Garder ses nerfs

Garder ses nerfs

 

VII, 37

 

2026

 

Dix envoyez, chef du nef mettre à mort,

D'un adverty, en classe guerre ouverte,

Confusion chef, l'un se pique et mord,

Leryn, stecades nefs, cap dedans la nerte.

 

Complots contre Richelieu

 

Des conspirations contre Richelieu sont montées par Gaston d'Orléans et marie e Médicis, mère de Louis XIII, avec le soutien de la Cour d'Espagne qui sera l'adversaire de la France qui entre dans la guerre de Trente Ans officiellement en 1635.

 

Il a fait exécuter près de cinquante individus accusés d'avoir voulu le tuer; il a cru découvrir plus d'une dizaine de complots. Aussitôt qu'il eut pris le pouvoir, Richelieu fit arrêter le jeune comte de Chalais, grand-maître de la garde-robe, favori de Louis XIII, pour avoir formé une « cabale » avec les favoris de Gaston d'Orléans ; on l'accusa d'avoir voulu poignarder Richelieu, et il fut décapité (1626). En 1630, Louis XIII ayant été très malade, sa mère lui fit promettre, pendant sa convalescence, de renvoyer Richelieu. Un jour elle s'enferma avec le roi dans son cabinet, et, quand Richelieu vint frapper à la porte, on ne lui répondit pas. Il entra alors par une porte qu'il connaissait; la reine lui fit des reproches violents en français mêlé d'italien, lui défendit de se montrer devânt elle, et reprocha à Louis XIII « de préférer un valet à sa mère ». Pour la calmer, le roi fit dire à Richelieu de se retirer pendant quelques jours. On le crut disgrâcié et tous les gens de la cour allèrent en foule féliciter la reine. Le roi était à Versailles dans son pavillon de chasse. Richelieu, se croyant perdu, se préparait à s'enfuir hors de France. Il se décida pourtant à tenter une dernière démarche. Il alla à Versailles, où le roi s'était retiré dans son pavillon de chasse; il le trouva dans son lit et lui parla longtemps. Louis XIII lui promit de le soutenir. Richelieu garda le pouvoir, ce fut Marie de Médicis qui sortit de France. C'est ce qu'on surnomma la journée des dupes. Richelieu se vengea des partisans de la reine ; quelques-uns furent renvoyés dans leurs terres ou enfermés à la Bastille. Le maréchal de Marillac fut accusé d'avoir détourné de l'argent; Richelieu força les juges à le condamner à mort et le fit exécuter (1632). Gaston d'Orléans s'enfuit en Belgique; il s'entendit avec la cour d'Espagne et avec un grand seigneur, le duc de Montmorency, gouverneur du Languedoc. Avec une bande de 1500 cavaliers étrangers il traversa la France et arriva en Languedoc où Montmorency le rejoignit. Les révoltés attaquèrent l'armée du roi devant Castelnaudary; mais Montmorency fut blessé et pris, ses hommes se débandèrent. Montmorency s'avoua coupable et fut décapité à Toulouse (1632). Le duc d'Orléans obtint son pardon, à condition de dénoncer toutes les négociations qu'il avait faites avec les étrangers. En 1641 le comte de Soissons partit de Sedan et entra en France avec une armée; il fut tué en combattant à la bataille de la Marfée. Le dernier complot fut celui de Cinq-Mars, un jeune favori de Louis XIII. Il avait fait un traité secret avec la cour d'Espagne; Richelieu le découvrit, Cinq-Mars fut décapité à Lyon (1642). Richelieu ne pouvait pas supporter de résistance : quand il avait fait arrêter un homme, il voulait qu'on le condamnât.  Il ne laissait pas juger le tribunal ordinaire, il choisissait lui-même les juges et les forçait à condamner à mort. Il disait lui-même : « Il y a des crimes où il faut punir d'abord, et puis informer. » Il disait aussi : « Il vaut mieux faire trop que trop peu (Charles Seignobos, Histoire moderne jusqu'en 1715, Tome 2, 1906 - books.google.fr).

 

Ajoutons le complot, commandité de Bruxelles en 1633 par la reine-Mère et Gaston d'Orléans, de François Alpheston, qui sera roué, celui de Blaise Rouffet dit de Chavaignac, ainsi que celui du Comte de Soissons. Celui-ci, en 1636, lors du siège de Corbie, organisa une conspiration avec son cousin Gaston d'Orléans (le jeune frère de Louis XIII) et le comte de Montrésor dans le but d'assassiner ou d'enlever Richelieu. Baradas est chargé de l'affaire : il s'agit d'arrêter le carrosse du Cardinal dans un défilé, mais des dissensions chez les comploteurs (Baradas ne voulait apparemment pas que Monsieur se mêle du complot) font que l'affaire s'ébruite. Baradas est alors assigné en Avignon. Soissons se réfugie alors à Sedan chez le duc de Bouillon (Marie-Catherine Vignal Souleyreau, Le cardinal de Richelieu à la conquête de la Lorraine: Correspondance, 1633, 2010 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Louis de Bourbon-Soissons).

 

"chef de nef"

 

Richelieu, Grand Maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce de France depuis 1626, gouverneur et amiral de Bretagne depuis 1631, amiral de Provence de fait depuis 1633, gouverneur de Brouage, du Havre, de Brest, de Belle-Isle, général des galères depuis le rachat de la charge aux Gondi en 1635, avait entrepris de doter la monarchie française d'une marine royale (fr.wikipedia.org - Bataille des Îles de Lérins (1637)).

 

"guerre ouverte"

 

Les années 1630-1635, phase de guerre "couverte" avec les Habsbourg de Madrid et de Vienne, sont une marche lente à la guerre ouverte, avec l'Espagne d'abord le 19 mai 1635. Impossible encore de séparer événements intérieurs et  extérieurs qui s'enchaînent et s'interfèrent : 1631 : liquidation du parti de la reine-mère, exilé ou emprisonné, tandis que Richelieu se fortifie au-dehors en trois étapes : règlement de la question italienne avec Espagne, Empire et Savoie par la paix de Cherasco (premier rôle de Mazarin, médiateur romain) avec conservation de Pignerol ; alliance protestante franco-suédoise avec Gustave-Adolphe (Bärwald) et amitié franco-bavaroise (espoir de création d'un tiers-parti catholique allemand sous protectorat français entre l'Empereur et les princes protestants). Renaudot, sous tutelle de Richelieu, inaugure sa Gazette. 1632 : début de la friction franco-lorraine pendant la victoire-éclair de Gustave-Adolphe, tandis que le procès capital du maréchal de Marillac est suivi de l'insurrection du Languedoc dirigée par Monsieur et Montmorency, avec liquidation à Toulouse par l'exécution de Montmorency et la troisième fuite de Gaston. 1633 voit  surtout l'occupation militaire de la Lorraine et de la Basse-Alsace par la tache d'huile qu'effectue le maréchal de La Force, avec l'internement du garde des sceaux Chateauneuf, complice de Mme de Chevreuse en liaison avec le duc de Lorraine et l'Espagne, alors que Saint-Cyran devient directeur spirituel de Port-Royal. 1634 voit les succès de Ferdinand II sur les Suédois et les princes protestants, mais aussi l'occupation française de Colmar, le retour repentant de Gaston, les premières séances régulières de l'Académie française et le procès en sorcellerie d'Urbain Grandier à Loudun. 1635 : année d'innombrables émeutes urbaines, voit surtout Richelieu après resserrement des alliances hollandaise et suédoise, déclarer la guerre ouverte à l'Espagne (19 mai), qui devait durer jusqu'en 1659. Et le roi signe les lettres patentes de l'Académie française (L'Information historique, Volumes 24 à 26, 1962 - books.google.fr).

 

"Lérins"

 

Dans le cadre de la guerre de Trente Ans, l'affrontement entre la Monarchie catholique espagnole et le royaume de France avait commencé en 1635 avec la bataille des Avins et la conquête des îles de Lérins, qui devaient servir de base d'opérations pour attaquer la côte de Provence. Les espagnols ont commencé à fortifier ces îles.

 

Après la prise des îles de Lérins, le cardinal de Richelieu monte une flotte hétéroclite de 39 bâtiments montée de 7500 hommes et 400 canons. Cette flotte est placée sous le commandement de d'Harcourt, surnommé le « Cadet la Perle » parce qu'il porte une perle à son oreille gauche, conseillé par le cardinal de Sourdis (1594-1645). Le gouverneur de Provence, le maréchal de Vitry, a réuni des milices sur la côte. A Hyères se rassemblent les galères qui vont se concentrer ensuite à Toulon sous les ordres d'Henri d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux, et d'Henri de Lorraine-Harcourt.

 

Sourdis, qui commande l'opération, réussit son débarquement7. La garnison espagnole était réduite et les français ont attaqué avec toutes leurs forces. Le 24 mars 1637 commence le siège des îles de Lérins et le début de l'attaque des cinq forts espagnols. Au bout d'un siège de 45 jours, ayant un problème de ravitaillement en eau potable, les Espagnols de l'île Sainte-Marguerite capitulent le 12 mai et ceux de l'île Saint-Honorat le 13 mai (fr.wikipedia.org - Bataille des Îles de Lérins (1637)).

 

"la nerte"

 

Pline appelle Leucade, île de Grèce près d'Ithaque, Neritis (Gaffiot).

 

"Nerikos" città dell'isola di Leucade, "Nèriton", nome dei monti nella parte più settentrionale di Itaca. (Strab. 453 ; Plin. IV 55). La stessa alternanza di tipi appare in Dalmazia con "Narôn" fi. (Scyl. 24; Strab. VII 315) il Naròne abl. di Plinio III 22 e più tardi Narento An. 1308 § 78 l'identico fiume che oggi noi chiamiamo Narenta e gli slavi Neretva. Con questo è certamente legato il nome di città "Narôna" Ptolem. II 16 (= NarUna Plin. III 142) con un'uscita tipica della toponomastica mediterranea. Col vocalismo e abbiamo poi Ne rate Plin. III 22 = Nerente Rav. V 14; Guid. 114, stazione sulla strada tra tra Narona e Salona, cfr. l'etnico Ner<atC>nos CIL III 12794 e inoltre il nome di popolo. "Narènsioi" Ptolem. II 16 = Naresi Plin. III 22 con l'etn. Narestinos acc. CIL. III. 8472 e tra i personali anche Narus, domo Naristo CIL. III 4500, Neritanus CIL. III 3558. Allo stesso sostrato «adriatico» sembrano appartenere in Italia "Nèrèton", città dei Sallentini, Ptolem. III 1 = Neretum Plin. III 105, che nelle monete è attestato in una forma con vocalismo -a- (NARHTINÔN) [...], continuato dal moderno Nardo con accentuazione bizantina (cfr. "poleôs de neretoo a. 1134; "apo netetod", a. 1227) accanto a Nereto (Teramo), Nerito (fraz. di Crognaleto, prov. di Teramo), di tradizione latina. Un altro Nardo come denominazione di un corso d'acquafiumara e Nardo) (e) è attestato presso Centrache (Cosenza) e potrebbe essere anch'esso di tramite bizantino, come il Nardo pugliese [...] 

 

A spiegare i toponimi celto-lituani lo Schmittlein non trova di meglio che muovere un radicale i.-e. *ner- « sous, dessous, bas, profond », attestato dal lit. nerti «plonger», gr. "nerteros" «subterraneus», ma non siamo affatto sicuri che questo radi cale abbia fatto parte del lessico celtico. D'altra parte si imporrebbe per Nerios l'interpretazione di «deus Tartareus» che contrasta con quella di «deus sacrorum fontium» che va per la maggiore (Giovanni Alessio, Relitti mediterranei nel lessico botanico greco e latino, Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa. Lettere, Storia e Filosofia, Serie II, Vol. 13 (1946) - books.google.fr).

 

En mythologie germanique, Nerthus est une divinité de la terre cf. Herta (et Jean-Claude de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, 1980, p. 539).

 

Leucade doit son nom à ses falaises de craie blanche qui se trouvent au sud de l'île : le cap de la Dame (ou Durato) ou le saut de Leucade (72 mètres de haut). La légende veut que, dans l’Antiquité, pour se guérir d’un mal d’amour, on se jetait du haut du « saut de Leucade » dans la mer. Si on ne mourait pas, on était estropié et guéri de son amour. Selon la mythologie, la poétesse Sappho s’y serait tuée à cause de Phaon (fr.wikipedia.org - Leucade).

 

L'unique attestation du titre mystérieux d'Aphrodite Ainéias nous est fournie par Denys d'Halicarnasse : dans un récit dont on a exagéré le caractère fastidieux, l'auteur passe en revue les principales étapes du périple légendaire d'Enée, c'est-à-dire, selon une sage méthode, les lieux où subsistent, archéologiques ou cultuelles, quelques traces du passage des Troyens fugitifs. A presque toutes ses escales, Enée fonde un sanctuaire en l'honneur de sa mère Aphrodite ; mais si à Arnéia, à Cythère, à Onchesmos, Aphrodite reste anonyme, elle porte le titre d'Ainéias à Leucade, dans l'île entre le canal et la ville, au promontoire d'Actium où elle s'associe aux Grands Dieux, à Ambracie, et au sommet de l'Elyme (sic !) où son fils lui consacre un autel. Notons en passant que, si l'on excepte Ainéia de Macédoine, c'est seulement en ces lieux qu'un culte héroïque est rendu à Enée. [...]

 

Nous ne saurions nous étonner de voir l'Aphrodite marine des promontoires et des îles figurer à l'avers d'une proue de navire. Enfin, si l'Ainéias est l'Aphrodite amante d'Anchise dans l'île où Sappho se tua de désespoir d'amour, une couronne de myrtes entoure l'image de la déesse à la colombe (R. Texier, Aphrodite Ainéias à Leucade, Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes, 1934 - books.google.fr).

 

Il semble que ce soit avec raison qu'on ait reconnu sur ces monnaies des Leucadiens détachés de la Confédération acarnanienne (après 168 av. J.-C.) la reproduction de la statue de culte du temple d'Aphrodite Aineias : la colombe, l'oiseau d'Aphrodite, en ferait foi, et le myrte, son arbre, paraît avoir fourni son feuillage pour le décor arborescent qui orne rituellement la proue dont la présence en type de revers confirme le caractère marin de l'"Euploia" (tenant l'aplustre en main) que fut l'Aphrodite d'Énée (M.J. Delepierre, Enée en Crète, Revue numismatique, Volume 14, Société française de numismatique, 1972 - books.google.fr).

 

Les myrtes, murta ou nerta poussaient naturellement dans les campagnes provençales. Certains villages, dépendant de l'abbaye de Lérins, bénéficièrent du jus murteiandi c'est-à-dire du droit exclusif de récolter les feuilles de myrte. Ce droit figure dans les actes d'habitation de Vallauris (1506) article 10 et de Valbonne (1519) article I(II). Certaines ventes de cuir devaient nécessairement préciser quelle matière végétale avait servi au tannage. Ainsi, nous trouvons, en date u 15 février 1392, corea bovina ... in erba murte aptata. Nous trouvons également en date du 23 août 1440 proprecio coriorum bovinorum adobatorum in rusca. En plus du myrte, les corroyeurs de Grasse  utilisaient les feuilles de sumac, ros ou rusco (Rhus myrtyfolia ou coriaria, aussi connu sous le nom de «redoul» ou yèb' di tèneû, herbe des tanneurs, au pays de Liège) (Tradition wallonne: revue annuelle de la Commission royale belge de folklore, Volume 21, 2004 - books.google.fr).

 

cruentus myrta : rouge, de couleur de sang : myrta, le myrte (son fruit ) couleur de sang, «les baies sanglantes du myrte» Virg. Georg. 1, 306 (Wilhelm Freund, Grand dictionnaire de la langue latine: sur un nouveau plan, traduit par Napoléon Theil, Tome 1, 1855 - books.google.fr).

 

Rien d'étonnant qu'à l'époque de la Renaissance cet arbrisseau fasse l'objet d'une idéalisation: «Ombre myrteuse», «le mignard ombrage des myrtes...» sont des expressions chères à Ronsard (Amours de Marie). Il est vrai que cet arbrisseau représente poétiquement l'amour, car les Anciens le consacraient à Aphrodite. «Va du myrte amoureux ceindre la tête altière», reprendra plus tard Voltaire dans La Henriade, et Chateaubriand ajoute : «Virgile ne place pas Phèdre aux Enfers, mais dans ces bocages de myrtes où vont errant ces amantes qui même dans la mort n'ont pas perdu leurs soucis» (Génie, II, III, 3) (Pierre Delaveau, Histoire et renouveau des plantes médicinales, 1982 - books.google.fr).

 

Le nom de Leucate comme Leucade vient du grec ancien "leukós" qui signifie « blancheur », « blanc ». En occitan languedocien on écrit Leucata. Leucate est une frontière linguistique ; au sud de l'étang, au Barcarès et à Saint-Laurent-de-la-Salanque, on parle catalan. Leucate est jumelé, avec Leucade (Grèce) depuis 2005 (fr.wikipedia.org - Leucate).

 

En août 1637, les forces espagnoles ont assiégé le fort de Leucate. Henri de Lorraine-Harcourt a amené ses forces pour se joindre aux troupes envoyées au secours de la place sous le commandement de Charles de Schomberg. Ces forces ont remporté une victoire le 28 septembre lors de la bataille de Leucate mettant en déroute les troupes espagnoles (fr.wikipedia.org - Bataille des Îles de Lérins (1637)).

 

Nef, nerte, nerf

 

Richelieu, qui avait l'intelligence la plus positive que puisse posséder un homme, était aussi un être de passion et de nerfs. Les affaires de l'Etat, il les traite avec une sorte de détachement glacé; mais, un incident imprévu, une discussion un peu vive le font tomber dans un gouffre de dépression morale et physique; il pleure comme une femme; il met du temps à se ressaisir; il veut alors se retirer de la vie publique; il démissionne. Mais, par un bonheur chaque fois renouvelé, les objurgations royales, les appels au devoir, à l'amitié, ne restent jamais vains; ils savent retenir le ministre et le garantir contre lui-même (Bernard Champigneulle, Le règne de Louis XIII, 1949 - books.google.fr).

 

L'Apologie, écrite probablement par Michel de Marillac, tient chronique des pièges tendus par Richelieu, des effets de sa malveillance, en un mot de ses coups bas. Mais quand il s'agit de trouver une explication à tant d'hostilité, ce sont les troubles de caractère du cardinal qui sont mis en avant. Celui-ci, de son côté, utilisait la même grille d'interprétation le lendemain de la « harangue » de novembre 1629, quand il demandait à Marillac : « Et bien votre humeur noire et mélancolique d'hier vous tient-elle encore ? » La mélancolie, une des quatre humeurs du corps humain, « la plus pesante et la plus incommode », précise le Dictionnaire de Furetière, cause le chagrin, la tristesse et peut conduire à la folie en altérant la température du cerveau. Nous pourrions dire, de manière anachronique, que Richelieu psychologise ainsi la conduite du garde des Sceaux. L'Apologie ne procède pas autrement. Pour son auteur, le cardinal est la proie d'« ombrages » qui agitent son esprit et le plongent dans la plus extrême jalousie, dans une universelle et obsédante méfiance. [...] Le cardinal se trahit-il en face d'une objection que lui fait Marillac lors d'une réunion du Conseil du roi en 1630 quand il le regarde les yeux « étincelants fichés sur lui et le visage en couleur » ? Ces signes dévoilent des mobiles secrets à qui n'est pas dupe, mais pour les autres ils peuvent se prêter à diverses interprétations. S'ils renvoient nécessairement à la passion, ils ne désignent pas la nature de cette passion, et s'ils sont bien la cause d'une action, la conduite de cette action les neutralise en dissimulant le lien de la cause et de l'effet par la puissante rationalité politique qui préside à l'interprétation des effets à venir engendrés par l'effet présent. «Il fait donner telle pente aux affaires qu'il veut selon l'extrême dextérité de son esprit et sur cela on résout, ou si on opine pour donner quelque masque aux résolutions, c'est aux applaudissements et, si quelqu'un contredit, les yeux et le visage enflammé du Cardinal le fait trembler jusque dans les moelles». Cette efficacité est le résultat de la rencontre réussie, même si elle est honteuse du point de vue de l'Apologie, entre « l'extrême dextérité de son esprit » et la possession par les ombres. Cette rencontre est l'opérant ressort caché de la domination (Christian Jouhaud, Richelieu et l'écriture du pouvoir. Autour de la journée des Dupes, 2015 - books.google.fr).

 

Il faut appliquer aux playes des nerfs, les choses qui desechent bien fort, mais sans picquer : ce que fait la poudre de myrtus agrestis, laquelle jaçoit qu'ayt grande force de desecher, toutesfois quand elle est arrousee d'huile, elle ne peut picquer ne mordre (Les anciens et renommés autheurs de la médecine & chirurgie, 1634 - books.google.fr).

 

Vous remarquerez premièrement que sentir, dans cette signification, n'est autre chose qu'avoir cette perception confuse, qui est attachée à chaque émotion dont les fibres des nerfs sont ébranslées, quelle que puisse estre la cause qui les agite ; Et qu'ainsi la maniere d'apercevoir de l'Esprit, qui est propre à tous les sens engeneral, consiste dans cette confusion qui se rencontre dans la perception, & en ce qu'elle doit estre causée par l'action de quelque objet exterieur; Car bien que dansles songes & les délires on croye sentir beaucoup de choses, & que mesme elles ne nous paroissent pas autrement que si nous les sentions, neanmoins quand aucun objet exterieur ne touche les sens, on n'a point accoustumé d'apeller cela sentir, mais on prend cela pour une tromperie de l'Imagination (Louis de La Forge, Traité de l'esprit de l'homme, de ses facultés et fonctions, et de son union avec le corps, suivant les principes de René Descartes, 1666 - books.google.fr).

 

Louis de La Forge, né en 1632 à La Flèche et mort en 1666 à Saumur, est un philosophe français. Fils d’un médecin et lui-même docteur en médecine, La Forge était un ami de Descartes dont il adopta le système. Théoricien de l’occasionnalisme, il se montra l’un des plus habiles interprètes de cette doctrine qui en vint à dominer le cartésianisme dans son Traité de l'esprit de l'homme, de ses facultés, de ses fonctions et de son union avec le corps, d’après les principes de Descartes (Amsterdam, 1664, in-4°), où il explique la relation de l’âme au corps comme œuvre de la volonté divine et, de façon semblable, l’interaction entre les deux, à l’exception des mouvements qui dépendent de la volonté qu’il considère comme volontaires (fr.wikipedia.org - Louis de La Forge).

 

Stoechas, de mes isles Hières antiquement dictez Stoechades (François Rabelais, Le Tiers Livre, 1552 - athena.unige.ch).

 

Stechas est assez semblable à la lavande. [...] Ioannis Mesve declare ainsi ses vertus, Stechas euacue les phlegmes, & la melancholie : elle mondifie, & fortifie le cerueau, les nerfs, & les conduis de tous les sens. Ell'est singuliere contre les maladies froides quelles qu'elles soient. Parquoy c'est vn fort conuenable remede du mal caduc, la meslant auec de la scille,ou vinaigre scillitic. Les bains,estuues, fomentations, parfuns faits de sa decoction, ouurent les conduis du nez estouppés, appaisent les douleurs des nerfs, & des iointures, & confortent les membres interieurs debilités d'humeurs froides (Pietro Andrea Mattioli, Commentaire sur les six livres de Ped. Dioscor. Anazarbeen de la matière medecinale, 1579 - books.google.fr).

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