arles

Arles

 

VII, 22

 

2015

 

Les citoyens de Mesopotamie

Yrés encontre amis de Tarraconne,

Ieux ritz, banquetz, toute gent endormie

Vicaire au Rosne, prins cité, ceux d'Ausone.

 

Citoyens

 

L'édit de Caracalla de 212, également appelé Constitution antonine (en latin : Constitutio Antoniniana), est une des lois les plus connues de l'Empire romain. Il accorde, à la date de promulgation de l'édit, la citoyenneté romaine à tout homme libre de l'Empire qui ne l'avait pas encore. La citoyenneté romaine est héréditaire, par la filiation et l'adoption. Jusqu'en 212, la citoyenneté romaine (avec ses privilèges mais aussi ses devoirs fiscaux) n'était accordée de façon globale qu'aux habitants de l'Italie et dans les provinces aux municipes ayant le statut de colonie romaine. Cet édit a pu avoir un impact négatif sur les recrutements de l'armée romaine. En effet, avant 212, le principal moyen d'obtenir la citoyenneté romaine résidait dans le service militaire, ce qui attirait nombre de provinciaux (fr.wikipedia.org - Edit de Caracalla).

 

En l'an 13, le réseau routier de la Narbonnaise était en place et parfaitement organisé. De là, on saute allègrement deux siècles. Non pas qu'il ne se soit rien passé, mais peu d'événements sont à inscrire au calendrier des faits historiques. En 212, tout de même, un grand changement se fait en Narbonnaise. Caracalla, sur les conseils de son père, Septime Sévère, fait promulguer son fameux édit selon lequel tous les hommes libres de l'Empire sont désormais citoyens. Les Narbonnenses cessaient d'être des provinciaux et accédaient à la dignité romaine. Mais cet édit eut plus d'effet sur les villes que sur les hommes. Marseille par exemple ne pouvait plus rester indépendante, ou se croire telle. Ses habitants devenus romains, elle s'intégrait, bon gré ou mal gré, à la Narbonnaise. Qu'était devenue la Massalia de jadis, d'avant le siège de César qui l'avait soudain stoppée dans son élan de ville capitale ? Le coup porté avait été sans doute très dur. Privée de son commerce, réduite à vivre de ses ressources, se souvenant avec nostalgie de ses comptoirs et de son vaste domaine, elle aurait pu se renfrogner entre ses murs et peut-être bouder la nouvelle civilisation qui hors ses murs transformait un pays qu'elle avait elle-même autrefois civilisé. Au contraire, elle se secoua, s'ouvrit, déborda de ses remparts, étala de nouvelles et somptueuses constructions. En même temps, elle devint un centre de culture scientifique et littéraire. On a trop dit de Marseille qu'au cours de son histoire elle ne s'intéressait guère qu'au commerce. Que Porte de l'Orient, elle n'était que port de l'Orient. Qu'elle était pauvre en monuments et qu'à côté d'Aix elle faisait figure de bas quartier, fonctionnel et utilitaire. C'est très injuste. Pendant les deux siècles et demi de l'âge d'or de la Narbonnaise, Marseille a brillé de l'éclat dont brillera plus tard sa voisine et rivale. On se souvient de ses navigateurs, Pythéas et Euthymènes qui firent de leur cité une des capitales de la géographie et de l'ethnologie antiques. Depuis longtemps, Marseille formait des rhéteurs et des philosophes, dont plusieurs allaient enseigner à Rome, avec succès, comme ce Lucius Plotius dont Quintilien nous dit qu'il fonda dans la Ville éternelle le premier cours de rhétorique en 90 av. J.-C Elle donnait naissance à des médecins qui étaient en même temps des humanistes, comme ce Crinas qui enrichit la cité et la ferma de son rempart en 68 apr. J.-C Ville universitaire aussi : Busquet souligne que les jeunes Romains préférèrent désormais Marseille à Athènes pour y suivre leurs humanités. En même temps, elle devenait un lieu d'exil « doré » pour ceux que Rome voulait éloigner sans les punir. La même année, en 212 apr. J.-C, Nice aussi, détachée enfin de Marseille, entrait en Narbonnaise, mais sous la tutelle de Cimiez toujours capitale des Alpes-Maritimes. L'histoire de Nice gallo-romaine est très mal connue. Les fouilles y sont difficiles. La ville, bien qu'administrativement moins importante que Cimiez, devait avoir des monuments publics, malgré, dit Palanque, « l'exiguïté de l'emplacement urbain qui ne dépassait pas les pentes du Château, entre le Paillon et la plage des Ponchettes. Ici, comme à Antibes, les ruines romaines, s'il y en a, se trouvent au-dessous de l'agglomération actuelle » (Jean Paul Clébert, Provence antique: L'époque gallo-romaine, 1970 - books.google.fr).

 

Nostradamus semble utiliser l’Itinéraire d’Antonin (en latin Itinerarium Antonini Augusti) qui est un guide de voyage de la Rome antique, qui recense les villes-étapes de l’Empire romain, et les distances les séparant. Il nous est connu par vingt manuscrits qui vont du VIIe au XVe siècle. Il ne s'agit pas d'Antonin le Pieux mais ce document remonterait à l'empereur Caracalla (188 - 217), Lucius Septimius Bassianus puis appelé Marcus Aurelius Severus Antoninus Augustus, selon l'espagnol Jérôme Surita (1513-1580), et remanié sous Dioclétien (fr.wikipedia.org - Itinéraire d'Antonin, Encyclopédie, ou dictionnaire universel raisonné des connoissances humaines, Supplément, Tome I, 1775 - books.google.fr, Nostradamus, Les premières centuries, ou, Propheties: (édition Macé Bonhomme de 1555), présenté par Pierre Brind'Amour, 1996 - books.google.fr).

 

La Tarraconaise (Hispania Tarraconensis) était une province romaine qui couvrait le nord et l'est de l'Espagne et qui correspond aujourd'hui à peu près à l'Aragon, la Catalogne et les Asturies. Elle est issue de l'ancienne Hispanie citérieure. L’attachement de cette province à Rome et au titre d’Auguste se manifeste dès le début de l’Empire, avec la fondation en -27 à Tarragone du premier autel dédié au culte impérial de tout l’Empire romain. Au Ier siècle et IIe siècle, cette province est prospère : l’étain est activement exploité dans les Asturies. Elle exporte du blé, du vin et de l’huile d’olive. Au IVe siècle, La province est le berceau d’origine des empereurs Théodose Ier, originaire de Valladolid, et de Maxime (fr.wikipedia.org - Tarraconaise).

 

Général de l'empereur d'Occident Honorius avec le titre de patrice, Flavius Constantius, né à Naissus (Mésie - Balkans), vainquit les usurpateurs apparus dans le sillage des invasions germaniques de 406 : Constantin III en Gaule en 411, Maxime en Espagne en 411 puis en 413 Jovin de nouveau en Gaule. Il parvient très habilement à ramener les Wisigoths à la paix : en 414, en les affamant par un blocus, il les força à sortir d'Espagne pour revenir en Aquitaine. Enfin en 418, Constantius accorda aux Wisigoths le statut de peuple fédéré (foedus) en Aquitaine seconde. Les Wisigoths restèrent en paix jusqu'en 456. Grâce à ses succès, Constantius fut nommé auguste en février 421, sous le nom de Constance III, mais Théodose II ne le reconnut pas. Le rattachement religieux de l'Illyrie à Constantinople ouvrit un conflit entre les deux parties d'empire. Constance III mourut de maladie en septembre 421 alors qu'il préparait une expédition contre Théodose II qui était en guerre contre les Perses en Mésopotamie (fr.wikipedia.org - Constance III).

 

Les Romains, après avoir conquis la Grèce, envahissent l'Asie Mineure et entrent en contact avec les Parthes vers 100 av. J.-C. L’empire Parthe, organisé de manière peu autoritaire, prend fin en 224 ap. J.-C. Il laisse la place aux Sassanides qui continuent leur guerre avec les Romains. La guerre perdure avec l'Empire byzantin et prend fin avec la conquête musulmane. Les persécutions contre les chrétiens s'intensifient au début du Ve siècle et sous Vahram V de nombreux chrétiens se réfugient dans l'empire romain d'Orient. Varham V demande que les fugitifs lui soient livrés mais Théodose II refuse, et la guerre est déclarée dès 420. Elle débute par plusieurs défaites perses et de nombreux prisonniers tombent aux mains des Romains d’Orient qui s’avancent jusqu’à la province d’Azarène et la ravagent. Puis, les Romains d’Orient assiègent Nisibis en Mésopotamie. Vahram décide de porter le gros de ses troupes sur cette ville. En dépit du nombre, les Perses (et de nombreux Turcs achetés) sont sévèrement défaits. Lors d'un combat singulier fréquent dans la tradition sassanide, il oppose son champion à un Goth romanisé qui le tue. Vahram doit alors demander la paix. Elle est signée en 422 avec Théodose II pour cent ans et les chrétiens ont à nouveau la liberté de culte (en contrepartie, les zoroastriens l'obtiennent eux aussi dans l'empire romain) (fr.wikipedia.org - fr.wikipedia.org - Guerres perso-romaines).

 

Sièges d'Arles

 

Toute cette grandeur finit au commencement du Ve siècle. Trèves, saccagée quatre fois, tomba dans la misère et dans l'abandon. Liménius, qui essaya inutilement de résister à l'usurpation de Constantin, fut le dernier préfet qui y résida. En s'établissant à Arles, l'usurpateur y fixa auprès de lui son nouveau préfet Apollinaris, et lorsque Constantius releva aux mêmes lieux l'autorité impériale, Trèves étant au pouvoir des Ripuaires, Arles devint pour toujours le siége de la préfecture des Gaules. On y transféra l'atelier monétaire de Trèves, et ces jeux du cirque qui attiraient une si grande foule dans la capitale de la Belgique ces jeux où l'on avait vu des rois francs exposés aux bêtes et livrés en spectacle à ce peuple sur lequel leurs descendants devaient régner. On y transporta aussi les assemblées des députés des villes, et un décret d'Honorius, en 418, ordonna qu'à l'avenir cette réunion, qu'on appelait conventus, se tiendrait tous les ans pour les sept provinces méridionales de la Gaule dans cette cité favorisée dont le décret vante en termes pompeux l'heureuse situation et le commerce florissant (Jules Pétigny, Études sur l'histoire, les lois et les institutions de l'époque mérovingienne: Introduction historique, Volume 1, 1851 - books.google.fr).

 

Il semble cependant que la translation de Trêves à Arles se soit faite dès le préfet Petronius avant 407 (Martin-Jean de Bast, Charles Louis Maximilien Diericx, Recueil d'antiquités Romaines et Gauloises, Volume 3, 1813 - books.google.fr).

 

"vicaire" n'est pas qu'un titre religieux. C'est au départ un titre civil de l'administration de l'empire romain.

 

La présence du Conseil diocésain à Arles implique celle du vicaire à côté du préfet. Enfin, le même texte déclare aussitôt que la création du Conseil n'est pas à cette date un fait absolument nouveau, mais que la décision prise antérieurement à ce sujet n'avait pu être appliquée auparavant avec régularité du fait de la négligence des hommes ou des malheurs de l'époque ; il ajoute même que l'institution de ce Conseil d'Arles remontait dans la réalité à un règlement du préfet du prétoire Petronius, qui avait exercé sa fonction de 405 à l'hiver 407-408 : siquidem hoc rationali plane probatoque consilio jam et vir illustris praefectus Petronius observari debere praeceperit, quod interpolatum vet incuria temporum vel desidia tyrannorum... Puisque le transfert du Conseil à Arles s'explique par la — ou à la rigueur concomitante — du vicaire en cette cité, cela implique que le vicaire des Sept provinces a dû quitter Bordeaux pour Arles peu de temps avant 408. Est-il permis de dire, avec S. Mazzarino, que l'installation du préfet du prétoire à Arles et celle du vicaire ont été réalisées en même temps ? Cela ne semble pas, à première vue, absolument nécessaire. Les raisons du repli depuis Trèves ne jouaient pas au même degré et dans les mêmes conditions pour un vicaire établi à Bordeaux. Le fait essentiel reste, bien entendu, que le préfet se soit alors établi dans une ville de la province de Viennoise qui n'en était pas le chef-lieu traditionnel ; mais rien n'empêche que, pendant un certain temps encore, le vicaire ait pu continuer de siéger à Bordeaux. Toutefois, la concentration des bureaux à Arles a contraint assez vite à appeler également le vicaire en cette cité et à créer à ses côtés le nouveau Conseil de Diocèse. Un décalage de quelques mois ou années n'est donc pas à exclure a priori, ceci sans préjuger des raisons exactes de l'un et l'autre transferts, raisons qui demeurent difficiles à déterminer tant que leur date n'est pas connue avec une précision suffisante. De toute façon, l'initiative de Petronius laisse entendre que le préfet lui-même était déjà installé à Arles au début de 408 (André Chastagnol, Le repli sur Arles des services administratifs gaulois, Revue historique, Volume 249, 1973 - books.google.fr).

 

En 425, 429, 452 et 457, Arles soutint quatre sièges contre les Visigoths, qui finirent par la soumettre à leur domination en 466. En 507, après Vouillé, ce sont les Francs et les Burgondes qui tentent leur chance mais sont repoussés par une armée de secours gothe envoyée d'Italie (Ausone) par le roi des Ostrogoths Théodoric, prenant bientôt le contrôle de la Provence, puis du Languedoc et du Roussillon (fr.wikipedia.org - Siège d'Arles_(507-508)).

 

Il faut pourtant convenir que, dans le sixième siècle, deux de nos rois de la première race ont donné à leurs peuples les jeux du cirque suivant l'usage des Romains. Le premier exemple se trouve dans Procope, qui dit que les jeux du cirque furent représentes à Arles, vers l'an 546. Dès 536, Vitigès, roi des Ostrogots, successeur de Théodat, avoit cédé la Provence aux François. Les empereurs prétendoient conserver leurs droits sur ce pays, et ils obligeoient le pape à ne point donner, sans leur consentement, le gallium aux évêques de Provence. Mais en 546 l'empereur Justinien, voulant engager les François dans son parti contre Totila, roi des Ostrogots, confirma la cession de la Provence, et en assura la possession libre et tranquille aux François; et depuis ce temps, dit Procope, il y a des jeux du cirque à Arles. Justinien consentit alors que les rois françois présidassent à Arles aux jeux du cirque, comme faisoient les empereurs. En ce cas, le roi Childebert Ier, fils de Clovis, qui avoit eu Arles dans son partage, ne donna peut-être, en 546, les jeux du cirque dans cette ville, que pour faire un acte d'autorité absolue et indépendante, en les faisant représenter en son nom (Charles Pinot-Duclos, Mémoire sur les jeux scéniques des Romains, Mémoires de literature, tirés des registres de l'Académie royale des inscriptions et belles lettres, Tome 26, 1769 - books.google.fr).

 

Constance, général d'Honorius, gagne les soldats de Géronce, qui assiégeait Constantin dans Arles. Géronce s'enfuit en Espagne, où il est massacré par les siens. Constance continue le siège d'Arles, commencé par Géronce ; il défait les Français et les autres Germains venus au secours de Constantin. Cet empereur est obligé de se rendre; il se réfugie dans une église, et, d'après les idées du temps, il se fait ordonner prêtre, pour ajoutera sa sécurité; mais il n'en est pas moins conduit à Honorius, qui, sans songer qu'il va avilir plus que jamais la dignité impériale, lui fait trancher la tête (Bernard-Germain-Etienne de La Ville Lacépède, Histoire générale, physique et civile de l'Europe, 1826 - books.google.fr, César de Nostredame, L'histoire et chronique de Provence, 1614 - books.google.fr).

 

L'Alaman Chrocus à Arles

 

D'origine punique et berbère par son père Septime Sévère et syrienne par sa mère Julia Domna, Caracalla - sobriquet qui vient d'un type de vêtement gaulois à capuchon et manches longues qu'il avait coutume de porter - naquit en 188 à Lugdunum (aujourd'hui Lyon), son père étant alors gouverneur des Gaules. À partir de 213, Caracalla mène plusieurs campagnes contre les Alamans à la fois sur le Rhin et sur le Danube. Victorieux sur le Main, il prend le surnom de Germanicus Maximus ou Alemanicus et assure une vingtaine d'années de paix au front occidental, jusqu'au règne de Sévère Alexandre.

 

En 216, il entre en guerre contre le royaume parthe et envoie une armée en Arménie. Lors de sa campagne, Caracalla demanda en mariage la fille d'Artaban, le roi des Parthes. Il l'obtient et accompagné de toute son armée, se rendit en Mésopotamie pour célébrer les noces impériales. Quand la foule, civils et militaires confondus, fut rassemblée pour la fête, près de Ctésiphon, leur capitale, Caracalla donna un signal et le scénario du massacre d'Alexandrie se reproduisit : les soldats romains se ruèrent sur les Parthes et les égorgèrent en masse. Le roi parthe s'échappa de justesse et ne songea plus qu'à se venger de la duplicité romaine. (fr.wikipedia.org - Caracalla).

 

Selon Grégoire de Tours, qui est le plus ancien témoignage sur le personnage, Chrocus Ier ou Crocus, aurait vécu à l'époque du règne des deux empereurs romains (père et fils) Valérien et Gallien, devient roi germain de la confédération germanique des Alamans, à la fin du IIIe siècle. Il a conduit ses troupes jusque dans le centre de la Gaule où il aurait aussi détruit ou pillé les temples gaulois ou gallo-romains. À Arles, cité romaine, de récentes fouilles montrent que les destructions constatées entre 250 et 270, aussi bien dans la vieille ville sur la rive gauche du Rhône qu'à Trinquetaille sur la rive droite, sont difficilement explicables par une origine accidentelle : "Chrocus ayant été pris, près d'Arles, ville des Gaules, subit divers tourments, et fut frappé du glaive" (Grégoire de Tours (539-594), Histoire des Francs, Livre premier) (fr.wikipedia.org - Chrocus).

 

Typologie

 

"citoyens de Mésopotamie" "irés" (en colère) contre "les amis de Tarracone" replacés dans le contexte des années 2010, font penser à d'autres tensions et aux précédents attentats qui ont ensanglanté l'Europe (Madrid 2004). Si le quatrain VII,19 daté de 2013 coïncide avec l'attentat de Nice de 2016, il peut en être de même à quelques années près avec ce quatrain.

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