LETTRE Ă  HENRY - Proserpine et Rachel

Lettre Ă  Henry

 

Proserpine et Rachel

 

 

Les idoles

 

Les Romains eurent leurs douze grands dieux, six mâles et six femelles, qu'ils nommèrent Dii majorum gentium: Jupiter, Neptune, Apollon, Vulcain, Mars, Mercure, Junon, Vesta, Minerve, CĂ©rès, VĂ©nus, Diane. Pluton fut alors oubliĂ©; Vesta prit sa place. Ensuite venaient les dieux minorum gentium, les dieux indigètes, les hĂ©ros, comme Bacchus, Hercule, Esculape; les dieux infernaux, Pluton, Proserpine; ceux de la mer, comme TĂ©thys, Amphitrite, les NĂ©rĂ©ides, Glaucus; puis les Dryades, les NaĂŻades, les dieux des jardins, ceux des bergers : il y en avait pour chaque profession, pour chaque action de la vie, pour les enfants, pour les filles nubiles, pour les mariĂ©es, pour les accouchĂ©es; on eut le dieu Pet. On divinisa enfin les empereurs. Ni ces empereurs, ni le dieu Pet, ni la dĂ©esse Pertunda, ni Priape, ni Rumilia, la dĂ©esse des tĂ©tons, ni Stercutius, le dieu de la garde-robe, ne furent Ă  la vĂ©ritĂ© regardĂ©s comme les maĂ®tres du ciel et de la terre. Les empereurs eurent quelquefois des temples, les petits dieux pĂ©nates n'en eurent point; mais tous eurent leur figure, leur idole. C'Ă©taient de petits magots dont on ornait son cabinet; c'Ă©taient les amusements des vieilles femmes et des enfants, qui n'Ă©taient autorisĂ©s par aucun culte public. On laissait agir Ă  son grĂ© la superstition de chaque particulier. On retrouve encore ces petites idoles dans les ruines des anciennes villes. Si personne ne sait quand les hommes commencèrent Ă  se faire des idoles, on sait qu'elles sont de l'antiquitĂ© la plus haute. TharĂ©, père d'Abraham, en faisait Ă  Ur en ChaldĂ©e. Rachel dĂ©roba et emporta les idoles de son beau-père Laban. On ne peut remonter plus haut (Dictionnaire philosophique, Idolâtrie) (Oeuvres complètes de Voltaire, Tome 7, Partie 2, 1817 - books.google.fr).

 

Générations

 

Le traitĂ© Philosophumena (RĂ©futation de toutes les hĂ©rĂ©sies) est est oeuvre en 10 livres, Ă©crite après 222, dont ne subsistent que les livres I et IV Ă  X. Le livre I, connu depuis 1701, Ă©tait transmis sous le nom d'Origène; les livres IV Ă  X ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s en 1841 dans un unique manuscrit du Mont Athos transcrit par un certain Michel et l'ensemble a d'abord paru en 1851 sous le nom d'Origène. Le titre "Philosophoumena" correspond plus particulièrement au livre I mais est employĂ© le plus souvent pour dĂ©signer l'ensemble de l'oeuvre. Ne pas confondre avec : "Syntagma" ou "Contra omnes haereses", oeuvre antĂ©rieure du mĂŞme auteur (data.bnf.fr, Dominique Bernard, Les disciples juifs de JĂ©sus du Ier s. Ă  Mahomet, 2017 - books.google.fr).

 

On y trouve, dans le Livre V, le chapitre III qui traite des conceptions des Naassènes sur la génération spirituelle et les relie aux mystères d'Eleusis, où Proserpine joue son rôle.

 

Jacob se rendit en Mésopotamie, c'est-à-dire, en passant de l'enfance à l'adolescence et à la virilité, car la Mésopotamie est le cours du grand océan qui coule du milieu de l'homme parfait (Philosophumen Livre V) (S. Mayassis, Mystères et initiations dans la préhistoire et protohistoire, de l'Anté-Diluvien à Sumer-Babylone: la familiarité divine originelle, 1961 - books.google.fr).

 

«La Mésopotamie est le cours du grand océan qui coule du milieu de l'homme parfait.» Allusion aux phénomènes physiologiques qui commencent avec la puberté. "Mesopotamia" se compose de "potamos", fleuve et "mesos", situé au milieu; la Mésopotamie est proprement le pays situé entre les deux fleuves, le Tigre et l'Euphrate. Mais, d'après le Naassène, la Mésopotamie est le fleuve situé au milieu de l'homme adulte (Philosophumena, ou, Réfutation de toutes les hérésies, Volume 1, 1928 - books.google.fr).

 

Cf. les diffréentes Mésopotamies ("d'Europe" ou "exiguë") de la Lettre à Henry ainsi que celles des quatrains des Centuries (III, 99; VIII, 70).

 

Regardant avec admiration la porte du ciel, Jacob s'Ă©cria «Que ce lieu est redoutable ! Ce n'est autre chose que la maison de Dieu, et cette porte est la porte du ciel» (Genèse, XXVIII, 17). VoilĂ  pourquoi, continue le Naassène, JĂ©sus dit : «C'est moi qui suis la vĂ©ritable porte» (cf. Jean, X, 9). Celui qui parle ainsi, dit le Naassène, n'est autre que l'homme parfait, qui a reçu une forme de l'ĂŞtre d'en haut qu'aucune forme ne dĂ©finit. L'homme parfait ne peut donc, dit-il, ĂŞtre sauvĂ© qu'en entrant par cette porte pour renaĂ®tre Ă  une vie nouvelle. Ce mĂŞme homme, dit le Naassène, est encore appelĂ© par les Phrygiens Papas, parce qu'il a fait cesser le dĂ©sordre et la confusion oĂą tout s'agitait avant son apparition. Car, dit-il, ce nom de Papas rĂ©sonne Ă  la fois sur le lèvres de tous les ĂŞtres qui sont au ciel, sur la terre et dans les enfers, quand ils s'Ă©crient : «Fais cesser, fais cesser la discordance du monde et donne la paix Ă  ceux qui sont loin, c'est-Ă -dire aux ĂŞtres matĂ©riels et terrestres, donne aussi la paix Ă  ceux qui hommes charnels ont beau naĂ®tre en très grand nombre, ils pĂ©rissent tous. C'est pourquoi, dit-il, «Rachel pleurait ses enfants et ne voulait recevoir aucune consolation Ă  ses larmes; car elle savait que ses enfants n'Ă©taient plus» (cf. Matth., II, 18; JĂ©rĂ©mie, XXI, 15). JĂ©rĂ©mie, lui aussi, pleure la JĂ©rusalem d'en bas, qui n'est pas la ville de ce nom en PhĂ©nicie, mais la gĂ©nĂ©ration d'en bas, qui ne produit que des ĂŞtres pĂ©rissables. Car, dit le Naassène, JĂ©rĂ©mie, lui aussi, Ă  connu l'homme parfait, l'homme qui a reçu de l'eau et de l'Esprit une nouvelle vie et qui n'est plus charnel. C'est du moins JĂ©rĂ©mie qui a dit : «Il est homme, et qui le connaĂ®tra ?» (cf. JĂ©rĂ©mie, XVII, 9). Tellement, dit le Naassène, il est difficile d'arriver Ă  la connaissance exacte de l'homme parfait ! (Philosophumena, ou, RĂ©futation de toutes les hĂ©rĂ©sies, Volume 1, 1928 - books.google.fr, www.newadvent.org).

 

Le hiĂ©rophante lui-mĂŞme, de nuit Ă  Éleusis, sous une lumière Ă©clatante, cĂ©lĂ©brant, les grands et indicibles Mystères, crie et s'exclame Ă  grands cris : «La vĂ©nĂ©rable dĂ©esse Brimo a enfantĂ© le jeune (garçon, rejeton) Brimos, c'est-Ă -dire, la Force a engendrĂ© le Fort; la vĂ©nĂ©rable, c'est la gĂ©nĂ©ration (la naissance) spirituelle, la cĂ©leste, celle d'en haut; fort est celui qui est ainsi engendrĂ©. [...] Brimo est le surnom de Proserpine et de DĂ©mèter, dĂ©esses d'Éleusis. Le jeune rejeton engendrĂ© par la dĂ©esse, la «puissante» est le hiĂ©rophante, le grand-prĂŞtre, lui-mĂŞme, renaissant, «fort, puissant», par une renaissance spirituelle, cĂ©leste. L'Ă©poux de la dĂ©esse dans ce rite du mariage sacrĂ© Ă©leusinien est encore le hiĂ©rophante lui-mĂŞme, l'homme parfait, selon le Naassène, l'homme qui a reçu de l'eau et de l'Esprit une nouvelle vie et qui n'est plus charnel, celui qui est appelĂ© «l'Ă©pi vert moissonné» (Philosophumen V. s. p. 484). (S. Mayassis, Mystères et initiations dans la prĂ©histoire et protohistoire, de l'AntĂ©-Diluvien Ă  Sumer-Babylone: la familiaritĂ© divine originelle, 1961 - books.google.fr).

 

Empire et papauté

 

Alors, comme un objet qui, frappant tout Ă  coup,

Dans la surprise absorbe aussitôt la pensée,

M'apparut une dame, allant seule, empressée,

Qui chantait, en cueillant les fleurs dont Ă  l'entour

Sa route se montrait sur ses pas nuancée.

 

Belle dame, lui dis-je, aux rayons de l'Amour

Qui vas te réchauffant, si de ton doux visage

J'en crois les traits, du cour qui portent témoignage,

Au bord de ce ruisseau qu'il te plaise venir,

Pour que je puisse mieux, une fois plus voisine,

Entendre tes accents au gré de mon désir.

Du charme qui parait la jeune Proserpine,

A sa mère, au printemps lorsqu'on vint la ravir,

Des lieux qu'elle habitait tu me fais souvenir. (Purgatoire, Chant XXVIII)

 

La vie active, au point de vue sectaire, s'échauffe aux rayons de l'Amour, et se fait reconnaître à certains signes extérieurs déguisés sous des semblants catholiques, s'io vo credere a sembianti; afin d'atteindre plus sûrement son but, Dante lui donne le nom d'une princesse célèbre pour son attachement dévoué au Saint-Siège, et cela d'après la même inspiration qui, dans la Vita nuova, lui fait revêtir l'Amour d’ignobles haillons, vili drappi, pour porter son cœur à la dame qui devait être son salut, sa défense, sua difensione. La Lia du songe est Mathilde, comme le remarque l'Ottimo, qui affecte de les confondre en nommant l'une pour l'autre; de même Béatrice et Rachel, près de qui elle siège au Ciel, sont la même figure ou la vie contemplative, à laquelle conduit la vie active. Celle-ci, d'essence sectaire naturellement, nous apparait donc ici revêtue des vils haillons de l'orthodoxie, sous le nom et le costume de l'orthodoxe Mathilde.

 

Nous laissons à d'autres le soin de rechercher où se trouvait la dame comparée à Proserpine, lorsque sa mère la perdit et à quelle époque commença son été, qui pour nous est l'âge de trente ans. Cette belle personne, de l'aveu de tous les commentateurs, est la grande comtesse Mathilde, née en 1046, l'amie de Grégoire VII, qu'elle aida de tout son pouvoir dans sa lutte contre l'Empereur Henri IV, et qu'elle reçut dans sa forteresse de Canossa en 1077. Mariée deux fois, à Godefroy-le-Barbu d'abord, puis à Guelfe V, duc de Bavière, dont elle resta veuve à trente ans, elle se separa de l'un et de l'autre, parce qu'elle ne les trouva pas assez dévoués au Saint-Siège, à qui elle fit donation de tous ses États, comprenant la Toscane et une partie de la Lombardie. Il est facile de trouver dans ce peu de mots l'explication de l'étrange madrigal où Dante compare l'amie du grand Hildebrand à la compagne de Pluton (E. Aroux, La comédie de Dante, Tome 2, 1856 - books.google.fr).

 

Cf. "Chroniques : Proserpine" oĂą, cependant, Proserpine est mise en rapport avec l'Empire.

 

Shortly before he enters the Earthly Paradise, Dante experiences a dream during an hour under the influence of Venus (27.94-5). He seems to see a woman gathering flowers, who identifies herself as Leah. In biblical exegesis, Leah and Rachel are often identified as types of the active and contemplative lives. Leah's garland of flowers ['ghirlanda' (27.102)] becomes an emblem of the active life; the mirror in which her sister Rachel gazes at herself all day becomes an emblem of the contemplative life. Yet the dichotomy is not absolute: Leah indicates that she, too, looks in the mirror sometimes, for she adorns herself with flowers 'per piacerme a lo specchio' ['to please me at the glass' (27.103)]. Dante's dream of Leah and Rachel, experienced under the influence of Venus, has its fulfilment when he enters the Earthly Paradise. There, he sees Matelda, whose eyes are more brilliant than those of Venus in love (28.65). She represents the active life for, like Leah, she is gathering flowers. But again like Leah, in the realm of the blessed, those who are active are not deprived of the experience of the contemplation of God. Just as Leah (like Rachel) looks in the mirror, so Matelda (like Beatrice) has eyes so full of light that Dante is grateful when she gives him the gift [`dono' (28.63)] of lifting them to gaze upon him. It is significant that, as soon as he glimpses Matelda, Dante begins to experience both the light and the heat of the sun: he greets Matelda as a `bella donna' who, Dante says, 'a' raggi d'amore / ti scaldi' ['do warm youself at love's beams' (28.43-4)]. Dante aligns the two manifestations of the sensible sun — light and heat — with the two manifestations of God — intellectual illumination and love (e.g., Pa.15.77). But, in addition, he aligns this dichotomy with the contemplative and active lives, one dominated by vision, one dominated by the manifestation of love, one epitomized by Rachel and Beatrice, one by Leah and Matelda. Matelda's role in relation to Beatrice is highlighted in the Earthly Paradise when Dante likens her to Proserpine or, as he calls her, `primavera' (28.51). In the Vita nuova, Dante had called a lady 'Primavera' (24.3) in order to identify Beatrice with Christ; he does the same here, so that Matelda heralds Beatrice's advent just as John the Baptist did Jesus'. The figure of Matelda makes inevitable the praise welcoming the advent of Beatrice: 'Benedictus qui venis !' (30.19) (Suzanne Conklin Akbari, Seeing Through the Veil: Optical Theory and Medieval Allegory, 2004 - books.google.fr).

 

Dans son Purgatoire comme dans son Enfer, Dante mêle les deux mythologies polythéiste et monothéiste. Le paradis terrestre lui rappelle le Parnasse; la comtesse Mathilde cueillant des fleurs sur les rives du Léthé est semblable à Vénus et à Proserpine. Dante donne à Jésus le nom de Sommo Jove. De longues expositions de dogmes selon saint Thomas, saint Augustin, saint Victor : le libre arbitre, le péché originel, la responsabilité, l'âme triple, la théorie physique et métaphysique de la génération, le développement continu de l'âme humaine avant et après la mort (idée que nous retrouverons dans Faust), l'efficacité de la prière, les suites funestes de la confusion des pouvoirs spirituel et temporel, prennent une large place dans cette seconde cantique. [...] Quant à l'allégorie, elle y maintient ses droits dans la personne de Lucie, la grâce, gratia præveniens; dans Mathilde, la piété généreuse; dans Lia et Rachel, la vertu active et la vertu contemplative; dans la vision finale où Dante symbolise obscurément les choses futures (Daniel Stern, Dante et Goethe: dialogues, 1866 - books.google.fr).

 

Cf. les "embrassemenst de Rachel" ou la vie contemplative dans "Eulalie 2". On retrouve à travers la comtesse Mathilde le conflit entre l'Empire et l'Eglise qui se poursuit avec Frédéric II de Hohenstauffen et Innocent III.

 

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