Le comte d'Artois et Amadis

Le comte d'Artois et Amadis

 

IV, 10

 

1785-1786

 

Le jeune prince accusé faulsement

Metra en trouble le camp & en querelles :

Meurtri le chef pour le soustenement :

Sceptre apaiser : puis guerir escroueles.

 

Soutènement

 

Soutènement : Ac. 1694, 1718: soustenement; 1740: soûtene-; 1762-1835: soutene-; dep. 1878: soutène-. Étymol. et Hist. 1. a) 1119 « soutien (domaine moral) » (Philippe de Thaon, Comput, éd. E. Mall, 996) - XVIes., v. Hug.; b) ca 1150 « ce qui soutient (au propre) » (Le Conte de Floire et Blancheflor, éd. J.-L. Leclanche, 1842); d'où 1721 mur de soutenement (Trév.); 2. 1690 dr. (Fur.). Dér. de soutenir*; suff. -ment (www.cnrtl.fr).

 

Pour le vivre, nourriture et entretenement desquelles trouppes et soustènement dudit siège, les habitans de Chartres seroient entrez en une infinité de frais (M. Merlet, État des dépenses faites par la ville de Chartres pendant les troubles et pendant le siège de cette ville (1er octobre 1567 - 18 avril 1568), Bulletin historique et philologique du Comité des travaux historiques et scientifiques, 1861 - books.google.fr).

 

Car à toute heure, ils faisoient des plus belles sorties du monde, qui valoient bien des soustenements d'assauts, et donnerent bien à songer et à croire aux ennemis, que s'ils fussent allez à eux avec assauts, autant de perdus y en eust-il eu (Siège de Metz, 1552) (Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, Tomes 1 à 2, 1848 - books.google.fr).

 

Plutôt vu du côté des assiégés que des assiégeants.

 

Amadis de Gaule

 

Amadis de Gaule, fils du roi de Gaule Périon, est "faussement accusé" par Broquadan et Gandandel. Le roi de Grande Bretagne Lisvart le chasse. Lisvart est combattu par le roi Aravigne qui l'assiège dans sa ville de Lubanie (Le thresor des quatorse liures d'Amadis de Gaule, 1572 - books.google.fr, Nicolas D'Herberay (Seigneur Des Essarts), Amadis de Gaule, Tome 2, 1561 - books.google.fr).

 

Amadis vient à son secours. Aravigne est vaincu et abandonne une partie de ses États. Barsinan est vaincu et dépouillé de sa seigneurie. Le conseiller et magicien Arcalaùs est vaincu et fait prisonnier. La femme de l'enchanteur obtient malheureusement d'Amadis, à force d'obsessions, la mise en liberté de son époux. Amadis obtient enfin, en récompense de sa fidélité et de sa conduite chevaleresque, la main d'Oriane fille de Lisvart. Leurs noces sont célébrées dans l'Isle Ferme (Alphonse Pagès, Amadis de Gaule, 1868 - books.google.fr).

 

Alphonse XI de Castille

 

Comme en Angleterre, où le mythe du roi Arthur est instrumentalisé par les Plantagenêts, la fiction sert en Castille à construire un ordre monarchique et chevaleresque. Son incontestable hérault est un Beau Ténébreux qui répond au nom d'Amadis de Gaule : la composition de l'Amadis de Gaule a probablement lieu entre 1310- 1325, soit quelque temps avant qu'Alphonse XI (1312-1350) n'institue l'ordre de la Banda (1330), par lequel le roi impose à l'aristocratie son seul patronage. Les refontes de l'Amadis de Gaule enregistrent les divers ajustements qu'exige l'intégration politique de l'aristocratie au cours du XIVe-XVe siècle, jusqu'à sa mise au pas par les Rois Catholiques. C'est d'ailleurs dans ce contexte, avec la révision et la continuation des aventures du Beau Brun par Garci Rodriguez de Montalvo, que Amadis de Gaule se charge d'une idéologie providentialiste : elle sert, pendant la reconquête de Grenade sur les musulmans (1492), à faire croire à la mission que Dieu a assignée à cette monarchie hispanique issue du mariage d'Isabelle de Castille et de Ferdinand d'Aragon. Une première parution de Amadis nouvelle version a peut-être lieu à Séville en 1496. Mais l'aventure éditoriale ne commence véritablement qu'avec l'édition de Jorge Coçi à Saragosse en 1508, suivie de dix-huit nouvelles éditions au cours du XVIe siècle. [...] L'Europe succombe à son tour aux charmes du Beau Ténébreux, en Espagne, imprimeurs et auteurs produisent près de 80 nouveaux titres qui font dégénérer les romans de chevalerie dans le formalisme le plus pur. Ce revival chevaleresque de pacotille n'en contribue pas moins à remplir les bateaux en partance pour le Nouveau Monde et à garnir les armées que Charles Quint et Philippe II, en bons champions de la catholicité (François Foronda, Don Quichotte, best-seller universel !, L'Histoire, Numéros 294 à 299, 2005 - books.google.fr).

 

Alphonse XI lutta efficacement contre les musulmans, poursuivant la reconquête et tentant d'assurer aux chrétiens le contrôle du détroit de Gibraltar. En effet, malgré des trêves conclues en 1330, des tensions croissantes entre chrétiens et musulmans avaient amené le roi de Grenade à rechercher une alliance avec le sultan du Maroc. Un premier débarquement mérinide permit aux de reprendre Gibraltar et Benamejí en 1333. Grenadins et Marocains reprirent l'offensive en 1339 : un premier débarquement mérinide fut repoussé, bientôt suivi d'un second, dont l'ampleur faisait craindre pour l'avenir des royaumes chrétiens péninsulaires. Les alliés musulmans mirent le siège devant Tarifa, alors qu'Alphonse XI sollicitait et obtenait l'aide de Gênes, du roi d'Aragon, de la papauté et du roi de Portugal. La bataille décisive eut lieu le 29/10/1340 (bataille du Salado) et vit une victoire totale des chrétiens, ce qui éloigna définitivement le danger d'une invasion mérinide de la Péninsule. Conformément à ce qu'affirme Roquetaillade, les pertes musulmanes furent extrêmement importantes. Cette victoire fut célébrée comme l'égale de la victoire de David sur les Philistins et conforta donc considérablement la position politique de la Castille au sein des royaumes chrétiens d'Occident. Alphonse XI s'attaqua ensuite au nord du royaume de Grenade, reconstitua sa marine de guerre et, dès août 1342, mit le siège devant Algesiras, alors aux mains des Mérinides. Là encore, toute la chrétienté occidentale participa à l'effort de guerre et la place tomba le 27/03/1344. Après une période de trêve, le roi de Castille entreprit ensuite de parfaire son contrôle du détroit par la conquête de Gibraltar, mais il mourut de la peste lors du siège de la ville le 27/03/1350 et l'entreprise dut être abandonnée (Isabelle Rousseau-Jacob, L’eschatologie royale de tradition joachimite dans la Couronne d’Aragon (XIIIe-XVe siècle): Étude et édition de textes prophétiques, 2016 - books.google.fr, Journal politique, ou Gazette des gazettes, 1782 - books.google.fr).

 

En l'an 1332 de Notre Seigneur par la grâce de Dieu Alphonse XI (1312- 1350) roi de Castille de Leon de Galice de Seville de Cordoue de Murcie de Jaén Algarve et seigneur de Molina arriva au monastère de Las Huelgas à Burgos pour recevoir les saintes huiles du sacre et pour être couronné. Lorsque les préparatifs pour les cérémonies furent terminés, le roi prit la route du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Là, sur autel principal de la cathédrale, il fut fait chevalier par le bras mécanique de la statue de saint Jacques apôtre et patron de l'Espagne. Quelques jours après son retour à Burgos, Alphonse XI fut sacré sur l'épaule droite. Une fois l'onction rituelle administrée, le roi monta seul sur le trône prit le diadème royal et le plaça sur sa tête. La description que donne le chroniqueur de ces événements et des festivités qui suivirent nous rappelle des comptes rendus semblables faits dans autres parties de l'Occident médiéval acte auto-couronnement et la manière dont Alphonse XI fut fait chevalier et sacré pourraient sembler un peu particuliers aux historiens qui ont quelque familiarité avec les rituels de la monarchie dans les autres régions de l'Europe, mais les symboles et les rites associés à l'autorité royale et à la sacralité, la couronne, les saintes huiles et l'adoubement étaient connus dans autres royaumes médiévaux. Ce qui rend le sacre et le couronnement Alphonse XI si intéressants et invite à une discussion des rites royaux de époque médiévale en Castille est moins leur caractère familier que leur place particulière dans l'histoire de la Castille. Pendant près de deux siècles avant 1332 aucun roi castillan n'avait été sacré et aucun ne le fut après. De plus les documents qui nous restent font mention d'un seul couronnement protocolaire un roi de Castille après la mort d'Alphonse VII en 1157 et un seul autre roi se couronna lui-même. Après l'auto-couronnement d'Alphonse XI, nous savons que deux seulement suivirent son exemple. En bref à partir de 1157 les souverains castillans et espagnols rejetèrent sciemment les emblèmes traditionnels de pouvoir et d'autorité en usage partout ailleurs dans l'Occident médiéval et au début de époque moderne. Les rois castillans ne considéraient pas leurs fonctions comme sacrées même s'ils étaient convaincus de la supériorité de leurs responsabilités royales qui leur étaient dévolues par Dieu. Jamais les rois de Castille, ni plus tard ceux d'Espagne, ne prétendirent sérieusement avoir le pouvoir de guérir les malades. Leur naissance leur couronnement, leur mort et leur enterrement ne jouirent pas davantage des rituels complexes associés la royauté en Angleterre et en France la fin du Moyen Age la royauté castillane avait ses rituels et ses symboles autorité pour marquer l'ascension du monarque sur le trône et son entrée en fonction politique mais les uns et les autres différaient de ceux que connaissaient l'Angleterre la France, et les autres royaumes médiévaux d'Occident (Teofilo F. Ruiz, Une royauté sans sacre : la monarchie castillane du bas Moyen Âge. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 39e année, N. 3, 1984 - www.persee.fr).

 

C’est cependant avec la mention de ce supposé exorcisme pratiqué par Sanche IV que Marc Bloch ouvrit les quelques pages consacrées à l’Espagne dans son évaluation des tentatives d’imitation du toucher français et anglais des écrouelles (Bloch, 1983, pp. 151-155). Et cet exorcisme conduisit José Manuel Nieto Soria à attribuer un certain pouvoir thaumaturgique aux rois castillans (Nieto Soria, 1986 ; 1988, pp. 60-78 et 1989). [...] Pas plus qu’un autre roi d’Occident, même lorsqu’ils sont sacrés, les rois de Castille n’ont été intouchables. Et si la Castille est fort éloignée d’un supposé modèle français, on ne peut nier cependant certains aspects témoignant de tentatives ponctuelles de sacralisation, probablement plus rhétoriques que pratiques, encore que notre période soit marquée par deux couronnements (Sanche IV et Alphonse XI), avec une recherche d’effets tant sur le plan interne qu’externe. La voie empruntée par Pierre Ier à partir de 1360 peut être versée au dossier de l’improbable sacralité des rois en Castille, mais peut-être aussi en Occident, malgré les importants montages cérémoniels de certaines monarchies (François Foronda, Une formule de réassurance, Privauté, gouvernement et souveraineté : Castille, XIIIe-XIVe siècle. Madrid : Casa de Velázquez, 2020 - books.openedition.org).

 

Sceptre, Ecrouelles

 

N'ayant pas eu le cœur, en réécrivant l'Amadis primitif, de faire mourir son héros à l'issue du troisième livre, Montalvo l'a maintenu (artificiellement ?) en vie pendant deux volumes encore. Mais il n'a pas pu éviter de lui infliger, par petites étapes, une série de morts successives. Le mariage d'Amadis constitue tout d'abord une mise à mort sentimentale. Ayant épuisé toute la gamme des sentiments amoureux (naissance de l'amour, déchaînement de la passion, jalousie, érotisme...), l'amant d'Oriane disparaît. La mort sociale intervient paradoxalement lorsque Amadis est couronné roi. Au début du livre V, il accède au trône d'Angleterre et devient un souverain père de famille nombreuse (Oriane a un «tresbeau filz, et [...] une plus belle fille, [...] tous deux d'une ventrée»), qui administre paisiblement ses sujets. Il récompense ses amis en les comblant de bienfaits : terres, titres, mariages somptueux... La mort chevaleresque ? En aucun cas, car Montalvo refuse de sacrifier la prouesse d'Amadis (Véronique Duché-Gavet, Amadis I-V, Tempus in fabula: topoï de la temporalité narrative dans la fiction d'Ancien Régime, 2006 - books.google.fr).

 

Au fond, nous ne savons pas au juste quand a débuté en France la thaumaturgie royale au regard des écrouelles. Le plus ancien témoignage, celui de Guibert de Nogent, se rapporte à Philippe Ier (1060- 1108); mais rien du tout ne nous prouve que ce Philippe ait réellement inauguré le fameux rivilège. Vers la fin du xvie siècle, une légende en rapportera l'honneur à Clovis, sans aucune vraisemblance; mais entre Clovis et Philippe Ier il y a de la marge. Peut-être conviendrait-il de songer à Robert le Pieux, père de Philippe, qui passait pour guérir les malades. M. Bloch accepterait volontiers que c'estparce que ce prince aurait particulièrement réussi la guérison des écrouelles que la spécialité en serait restée dans sa descendance. J'ai du mal à le croire, parce que les écrouelles n'étaient tout justement pas de ces affections qui se guérissent par suggestion ; mais je n'ai, je le confesse, aucune explication à proposer de ma part. En Angleterre, c'est pour Henri II (mort en 1189) que nous possédons le premier témoignage du miracle royal; mais, plus tard, une légende, dont nous entendons l'écho dans Macbeth lacte IV, scène 3), fait remonter le présent privilège à Édouard le Confesseur. M. Bloch croirait plutôt que ce fut Henri Ier (mort en 1135) qui, le premier, toucha les écrouelles en Angleterre et qui mit sa prétention nouvelle à l'abri du nom vénéré d'Édouard. Au total, les débuts des deux rites royaux nous demeurent fort obscurs (Compte rendu : "Les rois thaumaturges" de Marc Bloch, Revue historique, Volume 148, 1965 - books.google.fr).

 

Le phénomène des joutes en Castille, largement dynamisé au cours du règne d'Alphonse XI, a de beaux jours devant lui. Souverain contemporain d'Alphonse XI, Édouard III se présente également comme un fervent jouteur. Dans la lignée de son grand-père Édouard Ier, Édouard III donne une place centrale aux joutes en Angleterre. Roger IV Mortimer, qui assure la régence avec la mère d'Édouard III, est lui aussi un passionné. À l'occasion de l'accession du jeune roi en 1327, Mortimer organise une série de tournois et de tables rondes. L'année suivante, le mariage d'Édouard III avec Philippa de Hainaut à York est l'occasion de trois semaines de joutes (Sébastien Nadot, Rompez les lances !: Chevaliers et tournois au Moyen Age, 2010 - books.google.fr).

 

Mais de tous les Rois d’Angleterre, il n'y en a point qui se soit rendu plus celebre par la guérison des écroüelles qu'Edoüard III. qui monta sur le trône en 1327. Je ne doute point que ses prétentions sur la Couronne de France, n’ayent excité le zele qu'il avoir pour toucher des malades. Bradwardin qui étoit son Confesseur, qui l'avoir suivi dans ses guerres, parle avec emphase des cures merveilleuses de ce Prince (Pierre Lebrun, Bellon de Saint-Quentin, Histoire critique des pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples, et embarrassé les scavans, 1732  - books.google.fr).

 

Typologie

 

Ordono II, roi de Léon et des Asturies, 914-922, prit et rasa Talareru, battit Abdérame III, secourut la Navarre, mais perdit la bataille du Val de la Jonquera et fut inquiété par l'ambition des comtes de Castille, dont il arrêta l'émancipation (Dictionnaire général de biographie et d'histoire, Tome 2, 1895 - books.google.fr).

 

L'existence d'onctions royales au cours du Xe siècle semble inconstestable. En témoignent celle d'Ordono II (914-924), un document de Sahagûn daté de 944, et enfin une enluminure de l'antiphonaire de Leôn, dont le style »mozarabe« indique assez clairement qu'il ne s'agit pas de la reproduction d'un modèle wisigothique. Les mentions narratives d'onction restent cependant très rares jusqu'au XIIe siècle. Elles sont en partie compensées par l'expression unctus in regno, qui apparaît dans de nombreux documents, mais sans que toujours très bien si on a là une formule convenue et abstraite ou une allusion à un cérémonial (Patrick Henriet, L'idéologie de guerre sainte dans le haut Moyen Âge hispanique, Francia, Volume 29, Numéro 1, 2002 - books.google.fr).

 

Au titre de roi Alphonse III le Grand (866-910) substitue celui d'«imperator noster» ou «magnus imperator». Plus tard, la reconquête avançant, la capitale est transférée à Léon, en 910, et Ordono II (914-924) prend le titre «d'imperator legionensis». Enfin Ramire II et Ramire III ne se contentent pas de ce titre mais, tout comme les empereurs carolingiens, ils ont l'orgueil de se faire appeler «magnus basileus», marque d'une vieille admiration pour le souverain byzantin (José Puig i Cadafalch, L'art wisigothique et ses survivances: recherches sur les origines et le développement de l'art en France et en Espagne du 4e au 12e siècle, 1961 - books.google.fr).

 

Amadis

 

Le comte d'Artois, futur Charles X, est considéré comme un prince frivole, futile, surnommé «Galaor» par la cour, en référence au personnage d'Amadis de Gaule, archétype du chevalier à la prestance remarquable (fr.wikipedia.org - Charles X).

 

Charles X lancera en 1830 la conquête de l’Algérie musulmane (cf. Alphonse XI).

 

Par ordre de Mgr le Comte d'Artois, sont publiées les adaptations par le comte de Tressan (mort en 1783) : Histoire de Tristan de Léonois (1781) ; Le Prince Gérard, comte de Nevers et la belle Euriant, sa mie (1780) ; Histoire du petit Jehan de Saintré  (1780) (data.bnf.fr - Louis-Elisabeth de la Vergne de Tressan).

 

La mode du Moyen Âge culmine dans les deux décennies qui précèdent la Révolution française sous l’impulsion du comte de Tressan, qui contribue à l’avènement du genre troubadour. Assez bon médiéviste, Tressan vulgarise le Moyen Âge en donnant des extraits de romans anciens, de chansons de geste ou de textes situés dans un cadre médiéval13. Son talent et sa technique qui consiste à retranscrire des textes anciens en les adaptant au goût du XVIIIe siècle lui ouvrent les portes de la Bibliothèque universelle des romans. La B.U.R. est un périodique bi-mensuel, qui recueille un grand succès auprès du public bourgeois et féminin amateur de fictions et avide de découvrir des romans médiévaux, anglais ou allemands. Il est édité de juillet 1775 à juin 1789, sous la direction d’un riche bibliophile médiéviste, le marquis de Paulmy d’Argenson14. L’idée de cette revue a été donnée à Paulmy par La Curne de Sainte-Palaye et Paulmy abandonnera la direction de la revue en 1778 à l’écrivain Bastide et au comte de Tressan. […]

 

Marc Antoine René de Voyer, marquis de Paulmy puis d’Argenson (1722-1787). Collectionneur d’art et de livres, sa bibliothèque est l’une des plus belles jamais réunies par un particulier et se compose d’environ cent mille volumes, principalement d’auteurs français et surtout de poésie. Paulmy en dresse lui-même le catalogue. En 1785, le comte d’Artois achète cette bibliothèque tout en en laissant la jouissance au marquis de Paulmy jusqu’à sa mort. Ce fonds constitue le premier fonds de la bibliothèque de l’Arsenal (Pascale Bolognini-Centène, Mme Riccoboni et la transmission du roman de chevalerie à la fin du XVIIIe siècle In : Mémoire des chevaliers : Édition, diffusion et réception des romans de chevalerie du XVIIe au XXe siècle [en ligne]. Paris : Publications de l’École nationale des chartes, 2007 - books.openedition.org).

 

L'Amadis de Tressan a été préparé à l'origine pour la BUR, mais ce texte a été la cause immédiate de la brouille qui a amené le marquis de Paulmy à abandonner la collection. Nicolas d'Herberay, seigneur des Essarts a publié, entre 1540 et 1548, sa version des romans espagnols de Garci-Ordonez de Montalvo et de Juan Diaz. Selon Jacoubet (1932), Tressan aurait suivi le modèle d'Herberay de plus près que dans ses autres adaptations (Angus Martin, La Bibliothèque universelle des romans, 1985 - books.google.fr).

 

Reproches

 

M. le comte d'Artois arrivait de sa petite expédition d'Espagne : toujours joyeux compagnon, il était parti raillant, et il revenait de son pèlerinage d'Andalousie, barbouillé de quelques idées espagnoles, de romances et de bons mots : incontestablement brave devant Gibraltar, il n'en avait néanmoins rapporté aucun de ces faits saillants, de ces exploits qui méritent les ovations du peuple et les applaudissements de la foule ; on pouvait même reprocher à M. le comte d'Artois d'avoir quitté trop précipitamment l'armée. Il avait dit : «Gibraltar est imprenable, et je ne puis me faire aux siestes d'un blocus;» mais n'y avait-il pas là des troupes françaises, un duc de Crillon en tête ? C'était la place naturelle d'un fils de France. Avec ses habitudes de plaisir, de distraction, M. le comte d'Artois au camp de Saint-Roch restait impatient de revoir Versailles ; excessivement dissipé, il ne conservait même plus depuis son retour d'une campagne militaire ce décorum, ces formes extérieures qui, si elles ne sont pas la vertu, en gardent au moins les apparences ; son cœur, au reste excellent, n'eût jamais manqué par esprit d'intrigues à ce qu'il devait au roi son frère et à la noble reine; s'il s'amusait de spectacles, de jeux et de folies de gentilhomme, il gardait son honneur, sa dignité, son respect, pour la couronne et son attachement pour le roi (Jean Baptiste Honoré Raymond Capefigue, Louis XVI, 1845 - books.google.fr).

 

Soutènement

 

On n'en est à plus à nier la nécessité de la transformation de l'art de fortifier. Les faits sont là, démontrant qu'avec le matériel nouveau d'artillerie donnant au tir courbe la portée et la justesse, avec les nouveaux projectiles chargés de mélinite ou d'explosifs aussi violents, dont les effets ont frappé de stupeur les fortificateurs de la vieille école, nos places fortes et nos forts sont incapables de résister. L'équilibre est rompu momentanément entre l'art de la défense et l'art de l'attaque, en faveur de ce dernier. Nous disons momentanément, persuadé que l'art de l'Ingénieur est plein de ressources et saura, à des moyens d'attaque inconnus jusqu'à ce jour, opposer des remparts de nouveau efficaces. La fortification a déjà traversé des phases aussi difficiles et en est sortie par des transformations aussi radicales. C'est ainsi que la simple substitution du boulet métallique des frères Bureau au boulet de pierre, a fait naître la fortification terrassée sur les ruines de nos vieilles murailles du moyen âge. Pour le moment, la première surprise n'est point dissipée : on tâtonne encore; on s'escrime en dissertations à perte de vue, ce qu'il ne faut pas regretter, puisque de la discussion doit jaillir la lumière. Mais plus encore que la discussion, les faits s'accumulant finiront par se classer, les jugements par se mûrir, et les méthodes prendront enfin ce caractère de netteté qui leur manque si complètement aujourd'hui. Déjà les données du problème se fixent, en ce qui concerne l'artillerie du moins. Des expériences fréquentes et multipliées se succèdent à Bourges, et Saint-Cyr, à la Malmaison, au camp de ChâIons. Nous ne les connaissons pas en France ; les officiers de notre armée ne les connaissent pas; il serait curieux de savoir alors qui les a racontées au général Brialmont. Ces expériences établissent nettement ce que l'on doit attendre et ce que l'on peut craindre des pièces nouvelles, des projectiles nouveaux. Or de ces expériences, il résulte que si l'on a la prétention de laisser du matériel a ciel ouvert dans l'espace resserré et facilement repéré des forts tels qu'on les a compris et construits jusqu'à présent, ce matériel est voué d'avance à une destruction rapide et complète. Quant aux locaux qui abritent les magasins et la garnison, ils sont insuffisamment protégés. Pour les mettre hors d'atteinte, il faudrait faire disparaître les cours sur lesquelles ils prennent jour et les recouvrir eux-mêmes d'une couche de béton de trois mètres environ, c'est-â-dire aussi épaisse que les masques en terre dont on se contentait jadis. Outre les dépenses énormes que nécessiteraient ces mesures nouvelles, on sent combien il sera toujours difficile de constituer ces cités souterraines, si l'on persiste à y accumuler les locaux les plus divers. Mais on distingue immédiatement dans un ouvrage fortifié deux éléments: tout d'abord, l'élément défensif ou de combat, le rempart sur lequel s'installent l'artillerie et les tirailleurs; et en second lieu, l'élément passif (abris, magasins, logements) dont l'établissement, pour être en connexion intime avec l'élément de combat, n'en jouit pas moins d'une certaine élasticité, et peut n'être pas toujours et en totalité dans le voisinage immédiat de celui-ci. Jusqu'à présent on a tenu a les superposer exactement de telle sorte qu'un fort porte en lui-même toutes ses ressources, tous ses approvisionnements, toutes ses réserves. Or, la chose ne semble pas indispensable en ce qui concerne un fort de camp retranché. On ne saurait abstraire cet ouvrage, en effet, de tout ce qui l'avoisine; et l'on entrevoit ainsi tout d'abord la possibilité de distraire du dispositif une bonne portion de ces locaux souterrains qui l'alourdissent et le compliquent. pour les placer en  en un point plus convenable. Dans un ouvrage actuel, les deux éléments offensif et passif, l'un portant l'autre, reçoivent réciproquement les coups qui leur sont mutuellement destinés; sans compter que les parados à haut relief, sous lesquels on abrite les casernes le plus souvent, semblent disposés tout exprès pour faire éclater les projectiles dans le dos des défenseurs placés sur les terre-pleins. La première conséquence d'un tel état de choses, doit être évidemment de faire renoncer à la fortification condensée aux nids à obus, pour adopter un système dispersé. Les mêmes causes amènent les mêmes effets; on constate ici la même évolution que dans la tactique générale où le perfectionnement des armes portatives a amené la substitution de l'ordre dispersé et même linéaire à l'ordre profond et serré. On avait condensé les éléments de la défense dans l'étroite enceinte d'un fort, lorsque la préoccupation de l'assaut et de la défense rapprochée primait toute autre considération; il fallait des fossés profonds et bien battus. Mais a mesure des progrès des bouches à feu, la phase importante de la lutte devient de plus en plus le combat lointain des deux artilleries. Tout doit être disposé pour résister victorieusement aux batteries dispersées de l'attaque; et ce n'est pas en favorisant le tir de ces batteries, en lui permettant de se concentrer sur une artillerie ramassée et compacte, qu'on atteindra le but; c'est au contraire, en dispersant aussi cette artillerie de la défense, en lui donnant, comme a celle de l'attaque. le bénéfice des emplacements dissimulés, sans reliefs inopportuns. multipliés et changeants. Quant à l'éventualité d'une attaque rapprochée, d'un assaut, elle est de moins en moins à craindre, a mesure que l'infanterie est mieux armée. Derrière des retranchements, même médiocres, l'infanterie suffira le plus souvent à briser l'élan de l'attaque, si la préparation n'a pas été suffisante, si le tir à outrance de l'artillerie n'a pas haché, décimé, et surtout démoralisé cette infanterie. On voit combien les considérations de tracé perdent alors de leur importance, et doivent céder le pas aux nécessités inéluctables du moment. La valeur passive de l'obstacle importe beaucoup moins que jadis et c'est pourquoi l'on peut observer que les dimensions des fossés et des escarpes, par exemple, ont été toujours diminuant tandis que progressait l'artillerie. Les escarpes de Vauban n'avaient pas moins de 10 mètres de haut; depuis 1870 on ne leur donnait plus que 6 mètres; quelquefois même on se contentait de murs détachés. Or, les effets des obus chargés de grandes quantités d'explosif étant de renverser facilement les murs de soutènement derrière lesquels ils éclatent, on est conduit maintenant à renoncer à de semblables murs : les fossés, a terre coulante, perdent ainsi beaucoup de leur importance; il en est de même de leur flanquement par des caponuières toujours difficiles à abriter. Si donc la fortification est soumise à des exigences nouvelles, elle a gagné en souplesse et n'est plus assujettie à se maintenir dans le moule rigide que nous a légué le passé. A ce point de vue, on peut presque dire déjà - et l'on dira certainement, lorsqu'elle aura accompli son évolution tout entière - que les perfectionnements de l'artillerie sont favorables à la défense tout autant qu'a l'attaque. A elle de se plier aux nécessités de son rôle actuel; a elle de se dis. percer, de se dérober pour n'offrir plus à l'ennemi un but de haut relief ramassé et immobile, mais un front fuyant et changeant. Et cette nécessité n'est pas aussi nouvelle qu'on le pourrait croire : un Ingénieur qu'on aurait encore quelque avantage à. relire, d'Arçon, faisait déjà de son temps ressortir les inconvénients d'un rempart immuable, planté devant l'ennemi qui peut en relever d'avance la position exacte et l'organisation. Autour de points d'appui solides, il voulait que la défense, par l'installation sommaire de batteries et de retranchements, conservant une flexibilité au moins égale à celle de l'attaque, se modifiant suivant les besoins et suivant les moyens mis en œuvre contre elle. N'est-ce pas la tout le programme moderne ? (Le Génie civil, Volume 13, 1888 - books.google.fr).

 

"le chef" : le Chevalier d'Arçon et le camp de saint Roch

 

Jean-Claude-Eléonore Michaud d'Arçon, officier général du génie, et membre de l'Institut, naquit en 1755 à Pontarlier. Son père, avocat instruit et auteur de plusieurs opuscules sur la coutume de Franche-Comté, le destinait à l'état ecclésiastique; mais le jeune d'Arçon, entraîné par un penchant invincible vers la profession des armes, se servit d'un moyen ingénieux pour faire connaître sa vocation à ses parents. Il substitua de sa main dans son portrait qu'on venait de peindre, l'habit d'ingénieur à celui d'abbé, sous lequel il avait été représenté. Son père dès lors, loin de s'opposer à ses projets, ne songea plus qu'à les seconder. Admis à l'école de Mézières, ingénieur en 1753, il se distingua dans la guerre de 7 ans. Chargé, en 1774, de lever la carte du Jura et des Vosges, il imagina une manière de laver qui produit plus d'effet que le lavis ordinaire. En 1774 et 1775, une querelle s'étant élevée au sujet de l'opinion émise par Guibert sur l'ordre profond et sur l'ordre mince, d'Arçon y prit part et publia deux brochures intitulées : Correspondance sur l'art militaire, où l'on remarqua un grand nombre d'idées neuves et ingénieuses. En 1780, le siège de Gibraltar lui offrit une éclatante occasion de déployer la supériorité de son génie, dans la partie la plus savante de la théorie militaire. Le projet audacieux qu'il conçut alors a été mal jugé par ceux qui ne considèrent en tout que le succès. L'attaque de Gibraltar par terre étant regardée comme impraticable, d'Arçon imagina des batteries insubmersibles et incombustibles, destinées à entamer le corps de la place du côté de la mer, tandis que par d'autres batteries avancées sur le rivage, on devait prendre de revers les ouvrages que les batteries flottantes attaqueraient de face. Il lit revêtir ces batteries d'une forte cuirasse en bois, les couvrit d'un blindage assez fort pour résister aux bombes, et y ménagea une circulation d'eau entretenue par des pompes pour les garantir du feu. Ces machines devaient être soutenues par des chaloupes canonnières, des bombardes et des vaisseaux de ligne, manœuvrant sur divers points pour occuper les assiégés et les obliger à plusieurs diversions. Cent cinquante pièces de canon devaient foudroyer à la fois la place. Pour être plus assuré du succès, d'Arçon lui-même était allé dans une frêle barque examiner les lieux, afin de déterminer la route que les machines avaient à tenir, et leur position définitive. Le 15 septembre 1782 était le jour fixé pour l'exécution. La jalousie et l'intrigue firent échouer des moyens si savamment combinés. La manœuvre convenue fut exécutée de manière à faire avorter l'entreprise. De dix prames qui devaient agir simultanément, deux seulement mirent d'abord à la voile, et essuyèrent tout le feu de la place. Les autres ne suivant qu'à une grande distance, se placèrent trop en arrière et le défaut d'ensemble fit manquer l'opération. D'Arçon se disposait à réparer cet échec. Mais ses envieux ne lui en laissèrent pas le temps, et ils obtinrent l'ordre de livrer aux flammes les batteries flottantes, sous le prétexte ridicule qu'elles pouvaient tomber entre les mains des Anglais. Cette mesure désespéra d'Arçon, qui en conserva toute sa vie un ressentiment profond. Une chose pourtant dut le consoler au milieu de ces contre-temps qui l'accablaient, ce fut l'hommage public qu'Elliot, commandant de Gibraltar pour l'Angleterre, rendit à sa belle invention, et au génie qui l'avait conçue. D'Arçon publia de son côté une espèce de justification où l'on reconnaît une àme. profondément blessée. Employé en Hollande sous les ordres de Pichegru, on lui dut la prise de Bréda et de Gertruydemberg. Ayant été dénoncé, il quitta l'armée et se retira dans la solitude où il s'occupa de rédiger un important ouvrage sur les fortifications. Le premier consul le fit entrer dans le sénat en 1799. Mais d'Arçon ne jouit pas longtemps de cet honneur qu'il avait mérité par de longs et utiles services. Il mourut le 1er juillet 1800, à l'âge de soixante-sept ans. On a de lui : Mémoires pour servir à l'histoire du siège de Gibraltar, par l'auteur des batteries flottantes, Cadix, Hernill, 1785, in-8; Considérations sur l'influence du génie de Vauban dans la balance des forces de l'Etat, 1780, in-8; Examen détaillé de l'importante question des places fortes el retranchements, Strasbourg, 1789, in-8; De la force militaire considérée dans ses rapports conservateurs, Strasbourg, 1789, in-8; suite, 1790, in-8; Considérations militaires et politiques sur les fortifications, Paris, 1795, in-8; ouvrage important (François Xavier de Feller, Biographie universelle, Tome 1, 1850 - books.google.fr).

 

Querelles

 

Les témoins oculaires ont diversement parlé de ces batteries flottantes. D'après le capitaine Amabert, si les batteries avaient été réellement perfectionnées selon le système d'Arçon et embossées aux points choisis, l'entreprise était assurée du succès. Le duc des Cars en dit aussi le plus grand bien et, selon lui, a été de se prêter à l'exécution d'un plan tronqué et défiguré (M. de Germixy, Guichen et les dernières croisières franco-espagnoles de la guerre d'Indépendance aux États-Unis, Revue des questions historiques, 1904  - books.google.fr).

 

Un conflit s'élèvera entre d'Arçon et le duc de Crillon, commandant en chef des assiégeants, quand le comte d'Artois et duc de Bourbon viendront assister aux opérations. Crillon ordonnera l'attaque générale le 13 septembre 1782, sans  attendre le complet équipement des batteries et sans coordonner les actions. Les "batteries flottantes" seront détruites et, sur terre, les assaillants perdront 2000 hommes et 328 pièces de canon (Jean Grassion, Frans Durif, Journal du marquis de Bombelles, Tome 1 : 1780-1784, 1977 - books.google.fr).

 

Prévoyant un désastre, d'Arçon crut devoir en appeler au comte d'Artois, ce qui lui attira une scène de colère du général en chef qui le traita ironiquement de forte tête. D'Arçon insistant pour que l'attaque fut concentrée sur un seul point, le duc de Crillon, rejetant cet avis plein de bon sens, s'écria : «Vous avez des entrailles de père pour vos batteries, vous ne songez qu'à elles, si l'ennemi veut s'en emparer brûler à sa barbe.» (Alphonse Jobez, La France sous Louis XVI, Tome 2, 1881 - books.google.fr).

 

Mgr le duc d'Artois fut employé luy même à cette singulière négociation; c'est à cette occasion que M. de Crillon reprocha au colonel d'Arçon ce qu'il appeloit des menées... «Vous me forcez la main, luy dit-il, mais vous vous en repentirez.» (Revue militaire de l'étranger, Etat-Major des armées, 1899 - books.google.fr).

 

Arçon et le comte d'Artois

 

Cette soudaine & désolante catastrophe toucha infiniment les deux Princes sous les yeux desquels elle se passa ; ils virent nos malheurs, & firent tout ce qui étoit en eux pour en diminuer le poids et l'amertume. M. le Comte d'Artois eut la bonté délicate d'envoyer à M. d'Arçon un Officier de marque de sa maison, & de le faire assurer de la continuation de sa bienveillance. Eh ! les promesses honorables d'un bon Prince font une consolation bien douce, & durent rendre le calme au coeur agité de M. d'Arçon (Histoire du siège de Gibraltar, fait pendant l'été de 1782, sous les ordres du Capitaine Général Duc de Crillon, 1783 - books.google.fr).

 

Je consignerai dans cette note une anecdote assez curieuse et dont l'authenticité me paraît d'autant plus certaine qu'elle m'a été racontée dans les mêmes termes, d'une part par le Roi Charles X, et de l'autre par le général Dumouriez qui la tenait directement du général d'Arçon. Les opinions politiques de cet officier général avaient toujours été contraires à la Révolution, et après 1789 il s'était tenu à l'écart, et n'avait pas été employé, mais aussi il était resté en France, et il avait résisté à toutes les sommations qui lui avaient été adressées pour le déterminer à émigrer. Cependant, lorsqu'il vit la guerre déclarée au mois d'avril 1792, il se décida  à émigrer, et se rendit à Coblentz pour se présenter au comte d'Artois qui l'avait toujours traité avec distinction depuis qu'il avait approché ce Prince au camp de Saint-Roch devant Gibraltar. Mais les exaltés de l'émigration, et ils étaient nombreux, prétendirent qu'il fallait faire un exemple de lui, pour avoir tant tardé à émigrer, et on ne parlait de rien moins que de le jeter dans le Rhin. On n'en fit rien, pourtant, et M. d'Arçon sans se laisser intimider par ces clameurs, se rendit à l'audience de Charles X dont le salon était rempli d'émigrés. Un murmure général annonça son arrivée. Charles X lui dit dès qu'il l'aperçut : «En vérité, M. d'Arçon, je suis fâché d'avoir à vous le dire, mais il n'est plus temps, et vous arrivez trop tard. - Eh bien, Monseigneur, lui répondit M. d'Arçon, en lui faisant une profonde révérence, il ne sera peut-être pas trop tard de l'autre côté», et il se retira. De retour à Paris où son absence n'avait pas été remarquée, il se présenta au comte de Grave, alors ministre de la Guerre français (Mémoires de Louis Philippe, duc d'Orléans, Tome 2, 1974 - books.google.fr).

 

Ecrouelles

 

Contrairement à son frère Louis XVIII, Charles X se fit sacrer à Reims en 1824.

 

Le P. Lebrun, en attaquant les privilèges des prétendus chevaliers de St. Hubert, leur oppose sérieusement celui dont jouissaient les rois de France de pouvoir guérir des écrouelles. Charles X, lors de son sacre à Reims, a encore touché une foule de gueux attaqués de ce mal chronique et incurable, sur lequel la médecine n'a aucun pouvoir. La révolution diabolique de 1830 a fait cesser le miracle (Essai historique sur les usages, les croyances, les traditions des Belges anciens et modernes, 1834 - books.google.fr).

 

Paix

 

Le sceptre des Bourbons est un bienfait de Dieu ! Louis XVIII venait de payer à la nature le tribut inévitable que lui doivent les bergers et les rois, également créés à l'image de Dieu, et déjà brillait sur son auguste front l'auréole de saint Louis, de François Ier, de Henri IV, de Louis XIV et de Louis XVI. Un bon roi monte au ciel, un bon roi monte au trône. L'un a obtenu la récompense que l'autre va mériter; car, à côté du monarque défunt, se trouve une place dans tous les cœurs français pour son digne successeur. Charles X fut pour nous le messager de la paix et du bonheur, le précurseur de son royal frère, le Messie enfin de la légitimité. Celui qui, placé si près du trône, donne le noble exemple de la fidélité la plus respectueuse et des plus touchantes vertus, déploiera dans le rang suprême toutes les qualités d'un bon et grand roi, et chaque Français sera pour Charles X ce qu'il fut lui-même pour Louis XVIII, le sujet le plus fidèle et le plus dévoué (P Cuisin, Vie de Charles X: roi de France et de Navarre, 1825 - books.google.fr).

 

Polignac (cf. quatrain précédent IV, 9)

 

On était encore sous l'impression de la victoire de Navarin (20 octobre 1827) : la part glorieuse que la France venait de prendre à la délivrance de la Grèce avait fait oublier son triste rôle dans les affaires d'Espagne. Les arts, les lettres, la poésie semblaient renaître. C'est au milieu de cet apaisement général que Charles X conspirait traîtreusement (en cela, vrai Jésuite) la chute du ministère libéral, qui devait entraîner celle de la monarchie. «Vous voulez donc que je renvoie mes amis, que j'abandonne mon parti,» disait-il à Martignac; et en même temps qu'il signait les ordonnances qui frappaient les Jésuites, il confiait l'éducation du jeune héritier du trône à un prélat fougueux qui avait chaleureusement pris fait et cause pour la célèbre Compagnie, la considérant «comme appelée par la Providence à replacer la monarchie sur des fondements solides». Au conseil, Charles X était poli avec ses ministres; mais son esprit était ailleurs. Un ancien émigré, l'un des hommes du pavillon Marsan et de la Congrégation, qui avait refusé de prêter serment à la Charte, le prince Jules de Polignac, fils de la duchesse de Polignac, la fameuse favorite de Marie-Antoinette, avait toute sa confiance. Le 8 août 1829, à la suite d'un léger dissentiment qui avait éclaté entre le ministère et la Chambre, au sujet de la loi communale et départementale, Martignac et ses collègues offrirent leur démission au roi, qui s'empressa de l'accepter. «Je vous le disais bien, messieurs, ajouta-t-il en leur serrant la main, il n'y a aucun moyen de traiter avec ces gens-là. Il est temps de s'arrêter...» Et il appela au ministère son prince de Polignac, le général Bourmont et La Bourdonnaye, trois hommes justement impopulaires, qui personnifiaient : le premier, l'émigration; le second, la trahison à la veille de Waterloo; le troisième, la réaction de 1815. Jamais acte ne blessa plus profondément le sentiment national (9 août 1829) : - «Un tel ministère ne se comprend pas, disait Royer-Collard. C'est un effet sans cause. Allons, Charles X est toujours le comte d'Artois.» «Malheureuse France! malheureux roi !» s'écria le Journal des Débats du 10 août.

 

Le prince Jules de Polignac, ministre des affaires étrangères, présidait le conseil (18 novembre 1829). Les colléges électoraux d'arrondissement avaient été convoqués pour le 23 juin et ceux de département pour le 3 juillet. De part et d'autre on se prépara aux élections comme à une bataille décisive. Circulaires, lettres pastorales, tout fut mis en œuvre par les Royalistes, pour obtenir «de bonnes élections». Le roi lui-même, par une résolution sans précédents, intervint dans la lutte : «Remplissez vos devoirs, dit-il aux électeurs dans une proclamation, je saurai remplir les miens.» Non-seulement les électeurs lui renvoyèrent les 221 qui avaient voté la fameuse Adresse où la Chambre des Députés avait déclaré que le concours entre les vues du gouvernement et les vœux de la Nation n'existait pas, mais ils lui imposèrent une majorité libérale encore plus considérable. Dans ce moment arrivait à Paris la nouvelle de la prise d'Alger par notre armée (8 juillet 1830). «Ainsi soient traités partout et toujours les ennemis de notre seigneur et roi! dit l'archevêque de Paris, le fougueux breton de Quelen. Ainsi soient confondus tous ceux qui osent se soulever contre lui !». Le dimanche 25 juillet, il y eut conseil à Saint-Cloud. Après avoir pris l'avis du Dauphin et des ministres, le vieux roi s'apprêta à signer; mais au moment d'apposer son nom au bas des papiers étendus devant lui, il s'arrêta, appuyant son front sur ses deux mains, et demeura, pendant quelques instants, absorbé dans une sorte de méditation. Puis, relevant avec lenteur sa tête blanche, et reprenant la plume, il dit : «Plus j'y réfléchis, plus je suis convaincu qu'il est impossible de faire autrement»; et il signa. Les ministres signèrent ensuite, et chacun d'eux en posant la plume se leva, se tourna vers le monarque et s'inclina profondément devant lui. Ce muet et absolu dévouement à sa volonté parut émouvoir assez vivement Charles X. - «Messieurs, dit-il à ses conseillers, lorsque l'acte fatal fut consommé, voilà de graves mesures. Vous pouvez compter sur moi, comme je compte sur vous. C'est désormais entre nous, à la vie, à la mort !» Tous en effet, en signant ces folles ordonnances, qui déclaraient la chambre dissoute et suspendaient la liberté de la presse, avaient signé l'arrêt de mort de la vieille dynastie (Complément de l'encyclopédie moderne dictionnaire abrègè des sciences, des lettres, des arts de l'industrie, de l'agriculture et du commerce publié par Firmin Didot Frères, Tome 12 : Rachis - Zug, 1862 - books.google.fr) ?

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