Bajazet

Bajazet

 

VII, 13

 

2008-2009

 

De la cité marine et tributaire

La tĂŞte raze prendra la satrapie

Chasser sordide qui puis sera contraire

Par quatorze ans tiendra la tyrannie.

 

Satrape

 

Un humaniste distingué, le Bénédictin Ludovik Crijevic ou Louis Cervinus ou Cervarius, plus connu sous le nom de Taberon, Tubero ou Tuberone, qu'il portait comme membre d'une société littéraire de Paris, né à Raguse en 1459, mort en 1527, a écrit, en bon latin et avec beaucoup de franchise, des Mémoires de son temps en onze livres, très-utiles pour la connaissance de l'histoire des Turcs, d'Hongrie, de Dalmatie et d'Italie (Maximilien-Samson-Frédéric Schoell, Cours d'histoire des états européens, depuis le bouleversement de l'Empire romain d'Occident jusqu'en 1789, Tome XXII, 1832 - books.google.fr).

 

A part of his work that presents detailed description of the Ottoman Empire was first published in 1590 in Florence. It was titled "Commentary on the origin, customs and history of the Turks" (Latin: De Turcarum origine, moribus et rebus gestis commentarius) (en.wikipedia.org - Ludovicus Tubero).

 

Au cours de son exposĂ©, après avoir fait une très brève rĂ©fĂ©rence aux Croisades et aux conquĂŞtes successives en Asie Mineure, Tuberon parle de la formation des Ă©mirats au moment oĂą Osman Ier commence sa conquĂŞte. [...] Il est probable que par l'expression «regia Hunchariorium proles» il fait allusion Ă  la dynastie seldjoukide de Konya, mais qui est l'Ă©mir «Molius» dont il parle - Ă©crit aussi «Mollius» un peu plus haut, ou bien «Mollius Huncharius» -, est assez difficile de dire. Nous savons que le dernier sultan seldjoukide fut Ala-ud-Din Kaykobâd III (1297-1307), mais on ne trouve pas dans la liste des monarques seldjoukides aucun nom qu'on pourrait rapprocher, mĂŞme de loin, au nom donnĂ© par Tuberon. Je me demande plutĂłt si dans ce cas il ne faudrait pas lire «Moglus», c'est-Ă -dire Mogul, l'auteur entendant faire allusion Ă  la conquĂŞte de l'Anatolie par Hulagu, neveu de Gengis Khan (vers 1258), ou bien «Oghlus», c'est-Ă -dire Karaman Oghlu, gouverneur de Caramania, qui vers 1300 avait assumĂ© le gouvernement de presque tous les territoires seldjoukides. Certes, il est en effet curieux de constater que Tuberon dĂ©nomme «Huncharia» cette dynastie seldjoukide; peut-ĂŞtre pour la distinguer de celle qu'il considère plus proprement «turque», c'est-Ă -dire la dynastie ottomane. Quoi qu'il soit, la liste Ă©mirats turcs issus de l'effondrement de la dynastie seldjokide de Rum apparaĂ®t assez prĂ©cise. Presque tous prirent le nom de leurs fondateurs: Othman, Saruchan, Aydin, Mentese et Karaman, sauf Germiyan, qui prit le nom de sa capitale. Parmi ces Ă©mirs, demeure un peu incertain le nom «Hermenes», duquel, affirme Tuberon, descendraient les «Halladolii»: il s'agit probablement de l'Ă©mirat de Hâmid continuĂ© ensuite par Ala-ud-Din, gendre de Orchan, mĂŞme après sa dĂ©faite avec Bayazid Ier en 1386. Autre inexactitude dans laquelle est tombĂ© Tuberon concerne la "satrapie" d'Osman Ier : en rĂ©alitĂ© ce ne fut pas Osman Ier, mais Ertoghroul, père d'Osman, qui reçut le fief dans la rĂ©gion de SĂ´gĂąd du sultan seldjoukide Ala_ud-Din Kaykobâd Ier (1219-1237); la forteresse de Dorileo (Yeni ChĂ©hir) fut par contre conquise par Osman en 1290, et cette citĂ© ne peut ĂŞtre la mĂŞme que la citĂ© d'Othmândjik, bien que pas très Ă©loignĂ©e de celle-lĂ . On ne peut pas affirmer que mĂŞme pour le reste l'essai de Tuberon sur les sultans ottomans, d'Osman Ier Ă  SĂ©lim Ier soit exempt d'erreurs, d'inexactitudes parfois graves, de confusions, d'indications très vagues et de lĂ©gendes. Il rappelle, par par exemple, un sultan inexistant «Hysladimirus», entre Mehmet Ier et Mourad II; il raconte la lĂ©gende connue de Bayazid Ier qui, après la dĂ©faite subie dans le combat contre Timur-Lenk (Tamerlan), aurait Ă©tĂ© liĂ© a la table de son vainqueur et obligĂ© de ronger des os comme un chien; il indique de façon erronĂ©e dans la succession des des sultans, Bayazid Ier (1389-1403), «Musia», c'est-Ă -dire MĂ»sa Celebi (1411-1413), ensuite peu après, Bayazid II (1481- 1512), pour revenir de nouveau Ă  Mehmed Ier (1413-1421), au supposĂ© «Hysladimirus», a Mourad II (1421-1451) Ă  Mehmet II (1444-1481), et Ă  «Baiazethis fìlius», c'est-Ă -dire Ă  SĂ©lim Ier (1512- 1519) 135; il exalte l'Ă©pisode lĂ©gendaire de la mort de Mourad Pr dans la bataille du champ de Kosovo (1389) - mais dans Tuberon il est appelĂ© Bayazid II - tuĂ© par le hĂ©ros Milos ObiliĂ© (appelĂ© en latin «Milon» dans Tuberon), gendre de Lazzaro HrĂ©bĂ©ljanovic, se faisant l'Ă©cho de la tradition Ă©pique serbe; il intercalle des sentences de tout genre, selon le modèle de ses «auctores» classiques (Salluste et Tacite), souvent mal Ă  propos, ou pour exprimer sa froideur envers les Byzantins. [...] Ce qui frappe toutefois dans ce livre des Commentarti de Tuberon c'est l'admiration notable qu'il manifeste Ă  l'Ă©gard des Turcs de son temps (Agostino Pertusi, Premières Ă©tudes en Occident sur l'origine et la puissance des Turcs, Bisanzio e i Turchi nella cultura del Rinascimento e del Barocco: tre saggi di Agostino Pertusi, 2004 - books.google.fr).

 

Mépris de Manuel II pour Bajazet, "satrape roué et impudent", P.G. 156, col 128, 132. (Michel Balivet, Romanie byzantine et pays de Rûm Turc: histoire d'un espace d'imbrication gréco-turque, 1994 - books.google.fr).

 

"quatorze ans"

 

Bayezid Ier, en français Bajazet, est un sultan ottoman né vers 1360. Il succéda à son père Mourad Ier en 1389 après la mort de ce dernier à la bataille de Kosovo, en se débarrassant immédiatement de son frère Yakub Çelebi. Il conclut avec Milica (veuve du prince serbe Lazar Hrebeljanovic tué lui aussi) et les dignitaires de l'Église serbe un traité laissant à la Serbie une large autonomie. Il épousa la fille de Lazar, Olivera Despina. Stefan Lazarevic, fils de Lazar, devenu son beau-frère et vassal, devait assurer sa victoire contre les armées chrétiennes à la bataille de Nicopolis en 1396. Entre 1389 et 1395, Bayezid conquit la Bulgarie et le Nord de la Grèce.

 

Dès 1389, les princes turcs de l'Anatolie, notamment ceux des deux grands émirats de Germiyan (région centre-ouest de l'Anatolie, autour de Kütahya) et de Karaman, commencèrent à s'opposer à la dynastie ottomane. En 1390, Bayezid parvint, grâce à la dot de son mariage avec la princesse Devlet de Germiyan, à annexer le vaste territoire des princes de Germiyan. Puis, Bayezid arriva en Anatolie avec des troupes serbes et conquit l'émirat de Karaman en 1397.

 

Son caractère emporté et la rapidité de ses décisions lui valurent son surnom de la «Foudre». Lorsque Bajazet devra affronter Tamerlan à Ankara, toutes ses forces réunies n'atteindront pas 100000 combattants. Fait prisonnier par Tamerlan en 1402, il mourut en captivité en 1403.

 

Les Auteurs de l'Histoire des Turcs rapportent cette expédition & la défaite de Bajazet à l'an de l'Hegire 804 qui tombe en l'an de grâce 1401, & assurent que Bajazet régna quatorze ans, & Tamerlan quarante (fr.wikipedia.org - Bajazet Ier, Ruy González de Clavijo, La Route de Samarkand au temps de Tamerlan: relation du voyage de l'ambassade de Castille à la cour de Timour Beg, traduit par Lucien Kehren, 1990 - books.google.fr, Denis Petau, Abrégé Chronologique De L'Histoire Universelle, Tome 2, 1683 - books.google.fr).

 

Teste raze

 

Les Turcs portent tous la teste raze selon le commendement de leur loy (Les voyages du Sr. de Villamont. Voy le contenu d'iceux en la page suyuante, 1604 - books.google.fr).

 

Ainsi que le rappelle Louis Schlosser (La Vie de Nostradamus, Belfond, p. 95).

 

"cité marine et tributaire" : Constantinople

 

La honte & l'abaissement des Empereurs Grecs furent Ă  leur comble. Andronic, ce malheureux fils de Jean PalĂ©ologue, Ă  qui son père avait crevĂ© les yeux, s'enfuit vers Bajazet, & implore sa protection contre son père & contre Manuel son frère. Bajazet lui donne quatre mille chevaux; & les GĂ©nois toujours MaĂ®tres de Galata l'assistent d'hommes & d'argent. Andronic avec les Turcs & les GĂ©nois, se rend MaĂ®tre de Constantinople, & enferme son père. Le père au bout de deux ans reprend la pourpre, & fait Ă©lever une citadelle près de Galata, pour arrĂŞter Bajazet, qui dĂ©ja projettait le siège de la ville ImpĂ©riale. Bajazet lui ordonne de dĂ©molir la citadelle, & de recevoir un Cadi Turc dans la ville pour y juger les Marchands Turcs qui y Ă©taient domiciliĂ©s. L'Empereur obĂ©it. Cependant Bajazet laissant derrière lui Constantinople comme une proie sur laquelle il devait retomber, s'avance au milieu de la Hongrie. C'est lĂ  qu'il dĂ©fait, comme je l'ai dĂ©jĂ  dit, l'armĂ©e ChrĂ©tienne, & ces braves Français commandĂ©s par l'Empereur d'Occident Sigismond. Les Français avant la bataille avaient tuĂ© leurs prisonniers Turcs : ainsi on ne doit pas s'Ă©tonner que Bajazet après sa victoire eĂ»t fait Ă  son tour Ă©gorger les Français, qui lui avaient donnĂ© ce cruel exemple. Il n'en rĂ©serva que vingt-cinq Chevaliers, parmi lesquels Ă©tait le Comte de Nevers depuis Duc de Bourgogne, auquel il dit en recevant sa rançon; Je pourrais t'obliger Ă  faire ferment de ne plus t'armer contre moi; mais je mĂ©prise tes fermens & tes armes. Ce Duc de Bourgogne Ă©tait ce mĂŞme Jean sans peur, assassin du Duc d'OrlĂ©ans, assassinĂ© depuis par Charles VII. Et nous nous vantons d'ĂŞtre plus humains que les Turcs ! Après cette dĂ©faite, Manuel, qui Ă©tait devenu Empereur de la ville de Constantinople, court chez les Rois de l'Europe comme son père. Il vient en France chercher de vains secours. On ne pouvait prendre un tems moins propice. C'Ă©tait celui de la frĂ©nĂ©sie de Charles VI & des dĂ©solations de la France. Manuel PalĂ©ologue resta deux ans entiers Ă  Paris, tandis que la capitale des ChrĂ©tiens d'Orient Ă©tait bloquĂ©e par les Turcs. Enfin le siège est formĂ©, & sa perte semblait certaine, lorsqu'elle fut diffĂ©rĂ©e par un de ces grands Ă©vĂ©nemens qui bouleversent le Monde. La puissance des Tartares Mogols, de laquelle nous avons vĂ» l'origine, dominait du Volga aux frontières de la Chine, & au Gange. Tamerlan, l'un de ces Princes Tartares, sauva Constantinople en attaquant Bajazet (Voltaire, Essay sur l'histoire gĂ©nĂ©rale, et sur les mĹ“urs et l'esprit des nations: depuis Charlemagne jusqu'a nos jours, Tome II, 1761 - books.google.fr).

 

Dès le règne de Bayezid Ier (Bajazet, 1389-1402), l'empereur byzantin n'est plus qu'un tributaire des Ottomans et l'empire n'assiste plus qu'en spectateur à une conquête où succombent ses anciens rivaux, Bulgarie puis Serbie. L'Occident observe presque sans réaction les derniers soubresauts de Byzance (Alain Ducellier, La conquête de Byzance par les Turcs, L'Histoire, Numéro 35, 1981 - books.google.fr).

 

Le 17 septembre 1390, Manuel II Paléologue, aidé par les Hospitaliers de Rhodes, mit fin au règne éphémère de son neveu Jean VII, fils d'Andronic IV (1390. N. 14 - IX. 17) Puis, fidèle à la collaboration gréco-turque, que son père, Jean V, pratiquait depuis 1373 au moins, et lui-même depuis la fin de l'année 1387, il alla faire hommage à son suzerain, Bajazet Ier, émir des Turcs Ottomans (Raymond-Joseph Loenertz, Un erreur singulière de Laonic Chalcocondyle, Byzantina et Franco-Graeca: articles parus de 1935 à 1966, Volume 1, 1970 - books.google.fr).

 

Constantinople reste tributaire et n’est donc pas encore annexée par les Turcs sous Bajazet Ier.

 

"sordide" : Caramanie (Cf. quatrain III, 90 – 1770-1771)

 

Les ennemis immĂ©diats de l'empire ottoman Ă©taient, Ă  l'Est, les Persans, les ArmĂ©niens, les Juifs, les Chevaliers de Rhodes, la principautĂ© seldjoucide de la Caramanie (Konieh, Kaisarieh); Ă  l'Ouest, les Hongrois. La supĂ©rioritĂ© militaire des Turcs Ă©clatait; un prestigieux esprit d'Ă©galitĂ© compensait, aux yeux des observateurs, - qui renseignaient l'opinion, - le fanatisme insolent des guerriers, les ambitions hyperboliques des courtisans : des vizirs Ă©taient d'anciens esclaves. Sauf la France, - et l'Angleterre, relativement, - aucune nation d'Europe n'Ă©tait alors capable d'Ă©galer sur un champ de bataille l'ordre, la discipline et l'«armement» des Turcs, et c'Ă©tait une grave prĂ©occupation. Les ChrĂ©tiens que les Les ChrĂ©tiens que les Hongrois auraient pu ranger autour d'eux en croisade nouvelle, pour «chasser le Musulman», Ă©taient intimidĂ©s; on considĂ©rait la perte de JĂ©rusalem comme la juste vengeance d'un Dieu courroucĂ© : «Nostre site Diex Jhesu Cris, Ă©crivaient Ernoul et Bernard, avoit trop vu le pĂ©ciĂ© et l'ordure qu'ils [les ChrĂ©tiens] faisoient en la citĂ© oĂą il fut crucefiiès et espandu son sang... ce qu'il ne pot plus souffrir». Les Turcs cependant tendaient Ă  se rapprocher des EuropĂ©ens, non sans droit; des poètes et des Ă©crivains les assimilaient en partie aux Slaves, — Turks, Mogols, Slaves et Tchinois «quasi frères». Leur droiture les caractĂ©risait; on retrouvait en eux cette noblesse chevaleresque, cette «dignité» que les Arabes d'Orient avaient perdue au contact des Juifs. Ignorant la fĂ©odalitĂ©, leur domination Ă©tait plutĂ´t rassurante; elle rĂ©alisait la monarchie aryenne (Marius Fontane, Histoire universelle, Volume 14, 1910 - books.google.fr).

 

Caraman-Ogli, ayant appris la défaite des Turcs en Moldavie, avoit cru l'occasion favorable d'opprimer son beau-frere Bajazet, qu'il croyoit retenu pour long-tems en Europe, & s'étoit jetté fur ses états avec toutes ses forces. Après avoir fait un butin considérable, & porté le fer & la flamme jusqu'au cœur de l'empire Ottoman, il avoit mis le siège devant Kutahia, ville importante qu'il se flattoit de réduire; mais Bajazet ne lui en donna pas le tems. A la tête d'une  armée nombreuse, paroît sur ces entrefaites. On n'avoit garde de le croire si proche. La terreur s'empare des troupes de Caraman; elles font dispersées, comme la poussière par un tourbillon rapide. Caraman-Ogli tâche en vain de gagner son royaume, il est arrêté dans fa fuite avec ses deux fils. Bajazet lui fait aussi-tòt trancher la tête, & condamne les princes à finir leurs jours en prison. Par cette expédition vigoureuse, la Caramanie passe sous la puissance des Ottomans (Jean-François de La Croix, Abrégé chronologique de l'histoire ottomane, 1768 - books.google.fr).

 

L'arrivĂ©e de Tamerlan avait rendu aux Grecs l'espoir de vivre : le jour du châtiment Ă©tait venu pour Bajazet. Le grand-khan n'ayant rien obtenu, reparut dans la Natolie (1402), et s'approcha d'Angora (Ancyre) avec huit cent mille Barbares que les Byzantins comparent Ă  l'armĂ©e de Xerxes. Bajazet amenait d'autre part cent vingt-mille hommes, parmi lesquels dix-huit mille Tartares et dix mille Serviens; il affectait un grand dĂ©dain pour Tamerlan (1402). Il prit position près d'un fleuve, et, voyant au contraire l'ennemi dans une plaine sèche et aride, il fit publier dans toute son armĂ©e l'ordre d'une chasse gĂ©nĂ©rale pour le lendemain et les deux jours suivans ; mais tandis qu'il se livrait Ă  ce plaisir, Tamerlan changea de place et occupa la position des Turcs près du fleuve. Ce premier Ă©chec n'abattit pas l'assurance de Bajazet, on lui conseillait de ne pas livrer bataille et d'Ă©puiser lentement ses ennemis jusqu'au dernier; il repoussa le conseil. Son armĂ©e, mal payĂ©e, murmurait, les auxiliaires surtout : il ne put se rĂ©soudre Ă  entamer ses trĂ©sors pour acheter une victoire dont il ne doutait pas. Tamerlan rangea enfin les siens et leur ordonna d'attaquer en silence. Bajazet se mit Ă  rire et chargea d'injures ces hommes qui lui semblaient lâches parce qu'ils ne criaient pas. Cependant un chef seldjoucide, qui servait Ă  contre-coeur dans l'armĂ©e ottomane, apercevant son frère parmi les soldats de Tamerlan, fit dĂ©fection avec cinq cents hommes et son drapeau. En un instant, il fut suivi des Seldjoucides de Mentesche, de Ssarou et de Karamanie. Bajazet, Ă©tonnĂ©, commença de craindre, lorsque la longue multitude des Mongols se dĂ©ploya en demi-cercle, et bientĂ´t poussa en avant ses deux ailes aux deux cĂ´tĂ©s de l'armĂ©e ottomane, pour se refermer derrière elle. Le Servien Etienne V, qui combattait pour Bajazet, son seigneur et son beau-frère, ne put supporter l'affront d'ĂŞtre entourĂ© et de se rendre, s'il ne voulait pas mourir. Il fait irruption sur les Mongols avec tant d'impĂ©tuositĂ©, qu'il les rompt et s'ouvre un passage. Alors, revenant sur ses pas, il les rompt une seconde fois malgrĂ© leur profondeur, et s'approche du sultan pour l'emmener hors du combat : «Quels sont ces derviches, demanda Tamerlan, qui combattent avec tant de fureur ? - Ce ne sont pas des derviches, rĂ©partit un Mongol ; ce sont des chrĂ©tiens» et on les vit au mĂŞme instant entraĂ®ner au milieu d'eux Soliman, fils aĂ®nĂ© de Bajazet, et s'ouvrir un troisième chemin par une rapiditĂ© irrĂ©sistible. Bajazet demeurait ferme, malgrĂ© le dĂ©part des Serviens et l'extermination des Ottomans; il saisit enfin, avec dix mille Janissaires, un tertre d'oĂą la rĂ©sistance Ă©tait plus facile. Mais les hordes mongoles se divisaient impunĂ©ment et attaquaient avec avantage sur tous les points. Tandis que les uns poursuivent les Serviens sur la route de Bursa, et que d'autres dispersent ou massacrent le corps principal des Ottomans, une troisième division s'Ă©lance sur les Janissaires. Ce fut une mĂŞlĂ©e hurlante de bĂŞtes enragĂ©es, oĂą la force Ă©tant Ă©gale et les blessures rendues aussitĂ´t que portĂ©es, il n'y avait de victoire que pour la multitude : les Janissaires y pĂ©rirent jusqu'au dernier. Bajazet, montĂ© sur un cheval arabe, dominait seul les cadavres Ă©tendus des siens : «Descends, lui cria un Mongol, le khan Timour te demande.» L'orgueilleux sultan se laissa conduire et trouva le grand khan occupĂ© d'une partie d'Ă©checs. En apprenant qu'on lui amenait Bajazet, Tamerlan, certain de la victoire, avait affectĂ© de la mĂ©priser, et s'Ă©tait mis Ă  jouer avec son fils sous sa tente, sans montrer aucun empressement de voir sa capture. Lorsque les Mongols lui dirent : «Voici le prince des Turcs que nous avons conduit devant vous,» il demeura la tĂŞte inclinĂ©e sur son jeu comme s'il n'entendait pas. Des cris, des acclamations redoublĂ©es le forçant enfin d'entendre : «VoilĂ  donc, dit-il, celui qui nous menaçait du triple divorce si nous refusions de lui faire la guerre. - C'est moi, reprit Bajazet, mais il ne t'appartient pas d'insulter les vaincus ni de les mĂ©priser; tu es prince comme moi ; apprends Ă  mettre des bornes Ă  ta domination.» Cet orgueil de vaincu plut Ă  l'orgueil du vainqueur ; Tamerlan fit asseoir son captif Ă  son cĂ´tĂ© sur le mĂŞme tapis et lui donna une tente pour s'y reposer après une bataille si laborieuse ; il se contenta de le faire surveiller par une bonne garde et ne lui mit les chaĂ®nes aux pieds et aux mains pendant la nuit, que lorsque Mahomet eut essayĂ© de dĂ©livrer son père au moyen d'une mine. L'histoire de la fameuse cage de fer ne s'appuie sur aucune autoritĂ© raisonnable (Edouard Dumont, Cahiers d'histoire universelle Ă  l'usage des collèges et des Ă©coles normales primaires, Tome 5, 1836 - books.google.fr).

 

Le vieux conquérant Tamerlan se heurte pour finir au sultan ottoman à Angora, à l'endroit précis où, longtemps auparavant, en l'an 66 av. J.-C., le général romain Pompée avait affronté le roi du Pont, Mithridate VI (www.herodote.net).

 

Les ciliciens furent jadis appelés Tarses, comme écrit Josèphe, leur dénomination prise du nom de Tarse, neveu de Japhet, qui premier leur donna l'ordre de vivre, ayant sur eux principauté et gouvernement. Aussi nomma-t-il de son nom leur ville principale Tarse. Aujourd'hui, toute la Cilicie est, comme j'ai dit, appelée Caramanie, province réduite sous la puissance et domination du grand Turc (Nicolas de Nicolai, Les quatre premiers livres des Navigations et peregrinations Orientales, 1568 - books.google.fr).

 

Dans la Grande Caramanie, on voit entr'autres Cogni, autrefois Iconium ancienne capitale de la Lycaonie. Dans la petite Caramanie, ou voit Terasso, Tarse, la patrie de S. Paul, étoit autrefois une ville Archiepiscopale de Cilicie, & fort considerable. Le Cydne, riviére qui la traverse, est célebre dans l'histoire à cause de la froideur insupportable de ses eaux, qui penía coûter la vie à Alexandre le Grand qui s'y baigna; & qui la fit perdre actuellement près de 1500 ans après, l'an 1190, au bon Frederic Ier, surnommé Barberousse, qui profita mal de l'exemple d'Alexandre (La Géographie Moderne, Naturelle Historique & Politique, Tome 3, 1736 - books.google.fr).

 

C'Ă©tait une Ă©poque heureuse, sans passeport ni carte d'identitĂ©. C'Ă©tait l'AntiquitĂ©. Mais comment se retrouver quand on s'Ă©tait perdus ? Comment se reconnaĂ®tre après des annĂ©es d'Ă©loignement ? Facile : on se servait d'un symbolon, un petit morceau de terre cuite qui Ă©tait cassĂ© en deux, et dont chaque fragment Ă©tait conservĂ© par deux amis, par deux familles vivant dans des lieux sĂ©parĂ©s. Quand on voyageait et qu'on voulait ĂŞtre reçu chez l'autre qui risquait de ne plus nous reconnaĂ®tre, on exhibait le fragment manquant du symbolon : ces deux parties rapprochĂ©es servaient Ă  faire reconnaĂ®tre le porteur, et Ă  rappeler les relations d'hospitalitĂ© contractĂ©es antĂ©rieurement. [...] Mais que se passait-il quand on avait dans la poche un morceau de terre cuite qui ne servait Ă  rien, qui n'allait avec rien, qui ne prouvait rien ? Que se passait-il quand on avait dans la poche un morceau de puzzle qui ne concordait avec aucun autre, et qui ne formerait donc jamais aucun puzzle ? Les anciens Grecs avaient un mot pour cela, qui est l'exact contraire du symbolon : le skybalon. HĂ©las, ce mot n'a Ă©tĂ© repris dans aucune langue : ni en français ni en allemand ni en espagnol ni en italien ni en albanais ni en nĂ©erlandais ni en irlandais ni en turc ni en hongrois, ni mĂŞme en russe. Pour quoi faire ? On Ă©tait persuadĂ© que ce mot Ă©trange ne servait Ă  rien, puisqu'il dĂ©signait ce qui ne servait Ă  rien. On jeta donc le skybalon Ă  la poubelle - mĂŞme dans la langue grecque, oĂą il dĂ©signa très vite les restes, les dĂ©tritus, les dĂ©chets. On le sait grâce Ă  Paul de Tarse, qui fit un emploi très brutal de ce mot dès 60, dans son ÉpĂ®tre aux Philippiens : «Afin de gagner Christ, je regarde toutes les choses comme des ordures [skybala].» [...] Le skybalon n'est pas ce qui est sale, seul ou inutile (car qu'est-ce qui est jamais sale, seul ou inutile ?) : c'est plutĂ´t ce qui est mal entourĂ©. Ce qui ne s'accorde pas avec le dĂ©cor. [...] Nous considĂ©rons comme propre ce qui a trouvĂ© sa moitiĂ©, et qui reste avec elle. La propretĂ© n'est rien que cela : non pas une chose Ă  sa place, mais une chose et sa place. Regardez : cette chaussure sur le sol est propre. Cette mĂŞme chaussure sur le lit est sale. Cette soupe dans le bol est succulente. Cette mĂŞme soupe par terre est immangeable. [...] Nous dĂ©clarons que quelque chose est propre lorsque nous voyons un symbolon. Nous hurlons que quelque chose est sale lorsque nous voyons un skybalon. Il est temps de changer les choses. (Et mĂŞme de les inverser.) Le skybalon, ce n'est pas celui qui ne trouve pas sa moitiĂ© : c'est celui qui ne la cherche pas. Celui qui n'a pas besoin qu'on le complète. Celui qui n'Ă©prouve pas le besoin de dĂ©vorer l'autre pour devenir quelqu'un. [...] Le skybalon, c'est l'ermite. Le voyageur. L'improductif. Le rĂŞveur. Celui qui n'est pas casĂ©, et qui de toute façon ne rentre pas dans les cases (Laurent Nunez, Il nous faudrait des mots nouveaux, 2018 - books.google.fr).

 

Après cette rencontre divine, Paul perdit la vue qui est l'image de la mort à soi-même. Dieu voulait lui faire comprendre qu'il était aveugle malgré sa connaissance de la loi. De plus, il dut recevoir la délivrance par les mains d'Ananias, un disciple inconnu. Il comprit alors que sa formation théologique tout comme son appartenance ethnique n'étaient que de la boue. «Et pourtant quant à moi, j’aurais sujet de mettre aussi ma confiance dans la chair. Si quelqu’autre croit pouvoir le faire, je le puis bien davantage, moi, un circoncis du huitième jour, de la race d’Israël, de la tribu de Benjamin; Hébreu, fils d’Hébreux; pharisien, pour ce qui est de la Loi; persécuteur de l’Église, pour ce qui est du zèle, et quant à la justice de la Loi, irréprochable. Mais ces choses qui étaient pour moi des gains, je les ai regardées comme une perte, a cause de Christ. Et même je regarde toutes choses comme une perte, a cause de l'excellence de la connaissance de Jésus-Christ mon Seigneur, pour lequel j'ai renoncé a tout, et je les regarde comme de la boue, afin de gagner Christ, et d'être trouvé en lui, non avec ma justice, celle qui vient de la loi, mais avec celle qui s'obtient par la foi en Christ, la justice qui vient de Dieu par la foi» Philippiens 3:4-9 (Shora Kuetu, Entre les mains du Potier, 2011 - books.google.fr, www.levangile.com).

 

Dans ce passage Paul ne cite pas Tarse. Sa citoyenneté romaine, honneur tout terrestre, devrait faire partie des "skybala".

 

Paul nĂ© Ă  Tarse, en Cilicie : cette information nous vient des seuls Actes des ApĂ´tres, dont l'auteur se plaĂ®t manifestement Ă  souligner cette origine (Actes 9, 11 (citoyen de Tarse) ; 21, 39; 22, 3 ; ajouter deux autres mentions de Tarse, en Actes 9, 30 et 11, 25 8) (Histoire du Christianisme, Tome 1 : Le nouveau peuple (des origines Ă  250), 2000 - books.google.fr).

 

La situation de l'Empire n'est pas apparue brutalement et il faut bien voir que le système romain de la clientèle, qui structurait véritablement la société, pouvait facilement être la cause d'une telle dérive. Comment ne pas mentionner qu'un sénateur passait des heures chaque jour à recommander ses clients à des tiers, notamment magistrats ? Comment oublier ces formules répétitives de Cicéron dans ses lettres de recommandations : «qu'il sache bien que c'est grâce à moi qu'il a obtenu satisfaction» ? Il y avait là un devoir envers un ami ou un client que le latin a consigné sous le mot officium (aide, assistance, notamment sous une forme concrète, matérielle), lequel était purement et simplement une obligation de la fides, fondement de la romanité s'il en fut. Bien plus, à l'officium, qui était dû, s'ajoutait le beneficium, qui prenait le même sens, signifiait la même démarche, mais était volontaire. Il s'agissait, par cette «action de faire le bien», d'un acte gratuit, d'une forme d'entraide. La définition était belle et devait donner plus tard lieu à théorie de la part de Sénèque, reprenant Panétius (Des bienfaits). Mais si l'on quitte, une fois encore, l'Empire pour la République, que voyons-nous ? Par exemple, dans une lettre au propréteur de la province d'Asie (Fam. XIII, 56), Cicéron recommander, à un magistrat en exercice, les affaires de son ami Cluvius (homme d'affaires de Pouzzoles), en ajoutant l'intérêt porté par Pompée à cette affaire d'argent. La lettre, aujourd'hui décodée par J. Andreau, montre que l'argent était celui de Pompée, prêté à taux exorbitant en Asie. Cluvius n'était qu'un paravent, évitant à Pompée d'être nommé. Et si l'on ajoute que Pompée avait touché en Orient d'immenses pots-de-vin, on comprendra que Cluvius recyclait (et faisait rapporter) l'argent sale de Pompée. La corruption était partout, comme le montre cet épisode légèrement plus tardif de saint Paul à qui un tribun militaire demandait dans sa prison, comment, lui, l'ouvrier textile de Tarse, pouvait être citoyen romain, fils de citoyen romain, alors que, lui, la citoyenneté romaine, il l'avait achetée, moyennant une «forte somme» (Actes des Apôtres, 22, 78-29) (Danièle Roman, Rome: la république impérialiste : 264-27 av. J.-C., 2000 - books.google.fr).

 

Plus simple, Erasme, après une citation de Diogénien, qualifie les Ciliciens de "sordidi" :

 

Cilicii imperatores - XXVII : "Kilikioi strategoi", Cilicii duces. Dicebant homines hirsuti, & pilis obsiti. Unde & saga pilis contexta, Cilicia vocantur. Autor Diogenianus. Simpliciter autem "Kilikioi" dicebantur, robusti, sordidi & magni, unde & "kilikizesthai" dicuntur, qui pravis sunt moribus : & "kilikioi logoi"barbarica suffragia, quod illi sortibus in galeam missis soleant decernere. Memorantur "killiku rioi" qui quum essent servi, heris eiectis occuparunt regionem. "KillikĂ´n agatha" alias recensuimus (Desiderius Erasmus, Adagiorum Chiliades quattuor, 1551 - books.google.fr, (Opera omnia Desiderii Erasmi Roterodami: recognita et adnotatione critica instructa notisque illustrata, Tome 2, 1981 - books.google.fr,

 

Diogénien est un grammairien d'Héraclée du Pont qui aurait vécu au IIe siècle. Hésychius aurait inséré dans son Lexique les mots que Diogénien aurait créé. Il est aussi attribué à Diogénien un recueil de proverbes publié en 1612 à Anvers dans les Adagia sive proverbia Graecorum de Schott (fr.wikipedia.org - Diogénien).

 

Plutarque rapporte que Pompée en quarante jours nettoya la mer Méditerranée qui étoit infestée par les pirates, qui allèrent se cacher dans les forts qu'ils avoient dans la Cilicie & dans le mont Taurus ; qu'il alla ensuite faire un tour à Rome, d'où il revint dans la Cilicie, où il s'empara de gré ou de force de toutes les retraites des pirates; que toute la guerre qu'il fit contr'eux fut terminée en trois mois, & qu'ensuite il donna des habitations au milieu des terres aux pirates qui s'étoient rendus à lui, ou qu'il avoit faits prisonniers (Histoire de l'Academie Royale des Inscriptions et Belles-Lettres, Tome 5, 1729 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain III, 47 - 1739.

 

Symbole

 

Cette avanture de Bajazet & de Tamerlan a beaucoup de ressemblance avec celle de ValĂ©rien & de Sapor, & peut-ĂŞtre les circonstances ont-elles Ă©tĂ© bien altĂ©rĂ©es dans l'une & dans l'autre histoire. M. Peris de la Croix, qui se fonde sur les auteurs arabes & persans, prĂ©tend que Bajazet mourut d'apoplexie dans le camp de Tamerlan, & il n'est pas trop vraisemblable non plus, que Sapor ait eu la lâche barbarie de faire Ă©corcher vif un empereur son prisonnier, après s'ĂŞtre servi de son corps comme d'un marche-pied pour monter Ă  cheval. La sĂ©vĂ©ritĂ© de Tamerlan Ă  l'Ă©gard de Bajazet, est plus motivĂ©e par la rĂ©ponse de celui-ci Ă  la question de Tamerlan; mais il n'est vraisemblable que Bajazet ait fait cette rĂ©ponse Ă  une question qui lui ouvroit une voie de salut; il eĂ»t plutĂ´t rĂ©pondu comme Porus Ă  Alexandre, en roi. Au reste, ce Tamerlan n'Ă©toit pas si barbare. Avant de marcher contre Bajazet, il lui avoit envoyĂ© une ambassade, avec des propositions de paix. La question qu'il lui fit après l'avoir vaincu & l'avoir fait prisonnier, paroistoit tendre Ă  le rendre l'arbitre de fon fort, & il ne manquoit point de philosophie, s'il est vrai que plaisantant fur ce qu'il Ă©toit boiteux & fon ennĂ©mi borgne, il ait dit : Qu’est-ce donc que ces grands empires de la terre qui passent si facilement d'un borgne Ă  un boiteux ? (EncyclopĂ©die mĂ©thodique. Histoire : Tome premier, 1784 - books.google.fr).

 

Bajazet, contraint d'assister à cette fête, fut placé près de Timour, lequel lui fit apporter ses ajustements royaux. Le rude Turc fut oblige de coiffer le turban décoré de joyaux et de prendre en main la masse en or qui avait été le symbole de ses conquêtes. Ainsi attifé, il se vit offrir ses propres vins et ses drogues préférées. Mais il ne goûta à rien. Devant ses yeux, ses plus belles femmes, dépouillées de leurs vêtements, servaient les vainqueurs. Parmi elles il reconnut sa favorite, la Despina, sœur du roi Pierre de Serbie, une chrétienne à laquelle il avait été si attaché qu'il ne l'avait pas forcée à se faire musulmane (René de Obaldia, Tamerlan des cœurs, 1964 - books.google.fr).

 

Dans tous les mythes, la claudication indique un rite d'entrĂ©e ou de sortie. Les «marches» rituelles si variĂ©es des divers degrĂ©s de l'initiation maçonnique s'exĂ©cutent les yeux bandĂ©s et un pied dĂ©chaussĂ©. Mais quoi, jusque dans l'histoire la moins conjecturale ne retrouvons-nous pas le couple fabuleux : Tamerlan le boiteux, adversaire de Bajazet le borgne ? Ainsi la veille imite les rĂŞves, et le rĂ©el le surrĂ©el. Comme il est essentiel aux symboles d'ĂŞtre surdĂ©terminĂ©s et qu'ils souffrent tous, entre mille autres, une interprĂ©tation astrale, nous devons ajouter que boiterie et Ĺ“il fermĂ© se peuvent se peuvent accrocher Ă  l'idĂ©e du soleil dĂ©bile. celui de l'aube ou du crĂ©puscule, de l'entrĂ©e et de la sortie. Pour n'y pas revenir, disons en passant que le facies du guerrier Ă  l'Ĺ“il clignotant d'oiseau de nuit ou de proie, sous le sourcil broussailleux, de part et d'autre d'un nez en bec d'aigle, signe, de Mangin Ă  Montgomerry. chez bien des chirurgiens aussi et chez le Colleone de Verocchio, la dominante de Mars du Scorpion. En voici assez pour le malĂ©fice et l'efficace du borgne, authentique ou simulĂ©, dont la contagion fait tache d’huile dans le langage et sur le donnĂ© objectif, de la maison borgne Ă  la pie borgne. Et revenons au Mauvais Ĺ’il. La plus rĂ©pandue de toutes les superstitions de l'antiquitĂ©. Elle subsiste aujourd'hui dans tous les pays du bassin mĂ©diterranĂ©en et du Proche-Orient. Les Ethnographes l'ont repĂ©rĂ©e jusque chez les Indiens sauvages de l'AmĂ©rique du Sud : dans le haut Ucayali, c'est aux infortunĂ©s nourrissons que les Campa attribuent le mauvais Ĺ“il, d'oĂą la multiplicitĂ© des infanticides dans ces tribus (Jean Reboul, L'Ĺ“il le mythe et la psychanalyse, PsychĂ©, NumĂ©ros 27 Ă  38, Ligue d'hygiene mentale, 1949 - books.google.fr).

 

Racine, Bajazet

 

Oui, je sçais que depuis qu'un de vos empereurs,

Bajazet, d'un barbare Ă©prouvant les fureurs,

Vit au char du vainqueur son épouse enchaînée,

Et par toute l'Asie à sa suite traînée,

De l'honneur ottoman ses successeurs jaloux

Ont daigné rarement prendre le nom d'époux.

Mais l'amour ne suit point ces loix imaginaires;

Et, sans vous rapporter des exemples vulgaires,

Soliman, vous sçavez qu'entre tous vos aïeux,

Dont l'univers a craint le bras victorieux,

Nul n'Ă©leva si haut la grandeur ottomane:

Ce Soliman jetta les yeux sur Roxelane;

Malgré tout son orgueil, ce monarque si fier

A son trĂ´ne, Ă  son lit daigna l'associer,

Sans qu'elle eût d'autres droits au rang d'impératrice,

Qu'un peu d'attraits peut-être, & beaucoup d'artifice. (Acte II, Scène I)

 

Oui, je sçais que depuis qu'un de vos empereurs, Bajazet, d'un barbare éprouvant les fureurs, &c. : l'empereur dont il s'agit ici est Bajazet I. surnommé Ilderim ou le Foudre, vaincu & fait prisonnier par Tamerlan en 1402, dans la même plaine où Pompée défit Mithridate. On croyoit, au temps de Racine, que Tamerlan avoit fait enfermer Bajazet dans une cage de fer, & que sa femme avoit souffert les traitements les plus barbares. M. de Thou prétend que les successeurs de ce sultan, pour n'être plus exposés à de pareils outrages, ne voulurent point avoir de femmes légitimes, & qu'ils se contenterent d'avoir des enfants de leurs concubines. Histoire, liv. IX. pag. 327, édition de 1604.

 

Le héros de la pièce est un fils d'Ahmed Ier, et un frère du sultan Amurat IV, nous disons aujourd'hui Mourad, qui le fit mettre à mort en 1635.

 

Ce Soliman jetta les yeux sur Roxelane : c'est cette même Roxelane à qui l'un de nos plus beaux esprits, & de nos plus grands littérateurs, a fait jouer un rôle si brillant dans un de ses jolis contes. Ce Soliman qui l'épousa est Soliman I. surnommé le Grand. M. de Thou écrit que Roxelane se servit d'un prétexte de religion pour engager Soliman à l'épouser. On disoit aussi qu'elle l'avoit captivée par des philtres qu'une Juive lui avoit donnés. Ibid. pag. 326 & 317 (Bérénice. Bajazet. Mithridate, Tome 3 de Œuvres de Jean Racine, avec des commentaires, Pierre Joseph François Luneau de Boisjermain, 1768 - books.google.fr).

 

La mort de Roxelane advient en 1558, date de début de la période de 693 années associée aux 942 quatrains des Centuries.

 

Acrostriche : DLCP, dil çup

 

"dil pecend" : qui plaît au coeur, "dil" : coeur (Jean Daniel Kieffer, Dictionnaire turc-français, Tome 1, 1835 - books.google.fr).

 

Je plaignis Bajazet, je lui vantai ses charmes,

Qui par an soin jaloux dans l'ombre retenus,

Si voisins de ses yeux, leur Ă©taient inconnus (RACINE, Bajazet, act. 1, sc. I)

 

«Ses charmes : cette expression, dit La Harpe, est remarquable. Partout ailleurs que dans cette pièce, Racine ne s'en serait pas servi, et je n'en connais mĂŞme aucun autre exemple (M. La Harpe ne s'est pas rappelĂ© le vers de la tragĂ©die d'Alexandre, act. III, sc. 6), si ce n'est dans la fable. On dit bien d'un homme qu'il est charmant, mais on ne parle guère de ses charmes : c'est une expression que notre langue Ă  rĂ©servĂ©e pour les femmes; tant les nuances du langage tiennent aux mours. Celles du sĂ©rail autorisent l'expression de Racine : on sentira aisĂ©ment, sans que j'en dise les raisons, qu'on peut parler des charmes d'un homme dans un pays oĂą les femmes sont esclaves et renfermĂ©es» (L. J. M. Carpentier, Le Gradus français, ou Dictionnaire de la langue poĂ©tique, Tome 1, 1825 - books.google.fr).

 

"çup" : âtre, feu de cheminée, foyer (Eqrem Çabej, Studime etimologjike në fushë të shqipes, Volume 3, 1987 - books.google.fr).

 

Le vizir Acomat dit Ă  Atalide au sujet Roxane et Bajazet :

 

L'une a tendu la main pour gage de sa flame,

L'autre avec des regards Ă©loquens, pleins d'amour,

L'a de fes feux, Madame, assurée à son tour (Jean Racine, Bajazet, tragedie en 5 actes, 1765 - books.google.fr).

 

"çöp" en turc signifie déchet, ordure : cf. skybalon et "sordide".

 

Typologie

 

Le report de 2009 sur la date pivot 1402 donne 795.

 

Ibn Khaldoun, né le 27 mai 1332 à Tunis (califat hafside de Tunis) et mort le 17 mars 1406 au Caire, est un historien, économiste, géographe, démographe, précurseur de la sociologie et homme d'État d'origine arabe. Voyageur et mobile toute sa vie, ibn Khaldoun passe par Damas en 1401, peu avant que la ville ne soit assiégée et prise par Tamerlan. Il obtient alors du redoutable conquérant, qu'il épargne la vie des habitants, chose rarissime, alors que Tamerlan massacrait en général tous les habitants, sauf quelques artisans.

 

Lors des luttes dynastiques qui suivent le décès du monarque, Ibn Khaldoun devient secrétaire d'État du nouveau sultan puis il soutient Abou Salim Ibrahim, qui lui promet d'importantes récompenses et fonctions, en échange de son aide pour accéder au trône48. Une fois arrivé au pouvoir, Abou Salim Ibrahim entre à Fès, Ibn Khaldoun chevauchant à ses côtés. Au bout de deux ans, en 1361, il quitte son poste de secrétaire de la chancellerie pour devenir cadi malékite de Fès. En 1384, le sultan Az-Zahir Saïf ad-Din Barqouq le reçoit et le nomme professeur de la médersa El Qamhiyya (Kamiah) et grand cadi malékite. En juge scrupuleux et rigoureux, il décide de s'attaquer à la corruption et au favoritisme. Tout le monde lui reconnaît alors des qualités d'intégrité et de sévérité. Jean Mohsen Fahmy écrit ainsi en parlant de lui : «Sa science du fiqh (droit malékite) était grande, son esprit droit, son raisonnement imparable. Il aurait dû jouir de l'admiration et de la considération générale. Or, au bout de quelques semaines, il s'était attiré des rancunes qui dégénéreraient en haine froide» (fr.wikipedia.org - Ibn Khaldoun).

 

Ibn Khaldûn conjugue le sunnisme avec le malékisme dans les écoles de droit, lequel s'aligne sur les enseignements de l'imam Malik Ibn Anas (715-795), auteur du premier traité juridique musulman, le Muwatta. Grand imam de Médine, ce dernier codifia dans ses écrits la coutume de cette cité, ce qui le conduisit à ne pas donner place dans la jurisprudence aux hadîths et à se limiter au consensus général, plus exactement à l'observation personnelle (musha-hada) des usages suivis par les générations de la Prophétie. L'imam donne place également au ra'y (opinion personnelle légale), qui n'est pas la réflexion personnelle (ijtihad) qui n'a rien à faire en ce domaine. Ibn Khaldûn explique le ralliement des Maghrébins et des musulmans d'al-Andalus au malékisme par le fait qu'ils allaient à Médine étudier et qu'ils y trouvaient seulement l'enseignement de Malik Ibn Anas (Muq., 719). Il donne un bref aperçu de l'évolution de cette école tant dans sa jurisprudence que dans ses transmetteurs (Muq., 719-722). Dans le Tarif, il se montre admiratif de son maître à penser, à tel point qu'il affirme, dans le compte rendu qu'il fait de sa leçon inaugurale à la medersa Çalghatmish, que l'objet de son enseignement était, nous l'avons signalé, le Muwatta de Malik Ibn Anas. Il n'apparaît pas à Ibn Khaldûn que le malékisme ait pu, en Occident arabe, être un facteur de prédisposition à l'obscurantisme et au conservatisme. Il est vrai que quel qu'ait pu être le rigorisme de ses thuriféraires almoravides et almohades, jamais, en terre andalouse et maghrébine, le malékisme empêcha l'expression d'une pensée novatrice dont Ibn Khaldûn, en son siècle est le parfait exemple (Claude Horrut, Ibn Khaldûn dans le patrimoine euro-méditerranéen, 2006 - books.google.fr).

 

XXIe siècle

 

À la fois homme des foules et maître des palais, Recep Tayyip Erdogan incarne une synthèse de l'histoire turque. Il connaît de près le tragique de la politique en Turquie et ses chaussetrappes permanentes. À chacune de mes rencontres avec lui, j'ai été frappé par sa recherche constante du rapport de force qui confine à une dramaturgie de la puissance nue. Avec lui, on n'est jamais loin de Bajazet. Il a besoin du mouvement perpétuel pour surmonter sans cesse la séparation radicale de l'exercice du pouvoir en Turquie - le palais - et du lieu de sa légitimité - la rue. Il épouse pour cela les passions populaires - et au premier chef le football -, désigne des ennemis, appelle à la fierté nationale (Dominique de Villepin, Mémoire de paix pour temps de guerre, 2016 - books.google.fr).

 

La voie démocratique est ainsi libre pour Erdogan, qui, emportant toutes les élections depuis 2002 et élu président de la République au suffrage universel dès le premier tour en 2014 (il sera réélu de nouveau au premier tour en 2018), s'est, depuis, employé à rendre son identité islamique à la Turquie en se servant de l'État fort qu'Atatürk avait créé non pas pour imposer la laïcité, mais pour museler l'islam (Histoire de l'islamisation française 1979 - 2019, 2019 - books.google.fr).

 

De 2003 à 2007, Erdogan, à la tête du gouvernement turc, met en œuvre de nombreuses réformes qui mènent le pays à d’importantes avancées démocratiques dans le domaine économique, juridique et institutionnel. Erdogan se consacre donc au contrôle de l'armée, introduisant sans tarder, en 2004, au sein du Conseil de sécurité nationale, et au nom de la démocratisation, des civils proches de lui (dont le secrétaire général de l'institution, un poste qui, jusque-là, avait toujours été occupé par un général), avec le soutien de l'Union européenne : la Commission et le Parlement le félicitent de s'être débarrassé de la menace des militaires.

 

Après 2007, l’AKP poursuit ses réformes mais l’enthousiasme des débuts s’est envolé. Les négociations avec l'UE piétinent. Les efforts pour résoudre le problème kurde laissent bientôt place à des mesures répressives. Le pays est secoué la même année par une crise politique et l’armée menace Erdogan d’un coup d’État (www.france24.com, Histoire de l'islamisation française 1979 - 2019, 2019 - books.google.fr).

 

Le nouveau calife autorise le port du voile à l'université en février 2008, dans la fonction publique en octobre 2013 et dans l'enseignement secondaire, dès la classe de sixième, en 2014. Il instaure des cours d'islam obligatoires à l'école publique avec initiation au devoir du djihad. Le pouvoir islamiste a également tenté de supprimer, en 2016, la disposition du Code pénal qui réprimait tout acte sexuel avec un enfant de moins quinze ans, imposée par l'État kémaliste pour lutter contre le mariage forcé des filles entre douze et quinze ans dans les campagnes. Erdogan affirme, dans un discours public, en novembre 2014, que «l'égalité homme-femme est contraire à la nature humaine» et son épouse, voilée, ajoute - quand il lui en donne l'occasion ou le lui ordonne, par exemple en mars 2016, également dans une allocution en public - que le harem est «une école pour la préparation des femmes à la vie». Il s'applique aussi à réduire le cosmopolitisme de l'îlot stambouliote - souvent seule vision de la Turquie des intellectuels parisiens - en y important en masse des familles rurales de l'Anatolie profonde. Et le maître de la Turquie, qui veut s'imposer comme le nouveau calife, ranime tous les symboles locaux de la gloire de l'Empire ottoman, au mépris des traces historiques antérieures, notamment romaines, laissées à l'abandon, ou kémalistes, méprisées. Ainsi de la symbolique place Taksim, dans l'ancien quartier européen de Pera (nommé Beyoglu depuis la fondation de la République), avec ses églises, ses synagogues, ses ambassades, ses musées, ses galeries d'art et ses boîtes de nuit. Sur cette place conçue à la demande d'Atatürk par l'architecte français Henri Prost à l'emplacement d'une caserne de l'artillerie ottomane, et devenue ces dernières années le point de rassemblement de la jeunesse étudiante, Erdogan fait édifier une mosquée démesurée, «la plus grande du monde», à quelques mètres seulement du monument célébrant l'instauration de la République kémaliste. Il a baptisé le plus grand pont d'Europe, sur le Bosphore, «Selim Ier-le-Terrible», du nom du premier calife ottoman, au XVIe siècle, qui massacra 40000 alévis (minorité musulmane hétérodoxe), choisissant d'en poser la première pierre un 29 mai, jour anniversaire de la prise de Constantinople, laquelle mit fin à l'Empire romain - et chrétien - d'Orient (Histoire de l'islamisation française 1979 - 2019, 2019 - books.google.fr).

 

Certains attendent un Tamerlan, individu ou événement.

 

Sultan

 

Les détracteurs d'Erdogan le qualifient de« nouveau sultan» (www.revolutionpermanente.fr).

 

Le titre de sultan n'était point, à l'origine, celui que portait la dynastie d'Osman. Il provient, sauf erreur, de Mahmoud, qui envahit les Indes dans la première moitié du onzième siècle. Ce Mahmoud avait pour père un ancien esclave turc qui était devenu gouverneur de Ghasna et qui représentait, dans toute la force du terme, le type du self-made man. Là aussi, "le premier qui fut roi fut un soldat heureux". Au siècle suivant sous les Seldjoukides, il arriva que l'empire turc d'alors fut partagé entre deux frères dont l'un portait le litre de chah, tandis que l'autre était appelé sultan des sultans (Dis Basinda Atatürk Ve Türk Devrimi, Volume 1, 1981 - books.google.fr).

 

La propension des beys anatoliens Ă  apparaĂ®tre et Ă  se faire reconnaĂ®tre comme sultans semble donc avoir trouvĂ© son origine chez l'Ottoman Orkhân, c'est-Ă -dire chez celui qui se montre comme le plus dynamique parmi eux, qui se situe suffisamment loin des terres des Mongols et des Mamelouks pour pouvoir affirmer sa souverainetĂ©; chacun des autres, l'un après l'autre, adopte le titre, ne voulant peut-ĂŞtre pas apparaĂ®tre infĂ©rieur Ă  l'Ottoman d'abord, Ă  ses homologues anatoliens ensuite, au fur et Ă  mesure que le titre se rĂ©pand. Ne sont-ils pas, en principe, sur un pied d'Ă©galitĂ© ? Leur autoritĂ© locale leur a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  l'origine par les sultans seldjoukides, sans distinction entre eux; pendant quelques dĂ©cennies, au XIVe siècle, une autoritĂ© supĂ©rieure a Ă©tĂ© prĂ©sente en Anatolie, celle des puissants Ilkhâns mongols, directement ou par reprĂ©sentant interposĂ©, jusqu'au milieu du siècle ; le dĂ©clin de cette autoritĂ© permet aux beys de se considĂ©rer comme libĂ©rĂ©s de cette tutelle et de la menace qu'elle entretient, et, par suite, de se considĂ©rer comme pleinement souverains. [...]

 

L'inscription d'Ankara n'Ă©mane pas d'Orkhân directement, mais d'un de ses agents, LĂ»lĂ» Beg, qui, faisant mention de son chef, l'intitule sultan. Faut-il penser qu'Orkhân utilise dĂ©jĂ  lui-mĂŞme ce titre, ou bien lui est-il attribuĂ© ici par quelque flatterie ? Il est notable que la première fois que son successeur Murâd Ier (v. 1362- 1389) porte ce titre dans une inscription, c'est en 785/1383-84, soit vingt ans plus tard, et ce n'est qu'Ă  partir de 787/1385 que le titre de sultan apparaĂ®t rĂ©gulièrement dans la titulature de Murâd Ier, jusqu'alors nommĂ© bey. De fait, après la mort de son père, Murâd a connu quelques difficultĂ©s en Europe oĂą il a perdu Gallipoli, subi en Thrace la concurrence de plusieurs beys (Evrenos, Hadji Ilbegi), ne s'empare d'Andrinople qu'avec le concours de ceux-ci, voit son fils Savdji se rĂ©volter. C'est seulement après 1376 qu'il peut agir plus librement et reprendre des campagnes victorieuses en Thrace et en MacĂ©doine, puis Ă  partir de 1381 en Anatolie : on conçoit donc qu'il n'ait pu avant cette dernière date ĂŞtre pourvu du titre de sultan, n'ayant pas affirmĂ© sa supĂ©rioritĂ© vis-Ă -vis des autres beys. En revanche, dans toutes les inscriptions concernant son fils BâyezĂ®d Ier (1389- 1402) est mentionnĂ© ce titre. [...]

 

Bâyezîd aurait demandé en 1394 au calife abbasside du Caire son investiture de sultan de Roum, mais le fait n'est pas prouvé. [...] La dernière décennie du VIIIe/XIVe siècle est marquée, sur le plan politique, par l'annexion des émirats de l'ouest anatolien par l'Ottoman Bâyezîd Ier à partir de 1390-91 : la conséquence évidente en est l'affirmation de la suprématie ottomane et l'utilisation normale, sans contestation possible, du titre de sultan que Bâyezîd porte jusqu'à la veille de la bataille d'Ankara. [...]

 

Le Karamanide 'Alâ al-dîn Khalîl utilise le titre de sultan parmi d'autres titres ou qualificatifs en 772/1370-71 ; mais en 775/1373-74 son fils Mahmûd ne s'intitule que amîr (Robert Mantran, La titulature des beys d'Anatolie au VIIIe/XIVe siècle, Journal des savants, 1995 - www.persee.fr).

 

nostradamus-centuries@laposte.net