La Doctrine Mitterrand

La Doctrine Mitterrand

 

VII, 20

 

2013-2014

 

Ambassadeurs de la Toscane langue,

Auril & May Alpes & mer passee

Celuy de veau exposera l'harangue,

Vie Gauloise ne venant effacer.

 

Italianisme et anti-italianisme

 

Les parts complémentaires, indissociables et non pas contradictoires, d'italianisme et d'anti-italianisme se manifestent dans la culture mondaine et savante sous les derniers Valois. Alors que les élites de la Robe et de l'Epée n'hésitent pas à s'enrichir des suggestions innombrables offertes par l'Italie, où s'élaborent les arts militaires ou les techniques de chancellerie, elles définissent aussi leur propre rôle et leur identité par une dépréciation systématique d'une nation rivale, revendiquant en tout point, à défaut d'une impossible translatio imperil, une translatio studii à leur avantage.

 

Sous Henri III en effet, le dĂ©bat contre l'Italie est gĂ©nĂ©ral, sous deux formes qui ne se confondent pas. Les huguenots, Gentillet ou Henri Estienne, adversaires traditionnels d'une Rome qu'ils identifient Ă  Babylone, dĂ©veloppent Ă  l'envi les arguments d'une italophobie sans nuance. Mais un anti-italianisme plus essentiel encore, fondĂ© sur la conscience rĂ©pĂ©tĂ©e d'une primautĂ© française, dirige les travaux des plus savants des italianisants. Du Tronchet, Belleforets ou Papire Masson, en apparence tout disposĂ©s Ă  recevoir la leçon littĂ©raire et artistique de la PĂ©ninsule. Tel est le paradoxe de l'italianisme : parlant de l'Italie et des Italiens, ces Français tiennent un discours Ă©quivoque, visant Ă  l'apologie de leur propre tradition, fondĂ© sur un ensemble cohĂ©rent et construit de lieux communs.

 

Ce discours trouve une première source en effet dans l'expérience du «voyage d'Italie», relatée et analysée dans les récits de Montaigne, d'Audebert ou de Jean-Antoine Rigaud, fort éloignés des intérêts touristiques et de la bienveillance futile d'époques plus tardives. Confortant une foi, rappelant l'actualité d'une Italie des Etats et des Princes, attentif à retrouver le souvenir glorieux des capitaines français, le voyage contribue à sa manière à former un robin lettré ou un gentilhomme accompli plus qu'il ne mène vers les oeuvres de l'art italien; dans l'accueil que lui réservent les savants de Padoue et de Rome, Peiresc va jusqu'à voir comme la consécration de l'érudition française.

 

La réaction à l'égard des Italiens établis dans le Royaume et à la Cour, qui forment la cible immédiate des attaques et des pamphlets, est tout aussi révélatrice du rôle involontaire qu'ils jouent dans la constitution d'une identité nationale, définie dans une logique du tiers exclu. Or le long mouvement qui, pendant tout le siècle, mène les Gondi ou les Delbene de la banque lyonnaise aux charges de la Cour, est celui du ralliement à un modèle français, social, militaire, et aussi savant. Loin d'être les propagandistes d'une culture étrangère en France, d'imposer le jargon «gaste-françois» que dénonce Estienne, ils contribuent à mettre les Muses italiennes au service de la monarchie dont ils sont les fidèles serviteurs, avant d'illustrer eux-mêmes une langue dont ils voient en Ronsard le meilleur des maîtres (Jean Balsamo, L'Italie françoise. Italianisme et anti-italianisme en France à la fin du XVIe siècle, 1989 - www.persee.fr).

 

"Alpes et mer passée"

 

Si on passe les Alpes d'Italie en France, on ne passe pas la mer sauf si on poursuit au-delĂ  du continent : pourquoi pas la Manche pour aller en Angleterre ?

 

Jusqu'au dĂ©but du XVIe siècle, la littĂ©rature anglaise est, on le sait, importĂ©e de France et consiste essentiellement en traductions et en adaptations. Un nouveau vecteur d'influence fait son apparition avec les guerres d'Italie. La Renaissance italienne pĂ©nètre en France, puis gagne l'Angleterre Rome est reconnue comme foyer culturel et l'italianisme se rĂ©pand en Angleterre par l'intermĂ©diaire des ouvrages français et des romans chevaleresques et picaresques espagnols dont les principaux sont traduits en anglais avant la fin du XVIe siècle. C'est alors que se manifeste une rĂ©action patriotique en France et en Angleterre, chacune de ces deux nations se montrant soucieuse d'affirmer son identitĂ©. Plusieurs raisons peuvent en rendre compte : la dĂ©faite de l'Armada espagnole en 1588, la personnalitĂ© des souverains français et anglais, et l'affirmation d'un protestantisme indĂ©pendant de la papautĂ©, bien avant que l'autoritĂ© et le dĂ©sir de puissance de Louis XIV ne fassent de la France une menace permanente pour l'Angleterre (Serge Soupel, La Grande-Bretagne et l’Europe des Lumières, 2018 - www.google.fr/books/edition).

 

"veau" : Fauveau et Marot

 

Le genre du Rébus survécut, et Marot, qui n'aimait pas le poëte latin Fulvius ou Fauveau, disait, dans son Coq-à-l'âne, qu'en Rébus de Picardie, par une étrille, une faux et un veau, il faut entendre Etrille Fauveau (Félix Feuillet de Conches, Causeries d'un curieux: variétés d'histoire et d'art tirées d'un cabinet d'autographes et de dessins, Tome 2, 1862 - www.google.fr/books/edition).

 

Le jeu de mots se trouve déjà dans Rabelais (Pantagruel, Livre IV, IX) où Faulveau désigne un boeuf (Rapilly, Oeuvres complètes de Clément Marot, Tome 1, 1824 - www.google.fr/books/edition).

 

Cf. pour l'Ă©trille quatrain VII, 17.

 

Fauveau, Fauvel, nom de cheval employé fréquemment dans les poemes et fabliaux, voy. le roman de ce nom (Pierre Jannet, Œuvres complètes de Clément Marot, Tome 4, 1876 - www.google.fr/books/edition).

 

FAUVEAU OU FULVIUS (PIERRE), naquit à Noaillé, à trois lieues de Poitiers, lieu célèbre par la défaite du roi Jean. Il passa sa vie à Poitiers dans la poussière de l'école, et s'y livra sans ménagement au goût qu'il avait pour la poésie. Son indifférence pour sa fortune et pour sa réputation, lui attira le mépris de ses compatriotes et l'empêcha de se faire connaître dans le monde. Il ne laissa pas de produire plusieurs pièces de vers assaisonnées de beaucoup d'esprit et de délicatesse. Roland Bétaulaud, d'un goût et d'un savoir exquis, en a sauvé quelques-unes de l'oubli où elles auraient été ensevelies sans ses soins. Tout ce qu'il a fait était marqué au bon coin, surtout quelques pièces de théâtre, où il avait imité Sénèque avec tout le discernement possible, sachant descendre à propos de la gravité de son modéle. Il avoit puisé ses talens pour la composition dans le commerce qu'il avoit lié avec les Savans qui fréquentoient l'Université de Poitiers, & sur-tour dans les conversations qu'il avoit eu occasion d'avoir avec le célèbre Marc-Antoine Muret. Ce grand homme avoit professé au Collége de Sainte-Marthe, & Fauveau avoit été son compagnon, & son émule. Un fait face que je ne dois pas oublier, c'est que Joachim du Bellay étant venu pour étudier la Jurisprudence à Poitiers, Fauveau, du Bellay, & Muret firent une espéce de pari à qui d'eux réussiroit le mieux dans la composition d'une piéce galante. Salmon Macrin fut choisi pour le juge du camp dans ce combat Poëtique. On lui présenta les trois piéces; il adjugea le prix à celle de Fauveau. Il mourut à Poitiers lors de la premiere guerre civile (Jean François Dreux du Radier, Bibliothèque historique, et critique du Poitou, 1754 - www.google.fr/books/edition).

 

Le combat poétique se fit dans l'année 1545-1546, mais Marot était déjà mort depuis 1544 (Jean Brunel, Les débuts de Scévole de Sainte Marthe, Hommage à Marie-Thérèse Hipp, 1997 - www.google.fr/books/edition).

 

Taureau et Pléiades

 

La constellation du zodiaque qui chevauche avril et mai est celle du Taureau.

 

On a vu dans ce signe, le fameux taureau qui sut charmer Pasiphaé, fille de Minos, nom que porte l'une des Pléiades ou des étoiles qui se trouvent groupées sur le dos du taureau céleste. Suivant Théon, il est le père du fameux Minotaure, monstre composé des parties de l'homme et de celles d'un boeuf ou taureau. Suivant Euripide, il est , sous cette forme, Jupiter ravisseur, en Crète, de la belle Europe; ce qui fit dire aux anciens poètes, que le maitre des dieux, par reconnoissance, le plaça dans le ciel : il étoit le taureau de Neptune, le même qui chargea Cadmus sur son dos, qui le porta à travers les slots jusqu'en Crète. On l'appelle aussi le taureau de Marathon. Il donna naissance à Orion, petit-fils d'une pléiade (Marie Alexandre Lenoir, Musée des monumens français, Tome 5, 1806 - www.google.fr/books/edition).

 

Nous devons Ă  la mort et nous et nos ouvrages :

Nous mourons les premiers, le long reply des âges

En roulant engloutit nos oeuvres Ă  la fin :

Ainsi le veut Nature et le puissant Destin.

 

Dieu seul est eternel : de l'homme elementaire : vNe reste après la mort ny veine ny artere;

Qui pis est, il ne sent, il ne raisonne plus,

Locatif descharné d'un vieil tombeau reclus...

 

Chacun de son labeur doit en ce monde attendre

L'usufruit seulement, que present il doit prendre

Sans se paistre d'attente et d'une eternité,

Qui n'est rien que fumée et pure vanité.

 

Homere, qui servit aux neuf Muses de guide,

S'il voyoit aujourd'huy son vaillant Eacide,

Ne le cognoistroit plus, ny le docte Maron

Son Phrygien Enée. Ainsi le froid giron

De la tombe assoupit tous les sens de nature

Qui sont deubs Ă  la terre et Ă  la pourriture.

Nous semblons aux taureaux, qui de coutres trenchans,

A col morne et fumeux vont labourant les champs,

Sillonnant par rayons une germeuse plaine,

Et toutesfois pour eux inutile est leur peine:

Ils ne mangent le bled qu'ils ont ensemencé,

Mais quelque vieille paille, ou du foin enroncé (Pierre de Ronsard, Oeuvres choisies, 1890 - www.google.fr/books/edition).

 

Pléiade

 

En dépit de la Pléiade, Marot, Rabelais, Montaigne, Régnier gardent l'accent du pays et conservent toute la verve et le bon sens indigènes. Chez eux le fond gaulois emporte la forme classique (L. Garreaud, Causeries sur les origines et sur le moyen âge littéraires de la France, Tome 2, 1884 - www.google.fr/books/edition).

 

Il faut modérer un tel jugement.

 

Clément Marot, que Ronsard appelle «la seule lumière en ses ans de la vulgaire poësie» (Epître au lecteur, préf. des Odes de 1550, Bl., II. 10), et auquel il reconnaît le mérite d’avoir écrit les meilleurs vers qu’on pût écrire alors sur un sujet élevé (Ode sur la victoire de Cerizoles, strophe I, Bl., II, 53), a montré la voie à Ronsard dans plus d’un genre (élégie, églogue, blason, épigramme, épitaphe, ode, sonnet), et lui a suggéré plus d’un thème. Cf. H. Guy, art. cit., pp. 246 et suiv. ; P. Laumonier, thèse sur Ronsard p. lyr., passim.

 

De l’unique pièce publiée par Du Bellay avant 1549, le dizain "A la ville du Mans" (à la fin des Œuvres Poëtiq. de J. Peletier), la forme rythmique et le style sont bien «marotiques», tout porte à croire qu’avant de devenir le condisciple de Ronsard et de Baïf à Coqueret, Du Bellay a commencé par imiter Marot, sans prétendre encore au style élevé, métaphorique, périphrastique, enrichi de «vestiges de rare et antique érudition», qu’il a préconisé dans la Deffence. À Poitiers, en 1546, on le trouve rimant une épigramme amoureuse, et c’est vraisemblablement à cette date qu’il compose son Epitaphe de Clément Marot (publiée à la fin de la première édition de l’Olive), «dont la forme et le tour rappellent tout à fait les épigrammes de la vieille école» (H. Chamard, J. du Bellay, pp. 30 et 73) (Claude Binet, La Vie de P. de Ronsard,Texte établi par Paul Laumonier, Librairie Hachette et Cie, 1910 - fr.wikisource.org).

 

On n'imitera pas uniquement des anciens la forme artistique, mais encore le fond on reprendra les sujets qu'ils ont traités, on introduira dans la poésie moderne la mythologie païenne. Et c'est ainsi que la Défense et illustration de la langue française se termine par une invitation pressante à piller sans scrupule les trésors de la littérature grecque et latine : "Là donques Français, marchez courageusement vers cette superbe cité romaine et des serves dépouilles d'elle (comme vous avez fait plus d'une fois) ornez vos temples et autels. Ne craignez plus ces oyes criardes, ce fier Manlie traistre Camille, qui, soubz ombre de bonne foy, vous surprennent tous nuds contans la rançon du Capitole. Donnez en ceste Grece menteresse et y semez encore un coup la fameuse nation des Gallogrecs. Pillez moy sans conscience les sacrez thresors de ce temple Delphique, ainsi que vous avez faict autresfois, el ne craignez plus ce muet Apollon, ses faux oracles ni ses fleches rebouchées." (Du Bellay, Défense..., conclusion). Tel fut dans ses grandes lignes le programme de la Pléiade. Si de Marot à Ronsard il n'y a pas eu rupture brusque, il n'y a pas eu non plus solution de continuité entre Ronsard et Malherbe. Il est vrai qu'en travaillant à épurer la langue Malherbe a tourné le dos à la Pléiade, qui s'était efforcée de l'enrichir. Mais, sur tous les autres points, la Pléiade a ouvert la voie à la réforme de Malherbe (Marcel Braunschvig, Notre littérature étudiée dans les textes: Des origines à la fin du XVIIe siècle, Tome 1, 1920 - www.google.fr/books/edition, museeprotestant.org, fr.wikipedia.org - Clément Marot).

 

Cf. les quatrains IX, 45 et IX, 50 oĂą le "Mendosus"/Vendomois pourrait ĂŞtre Ronsard et non Henri IV.

 

Acrostiche : AAC V

 

aac : anno ante christum ; V : cinq (Adriano Cappelli, Dizionario di abbreviature latine ed italiane, 1899 - www.google.fr/books/edition).

 

Le monument appelé «Trophée des Alpes» a été édifié l'an 6-5 avant Jésus-Christ, par le sénat et le peuple romain, en l'honneur de l'empereur Auguste. Il commémore la conquête des Alpes et la soumission des quarante-quatre peuples hostiles qui les occupaient, au cours des campagnes de 25, 16 et 15 avant Jésus-Christ, conduites ou dirigées par Auguste. Ces peuples s'étendaient depuis la mer Adriatique jusqu'au lac de Constance et aux Alpes-Maritimes (J. Formigé, La Turbie, Congrès archéologique de France, 1932 - www.google.fr/books/edition).

 

C'est près de la Turbie que serait né l'empereur Pertinax : cf. quatrain I, 60.

 

Dans la vie de saint Honorat de Raimon Feraut (mort en 1325), le héros met à bas le trophée des Alpes (Bulletin de la Société française des fouilles archéologiques, Volume 1, Partie 3, 1906 - www.google.fr/books/edition).

 

Ses ruines serviront à construire l'église de Monaco en 1080. Elles sont décrites par Raymond de Solliers en 1570 et par un franciscain de Nice Pierre-Antoine Boyer en 1564 (P. Vallier, La Turbie, Mémoires et proces-verbaux, Congrès scientifiques, Volume 33, Numéro 2, Partie 2, 1868 - www.google.fr/books/edition).

 

Jean de Nostredame a inventée la Vie de Saint Hermentaire d'après les données de la Vie de Saint Honorat. Comme Raymond Féraud n'est pas cité par Nostredame parmi les sources, il se pourrait que Dom Hermentere ne fût autre que Raymond Féraud. Celui-ci avait écrit «par commandement», comme Dom Fermentere (Camille Chabaneau, Joseph Anglade, Les vies des plus célèbres et anciens poètes provençaux de Jean de Nostredame, 1913 - www.google.fr/books/edition).

 

Bonaventure Des Periers, ami de Marot, connaissait depuis Lyon l'abbesse de Saint Honorat Claude de Bectoz qu'il appelle Bectone. Il est l'auteur du Cymbalum mundi (Paris 1537, Lyon 1588), entre athéisme et évangélisme. Il se suicide en 1547 (Octave Uzanne, Le Livre: revue du monde littéraire - archives des écrits de ce temps, Numéro 1, 1888 - www.google.fr/books/edition).

 

M. Busson (Les sources du rationalisme, 1922) est plus circonspect : incapable de rĂ©soudre le problème des origines de l'ouvrage, il se retourne vers la Renaissance italienne pour y rechercher la source du rationalisme français; et avouant sa perplexitĂ©, il dĂ©clare nettement : "Rabelais et lui [Des PĂ©riers] ont pu connaĂ®tre des rationalistes italiens Ils ont vĂ©cu tous les deux Ă  Lyon, centre de l'italianisme. Mais, ni dans leurs arguments ni dans leur mĂ©thode, on ne trouve rien d'italien". Pour L. Febvre c'est Celse qui fournit les arguments, les thèmes et la substance, lu dans le Contra Celsum d'Origène (Peter H. Nurse, Cymbalum mundi de Bonaventure Des PĂ©riers, 1999 - www.google.fr/books/edition).

 

La question sociale imprègne fortement le Cymbalum mundi et s’y trouve étroitement associée au rejet du christianisme. Si l’on prête foi à l’hypothèse que Des Périers fit, pendant un temps, confiance à la Réforme, il est tentant d’en déduire que son désappointement fut de nature sociale, ou disons «politique», au sens noble du mot. [...]

 

Mis vers 1534 au contact soutenu avec la Bible, et les écrits de Paul en particulier, il a aussi pu se convaincre que le christianisme, si réformé et épuré soit-il, ne secréterait jamais un monde égalitaire. [...]

 

Souvenons-nous que Thomas Du Clenier, soi-disant dĂ©couvreur du Cymbalum mundi Ă  Dabas, prĂ©tend en avoir promis la traduction Ă  son ami «il y a huyct ans ou environ». Or, Des PĂ©riers achève son travail en 1537 et en avril 1529, une violente Ă©meute frumentaire Ă©branla la ville Lyon : la «Grande Rebeyne». Ce soulèvement aux couleurs Ă©galement religieuses (les catholiques accusèrent les Vaudois d’en ĂŞtre les instigateurs) marque-t-il un point de dĂ©part ou une Ă©tape dĂ©cisive dans la conscience politique et religieusede notre auteur, le premier aspect devant par la suite se retourner contre le second ? (Alain Mothu, AthĂ©isme et politique Ă  la Renaissance : le cas du CYMBALUM MUNDI (1537), Etica & Politica XX, 2018 - www2.units.it).

 

Effacement

 

On repère habituellement un substrat gaulois qui a laissĂ© peu de mots (une soixantaine) dans le français : des noms d'arbres, d'animaux et un lexique propre Ă  l'agriculture qui semble montrer que les Gaulois n'Ă©taient pas sans atouts face aux très «civilisĂ©s» Romains qui ont occupĂ© la Gaule. Cette langue n'Ă©tant pas Ă©crite, il nous en reste peu de traces. Vers 50 av. J-C, les Romains envahissent la Gaule par le Sud. Peu Ă  peu, les Gaulois vont abandonner leur langue au profit du latin : les classes les plus aisĂ©es vivant en ville, les marchands, puis enfin les campagnes. Il faut dire que, d'une part, tous les textes officiels et administratifs sont rĂ©digĂ©s en latin et que, d'autre part, la christianisation va aider efficacement Ă  l'effacement du gaulois. NĂ©anmoins, il reste encore la langue. Enfin, Ă  partir du IIIe siècle apr. J-C, le franc fait son entrĂ©e en scène. Mais il ne deviendra jamais la langue officielle, rĂ´le dĂ©volu au latin. Cependant, l'aristocratie franque sera pratiquement bilingue et cela explique certaines caractĂ©ristiques phonĂ©tiques du français par rapport aux autres langues romanes. L'inĂ©galitĂ© de l'occupation franque explique en partie la division classique entre langue d'oc au Sud, langue d'oĂŻl au Nord et franco-provençal au Centre-Est (Alain Dalongeville, Michel Huber, Situations - Problèmes pour enseigner la gĂ©ographie au cycle 3, 2007 - www.google.fr/books/edition).

 

Avant qu'un certain nombre de mythes gaulois réapparaissent au XVIe siècle avec le développement d'un mythe nationaliste affirmant «la primauté de la gent gallique», comme le fait en particulier Étienne Pasquier dans Les Recherches de la France, rejetant dans le néant le mythe des origines troyennes de la France que le Moyen Âge avait imaginé pour combler, sous l'influence gréco-romaine, le vide laissé par l'effacement du passé gaulois dans le savoir des origines de la France, Anne Lombard-Jourdan commence par exploiter celui qui a retrouvé le «mythe gallique» (ou ce même dit «le délire gaulois»), Rabelais (Anne Lombard-Jourdan, Aux origines de carnaval, 2005 - www.google.fr/books/edition).

 

"harangue"

 

Ce pastoureau, en redoublant ses cris,

Va commencer Ă  former de sa langue

Une piteuse et lamentable harangue,

En l'adressant Ă  Pan, que par tout lieu

L'on va nommant des bergiers le grand dieu (Clément Marot, Oeuvres, 1873 - www.google.fr/books/edition).

 

La Complainte d'un Pastoureau Chrétien, faite en forme d'Eglogue rustique, dressant sa plainte à Dieu, sous la personne de Pan, Dieu des Bergiers. Cette piece, qui n'a paru qu'après la mort de Marot, a été imprimée séparé d'abord à Rouen en 1549. chez François Martial, in-16. puis à Paris chez Etienne Denyse en 1558. in-16. (Œuvres complètes de Clément Marot, Volume 1, 1873 - www.google.fr/books/edition).

 

La Complaincte d'un pastoureau chrestien, «faicte en forme d'Ă©glogue rustique», aurait Ă©tĂ© trouvĂ©e «après la mort de Marot Ă  Chamberry» dans ses papiers. On discute de son authenticitĂ© comme de sa date : elle aurait Ă©tĂ© composĂ©e, ou fortement remaniĂ©e au moins, en 1543, durant le second exil. Elle n'est pas sans rapports avec l'Églogue au Roy dont elle reproduit certains dĂ©tails (Pierre Jourda, Marot, 1967 - www.google.fr/books/edition).

 

Rejeté par les calvinistes qui se souviennent de l'abjuration de 1536, Marot se réfugie à Chambéry puis à Turin, où il meurt en 1544 au-delà des Alpes (La littérature de A à Z (nouvelle édition): les auteurs, les oeuvres et les procédés littéraires, 2021 - www.google.fr/books/edition).

 

Typologie

 

Les Mémoires (2013) de Louis Joinet plus encore que celles d’un épris de justice, comme elles sont sous-titrées, révèlent l’incroyable chemin suivi par un homme porté et animé, dans tous ses combats, par un esprit de justice. L’on cherche fréquemment, lorsqu’ils ne les livrent pas d’eux-mêmes, les motivations des juges à embrasser une telle carrière qui les fait plonger dans une «misère absolue» tout en devant, concurremment, «assumer le poids d’un office».

 

À partir de 1981 et jusqu’en 1995, Louis Joinet devint conseiller pour les droits de l’homme et la justice. Au service de cinq Premiers ministres, il dut trouver des solutions juridiques mais surtout réalistes aux problèmes tant calédoniens que basques et mettre en musique la doctrine Mitterrand d’alors, refusant les extraditions des anciens activistes et terroristes italiens (Christophe Otero, Une vie au service des droits de l’homme, Cahiers de la recherche sur les droits fondamentaux 14, 2016 - journals.openedition.org).

 

En 2004, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, après avis favorable de la chambre de l’instruction de la cour d'appel de Paris, confirmé en cassation, signe le décret d’extradition de Cesare Battisti. Saisi en vue d’annuler ce décret d'extradition, le Conseil d'État rejette le recours, en considérant entre autres l'absence de validité juridique de la doctrine Mitterrand.

 

En 2007, Marina Petrella est arrêtée pour être extradée, avant que le président de la République Nicolas Sarkozy et le gouvernement n’y renoncent.

 

En avril 2021, dix nouvelles demandes d'extradition sont formulées par l'Italie. Le président de la République Emmanuel Macron autorise l'arrestation par la sous-direction anti-terroriste des anciens activistes en vue de les extrader (fr.wikipedia.org - Doctrine Mitterrand).

 

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