Le Royaume de Naples napoléonien

Le Royaume de Naples napoléonien

 

IV, 40

 

1807-1808

 

Les forteresses des assiegez serrez,

Par poudre à feu profondez en abysme,

Les proditeurs seront tous vifs serrez,

Onc aux sacristes n'advint si piteux scisme.

 

Quatrième Coalition

 

La Quatrième Coalition comprit deux campagnes successives : une campagne en Prusse, où se livrèrent contre les Prussiens les batailles d'Iéna et d'Auerstaëdt (1806), et une campagne contre les Russes en Pologne où furent livrées les batailles d'Eylau et de Friedland (1807). Elle se termina par le traité de Tilsitt (1807) (Jean-Baptiste Melin, Histoire contemporaine, 1789-1889: programme du 28 janvier 1890, 1890 - books.google.fr).

 

Fin novembre 1806 ont lieu les prémices de la Campagne de Pologne. En juillet, la Prusse, réalisant qu'elle est complètement isolée, se tourne vers la Russie et signe des accords préliminaires renouant avec l'alliance défensive de 1800. Le 23 juin, Frédéric Guillaume avait envoyé au Tsar une lettre dans laquelle il appelait Napoléon «l'ennemi». Le 16 octobre, le lendemain de la double défaite, Iéna / Auerstedt, Frédéric Guillaume écrit à Napoléon pour lui demander un armistice. Napoléon refuse, craignant l'arrivée des renforts russes. Le 22 octobre, Napoléon reprend contact avec l'envoyé de Frédéric Guillaume, Lucchesini. Mais voyant ses proposition refusées, Napoléon décide d'occuper complètement la Prusse et ses forteresses, pour forcer le roi de Prusse à négocier (www.napoleon.org).

 

Fin 1806, les Français avaient poursuivi leur marche victorieuse et s'étaient portés avec la rapidité d'un torrent dans la Pologne à la rencontre de l'armée Russe, qui venait se joindre aux débris du roi de Prusse. Obligé de s'éloigner des places fortes qui tenaient encore, l'empereur avait ordonné la formation d'un dixième corps d'armée, destiné à appuyer ses derrières et en même temps à former l'investissement et le siége de ces places. Ce dixième corps, formé à Stettin par le général Victor, avait été mis sous le commandement en chef du maréchal Lefebvre. Il était composé de différentes troupes levées en Pologne par le général Dombrowski, du contingent fourni par le grand-duché de Bade, de celui de la Saxe alliée de la France, depuis l'envahissement de la Prusse et enfin de plusieurs corps Français. Mais les divers événemens militaires qui suivirent l'entrée des Français en Pologne, empêchèrent longtemps le maréchal Lefebvre de s'occuper des sièges dont il avait d'abord été chargé. Obligé de combattre pour soutenir les mouvemens de la grande armée française, il se contenta de faire investir les forteresses de Colberg, de Graudentz, et la place de Dantzick, attendant que les victoires de l'empereur le missent enfin à même de former le siège en règle de cette dernière ville (Camille Saint-Aubin, Siège de Dantzick en 1807, 1818 - books.google.fr).

 

"poudre"

 

Le 30 janvier 1808, une explosion fit sauter une aile du palais de Salicetti, ministre de la police. Salicetti, sa fille et son gendre, le duc de Lavello, furent plus ou moins gravement atteints. L'explosion avait été causée par une machine chargée de trente kilogrammes de poudre. Les auteurs de ce crime, accompli à l'instigation de la reine Caroline, si l'on s'en rapporte aux révélations de Viscardi, se sauvèrent presque tous en Sicile. Plusieurs furent condamnés à mort; Viscardi, le révélateur, obtint grâce de la vie. On voit contre quelles passions féroces Joseph avait à lutter. Sa douceur naturelle n'en fut point altérée, et son frère dut lui rappeler plus d'une fois qu'une clémence excessive avait ses dangers. «Il ne faut pas perdre de vue, lui écrivait-il, que la force et la justice sévère sont la bonté des rois. Vous confondez trop la bonté des rois et la bonté des particuliers.» Joseph reconnaissait la justesse de ces conseils et ne les suivait pas, et à son tour il se permettait des conseils qui n'étaient ni moins justes ni plus écoutés. La correspondance des deux frères, dans cette période marquée par les victorieuses campagnes de Prusse et de Pologne (1806-1807), est certainement intéressante. L'un s'y montre dans toute sa grandeur, dans l'immensité de ses desseins et l'inépuisable fécondité de son génie, l'autre s'y montre dans sa modération timide et un peu molle. Après la paix de Tilsitt, Napoléon résolut de faire un voyage en Italie. Joseph, dès qu'il fut instruit de ce dessein, le pressa de venir à Naples, et ne pouvant l'y décider, il exprima le désir de se rendre lui-même à Paris. L'empereur n'y consentit pas et lui donna rendez-vous à Venise. Dans cette entrevue, qui eut lieu le 2 décembre 1807, il fut surtout question de Lucien, que Napoléon désirait rattacher à la grandeur impériale; mais il ne fut rien dit des dissensions de la famille royale d'Espagne, dissensions qui venaient d'éclater avec violence et dont l'empereur songeait déjà à profiter dans l'intérêt de sa politique (Nouvelle biographie universelle depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Tome 12, 1863 - books.google.fr, fr.wikipedia.org- Christophe Saliceti).

 

Dans la nuit du 31 janvier, la maison de M. Saliceti s'est écroulée; on avait d'abord cru que cet accident était la suite d'un simple vice de construction ou un défaut de réparation à la suite du dernier tremblement de terre; mais bientôt on á su que la maison avait sauté par suite d'une explosion. Le ministre Saliceti rentrait chez lui à une heure du matin ; à peine entrait-il dans sa chambre qu'il entendit une forte détonnation et qu'il sentit une commotion violente. Il courut à l'appartement de sa fille, la duchesse de Lavello, et déjà les trois étages qui composent l'aile de la maison qu'elle habitait étaient, ainsi que le comble, abîmés et renversés. Il entendit la voix de sa fille, et, en se précipitant pour la retrouver, il reçut de fortes contusions à la tête et aux jambes, enfin il parvint, aidé de ses domestiques, à la déterrer du milieu des décombres sous lesquels elle était restée ensevelie pendant plus d'un quart-d'heure. Quant aux causes de cet événement, quelques personnes l'attribuaient au ressentiment d'un apothicaire de Naples, dont les fils furent impliqués dans la conspiration du mois de mars 1807, et qui occupait une boutique imprudemment laissée à sa disposition sous les appartemens du ministre. Saliceti soupçonna un complot plus étendu et formé par des émissaires venus de Capri. Il croit qu'ils avaient un plan plus vaste qu'une simple vengeance contre un particulier dont la mort ne pouvait avoir assez d'importance pour être l'unique but de leurs projets; il suppose qu'on devait s'emparer du fort Saint-Elme, exciter, par ce moyen, un grand mouvement, et dans le cas où le trouble n'aurait point un résultat décisif, satisfaire, au moins, l'amour de la vengeance qui animait l'ancienne cour. Les généraux Campredon et D***, avec trois artificiers de la ville, ont été chargés de vérifier les causes sur lesquelles des doutes se sont élevés. Ils ont retrouvé des mêches, des cordes, une sorte de filet qui enveloppait la charge; enfin tout a fait croire qu'on a fait usage d'une de ces machines anglaises contenues dans les bateaux dont les Anglais se sont servis devant Boulogne. Les personnes qui sont attachées au roi, l'ont engagé à faire visiter le palais; il s'y est prêté sans montrer aucune inquiétude personnelle. Cette affaire a donné lieu à une procédure solennelle. Six personnes reconnues coupables ont été condamnées à mort. De ce nombre sont les deux Viscardi, père et fils, apothicaires, principaux auteurs du crime, et un négociant nommé Jazelli. En général le jugement a été approuvé; on a pourtant trouvé un peu trop rigoureux de punir d'une peine égale les hommes réellement convaincus du crime, et ceux qui n'y avaient trempé que par leur correspondance (Discours et opinions, journal et souvenirs, Stanislas de Girardin, Tome 4, 1828 - books.google.fr).

 

Tilsitt

 

Après la bataille de Friedland, les deux adversaires étaient également las de la guerre. La Russie redoutait une insurrection de ses provinces polonaises. Napoléon craignait de s’enfoncer dans les immensités russes. L’armée d’Alexandre avait beaucoup souffert, mais les soldats français étaient fatigués. On trouva donc son compte, de part et d’autre, à une paix qui ne laissait ni vainqueur ni vaincu. Cette réconciliation prit des formes spectaculaires, qui frappèrent l’imagination des contemporains : la rencontre des deux empereurs sur le radeau ancré au milieu du Niemen, fleuve formant la frontière entre la Prusse et la Russie ; puis deux semaines de conversations chaleureuses dans la ville de Tilsit, pour aboutir à ce traité et au partage du continent qu’il semblait opérer.

 

Par l'article 14, "S.M. l’Empereur de toutes les Russies, voulant prouver combien il désire d’établir entre les deux Empires les rapports les plus intimes et les plus durables, reconnaît S.M. le Roi de Naples, Joseph Napoléon, et S.M. le Roi de Hollande, Louis Napoléon" (Michel Kerautret, Grands traités de l’Empire (1804-1810)  - www.napoleon.org).

 

"sacristes" : la politique religieuse de Napoléon

 

"sacriste" est une forme dialectale de "sacristain" mais aussi une fonction dans un monastère.

 

Le Royaume de Naples (1806-1815) fut le premier État européen à avoir connu comme souverain un membre de la famille de Napoléon Ier. Les troupes napoléoniennes, sous le commandement en chef du frère de Napoléon Joseph Bonaparte, chassèrent les Bourbons en 1806. Devenu roi de Naples par décret impérial le 30 mars 1806 sous le nom de Joseph Napoléon, celui-ci tenta de se faire aimer de son peuple, réforma l'administration et les finances, abolit la féodalité, mais se heurta à une partie de la noblesse. Sur ordre de Napoléon, il remit son royaume à son beau-frère Joachim Murat le 5 juillet 1808 (fr.wikipedia.org - Royaume de Naples (1806-1815)).

 

Le clergé a toujours été une force puissante d'opposition à Naples. Joseph contraignit le clergé à réduire son influence à la sphère spirituelle. Les cardinaux durent prêter serment, les plus dangereux pour le pouvoir en place furent expulsés du royaume et une partie des biens du clergé fut nationalisée. Une loi promulguée en février 1807 ordonna la suppression des couvents des Bernardins et des Bénédictins, trop nombreux et pouvant être source de conflits. En mars 1807, un autre décret promulgua la nationalisation des biens littéraires du clergé. Ces opérations furent suivies par le ministère de l'Intérieur et témoignèrent d'une volonté de centralisme politique et culturel. Mais si les élites du royaume applaudirent cette réforme, le peuple des campagnes qui dépendait de la charité publique organisée par les ordres fut plus réservé (fr.wikipedia.org - Royaume de Naples (1806-1815)).

 

Pour diminuer le nombre des mauvais conseils qui assiégent le saint-père, les cardinaux napolitains ont reçu du général Miollis la sommation de se rendre à Naples, afin d'y prêter serment à leur nouveau souverain. Cet ordre donné à des cardinaux paraît une injure au saint-père. Il leur fait défendrer d'y obéir. Un d'entre eux se rend auprès de lui pour le prier, en leur nom commun, de lever cette défense. Il s'y refuse. Après une longue discussion, il leur permet d'aller à Naples, à condition qu'ils s'y feront conduire de force. Dans ce cas, il les autorise à prêter serment, et seulement comme sujets; il leur interdit de le prêter comme cardinaux. Les représentations qu'ils lui font ne le touchent pas : «Eh « bien, vous serez martyrisés. » Selon le saintpère, l'enlèvement par force prouvera la persécution, d'où sortira le schisme, seul moyen de sauver l'Église. C'est un homme que nous voulons croire véritablement pieux, c'est le pape Pie VII qui s'exprime ainsi ! Étrange effet de l'égarement que produit l'odieux mélange des intérêts de la terre et de ceux de l'éternité! Quelques cardinaux partirent d'eux-mêmes. D'autres attendirent l'emploi de la force pour s'y déterminer. Le mois suivant, cette mesure, appliquée d'abord aux cardinaux napolitains, fut étendue à ceux de Gènes, du Piémont et du royaume d'Italie. Le ressentiment du saint-père éclata dans toute son amertume. Le séparer des membres du sacré collége, c'était détruire le régime spirirituel de l'Eglise. Les lettres adressées par le prosecrétaire d'Etat aux cardinaux et aux ministres étrangers, sont un appel au jugement de Dieu et des hommes sur cette insulte énorme à la dignité du cardinalat, qui est en même temps un outrage contre la personne sacrée du saint-père (M. Bignon, Histoire de France sous Napoleon, Deuxieme epoque, depuis la paix de Tilsitt en 1807 jusqu'en 1812, Tome 7, 1838 - books.google.fr).

 

Les sources relatives au droit familial à Marseille ne permettent de distinguer en toute assurance que cinq individus d'origine italienne. Ce n'est pas la perspective d'une alliance matrimoniale qui attire semble-t-il les Italiens chez le notaire, mais bien le sentiment d'une mort prochaine. Un seul d'entre eux, un Calabrais, a pris femme à Marseille. En revanche, un Génois tout comme un Pisan, ainsi qu'un habitant de Capri (Catrosinquo sacristus de capri) y ont fait dresser leur testament, alors que notre Florentin marseillais est décédé sans y avoir eu recours, laissant à ses frères le soin de régler les détails de sa succession. Notons que ce dernier, contrairement à ses "compatriotes", avait acquis la citoyenneté marseillaise à l'instar de nombreux autres étrangers (Francine Michaud, Un signe des temps, Pontifical Institute of Mediaeval Studies, 1994 - books.google.fr).

 

Et D. Macarius Cuomo vicarius vadat ad domum Capri, ibique exerceat officium sacristae [au XVIIIe siècle] (Analecta Cartusiana, 1970 - books.google.fr).

 

Lorsque. par le traité de Tilsitt (juin 1807), Napoléon eut forcé la Prusse et la Russie à se soumettre au blocus continental, il ne se crut plus tenu à aucun ménagement à l'égard de Rome. Maître de toute l'Europe occidentale, il était alors à l'apogée de sa puissance. François II, plus ou moins spontanément, avait renoncé à son titre d'empereur romain germanique, n'était-il pas devenu le vrai chef du Saint Empire ? Ne tenait-il pas en main le sceptre de Charlemagne ? Nouveau Charlemagne, protecteur de Rome, il entendait bien lui dicter ses volontés. Exaspéré par le refus de Pie VII d'adhérer au décret du blocus continental et d'appliquer le concordat italien suivant ses vues, il écrivit le 22 juillet 1807 à Eugène de Beauharnais, le vice-roi d'Italie : «Peut-être le temps n'est-il pas éloigné où je ne reconnaîtrai le pape que comme évêque de Rome... Qu'on le sache bien : pour la cour de Rome, je serai toujours Charlemagne, et jamais Louis le Débonnaire.» A partir de ce moment, le conflit entre l'empereur et le pape entra dans sa phase aiguë. La politique du blocus continental exigeait que Rome ne pût rester, entre le royaume d'Italie et le royaume de Naples, une sorte d'enclave ouverte aux Anglais (Auguste Boulenger, Histoire générale de l'église, Tome 8, 1931 - books.google.fr).

 

En Italie, à partir de 1807, les autorités mises en place par la France napoléonienne étendirent la suppression des ordres religieux à toute la péninsule. En Espagne, ils furent quasiment supprimés à la suite de l'invasion française : les Cortès réunis à Cadix en 1809 préconisaient la fermeture des maisons de moins de 12 profès et la limitation à un seul établissement par localité pour chaque ordre (Bernard Hours, Histoire des ordres religieux: «Que sais-je ?» n° 2241, 2018 - books.google.fr).

 

Plus maltraitée encore, celle des ecclésiastiques avait perdu une partie de ses richesses par la confiscation, de son importance numérique par la fermeture des couvents, de son importance sociale par la politique antireligieuse prédominante jusqu'en 1802; à partir de cette date, elle n'avait recouvré que la tolérance et obtenu que des garanties contre des persécutions ultérieures. Toutefois, malgré ces rudes épreuves, la tourmente révolutionnaire avait été trop brève pour ébranler sérieusement la situation de l'aristocratie et de l'Église (Albert Pingaud, La domination française dans l'Italie du Nord: 1796-1805, 1914 - books.google.fr).

 

L’ancienne chartreuse Saint-Jacques était un monastère de moines chartreux sis sur l’île de Capri, dans la baie de Naples en Italie. Édifié à la fin du XIVe siècle, le monastère fut fermé et ses biens vendus, en 1808. Lorsque le maréchal Murat succède à son beau-frère Joseph Bonaparte sur le trône du royaume de Naples, le général Jean Maximilien Lamarque est chargé le 18 décembre 1808 de prendre l'île de Capri. En effet, sa garnison anglaise aux ordres d'Hudson Lowe, le futur geôlier de l'Empereur à Sainte-Hélène, narguait la présence française, le drapeau britannique étant visible des fenêtres même du palais royal (fr.wikipedia.org - Chartreuse Saint-Jacques de Capri, fr.wikipedia.org - Capri).

 

Cf. les quatrains IV, 42, IV, 43 et IV, 44.

 

La conquête du Royaume de Naples

 

Le 14 octobre 1805, conformément aux dispositions du traité franco-napolitain, les troupes françaises commandées par le général Gouvion-Saint-Cyr commencent leur retrait, mais dans les semaines qui suivent un corps expéditionnaire russe et britannique débarque à Naples. À la fin du mois de novembre, l'armée russo-napolitaine marche sur le Royaume d'Italie.

 

Le 27 décembre, au lendemain de la signature du traité de Presbourg entre la France et l'Autriche, Napoléon déclare au palais de Schönbrunn : "La dynastie de Naples a cessé de régner. Son existence est incompatible avec le repos de l'Europe et l'honneur de ma couronne."7. Dans le même temps, Gouvion-Saint-Cyr marche sur Naples à la tête d'une armée de 40 000 hommes, formée le 9 décembre précédent. Ce dernier est d'abord remplacé par André Masséna puis, par un décret impérial du 6 janvier 1806, par Joseph Bonaparte, le frère de Napoléon, promu général de division avec le titre de lieutenant de l'empereur à cette occasion. Napoléon entend prolonger l'effet de la bataille d'Austerlitz pour chasser les troupes autrichiennes et russes d'Italie tout en s'emparant du royaume de Naples, dernière possession des Bourbons dans la péninsule. La campagne est d'autant plus favorable aux Français que le corps expéditionnaire anglo-russe se replie vers la Calabre, livrant les Napolitains à eux-mêmes.

 

Capoue est prise le 6 février par les Français, tandis que le lendemain, la reine Marie-Caroline implore le pardon de Napoléon, en vain. Le 15 février, Joseph Bonaparte entre solennellement à Naples. Ferdinand IV et son épouse sont contraints de se retirer en Sicile et font de Palerme la nouvelle capitale du reste de leur royaume. La guerre se poursuit pendant plusieurs mois. Des contingents anglais défendent la Calabre et obtiennent même un succès à Maida le 4 juillet face aux troupes du général Reynier. La région n'est pacifiée qu'à la fin de l'été, après l'intervention des troupes de Masséna, tandis que Gaète, défendue par par le prince Louis de Hesse-Philippsthal qui refuse d'obéir à l'ordre de se rendre, tombe après un siège de près de cinq mois (fr.wikipedia.org - Royaume de Naples (1806-1815)).

 

Le fort de Gaète fut fait par Alphonse d’Aragon, vers l’an 1440, et augmenté par le Roi Ferdinand et par Charles V, qui fit entourer la ville de fortes murailles ; on la regarde comme une des meilleures forteresses du Royaume de Naples. Dans une chambre de ce château, on a conservé long-tems le corps du Connétable Charles de Bourbon , Général des troupes de Charles V : il fut tué au siège de Rome qui fut mise au pillage par son armée, l’an 1528 , après avoir assiégé long-lems le Pape Clément VILLe corps de ce Connétable se voyait encore il y a quelques années; mais on assure que le Roi Ferdinand le fit enterrer avec des funérailles dignes de sa réputation et de son rang. Le fort de Gaète résista il n'y a pas long-tenus à deux longs sièges, l’un en 1806 contre les Français, l’autre contre les Autrichiens en 1815 (Mariano Vasi, Itinéraire instructif de Rome à Naples, 1863 - books.google.fr).

 

La lecture du rapport de Lafon-Blaniac donne une idée assez juste de la mauvaise volonté que manifeste l'Empereur à mettre à la disposition de son frère les 100 000 livres de poudre entreposées à Ancône. Celles-ci sont longtemps bloquées dans les magasins par le général Lemarois, commandant de la place, qui a choisi de retarder sciemment leur départ, se sachant couvert par ses supérieurs. Parties au début du mois de juillet, les poudres n'arriveront à Gaète que dans les jours qui verront la fin du siège et ne seront donc pas consommées. Cette affaire de munitions n'est pas anodine. Elle illustre les mauvaises relations existant entre les différents corps d'armée qui cohabitent dans la péninsule et la fragilité des réserves napolitaines. Le royaume ne peut en produire en qualité et quantité suffisante pour une raison qui prêterait à rire si la situation n'était si grave et que Joseph explicite avec quelque gêne la seule manufacture de poudre du royaume se trouve à Naples, dans la banlieue de la ville et sur le flanc du Vésuve. Le volcan venant d'entrer en éruption, la manufacture menacée a dû cesser ses activités. Ce n'est qu'après des mois de «travaux romains» (l'expression est de Joseph), qu'un déluge de feu peut enfin s'abattre sur la ville rebelle. Ce bombardement intensif réduit en cendres certains des magasins de poudre de Gaète et crée plusieurs brèches dans les remparts. S'étant porté imprudemment sur les lieux de l'action, le prince de Hesse est blessé gravement à la tête et transporté inconscient sur un bâtiment anglais. Son lieutenant s'empresse de signer la capitulation que les Français, soulagés, lui proposent le 19 juillet 1806 (Vincent Haegele, Napoléon et Joseph Bonaparte, le Pouvoir et l'Ambition, 2015 - books.google.fr).

 

L'abîme du Vésuve

 

Les voyageurs du XVIIe siècle qui s'intéressent au Vésuve suivent la même méthode pour le présenter au lecteur. Ils commencent d'abord par sa description. Le vocabulaire utilisé est celui de la peur, voire de la terreur, car le du cratère assimilé à un "trou d'enfer", à un "épouvantable gouffre", à un "gouffre infernal" et à un "abisme infernal" qui évoque les forges de Vulcain. Ensuite, la description cède la place à la narration de la première éruption de l'époque moderne. Ainsi, après avoir rappelé l'éruption dont l'empereur Titus et Pline furent les contemporains, Jordan décrit en ces termes le réveil du volcan en 1631 : «Quelque tems avant cet horrible ravage, la fumée qui sort continuellement, augmenta, et étoit entremêlée de flammes et de cendres; elle fut suivie d'un bruit si épouvantable, qu'on eut dit que la nature alloit abîmer: à ce bruit succeda un tremblement de terre, qui fit enfler la Mer, et la Montagne étant crevée, il en sortit des morceaux de de roche tous ardents, et le souffre qui en coula se fit distinguer à plus de trois milles avant dans la Mer, et on croit que si le vent n'eut été favorable à la Ville de Naples, elle auroit été ensevelie dans les cendres qui en sortirent.» (François Brizay, Touristes du Grand Siècle: le voyage d'Italie au XVIIe siècle, 2006 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Géologie et histoire éruptive du Vésuve).

 

Fra Diavolo traître

 

Frà Diavolo (lit. «Frère Diable»), surnom de Michele Pezza, né le 7 avril 1771 à Itri et mort pendu le 10 novembre 1806 à Naples, est l'un des chefs insurgés napolitains contre l'armée de Napoléon (fr.wikipedia.org - Fra Diavolo).

 

Grâce à Sidney Smith et à son escadre, la ville est ravitaillée par mer, ce qui ne laisse aucun espoir de la réduire par la famine. Pour l'instant, les Français ne font pas de grands efforts contre la place, l'Empereur ayant écrit à son frère : «Dans la situation actuelle de l'Europe, la Sicile est tout et Gaète n'est rien». En mai, Smith débarque, à l'embouchure du Garigliano, le célèbre Fra Diavolo, devenu le colonel Michel Pezza, avec un détachement de quelques centaines d'hommes. Poursuivi par les Français, Fra Diavolo est contraint de se réfugier à Gaète. Une fois dans la place, il fait proposer au général Lacour, qui commande les forces d'investissement, de lui livrer les portes de la ville moyennant 50.000 ducats. Le traître est dénoncé à Hesse, qui le fait arrêter et le renvoie à Palerme où, malgré sa félonie, on le reçoit bien (Revue historique de l'armée: revue trimestrielle de l'état-major de l'armée, service historique, Volume 19, Numéro 3, 1963 - books.google.fr).

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