Lex horroris et Loi de credence

Lex horroris et Loi de credence

 

VII, 36

 

2025-2026

 

Dieu, le ciel tout le divin verbe a l'onde,

Porté par rouges sept razes a Bizance,

Contre les oingts trois cens de Trabisonde

Deux loix mettront, & horreur, puis credence.

 

Ondoiement

 

«Petit baptême», «baptême de précaution», «baptême de cheminée», selon les termes recensés par Jacques Gélis, l'ondoiement est vu par les historiens modernistes comme une pratique courante dans la France catholique des XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier dans les élites sociales. L'examen des dictionnaires est riche d'enseignements quant à l'usage et au sens du mot, au contenu et à la signification d'une pratique ancienne liée à la croyance aux limbes. Ainsi, dans le dictionnaire de Furetière (1695), ondoyer signifie «jeter de l'eau sur la tête d'un enfant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en attendant les cérémonies de baptême», tandis que dans la première édition du dictionnaire de l'Académie française (1694), le même verbe veut dire : «baptiser sans y apporter les cérémonies ordinaires de l'Église. Cet enfant est en danger, il le faut ondoyer, il a esté ondoyé». L'édition de 1762 de ce même dictionnaire ajoute le substantif «ondoiement», défini comme un «baptême où l'on n'observe que l'essentiel du Sacrement; les cérémonies se suppléent ensuite». Le dictionnaire de Trévoux (édition de 1771) reprend une grande partie des définitions antérieures tout en les complétant (Guido Alfani, Philippe Castagnetti, Vincent Gourdon, Baptiser: Pratique sacramentelle, pratique sociale (XVIe-XXe siècles), 2009 - books.google.fr).

 

Il semblait qu'il manquait le saint esprit dans le premier vers.

 

Byzance orthodoxe

 

Le patriarche est formellement nommé par le Saint Synode qui comprend métropolites et hauts dignitaires du patriarcat, mais le choix doit être approuvé par le sultan, peut-on s'opposer à lui ? il reste donc aux candidats à lui plaire, pour que pour que, son choix une fois connu, le Saint Synode, en particulier ses membres laïques, l'entérine. Et comment plaire ? C'est là que l'argent intervient. En 1466 Siméon de Trébizonde offre au grand vizir un cadeau, 1 000 pièces d'or, pour faire pression sur le Synode, la veuve de Murad II - une orthodoxe - offre également 2 000 pièces pour soutenir son candidat; dès lors le cadeau devient institution, le peskes, c'est vite l'engrenage et la surenchère, et dès 1474 un candidat, Raphaël promet 2 000 pièces d'or par an. Les autorités ottomanes tirent profit de la situation en demandant cadeau et versement annuel, et cherchent à multiplier les élections pour encaisser plus souvent; attendre la mort du patriarche ? autant trouver une raison pour le condamner ou le faire destituer par le Synode en jouant des ambitions des factions grecques. Entre 1453 et 1654 on compte 39 patriarches, mais 64 nominations (l'un deux exerça 6 fois cette fonction dans sa vie). Un "élu" donne alors 3 000 pièces, promet une somme identique par an et s'engage à nourrir ses gardes turcs en viande; puis comme les candidats ne trouvent plus les moyens de payer davantage, le rythme des "rotations" se ralentit au  XVIIIe siècle. Bien sûr, avec de telles pratiques, peu de patriarches meurent à leur poste, 21 seulement sur un total de 159 pendant la domination ottomane, sans oublier l'exceptionnel Kallinikos III qui, en 1726, après avoir versé 5 600 pièces d'or pour être élu, meurt d'émotion le jour même.

 

Où trouver autant d'argent ? Les patriarches sont souvent remarquables mais d'origine modeste et sans fortune; très vite chacun d'eux est soutenu par un groupe d'intérêt politico-financier, les grandes familles de Trébizonde ou de Constantinople, les monastères de l'Athos (qui dès le XVIIe siècle n'ont plus guère les moyens), le roi de Géorgie, les dirigeants moldaves ou valaques, les ambassadeurs étrangers. Ainsi Cyrille Ier Loukaris, l'un des plus importants, manque-t-il l'élection en 1612 faute d'argent (l'adversaire offre 8 000 pièces d'or), mais réussit en 1620 avec le soutien de la Grande Bretagne et de la Hollande qui apprécient son intérêt pour le calvinisme; immédiatement les puissances catholiques, France, Autriche et les Jésuites intriguent contre lui et en 1623 montent une accusation de "correspondance avec l'ennemi en temps de guerre" qui lui vaut un exil immédiat; le remplaçant prévu ne parvient pas à réunir les sommes nécessaires, un troisième candidat survient, mais l'argent anglais parvient rapidement à faire réélire Loukaris. En 1635 l'Autriche finance ses adversaires, Cyrille Ier est déposé, mais deux ans plus tard, le Synode dépose son successeur jugé trop nettement pro-papiste et le feuilleton se poursuit, jusqu'à l'exécution en 1638 de Loukaris qui aura été patriarche à six reprises (Joëlle Dalègre, Grecs et Ottomans, 1453-1953: de la chute de Constantinople à la disparition de l'empire ottoman, 2002 - books.google.fr).

 

On savait déjà que le mois de juin 1638 avait vu Cyrille II Contaris, métropolite de Berrhée en Macédoine, succéder pour la dernière fois à Cyrille Ier Lucaris ; on saura désormais que l'événement eut lieu le 20 juin. Du 20 au 27, les Turcs gardèrent Lucaris dans un cachot de Rouméli-Hissar, sur la rive thrace du Bosphore, et le 27, après l'avoir hissé sur une barque, ils lui passèrent la corde au cou et jetèrent son cadavre aux flots (Echos d'Orient: revue bimestrielle de théologie, de droit canonique, de liturgie, d'archéologie, d'histoire et de géographie orientales, Volume 12, 1909 - books.google.fr).

 

Athanase III Patellaros était né probablement en 1697, à Rhétimne, dans l'île de Crète. Il restait alors fidèlement attaché à l'Eglise grecque, si fidèlement que le patriarche de Constantinople, Cyrille Lukaris, qui occupait alors pour la quatrième fois le trône patriarcal, le consacra en 16?2 métropolite de Salonique. Athanase savait de toute évidence que Cyrille Lukaris était farouchement hostile à l'Eglise catholique. Il fut certes régulièrement élu Patriarche au début de mars 1634, mais quelques semaines après il était dépossédé de son trône par Cyrille Lukaris. Désormais, Athanase se considérera toute sa vie comme le seul Patriarche légitime et ne verra dans tous les autres que des usurpateurs. Athanase poursuivit son dessein jusqu'au bout. Il se rendit à Ancône dans les États de l'Église où il arriva en septembre 1635, au moment où Lukaris venait d'être de nouveau chassé du patriarcat et remplacé pour la seconde fois par Kontaris. D'Ancône il écrivit une lettre, dans le sens que nous avons dit, au pape Urbain VIII et à la Congregatio de propaganda fide. Cette lettre fut confiée à son neveu le Protosyncelle Néophyte qui devait rencontrer ses deux cousins, Georges et Laurent, au collège grec de Rome. On se demande en quels termes les trois cousins parlèrent entre eux de leur oncle. Athanase avait écrit qu'il attendrait à Ancône la réponse de la Curie. Celle-ci avait donc tout le temps de méditer sa réponse. Il est hors de doute que la préparation de cette réponse mit la Curie dans une grande perplexité. Depuis le concile de Florence, jamais un Patriarche byzantin n'avait plus demandé le secours de la papauté. D'ailleurs, pour l'Eglise catholique, il existait déjà un Patriarche de Constantinople : Ascanio Gesualdo (1618-1638), lequel, il est vrai était en même temps archevêque de Bari. Ce personnage n'était donc sans doute reconnu à Rome que comme Patriarche en titre, mais alors la distinction entre Patriarche résident et Patriarche en titre n'était pas encore clairement établie. Et, en admettant même que Gesualdo ait été réellement reconnu comme Patriarche résident, il n'est pas sur que l'on sût au juste si sa juridiction s'étendait seulement aux Latins de Constantinople ou à tous les chrétiens établis dans cette ville. Ajoutons que l'homme qui occupait alors le trône patriarcal à Constantinople, Cyrille Kontaris, n'était pas non plus un inconnu pour la Curie romaine. Il avait de bonnes relations avec les Jésuites de Constantinople. Pourtant, il avait négligé de signaler au pape sa récente élévation au patriarcat (1635), tout comme il avait déjà omis de le faire lors de son précédent patriarcat (i633). Sa doctrine théologique n'était pas non plus absolument claire. Enfin, une certaine tension régnait entre les Jésuites et l'ancien secrétaire de la Congrégation. Les sept cardinaux qui formaient la commission appelée à régler la question posée par Athanase avaient donc là matière à réflexion. On décida finalement d'envoyer à Ancône le custode de la Bibliothèque Vaticane, Orazio Giustiniani, originaire de Chio. La lettre par laquelle on annonçait cette mission au patriarche portait l'adresse suivante : Athanasio, patriarchae Constantinopolitano nuncupato. Le terme nuncupato a de quoi frapper le lecteur. Peu nous importe le détail des négociations, ce petit article ayant surtout pour sujet les hésitations d'Athanase, balancé entre l'Orient et l'Occident. Arrivons à l'essentiel : le 21 octobre 1635, peu avant son départ d'Ancône et non sans quelque hésitation, Athanase souscrivait devant l'évêque d'Ancône Jean Alois Galii, spécialement mandaté à cet effet, à la profession de foi telle que le pape régnant Urbain VIII l'avait libellée à l'intention des Grecs. Il obtint un appui financier assez modeste (1500 écus), mais il n'obtint pas le principal : sa reconnaissance comme seul Patriarche légitime de Constantinople. Il paraît certain qu'Athanase ne tarda pas à quitter Ancône. Dès le 25 octobre 1635, il était à Venise. Il avait sûrement des amis dans cette ville où il séjourna six mois. Il renouvela ses efforts, mais en vain, pour déterminer la Curie à intervenir nettement en sa faveur.[...] Il trouva asile au monastère de Pagoni, près de Iassy, dépendance du monastère de Hiéropotamu sur le Mont Athos. On y était très strict, pour tout ce qui regardait la doctrine. On n'avait assurément pas de sympathie particulière pour le calvinisme à la manière de Cyrille Lukaris. Mais on n'y avait pas non plus de sympathies latines. [...] Ses rapports avec Rome finirent par cesser complètement. [...] Ce n'est ni à Venise ni en Occident, c'est à Moscou qu'on avait plus de chance d'obtenir un secours contre l'oppression turque à Constantinople.En 1653 il occupa pour la deuxième fois, de façon éphémère, le trône patriarcal, grâce à des appuis venus très probablement de Moldavie. Mais Athanase, dès alors, était également en mauvais termes avec les Moldaves, et il ne retourna pas en Moldavie après sa seconde destitution. Le 15 avril 1653 (ancien style), il arrivait à Moscou. Le seul point qui intéresse notre sujet est le mémoire qu'Athanase fit parvenir au tsar très peu de temps avant son départ de Moscou, au cours de l'audience où il prit congé du souverain. A notre connaissance, c'était la première fois dans l'histoire russe que la possession de Constantinople se trouvait mentionnée comme un objectif visé par la politique étrangère de Moscou. On invoquait un argument religieux : la « capitale de l'Orthodoxie » ne devait pas être aux mains des Turcs musulmans, mais bien du tsar de Moscovie. Le 17 décembre 1653 (ancien style), Athanase repartait de Moscou. Il atteignit, gravement malade, en mars 1654, le monastère de Luben, sur la rivière Sala, affluent du Dnepr. Le 5 avril (ancien style), Athanase mourut dans ce monastère et fut bientôt enseveli comme Patriarche dans l'église du monastère, assis sur son trône comme le voulait la tradition (A. M. Ammann, Revue des études slaves, Athanase III Patellaros, patriarche de Constantinople, ex-catholique et saint russe, Volume 28, Sorbonne. Institut d'études slaves, 1950 - books.google.fr).

 

Le rouge est la couleur cardinalice ; Nostradamus précise à l'occasion qu'il s'agit de chapeaux rouges : «Par chapeaux rouges querelles & nouveaux scismes» (C 5.46.1), mais le nom les rouges lui suffit la plupart du temps : «Puis les deux rouges ensemble feront chere» (C 5.22.4), «Dieu, le ciel, tout le divin Verbe à l'onde, / Porté par rouges sept razes à Bizance» (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus : (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

"Trebisconde"

 

Jean-Ignace Mindonios (1610/11-1619/20), évêque de Trébizonde, qui étudia au collège grec de Rome, fut attaché au catholicisme comme en témoignent Jobert et Allatius, et aurait même été considéré par Louis XIII comme un candidat possible au siège de Constantinople, au moment de l’affaire Loukaris ; celui de Cyrille "o spoudaios" (1628-1638), qui étudia au collège jésuite de Galata, à Constantinople, s’unit à Rome et fut de ce fait déposé par Loukaris, s’installa pour finir à Paris, où il mourut, seul, sans ressources et dans l’incapacité « de pratiquer son rite ». Ces maigres témoignages montrent que l’Église de Trébizonde fut confrontée au prosélytisme romain, malgré son éloignement de la sphère occidentale et l’absence de consulats sur son territoire La situation semble avoir été plus favorable aux Catholiques à partir de 1682, date à laquelle ils eurent l’autorisation de fonder un collège. Or cet événement, qui aurait pu être à l’origine d’une vague de conversions, s’avéra au contraire le catalyseur d’un extraordinaire mouvement de renouveau pour l’Orthodoxie pontique (Vassa Kontouma, Christianisme orthodoxe, Le Phrontistèrion de Trébizonde et ses manuscrits conservés à l’IFEB, Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences religieuses, 120, 2013 - books.google.fr).

 

"Bizance"

 

Byzance pourrait représenter la personne d'Athanase Patellaros, comme orthodoxe grec, ou bien la ville de Venise où il séjourna. Les 7 cardinaux ne semblent s'être déplacés pour aller à la rencontre d'Athanase, comme le fit Orazio Giustiniani.

 

Bessarion écrivit en 1468 qu'il choisirait volontiers Venise comme patrie, puisqu'elle était « presque une autre Byzance » (un quasi alterum Byzantium). Ce théologien et philosophe humaniste, qui se convertit au catholicisme et qui, après la chute de Constantinople, déploya tous ses efforts pour convaincre les souverains de l'Occident d'entreprendre une croisade contre les Turcs, fit don en cette même année de sa précieuse collection de manuscrits à cette «autre Byzance».  Il n'y aurait aucun danger pour les livres, écrivit-il au doge, étant donné que la paix, l'ordre et la justice régnaient dans la ville. Si pour Bessarion Venise était une autre Constantinople, pour Aldus Manutius et Markos Moussouros, c'était  «l'autre Athènes» (alterne Athenae), l'autre Grèce, qui avait pris naissance dans la Sérénissime. Quelques années plus tard, en 1494, dans un discours écrit en grec, l'humaniste vénitien Pietro Bembo encouragea ses compatriotes à sauvegarder les lettres grecques qui, restées orphelines, demandaient à être protégées par Venise. Les Vénitiens, écrivit Bembo, étaient les héritiers uniques des lettres grecques et comptaient, parmi eux, les meilleurs comprend aisément pourquoi Venise, où les lettres grecques trouvèrent un terreau propice pour s'épanouir, devint avec le temps la capitale intellectuelle de l'hellénisme de la diaspora (Bulletin du bibliophile, 2005 - books.google.fr).

 

Ce fut le vieux Gemistus Plethon, un des réfugiés de Constant]nople, qui développa dans Cosme de Médicis le goût si vif, si prononcée pour la philosophie platonicienne. On traitait alors la plus grande question du monde catholique, la réunion des deux églises grecque et latine, et Gemistus Plethon se jeta dans la lice avec ardeur ; sa dissertation souleva la vieille querelle entre la philosophie d'Aristote et de Platon. Deux savants grecs, le cardinal Bessarion et George de Trébizonde, répondirent à la thèse de Gemistus Plethon, l'ardent défenseur de l'église de Constantinople. Pour apprécier la tendance de cette époque vers les études grecques, il est bon de voir, quels honneurs, quelle riche destinée étaient réservés aux savant» qui, du Bosphore ou même de l'Asie mineure, Tenaient s'établir en Italie. Le savant helléniste, que le pape Eugène IV grandit jusqu'à la pourpre romaine, sous le nom de Bessarion, était né à Trébizonde, et depuis son enfance adonné à toutes les études de philosophie. Quand l'empire fut envahi par les Turcs, il se réfugia en Italie, et sa science de l'antiquité fut si vaste que le pape n'hésita pas à le rattacher à l'Église par le cardinalat. Bessarion, belle et active intelligence , légat du pape à Bologne, y donna une noble impulsion à l'université, en appelant auprès de lui tous les réfugiés de Byzanca et de l'Asie mineure. On parla désormais la langue grecque à Bologne, comme l'italien même (Jean Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Francois Ier et la renaissance 1515-1547, Tomes 1 à 2, 1843 - books.google.fr).

 

"trois cents"

 

Ce nombre pourrait faire référence à la quantité de questions auxquelles répond le patriarche Photius dans un de ses ouvrages.

 

Les Amphilôkhia sont une somme de la théologie orthodoxe, mais une somme en liberté, pourrait-on dire, puisque l'ordre des matières n'est pas réglé par un plan préconçu, ni more geometrico, mais à la manière d'un dialogue. Comme dans les Questions à Thalassios, de saint Maxime le Confesseur, saint Photius répond aux questions que lui a posées Amphilochios ou Amphiloque, métropolite de Cyzique, et qui vont de l'histoire, de la biographie et de l'exégèse biblique, aux notions théologiques les plus délicates, en passant par l'exposé développé de points de philosophie - les dix catégories d'Aristote -, le commentaire d'ouvrages ascétiques ou mystiques - comme l'Echelle de saint Jean Climaque -, les difficultés juridiques ou canoniques. L'ouvrage s'ouvre par un prologue où l'auteur annonce son intention de répondre à trois cents questions posées par Amphilochios. Photius a dédié son ouvrage à l'un de ses plus diligents disciples. L'édition Westerink, collection Teubner, donne trois cent vingt-neuf questions - et réponses. Les questions 1 à 75 forment un ensemble cohérent, presque entièrement consacré à l'interprétation de textes scripturaires qui font difficulté. Photius commente le plus souvent la Genèse, l'Exode, l'Evangile de Jean et les Epîtres de Paul.  De la question 76 à la fin, la tradition manuscrite n'est pas unanime, et les recoupements se font plus nombreux entre les Amphilókhia et d'autres collections photiennes (Lettres et Bibliothèque). Il ne fait aucun doute que le patriarche a souhaité incorporer des matériaux de ses lettres dans les Amphilochia, mais il n'est pas certain que les copistes aient toujours bien travaillé. Les questions traitent principalement des points suivants, que nous retenons d'abord pour eux-mêmes, puis pour la comparaison que le lecteur pourra faire avec la scolastique qui naît en Occident à la même époque et qui apporte des réponses différentes. La question 1, à partir de Luc 22, 35-36, détaille une sorte de programme exégétique : l'auteur examine les différents types de contradictions apparentes, leurs causes et leurs solutions. Les préoccupations exégétiques se retrouvent dans les questions 21 (analyse de tous les sens du mot « [il] répondit » dans l'Ecriture), 151 (sur les citations, dans l'Ecriture des textes extra-scripturaires comme le livre d'Hénoch), 152-153 et 204 (sur les causes d'obscurité,  les variations dans les manuscrits et les traductions), 154 (sur les différentes versions de la Bible), 163 (sur les différentes « prières » : déesis, eucharistie, entuchie, enteuxis ; Photius utilise encore les mots proseukhé, iketeuein). Dans la question 87 (lettre 157), l'auteur refuse les interprétations « platoniciennes » de l'Ecriture, c'est-à-dire allégorisantes, et déclare s'en tenir au plus simple et direct. Ce qu'il fait dans de très nombreuses questions où il reprend Théodoret (247 à 272, sur la Genèse, l'Exode, le Lévitique et 274 à 281, sur les Nombres et le Deutéronome), Jean Chrysostome (123 à 129), Modeste (158-170), mais en augmentant ou en transformant de façon très sensible leur texte. Il insiste sur les rapports entre l'Ancien et le Nouveau Testament (60, 199). 2) Sur la théologie trinitaire. De nombreuses questions se rapportent à la connaissance de Dieu (q. 180); aux notions de nature, d'hypostase, de Dieu, de divinité (theètes) (27, 88, 225, 228, 229, 230, 233,243); d'unité et de Trinité (181, 182, 183); aux rapports du Père et du Fils (78, qui explique saint Grégoire de Nazianze, 95); du Fils et de l'Esprit (28, 49, 213, 235, questions qu'il faut mettre en rapport avec la Mystagogie); des trois Personnes entre elles (188 à 190 : essentiel pour tout le débat autour du Filioque) (Encyclopédie philosophique universelle, Tome 3, 1992 - books.google.fr).

 

Photios ou Photius Ier de Constantinople, né vers 820, mort le 6 février 891 (ou 897), érudit et homme d'État byzantin, fut patriarche de Constantinople de décembre 858 à novembre 867, puis du 26 octobre 877 au 29 septembre 886. L’Église orthodoxe le compte au moins depuis la fin du Xe siècle parmi les saints et les Pères de l'Église : le Synaxaire de Constantinople mentionne sa fête à la date du 6 février. Les Latins l'ont longtemps décrit comme le principal responsable du schisme du IXe siècle. Les travaux de l'historien et ecclésiastique catholique François Dvornik ont sur ce point rendu justice au patriarche, qui se réconcilia avec le pape Jean VIII. Son activité de savant fait également de lui une des personnalités les plus marquantes de l'époque byzantine (fr.wikipedia.org - Photios Ier de Constantinople).

 

"Deux lois" : la loi "d'horreur" et la loi de crédence

 

"lex horroris" est une expression associée à l'ancienne loi ou loi judaïque par opposition avec la lex amoris ou nouvelle loi évangélique et chrétienne (Pierre de Besse, Conciones Sive Conceptus Theologici, Ac Praedicabiles, In Omnes Totius Anni Dominicas, Tome 2, 1613 - books.google.fr).

 

Antoine de Padoue dans le sermon de la quatrième semaine du Quadragésime, repris dans l'exposition mystique de saint Jean, s'inspire de Deutéronome 7 et de Malachie 2 qui présentent Israël comme peuple séparé élu devant garder l'alliance avec Dieu en fidélité pour dire "lex horroris [conversa est] in legem concordiae et strictae amicitae" On peut le traduire par loi âpre (envers les ennemis/hostes) convertie en concorde (impie avec des peuples païens : cf. Deut 7), sachant qu'auparavant on a "la loi de crainte convertie en orgueil", "la loi d'amour convertie en discorde" (Quadragesimales sermones S. Antonii de Padua: cu[m] duplici tabella: op[er]a Iod. Badij repositi, 1521 - books.google.fr, Sancti Francisci Assisiatis nec non S. Antonii Paduani, Opera omnia, Tome 1739 - books.google.fr).

 

Antoine de Padoue donne une citation d'Isidore de Séville en ses Etymologies VI, 1,4 :

 

«Le premier livre est appelé en hébreu Beresith, en grec genesis, en latin generatio. Le deuxième, Veelle Semoth en hébreu, exodus en grec, itinerarius en latin. Le troisième, Vaicra en hébreu, leviticus en grec, ministerialis en latin. Le quatrième, Vaiedabber en hébreu, rythmus en grec, numerus en latin. Le cinquième, Elle Addebarim, en hébreu, deutéronome en grec, deuxième Loi en latin et dans celle-ci fut préfigurée la loi évangélique».

 

Il poursuit :

 

La Genèse, qui décrit la génération de toutes choses, désigne l'innocence baptismale dans laquelle nous sommes régénérés selon le nouvel homme. L'Exode, qui raconte la sortie des fils d'Israël de l'Égypte, l'amour de la religion grâce auquel nous quittons le monde. Le Lévitique, où sont offerts les sacrifices, la dévotion de l'esprit et la mortification de la chair. Les Nombres, qui recense le peuple, la confession des péchés dans laquelle doivent être détaillés tous les péchés. Le Deutéronome, l'amour de Dieu et du prochain, qui est la loi évangélique à laquelle se rattache toute la Loi, ainsi que les Prophètes (Sermon septième dimanche de la Pentecôte) (Saint Antoine de Padoue, Sermons des dimanches et des fêtes: Du premier dimanche après la Pentecôte au seizième dimanche après la Pentecôte, Volume 2 de Sermons des dimanches et des fêtes, traduit par Valentin Strappazzon, 2016 - books.google.fr).

 

"Loi de crédence" (ou de créance), c’est ainsi que l’on appelloit anciennement les enquêtes, lorsque les témoins déposoient seulement qu’ils croyoient tel & tel fait (quod opinantur), à la différence du témoignage positif & certain, où le témoin dit qu’il a vu ou qu’il fait telle chose ; il en est parlé au style du pays de Normandie. François Ier, par son ordonnance de 1539, article 36, ordonna qu'il n'y auroit plus de réponses par crédit, &c. (Encyclopédie méthodique: Jurisprudence, tome cinquième, 1785 - books.google.fr, Dictionnaire Universel Francois Et Latin, Tome IV, 1743 - books.google.fr).

 

On passera de l'hostilité entre deux confessions à la constatation, après enquête, qu'aucun fait positif ne permet de les départager (cf. quatrain II, 27).

 

Plus religieusement :

 

Ce seroit s'abuser que de vouloir mettre de la différence entre une Règle de foi & un Jugement de l'Eglise Universelle qui prononce sur la doctrine. Un pareil Jugement est toujours infaillible, & dès là même toujours Loi de créance (Nouvelles ecclésiastiques, ou mémoires pour servir à l'histoire de la constitution Unigenitus, 1747 - books.google.fr).

 

La règle de foi (chrétienne) retourne au sens contraire de la lex horroris ou ancienne loi. Mais cette interprétation ne rend pas compte de la "loi" orthodoxe  (Byzance) qui n'est pas de l'ancienne loi.

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