Poltergeist

Poltergeist

 

VII, 41

 

2029-2030

 

Les os des pieds et des mains enserrez,

Par bruit maison long temps inhabitee

Seront par songes concavant deterrez

Maison salubre et sans bruit habitee.

 

Athénodore

 

Elmar R. Gruber, dans Nostradamus, Sein Leben, sein Werk und die wahre Bedeutung seiner Prophezeiungen, 2003, p. 193, a déjà mis en relation ce quatrain avec le cas de hantise rapporté par Pline au sujet du philosophe ami d'Auguste Athénodore de Tarse (fr.wikipedia.org - Nostradamus).

 

L'un des plus anciens témoignages de bruits émanant d'un mort est dû à Pline le Jeune (62 - 113) qui, dans une lettre à son ami Sura, nous narre ceci :

 

Il existait à Athènes une maison spacieuse et commode, mais de mauvaise réputation et maudite. Dans le silence de la nuit, on entendait un son métallique et, si on tendait l'oreille, on percevait un bruit de chaînes, d'assez loin d'abord, puis de très près : Bientôt apparaissait un spectre, un vieillard épuisé par la maigreur, en haillons, la barbe longue et les cheveux hérissés; il portait, aux pieds, des entraves et, aux mains, des chaînes qu'il agitait. Aussi les habitants passaient-ils, dans la crainte, des nuits blanches, sinistres et effrayantes. L'insomnie les rendait malades, puis venait la mort, car la crainte allait croissant : en effet, même en plein jour, malgré la disparition du fantôme, les yeux gardaient son souvenir et la peur persistait plus longtemps que les motifs d'avoir peur. La maison fut donc délaissée, condamnée à la solitude, tout entière livrée à ce prodige. On y mit cependant une affiche, au cas où quelqu'un, dans l'ignorance d'un défaut si grave, eût voulu l'acheter ou la louer. Le philosophe Athénodore vint à Athènes, lut l'annonce et entendit le prix que sa modicité rendait suspect. Il s'informe, apprend toute l'affaire et malgré cela, ou plutôt pour cette raison, loue la maison. A la tombée du jour, il se fait placer un lit dans l'entrée, réclame des tablettes, un stylet, de la lumière; il renvoie tous ses gens à l'intérieur et lui-même concentre son attention, ses yeux, sa main, sur sa rédaction, de crainte que son esprit, livré à lui-même, n'entende des bruits imaginaires et ne se crée d'inutiles frayeurs. D'abord, comme partout ailleurs, le silence de la nuit; puis des bruits de fer et des mouvements de chaînes. Lui, ne lève pas les yeux, ne dépose pas son stylet, mais renforce sa concentration et en fait un écran contre ce qu'il entend. Alors le bruit s'intensifie, se rapproche : On l'entend déjà sur le seuil, pour ainsi dire, et déjà à l'intérieur. Le philosophe se retourne, regarde et reconnaît l'apparition dont on lui avait parlé. Elle se tenait debout et faisait signe du doigt, comme pour l'appeler; mais Athénodore, de la main, lui signifie d'attendre un peu et se penche à nouveau sur ses tablettes et son stylet. Elle, elle lui faisait résonner ses fers au-dessus de la tête pendant qu'il écrivait. Le philosophe se retourne, voit qu'elle lui fait le même signe qu'auparavant et, sans attendre, il prend la lumière et la suit. Elle marchait d'un pas lent, comme alourdie par les chaînes. Après avoir obliqué vers la cour, tout à coup, elle disparut, abandonnant son compagnon. Laissé seul, celui-ci marque la place d'un tas d'herbes et de feuilles. Le lendemain, il va trouver les magistrats et leur conseille de faire creuser l'endroit. On découvre, au milieu des chaînes, des os emmêlés que le corps en décomposition par l'action du temps et du sol, avait laissés décharnés et rongés par les liens. Rassemblés, ils sont enterrés aux frais de l'Etat. Après cela, la maison fut débarrassée des Mânes qui avaient reçu une sépulture selon les rites (Pline le Jeune, Lettres, VII,27)

 

Les raisons des bruits sont claires et ce sont les mêmes que dans la Vie de saint Germain d'Auxerre : le mort désire attirer l'attention sur son triste sort. N'ayant pas reçu de sépulture rituelle, il ne peut trouver le repos. Le bruit est donc ici un langage exprimant une demande, interprétation qui a traversé les siècles jusqu'à aujourd'hui. Cette histoire eut un grand succès et elle est reprise par Robert du Triez dans les Ruses, finesses et impostures des esprits malins (Cambrai, 1563), par le capucin Noël Taillepied (mort en 1589) dans le Traicté de l'apparition des esprits, ainsi que par Béroald de Verville (1558 - -1612), chanoine de SaintGautier de Tours, dans Le Palais des curieux (Paris, 1612), ce qui lui assura une large diffusion aux XVIe et XVIIe siècles. (Claude Lecouteux, La Maison hantée, 2007 - books.google.fr, remacle.org - Pline, Lettres).

 

Celui qui fait le sujet de cet article n'est ni le bibliothécaire de Pergame qui fut emmené à Rome par Caton, ni le contemporain de Salluste le cynique. Athénodore était né à Tarse, capitale de la Cilicie, ou plutôt dans une petite bourgade du voisinage appelée Cana; il faut à cet égard s'en rapporter à Strabon qui sut son ami, et rejeter l'assertion qui lui donne pour patrie Alexandrie. L'abbé Sevin a fait d'excellentes recherches sur la vie et les ouvrages d'Athénodore, dont le père s'appelait Sandon. Il est probable qu'il fut disciple de Posidonius, le plus célèbre stoïcien de l'époque : on en juge par l'analogie de leurs doctrines cosmogoniques. La correspondance de Cicéron avec Atticus fournit encore d'autres preuves de cette liaison. La haute réputation de Posidonius attirait beaucoup d'étrangers à Rhodes , qui était alors l'égale d'Athènes ; on croit qu'Athénodore y alla. Il résulterait aussi d'une lettre de Pline à Sura qu'il avait fait quelque séjour à Athènes. Ne trouvant pas à se loger il accepta le défi de s'installer dans une maison que personne ne voulait habiter, parce qu'un spectre affreux y apparaissait sans cesse. Vers le milieu de la nuit il se fait un horrible fracas ; le fantôme agite ses chaînes au-dessus de la tête du philosophe et lui fait signe de le suivre. Athénodore obéit, mais dans la cour le spectre disparaît. On fouille la terre et on y trouve un cadavre entouré de chaines. On peut inférer de quelques passages de Cicéron qu'Athénodore avait professe la philosophie à Apollonia. César lui recommanda Octave, que dès lors il songeait à faire son héritier: ce fut un de ceux qui servaient ce jeune homme avec le plus de zèle, l'éclairant de ses conseils dans les circonstances les plus difficiles. Devenu empereur, Octave fut toujours docile à ses avis ; il se vantait de le vénérer comme un maître et comme un père. Toutefois il n'est pas probable qu'il ait eu égard à ses représentations à l'époque des proscriptions. Un jour que l'empereur, qui ne respectait guère le lit conjugal de ses sénateurs, avait mandé chez lui une dame romaine, Athénodore trouva le mari en pleurs, apprit la cause de son désespoir, se vêtit en femme et se plaça dans la litière armé d'un poignard. L'étonnement d'Auguste fut grand lorsqu'il en vit sortir le philosophe au lieu de la dame qu'il attendait. « Ne craignez-vous pas, s'écria Athénodore en lui montrant son poignard, que quelque mari offensé ne profite ainsi de l'occasion de se venger?» Sénèque l'accuse de s'être retiré brusquement de la cour; il y a lieu de croire que ce fut après la rupture d'Antoine et d'Auguste, et qu'il n'éfait plus en Italie quand Mécène détourna ce prince de renoncer à l'empire. Athénodore, dit Plutarque, supplia Auguste de lui accorder en faveur de son grand âge la permission de retourner à Tarse. En le quittant il lui conseilla de ne parler ou d'agir lorsqu'il serait en colère qu'après avoir récité toutes les lettres de l'alphabet. Celui qui fut chargé de l'éducation de Claude fut donc un autre Athénodore, car il y a grande apparence qu'en l'an 744 de Rome, où naquit ce prince, le philosophe ne vivait plus. Il avait éprouvé beaucoup de dégoûts dans sa ville natale, pour laquelle cependant il obtint de la faveur d'Auguste une remise d'impôt. Athénodore avait pour antagoniste un poëte détestable, un citoyen peu délicat qui détournait les deniers publics, mais dont les flatteries avaient captivé la faveur d'Antoine. Un des partisans de cet homme, appelé Bœthus, fit subir les outrages les plus cruels à Athénodore, qui ne s'en inquiéta pas, triompha de ses ennemis et donna à sa patrie des lois qu'on observait encore au temps de Dion Chrysostome. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-deux ans, infiniment regretté de ses compatriotes, qui par reconnaissance ordonnèrent que désormais on lui ferait des sacrifices comme à un héros. Il avait écrit plusieurs ouvrages. Dans son traité des Catégories il combattait les divisions d'Aristote. Cicéron nous apprend qu'il avait composé un traité des Offices. Il écrivit aussi un livre intitulé De la noblesse, qui était entre les mains de tout le monde quand Cicéron vint prendre possession de son gouvernement de Cilicie. Athénée fait mention d'un ouvrage sur le travail et le délassement ou bien sur le travail et l'éducation, s'il faut adopter la leçon de Daléchamps qui est certainement la plus plausible. Le traité dans lequel il examinait la divination est encore moins connu. Diogène Laèrce nous apprend que l'auteur y soutenait qu'à la faveur des observations on pouvait pénétrer dans les mystères l'avenir. Il est certain qu'Athénodore dédia un livre à Octavie, sœur d'Auguste; mais sur quel sujet ? on l'ignore: on sait seulement que le fameux Scévola y était appelé Mucius Scéyola Posthumus. Enfin on avait encore d'Athénodore un traité sur les maladies épidémiques ; on s'y peut convaincre que l'origine de la lèpre et de la rage est plus ancienne qu'on ne le croit communément. D'autres attribuent ce livre à Démocrite. Il y a surtout une polémique assez vive dont l'abbé Sevin a donné la substance page 61 du tome XIII des Mémoires de l'Académie des Inscriptions. Quelques fragments paraissent se rapporter à une histoire ; nous les devons à Diogène Laërce ; mais ils se réduisent à trois indications, savoir : 1° que la libéralité de Dion de Syracuse avait mis Platon à même de pourvoir à la dépense des jeux; 2°que Théophraste était le fils d'un ouvrier; 3° qu'Hippocrate avait eu une conférence avec Démocrite. On ne trouve de vestiges de l'histoire de Tarse que dans l'endroit où Etienne de Byzance explique la fondation d'Achiale en Cilicie (Encyclopedie du dix-neuvieme siecle repertoire universel des sciences, des lettres et des arts, avec la biographie de tous les hommes celebres, Tome IV, 1841 - books.google.fr).

 

Poltergeist

 

On s'épuise à recenser tout ce qui parut sur les esprits de 1550 environ à 1700. [...] En 1557, Conrad Lycosthènes publie le Livre des prodiges, riche en monstres de toutes sortes mais, en 1559, ce sont les Histoires prodigieuses de Pierre Boaistuau (vers 1517 - 1566), sieur de Launay, qui annoncent la vogue des récits extraordinaires. [...] Il convient de noter que les auteurs sont la plupart du temps des savants, des érudits, des théologiens. Chacun est en mesure de constater que le problème des démons, des spectres et autres manifestations insolites furent l'une des grandes préoccupations de ces temps-là et l'on comprend dès lors le surgissement d'un nouveau vocable qui répond au besoin de nommer précisément un phénomène qui défraie la chronique.

 

Le vocable poltergeist apparaît pour la première fois au XVIe siècle, d'abord dans le Dictionnaire d'Érasme Alberus, publié en 1540 puis, en 1568, dans les Propos de table de Martin Luther, le réformateur bien connu. [...] Nous pouvons donc en déduire que le terme existe déjà à la fin du XVe siècle. Il s'écrit d'abord en deux mots, polter geyst, puis en un seul, une fois que le sens s'est fixé. Le terme est composé du radical du verbe poltern, « faire du bruit, du tapage », et de Geist, « esprit », qui désigne aussi bien le diable que les démons, les fantômes et les êtres des croyances populaires. [...] Pour Luther, il s'agit là d'une illusion diabolique que l'on peut dissiper par la prière ! (Claude Lecouteux, La Maison hantée, 2007 - books.google.fr).

 

Âmes immortelles ?

 

Au XVIe siècle en Angleterre, les protestants combattaient fortement la doctrine du purgatoire des catholiques, et avaient tendance à nier l'existence des fantômes (ou tout au moins des spectres errant sur le chemin du purgatoire), ce qui les menait à toutes sortes d'interrogations anxieuses. Mais au XVIIe siècle, le nombre des athées et des « libres penseurs» augmentant, protestants et anglicans se mirent à collecter les récits de cas, en vue de réassurer l'existence de la survie de l'âme, qui devait rester un dogme intouchable. Diverses personnalités, clercs ou laïcs, rassemblèrent alors des témoignages. Un de ces collecteurs fut Henri More, qui publia son Antidote à l'athéisme dans les années 1650. Le révérend Joseph Glanvill, ayant eu connaissance des histoires de fantômes de More, ne crut pas déchoir en allant étudier sur place le cas célèbre de Tedworth, sur lequel il publia un ouvrage en 1665. Le joueur de tambour de Tedworth raconte comment un jeune tambour démobilisé errait dans les rues d'une petite ville du Wiltshire en extorquant de l'argent aux habitants, les menaçant de tapage nocturne. En avril 1661, M. Mompesson de Tedworth, un magistrat local, lui confisqua son tambour et l'emporta chez lui, tandis que le jeune soldat était emmené en prison. Dans la pièce où était conservé l'instrument, se firent alors entendre des roulements de tambour... (Pascale Catala, Apparitions & maisons hantées: Réalité inquiétante ou fantasme ?, 2004 - books.google.fr).

 

Lucien de Samosate dans L'Incrédule reprend cette histoire d'Athénodore et la place dans un débat pour ou contre l'immortalité de l'âme. Le médecin Arignote, surnommé le divin, fait disparaîte un spectre d'une maison hantée de Corinthe, dont la réalité est contestée par un partisan de Démocrite qui pensait quer l'âme disparaissait lors de la mort (Œuvres de Lucien de samosate, Tome 4, traduit par Jean-Baptiste Massieu, 1787 - books.google.fr).

 

Les plus célèbres défenseurs de l'éternel retour en Occident furent les premiers stoïciens, Zénon, Cléanthe, Chrysippe, avant Diogène de Babylone et Panétios. La notion est d'origine babylonienne. Bérose (vers 290 av. J.-C.), prêtre de Bêl, est célèbre pour avoir exposé la théorie de l'Éternel Retour et de la Grande Année. Les astronomes babyloniens avaient découvert que les révolutions synodiques des planètes, les révolutions annuelles du Soleil et de la Lune sont des sous-multiples d'une même période commune, la Grande Année, au terme de laquelle le Soleil, la Lune et les planètes reprennent leur position initiale par rapport aux étoiles fixes. Ils en conclurent que la vie de l'univers est périodique, qu'elle repasse éternellement par les mêmes phases, suivant un rythme perpétuel. C'est l'idée du Retour éternel.

 

Quant à la survie de l'âme, les avis sont partagés. Pour Zénon, l'âme survivait bien au corps un temps assez long, mais finalement se dissiperait. Pour Cléanthe, les âmes subsistaient jusqu'à la conflagration. Pour Chrysippe, les âmes débiles succombaient à l'instant de la mort, ou peu après ; seules celles des sages; qui avaient su résister aux passions, participaient à cette immortalité restreinte. » (fr.wikipedia.org - Eternel retour (concept antique)).

 

Conflagration

 

Il a été très sérieusement question dans l'antiquité, comme Platon, Cicéron, Plutarque, etc., etc., nous l'apprennent, d'une période à laquelle on donnait le nom de grande année, d'année parfaite, d'année du monde. Censorin, citant un écrit d'Aristote, actuellement perdu, dit que l'hiver de la grande année est un cataclysme, un déluge, et l'été en conflagration. L'alternat de cataclysme et de conflagration n'était pas admis généralement. Certains philosophes ne croyaient qu'à des incendies, d'autres qu'à des déluges. Ces restes des opinions antiques, concernant la grande année, ont donné lieu, depuis l'ère chrétienne, à l'intervention de diverses théories contre les quelles l'Église a souvent lancé ses anathèmes (Sibger, La terre avant le déluge: avec une carte indicative, 1865 - books.google.fr).

 

Dans le stoïcisme, le Cosmos est une expression matérielle des pensées parfaites de Zeus, et l’apocatastase est le repli qui se produit quand Zeus revient à son auto-contemplation. Il se produira quand les étoiles et les planètes reviendront à leur position originelle, considérée comme devant être en alignement avec le Cancer ; alors, l’univers sera consumé par le feu (ekpurosis). L’antapocatastasis est une occurrence inverse qui se produit quand les étoiles et les planètes sont en alignement avec le Capricorne, et que l’univers est détruit par un déluge. Quand Zeus dirigera à nouveau ses pensées vers l’extérieur, le cosmos renaîtra ou sera reconstitué sous la direction et avec le soutien du Logos, qui est une émanation de Zeus9. Pour Macrobe, la voie de la réincarnation passe du Cancer au Lion (Le Songe de Scipion, I, 12, 4). (fr.wikipedia.org - Apocatastase).

 

Censorin (De Die natale, Chap. XVIII) a commenté brièvement : "Il y a encore l'année nommée par Aristote suprême, plutôt que grande, et que forment les révolutions du soleil, de la lune et des cinq étoiles errantes, lorsque tous ces astres sont revenus au point d'où ils étaient partis. Cette année a un grand hiver, appelé par les Grecs "kataklusmos", c'est-à-dire déluge ; puis, un grand été, nommé "ekpurôsis" ou incendie du monde. Le monde, en effet, semble être tour à tour inondé ou embrasé à chacune de ces époques. Cette année, d'après l'opinion d'Aristarque, se compose de 2484 années solaires. Arétès de Dyrrachium la fait de 5552 années ; Héraclite et Linus, de 10800 ; Dion, de 10884 ; Orphée, de 120000 ; Cassandre, de 3600000. D'autres enfin ont considéré cette année comme infinie, et ne devant jamais recommencer" (fr.wikipedia.org - Grande Année).

 

Dans le cadre temporel restreint des Centuries, on retient la durée d'Arétès de Dyrrachium de 5552 années (Celse Vitruve, Censorin: oeuvres complètes, Collection des auteurs latins avec la traduction en français de J. J. Dubochet, Firmin-Didot, 1857 - books.google.fr).

 

Arétès de Dyrrachium étoit un Chronographe estimé. Censorin le cite deux fois (Chap. XVIII et XXI du De Die Natale), et il est le seul Ecrivain ancien qui en parle. On me peut juger, par le peu qu'il en dit, du temps où il a vécu. Vossius a eu raison de le ranger dans la classe des Auteurs dont le siècle est incertain. Quoi qu'il en soit, ce Chronographe pensoit que l'intervalle entre la destruction de Troie et la première olympiade, étoit de 414 ans. Elle avoit, par conséquent, été détruite, selon le systême de cet Auteur, l'an 5524 de la période julienne, 1190 ans avant notre ère (Pierre Henri Larcher, Essai sur la Chronolgie d'Hérodote, Tome 7 de Histoire d'Hérodote, 1802 - books.google.fr).

 

La ville de Dyrrhachium (Durrhákhion) est devenue Durrës, deuxième plus grande ville d'Albanie après Tirana, au bord de la mer Adriatique. Elle était le point de départ de la via Egnatia, qui traversait l'actuelle Albanie et la Grèce jusqu'à Byzance.

 

Des colons venus de Corinthe et de Corcyre (selon Strabon, VI, 316) ont fondé en 627 av. J.-C. une cité appelée Dyrracheion. Son gouvernement oligarchique est cité en exemple de bon gouvernement par Aristote dans La Politique, mais finit par entraîner une guerre civile, qui, par l'intervention de Corcyre et de Corinthe à partir de 435 et le jeu des alliances entre cités, devient une des causes de la Guerre du Péloponnèse. Au IVe siècle av. J.-C., la cité appartient successivement aux royaumes de Cassandre et de Pyrrhus Ier. En 229 av. J.-C., les Romains s'emparent de la ville à l'occasion de la Première guerre d'Illyrie et la rebaptisent Dyrrachium, la seconde partie du nom grec de la ville, Epidamnos (Épidamne), -damnos étant en latin de mauvais augure. Pausanias (VI, 10, 8) précise que la cité romaine n'est pas exactement l'ancienne, mais se situe à une courte distance d'elle, et que le nom de Dyrrhachium est celui du fondateur éponyme. De fait, des monnaies du Ve siècle av. J.-C. portent le nom Dyrrachion (fr.wikipedia.org - Durrës).

 

Le savant Fréret dit que, de la naissance de Phaleg au Déluge, les Massorèthes (d'après le texte desquels a été faite la Version de la Vulgate) comptent 199 ans, ce qui fixe le Déluge à l'an 2725 avant J. C. Les Samaritains marquent 499 ans, ce qui fait remonter le Déluge à Pan 3270 avant J. C; enfin tous les exemplaires des Septante donnent à ce même intervalle 629 ans, ce qui établit pour l'époque du Déluge l'an 3520 avant J. C. Mém. de l’Acad. Royale des Inscript, et Belles-lettres, Tome III (Jean Baptiste Louis de Romé de L'Isle, Métrologie, ou tables pour servir à l'intelligence des poids et mesures des anciens et principalement à déterminer la valeur des monnoies grecques et romaines, 1789 - books.google.fr).

 

Si on ajoute 5552 ans à l'année -3520, on se retouve en 2033 (cf. quatrain VIII, 1 daté de 2031 : "plus feu qu'à sang sera" ; VIII, 2 daté de 2031-2032 : "Ie voye du ciel feu qui les environne" ; VIII, 3 daté de 2032 : "Dedans Turin seront ards [brûlés] les premiers"). La centurie VIII succède à la VII après une coupure (un trou) de 58 quatrains qui pourrait marquer un événement particulier (cf. Introduction).

 

Chez les chrétiens

 

Le mot employé chez les Grecs pour l'éternel retour est palingénésie, notion proche qui signifie « genèse à nouveau », « nouvelle naissance » ou « régénération » (fr.wikipedia.org - Eternel retour (concept antique)).

 

Les chrétiens attendent aussi une palingénésie, qui fait partie de leur croyance, el que Jésus-Christ est venu leur enseigner. Cette palingénésie n'est autre que la résurrection de la chair et la vie éternelle; car, selon saint Paul, la nature tout entière gémit et enfante douloureusement le grand jour de la révélation des enfants de Dieu; et nous attendons, ditv saint Pierre, de nouveaux cieux et une nouvelle terre dans laquelle habite la justice. Mais plusieurs chrétiens, des premiers siècles comme des derniers, prenant à la lettre certains passages obscurs de l'Apocalypse, ont rêvé une palingénésie terrestre, supposant que la justice aurait enfin en ce monde un règne universel et florissant, et que tous les justes formeraient sur la terre même, pendant mille ans, une république de paix et d'amour, qui aurait Jésus-Christ pour chef immédiat et visible (Françoise Bertrand, Dictionnaire universel, historique et comparatif, de toutes les religions du monde, comprenant le Judaisme, le Christianisme, le paganisme, Tome 3, Migne, 1857 - books.google.fr).

 

En son sens strict, ce terme correspond aux mots grecs de la racine d’anakaïnizeïn, que le Nouveau Testament applique à la rénovation constante et graduelle, par le Saint-Esprit, de l’image divine dans l’âme du racheté (2 Corinthiens 4.16 ; Romains 12.2 ; Colossiens 3.10 ; Hébreux 6.6 ; comparez ananeoûsthaï de Éphésiens 4.23). Cette restauration continue du chrétien suppose sa régénération préalable, et les deux termes sont associés dans Tite 3.5 : le renouvellement (anakaïnôsis) du Saint-Esprit y suit le baptême de la régénération (palingenesià). Ce dernier terme grec (de palin = de nouveau, et genesis = naissance) a donc ici une application individuelle, qui se trouvait dans les religions des mystères. [...]

 

Ce renouvellement ne concerne pas seulement la terre et les humains, mais l’univers entier, lequel est profondément troublé. Placé sous la domination de puissances mauvaises, le monde présent a pour caractéristiques essentielles le péché, la mort et l’impuissance (1 Corinthiens 1.20 ; 1 Corinthiens 2.6 ; 1 Corinthiens 3.18 ; 2 Corinthiens 4.4 ; Galates 1.4) ; le désordre y règne et ne peut être aboli que par une transformation de la création tout entière (Romains 8.20 ; Romains 8.22), où la souveraineté de Dieu sera rétablie (1 Corinthiens 15.28). Cette transformation se produira lors de la glorification du Fils de l’homme (Matthieu 19.28), ou parousie (voir ce mot), à la fin des âges, qui doit par la victoire du Christ (1 Corinthiens 15.24 et suivant) inaugurer un univers où l’ordre sera rétabli (1 Corinthiens 15.26 ; Colossiens 1.19 et suivant). Ce renouvellement, d’autre part, est souvent rattaché à des prophéties de l’Ancien Testament (Matthieu 17.11 ; Actes 3.21 ; 2 Pierre 3.13) (Renouvellement, Dictionnaire Biblique Westphal - www.levangile.com).

 

Paul de Tarse était mieux préparé que quiconque à voir les points de rencontre possibles entre la sagesse stoïcienne et le message chrétien. Sa ville natale, Tarse en Cilicie, était le carrefour de deux civilisations : celle de l'empire gréco-romain et celle du monde sémitique. Bien qu'il ait reçu avant tout l'éducation judaïque, il a été profondément marqué et ne pouvait pas ne pas l'être, étant donné sa puissance d'assimilation, par l'hellénisme. La lecture de ses E pitres prouve qu'il possédait à fond la langue grecque, qui était, en quelque sorte, sa langue maternelle, celle des savants et celle des gens du peuple. Par là, il devait nécessairement subir l'influence des idées et des sentiments que véhiculait cette langue, et, en fait, il emprunte des images et des expressions propres à l'hellénisme. De plus, quand il n'était encore qu'un enfant, vivait à Tarse un professeur tout à fait en renom, que Sénèque admirait : Athénodore, l'élève de Posidonius. Saint Paul a dû écouter, quand il se rendait à l'école, les leçons que les philosophes stoïciens et cyniques donnaient, dans les rues et sur les places, sur les questions religieuses, morales et sociales. Aussi a-t-il appris de cette façon quelles étaient les préoccupations spirituelles des païens, leurs aspirations et quels étaient les moyens de piquer leur curiosité. Il est extrêmement probable même que, lorsqu'il revint à Tarse après sa conversion, aux environs de l'an 39, il s'initia, en écoutant des orateurs helléniques, à l'art populaire de la discussion, à la diatribe et qu'il perfectionna sa connaissance du grec. [...]

 

Saint Paul, le premier, essaya de s'appuyer sur la doctrine stoïcienne pour y couler son message, son évangile. Il est dit dans les Actes des Apôtres (XVII, 18) que ses auditeurs, à Athènes, étaient des épicuriens et des stoïciens, mais la lecture de son discours prouve avec évidence qu'il ne s'adresse qu'aux stoïciens, les seuls avec lesquels un dialogue pouvait s'engager (A. Jagu, Saint Paul et le Stoïcisme. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 32, fascicule 3, 1958 - www.persee.fr).

 

Dans Les Actes des Apôtres il est noté le « rétablissement (apocatastase) de toutes choses, dont Dieu a parlé » (restitutionis omnium quae locutus est Deus) : Actes 3:21 « que le ciel doit recevoir jusqu'aux temps du rétablissement de toutes choses, dont Dieu a parlé anciennement par la bouche de ses saints prophètes. » (Segond, 1910) (fr.wikipedia.org - Apocatastase).

 

La Renaissance a christianisé certains éléments de la doctrine héraclitéenne, comme par le rapprochement entre l'ekpurosis et le Jugement dernier (Françoise Joukovsky, Le feu et le fleuve: Héraclite et la Renaissance française, 1991 - books.google.fr).

 

Héraclite, comme tous les penseurs d'Ionie (Thalès, Anaximandre) pense « que, la substance demeurant, seuls ses états changent », « que rien ne se crée et que rien ne se détruit » (Aristote, Métaphysique, A, 3). Il voit en toutes choses un lieu de contradictions et il envisage le dépassement de ces contradictions en une harmonie. Il ajoute l'idée de période, de Grande Année, estimée à 10800 années solaires. « Héraclite pense qu'à un moment donné le monde s'embrase et qu'à un autre moment il se reconstitue de nouveau lui-même à partir du feu, selon certaines périodes de temps, dans lesquelles, dit-il, il s'allume en mesure et s'éteint en mesure. Plus tard les stoïciens ont partagé la même idée » (Simplicios, Héraclite, fragment A10) (fr.wikipedia.org - Eternel retour (concept antique)).

 

Dans la théologie chrétienne, le terme apocatastase ne désigne pas uniquement des positions condamnées, mais il peut aussi servir à intituler des hypothèses ou conjectures théologiques (théologoumènes) sur les fins dernières et la restauration de toutes choses en Christ ou en Dieu. Parler d'apocatastase, c'est, dans un langage simple, se demander si « tout le monde ira au paradis », ou bien, selon la question posée par Hans Urs von Balthasar, celle de savoir si l'enfer est vide. Considérée comme un théologoumène, l'apocatastase est tenue pour relever d'un questionnement juste et pertinent mais auquel il est impossible d'apporter des réponses certaines et qui, à ce titre, ne relève pas du dogme ou de l'orthodoxie. Ce qui empêche le théologien chrétien de se prononcer sur l'apocatastase est que le questionnement dont relève cette notion porte sur le problème du salut, problème qui par ailleurs relève du jugement de Dieu. Pour un chrétien, il semble donc impossible d'y répondre sans se substituer à Dieu et à son jugement (fr.wikipedia.org - Apocatastase).

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