attentat nice

Attentat de Nice

 

VII, 19

 

2013

 

Le fort Nicene ne sera combatu,

Vaincu sera par rutilant metal:

Son faict sera vn long temps debatu,

Aux citadins estrange espouuental.

 

"Nicene" sans doute du latin "nicaena" renvoie autant à Nice qu'à Nicée ou nicéen (en lien avec la victoire, grec nikè) (Jean Charles de Fontbrune, Nostradamus, Historien et prophète, Editions du Rocher, 1980, p. 232). La coïncidence veut que le quatrain se place en 2013, 3 ans avant qu'un événement notable se soit déroulé dans la capitale de la Côte d'Azur.

 

Comme pour d'autres quatrains, un événement du passé annoncerait un événement du futur comme dans ce que l'on appelle la typologie dans l'éxégèse biblique entre l'Ancien et le Nouveau Testament.

 

En 1544, les Consuls de la ville élevèrent à Catherine Seguranna une statue en pierre, qui resta longtemps placée au haut de la porte dite Pairolière. L'inscription suivante gravée au bas du piédestal conserva le souvenir de son dévouement lors du siège de Nice en 1543 : "NICAENA . AMAZON / IBRVENTIBVS . TVRCIS . OCCVRRIT / ERREPTO . VEXILLO / TRIVPHVM . MERVIT / MDXLIII" (Répertoire des travaux, publié sous la direction de P.-M. Roux, Société de statistique de Marseille, 1856 - books.google.fr).

 

"Aux citadins estrange espouuental"

 

L'attentat du 14 juillet 2016 à Nice est une attaque terroriste islamiste au camion-bélier, qui s'est déroulée à Nice (France) dans la soirée du 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien domicilié à Nice, conduit un poids lourd sur la promenade pendant près de deux kilomètres, prenant pour cible une foule de civils, à l'issue du feu d'artifice donné pour la fête nationale. L'attaque cause la mort de 84 personnes le jour même et fait 434 blessés physiques. L'attentat est revendiqué le 16 juillet par l'organisation terroriste État islamique (dite « Daech ») (fr.wikipedia.org - Attentat de Nice).

 

Notons que "nicene" est l'adjectif anglais pour "nicéen" (en particulier au sujet du Concile de 325).

 

Le siège de Nice eut lieu autour des enceintes de la ville puis de la citadelle de juin à septembre 1543. Il se déroula dans le cadre de la Neuvième guerre d'Italie (1542-1546). Le point culminant fut atteint au mois d'août 1543. Durant vingt jours, vingt mille Franco-Turcs, sous les ordres du comte d’Enghien, mirent le siège devant la ville puis le château pendant que 120 galères de combat de la Sublime Porte, commandées par Khayr ad-Din Barberousse (au service du sultan Soliman le Magnifique), attaquèrent Nice par la mer. Cette armada était accompagnée de 40 galiotes, 4 mahonnes et 22 galères françaises. Après avoir réussi à prendre la ville, les assiégeants franco-turcs échouèrent face à la résistance acharnée du château et se retirèrent les 8 et 9 septembre 1543 devant l'arrivée des troupes impériales conduites par Charles II de Savoie et le marquis Del Vasto (fr.wikipedia.org - Siège de Nice).

 

"Fort Nicene"

 

Le "Fort Nicene" peut avoir une connotation ironique s'il traite de l'histoire du duc de Savoie Charles II ou III (1486-1504-1553).

 

Le duc Charles III, sans armée, sans argent, sans secours, avoit été obligé de se retirer à Nice. Il fit alors graver une devise plus fière que convenable à sa situation ; c'étoit un bras nu dont la main tenoit une épée avec cette légende : Spoliatis arma supersunt. L'invasion de ses Etats dura près de vingt-quatre ans, c'est-à-dire, jusqu'en 1559, date d'un traité de paix, qui fut conclu à Cateau-Cambrésis, entre le roi Henri II et le duc Emmanuel-Philibert , fils et successeur de Charles III. Par ce traité, le roi Henri restitua la Savoie et le Piémont au duc, et lui donna en mariage Marguerite de France, sa sœur. Les Bernois et les Valaisans, de leur côté, lui remirent aussi une partie de leurs conquêtes (Joseph de Verneilh Puiraseau, Statistique générale de la France, 1807 - books.google.fr).

 

Dès 1552 les consuls de Nice font construire une chapelle dédiée à Notre dame du sincaïre qui entend montrer que la ville de Nice, en résistant héroïquement aux Turcs et à leurs alliés, est un vrai fer de lance de la croisade. Nice s'inscrit donc dans cet idéal combattant qui anime tout le XVIe siècle (fr.wikipedia.org - Siège de Nice).

 

"Vaincu sera par rutilant metal"

 

"rutilant" signfie rouge, et le métal rutilant peut être le cuivre. Il existe un cuivre de Nicée (nikaion) qui entre dans des recettes alchimiques (Marcellin Berthelot, Histoire des sciences: la chimie au Moyen Age, Volume 3, 1893 - books.google.fr).

 

L'empire de Nicée, créé après la prise de Constantinople par les Francs en 1204, produisit entre autres une monnaie de cuivre (nomisma portant le nom de staménon) (Cécile Morrisson, Numismatique byzantine, Annuaire 1976 - 1977, Association de prévoyance et de secours mutuels des médecins du département du Nord - books.google.fr).

 

En 1097, les Croisés assiègent Nicée (Bithynie) et massacrent nombre de musulmans, mais c'est l'empereur byzantin Alexis qui recueille la place à force de négociation et d'argent. Le Fort de Nicée serait alors Kildj-Arslan, sultan de Nicée (Charles Lebeau, Histoire du Bas-Empire, Volume 15, 1833 - books.google.fr).

 

Les besoins d'argent du duc Charles de Savoie peuvent justifier ce vers.

 

En 1529, le duc installe un hôtel des monnaies à Nice pour suppléer à ceux de Chambéry et de Turin, villes occupées par les Français.

 

Nous pensons que la maison Caissotti proche de la Porte St Eloi s'élevait au sud du moulin. Dans les actes elle est dite "la Zecca" (de l'italien issu de l'arabe sikka, coin monétaire d'où atelier) ; c'était l'ancien Hôtel de la Monnaie fondé en 1529 qui fonctionna jusqu'en 1590 (Luc F. Thevenon, Edifices religieux (églises, chapelles) et développement urbain à Nice du Moyen Age à l'Empire, Volume 3, 1984 - books.google.fr).

 

A l'évidence, ce sont ces exercices de la Cisterna fulcronica (Jouan-Francès Fulconis, 1562) qui sont les plus riches en renseignements sur la vie économique à Nice au XVIe siècle : sous nos yeux, on a procédé à des changes de monnaies, grâce à une table des valeurs établie pour l'an 1555, on a on a acheté du blé en Arles, échangé du satin de Lucques contre de l'étamine du Languedoc, un navire, vraisemblablement armé à Nice, a conduit des balles de laine de Majorque à Gênes. On a importé des fromages de Sardaigne, réglé des problèmes d'héritage, d'impôts sur les feux, on a procédé à des alliages d'argent et d'or, améliorant le titre d'un lingot ou associant des vaisselles d'argent. On a même joué aux dés, et présenté quelques tours de «magie mathématique» pour briller en société. L'ensemble est donc composé de 347 calculs, problèmes, exercices, vérifications, qui illustrent les explications données. [...] Les renseignements utilisables peuvent se répartir à deux niveaux, suivant qu'ils apparaissent dans les situations proposées (règles de «compagnias» par exemple) et que l'auteur recherche dans l'univers qui l'environne, soit qu'ils constituent des types d'activités mathématiques plus générales, traduisant les centres d'intérêt de l'époque : il en est ainsi des problèmes concernant les alliages d'or et d'argent - le fameux «soldefin» - et des changes monétaires. Le premier document riche en renseignements que nous présente Fulconis est une table très complète des monnaies, poids et mesures utilisables en 1555, et dont l'étude détaillée nous permet de mettre en évidence les relations économico-géographiques de Nice : il s'agit bien évidemment des Etats de Savoie (Roger Rocca, Juan-Francès Fulconis, témoin de l'activité économique de Nice au XVIème siècle, Le comté de Nice, de la Savoie à l'Europe: identité, mémoire et devenir, 2006 - books.google.fr).

 

Il explique comment abaisser un titre et la valeur d'un alliage et y mettre du cuivre par exemple.

 

Un "Fort Nicene" plus pertinent

 

Si rutiler prend le sens de "briller d'une façon éclatante" qui remonte à 1529-1545, alors l'or est candidat (Le Policratique de Jean de Salisbury, 1372, 2006 - books.google.fr, Bernard Quemada, Matériaux pour l'histoire du vocabulaire français: Datations et documents lexicographiques, Partie 4, 1972 - books.google.fr).

 

Le célèbre Khizir Khayr ad-Dîn, dit Barberousse, Grand amiral de l'Empire ottoman, né en 1466 dans l'île de Lesbos, Barberousse fut proclamé roi d'Alger par les corsaires et les soldats. [...] En 1533, Barberousse, convoqué à Constantinople par Soliman le Magnifique, fut nommé Grand Amiral de la Flotte Ottomane par le Sultan. Confiant, il enchaîna les conquêtes à travers la Méditerranée et sema la terreur sur ses côtes auprès de la population par des atrocités, des pillages. C'est investi du titre de beylerbey qu'il prépara la campagne contre Tunis, cherchant à punir le sultan hafside et à annexer des territoires pour le compte de la Sublime Porte. Il attaqua la Tunisie et profita des dissensions des Hafsides pour entrer dans Tunis (août 1534). Il proclama la déchéance des Hafsides et installa une garnison à Kairouan. Les Espagnols, aidés par les Tunisiens inquiets de ces succès, furent appelés au secours par le sultan hafside détrôné, Abû `Abd Allâh Muhammad V al-Hasan. Charles Quint prit lui-même la tête d'une expédition de 412 bâtiments et 27 000 hommes. Il reprit Halq al-Wadi (Halk el-Oued ou La Goulette), port de Tunis (14 juillet 1535), puis Tunis même avec l'aide des habitants. Les Espagnols massacrèrent le tiers de la population de la ville pendant trois jours, avec l'accord du roi hafside. Barberousse avait alors fui le champ de bataille pour échapper aux troupes impériales victorieuses et s'était réfugié à Bône. Il revint alors à son activité de corsaire (fr.wikipedia.org - Khayr ad-Din Barberousse, Khizir Khayr ad-Dîn dit Barberousse (1466-1546) - www.portcrosparcnational.fr).

 

Après plusieurs mois de cohabitation, François Ier dut se rendre à l'évidence : son allié ne respectait pas les lois de la guerre, sans parler des engagements du "duumvirat" établi quelques années auparavant. Le roi demanda à Barberousse II de quitter la France. Le corsaire mit ses conditions. Il fallait lui payer un "dédommagement" de 800 000 écus d'or (1,6 millions de livres tournois) et lui livrer 100 000 quintaux de biscuits. De plus, Barberousse II demandait que le duc d'Enghien l'accompagnât jusqu'à Constantinople où le sultan devait recevoir son vassal en grand vainqueur... des chrétiens ! (Louis Schlosser, La vie de Nostradamus, Belfond, 1985, p. 145).

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