rĂ©sistances des princes se faisaient plus vives. Elles ne se bornaient pas Ă  nĂ©gliger en fait les conseils pontificaux. Elles mettaient en question leur lĂ©gitimitĂ©. Ainsi, dès le dĂ©but du XIIIe siècle, s'annonçait le tournant historique, le dĂ©clin de la ChrĂ©tientĂ©, la naissance des Etats nationaux. Honorius III hĂ©ritait de l'appel Ă  la paix lancĂ© au concile de 1215 (Jean Gaudemet, La sociĂ©tĂ© ecclĂ©siastique dans l'Occident mĂ©diĂ©val, 1980 - books.google.fr).

 

Rabieux

 

Alphonse IX, roi de Léon, est surnommé le Baveux (El baboso) par les chroniques musulmanes.

 

Cf. quatrain X, 47 - La guirlande de Julie ou Alphonse IX de LĂ©on - 2211-2212.

 

C'est sans doute par suite de l'idée de folie que les Arabes attachaient, eux aussi, à l'écoulement répété de la salive, que leurs chroniqueurs ont donné au roi de Léon, Alphonse IX, le surnom de albâboudj, qu'ils traduisent par baveux et qui est une transcription de l'espagnol bavoso. Ce sobriquet est devenu chez les auteurs arabes le nom des rois de Léon (M. Defrémery, Opinions singulières des Musulmans, Comptes rendus des séances: de l'année, 1871 - books.google.fr).

 

L'horreur de l'eau, le serrement de la queue entre les jambes, la bouché baveuse et écumante, etc., étaient les seuls symptômes patents de la rage chez le chien (Journal vétérinaire et agricole de Belgique, Volume 5, 1846 - books.google.fr).

 

Roi de Castille et de León (1252-1284) et petit-fils d'Alphonse IX, Alphonse X, dit le Sage ou le Savant, a laissé de lui l'image d'un souverain trop affairé à contempler les étoiles pour prêter attention aux choses de ce bas monde (Dictionnaire du Moyen Âge, histoire et société : Les Dictionnaires d'Universalis, 2015 - books.google.fr).

 

Chez les chroniqueurs arabes médiévaux, le terme Babûg pour Baboso "Baveux" désigne deux souverains, soit Ferdinand II de León (r. 1157-1188) chez Abd al-Malik ibn Sahib al-Salat (fin VIi°/XII° siècle) ou son fils Alphonse IX (r. 1188-1230) chez Ibn Haldûn, quoique le texte soit confus. Vu la date de décès de 'Abd Allah ibn Ibrâhim al-Higari 1155, aucun des deux ne convient, mais comme il s'agit bien du roi du León, l'expression désignerait alors le père de Ferdinand II : Alphonse VII, roi de León et Castille de 1126 à 1157 (Jean-Charles Ducene, L'Europe et les géographes arabes du Moyen Age, 2018 - books.google.fr).

 

Au seizième siècle, la légende de la Belle Juive, Rachel de Tolède, aurait envoûté Alphonse VIII, roi de Castille au douzième siècle. Le mythe sera mille fois ressassé de Lope de Vega à Grillparzer et Balzac, en passant par Jacques Cazotte au dix-huitième siècle (Stéphane Zagdanski, De l'antisémitisme, 2006 - books.google.fr).

 

Cazotte confond du reste jusqu'au bout Alphonse VIII avec sont grand père Alphonse VII roi de Léon et de Castille, car il lui fait décerner le titre d'Empereur (Elie Lambert, Alphonse de Castille et la Juive de Tolède. In: Bulletin Hispanique, tome 25, n°4, 1923 - www.persee.fr).

 

Alphonse VII l'Empereur, né le 1er mars 1105 à Caldas de Reis et mort le 21 août 1157 à Santa Elena ou Viso del Marqués, est roi de Galice de 1112 à 1157 et de León et Castille de 1126 à 1157. Il est couronné Imperator totius Hispaniæ, «empereur de toutes les Espagnes» en 1135 (fr.wikipedia.org - Alphonse VII).

 

Cf. "sera uny le royaume du Rabieux".

 

Ordoño II, roi de Léon, fait clouer la tête d'un général musulman aux murs du château de Saint-Etienne de Gormaz, à côté d'une hure de sanglier. Dans les deux camps, on se traitait mutuellement de «chiens» et de «fils de chiens». On n'avait rien à s'envier en fait de férocité et de barbarie destructrice (Louis Bertrand, Histoire d'Espagne, 1932 - books.google.fr).

 

"deux glaives"

 

Depuis GrĂ©goire VII jusqu'Ă  Boniface VIII les papes ont effectivement une doctrine nette exposĂ©e notamment par ces deux pontifes ainsi que par Innocent III : la sociĂ©tĂ© est gouvernĂ©e par deux glaives, tous deux au service de l'Eglise et l'autre, le temporel, Ă  l'Etat, c'est-Ă -dire aux rois mais seulement aussi longtemps que le pape le commande aux fidèles. En effet, les rois tiennent leur pouvoir de l'Eglise qui les sacre, ainsi possèdent-ils leur royaume comme des fiefs tenus de Dieu que l'Eglise reprĂ©sente sur terre. La papautĂ© gouverne les âmes et elle est supĂ©rieure Ă  la royautĂ© qui ne gouverne que les corps et n'a de pouvoir que sur terre, l'Eglise ayant pouvoir dans le ciel. [...] Ce pouvoir des papes sur les princes et sur la chrĂ©tientĂ© entière est exprimĂ© par Innocent III dans son titre de vicaire du Christ (Gabriel Lepointe, Les rapports de l'Église et de l'État en France, 1960 - books.google.fr).

 

En effet, dès le XIe siècle, les clercs inventent la thĂ©orie des deux glaives, l'un spirituel, l'autre temporel Ă  partir du texte de l'Ă©vangile "Rendez Ă  CĂ©sar ce qui est Ă  CĂ©sar et Ă  Dieu ce qui est Ă  Dieu". Cette issue de la lutte entre le sacerdoce et l'Empire conduit par ailleurs au renforcement du pouvoir des rois et des princes qui se libèrent du pouvoir temporel des papes et de l'autoritĂ© des Empereurs. Les lĂ©gistes des rois, tels en France, ceux de Saint-Louis, affirment la souverainetĂ© du roi en le dĂ©crĂ©tant «empereur en son royaume». Tout le pouvoir rĂ©el passe ainsi dès le XIIIe siècle aux mains des princes : la justice, l'armĂ©e, le droit de lever l'impĂ´t et de battre monnaie. La thĂ©ocratie ainsi Ă©cartĂ©e en Europe et la supĂ©rioritĂ© du pouvoir des rois et des princes affirmĂ©e, le Saint-Empire romain germanique, qui Ă©choit Ă  la maison des Habsbourg, ne reprĂ©sente bientĂ´t plus qu'un espace politique formel dans lequel se dĂ©veloppent une multitude d'États indĂ©pendants, royaumes mais aussi principautĂ©s aussi principautĂ©s, duchĂ©s, villes libres et communes, fĂ©dĂ©rations de cantons comme en Suisse, seigneuries et rĂ©publiques comme GĂŞnes ou Venise, en Italie du Nord. L'existence d'une telle structure supraĂ©tatique et supranationale regroupant un très grand nombre d'États - au XVIIIe siècle, l'Empire germanique en compte plus de 400 qui ne sont Ă©videmment pas tous nationaux - aux formes politiques très variĂ©es retarde le dĂ©veloppement d'entitĂ©s politiques modernes sans pour autant y faire rĂ©gner la paix : les unitĂ©s italienne et allemande ne sont rĂ©alisĂ©es qu'en 1870-1871. Les guerres s'y dĂ©roulent en effet de manière continue : guerres internes du «protestantisme militaire et politique» au XVIe siècle; guerre de Trente Ans (1618-1648) dont l'enjeu est, pour les principales maisons royales d'Europe, la suprĂ©matie politique sur le continent; lutte entre la maison prussienne des Hohenzollern et celle autrichienne des Habsbourg pour la constitution d'un État allemand cohĂ©rent qui s'achève par la dĂ©faite de Sadowa obligeant Vienne Ă  adopter la double monarchie austro-hongroise et Ă  basculer son centre de gravitĂ© stratĂ©gique sur l'axe danubien (Laurent CarrouĂ©, Didier Collet, Claude Ruiz, L'Europe, 2006 - books.google.fr).

 

Cette soif de pouvoir temporel, qui, après les avoir longtemps poussés à l'usurpation et au mensonge, parut atteindre son but, à partir du temps d'Innocent III et de Nicolas III, affaiblit les parties les plus essentielles de l'autorité papale. Dans les quatorzième et quinzième siècles, les papes dégradèrent leur caractère en s'attachant trop exclusivement aux affaires politiques de l'Italie (Henry Hallam, L'Europe au moyen âge, Tome 3, 1840 - books.google.fr).

 

"enseignes"

 

Les deux points, aux yeux de Calvin, qui dĂ©terminaient le caractère d'une Eglise chrĂ©tienne sont dĂ©finis par : «Nous avons mis pour enseignes de l'Eglise la prĂ©dication et l'administration des sacrements.» (Inst. chrĂ©t., Ă©dit. 1560, 1. IV, chap. 4er.) (AmĂ©dĂ©e Roget, L'Ă©glise et l'Ă©tat Ă  Genève du vivant de Calvin: Ă©tude d'histoire politico-ecclĂ©siastique, 1867 - books.google.fr).

 

"curvature" : curvitas

 

Après Calvin, on reste dans le domaine protestant.

 

Luther emploie souvent la notion de courbure (curvitas) pour dire le pĂ©chĂ© originel. Ainsi en 1517 dans le commentaire du psaume 4, 11 : «CourbĂ© est l'esprit de la chair et d'Adam, qui en toutes choses se courbe sur lui-mĂŞme, recherche son bien; cet esprit est innĂ© en nous». Le pĂ©chĂ© originel est recroquevillement sur soi-mĂŞme. L'homme est dĂ©finitivement «courbĂ© sur lui-mĂŞme (incurvatus) sur lui-mĂŞme au point d'inflĂ©chir vers lui-mĂŞme non seulement les biens corporels mais encore les biens spirituels, et de se chercher lui-mĂŞme dans tous. Or, cette courbure est maintenant naturelle : c'est un vice et un mal naturel» (Robert Grimm, Luther et l'experience sexuelle: sexe, celibat, mariage chez le Reformateur, 1999 - books.google.fr).

 

"attire" : appel

 

L'action naturelle et mystérieuse de la Providence sur le monde païen une forme générale de l'appel divin. L'appel sérieux et définitif, qu'ils appellent la vocatio specialis, est la prédication personnelle et directe de la bonne nouvelle du salut apporté par Jésus-Christ. Ce dernier appel s'adresse sans distinction dans les intentions de Dieu à tous les hommes; d'un autre côté l'expérience prouve que cet appel ne s'applique en réalité qu'au petit nombre, et, comme l'action du Christ est limitée par l'ancienne dogmatique au temps présent, elle se trouve en face de difficultés insurmontables. Ce n'est que par des arguments subtils et peu concluants que la dogmatique luthérienne évite l'écueil des deux décrets (le décret de la justice par la loi et celui de la jusitce sans la loi) (Isaak August Dorner, Histoire de la théologie protestante en particulier en Allemagne, 1870 - books.google.fr).

 

Le baptĂŞme est un sacrement qui efface le pĂ©chĂ© originel, et nous fait chrĂ©tiens, enfants de Dieu et de l'Eglise. Le baptĂŞme a Ă©tĂ© instituĂ© par Notre-Seigneur JĂ©sus-Christ. Lorsqu'il se fit baptiser par saint Jean dans le Jourdain, JĂ©sus donna aux eaux la vertu d'opĂ©rer la rĂ©gĂ©nĂ©ration spirituelle. Durant les annĂ©es de sa prĂ©dication, il faisait baptiser par ses disciples, et, avant de monter au ciel, il leur dit : «Allez, enseignez les nations et baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.» (Anthelme-Romain Moulin, Exposition Ă©lĂ©mentaire de la doctrine catholique en face des erreurs modernes, 1888 - books.google.fr).

 

"le peuple le faisant aller droict, & ne voulât se condescendre à eux par le bout opposite de la main aigue, touchât terre"

 

Kant lui a donné à deux reprises un sens philosophique, celui de la finitude morale de l'homme, qui est fait d'un «bois trop courbe» pour qu'on puisse y tailler quelque chose de droit, auquel fait écho sa théorie du mal radical (Christophe Bouton, la religion de la liberté, Hegel, avant et après, 2004 - books.google.fr).

 

"main aigue" : "acra manus" liée à la mort chez le poète romain Properce (Elegie VI "Avarice", Livre III) (C. Valerii Catulli, Albii Tibulli et Sexti Aurelii Propertii Carmina selecta, 1808 - books.google.fr).

L'extrémité opposée à la mort est la naissance, la conception, la perpétuation du péché originel.

 

"se condescendre" : se mettre au niveau (Gaffiot).

 

Les contemporains de l'Antiquité tardive utilisent volontiers le terme de clarification. [...] Non seulement l'État, mais aussi l'Église s'embarquent dans un processus de «clarification» de leurs structures. Avec l'Antiquité tardive naît la hiérarchie ecclésiastique... Celle-ci apporte une «clarification» bienvenue aux problèmes posés à l'ensemble des chrétiens par l'éthique du Nouveau Testament. Qui doit se soumettre à la continence sexuelle ? Qui, au contraire doit procréer pour assurer la survie de l'Église ? Quelle attitude faut-il avoir face aux richesses, signes de la bonté de la providence divine ? Alors que les dissidents, hostiles au monde, adeptes d'une continence et d'une pauvreté absolues, disparaissent peu à peu de la Grande Église du 3e siècle, celle-ci «clarifie», lentement, mais sûrement ses structures : La sainteté, la continence et la pauvreté aux clercs (klêros), qui sont appelés à servir l'Église de diverses manières. Notons que klêroô signifie tirer au sort, élire, attribuer par tirage au sort, par exemple l'élection de Matthias pour remplacer Judas Iscariot dans les Actes des Apôtres 2, 24-26 (epesen ho klêros epi Matthian : le sort tombe sur Matthias). Quant aux laïcs (de laos peuple) ce qui leur incombe, c'est la procréation des enfants, leur instruction et la gestion des biens. (Jacques Rossel, Aux racines de l'Europe occidentale, 1998 - books.google.fr).

 

Dans le livre I du mariage, Augustin établit avec force et netteté le dogme du péché originel et la sainteté du mariage, qui change en quelque chose de bon le mal de la concupiscence. La gloire du mariage, c'est de faire servir aux vues providentielles les désirs de la chair, si contraires aux désirs de l'esprit. L'évêque d'Hippone fait ressortir la beauté morale de cette union que la stérilité elle-même ne doit pas dissoudre (www.bibliotheque-monastique.ch).

 

Cf. "le faisant aller droit".

 

Les laïcs (le "peuple") ne se mettent pas au niveau des clercs par le mariage et la procréation.

 

Latran IV (1215), sous Innocent III, le plus grand concile du moyen âge, condamne les albigeois, et règle d'importantes questions disciplinaires (sacrements, mariage, organisation de la prédication) (Au seuil de la théologie: initiation en trois années, Tome 3, 1966 - books.google.fr).

 

Depuis l'Ă©poque carolingienne, les laĂŻcs Ă©taient dĂ©finis comme les gens mariĂ©s (conjugati), mais la rĂ©forme grĂ©gorienne promeut une transformation radicale de cet Ă©tat en Ă©rigeant le mariage en sacrement rĂ©gi par les lois de l'Église. L'Ă©vĂŞque Yves de Chartres joue de nouveau dans cette affaire un rĂ´le crucial en dĂ©finissant le mariage non par la dĂ©cision du père (tradition romaine hĂ©gĂ©monique au premier Moyen Ă‚ge), ni par la consommation sexuelle (un point de vue encore dĂ©fendu par de nombreux juristes au XIIe siècle), mais par le double consentement des Ă©poux conçu comme l'expression de l'amour qui doit les unir. Dans ce cadre, le mariage est pensĂ© comme un remède au pĂ©chĂ© originel : seul cadre d'une sexualitĂ© lĂ©gitime dont la finalitĂ© est la procrĂ©ation, il permet aux laĂŻcs de faire leur salut, ce qui constitue la dĂ©finition mĂŞme d'un sacrement (un signe efficace de la grâce de Dieu). Cette nouvelle conception du mariage s'impose au cours du XIIe siècle dans la lĂ©gislation canonique. Le mariage apparaĂ®t pour la première fois vers 1124 dans une liste des sept sacrements de l'Église Ă©tablie Ă  l'initiative de l'Ă©vĂŞque Otto de Bamberg. Sous le pontificat d'Alexandre III (1159-1181), la papautĂ© reconnaĂ®t la primautĂ© du double consentement sur l'union sexuelle au fondement du mariage, avant que Lucius III en 1184 puis Innocent III en 1208 dĂ©finissent canoniquement le mariage comme sacrement. Le septĂ©naire catholique (baptĂŞme, confirmation, onction des malades, eucharistie, pĂ©nitence, mariage, ordre ou ordination) est dès lors fixĂ© (Nouvelle Histoire du Moyen Ă‚ge, 2021 - books.google.fr).

 

Prédication et "embrassements de Rachel"

 

Bernard de Clairvaux (mort en 1153) plaide pour l'exercice de l'action avant le repos de la contemplation; on ne saurait «négliger la fécondité de Lia pour ne jouir que des embrassements de Rachel» (Jean Châtillon, Monique Duchet-Suchaux, Jean Longère, Beniamin minor de Richard de Saint-Victor, 1997 - books.google.fr).

 

Une impulsion proprement clĂ©ricale est donnĂ©e par le concile de Latran IV (1215) Ă  la pastorale : entre autres dĂ©cisions significatives, on y trouve l'obligation, pour les clercs ayant charge d'âme, d'une prĂ©dication rĂ©gulière aux laĂŻcs (Alexis Charansonnet, Du Berry en Curie, la carrière du cardinal Eudes de Châteauroux (1190 ?-1273) et son reflet dans sa prĂ©dication, Revue d'histoire de l'Église de France, Volume 86, NumĂ©ro 216, 2000 - www.persee.fr).

 

Au moment où le Concile de Latran IV (1215) rappelle aux 'prélats' leur devoir de prêcher, les Ordres mendiants apparaissent l'élément essentiel du renouveau évangélique (Archivum franciscanum historicum, Volume 79, 1986 - books.google.fr).

 

La vocation contemplative et retirĂ©e du monde cistercienne, dans les "embrassements de Rachel", semblait l'Ă©carter radicalement d'un ministère "au service de Lia". L'Ordre se chargeait de le rappeler de temps en temps avec insistance et respect; parfois mĂŞme impatience. Mais il y avait dans la vie d'unanimitĂ© que pratiquaient les Cisterciens comme les chanoines PrĂ©montrĂ©s, une imitation très consciente des apĂ´tres qui pouvait servir de point de dĂ©part Ă  un ministère Ă©galement apostolique. Certains Cisterciens ou PrĂ©montrĂ©s le savaient. Le pape aussi. C'est pourquoi Innocent III ne se contente pas de puiser dans le rĂ©servoir de Citeaux, quoique l'Ordre en puisse penser, pour l'Ă©vangĂ©lisation de la Prusse ou de la Livonie. Il envoie des Cisterciens prĂŞcher en Sicile, en Toscane. Il leur rĂ©serve aussi le ministère de la prĂ©dication auprès des hĂ©rĂ©tiques albigeois; ce qu'il a fait dès 1199 en dirigeant lĂ -bas son propre confesseur, frère Rainier, avant d'y envoyer d'autres Cisterciens, puis l'abbĂ© mĂŞme de Citeaux. Le conflit amical (car il naĂ®t d'une prĂ©dilection explicite) qui l'oppose ainsi Ă  l'Ordre de CĂ®teaux n'a-t-il Ă  sa base que l'importunitĂ© du chef de l'Eglise qui, pour trouver les prĂ©dicateurs et les missionnaires dont il a besoin, puise sans arrĂŞt dans les rangs d'une institution contemplative ? On est en droit d'y voir Ă©galement une divergence dans la conception de la place occupĂ©e par la vie cĂ©nobitique dans l'Ă©difice de l'Eglise. Il est manifeste que, conformĂ©ment Ă  une tradition continuellement affirmĂ©e au cours du XIIe siècle, le pape considère que la vie commune et austère des Cisterciens, qu'eux-mĂŞme rattachent avec insistance Ă  la vita apostolica, les adapte d'une manière particulièrement efficace, peut-ĂŞtre mĂŞme indispensable, au ministère de la prĂ©dication apostolique. Le pape avait raison sans doute de voir une nĂ©cessitĂ© de l'Eglise dans l'orientation vers la prĂ©dication missionnaire des religieux de «vie apostolique» (Marie-Humbert Vicaire, Dominique et ses prĂŞcheurs, Studia Friburgensia, NumĂ©ro 55, 1977 - books.google.fr).

 

"iusques, a ce que naistra d'vn rameau de la sterile de long temps, qui deliurera le peuple vniuers"

 

XIIIe s. universe «tout entier, complet» (Dialogue de l'âme et de la raison, éd. F. Bonnardot ds Romania t. 5, p. 299: universe genz, eingimis sor moi [trad. du lat. ingemiscite super me, universum gentis]) (www.cnrtl.fr).

 

Le duc de Bourgogne arriva à Paris le 5 janvier 1421 "et y fut reçu à gloire et à exultation du peuple univers, et à solemnité de processions du clergé et de tous les notables de la ville, là où hommes et femmes et enfans crièrent «Noël» à joye amiable, dont les voix le conduisirent jusques à son hostel d'Artois là où il descendit" (Chronique, Chapitre LXXXXIV, Oeuvres de Georges Chastellain (vers 1405 - 1475), 1863 - books.google.fr).

 

Car comment pourrois-je souffrir la mort & le carnage de tout mon peuple ? (Livre d'Esther, VIII,6) (Augustin Calmet, Commentaire Litteral Sur Tous Les Livres De L'Ancien Et Du Nouveau Testament: Les Paralipomenes, Esdras, Tobie, Judith, Esther, Et Les Maccabees, Tome 3, 1724 - books.google.fr).

 

Nous devons nous tourner vers l'Ă©trange personnage qu'est «ben Yoseph», aussi appelĂ© Machiach ben EphraĂŻm, pour trouver, dans les principales traditions juives, une correspondance avec l'interprĂ©tation messianique des chants du serviteur souffrant dans le second IsaĂŻe. Il s'agit d'un guerrier qui a reçu l'onction, descendant de Rachel (Gn 30, 24) et qui meurt aux mains de Gog et Magog (Ez 38-39). Le Machiach ben David le ressuscite. Le texte de rĂ©fĂ©rence est Dn 9, 24-26 (v. 26 : «Après les soixante-deux semaines, un homme ayant Ă©tĂ© oint sera retranché»). Le mĂŞme personnage devient le messie qui meurt en 4 Esd 7, 27-30. Il existe aussi des spĂ©culations Ă  propos de MoĂŻse, modèle du messie qui meurt des mains de son propre peuple. Voir, par exemple, y. Suk. 5, 1.55B et 5, 1.52A. En tout cas, l'association de la souffrance et de l'Ă©vĂ©nement messianique est commune Ă  la fois au judaĂŻsme et au christianisme (AndrĂ© Lacocque, JĂ©sus, le Juif central, son temps et son peuple, 2018 - books.google.fr).

 

Bosra est lĂ , tout près de nous, Ă©talant aux premiers feux du soleil ses maisons blanches qui grelottent sous la froidure matinale. Et chacun se prend Ă  redire le passage mĂ©morable d'IsaĂŻe :

 

Quel est celui qui vient d'Edom

Aux vĂŞtements Ă©carlates de Bosra ?

Il est splendide dans son costume,

Fier de la plénitude de sa force (Isaïe, LXIII).

 

Le prophète Isaïe décrit la marche triomphale du Messie, le brillant conquérant qui a terrassé ses ennemis, les a foulés aux pieds, et souillé ainsi ses vêtements de leur sang. Quand l'Eglise, dans sa liturgie, nous représente Jésus au milieu des tortures de la Passion, ruisselant de sang durant la flagellation, elle n'entend aucunement proposer une nouvelle interprétation de la prophétie, elle fait ici comme en nombre d'endroits une pure accommodation.

 

Bosra est l'ancienne capitale d'Edom qu'il ne faut pas confondre avec Bosra de la tribu de Ruben et Bostres du Hauran. Cette ville est mentionnée plusieurs fois par les prophètes dans leurs oracles contre les fils d'Esau. Amos, Isaïe, Jérémie la menacent tour à tour des vengeances célestes (Siméon Vaihle, Voyage à Pétra, Échos d'orient, Volumes 1 à 2, Institut français d'études byzantines, 1897 - books.google.fr).

 

BOZRA, BOSTRA, ou BOSTRES, qu'on nomma aussi Bosor, Cap. de l'Idumée orientale, & que quelques géographes ont pris pour la ville de la tribu de Ruben qui se nomme Bosor (François Morenas, Dictionnaire historique-portatif de la geographie sacree ancienne et moderne (etc.), 1759 - books.google.fr, M. Belley, Les médailles de la ville de Bostres en Arabie, Memoires de literature tiréz des registres de l'Academie Royale des inscriptions et belles lettres, 1771 - books.google.fr).

 

Voici en quels termes BarbiĂ© du Bocage parle de Bosra : «Bosra, ville contre laquelle les prophètes ont Ă©mis des prophĂ©ties terribles, est bien diffĂ©rente de celle de Bosor, avec laquelle plusieurs commentateurs, et D. Calmet est du nombre, l'ont confondue. Elle appartenait Ă  la demi-tribu de ManassĂ© fils de Joseph, et fut donnĂ©e aux lĂ©vites. Etant situĂ©e sur la frontière, au pays de Theman, dans l'IdumĂ©e orientale, on a supposĂ©, avec assez de vraisemblance, que c'Ă©tait la mĂŞme ville que Bostra, qui donna naissance Ă  l'empereur Philippe, surnommĂ© l'Arabe, successeur de Gordien III. D'après les paroles d'IsaĂŻe (LXIII, 1), on pourrait croire qu'il y avait Ă  Bosra des ateliers oĂą l'on teignait fort bien les Ă©toffes en rouge.» On a vu au mot Bosor que D. Calmet rejette l'opinion de ceux qui admettent plusieurs villes de Bosra. BarbiĂ© du Bocage ne mentionne que celle dont il vient l'ĂŞtre parlĂ©. L'auteur de la GĂ©ographie sacrĂ©e, qui fait partie de la Bible de Vence, reconnaĂ®t cependant trois villes de ce nom. Je ne voudrais pas affirmer qu'il y en eĂ»t trois, mais je suis bien persuadĂ© qu'il y en avait plus d'une (EncyclopĂ©die thĂ©ologique, Dictionnaire historique, Tome 1, 1845 - books.google.fr).

 

Mésopotamie exiguë

 

L'Assyrie est appellée la grande Mésopotamie, differente de la petite Mésopotamie, ou de la Mésopotamie de Syrie, contenuë entre l'Euphrate, le Marsyas, l’Oronte & le Jourdain (Berruyer, Histoire du peuple de Dieu depuis son origine jusqu'a la naissance du Messie, Tome 1, 1734 - books.google.fr, Gottfried Wilhelm Leibniz, Scriptores rerum Brunsvicensium illustrationi inservientes, antiqui omnes et religionis reformatione priores, Tome 2, 1710 - books.google.fr).

 

Musa reste environ six mois en Espagne, jusqu'à son départ pour Damas fin 712, appelé par le calife Al-Walid Ier pour rendre compte. Musa emporte à Damas une partie du riche trésor des rois wisigoths et du butin amassé en Hispanie. Il prend dans sa suite quelques nobles wisigoths, ainsi que son affranchi Tariq. À Damas, où règne à présent le calife Sulayman, successeur de Walid, il tombe en disgrâce, est jugé sur la façon dont il a divisé le butin, et est condamné à mort par crucifixion, pour détournement de fonds, crime pour lequel il est récidiviste. Sa peine de mort est commuée contre une lourde amende. Musa mourut en 716, assassiné dans une mosquée de Damas. Tariq mourut dans la pauvreté (fr.wikipedia.org - Conquête musulmane de l'Hispanie).

 

Le Haran de Laban se situerait dans la montagne du Hauran au sud de la Syrie, dans la "Mésopotamie de Syrie" ou "petite Mésopotamie" (S. R., Haran. In: Échos d'Orient, tome 1, n°8, 1898 - www.persee.fr).

 

Il s'agirait de Haran El Awamid dans le nord du Hauran (Revue biblique internationale, Volume 4, 1893 - books.google.fr, en.wikipedia.org - Harran al-Awamid).

 

Le Hauran fut incorporé dans le territoire musulman en expansion en 13/634, à peu près au même moment que la ville de Damas, qui prit de l'importance comme capitale de la dynastie omeyyade (41 de l'Hégire/661 ap. J.C. - 132 de l'Hégire/750 ap. J.C.) (Michel al-Maqdissi, Jacqueline Dentzer-Feydy, Bosra aux portes de l’Arabie, 2014 - books.google.fr).

 

L'empereur Philippe l'Arabe était originaire de cette région : cf. quatrains IX, 89 et IX, 56 (Philippe Auguste/Philippe l'Arabe).

 

Il y a là tout un discours monétaire cohérent, à la gloire de Philippe, organisé d'une façon originale, comme certains tableaux en mosaïque, qu'il s'agisse de la mosaïque cosmologique de Mérida, en Lusitanie, ou de celle de Philippopolis, en Arabie, et qui trouve de nombreuses correspondances dans les courants philosophiques de cette époque. Dans cette perspective, il ne me paraît point exagéré de qualifier l'ensemble fragmenté des émisssions monétaire de 248 de «tableau cosmologique» où le «calme de la mer», garanti par le prince, rejoint la nature sauvage pacifiée sous l'égide de la famille impériale (Daniel Nony, De la tranquillitas de Philippe l'Arabe à l'hippopotame d'Otacilia. In: Cahiers du Centre Gustave Glotz, 10, 1999 - www.persee.fr)

 

On revient Ă  Rachel :

 

D'après ce témoignage, il est constant que les idoles tirèrent leur origine de la région de Chaldée dans la grande Mésopotamie. De là Tharé les avait apportées à Haran dans la petite Mésopotamie de Syrie, d'où Rachel et les autres Syriens de la maison de Jacob les apportèrent eux-mêmes au pays de Chanaan (Pierre-J. Jallabert, Le catholicisme avant Jésus-Christ: études sur les croyances des peuples qui ont précédé l'ère chrétienne, Tome 1, 1872 - books.google.fr).

 

Jacob ayant pris ainsi congé d'Isaac, partit pour se rendre en Mésopotamie, qui est en Syrie, chez Laban, fils de Bathuel syrien, frère de Rébecca sa mère. Jacob s'engage à sept ans de service pour avoir Rachel, Laban lui donne Lia en la place de Rachel. Il sert encore sept autres années pour Rachel. Naissance de Ruben, de Siméon, de Lévi, et de Juda (La Sainte Bible, Tome 1, 1841 - books.google.fr).

 

Dieu héliaque et armé, Aziz est honoré par les militaires dans les provinces danubiennes. C'est le Bonus Puer Conseruator assimilé à Phosphorus, l'Etoile du Matin à laquelle fait pendant l'Etoile du Soir (Hesperus). Aziz, le «dieu fort» semblable au sidéral Lucifer fils de l'Aurore. [...]

 

Mais dans la tradition littéraire, c'est Dusarès qui apparaît comme le grand dieu des Arabes (Robert Turcan, Les cultes orientaux dans le monde romain, 1989 - books.google.fr).

 

Puer-Dusarès, dit «divin enfant», ap. Saint Epiphane (fr.wikipedia.org - Dusarès, Toufic Fahd, Le Panthéon de l'Arabie centrale à la veille de l'Hégire, 1968 - books.google.fr).

 

Saint Epiphane qui est né à Eleutheropolis ("cité libre" en grec) (fr.wikipedia.org - Bayt Jibrin).

 

Hesychius assimile Dusarès au dieu grec Dionysos s'inscrivant sur ce point dans une tradition remontant à Hérodote via les historiens d'Alexandre. D'autres établissaient, semble-t-il, une relation entre Dusares et Zeus, en sa qualité de dieu suprême. Curieusement, l'auteur de la notice de la Souda (encyclopédie grecque de la fin du X e siècle) identifie Dusares à Ares. Un commenatire de la Souda dit aussi que "Theos Arès" est vénéré à Botsra. Or les deux divinités apparaissent comme distinctes sur un jaspe rouge gravé, vu avant 1875 par le collectionneur Wilhelm Froehner et aujourd'hui perdu, énumérant la triade : "Arès" "Theandrios" "Dousarès". [...] Mais on ne saurait préciser si l'auteur grec dont s'inspire l'Anonyme parle des Arabes en général ou des Nabatéens en particulier. Toujours est-il qu'il considère Arès comme la divinité la plus vénérée de son temps dans cette région, et c'est pourquoi il croit pouvoir en déduire que le Dusarès aniconique de Pétra n'est autre que l'Arès adoré ailleurs dans la province d'Arabie (Hellènika symmikta: histoire, archéologie, épigraphie, Tome 8, 1995 - books.google.fr).

 

L'iconographie du Hauran intéresse apparemment un autre jeune dieu syrien du renouveau. A Bosrâ, capitale des Nabatéens du Hauran, résidence du dernier roi Rabbel II, Dûshara porte l'épithète Aarra, ou plutôt s'assimile un dieu local ainsi nommé; on explique ce nom par l'arabe aghra, que l'on traduira par 'Oint' (Aufstieg und Niedergang der römischen Welt: Principat, 1990 - books.google.fr).

 

"cité libre"

 

Dans le courant du IIIe siècle, Bostra change de statut. CitĂ© (polis) depuis Trajan, elle devient colonie romaine sous SĂ©vère Alexandre (222-235). Des monnaies reprĂ©sentent la fondation symbolique de la colonie sous la forme d'un attelage de bĹ“ufs traçant le sillon dĂ©limitant la nouvelle colonie. En rĂ©alitĂ©, cette promotion ne changeait rien de fondamental : tous les citoyens d'une colonie devenaient automatiquement citoyens romains, mais, ici, cela n'avait plus de sens puisque, depuis 212, tous les habitants libres de l'Empire jouissaient de cette citoyennetĂ©. De mĂŞme, le latin aurait dĂ» devenir la langue officielle de la colonie, Ă  la place du grec; or, en dehors des lĂ©gendes monĂ©taires et de quelques inscriptions officielles, le grec resta largement en usage et mĂŞme très majoritaire dans les inscriptions de la ville. L'avantage Ă©tait cependant fiscal, car, si la colonie bĂ©nĂ©ficiait du «droit italique» (ius italicum), son territoire Ă©tait assimilĂ© au sol de l'Italie et donc exempt du tribut dĂ» Ă  Rome. C'Ă©tait surtout un titre honorifique qui permettait de distinguer Bostra des autres villes de la province; seule PĂ©tra possĂ©dait aussi le rang de colonie et de mĂ©tropole. Bostra fut dĂ©corĂ©e aussi de ce dernier titre au temps de Philippe l'Arabe (244-249), nĂ© dans la province, au village de Shahbâ dont il fit la colonie de Philippopolis (Michel al-Maqdissi, Jacqueline Dentzer-Feydy, Bosra aux portes de l’Arabie, 2014 - books.google.fr).

 

Servius dit que le Silène debout sur les monnaies d'une cité signifie que cette cité est libera. Or le Silène se trouve sur les monnaies de douze cités dont j'ai donné plus haut la liste, parmi lesquelles Botsra; et si nous étudions l'une après l'autre la condition de ces douze cités, nous voyons que pas une seule n'est une ville libre, mais que toutes sont des villes romaines, onze des colonies et une un municipe. Il y a plus; quelques-unes de ces villes ont été des villes libres avant d'être des colonies; or le Silène ne se trouve pas une seule fois sur les monnaies autonomes de ces cités, mais uniquement sur leurs monnaies coloniales (Édouard Beaudouin, Étude sur le jus italicum, 1883 - books.google.fr).

 

Emerita (Merida). PERMISSV CAESARIS AVGVSTI. Tête barbare de Silène, de face. R. AVGV[STA] EMERITA. Prêtre, à dr., conduisant une charrue attelée de deux bœufs. - Br.28. Heiss, pl. LX, no 15 (Emile Bonnet, Médallier de la Société archéologique de Montpellier: description des monnaies, médailles, et jetons qui composent de médaillier, 1896 - books.google.fr).

 

Il y a encore un autre type qui ne se trouve que sur les monnaies coloniales, et sur lequel nous devons appeler l'attention de nos lecteurs : c'est Silène debout, la main droite Ă©tendue, et soutenant de la gauche une outre posĂ©e sur son Ă©paule. La meilleure interprĂ©tation qui en ait Ă©tĂ© donnĂ©e est, Ă  notre avis, celle de Eckhel : ce savant, après avoir Ă©tabli que Silène et Marsyas ont Ă©tĂ© souvent confondus par HĂ©rodote et par Pausanias, rappelle que, suivant Servius (ad Æneid., III, 20; IV, 58), la statue de Marsyas, symbole de Bacchus, Liber pater, Ă©tait dans toutes les villes libres d'Italie; il fait ensuite remarquer que, parmi les monnaies coloniales au type de Silène, il en est plusieurs, telles que celles d'Alexandrie de TroadĂ©, de BĂ©ryte, de LaodicĂ©e, de Paros et de Tyr, qui ont Ă©tĂ© Ă©mises par des colonies jouissant du jus italicum, libertĂ© fort importante, qu'Auguste n'avait d'abord accordĂ©e qu'aux villes d'Italie, et qui consistait dans l'exemption du tribut capitis et soli. Il en conclut donc que Marsyas ou Silène Ă©tant le symbole de la libertĂ©, les colonies qui le prirent pour type principal de leurs monnaies Ă©taient celles auxquelles on avait concĂ©dĂ© le droit italique (Anatole Jean Baptiste Antoine de BarthĂ©lemy, Nouveau manuel complet de numismatique ancienne, 1866 - books.google.fr).

 

"trois sectes", "rouges", "blancs" : Fatimides, Omeyyades, Abbassides

 

Historiquement, le vert est la couleur des Abbassides, le rouge celle des Hachémites, le noir celle des Fatimides, et le blanc celle des Omeyyades (Michel Pastoureau, Une histoire symbolique du Moyen Age occidental, 2015 - books.google.fr).

 

La couleur des Omeyyades Ă©tait le blanc; celle des Abbassides, le noir; celle des Fatimides, le vert (Tareq Oubrou, Ce que vous ne savez par sur l'Islam, 2016 - books.google.fr).

 

Le prophète Mahomet, descendant de la tribu des Quarayshites, a conservé le fanion noir tout en lui préférant la blanc. Le rouge était très probablement la couleur de la chefferie proprement dite; la tente du seyyid bédouin antéislamique était en cuir rouge. On retrouve cette même couleur chez les princes berbères appartenant à la dynastie des Almohades, qui régna sur l'Afrique septentrionale et la moitié de l'Espagne de 1147 à 1269. Les Abbassides (632-1258), dont le califat fut fondé à Médine puis transféré à Bagdad, avaient des drapeaux noirs, et sous le septième calife, verts. Ceux des Alides étaient blancs, couleur qui passa aux Fatimides (califat d'Égypte); ceux enfin, des Oméyyades, fondateurs de Damas étaient rouges (ou verts, selon l'historien arabe Aboul-Feda) (Dominique Zahan, L'homme et la couleur, Histoire des mœurs : Les coordonnées de l'homme et la culture matérielle, 1990 - books.google.fr).

 

Le calife almohade a conservé l'étendard blanc des Fatimides, qui était la couleur des souverains descendants du Prophète car Ibn Tumert prétendait être le Mahdi, s'appeler Mohammed ben 'Abd Allah comme le Prophète et en être issu. Ce n'est point en effet à la couleur de l'étendard qu'il convient de restreindre l'usage d'une couleur dynastique, mais il importe de l'étendre aux vêtements officiels des souverains et de leurs représentants. Les étendards des Abbassides étaient noirs, mais aussi leurs costumes d'apparat; le hatib envoyé à la Mekke par le calife 'abbasside en 1183 porte des «habits califiens», un costume noir avec broderies d'or et un turban noir. Pour le calife fatimide, la couleur blanche est celle de ses vêtements les plus nobles, de ceux qu'il porte pour faire la prière de la fête de la rupture du jeûne; le bandeau de son diadème est blanc; son parasol est blanc (Maurice Gaudefroy-Demombynes, "Masalik el absar" de Ibn Fadl Allah El-'Omari, Bibliothèque des géographes arabes, 1927 - books.google.fr).

 

Histoire de l'Islam en Espagne

 

De Bosra en Arabie on passe aux Sarrasins. Et de la Syrie on retourne en Espagne, de la petite MĂ©sopotamie (autre MĂ©sopotamie) Ă  la MĂ©sopotamie d'Europe, la BĂ©turie et MĂ©rida.

 

Lope de Vega imagine un rĂŞve Ă©minemment tragique dans El ultimo godo, et d'autant plus tragique qu'il ne donne au rĂŞveur aucune chance d'Ă©chapper Ă  la mort, et que le drame annoncĂ© n'est pas seulement celui d'un individu, mais celui de toute une nation : je veux parler du cauchemar du roi wisigoth Rodrigue. Dès l'indication scĂ©nique, le lecteur est invitĂ© Ă  se reprĂ©senter le Roi dans un Ă©tat d'agitation extrĂŞme, avec une Ă©pĂ©e dĂ©gainĂ©e contre un mystĂ©rieux ennemi. En fait le Roi vient de faire un cauchemar, et il oscille entre le monde du rĂŞve et celui de la rĂ©alitĂ©. [...]

 

Le chien méchant que le Roi n'arrive pas à tuer ni dans son rêve ni dans la réalité, autrement dit, ce chien qui le saisit et qui est lui-même insaisissable préfigure l'invasion arabe de l'Espagne, et la nouvelle ère des "Infidèles" qui se prépare. Et ce cauchemar qui vient après le viol de la Cava entretient surtout un sentiment de malaise et s'intercale entre le débarquement de Muza, Tarife, Abembucar et la prise de Gibraltar. La prémonition onirique et la mélancolie du dernier Roi wisigoth espagnol sont bien intégrées dans le drame historique de l'Espagne elle-même, et Lope réussit de la sorte à rendre vivant et pathétique un épisode qui pour important qu'il fût se situait à plus de huit siècles de son public (Christian Andrès, Un aspect du rêve dans la Comedia de Lope de Vega, Théâtres du Monde, Cahier 12 : Rêves et cauchemars au théâtre, 2002 - books.google.fr).

 

Le comte Julien appela les Arabes en Espagne, pour venger l'honneur de sa fille Florinda outragée par le roi Roderick (Cava est le nom que les Arabes donnent à Florinda). Après la défaite et la mort du roi Roderick à Xeres (17 juillet 711), Pelage, fils du comte de Cantabrie, se réfugia dans les Asturies, et fonda dans le roc un petit royaume que les Arabes ne purent entamer, et d'où l'indépendance de l'Espagne descendit en sept siècles, de plateau en plateau (George Gordon Byron, Childe Harold's Pilgrimage, 1882 - books.google.fr)

 

Les allusions à sainte Eulalie de Mérida, dont la cantilène éponyme est le premier texte littéraire en français, pourraient signifier la prise en considération dans les Centuries de l'histoire de la langue française dont l'emploi de certains mots permettrait de donner une date événementielle aux quatrains.

 

Musa qui fait marche sur Tolède atteint Merida, en utilisant la chaussée qui relie Séville à cette ville. Mais sur sa route, Merida résiste fermement, avec une forte armée provinciale ravitaillée par son port fluvial à l’abri de ses murs imposants. Pour ne pas être retardé, Musa doit y laisser un contingent de siège, et continue en direction de son objectif avec l'armée principale (fr.wikipedia.org - Conquête musulmane de l'Hispanie).

 

Cf. les 165 milles qui constituent la somme des nombres donnés par la Lettre à Henry (cf. "1792") et qui séparent Mérida de Séville.

 

A l'époque de la conquête arabe de l'Espagne, Sacaru, chef goth qui dirigeait la défense de Mérida, utilise un stratagème déjà employé par Thrasybule de Milet ("second Trasibulus" - voir Lettre à Henry - Eulalie) (Bernabe Moreno de Vargas, Historia de la ciudad de Merida, Tome 7, 1633 - books.google.fr).

 

La chaîne du Bosphore a été ouverte sous l'empereur Léon l'Isaurien, contemporain de l'invasion arabe de l'Espagne.

 

Léon III l'Isaurien, né vers 680 à Germanicia (aujourd'hui Kahramanmaras, dans le sud-est de la Turquie et mort le 18 juin 741, est un empereur byzantin de 717 à 741. Il fonde la dynastie isaurienne (fr.wikipedia.org - Léon III l'Isaurien).

 

Léon l'Isaurien fit ouvrir la chaîne de la Corne d'Or, mais les Sarrasins, soupçonnant un piège, n'y entrèrent point : ils jugèrent plus sage de se concentrer dans la baie de Sténia (J. pargoire, A propos de Boradion, Byzantinische Zeitschrift, Volume 12, 1903 - books.google.fr).

 

En 717, une grande peste fait de grands ravages dans Constantinople (Antoine Godeau, Histoire de l'eglise, Tome 5, 1680 - books.google.fr).

 

"jeté du milieu" : Sacaru/sacar

 

SACAR, v. a. Tirer; sortir, ôter de sa place. Tirer; produire, mettre au jour. Tirer d'un emploi; détourner d'une occupation (entre autre) (Claude Marie Gattel, Nouveau dictionnaire espagnol et françois, françois et espagnol, Tome 2, 1790 - books.google.fr).

 

"lieu de l'air"

 

"sublimis", is, e, suspendu dans l'air; élevé; sublime (Michel Bréal, Anatole Bailly, Dictionnaire étymologique latin, 1885 - books.google.fr).

 

"Sublimis" dĂ©signe la zone qui se trouve sous la frontière que constitue la course de la Lune : c'est l'air atmosphĂ©rique, sublunaire, lieu des phĂ©nomènes alĂ©atoires (Jean-Pierre Aygon, Mythes et savoirs dans les textes grecs et latins: actes du colloque international, 2008 - books.google.fr).

 

Le poète Juvénal a en plusieurs endroits parlé du meuble même en termes plus explicites : «J'aurai peu d'estime, dit-il, pour celui qui, sachant de quelle hauteur l'Atlas domine les montagnes de la Libye, ignore combien un petit sac d'argent diffère d'un coffre-fort garni de fer :

 

Despiciam qui scit quanto sublimior Atlas

Omnibus in Libya sit montibus; hic tamen idem

Ignoret quantum FERRATA distet ab ARCA

SACCULUS (Henri de Longpérier, Récipients monétaires, Revue archéologique, Volume 50, 1868 - books.google.fr).

 

HĂ©siode, le père de la poĂ©sie, a dit : la Nuit enfanta les HespĂ©rides qui gardent les pommes d'or au sein de l'OcĂ©an, aux lieux mĂŞmes oĂą Atlas supporte le ciel. Il est impossible de peindre TĂ©nĂ©riffe d'une façon plus exacte dans le langage mythologique du temps. Diodore de Sicile dit : Les HespĂ©rides ou Atlantides Ă©taient les sept filles d'Atlas. C'est la dĂ©signation prĂ©cise du groupe des sept Ă®les; il n'y a pas de doute possible, car Denys d'Halicarnasse dit les HespĂ©rides, nĂ©es d'Atlas, Ă©taient les sept plĂ©iades qui eurent pour mère HespĂ©rie, laquelle Ă©tait fille d'Hesperus, frère d'Atlas. (Eugène PĂ©got-Ogier, Les iles fortunĂ©es : ou, Archipel des Canaries, Tome 2, 1869 - books.google.fr).

 

Sur un cratère du peintre de Darius (IVe siècle), Atlas est suspendu en l'air sans contact avec l'assise terrestre. Il en va de même pour une amphore apulienne du même peintre ou d'un artiste très proche de son style. Pour Phérécyde, Atlas loge au Jardin des Hespérides, pour Eschyle au couchant (G. Cursaru, Parcourir l'invisible: Les espaces insondables a travers les mouvements des dieux dans la pensee religieuse grecque de l'epoque archaique, 2019 - books.google.fr).

 

It is from Christian Iberia that the legend of Antillia emerged. According to the legend, in c. 714, during the Muslim conquest of Hispania, seven Christian bishops of Visigothic Hispania, led by the Bishop of Porto, embarked with their parishioners on ships and set sail westward into the Atlantic Ocean to escape the Arab conquerors. The legend, in this form, is told in various places. The principal source is an inscription on Martin Behaim's 1492 Nuremberg globe. Yet another variant of the tale is told in Manuel de Faria e Sousa (1628), of Sacaru, a Visigothic governor of MĂ©rida. Besieged by the Muslim armies and finding his situation hopeless, Sacaru negotiated capitulation, and proceeded, with all who wished to follow him, to embark on a fleet for exile in the Canary islands. Faria e Sousa notes they may not have reached their destination, but may have ended up instead on an Atlantic Ocean island "populated by Portuguese, that has seven cities... which some imagine to be that one which can be seen from Madeira, but when they wish to reach it, disappears" (en.wikipedia.org - Antillia).

 

A la requête de Las Casas, en 1537, le Pape Paul III promulgue la bulle «Sublimis Deus».

 

Le texte affirmait en conclusion que c'est par la prédication de la parole de Dieu et par l'exemple d'une vie bonne et vertueuse que les Indiens devaient être attirés à la foi (Louise Bénat-Tachot, Bernard Lavallé, L'Amérique de Charles Quint, 2005 - books.google.fr).

 

On a vu ce que ces bonnes intentions ont donné avec les Cathares qui se refusaient à retourner au cacatholicisme.

 

Locus aëris temperie gratus (Jacobus Golius, Lexicon arabico-latinum contextum ex probatioribus orientis lexicographis, 1653 - books.google.fr).

 

Quae Ă  nobis INSVLAS CANARIAE nominatur, hae ad Occidentem in Oceano meridionali contra extremam Mauritaniam sunt; e Fortunata priscis auctoribus fuere, Ă  fructuum ubertate, atq; aeris temperie sic dicta (Iacobi Mainoldi Galerati Cremonensis De titulis Philippi Austrij regis catholici liber. Atque in ipsas titulorum successiones tabulae. Index capitum, 1573 - books.google.fr).

 

Nous avons déjà dit que l'homme étoit incorruptible et immortel, non que son corps possédât une sorte d'incorruptibilité naturelle, mais parce que son ame avoit la propriété de mettre le corps à l'abri de la corruption. Or, le corps humain peut être exposé à se corrompre, soit par un principe intérieur, soit par un principe extérieur. Le premier effet a lieu par la consomption des éléments liquides qui le constituent, et par la vieillesse; l'homme prévenoit ce genre de corruption par les aliments qu'il prenoit. Parmi les agents extérieurs de corruption, le plus actif paroît être l'intempérie de l'air; un air tempéré doit, par conséquent, être le meilleur moyen d'empêcher ce genre de corruption. Rien ne manquoit, sous ce double rapport, dans le paradis. Damascène, dans le passage déjà cité, nous le représente cemme un séjour «inondé d'un air parfaitement tempéré, subtil, pur et transparent, et couvert d'une végétation toujours fleurie.» D'où il suit évidemment que le paradis étoit un lieu convenable à l'habitation de l'homme, dans le premier état de son immortalité (Somme théologique de S. Thomas D'Aquin, Tome 3, traduit par F. Lachat, 1856 - books.google.fr).

 

La tradition des Ă®les FortunĂ©es se perpĂ©tue pendant tout le Moyen Ă‚ge, notamment avec Gervais de Tilbury au XIII siècle, BarthĂ©lemy l'Anglais au XIVe, le cardinal Pierre d'Ailly au XVe, qui Ă©crit : "Les Ă®les FortunĂ©es signifient par leur nom qu'elles renferment tous les biens; comme si elles Ă©taient heureuses de l'abondance de leurs fruits; les forĂŞts produisent naturellement tous les fruits les plus prĂ©cieux; les collines sont couvertes de vignes sauvages. C'est cette fĂ©conditĂ© du sol qui a fait croire aux Gentils que le Paradis Ă©tait dans ces Ă®les." (Ymago mundi).

 

Au XIVe siècle, les descriptions deviennent plus prĂ©cises : «Les Ă®les FortunĂ©es sont comme un paradis», dit le dit le Polychronicon de Hygden, et l'atlas catalan de Charles V est particulièrement bien renseignĂ© (Georges Minois, L'Ă‚ge d'or: Histoire de la poursuite du bonheur, 2009 - books.google.fr).

 

Air et (Nouvelle) Atlantide

 

Notons, d’après le Dictionnaire de la Bible de F. Vigouroux (Paris, Letouzey et Ané, t. I, 1985, art. AIR, p. 322), qu’il n’existe pas de mot, dans la Bible hébraïque, qui corresponde exactement au mot «air». La Vulgate s’est servie plusieurs fois du mot «aer» dans l’Ancien Testament. Dans le Nouveau Testament, le mot grec «aer», d’où viennent le mot latin «aer» et le mot français «air»,a plusieurs fois le sens d’«air que nous respirons», quelquefois le sens de «souffle, vent léger», mais la plupart du temps il désigne l’atmosphère, la région de l’air (par opposition à la région du ciel, plus élevée et plus pure, appelée par les Grecs «aithêr») (Sylviane Albertan-Coppola, De l’air au Ciel dans l’Encyclopédie, enjeux théologiques de l’article AIR, Sur un Air d’Encyclopédie, Recherches sur Diderot et sur l'Encyclopédie, 2009 - journals.openedition.org).

 

Nous avons encore de hautes tours; les plus élevées ayant au moins un demiinille de hauteur. Quelques-unes aussi ont été bâties à dessein sur de hautes montagnes; ensorte que si l'on ajoute la hauteur de la montagne à celle de la tour, le sommet de celle-ci se trouve élevé au moins de trois milles au dessus du rez-de-chaussée. La partie la plus élevée de ces tours est ce que nous appellons la région supérieure; car cette partie de la région de l'air, qui se trouve située entre le sommet et le pied, nous l'appellons la région moyenne. Ces tours, autant que le comportent leurs différentes situations et élévations, servent pour l'insolation, le refroidissement, ou la conservation de certains corps, et pour l'inspection de différens météores, tels que vents, pluies, neiges, grêles, etc. ainsi que pour l'observation de certains météores ignées. Sur quelques-unes de ces tours vivent aussi des hermites, que nous visitons de temps en temps, et auxquels nous prescrivons ce qu'ils doivent principalement observer (New Atlantis) (Oeuvres de François Bacon, Tome 15, 1800 - books.google.fr).

 

La Nouvelle Atlantide (New Atlantis) est une nouvelle philosophique importante de Francis Bacon écrite vers 1624 et parue de manière posthume en 1627. L'ouvrage décrit une île, Bensalem, qui est gouvernée par une société philosophique savante : la Maison de Salomon (fr.wikipedia.org - La Nouvelle Atlantide).

 

Thrasybule : la conjuration du comte Julien

 

Les Ghomara sont restés dans leur territoire actuel au moins depuis les premières invasions musulmanes, et nos connaissances au sujet de leur histoire ne remontent pas au-delà de cette époque. Les musulmans leur livrèrent alors plusieurs batailles meurtrières, mais ce fut Mouça-Ibn-Noceir qui leur fit essuyer la défaite la plus rude et les porta à embrasser l'islamisme. Il retint leurs fils comme ôtages et plaça en garnison à Tanger, sous les ordres de Tarec, un corps de troupes qu'ils lui avaient fourni. A cette époque, ils eurent pour émir le même Yulîan (Julien) qui reçut la visite de Mouça-Ibn -Noceir et le poussa à envahir l'Espagne. Yulian se tenait à Ceuta, comme nous le dirons tantôt. Ces événements eurent lieu avant la fondation de la ville de Nokour. Quand les Ghomara se furent convertis à l'islamisme, ils travaillèrent à fonder des empires au profit de chefs appartenant à d'autres races. Plusieurs faux prophètes se sont montrés chez eux, et, dans tous les temps, leurs montagnes ont offert aux rebelles une retraite assurée. Lors de la manifestation de l'islamisme, Ceuta, ville d'une haute antiquité, servait de résidence à Yulian, prince des Ghomara. Ce chef, ayant appris que Mouça-Ibn-Noceir marchait de son côté, gagna sa bienveillance en lui prodiguant des cadeaux et en payant la capitation. Mouça le confirma dans le commandement de Ceuta, après avoir retenu, comme ôtages, son fils et les fils de son peuple. Il établit aussi Tarec- Ibn-Ziad dans Tanger et y plaça en garnison un corps de troupes que les Ghomara s'étaient obligés à lui fournir. Tarec passa ensuite en Espagne et frappa les Ghomara de nouvelles réquisitions en hommes, jusqu'à ce qu'il eut effectué la conquête dont nous avons parlé ailleurs et dont on ne vit jamais la pareille. Après la mort de Yulian, les Arabes s'installèrent dans Ceuta, ayant obtenu du peuple de ce chef que la ville leur fût remise à l'amiable (Ibn-Khaldun, Histoire des Berbères, et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, 1854 - books.google.fr, Patrick Henriet, Le jour où la reconquête commença, Faire l'événement au Moyen Âge, 2017 - books.google.fr).

 

Thrasybule et Atlantide : excursion temporelle

 

Dans deux documents sur trois, Leucippe n'est pas «le maître», mais «la maîtresse» de Démocrite, et si Diderot ne juge pas nécessaire de préciser pour sa Sophie, c'est qu'elle avait, très vraisemblablement, lu la Lettre de Thrasybule à Leucippe, ouvrage attribué à Fréret, où celui-ci expose ses raisons pour maintenir sa soeur, enfermée au couvent, et donc exposée à la «contagion», dans l'athéisme le plus strict. On date de 1722 cette oeuvre demeurée longtemps clandestine et répandue par des copies manuscrites, mais elle fut imprimée, sans doute par les soins de d'Holbach, en 1765, et fit beaucoup de bruit. Il n'empêche que Thrasybule fut un homme d'État et non un philosophe, que la Leucippe de Fréret est une «grande dame romaine».

 

Le nom de Leucippe est aussi bien fĂ©minin que masculin : la mythologie grecque le donne Ă  une fille d'Okeanos, et Platon (Critias, 1130), suivi par Diderot (DPV, XIII, 294) Ă  la femme du colonisateur de l'Atlantide. On lisait alors couramment, en latin plutĂ´t qu'en grec, le De Clitophontis et Leucippae amoribus d'Achille Tatius, cĂ©lèbre parmi les erotici scriptores.

 

Voltaire a lu «Thrasybule» en novembre 1765 (Best. 12148). La date de 1722 est donnée par l'éditeur des OEuvres complètes de Fréret en 1775. Les témoignages de l'époque confirment l'attribution, à commencer par Grimm (C.L., VII, 45 et VIII, 10); Naigeon affirme que les copies s'étaient multipliées du vivant de l'auteur, ce dont atteste le nombre de manuscrits existant encore (La rêve de d'Alembert de Denis Diderot, idées IV, 1987 - books.google.fr).

 

"Leucippe" : cavale blanche en grec.

 

Les Lusitaniens avaient aussi une belle race de chevaux : plusieurs auteurs ont Ă©crit qu'en Lusitanie, sur les bords du Tage, le vent fĂ©conde les cavales; cette fable est nĂ©e de la fĂ©conditĂ© des juments, de la multitude des chevaux de la Galice et de la Lusitanie, oĂą leur merveilleuse lĂ©gèretĂ© a pu faire supposer que le vent leur avait donnĂ© naissance (Charles Daremberg, Dictionnaire des antiquitĂ©s grecques et romaines: d'après les textes et les monuments, Tome 2, Partie 1, 1892 - books.google.fr).

 

"Stoechades" : îles d'Hyères

 

Dans le courant du septième et du huitième siècles, Ă  l'invasion des barbares vinrent se joindre des pestes des inondations, des famines, des tremblements de terre et des guerres civiles. [...] Narbonne Ă©tait dĂ©jĂ  prise en 719, les Ă©glises Ă©taient partout renversĂ©es, les hommes, les femmes et les enfants qui Ă©chappaient Ă  la mort Ă©taient menĂ©s en esclavage... Des dĂ©serts de l'Afrique et des chaĂ®nes accidentĂ©es de l'Atlas, des Musulmans arrivent tous les jours pour grossir les rangs de ces barbares qui sont Ă  nos portes. DĂ©jĂ  l'Ă©tendard des Sarrasins flottait sur les navires qui sillonnaient sous les remparts d'Antibes, lorsque saint Porcaire, abbĂ© de LĂ©rins, disait Ă  ses disciples : «Le bras du Seigneur est levĂ©, vous ĂŞtes libres de fuir. Nous serons martyrs,» rĂ©pètent Ă  la fois les cinq cents religieux... Les novices sont renvoyĂ©s en Italie, les saintes reliques sont cachĂ©es. Marseille Ă©tait prise, les religieuses de Saint-Cyr Ă©taient massacrĂ©es, l'abbaye des Ă®les d'Hyères dĂ©vastĂ©e et FrĂ©jus saccagĂ©e de fond en comble... Enfin, le 20 aoĂ»t 730, les LĂ©rinois virent dĂ©barquer ces infidèles sur les cĂ´tes. [...] Les Sarrasins remontent sur leurs barques et vont dĂ©vaster tout le bassin du Var et des Alpes-Maritimes, Antibes, Nice et Cimiez (Alexander Aubert, Histoire civile & religieuse d'Antibes, 1869 - books.google.fr).

 

Saint Honorat qui fonda le monastère de Lérins serait venu se recueillir à Porquerolles où un monastère détaché aurait été fondé au Ve siècle, comme probablement sur l'île du Levant voisine (fr.wikipedia.org - Île de Porquerolles).

 

"Melite"

 

Les Kerkennah sont un archipel tunisien de la mer Méditerranée près de Sfax. Il est composé de deux îles principales — Gharbi, aussi appelé Mellita du nom du village qu'elle abrite, et Chergui ou Grande Kerkennah — et de douze îlots. Au VIIe siècle, avec la conquête musulmane du Maghreb, l'archipel se convertit. Il apparaît vite comme un enjeu dans la rivalité entre les puissances de la Méditerranée occidentale : il est ainsi conquis tour à tour par les Almohades au XIIe siècle (fr.wikipedia.org - Kerkennah).

 

Le nom «Malte» vient du latin Melita, issu du phénicien mlt («refuge»). En 870 les Aghlabides s'emparent de l'archipel lors de la conquête de la Sicile. En 1090, les Normands, maîtres de la Sicile, menés par le comte Roger de Hauteville, s’emparent de Malte. En 1127, l’archipel passe sous domination sicilienne. Finalement, entre 1240 et 1250, Frédéric II du Saint-Empire expulse les musulmans, même si beaucoup se convertissent pour rester dans les îles. (fr.wikipedia.org - Malte).

 

La présence sarrasine à Malte éloigne des années 710.

 

"Sault Castulon" : saltus castulonensis ou la reconquête chrétienne

 

Au XIIIe siècle, Castulo est conquise par Ferdinand III de Castille, fils d'Alphonse IX roi de Léon, durant la campagne de Baeza et qui met en place progressivement un conseil municipal jusqu'au milieu du XIVe siècle la ville passe sous la juridiction de Linares (fr.wikipedia.org - Castulo).

 

On en revient au début de ce passage et à son époque le XIIIe siècle.

 

nostradamus-centuries@laposte.net