Pédagogie

Pédagogie

 

VII, 33

 

2023-2024

 

Par fraude, regne forces expolier,

La classe obsesse, passages a l'espie,

Deux feincts amys se viendront rallier,

Esueiller hayne de long temps assoupie.

 

Thémistocle

 

Le troisième opuscule de Nostradamus pour l'an 1557 a été écrit et imprimé après les deux autres.

 

De l'Hiver. 1557. [...] Quelque grand Prince sera faché. Premierement de soy estre expolié de ses forces, qui seront lointaines, qui ne luy peuvent donner faveur ne aide. Le secours sera loing, les detenuz seront enserrez, les langues ne se accorderont non plus que les montz, & façons de vivre. Apres telle facherie luy surviendra un mal de costé qui le fachera plus, & luy fera oublier tout. Dieu veille qu'il voise bien pour luy & pour tous. Les pleuresies avec douleur pongitive, toux, mal des yeux, catharres innumerablement, & grandes reumes, & defluxions. Les vieux seront quelque peu fachez, & seront paralisies, apoplexies, distillations de viellesse insuportable, grands naufrages & submersions par mer & fleuves. La guerre ouverte sera du tout fermee. Mais se feront des preparations par conseil, qui pullulera le Primtemps de l'annee 1558 & de grand effect louable. En la grande court Royalle ne seront point de simultez. Aristides & Themistocles lairront leurs dissentions jusques à un autre temps, & useront de prudant conseil & louable toute la court Royalle sera remplie de providence, rien ne se faira qu'avec une grande ponderosité. Prierons Dieu tous qu'il nous vueille preserver les grands, qui dans le contenu de cest hyver seront en extreme danger de leur vie par maladies & autres pernicieux inconveniens, que pour obvier prolixité je les laisse à mettre par escrit.

 

La source de Nostradamus est probablement l'édition Helius Eobanus Hessus de 1538, Opera poetica, ex diversis illius monumentis in unum collecta (Frankfurt/Main, Christian Egenolff, 1538 ; copie MDZ), l'un de ses livres de chevet, avec les Épigrammes de More et les Grandes Conjonctions d'Albumasar. Le chevalier luthérien allemand, né sous une pyramide et un grand trigone uraniens, avait adopté une devise, Exoriare aliquis nostris ex ossibus ultor (Puisse un vengeur naître un jour de mes cendres), que Virgile avait destinée à la princesse phénicienne Didon (Énéide, 4.626).

 

Les épigrammes d'Ulrich von Hutten (1488-1523 comptent parmi les sources indiscutables des almanachs, pronostications et Prophéties de Nostradamus (Patrice Guinard, Pronostication pour 1557 : L'influence d'Ulrich von Hutten, 2018 - cura.free.fr, fr.wikipedia.org - Ulrich von Hutten).

 

Thémistocle et Aristide semblent être les pseudonymes de personnages de la Cour de France.

 

"fraude" : ruse

 

En 480, avant la bataille de Salamine, la coalition de cités grecques qui s'oppose à l'Empire perse est dans une situation critique. En dépit du sacrifice héroïque du Spartiate Léonidas et de ses troupes aux Thermopyles, toute la partie centrale du pays est perdue. La défaite est proche. Vient le moment où il faut délibérer de la stratégie à adopter. Que faire pour éviter que les Perses n'envahissent toute la Grèce ? Comme souvent, l'oracle de Delphes est consulté. La Pythie livre son verdict : c'est une « muraille de bois » qui serait la clé de la survie des Grecs. Pour le moins énigmatique, le message de l'oracle suscite les interprétations les plus diverses : certains pensent que la muraille de bois désigne l'Acropole d'Athènes, derrière laquelle il faut résister. Thémistocle, lui, joue sur l'ambiguïté du message pour avancer ses propres arguments politiques et militaires. Il interprète l'oracle comme un encouragement à recourir à une stratégie navale. La « muraille de bois », Thémistocle en est convaincu, désigne ces bateaux qui font la fierté des démocrates d'Athènes dont il est le chef de file. Le général athénien fait ainsi coïncider le message de la Pythie avec sa politique maritime menée quelques années plus tôt, en 483. Thémistocle avait en effet renforcé considérablement la flotte athénienne, et l'oracle de Delphes doit selon lui inciter les Grecs à provoquer une bataille navale contre les Perses. Le seul moyen pour eux de remporter la victoire, c'est d'évacuer Athènes, au risque de la livrer aux mains des Perses et de voir la cité détruite, puis de se réfugier dans la baie de Salamine et d'y attirer l'ennemi dans un guet-apens. L'endroit est trop étroit pour que les Perses puissent profiter pleinement de leur supériorité numérique. Si la flotte grecque parvient à les attirer dans le piège, la victoire est garantie. Combinant interprétation des signes divins et argumentation rationnelle, Thémistocle, brillant orateur, tente ainsi de rallier les Grecs à sa cause, en dépit du scepticisme des autres stratèges, notamment des Spartiates qui se méfient des généraux athéniens. Sentant le vent tourner en sa défaveur et craignant surtout que les débats s'éternisent, Thémistocle prend l'initiative d'envoyer un message au roi perse, Xerxès, par l'intermédiaire d'un messager, Sikinnos : Le stratège des Athéniens, qui se trouve animé de bons sentiments pour la cause du roi et souhaite voir triompher vos armes plutôt que celles des Grecs, m'a envoyé en cachette des autres Grecs, pour vous faire savoir que les Grecs, terrifiés, projettent de prendre la fuite, et que vous avez l'occasion d'accomplir le plus bel exploit du monde si vous ne les laissez pas s'échapper. Car ils ne sont pas d'accord entre eux ; ils ne vous opposeront pas plus de résistance et vous les verrez, ceux qui sont pour vous et ceux qui ne le sont pas, combattre les uns contre les autres. Par son message, Thémistocle feint de trahir son camp. C'est en réalité le moyen que l'Athénien a trouvé pour attirer les Perses à Salamine et provoquer contre eux la bataille navale que les autres stratèges grecs se refusent à conduire, préférant le recours à la phalange hoplitique. N'étant pas parvenu à convaincre ses alliés du bien-fondé de sa stratégie, Thémistocle met les Grecs devant le fait accompli. Le plus remarquable dans ce message, c'est qu'il décrit au plus près la désunion des Grecs. Xerxès mord ainsi d'autant plus à l'hameçon tendu par Thémistocle que le contenu du message est en partie vrai : le roi perse a de bonnes raisons de croire au ralliement de Thémistocle, puisqu'il sait les Grecs divisés. Thémistocle ne trompe pas Xerxès sur la situation des Grecs, mais sur ses intentions à son égard. Par sa ruse, il fait coup double : obliger les Grecs à suivre son plan et attirer Xerxès dans le piège. Thémistocle a su non seulement profiter des circonstances, mais également susciter le moment propice, le kairos. Confrontés à la menace perse, les Grecs n'ont alors d'autre choix que d'adopter les recommandations de Thémistocle. Quand les Perses entrent dans la baie de Salamine, Thémistocle a les mains libres pour mettre son plan à exécution (Jean-Vincent Holeindre, La ruse et la force, 2017 - books.google.fr, Les Neuf Livres Des Histoires Plus un recueil de George Gemiste dict Plethon, des choses avenues depuis la journee de Mantinee, 1556 - books.google.fr).

 

Le temps d'un stratagème, Thémistocle fait de son confident Sikinos un précieux espion. Sikinos, précepteur des enfants du général athénien, est aussi instruit qu'habile. Plutarque prétend qu'il est Perse d'origine et que pour cette raison il connaît parfaitement les usages de ses compatriotes, auprès desquels il est apte à se rendre d'une crédibilité absolue. Son maître le charge de gagner le camp de Xerxès, dressé à une faible distance au sud des issues du détroit,  et de le persuader qu'il a l'opportunité d'anéantir la flotte grecque (Henri Pigaillem, Salamine et les Guerres Médiques: 480 avant Jésus-Christ, 2004 - books.google.fr).

 

C'est dans la guerre des Perses qu'il faut le voir; c'est là qu'il développe les qualités d'un homme d'Etat, tel que l'entend l'Antiquité, qui ne tient compte ni de la bonne foi, ni de la vie des hommes, ni du droit des gens. C'est le vrai génie grec, cette astuce d'Ulysse célébrée par Homère, le renard qui suit un autre chemin que les lions. Il avait reconnu avec perspicacité le côté faible des Perses ; la mer était le lieu où on les pouvait vaincre. Pour amener les Grecs à combattre sur mer, fraudes, intrigues, corruption, manœuvres souterraines, il n'épargne rien près du peuple, des généraux, des alliés, des prêtres, de la Pythie; le sanctuaire de Minerve et le temple de Delphes sont à ses ordres; il fait parler, agir, répondre, se rétracter les oracles, comme il lui convient; une note, envoyée secrètement à Delphes, inspire à la Pythie la sainte fureur où les peuples reconnaissent l'inspiration d'un Dieu: « Que les Athéniens, dit-elle, se retirent dans des murailles de bois! » Les prêtres de Minerve, de leur côté, déclarent que le Dragon sacré a quitté la ville (Eugène Loudun, Les Deux Paganismes. I. L'Antiquité, 1865 - books.google.fr).

 

Thémistocle, s'appuyant sur un oracle de la Pythie et sur une fraude pieuse qu'il avait concertée avec les prêtres de Minerve, détermina ses concitoyens à abandonner leur ville, les fit monter sur leurs vaisseaux, et tandis que Trézène recevait les femmes, les enfants et les vieillards, il alla rejoindre Eurybiade sur les côtes de Salamine, avec toute la population en état de porter les armes. Eurybiade et les autres chefs, effrayés à l'aspect des forces que déployait Xerxès, voulaient se replier sur le Péloponèse, où était l'armée de terre. Thémistocle combattit vivement cette résolution, qui faisait perdre aux Grecs l'avantage de leur position, décourageait les soldats et facilitait la désertion ; et comme Eurybiade irrité levait sur sa tête le bâton de commandement : « Frappe, lui cria-t-il, mais écoute. » (Biographie universelle, Tar - Tor, Volume 41, 1864 - books.google.fr).

 

La langue latine exprime en effet la tension, déjà identifiée dans la langue grecque, entre les deux grandes acceptions de la ruse : la ruse de guerre, définie comme procédé tactique, est souvent connotée négativement. Elle est considérée comme une tromperie (dolus, fraus), un piège (insidiae), une déloyauté (perfidia), voire un vol (furtum). En revanche, la ruse comme forme d'intelligence - la mètis - est particulièrement valorisée : c'est une faculté que doit posséder tout homme d'action, particulièrement dans les domaines politique et militaire, qui nécessitent des qualités d'adaptation et de souplesse. Le champ sémantique de la ruse s'étend ainsi à la planification (consilium), l'ingéniosité naturelle (sollertia) ou acquise (ars) ou encore à l'intelligence (sapientia) et au talent (ingenium). Ces termes renvoient aux facultés intellectuelles qui inspirent l'élaboration des stratagèmes et peuvent suggérer au stratège l'usage de la ruse sur le plan tactique. L'étude comparée des lexiques latins et grecs fait apparaître que les Romains sont soumis aux mêmes enjeux et aux mêmes paradoxes que les Grecs. D'un côté, la ruse comme procédé est condamnée au nom d'une éthique de la guerre qui implique de se battre « à la régulière » ; c'est ce que nous avons observé avec le modèle d'Achille, réactivé par l'idéal civique de l'hoplite. D'un autre côté, la pratique de la guerre suppose un talent ou une compétence soit innée, soit acquise par l'apprentissage et l'expérience, qui tolère voire encourage l'usage de stratagèmes conduisant les troupes à la victoire. On retrouve ici le modèle d'Ulysse, réactivé par Thémistocle durant les guerres médiques, puis par Démosthène pendant la guerre du Péloponnèse. Le défi pour le stratège, qu'il soit romain ou grec, est bien de combiner les deux modèles : la force d'Achille, comme moyen d'action et vertu morale, et la ruse d'Ulysse, considérée certes comme une tromperie, mais aussi comme une manifestation de l'intelligence (Jean-Vincent Holeindre, La ruse et la force, 2017 - books.google.fr).

 

"passages"

 

Xerxès, ajoutant une pleine confiance à cet avis, ordonna à ses capitaines de s'emparer pendant la nuit de tous les passages, et d'entourer les Grecs de manière à ce qu'aucun ne pût se sauver (Le Monde: histoire de tous les peuples depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 8, 1858 - books.google.fr).

 

Tout le détroit étoit bloqué, et le reste de la flotte des Perses étoit distribué de manière à rendre tous les passages impraticables. [...] La flotte des Grecs consistoit en trois cent quatre-vingts vaisseaux; la flotte ennemie étoit beaucoup plus nombreuse. [...] Les Perses reçurent le plus grand échec qu'ils eussent jamais éprouvé jusqu'alors dans la Grèce (Oliver Goldsmith, Histoire de la Grèce: depuis son origine jusqu'à la mort d'Alexandre, Tome 1, 1802 - books.google.fr).

 

"haine de long temps" : Eginètes et Athéniens

 

On peut lire plutôt que "de long temps assoupie", "haine de long temps".

 

A ce que le bastard et le barbier avoient haine de long temps contre ledit Guillaume et avoient conspiré le faire mourir, par poysons ou autrement, et a celle fin elle avoit envoyé plusieurs lectres escriptes de sa main etc. dit que ne sera ja trouvé qu'elle ait envoyé lectres, fors celles qu'elle escripvy pour recouvrer ung chien qui lui avoit esté prins par ung homme d'armes, lesquelles sondit mary lui dicta et autres qu'elle a confessées (Pierre Champion, Guillaume de Flavy: capitaine de Compiègne; contribution à l'histoire de Jeanne d'Arc et à l'étude de la vie militaire et privée au XVe siècle, 1906 - books.google.fr).

 

Rapportant les prodromes lointains du conflit Athènes-Égine, Hérodote rattache la vieille haine entre les deux États au fait que des statues sacrées fournies par les Athéniens à Épidaure furent enlevées par les Éginètes. Ces statues avaient été érigées par les Épidauriens sur l'ordre de l'oracle de Delphes qu'ils avaient consulté à propos d'une stérilité (Roland Crahay, Le Littérature oraculaire chez Hérodote, 1956 - books.google.fr).

 

La rivalité commerciale des deux républiques se compliquait de l'hostilité des deux races, du principe opposé des deux gouvernements, du souvenir des injures réciproques, et de ces lauriers de Salamine, qui empêchaient tout un peuple de dormir. La petite barque qui remporta Xerxès l'avait à peine rendu à son empire, que déjà de sourdes hostilités recommençaient entre les deux villes. C'est Égine qui dénonça à Sparte la reconstruction des murailles d'Athènes, que la jalousie des Péloponnésiens voulait laisser par terre, et que la diplomatie de Thémistocle sut relever. Les Éginètes et les Athéniens étaient si proches voisins, qu'ils se tenaient toujours sur le qui-vive. Chacune des deux villeslpouvait en une nuit être brûlée par l'autre. La législation d'Egine porte des traces de cette défiance. Il y était défendu. comme dans une ville en état de siége, de circuler la nuit dans les rues. Les portes étaient armées d'énormes marteaux de fer, afin que si l'ennemi essayait de les ouvrir, un bruit épouvantable réveillât la cité. Cette précaution contre les coups de main nous paraît assez étrange, et nous trouverions plus naturel de placer une sentinelle à chaque porte. Mais il ne faut pas oublier que le métier de soldat n'existait pas dans presque toutes ces républiques : en temps de paix elles n'avaient que des citoyens. Dans les deux lois que j'ai citées, je ne vois que de la prudence : en voici une où il y a de la haine. Tout Athénien surpris sur le territoire d'Égine était mis à mort sans jugement, ou tout au moins vendu comme esclave. Tant de haine et tant de prudence furent vaines : quarante ans après la journée de Salamine, les Athéniens, tantôt vainqueurs. tantôt vaincus, écrasèrent en une seule bataille la flotte des Eginètes : ils leur prirent soixante et dix galères. L'île semblait désarmée; les Athéniens y débarquent et mettent la siége devant la ville. Les Eginètes appellent le Péloponnèse à leur secours, envoient leurs alliés tenter une diversion sur le territoire de l'Attique, supportent héroïquement toutes les horreurs d'un siége de neuf mois : le tout en vain. Il fallut ouvrir les portes aux Athéniens, démanteler la ville, livrer ce qui restait de la flotte et promettre un tribut. La guerre était finie; mais la cité d’Égine existait encore. Elle avait détruit ses murailles; mais, comme Athènes après Salamine, elle pouvait les rebâtir. Ses vaisseaux étaient livrés; mais rien ne l'empêchait d'en construire d'autres; enfin, quoique vaincue, elle était toujours à la porte du Pirée, vivante menace pour Athènes. Périclès ne regardait jamais sans déplaisir ce rocher contre lequel la fortune d'Athènes avait failli se briser. C’est ainsi que Caton poursuivait d'une haine patriotique Carthage affaiblie et humiliée : il ne croyait Bome sauvée que le jour où sa rivale ne serait plus. Les premières hostilités qui annonçaient la guerre du Péloponnèse décidèrent la ruine d'Égine. Athènes, qui tenait tête à la moitié de la Grèce, jugea téméraire de laisser debout à sa porte un ennemi implacable ,quoique désarmé , qui entrerait dans toutes les ligues contre elle, qui favoriserait les Spartiates, au moins de ses vœux et de son argent, et qui déjà courait la dénoncer à Passemblée générale des peuples du Péloponnèse. Les Athéniens chassèrent les Éginètes de leur île : hommes, femmes et enfants, tout le peuple fut arraché de sa patrie. C'était un usage des Perses de déplacer ainsi les populations entières; et, sans doute, Xerxès aurait transporté les Athéniens dans quelque coin de l‘Asie sans le courage des Eginètes, qui décida la victoire de Salamine. Ce peuple si brave et si industrieux, ces marins, ces marchands, ces artistes, un seul jour en fit des misérables (M. About, Mémoire sur l'île d'Egine, Nouvelles Archives des missions scientifiques et littéraires, 1854 - books.google.fr, Jules Labarbe, La Loi navale de Thémistocle, 2013 - books.google.fr).

 

Chacun connaît le mot de Thémistocle, qui était inquiet et sombre depuis la nouvelle de la victoire de Marathon qui avait sauvé sa patrie : « Les trophées de Miltiade m'empêchent de dormir ! » Quoi qu'il en soit, son coup d'œil dès lors fut plus juste que celui de ses concitoyens. Tous regardaient cette victoire comme la fin de la guerre avec les Barbares. Thémistocle, qui entrevoyait de grandes choses dans l'avenir, et des services non moins glorieux qu'il pourrait, lui aussi, rendre à sa patrie, détrompa les Athéniens, et ne leur permit pas de s'endormir dans une sécurité qui leur serait fatale. Thémistocle était entré aux affaires avec un plan tracé d'avance, et en quelque sorte systématique. Il avait · compris que la position maritime d'Athènes étant la plus forte qu'il y eût en Grèce, il fallait développer ses ressources naturelles : « Athènes, disait-il, pourra être sur terre inférieure même à ses égaux ; sur mer, elle sera toujours la première et dominera partout. » Ensuite, il faisait part à ses concitoyens des mille vaisseaux qu'armait Xerxès pour venger son père Darius ; leur disait qu'il fallait se préparer à une défense énergique , qui était possible si on le voulait. Tous les ans, on distribuait au peuple les produits des mines de Laurium. Thémistocle eut assez d'autorité et de force pour persuader au peuple de renoncer pendant quelque temps à cette distribution, et d'en consacrer le produit à construire des galères à trois rangs de rames. Il ranima aussi la vieille haine des Athéniens contre les habitants d'Égine, alliés de Xerxès, et les cent vaisseaux qui furent bientôt armés en guerre combattirent ceux des Éginètes et ceux du grand roi (Dictionnaire de la conversation et de la lecture: Ten - Ved, Volume 51, 1839 - books.google.fr).

 

Osée et pédagogie

 

On retrouve "forte expoliare" dans Osée 2,5 : (Sanctes Pagnini, Thesaurus linguae sanctae sic enim inscribere placuit Lexicon hoc Hebraicum, 1529 - books.google.fr, Sanctes Pagnini, Thesaurus linguae sanctae ex Dawid ben Yoseph Qimhi "Sepher ha-Sorasim" contractior et emendatior, 1548 - books.google.fr).

 

Osée 2,4-6 Intentez procès à votre mère, intentez-lui procès ! Car elle n'est pas ma femme, et moi je ne suis pas son mari. Qu'elle écarte de sa face ses prostitutions, et d'entre ses seins ses adultères. Sinon je la déshabillerai toute nue et la mettrai comme au jour de sa naissance ; je la rendrai pareille au désert, je la réduirai en terre aride, je la ferai mourir de soif, et de ses enfants je n'aurai pas pitié, car ce sont des enfants de prostitution (www.referen-ciel.com).

 

Des trois ouvrages principaux de Clément d'Alexandrie, Le Protreptique est destiné à «convertir», Le Pédagogue à «former les mœurs», Les Stromates à «enseigner la gnose» (ww.universalis.fr, remacle.org).

 

Il y a trois choses dans l’homme : Les mœurs, les actions, les passions. Les mœurs, le Verbe en réclame la direction, comme nous exhortant. Il est le chef de la religion, la pierre fondamentale de l’édifice de la foi. C’est par lui que, remplis de joie et abjurant nos vieilles erreurs, nous devenons jeunes pour le salut, chantant avec le prophète : « Que le Dieu d’Israël est bon pour ceux dont le cœur est droit ! » Quant à toutes nos actions, le Verbe règne sur elles comme précepteur. Nos passions, il les guérit comme consolateur. Ce Verbe, ainsi multiplié, n’est qu’un seul et même Verbe, arrachant l’homme aux habitudes mondaines dans lesquelles il a été élevé, et le conduisant à l’unique voie de salut, qui est la foi. Ce guide céleste, le Verbe, je lui donne le nom de Verbe qui exhorte, en tant qu’il nous appelle au salut. Excite-t-il dans nos cœurs des élans impétueux ? je l’appelle proprement le Verbe, donnant à la partie le nom du tout. Il est dans la nature de toute religion d’exhorter les hommes ; toute religion fait naître dans notre âme, qui est une émanation de Dieu, un ardent amour de la vie présente et de la vie future. Maintenant, comme le Verbe est tout à la fois médecin et précepteur, et que, conséquent avec lui-même, il anime ceux qu’il a convertis dans le principe et leur promet la guérison des blessures de leurs âmes, il me paraît convenable de réunir tous ses titres dans un seul et de l’appeler le Pédagogue. Le Pédagogue veut la pratique et non la théorie. Son but est d’orner les âmes de vertus et non de science. Il exige qu’on soit sage et non savant. [...]

 

Après avoir démontré que nous sommes tous appelés enfants par l’Écriture sainte ; que ce nom a été principalement donné par allégorie à ceux qui suivent les traces de Jésus-Christ ; qu’il n’y a que Dieu, le père de l’univers, qui soit parfait ; que le Fils est en lui et le père dans le Fils, nous dirons maintenant, pour suivre un ordre méthodique quel est notre Pédagogue. Son nom est Jésus ; mais lui-même se donne souvent le nom de pasteur : « je suis, dit-il, le bon pasteur. » Métaphore prise des bergers qui conduisent les troupeaux. Celui qui conduit les enfants doit être regardé comme un Pédagogue : c’est un pasteur qui gouverne les enfants. Les enfants peuvent être comparés à des brebis pour la simplicité. « Ils ne formeront plus, dit-il, qu’un seul troupeau, et il n’y aura qu’un seul pasteur. » Le Verbe est donc à bon droit appelé Pédagogue, puisqu’il nous conduit au salut, nous qui sommes ses enfants. C’est évidemment de lui-même qu’il parle, lorsqu’il prête ces paroles au prophète Osée : « Je suis votre instituteur. » L’institution est la religion qui est l’enseignement du culte divin, et la science qui nous conduit à la vérité. C’est une règle et une méthode de vie qui nous fait arriver au ciel. [...]

 

Le mot d’institution se prend dans plusieurs sens. C’est l’action de celui qui est dirigé et instruit, aussi bien que celle de celui qui dirige et instruit. Ce mot se prend aussi dans le sens de conduite et enfin pour les choses même qu’on ordonne de faire telles que les préceptes. Qu’est-ce donc que l’institution divine ? C’est une direction que la vérité nous prescrit elle-même pour nous conduire à la contemplation de Dieu. C’est un modèle d’actions saintes qu’elle met incessamment sous nos yeux pour nous faire persévérer dans la justice. Comme un bon général gouverne sagement sa phalange et prend soin de la vie de chacun de ses soldats, comme un sage pilote dirige le gouvernail de son navire de manière à sauver tous ceux qui le montent, ainsi le Verbe Pédagogue, plein de sollicitude pour ses enfants, les conduit dans une route qui doit assurer leur salut. [...]

 

Phœnix, dit-on, fut le précepteur d’Achille, et Adraste celui des enfants de Crésus. Alexandre eut pour précepteur Léonide, et Philippe Nausithoüs. Mais Phœnix brûlait pour les femmes d’un amour insensé. Les crimes d’Adraste l’avaient fait bannir. Léonide ne put étouffer dans le cœur d’Alexandre l’arrogance macédonienne, ni Nausithoüs guérir Philippe du vice de l’ivrognerie. Le Thrace Zopire ne réprima point l’impudicité d’Alcibiade. Zopyre d’ailleurs était un esclave acheté à prix d’argent. Les enfants de Thémistocle eurent pour précepteur Sicimus, esclave frivole et efféminé, inventeur d’une danse à qui les Grecs ont donné son nom. Personne n’ignore que les rois de Perse confiaient l’éducation de leurs enfants à quatre hommes choisis parmi les plus distingués de la nation, et qu’on appelait instituteurs royaux ; mais ces enfants des rois de Perse n’apprennent qu’à tirer de l’arc, et, à peine parvenus à l’âge de puberté, on les voit semblables à des béliers, se livrer à toutes sortes d’impudicités avec leurs sœurs, leurs mères et une infinité de femmes qu’ils rassemblent dans leur palais, sous le nom d’épouses et de concubines. Mais notre Pédagogue est Jésus, Dieu saint, le Verbe, chef suprême de l’humanité tout entière, Dieu plein de douceur et de clémence. [...]

 

Étudions donc avec soin les leçons du Verbe, et cherchons dans les livres saints sa méthode de nous instruire qu’il y a gravée lui-même. Il avertit d’abord, et ses premiers avertissements sont comme mêlés d’un tendre blâme, bien propre à faire revivre la sagesse dans les cœurs qui l’ont oubliée. [...] « Ne les visiterai-je point, dit-il, par la bouche d’Osée ; eux qui se sont mêlés à d’impudiques courtisanes et aux sacrifices des initiés, eux qui, comprenant toute l’horreur de leurs crimes n’ont pas laissé de les commettre ? » (fr.wikisource.org - Clément d'Alexandrie - Le Pédagogue).

 

Tout le passage Osée 11,3-4 montre Yahvé faisant l'éducation d'Israël enfant : thème de la pédagogie divine reprise par le Deutéronome : Dt 8,5-6 (La Bible de Jérusalem: 20 siècles d'art, Volumes 1 à 2, présenté par Grégoire Aslanoff, Isabelle Saint-Martin, Ecole biblique et archéologique française, 2009 - books.google.fr).

 

Je n'ignore pas combien les hommes lettrés ont été utiles à l'Église, soit pour combattre ses adversaires, soit pour instruire les hommes simples. Je lis en effet : Puisque tu as rejeté la connaissance, je te rejetterai et tu seras dépouillé de mon sacerdoce (Osée, IV 6) (Sermon 36 sur le Cantique des cantiques) (Saint Bernard: Œuvres, Tome 2, traduit par Marie-Madeleine Davy, 1945 - books.google.fr).

 

Au poil

 

L'hermès sur lequel est gravé en grec le nom de Thémistocle, trouvé près du théâtre d'Ostie peu avant la guerre, a suscité de nombreuses controverses. Il s'agit d'une copie d'époque romaine - assez fidèle, pour Calza, Bianchi Bandinelli, Dohrn - que la paléographie daterait du IIe siècle ap. J.C. (mais G. Richter : IIIe, d'après la physionomie) ; il est difficile de faire la part de ce qui appartient à l'original et au sculpteur romain, et l'oeuvre ne se laisse rattacher à aucune série. Si le traitement du visage rappelle le portrait de Socrate, la représentation de la barbe et des cheveux se rapproche davantage d'oeuvres plus anciennes (Bulletin analytique d'histoire romaine, Volumes 1 à 3, 1965 - books.google.fr).

 

La danse que Sikinnos, précepteur des enfants de Thémistocle, aurait inventée selon Clément d'Alexandrie, était pratiquée dans les comédies satyriques grecques. Les acteurs portaient des masques monstrueux affublés de barbe et des casques à longs poils (Pierre Brumoy, Le Théâtre des Grecs, 1730 - books.google.fr).

 

La barbe de Socrate était si fameuse que Perse le nomme pédagogue barbu; Anacréon nous apprend qu'il l'avait belle et bien entretenue. On ne peut contester, du reste, que la barbe ait été en honneur chez les Hébreux, à moins de récuser l'autorité de l'Ancien Testament, dont beaucoup de passages attestent le prix qu'ils y attachaient. C'est au temps d'Alexandre que l'on commença de se raser la barbe (Adolphe Thiers, Histoire de la coiffure, de la barbe, et des cheveux postiches depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, 1858 - books.google.fr).

 

Saint Clément d’Alexandrie rapporte aussi le fait qu’elle «contribue à la dignité de l’homme, comme les cheveux à la beauté de la femme» (Clément d’Alexandrie, Pédagogue, III, 3) (Lucie Houille, L’image des humanistes au XVIe siècle à travers l’étude de leurs portraits, 2012 - dumas.ccsd.cnrs.fr).

 

Tertullien condamne formellement les perruques ; saint Clément d'Alexandrie les proscrit comme un acte d'impiété. [...] Le théologien et poète satirique allemand Ulrich de Hutten, mort près de Zurich en 1523, portait une perruque ronde (Mémorial portatif de chronologie, d'histoire industrielle, d'économie politique, de biographie, Tome 1, 1829 - books.google.fr).

 

Typologie

 

On se souvient du mot de Thémistocle : « Mon fils est le plus puissant des Grecs, car il gouverne sa mère, sa mère me gouverne, et je commande aux Athéniens. » (Paul Rousselot, Etudes pour servir à l'histoire de l'éducation : l'antiquité gréco-latine, Revue pédagogique, 1887 - books.google.fr, Nicolae I. Barbu, Les procédés de la peinture des caractères et la vérité historique dans les Biographies de Plutarque (1934), 1976 - books.google.fr).

 

Voici une évolution de la pédagogie du XVIe au XXe siècles de la part de Antoine Paplauskas-Ramunas, qui permet d’en situer les protagonistes, sans que l’on ait à partager ses convictions néoscolastiques.

 

"L'édifice multiséculaire de la pédagogie moderne a été érigée sur quatre fausses hypothèses ou prémisses.

 

1. La première prémisse, anticipée déjà par François Rabelais, explicitée et proclamée par Jean-Jacques Rousseau et Léon Tolstoï, et enfin poussée à l'extrême par la pédagogie bolcheviste, se réduit à la formule suivante: Natura sive Deus. La nature, c'est l'absolu, c'est Dieu incarné: formule fameuse forgée par Spinoza (1632-1677), père du panthéisme et du matérialisme modernes. Natura sive Deus, cette prémisse où la nature prend pour la première fois la place de l'absolu, de Dieu lui-même, devient ainsi le fondement, la mesure suprême de toutes choses; elle constitue la clef de voûte de la pédagogie panthéiste, cosmocentriste, naturaliste, empiriste, matérialiste, depuis François Rabelais jusqu'à Jean-Jacques Rousseau, depuis Jean-Jacques Rousseau jusqu'à Karl Marx, Léon Tolstoï, Konstantinovna Kroupskaya - femme de Lénine, collaboratrice de Tolstoï et fondatrice de la pédagogie bolcheviste - et enfin, Anatole Vassilievitch Lounatcharski (1875-1933), ministre de l'Education dans le gouvernement de Lénine, promoteur des grandes réformes pédagogiques soviétiques et père des sans-Dieu militants russes. La pédagogie naturaliste et matérialiste, réduisant Dieu à la nature, le Créateur à la création, et renversant, détruisant ainsi, au nom de la nature, de la matière, la hiérarchie de toutes les valeurs: voilà la première maladie, maladie bien invétérée de l'éducation moderne. Il faudrait remonter au moins jusqu'au XVIe siècle pour découvrir les racines les plus profondes de cette maladie. Rabelais en est le point de départ; Lounatcharski, le point d'arrivée. Le panthéisme pédagogique du XVIe siècle dégénère au XXe siècle en panmatérialisme pédagogique des plus grossiers. La naissance et le développement de la pédagogie naturaliste depuis François Rabelais jusqu'à Anatole V. Lounatcharski, constituent le premier acte du drame de la pédagogie moderne.

 

2. La deuxième prémisse de la pédagogie moderne, anticipée déjà par les humanistes tels qu'Urich de Hutten, Didier Erasme, explicitée par les grands réformateurs, les déistes, rationalistes, occasionalistes, ontologistes, fidéistes, immatérialistes, panidéalistes, et poussée à l'extrême par Hegel, Gentile et les pédagogues fascistes, se réduit à la formule suivante: Homo sapiens sive Deus. L'homme, être raisonnable, est Dieu, Dieu incarné et, par conséquent, il est l'unique maître de lui-même et de l'univers; l'unique mesure de toutes choses. Homo sive Deus: cette formule, mettant l'homme à la place de Dieu, la raison à la place de la foi et de la Révélation divine, constitue le fondement doctrinal, la clef de voûte de la pédagogie anthropocentriste, humaniste, rationaliste, essentialiste, idéaliste, panidéaliste, depuis Ulrich de Hutten et Erasme, jusqu'à Hegel, depuis Hegel jusqu'à Mussolini et Giovanni Gentile, ministre de l'Education et promoteur des réformes pédagogiques fascistes sous Mussolini. La pédagogie panhumaniste, panrationaliste, renversant et détruisant au nom de l'homme et de la raison, la hiérarchie de toutes les valeurs: voilà la deuxième grande maladie, maladie invétérée de l'éducation moderne. Il faudrait remonter au moins jusqu'au XVIe siècle pour découvrir les racines les plus profondes de cette maladie: Hutten et Machiavel en sont le point de départ; Mussolini et Gentile, le point d'arrivée. La naissance et la genèse de la pédagogie anthropocentriste, panhumaniste, panidéaliste, depuis Ulrich de Hutten jusqu'à Giovanni Gentile, constitue le deuxième acte du drame de la pédagogie moderne.

 

3. La troisième prémisse de la pédagogie moderne, anticipée par les éducateurs et les penseurs romantiques du XIX' siècle, explicitée et poussée à l'extrême par Jean Gottlieb Fichte (1762-1814), Emile Durkheim (1858-1917), Emst Krieck (1882-), Alfred Baeumler (1887-) et la pédagogie nationale-socialiste, se réduit à la formule suivante: Societas sive Deus. La société, c'est l'absolu, c'est Dieu incarné. « Der Staat ist der praesente Gott », l'Etat, c'est Dieu incamé, affirment les apôtres du sociocentrisme. Ainsi, à la fausse thèse de la renaissance affirmant que la nature serait Dieu incarné, et à la fausse antithèse de la réforme et de l'âge de lumière soutenant que l'homme serait Dieu incarné, le romantisme et le socialisme du XIXe et du XXe siècle répondent par la fausse « synthèse » que la société serait Dieu incarné, l'absolu et, par conséquent, la mesure de toutes choses. Societas sive Deus: cette prémisse, mettant la nation et la race à la place de Dieu, substituant les forces irrationnelles et les instincts animaux à la religion et à la Révélation divine, constitue le fondement doctrinal, la clef de voûte de la pédagogie sociocentriste, socialiste, volontariste, activiste, irrationaliste, depuis Fichte jusqu'à Hans F. K. Guenther (1891-), Hitler et Alfred Rosenberg (1893-1946), ministre de l'Education et promoteur des réformes pédagogiques nationales-socialistes soue Hitler. La pédagogie pansocialiste, panactiviste, panirrationaliste, idolâtrant la société, la nation, la race, les instincts animaux et renversant ainsi la hiérarchie des valeurs: voilà la troisième grande maladie de l'éducation moderne. La naissance et le développement de cette maladie, depuis Fichte jusqu'à Rosenberg, constitue le troisième acte du drame historique de la pédagogie moderne.

 

4. Le quatrième et dernier acte de ce drame est inauguré par le vitalisme et l'existentialisme qui émergent, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, à l'horizon nébuleux et bien assombri de l'Orient (Dostoïevski, Soloviev, Vivekananda) et de l'Occident. La dernière prémisse de la pédagogie moderne est la plus révolutionnaire, la plus stupéfiante, parce qu'elle renverse d'un seul coup les trois prémisses ou thèses précédentes. Au point de vue psychologique, les trois pédagogies ci-dessus mentionnées se basent sur les formules suivantes: a) Percipio, ergo sunt (Bacon, Helvetius, Marx, Lounatcharski, Lénine) : je perçois, donc je suis. C'est le point de départ psychologique de la pédagogie naturaliste, empiriste, matérialiste. b) Cogito, ergo sum (Descartes, Berkley, Payne, Hegel, Gentile): je pense, donc je suis. Tel est le point de départ psychologique de la pédagogie anthropocentriste, rationaliste, idéaliste. c) Ago, ergo sum (Fichte, John Dewey, Kerschensteiner) : j'agis, donc je suis. C'est le point de départ psychologique de la pédagogie sociocentriste, activiste, pragmatiste. Le vitalisme et l'existentialisme renversent ces trois formules et leur substituent la formule suivante: Sum, (vivo, existo), ergo percipio, cogito, ago: je suis, je vis, j'existe, donc je perçois, je pense, j'agis ! D'abord vivre, exister, puis penser: Prius vivere, postea philosophare, déclarent les existentialistes. « L'existence précède l'essence. » Actuellement, l'existentialisme triomphe en Europe continentale (Soeren Kierkegaard, Friedrich Gogarten, Thurneysen, Karl Barth, Emil Brunner, Eberhard Grisebach, Louis Lavelle, René Lesenne, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, A. Camus, Merleau-Ponty, J. Wahl, M. Souriau, N. Berdiaeff, Léon I. Chestov, W. Yankelevitch, Kafka, Gabriel Marcel, Peter Wust, etc.) et il semble vouloir passer l'océan Atlantique et triompher dans le Nouveau Monde. L'existentialisme, n'étant, dans son essence la plus profonde, que la radicalisation du principe vital ou du principe du vivre, a été précédé et inauguré par les prétendues philosophies et pédagogies de la vie (Lebens-philosophie, Lebenspaedagogik: Wihlhelm Dilthey, Alfred Fouillée, Jean-Marie Guyau, Henri Bergson, Adolphe Perrière, Melchior Palagyyi, Max Scheler, Ludwig Klages, Pliilipp Lersch, Franz Hilker, Rudolf Bode, Alfred Baeumler, Ernst Krieck). La doctrine de l'existentialisme athée et nihilocentriste se réduit à la formule suivante: Nihil sive Deus, le néant, c'est l'absolu, c'est la mesure de toutes choses. L'existentialisme athée, nihilocentriste, mettant le néant à la place de l'absolu, de Dieu, substituant l'angoisse à la foi, à l'amovir et à l'espérance, et, au nom du néant, renversant, détruisant ainsi toutes les valeurs éducatives: voilà la quatrième grande maladie, la maladie la plus récente de la pédagogie moderne. La naissance, le développement, et le triomphe croissant de l'existentialisme pédagogique au XXe siècle constituent le quatrième et dernier acte du drame de l'éducation moderne.

 

Vivat Nihilum ! Vive le Néant ! tel est l'aboutissement, le dernier mot de la pédagogie moderne, le fruit de la sécularisation, de la déchristianisation, de la repaganisation de tous les domaines de la vie

 

Les éducateurs du XXe siècle sont placés devant cette alternative: ou bien continuer jusqu'au bout la révolution anti-scolastique pour aboutir à la négation de toutes les valeurs éducatives, à l'anarchie complète et glisser vers le gouffre du néant; ou bien retourner à l'« intégralisme » scolastique ou catholique, à la philosophia et pœdogogia perennis pour rétablir ainsi la hiérarchie des valeurs éducatives, et puiser aux grandes sources de l'éducation et de la vie pour rechristianiser, rajeunir et régénérer les peuples de l'Occident et de l'Orient. Tertium non datur.

 

Au XXe siècle, comme jadis pendant les sombres siècles barbares, l'Eglise se met à l'œuvre; comme jadis, pendant les invasions mongoles et asiatiques, elle va devenir la grande éducatrice des peuples; comme un phare resplendissant, elle va dissiper les ténèbres qui envahissent le XXe siècle; nouvelle Arche de Noé, elle va rassembler les trésors spirituels de l'humanité naufragée pour les sauver de la nouvelle barbarie qui menace actuellement l'Europe, l'Occident, l'Asie, l'Afrique, le globe tout entier. Aujourd'hui comme autrefois, le monde ne se sauvera pas du déluge sans l'Arche" (Antoine Paplauskas-Ramunas, professeur à l'Institut de Psychologie, La crise de l'éducation moderne, Revue de l'Université d'Ottawa, 1952 - archive.org).

 

La guerre ouverte sera du tout fermee. Mais se feront des preparations par conseil, qui pullulera le Primtemps de l'annee 1558 & de grand effect louable. En la grande court Royalle ne seront point de simultez. Aristides & Themistocles lairront leurs dissentions jusques à un autre temps, & useront de prudant conseil & louable toute la court Royalle sera remplie de providence, rien ne se faira qu'avec une grande ponderosité (Patrice Guinard, Pronostication pour 1557 : L'influence d'Ulrich von Hutten, 2018 - cura.free.fr).

 

Qu'on ne s'y trompe pas, cette finesse n'est pas d'ordre spéculatif, et c'est là qu'apparaît l'harmonie du concept d'honnêteté, Pierre Villey en donne l'explication : "Pour Montaigne, la culture de l'esprit devait se faire au moyen des idées morales. La formation intellectuelle allait de pair avec la formation des moeurs. Le gouverneur devait attirer l'attention de l'enfant sur les actions les plus familières, les lui faire examiner et "contreroller" aussi bien dans les livres d'histoire que dans les voyages ou dans le commerce de la vie quotidienne, en raisonner avec lui, le faire raisonner lui-même à leur sujet" (L'influence de Montaigne sur les idées pédagogiques de Locke et de Rousseau, p. 189). Pour acquérir cette façon d'appréhender  les choses, il sera nécessaire de promouvoir, dès le jeune âge, une assimilation personnelle des diverses leçons, plus qu'une accumulation de savoir : "Qu'il luy face tout passer par l'estamine et ne loge rien en sa teste par simple authorité et à crédit  (...)  Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur ; ce n'est plus thin ny marjolaine : ainsi les pièces empruntées d'autruy, il les transformera et confondera, pour en faire un ouvrage tout sien, à sçavoir son jugement". (Essais I,26). Mais bien sûr, pour former un enfant dans cette perspective, il convient que l'éducateur  lui-même ait tiré profit de la même expérience : "je voudrois aussi qu'on fut soigneux de luy choisir un conducteur qui eust plutost la teste bien faicte que bien pleine, et qu'on y requit tous les deux, mais plus les meurs et l'entendement que la science" (Essais I,26). Les mœurs et l'entendement, voilà des éléments de la formation de l'honnête homme. Mais c'est une vaste entreprise qui ne se réalise pas en un jour, comme le remarque Jean Château : "Il vaudrait mieux parler d'une pédagogie de la prudence, mieux encore de la pondération. C'est une mémoire prudente et pondérée qui est à la base de la sagesse, une mémoire qui prend son temps afin d'assurer ses prises (...) Le jugement n'est point une pure spontanéité, c'est une synthèse et qui, nous le savons, demande du temps ; il ne s'agit plus de se laisser entraîner par une imagination forte, apte à mettre en valeur une unique perspective, il s'agit d'envisager à la fois toutes les perspectives et toutes les données" (Montaigne psychologue et pédagogue, p. 77 et p. 79) Françoise Soulary-Lavergne, L'oeuvre éducative de Jeanne de Lestonnac (1556 - 1640) - theses.univ-lyon2.fr).

 

Le Seigneur nous exhorte évidemment à la vertu dans ce passage de Salomon. « Heureux l’homme qui trouve la sagesse, et l’homme qui est riche en prudence ! Celui qui cherche la sagesse la trouve et la goûte quand il l’a trouvée. » (Livre I, 10) (fr.wikisource.org - Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue).

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