Bayonne

Bayonne

 

IV, 41

 

1808-1809

 

Gymnique sexe captive par hostaige

Viendra de nuit custodes decevoyr :

Le chef du camp deceu par son langaige

Lairra Ă  la gente, fera piteux Ă  voyr.

 

GYMN(O)- est un élément tiré du grec gumnos «nu, sans vêtements» ou «sans arme», mot ancien qui est représenté dans les langues indoeuropéennes par des variantes élargies, soit du fait de dissimilations, soit d'un tabou linguistique (vieux slave nagu, latin nudus, etc.). Gymn(o)- est représenté dans des mots empruntés du grec par le latin et dans des formations françaises. Gymnique adj. est emprunté (1542) au latin gymnicus «de lutte», puis au grec gumnikôs. Il est substantivé au XVIIIe s. (la gymnique, 1723) (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr).

 

On retiendra la nudité et la grécité.

 

Catherine de MĂ©dicis : "la jeune fille comme toute nue" (Jean HĂ©ritier)

 

Alors que dans Florence commençait l'agitation qui devait avoir une fin si fatale pour les Médicis d'abord et pour la République ensuite, le Cardinal Silvio Passerini jugea prudent d'éloigner de tout danger la jeune enfant du Duc d'Urbin. Il la fit conduire à la villa de Poggio, à Gaiano. Les chefs du parti qui était à la veille de tenir le pouvoir virent d'un mauvais œil cet acte du Cardinal, et depuis lors ce parti décida de ne pas perdre trop de vue la nièce du Pontife. Aussi Bernardo di Jacopo Binuccini, citoyen de grand renom, fut-il envoyé an Poggio avec des gens armes pour y prendre Catherine et la ramener à Florence. Aussitôt arrivée, elle ne fut point reconduite à la maison Médicis, mais elle fut confiée aux religieuses Dominicaines de Sainte-Lucie, dans la via San Gallo (Alfred von Reumont, Armand Baschet, La jeunesse de Catherine de Médicis, 1866 - archive.org).

 

On ramène la fillette-otage à Florence sous la surveillance d'hommes armés.  Ensuite, le couvent, celui des dominicaines de Sainte-Lucie, et plus tard celui des bénédictines des Murate, la résidence forcée, presque une captivité. Non que les nonnes se montrent dures avec l'enfant, mais la violence des factions déchaînées vient battre les murs du monastère et les échos ne peuvent laisser insouciante la fille de Laurent II. Lorsque le pape Clément VII, qui veut à n'importe quel prix récupérer Florence pour le patrimoine du clan, s'entend avec Charles Quint afin de maîtriser la révolte, il confie au prince d'Orange le soin d'assiéger la ville et de châtier les rebelles. Le drame court autour de Catherine, comme autour des Florentins encerclés. La famine, les épidémies, les règlements de comptes et les troubles civils anéantissent la cité et les chefs mutinés en viennent à envisager des solutions extrêmes pour briser la fillette, dernière des Médicis. L'un propose de la mettre dans une publique, ce qui empêcherait le pape de marier princièrement une petite fille entachée de prostitution ; un autre, de l'attacher nue aux murs de la ville, exposée ainsi aux boulets des assaillants; dernier enfin suggère de la faire violer par les soldats. D'aucuns, moins «enragés» ou plus prévoyants, craignant un coup de main destiné à faire évader Catherine du couvent des Murate, souhaitent pour elle une résidence au cœur de la ville (Jeannine Garrisson-Estèbe, Catherine de Médicis, L'Histoire, Numéro 22, 1980 - books.google.fr).

 

"custodes decevoir"

 

Decevoir : tromper, sĂ©duire (Dictionnaire Ă©tymologique de la langue françoise, 1829 - books.google.fr).

 

Se pensant condamnée à mort, l'enfant espère attendrir le peuple, et c'est en habits de moniale et tondue qu'elle gagne le cloître de Sainte-Lucie. Elle a alors dix ans, et vient de faire sa première expérience du pouvoir populaire (Jeannine Garrisson-Estèbe, Catherine de Médicis, L'Histoire, Numéro 22, 1980 - books.google.fr).

 

Salvestro Aldobrandini, rejeton de noble famille, jurisconsulte habile et homme de grand sens, chancelier et secrétaire intime de la Seigneurie, fut chargé, avec trois commissaires, de retirer Catherine de Médicis de chez les Murale et de la ramener à Sainte-Lucie. Les religieuses de ce couvent, ainsi que les frères de Saint-Marc leurs voisins, s'étaient montrés favorables au parti populaire; l'esprit de Savonarole vivait encore parmi elles. Accompagné de gardes bourgeoises, Messer Salvestro se rendit au cloitre et demanda à voir l'Abbesse des Murate. Une confusion et une angoisse indescriptibles s'emparèrent des nonnes. Il pouvait arriver du mal à l'enfant, la mort peut-être l'attendait. Salvestro eut grand'peine à accomplir sa mission, et ce ne fut qu'après un long temps que les nonnes apparurent à la grille du parloir avec Catherine. La petite était habillée en nonne, et, à l'égal des autres, elle s'était fait tailler les cheveux. L'envoyé lui fit part de l'ordre du gouvernement d'une voix douce et usa des paroles les plus obligeantes. «Allez et dites à mes maîtres et pères que je deviendrai nonne et passerai ma vie entière auprès de ces mères respectables,» lui répondit Catherine. Messer Salvestro ajouta ce qui lui parut propre à agir sur l'esprit de l'enfant et sur sou entourage. Il ne s'agissait (pie de la mettre en lieu plus sur, car ce cloitre était à quelques pas seulement des murs de la ville et risquait d'être trop exposé en cas d'attaque. Sainte-Lucie, une fondation de sa famille, lui promettait un accueil et un traitement aussi bienveillants qu'aux Murale; d'ailleurs, n'y avait-elle pas déjà vécu ? elle devait le savoir par expérience. Mais rien n'y fit. Aux protestations de Catherine les nonnes joignirent les leurs : elles entourèrent Messer Salvestro, le suppliant de leur laisser l'enfant au lieu de l'exposer à une mo;t certaine dans le désordre d'une ville soulevée. Agenouillées, elles demandèrent au ciel le salut de leur protégée. Aldobrandini, Voyant que les meilleures paroles qu'il avait pu dire n'avaient aucun résultat, repartit et rendit compte de sa mission échouée à la Seigneurie. On fit tenir à l'Abbesse l'ordre de se soumettre à la volonté de la Seigneurie. Peu de jours après, le 20 juillet, Messer Silvestro reparut le soir au couvent des Murale. Catherine pleura amèrement, puis elle se tranquillisa et se montra disposée à mieux écouter l'envoyé de la Seigneurie. Les exhortations entraînantes de Silvestro et les paroles encourageantes de Messer Antoine de Nerli qui l'accompagnait firent une impression salutaire sur l'esprit de la jeune fille. Suivie de ses gens, elle gagna sans éclat, à dos de mule, le cloître de la Via San-Gallo. Elle y fut reçue cordialement et bien traitée, et y resta jusqu'au jour où, épuisée plutôt que vaincue, la courageuse Florence dut mettre bas les armes et se rendre  (Alfred von Reumont, Armand Baschet, La jeunesse de Catherine de Médicis, 1866 - archive.org).

 

"chef du camp" : Philibert de Chalon, prince d'Orange

 

Ainsi que nous l'avons dĂ©jĂ  racontĂ©, Catherine Ă©tait demeurĂ©e dans le couvent de Sainte-Lucie jusqu'au moment de la levĂ©e du siège. Elle Ă©tait âgĂ©e de onze ans Ă  peine, et cependant certains projets avaient Ă©tĂ© dĂ©jĂ  conçus pour s'assurer sa main. Ainsi, le capitaine de l'armĂ©e ennemie, dont la fureur s'Ă©tait dĂ©chaĂ®nĂ©e contre l'infortunĂ©e Florence, songeait sĂ©rieusement Ă  une union avec l'hĂ©ritière des MĂ©dicis. Philibert de ChĂ lons Ă©tait le cinquième et dernier rejeton mâle de sa famille qui avait succĂ©dĂ© Ă  la maison provençale de Baux dans la possession de la principautĂ© d'Orange, maison qui s'Ă©tait Ă©teinte avec Claude sa sĹ“ur, l'Ă©pouse du comte Henri de Nassau, cousin de Guillaume le Taciturne, Ă  qui il Ă©tait rĂ©servĂ© de fonder la libertĂ© de la Hollande. MĂ©content de la rĂ©ception qu'il avait reçue Ă  la Cour de François Ier lors du baptĂŞme du Dauphin, il Ă©tait entrĂ© au service de Charles-Quint. Le Roi, qui avait envahi Orange, avait fait prisonnier Philibert, qui ne sortit de la tour de Bourges qu'après le traitĂ© de Madrid, et qui ne recouvra que plus tard sa principautĂ©, dont les rapports avec la France n'Ă©taient pas bien dĂ©finis. Ce qu'il possĂ©dait dans la Franche-ComtĂ© lui Ă©tait restĂ©, et il chercha Ă  faire valoir en Italie sa devise : Je maintiendrai Châlons. Devenu commandant de l'armĂ©e impĂ©riale après la mort du Bourbon, puis vice-roi de Naples après celle de Moncada, il briguait une haute faveur et sollicitait de grosses rĂ©compenses. Catherine de MĂ©dicis devait lui apporter en dot la domination sur Florence et peut-ĂŞtre encore d'autres possessions. On prĂ©tend que lorsqu'en 1529, Orange, en allant au siège de Naples, apparut Ă  Rome, que ses troupes avaient pillĂ©e deux ans auparavant, ClĂ©ment VII lui promit la main de Catherine, quatre-vingt mille Ă©cus d'or comptants, une solde mensuelle payĂ©e d'avance, et un impĂ´t de guerre de cent cinquante mille Ă©cus d'or après la prise. On comprend, en connaissant de tels traitĂ©s, que les troupes espagnoles, apercevant, des hauteurs d'Apparita, sur la voie ArĂ©tine, la belle Florence, se soient Ă©criĂ©es, dans des transports de joie et d'envie : «PrĂ©pare tes brocarts, Dame Florence, nous venons les mesurer avec nos piques.» La promesse de ClĂ©ment VII Ă©tait-elle sĂ©rieuse ? Aurait-il consenti, lui qui voulait voir des MĂ©dicis Ă  Florence, Ă  cĂ©der ce riche hĂ©ritage Ă  un Ă©tranger ? C'est plus que douteux, car lors du mariage de Catherine, il la fit renoncer Ă  toute prĂ©tention hĂ©rĂ©ditaire. Les Florentins voyant que le Pape, pour tout prĂ©liminaire d'accommodement, exigeait la libertĂ© de sa nièce, s'aperçurent bientĂ´t qu'elle servirait facilement de moyen pour parvenir au but qu'ils se proposaient. Il est donc aisĂ© de concevoir pourquoi ils veillaient aussi soigneusement sur leur prisonnière. Le sort destinait Catherine Ă  une plus haute fortune que celle d'appartenir Ă  un seigneur français rĂ©voltĂ© et condottiere impĂ©rial, Le 3 aoĂ»t 1530, près de Gavinana, petit pays Ă  demi cachĂ© sous les Ă©pais et magnifiques châtaigniers des montagnes de Pistoia, eut lieu une rencontre entre la troupe conduite par François Ferruccio au secours de Florence et les impĂ©riaux venus au-devant de l'ennemi, conduits par Philibert d'Orange. Les deux gĂ©nĂ©raux furent tuĂ©s. On prĂ©tendit, et le bruit s'en est maintenu, que le prince ne tomba point sous le coup d'une balle ennemie, mais que sa mort fut le fruit d'une trahison. Ainsi pĂ©rit le premier prĂ©tendant politique Ă  la main de Catherine de MĂ©dicis. Le combat de Gavinana dĂ©cida du sort de la ville. La capitulation fut conclue le 12 aoĂ»t (Alfred von Reumont, Armand Baschet, La jeunesse de Catherine de MĂ©dicis, 1866 - archive.org).

 

Comment commander une armĂ©e de mercenaires sans argent ? Comment prendre Florence avec des troupes qui se mutinent ? Philibert vit en 1529 et 1530 une vĂ©ritable tragĂ©die : il se sent abandonnĂ© par l'empereur et il ne veut pas ĂŞtre «un capitaine Ă  la fantaisie du pape». [...] Ses lettres Ă  Charles Quint tĂ©moignent d'un dĂ©sespoir croissant (18 septembre 1529 : "Je suis l'homme le plus dĂ©sespĂ©rĂ© du monde") (Jean-Pierre Soisson, Philibert de Chalon, Prince d'Orange, 2005 - books.google.fr).

 

"Lairra Ă  la gente fera piteux Ă  voir"

 

Florence, après dix mois de siège et réduite à toute extrémité par la famine, par des épidémies, par des pertes de toute espèce et par une misère indicible, ouvrit ses portes. Plus de huit mille citoyens et quatorze mille soldats avaient péri. Les plus riches aussi s'étaient appauvris, car, de gré ou de force, ils avaient dû consacrer à une défense opiniâtre les biens qui leur restaient, endommagés et écrasés déjà par l'excessive cherté de toutes choses, dans cette ville affamée (Alfred von Reumont, Armand Baschet, La jeunesse de Catherine de Médicis, 1866 - archive.org).

 

Lorsque la ville exsangue se soumet, Alexandre, le frère naturel de Catherine, en reçoit le gouvernement avec l'assentiment de Clément VII et de Charles Quint. La jeune fille gagne Rome où le pape s'attache à lui concocter de fructueux mariages qui favoriseraient sa politique européenne. L'alliance française, venant à point nommé pour faire contrepoids à la pesante amitié du Habsbourg, assurerait au souverain pontife un pied dans chacun des camps européens. François Ier, de son côté, n'est pas mécontent de posséder en Italie des appuis, et ceux offerts par la papauté sont prestigieux. La petite Médicis est renvoyée à Florence pour un an, dans l'attente des noces qui seront célébrées en France. Duchesse, puis reine. En 1533, Henri d'Orléans a le même âge que Catherine : quatorze ans. Il n'est pas destiné à régner, n'étant que le second des fils de François Ier. Ainsi comprend-on mieux que le père ait organisé pour ce cadet une alliance qui, tout en étant de grande valeur politique, n'a rien de brillant aux yeux du Gotha de l'époque. Les cérémonies nuptiales, qui se déroulent à Marseille, sont somptueuses; Clément VII, qui a tenu à couvrir de bijoux et de diamants sa petite-nièce, donne lui-même la bénédiction. (Jeannine Garrisson-Estèbe, Catherine de Médicis, L'Histoire, Numéro 22, 1980 - books.google.fr).

 

L'alliance avec la papauté ne procure finalement pas à la France les effets escomptés du fait de la mort de Clément VII, survenue l'année suivante. Le pape Paul III rompt le traité d'alliance et refuse de payer la dot à François Ier, qui se lamente en ces termes : «J'ai eu la fille toute nue». Au début de son mariage, Catherine n'occupe que peu de place à la Cour, bien qu'elle y soit appréciée pour sa gentillesse et son intelligence. Elle n'a pas quinze ans, ne parle pas bien le français et son jeune mari est plus intéressé par son amie et confidente Diane de Poitiers (fr.wikipedia.org - Catherine de Médicis).

 

Nudité

 

Catherine de Médicis, nièce du pape Clément VII, avait introduit la vénalité de presque toutes les charges de la cour, telle qu'elle était à celle du pape. La ressource utile pour un tems, & dangereuse pour toujours, de vendre les revenus de l'état à des partisans qui avançaient l'argent, était encor une invention qu'elle avait apportée d'Italie. La superstition de l'astrologie judiciaire, des enchantemens, & des sortilèges, était aussi un des fruits de sa patrie transplanté en France. Car quoique le génie des Florentins eût fait revivre dès longtems les beaux-arts, il s'en salait beaucoup que la vraye philosophie fût connue. Cette reine avait amené avec elle un astrologue nommé Luc Gauric, homme qui n'eût été de nos jours qu'un misérable charlatan méprisé de la populace, mais qui alors était un homme très important. Les curieux conservent encor des anneaux constellés, des Talismans de ces tems-là. On a cette fameuse médaille où Catherine est représentée toute nue entre les constellations d'Aries & Taurus, le nom d'Ebullé Asmodée sur sa tête, ayant un dard dans une main, un cœur dans l'autre, & dans l'exergue le nom à'Oxiel (Essai sur les moeurs et l'esprit des nations, Tome III, Collection complette des Oeuvres de M. de Voltaire, Tome X, 1769 - books.google.fr).

 

Clément VII, autre Médicis et ami affectionné, lui commanda les tombeaux des Médicis et la Bibliothèque de Saint Laurent, qui le retinrent encore à Florence pendant treize ou quatorze ans. Pendant ce laps de temps on ne sait si Buonarroti a peint quelque chose en dehors de la Léda au cygne à laquelle il travaillait pendant le siège de Florence (1529-30). Ce tableau fut conçu pour être agréable au Duc de Ferrare qui avait été particulièrement aimable avec lui, lorsqu'il alla dans cette ville pour y étudier ses célèbres systèmes de fortification destinés à améliorer la défense de Florence. Par suite de diverses circonstances, le fait entre autre, que le Duc de Ferrare était passé aux ennemis de Florence, Michel-Ange donna ce tableau et de nombreux cartons de la Sixtine à son protégé Antonio Mini pour qu'il pût le vendre en France et doter ainsi une de ses filles. La Léda fut achetée par François Ier qui l'avait à Fontainebleau lorsque Rosso, Cellini, Le Primatice, Nicola dell'Abate y travaillaient. Elle fut pour leur style le plus remarquable des modèles. Malheureusement, on la détruisit par déférence pour la pudibonderie d'Anne d'Autriche et l'éducation jésuitique de ses enfants, dont les précepteurs, peut-être pour les défendre des excitations sensuelles, s'en prirent à toutes les nudités féminines qui se trouvaient au Palais royal. La Léda peinte à la détrempe, «avec le souffle de l'esprit» comme dit Vasari, était accompagnée de deux de ses enfants nés de l'embrassement de Jupiter sous forme de cygne. La nouveauté de la conception est d'avoir ennobli la nudité féminine, d'avoir donné à l'attitude compliquée un rythme de grandeur et d'élégance qui résultent du développement savant des lignes, de la distribution harmonieuse des plans de lumière  (Carlo Gamba, Michel-Ange et son école, 1948 - books.google.fr).

 

"Lairra Ă  la gente, fera piteux Ă  voir"

 

L’action punitive de l’Eternel s’exerce donc en trois phases, analysées par E. Forsyth dans La Justice de Dieu : «le châtiment infligé à son peuple pécheur pour le ramener à l’obéissance» (ou action salvifique), «la vengeance qui sera exercée par Dieu sur les ennemis qui, dans le châtiment des élus, ont servi d’instruments à sa colère, et le jugement qu’il rendra quand commencera son Règne». Le critique montre que ces trois étapes, illustrées par la métaphore récurrente des «verges» punitives, constituent l’architecture interne des Tragiques. On trouve aussi l’image des verges de colère sous la plume de Garnier qui l’utilise, comme Aubigné, en réplique aux angoisses métaphysiques que formulent nombre de ses personnages - angoisses en écho avec celles que peut éprouver le public contemporain des guerres civiles, si ce n’est avec celles de l’auteur lui-même.

 

J.-R. Fanlo dans son édition des Tragiques (op. cit., vol. I, note de Misères, v. 804, p. 109) et E. Forsyth (ibid., p. 191) signalent que l’image de la «verge» de courroux, tirée notamment d’Isaïe (10, 17) et d’Ezéchiel (36,6) est employée, dès 1574, dans le Réveille-matin des François : «Le Seigneur apres avoir fouetté ses enfans, jette les verges au feu». E. Forsyth cite également (ibid., pp. 199-200) un sermon de P. Virey, daté de 1559 : «D’autant qu’il aime plus ses enfans, il prend la verge pour les corriger les premiers, mais c’est ceste verge des enfans, de laquelle nous avons desjà parlé. Il prend apres la verge de fer pour ruyner et destruire ses ennemis».

 

Ainsi, a rĂ©servĂ© Nabuchodonosor, SĂ©dĂ©cie reconnaĂ®t devant un prophète, qu’il a «trop justement (ses) peines merité» en suscitant l’«ire» du Seigneur. Mais «pourquoy», ajoute-t-il, Me fait-il torturer par un pire que moy ? Le Prophète lui rĂ©vèle alors que le tyran fĂ©roce et impie n’est que l’instrument de la punition de Dieu Comment ne pas songer, par exemple, Ă  l’anathème lancĂ© par AubignĂ© sur Catherine de MĂ©dicis, aux vers 802-804 de Misères :

 

Toi, verge de courroux, impure Catherine,

Nos cicatrices sont ton plaisir et ton jeu :

Mais tu iras enfin comme la verge au feu.

 

Garnier par ailleurs indique très clairement, dans la dĂ©dicace des Juifves, que la rĂ©tribution divine, moteur de l’action, constitue aussi l’élĂ©ment principal du contenu didactique de la pièce : le châtiment exemplaire d’un peuple qui s’est dĂ©tournĂ© de son Dieu est «un sujet delectable, et de bonne et saincte edification». [...] Il n’est pas question, chez l’auteur catholique, de sĂ©parer les Ă©lus des rĂ©prouvĂ©s, vouĂ©s Ă  un Enfer Ă©ternel : l’humanitĂ© pĂ©cheresse tout entière bĂ©nĂ©ficie d’un pardon universel, incompatible avec la doctrine rĂ©formĂ©e de la prĂ©destination. Les deux premières Ă©tapes de la justice divine, illustrĂ©es par l’image des «verges de courroux» , sont dĂ©crites dans une autre pièce de Garnier : Bradamante. L’action de cette tragi-comĂ©die publiĂ©e un Ă©pisode du Roland furieux : elle se situe donc dans le contexte des guerres contre les Maures, que le personnage de Charlemagne Ă©voque au cours de la première scène. L’empereur interprète les invasions sarrasines comme la consĂ©quence du courroux divin. [...] Mais pas plus que le Dieu des Juifves, le Dieu des Francs ne souhaite la destruction de son peuple ; il veut seulement le corriger :

 

C’estoit fait de la France et de toute l’Europe […]

Si Dieu n’eust dessur nous ses yeux de grace ouvers,

Et pitoyable pere en nostre mal extreme

N’eust à nostre secours levé sa main supreme.

Comme une mere tendre Ă  son enfant petit,

Apres l’avoir tancé pour quelque sien delit,

Le voyant larmoyer de pitié se transporte,

Le baise, le mignarde, et son dueil reconforte :

Ainsi son peuple ayant nostre Dieu chastié

De ses nombreux mesfaits, il en a prins pitié :

A regardé ses pleurs au milieu de son ire,

Et piteux n’a voulu le voir ainsi destruire (Florence Dobby-Poirson, Chausser la «botte» ou le «cothurne» : quelques rapprochements entre Les Tragiques et le théâtre de Robert Garnier. In: Albineana, Cahiers d'Aubigné, 20, 2008 - www.persee.fr).

 

"Et rien tant ne console en vn piteux esmoy, / Que voir vn autre en mesme, ou pire estat que soy" dit Cicéron dans une autre pièce de Garnier, Cornélie, inspiré par le Suave mari magno de Lucrèce (Les tragedies de Robert Garnier conseiller du roy lieutenant general criminel, 1616 - books.google.fr).

 

En italien, puis qu'il est parlé de Florence, "la gente" désigne un groupe de personnes, des gens.

 

Mais le flateux bonheur, qui conduit son desseins changera de visage & le lairra soudain, Deliurant nostre ville, oĂą depuis tant d'annees Les Dieux ont leurs faueurs prodiguement donnees (Les tragedies de Robert Garnier conseiller du Roy, 1599 - books.google.fr).

 

"Flateux" : flatteur, trompeur. "Lairra" : laissera, du verbe "laier" (ou considéré comme contraction de "laissera").

 

Le verbe laisser s'est substitué au verbe laïer, et d'un infinitif laire, analogique de faire, s'est formé le futur lairrai (Marcel Hervier, Bradamante: tragécomédie de Robert Garnier, 1979 - books.google.fr).

 

L'intention de Garnier d'ĂŞtre jouĂ© est indiscutable. En 1585, il ajouta un paragraphe Ă  l'argument de Bradamante : «Celuy qui voudroit faire representer cette Bradamante...» Certainement il souhaitait que ses pièces fussent jouĂ©es Ă  la Cour ; mais Catherine de MĂ©dicis craignait que la reprĂ©sentation des tragĂ©dies ne portât malheur Ă  sa famille, et Henri III prĂ©fĂ©rait les comĂ©dies italiennes : c'est sous les Bourbons qu'on reprĂ©sentera Ă  la Cour non ses tragĂ©dies, mais sa tragi-comĂ©die. Garnier avait soin de faire nommer les personnages, Ă  leur entrĂ©e en scène, soit par un interlocuteur, soit par eux-mĂŞmes : «toy... exĂ©crable MĂ©gère», «misĂ©rable Porcie», «ton nourriçon Antoine», etc. Au troisième acte de Bradamante, on voit paraĂ®tre un chevalier dont l'identitĂ© est ignorĂ©e des autres personnages ; mais, pour que le public la connaisse, il dit son nom dans un apartĂ© : «HĂ©las, pauvre Roger...» Dans la mĂŞme pièce, les adieux de Roger Ă  son cheval de bataille sont remplacĂ©s par les adieux Ă  ses armes, accessoire moins encombrant. Ces prĂ©cautions eussent Ă©tĂ© superflues, si Garnier n'avait pas songĂ© Ă  la reprĂ©sentation. Il recherche les spectacles pathĂ©tiques : l'hallucination de Phèdre, le baiser au mourant ou au mort, l'apparition de Polymestor et de SĂ©dĂ©cie aveuglĂ©s, les gestes de douleur ou de supplication, l'Ă©vanouissement d'HĂ©cube, l'exhibition d'une urne funĂ©raire ou d'un cercueil, celle des cadavres d'Hippolyte, de Polydore et d'HĂ©mon. Je connais peu de tragĂ©dies qui contiennent des effets scĂ©niques aussi Ă©mouvants que ceux des actes IV et V des Juifves. Par contre, Garnier s'applique Ă  supprimer les gestes ou les spectacles qui eussent Ă©tĂ© contraires aux biensĂ©ances (Hippolyte empoignant Phèdre par les cheveux, ThĂ©sĂ©e rassemblant les morceaux du corps de son fils, Cassandre chantant et dansant)  (Raymond Lebègue, CornĂ©lie, Ĺ’uvres complètes (Robert Garnier, 1544-1590), 1973 - books.google.fr).

 

La Pharsale

 

L’influence de Lucain sur Les Tragiques n’est plus Ă  dĂ©montrer. Garnier s’inspire aussi, souvent, de La Pharsale. Elle lui fournit certaines images ou les Ă©pisodes de rĂ©cits oĂą prolifèrent les hypotyposes, telles que l’évocation, frĂ©quente chez lui, des flots troublĂ©s par le sang des combats. Ainsi, après la bataille d’Actium :

 

La mer rougist de sang, et les prochains rivages

Gemirent, encombrez de pieces de naufrages

Et de corps ondoyans, qui furent devorez

Des oiseaux, des poissons, des bestes des forests.

 

Ces vers reprennent un passage de La Pharsale décrivant les corps charriés par le Tibre après les proscriptions, qui a également servi de modèle à Aubigné pour évoquer le «teinct nouveau» des fleuves chargés de cadavres après la Saint-Barthélemy. Comme Aubigné, Garnier transpose ses modèles littéraires sur l’histoire récente, qui lui inspire de nombreux tableaux de massacres (Florence Dobby-Poirson, Chausser la «botte» ou le «cothurne» : quelques rapprochements entre Les Tragiques et le théâtre de Robert Garnier. In: Albineana, Cahiers d'Aubigné, 20, 2008 - www.persee.fr).

 

La Pharsale contribue au renouvellement de certains genres, la tragédie, chez Robert Garnier, le poème épique, chez Du Bartas et Agrippa D'Aubigné. Parmi les historiens et les moralistes, seul Montaigne accorde à Lucain une place de choix, surtout à l'époque où il compose des essais d'inspiration stoïcienne. Il lui doit quelques comparaisons qui viennent corroborer sa propre expérience, ainsi que diverses mentions de Caton ou de César. Pour ce dernier, l'admiration de Montaigne s'atténue à partir de 1580, et il condamne alors «les enhortemens enragez de cette autre ame desreiglée» (III, 1). Du point de vue du style, il place Lucain loin derrière Virgile, et il le considère comme «abattu par l'extravagance de sa force» (I, 37). Dans l'une de ses tragédies romaines, Cornélie (1574), R. Garnier puise le sujet dans La Pharsale, et, tout en modifiant le caractère de certains personnages, il utilise le texte de Lucain pour rehausser le pathétique d'une scène ou pour mettre en relief la personnalité d'un héros. Il atteint une véritable maîtrise dans sa méthode de «contamination». Le récit de la bataille de Thapsus (acte V) présente une couleur épique qui doit beaucoup à la harangue de César avant le combat de Pharsale (VII, 269-274). Pour les scènes de siège ou de massacre, il rivalise avec Lucain en réalisme macabre, sans montrer encore ce souci des bienséances qui, dans les dernières tragédies, témoigne d'une évolution de son art (J. Bailbé, Lucain en France à l'époque des guerres civiles, Actes du Xe congrès: Toulouse : 8-12 avril, 1978, Association Guillaume Budé, 1980 - books.google.fr).

 

Education

 

Il suffit presque de parcourir une Vie, quelle qu'elle soit, pour se persuader que l'Ă©ducation - mieux, la paĂŻdeia, au double sens propre au grec d'«éducation» et de «culture» - est une prĂ©occupation dominante de Plutarque. Les indications sur la formation et les influences scolaires - au sens large - font partie du canevas ordinaire des premiers chapitres de chaque biographie. RĂ©ciproquement, une place importante est accordĂ©e Ă  la capacitĂ© pĂ©dagogique des des entraĂ®neurs de peuples et des «leaders d'opinion» que sont la plupart des hĂ©ros des Vies. Enfin, le rang que chacun d'eux vient occuper dans la hiĂ©rarchie des valeurs humaines qui se dĂ©gage de l'ensemble de l'Ĺ“uvre est Ă©troitement liĂ© Ă  la qualitĂ© de leur paĂŻdeia: plus qu'un souverain tout-puissant, qu'un grand homme de guerre ou qu'un privilĂ©giĂ© de la beautĂ© ou de la richesse, le vĂ©ritable hĂ©ros de Plutarque est un homme cultivĂ© et un Ă©ducateur. La place de l'Ă©ducation dans le «canevas biographique» est aussi imposante que rĂ©currente. Entre tant d'exemples, celui du Spartiate AgĂ©silas est d'autant plus frappant qu'il est inattendu, s'agissant d'une forme d'Ă©ducation Ă©loignĂ©e de la tradition classique... et donc, en principe, des faveurs de Plutarque: «AgĂ©silas [...] reçut l'Ă©ducation ordinaire Ă  LacĂ©dĂ©mone, qui imposait un mode de vie rude et pĂ©nible et formait les jeunes Ă  l'obĂ©issance [...]. Aussi de tous les rois fut-il de loin celui qui vĂ©cut dans la meilleure harmonie avec ses sujets car, Ă  une nature de chef et de roi, il joignait, en raison de son Ă©ducation, la simplicitĂ© d'un homme du peuple et l'humanité» (AgĂ©silas I, 2 et 5). Dans beaucoup d'autres cas, grecs et romains, la rĂ©fĂ©rence se fait implicitement au modèle de paĂŻdeia qui s'est dĂ©gagĂ© peu Ă  peu Ă  Athènes au Ve et au IVe siècle, s'est constituĂ© en corpus et rĂ©pandu dans l'Orient mĂ©diterranĂ©en Ă  l'Ă©poque hellĂ©nistique, s'est enfin diffusĂ© Ă  Rome et dans l'Occident en voie de romanisation Ă  la fin de la RĂ©publique. Il s'agit d'un authentique système scolaire divisĂ© en trois degrĂ©s: chez le «pĂ©dotribe» (magister ludi), l'enfant de sept Ă  dix ans apprend Ă  lire, Ă  Ă©crire, Ă  compter; chez le «grammatiste» (terme conservĂ© dans le latin grammaticus), il s'initie, entre onze et seize ans, Ă  l'Ă©tude des grands textes de la tradition (les «lettres», en latin litterae) commentĂ©s, sans aucune distinction de disciplines, de tous les points de vue possibles : historique, littĂ©raire, religieux, naturaliste, voire arithmĂ©tique. Enfin, Ă  partir de dix-sept ans, une Ă©lite intellectuelle et surtout sociale parachève ses Ă©tudes auprès du rhetor (ici le latin a calquĂ© le grec), c'est-Ă -dire du professeur d'art oratoire. Éducation oĂą dominent l'Ă©crit, la vĂ©nĂ©ration des textes canoniques (en premier lieu, et de loin, Homère), un climat d'Ă©mulation perpĂ©tuelle entre les Ă©lèves, mais aussi entre des maĂ®tres qui sont des salariĂ©s (voir l'Ă©pisode si diffusĂ© de ThĂ©mistocle, X, 5), donc, dans les mentalitĂ©s anciennes, inĂ©vitablement des «dĂ©pendants» (voir Question romaine 59). Toute cette Ă©ducation aristocratique d'esprit «personnaliste» (Marrou) est orientĂ©e vers la formation de l'«homme accompli», auquel la rhĂ©torique a fait acquĂ©rir non seulement une capacitĂ© de persuasion personnelle et politique, mais aussi une forme distinctive de «beautĂ© morale». De cet arrière-plan se dĂ©gagent quatre traits spĂ©cifiques, parce qu'ils ont retenu l'attention de Plutarque ou exercĂ© une influence notable sur son Ĺ“uvre. Le goĂ»t et la pratique systĂ©matique de la comparaison font partie des exercices obligĂ©s de la vie scolaire, Ă  tous les niveaux. En ce sens, les Vies parallèles, dans leur ensemble, ne constituent pas autre chose qu'un immense «exercice d'Ă©cole», plus particulièrement les Comparaisons, avec leur manière de mettre systĂ©matiquement en compĂ©tition (agon) les deux hĂ©ros qu'elles confrontent. En deuxième lieu, la tradition grecque de la nuditĂ© athlĂ©tique (de gymnos, «nu», vient gymnasion, «gymnase», l'Ă©difice «scolaire» des citĂ©s grecques, oĂą le sport a gardĂ© plus de place dans l'Ă©ducation qu'Ă  Rome), cette tradition qui vaut identification (les Grecs sont ceux «qui font du sport entièrement nus»), fait scandale Ă  Rome, et Plutarque livre Ă  plusieurs reprises un tĂ©moignage perplexe sur cette situation (Caton l'Ancien XX, 8; voir aussi les Questions romaines 40, 101, etc.). Troisième aspect: le rĂ´le du père comme Ă©ducateur est nettement plus affirmĂ© Ă  Rome qu'en Grèce, et retient maintes fois l'attention du biographe: la Vie de Caton l'Ancien en est l'illustration exemplaire, dans le riche passage consacrĂ© Ă  la formation qu'il donne Ă  son fils (XX, 5-11) ; le traitĂ© De l'Ă©ducation des enfants, Ă©crit par Plutarque ou par un proche, dĂ©veloppe l'idĂ©e que père et fils «doivent ĂŞtre l'un pour l'autre un miroir» (XX ; Questions romaines 28 et 33). Observons encore la place du «pĂ©dagogue» (grec aĂŻdagogos, voir Alexandre, V, 7-8; latin paedagogus), cet accompagnateur rĂ©pĂ©titeur de l'enfant, en gĂ©nĂ©ral un esclave - une place qui devient dĂ©cisive lorsque le père vient Ă  manquer (voir Caton le Jeune, I-III). En dernier lieu, Plutarque ne pouvait qu'ĂŞtre sensible Ă  l'ouverture de l'Ă©lite romaine, dès le IIe siècle avant J.-C. (et chez Caton l'Ancien lui-mĂŞme ! comparer II, 6 et XII, 5), Ă  la pratique du grec, en mĂŞme temps qu'Ă  la part prise dans  l'instruction supĂ©rieure de ces jeunes gens, Ă  cĂ´tĂ© de la rhĂ©torique hĂ©ritière d'Isocrate, par la philosophie, donc, directement ou indirectement, par la pensĂ©e de Platon : on allait s'instruire en la matière auprès des maĂ®tres grecs, de prĂ©fĂ©rence Ă  Athènes - et l'expulsion de Rome des philosophes obtenue par Caton l'Ancien (voir sa Vie, XXII- XXIII) est difficile Ă  accepter. [...] Pour Plutarque, la philosophie couronne l'Ă©difice Ă©ducatif (voir De l'Ă©ducation des enfants, 10). Une large place est faite dans les Vies, notamment celles des conquĂ©rants, Ă  cet aspect de leur formation. Ainsi du MacĂ©donien Alexandre, Ă©levĂ© Ă  la grecque: «Naturellement, de nombreuses personnes Ă©taient chargĂ©es de s'occuper de lui ; on les appelait parents nourriciers, pĂ©dagogues et maĂ®tres» (Alexandre, V, 7; voir Ă©galement VII- VIII : Aristote choisi par Philippe comme prĂ©cepteur de son fils). Ainsi encore de Lucullus: il «était entraĂ®nĂ© Ă  parler fort bien les deux langues [...]. Dès son adolescence, Lucullus se flattait de possĂ©der cette culture harmonieuse, que l'on dit libĂ©rale, tournĂ©e vers la beautĂ©. Sur ses vieux jours, il offrit Ă  son esprit, au sortir de tant de combats, une sorte de dĂ©tente et de dĂ©lassement dans la philosophie [...], rĂ©primant et contenant fort Ă  propos son ambition, exaspĂ©rĂ©e par son diffĂ©rend avec PompĂ©e» (Lucullus, I, 4-6). PompĂ©e encore : Plutarque - c'est une raretĂ© - nĂ© nous dit presque rien de son Ă©ducation ; fait non moins exceptionnel, il s'attarde, en LV, 2 sur celle de sa dernière femme CornĂ©lia MĂ©tella: «Elle avait reçu une belle Ă©ducation, Ă©tudiĂ© la littĂ©rature, la musique et la gĂ©omĂ©trie, et elle Ă©tait accoutumĂ©e Ă  Ă©couter avec profit les discours des philosophes.» Mais voici le vaincu de Pharsale au dernier jour de sa vie, dans la barque qui l'emporte vers une fin sinistre: «PompĂ©e prit, sur un petit rouleau [un volumen sur papyrus], un discours qu'il avait Ă©crit en grec et qu'il se proposait d'adresser Ă  PtolĂ©mĂ©e  et se mit Ă  le lire. Lorsqu'ils furent près du rivage, CornĂ©lie, en proie Ă  une vive inquiĂ©tude, regardait avec ses amis de dessus la trirème ce qui allait arriver; elle commençait Ă  se rassurer, en voyant plusieurs des gens du roi qui venaient au dĂ©barquement, comme pour faire honneur Ă  PompĂ©e et le recevoir. A ce moment, PompĂ©e prenait la main de Philippe pour se lever plus facilement; Septimius lui porte un premier coup d'Ă©pĂ©e par derrière, au travers du corps; puis Salvius, après lui, puis Achillas tirèrent leurs Ă©pĂ©es. PompĂ©e, prenant sa toge des deux mains, s'en couvre le visage, et se livre Ă  leurs coups, sans rien dire ni rien faire d'indigne de lui, et jetant un simple soupir. Il Ă©tait âgĂ© de cinquante-neuf ans, et fut tuĂ© le lendemain de son jour natal. A la vue de ce meurtre, ceux qui Ă©taient dans les navires poussèrent des cris affreux, qui retentirent jusqu'au rivage; ils se hâtèrent de lever les ancres, et prirent la fuite, favorisĂ©s par un bon vent qui les poussait en poupe : aussi les Égyptiens, qui se disposaient Ă  les poursuivre, renoncèrent-ils Ă  leur dessein. Les assassins coupèrent la tĂŞte de PompĂ©e, et jetèrent hors de la barque le corps tout nu, qu'ils laissèrent exposĂ© aux regards de ceux qui voulurent se repaĂ®tre de ce spectacle.» (PompĂ©e, LXXIX, 2)  (François Hartog, Vies parallèles, Plutarque, traduit par Anne-Marie Ozanam, 2001 - books.google.fr, Plutarque, Vies des hommes illustres, Tome 3, traduit par Alexis Pierron, 1845 - books.google.fr).

 

Catherine avait alors treize ans quand Antonio Soriano, alors qu'elle Ă©tait encore Ă  Rome, nous la dĂ©peint comme il suit : «La Duchesse est dans sa treizième annĂ©e; elle est très-vive, montre un caractère affable et des manières distinguĂ©es. Elle a reçu son Ă©ducation auprès des nonnes de Florence de l'ordre des Murate , femmes d'une rĂ©putation excellente et d'une sainte vie. Elle est petite Je stature et maigre; ses traits ne sont pas fins, et elle a les yeux saillants, comme la plupart des MĂ©dicis.»

 

Dans la dépêche de l'Envoyé de Florence à la Cour, 27 décembre 1544, nous lisons ce détail remarquable : «La Delfina attende a studiare, ed è tanto litterata, e massimc in greco, che fa stupire ogni uomo.» Négociations de la France avec la Toscane, t. III, p. 140. N'était-ce pas le sang de Laurent le Magnifique qui animait le cœur de Catherine lorsqu'on la voyait faire venir à Paris les manuscrits précieux qui avaient jadis été les trésors de sa maison, lorsqu'elle se faisait une gloire de contribuer au succès et triomphe de l'intelligence, en protégeant l'illustre de l'Hôpital et en honorant l'admirable Montaigne? Mais elle n'avait point apporté cette seule part d'héritage de la nature des Médicis; si nous avons eu à ressentir la douce influence de son goût pour les arts, nous avons eu aussi à subir le mauvais exemple de la dissimulation et de l'esprit d'intrigue en quelque sorte érigés en science d'Etat, ces deux signes distinctifs et pour ainsi dire traditionnels aussi chez les Médicis (Alfred von Reumont, Armand Baschet, La jeunesse de Catherine de Médicis, 1866 - archive.org).

 

Catherine de Médicis savait aussi le grec assez pour étonner son monde et ses enfants furent instruits par Danès et par Amyot (Lucien Romier, Le royaume de Catherine de Médicis, Tome 1, 1922 - books.google.fr).

 

Education et nudité

 

Rome qui se veut englobĂ©e dans l’hellĂ©nisme ne peut s’abstraire de toute paideia, de cette Ă©ducation Ă  la grecque dont elle refuse la composante pĂ©dĂ©rastique et l’érotisation des corps mais qu’elle doit cependant accueillir. Cet accueil s’est rĂ©alisĂ© sous deux modes, chacun correspondant Ă  une partie de la paideia, en Ă©vitant soigneusement ce qui est le point de rupture absolu, la pĂ©dĂ©rastie pĂ©dagogique. Dans Rome, « citĂ© des pères Â», la transmission du modèle civique et la reproduction sociale ne se font que dans le cadre de la famille, de la gĂ©nĂ©ration des pères Ă  la gĂ©nĂ©ration des fils. D’autres hommes adultes, Ă©trangers Ă  la famille, ne sauraient interfĂ©rer dans l’éducation des jeunes gens avant qu’ils ne prennent la toge virile. L’acculturation romaine de la paideia a donc brisĂ© en deux ce système d’éducation : d’un cĂ´tĂ© les riches Romains cultivĂ©s, comme CicĂ©ron, se font construire des gymnases, dans leurs villae du Latium, oĂą ils ne se livreront qu’aux dĂ©bats philosophiques ornant leurs loisirs amicaux, de l’autre cĂ´tĂ© les mĂŞmes Ă©difient des Ă©tablissements de bain, dotĂ©s d’une palestre, Ă  leur usage personnel avant que les empereurs offrent des Ă©difices semblables, mais aux dimensions gigantesques, au peuple de Rome. Ces bains le plus souvent appelĂ©s « thermae Â» n’ont aucune vocation Ă  ĂŞtre un espace de transmission des valeurs romaines ; au contraire, ces espaces de plaisir oĂą les Romains se dĂ©nudent, sont toujours des lieux dangereux pour leur moralitĂ©.

 

Le dĂ©placement terminologique, le gymnase devient des bains, « balneum/balneae Â» ou des thermes « thermae Â», va de pair avec une Ă©volution formelle des Ă©difices. Les premiers bains romains se situent au 3e siècle Ă  Stabies. Leur structure inverse celle des gymnases grecs. L’essentiel de l’édifice est consacrĂ© aux bains, la palestre dĂ©signe une cour Ă  ciel ouvert attenante.

 

Le gymnase grec ne pouvait ĂŞtre adoptĂ© tel quel par les Romains pour servir de cadre Ă  la formation miliaire des jeunes gens car il est en contradiction avec le but proposĂ©. Les exercices athlĂ©tiques ne peuvent ĂŞtre qu’une « militia leuis Â», comme dit CicĂ©ron Ă  cause de la nuditĂ© athlĂ©tique. L’irruption du dĂ©sir dans un temps vouĂ© Ă  l’effort, au labor, paralyse des corps qui doivent afficher leur pudor et entraĂ®ne le risque de stuprum, compromettant Ă  jamais leur masculinitĂ© et donc leur avenir de citoyen. La nuditĂ© est toujours pour les Romains une provocation au dĂ©sir ; c’est une Ă©vidence culturelle. ĂŠtre nu, c’est ĂŞtre privĂ© de la protection du vĂŞtement, la toge ou la cuirasse, qui signale le statut social de celui qui le porte. Un corps nu est socialement illisible, il ne peut qu’afficher son malaise, voire sa honte.

 

Alors pourquoi les Romains ont-ils construit des gymnases et des bains ? Le comportement de Scipion en Sicile est sur ce point exemplaire. PrĂ©parant son armĂ©e en vue de la conquĂŞte de Carthage, il frĂ©quente le gymnase en sandales et en tunique. Mais il ne le fait qu’après avoir « amplement et longuement fatiguĂ© ses bras, lorsqu’il avait contraint tout le reste de son corps Ă  prouver sa fermetĂ© par des exercices militaires Â». Ensuite il va se dĂ©lasser au gymnase grec. RevĂŞtu d’une tunique, il n’y vient pas pour des exercices athlĂ©tiques mais pour des divertissements intellectuels qui appartiennent Ă  l’otium. Pour lui le gymnase, bien loin d’être le lieu de l’identitĂ© civique, est au contraire celui oĂą Scipion, son devoir de citoyen accompli, peut jouer Ă  faire le Grec. Valère Maxime qui raconte l’anecdote, libère le gymnase grec de sa fonction pĂ©dagogique et de ses dĂ©rives Ă©rotiques, en le rĂ©duisant Ă  une activitĂ© de loisir. Il lĂ©gitime ainsi la frĂ©quentation du gymnase par un gĂ©nĂ©ral romain, capable de s’y divertir sans s’y corrompre.

 

Le changement de fonction du gymnase justifie la transformation architecturale que lui imposent les Romains. « La rĂ©duction en peau de chagrin de la palestre Ă  une simple cour attenante aux bains, lisible dans les diffĂ©rents Ă©tats romains des thermes de Stabies, procède probablement de cette attitude. La schĂ©matisation, en Italie, des agencements de plein air complexes qui caractĂ©risaient les gymnases hellĂ©nistiques et leur constriction dans l’espace traduisent un projet identitaire, celui de ne pas importer telle quelle une structure aux connotations disqualifiantes Â» (La formulation est de Pierre Cordier).

 

L’usage des bains, grâce aux dotations somptuaires des nobles romains puis des empereurs, devient un privilège des habitants de Rome et par lĂ  une marque identitaire de la citoyennetĂ©. Il appartient aux plaisirs de l’urbanitas, de la vie en Ville. Privilège civique et quasi politique. Renversement paradoxal. NĂ©anmoins ces plaisirs continuent Ă  relever de l’altĂ©ritĂ© incluse : la nuditĂ© est toujours pĂ©rilleuse et grecque, elle impose aux baigneurs une attitude rĂ©servĂ©e uerecundia. Ces bains sont des espaces voluptueux oĂą toutes les techniques architecturales sont mises au service du plaisir, en particulier celles qui permettent la sudation, d’oĂą leur nom de thermae (Florence Dupont, Rome ou l'altĂ©ritĂ© incluse, Dans Rue Descartes N° 37, 2002 - www.cairn.info).

 

Otages royaux

 

Académie française. 1694 et 1718: ostage; dep. 1740: otage (sans accent circonflexe pour marquer la disparition de s intérieur). Vers 1100 «personne livrée ou reçue comme garantie de l'exécution d'une promesse, d'un traité» (Roland, éd. J. Bédier, 40) www.cnrtl.fr).

 

Une fois libéré, le roi de France, otage de l'empereur après la bataille de Pavie (1525) revenu en France en 1526, reprend la lutte contre l'empereur. Sa mère, Louise de Savoie, était parvenue à constituer une ligue contre l'empereur, la Ligue de Cognac, qui se concrétise le 22 mai 1526. Elle réunissait Henri VIII d'Angleterre, le pape Clément VII Médicis, Florence, Venise et Milan. Les États italiens souhaitent restaurer l'équilibre entre le roi de France et l'empereur, devenu trop puissant à leurs yeux. Le roi de France profite également de l'offensive menée à l'Est par les troupes ottomanes. L'échec du roi de France entraîne le pape à négocier avec l'empereur. Le 29 avril 1529, ils signent le traité de Barcelone. Le pape investit l'empereur du royaume de Naples et admet l'annexion ultérieure du duché de Milan au domaine impérial contre le soutien de l'empereur pour aider les Médicis à reprendre Florence (fr.wikipedia.org - Septième guerre d'Italie).

 

Avant la paix de Cambrai ou Paix des Dames, des préliminaires avaient eu lieu à Bayonne en 1529 (Jean Rott, Correspondance de Martin Bucer: 1527-1529, 1979 - books.google.fr).

 

L'occasion de la paix de Cambrai, Ă©vĂ©nement diplomatique majeur de la première moitiĂ© du XVIe siècle, s'offre ici pour observer Ă  l'Ĺ“uvre l'un des nĂ©gociateurs français, Gilbert Bayard. Homme de second plan, mais dont l'action est très importante, il est souvent citĂ©, mais demeure fort mal connu. [...] L'action diplomatique de Bayard s'inscrit sous deux formes. Soit il apparaĂ®t au sein d'une Ă©quipe (Ă  Cambrai, en Italie avec Chabot, Ă  Bayonne avec Montmorency), soit il mène seul une mission : c'est le cas lors de ses dĂ©placements dans les Pays-Bas, en octobre-dĂ©cembre 1528, en mai et juin 1529, puis, enfin, Ă  partir d'octobre 1530. Mais il n'intervient que dans la mesure oĂą il y a une nĂ©gociation prĂ©cise Ă  mener  (Philippe Hamon, NĂ©gocier sous François Ier : Gilbert Bayard, l'homme de la paix des dames, Arras et la diplomatie europĂ©enne: XVe-XVIe siècles, 1999 - books.google.fr).

 

La reprise de la guerre entre François Ier et Charles-Quint, on n'avait pas discontinué de s'occuper du rachat des enfants de France retenus à Madrid. La paix de Cambrai parvint à les arracher à leur captivité ; mais il fut arrêté que le roi de France payerait une rançon de deux millions d'or, qu'il finirait d'épouser la reine Éléonore, et renoncerait définitivement à ses prétentions sur Naples, Milan, Jérusalem, la Sicile, les Flandres et l'Artois. [...] Obligé de payer un à-compte de douze cent mille écus avant de délivrer les enfants de France, la noblesse, le clergé et le tiers état firent les plus généreux sacrifices pour réunir cette somme. Et la rançon s'accumula à Bayonne : «Plus de quatre tonnes de métal jaune contre une reine et deux enfants» (Jean Jacquart). Lorsque cette condition préliminaire fut remplie, Anne de Montmorency se rendit à Bayonne (26 mars 1529) avec le cardinal de Tournon, les comtes de Clermont et de Tende, dans le but de revoir à la fois les enfants de France et la reine Éléonore, qui venait terminer son mariage, retardé par deux traités consécutifs. Les princes furent reçus à Andaïe avec d'inexprimables cris d'allégresse ; deux haquenées blanches les conduisirent à Saint-Jean-de-Luz, pendant qu'une litière somptueuse portait la reine Eléonore. La nuit étant survenue, la population de Saint-Jean-de-Luz se porta à leur rencontre à la lueur des torches, et, le lendemain, Charles, Henri et la fiancée du roi faisaient une entrée triomphale à Bayonne. François Ier, qui attendait le cortège à Bordeaux avec la reine mère, le roi de Navarre, Isabelle de Rohan et Marguerite, s'avança jusqu'à l'abbaye de Captious, près de Roquefort-de-Marsan, et il revit enfin les enfants délivrés (1530). [...] Henri d'Albret et Marguerite avaient pris part aux épousailles du roi avec un sentiment de tristesse bien excusable : le dernier traité leur faisait perdre tout espoir de recouvrer l'intégralité de la Navarre ; il ne leur restait que la Basse-Navarre ; car rien n'avait été stipulé en faveur de leurs droits. [...] Malgré la violence de sa conquête, ce royaume conservait des privilèges et des libertés si importantes, que son administration, ses lois et jusqu'à son individualité restaient à peu près les mêmes. La Castille semblait ne s'être préoccupée que de l'abolition d'une royauté voisine (Justin Cénac-Moncaut, Histoire des Peuples et des Etats pyrénéens, Tome 4 (1860), 2019 - books.google.fr, Lucien Bély, La France moderne: 1498-1789, 2003 - books.google.fr).

 

Après la paix des Dames, la République florentine, alliée de la France, se retrouve désormais seule face aux Habsbourg. Elle soutient victorieusement un siège de plusieurs mois mais ses armées sont défaites à l'été 1530 et la ville se rend le 10 août 1530. Clément VII et l'empereur, qui ont fait cause commune dans cette dernière étape de la guerre, proclament la dissolution de la république, rétablissent le grand-duché de Florence et mettent Alexandre de Médicis sur le trône (fr.wikipedia.org - Septième guerre d'Italie).

 

Machinerie et deux ex machina

 

Mon guide, après la fin du règne de Tibère, avait passé de longues années sans quitter Sperlonga; il m'affirma que ces installations sises en bord de mer formaient le centre d'un rituel aulique original, réservé aux seuls proches du Prince. Ce serait le poète Ovide lui-même, avant son exil, qui en aurait imaginé la scénographie. Les représentations auxquelles Tibère conviait ses hôtes se déroulaient dans le cadre d'un véritable deus ex machina. On y mimait des strophes de l'Iliade et de l'Odyssée. Une machinerie permettait de réaliser des mises en scène impliquant acteurs, déclamations, chœur des puissances marines, jeux de lumière avec flambeaux, bruits d'orages et de tempêtes, nuages de fumée ou de vapeur en guise de brouillard, occultant puis révélant les groupes de Polyphème et de Scylla. Je ne pus m'empêcher de songer à la phrase de Salluste évoquant «le fracas du tonnerre, provoqué par des machines, lorsque Metellus faisait descendre du lambris une statue de Victoire qui venait imposer une couronne sur sa tête.» En réalité, je compris qu'il s'agissait pour Tibère, à Sperlonga, d'un véritable culte rendu au Héros divin qu'était Ulysse, modèle de l'homme divinisé, surmontant tous les écueils. C'est à lui que le Prince, lors de ces cérémonies, s'identifiait pour mieux souligner son propre caractère surhumain. Il affirmait ainsi sa capacité à diriger l'Empire, à vaincre les forces de la Nature. Ces spectacles mythiques symbolisaient l'apothéose du Héros, en même temps que celle du souverain. En outre, les installations de ce «théâtre» emblématique se prêtaient à la prédiction de l'avenir. En effet, les bassins des quatre viviers précédant l'entrée de la grotte étaient destinés à l'ichtyomancie; il s'agit d'une méthode de divination  fondée sur la couleur et le mouvement des poissons observés, sur leur vélocité et la direction de leurs déplacements. Le souverain y puisait une connaissance du futur, obtenue par des techniques analogues à celles des augures  examinant le vol des oiseaux, ou des haruspices scrutant le foie des victimes, selon les règles de la hiéroscopie, ou même de l'astrologie divinatoire. J'appris d'ailleurs à cette occasion que Claude et Néron possédaient, eux aussi, des «Grottes de Polyphème» et que le divin Domitien consultait également les signes l'avenir dans un antre semblable à celui de Tibère (Henri Stierlin, Deus ex machina: le livre des dévoilements : trois récits révèlent les mystères et rituels antiques, 2004 - books.google.fr).

 

La plus grande partie de la machinerie antique repose ainsi sur le levier, sur les ressorts, et sur les mouvements circulaires (Trésor de la langue française: Lot - Natalité, 1971 - books.google.fr).

 

On connaît les prétendues séances de catoptromancie, auxquelles Catherine de Médicis aurait assisté, orchestrées par l'astrologue Cosimo Ruggieri qui lui aurait révélé la succession des rois de France jusqu'à Henri IV.

 

Bayonne, où Catherine de Médicis rencontre le duc d’Albe en 1565, fut le triomphe du machinisme. Neptune accourut de la haute mer au-devant du vaisseau du Roi «sur un char tiré par trois chevaux marins, assis dans une grande coquille faite de toile d'or sur champ turquin». Déjà, en 1550, lors de l'entrée solennelle d'Henri II et de Catherine à Rouen, l'apparition sur les eaux de la Seine de déesses et de dieux marins avait eu un tel succès que cette, partie des réjouissances en avait pris le nom de «Triomphe e la Rivière», mais la Reine-mère y avait ajouté le chant, la poésie, la musique et l'attrait de nouvelles difficultés vaincues. La baleine mécanique que l'escadrille royale croisa dans l'Adour lançait des jets d'eau par ses évents. L'opéra avec ses décors, ses ballets, ses chœurs, son orchestre et le défilé des figurants donne une image assez fidèle des spectacles de la Cour. Et c'est en effet de là qu'il tire son origine. Le Ballet comique de la Reine, représenté aux noces de Joyeuse en 1581, est le premier essai en France d'une action scénique, entremêlée de chants, de musique, de danses et illustrée par les artifices du décor. Ah ! la Reine-mère est une merveilleuse organisatrice. Elle se souvient de Florence ; de son carnaval esthétique avec ses troupes de jeunes hommes, vêtus de velours et de soie, qui passaient et repassaient en chantant des odes et des et des satires ; des cortèges solennels et des réceptions princières, ces grands jours de décoration improvisée, où, avec du bois, du plâtre et de la couleur, les rues et les places de la ville étaient transformées, égayées, embellies par le génie inventif et l'imagination joyeuse de la foule des architectes, des sculpteurs et des peintres. A toutes ces manifestations d'art qu'elle a vus de ses yeux ou qu'elle a entendu décrire en son enfance, elle a vus de ses yeux ou qu'elle a entendu décrire en son enfance, elle emprunte ce qui s'adapte le mieux aux goûts et aux mœurs de la France et elle y ajoute ce que permettent en éclat, en richesse, en splendeur les ressources d'un des plus puissants royaumes de la Chrétienté (Jean-Hippolyte Mariéjol, Catherine de Médicis, 1920 - books.google.fr).

 

Les Nymphes étaient nues sous «de fines toiles d'argent à la mode italienne» (Revue politique et littéraire: revue bleue, Volume 52, 1914 - books.google.fr, Jeanne Galzy, Catherine de Médicis, 1936 - books.google.fr).

 

A Lyon, l'entrée royale d'Henri II et de Catherine de Médicis en 1548, mise en scène par le poète Maurice Scève, se fit sans machineries (Bertrand Guégan, Oeuvres poétiques de Maurice Scève, Garnier, 1927, pp. XXXV-XLVII).

 

En France, l'origine de la FĂ©erie est dans les ballets de cour du XVIe et du XVIIe siècles, inspirĂ©s, en leur action, par la fable et le merveilleux. D'ingĂ©nieux Italiens, appelĂ©s par Catherine de MĂ©dicis, furent leurs premiers introducteurs. Ces habiles gens Ă©taient de grands distributeurs de prodiges. La cour du grand-duc de Florence avait Ă©tĂ© l'Ă©cole des subtils machinistes et dĂ©corateurs, Timante Buonacorsi, Baldassare Lancia, Nicolo Tribolo : ils excellaient Ă  offrir des divertissements compliquĂ©s et luxueux (Paul Ginisty, La FĂ©erie, 1898 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Avec comme date pivot 1529, on reporte 1809 et on a alors 1249.

 

C'est le document de l'enquête de 1249 qui fournit le plus clair des renseignements sur ce conflit totalement ignoré de la «grande histoire», qui suivit de peu l'arrivée sur le trône navarrais, d'abord contestée, de Thibaud Ier comte de Champagne, plus célèbre dans la littérature française que dans l'histoire politique : «Thibaud le Chansonnier», le plus grand «trouvère» de son temps, lié à une prestigieuse lignée de princes poètes qui remontait à... Guillaume IX duc d'Aquitaine, le premier des «troubadours» d'oc. Neveu par sa mère de Sanche le Fort mort sans héritier en 1234, mais qui l'avait déshérité, il avait eu quelques difficultés à s'installer sur le trône de Pampelune. Il avait aussi tenté de réformer les divers «fors», textes des droits et libertés que les premiers rois de Navarre avaient concédés à la plupart des territoires du royaume. Des historiens considèrent aujourd'hui qu'il dut accepter les points de vue et les limites à son autorité que lui imposa l'assemblée des «Cortes» à laquelle tout nouveau roi de Navarre devait prêter serment, ce qui se perçoit assez clairement dans des articles comme celui des preuves de l'infançonnie ou noblesse. De là naquit le Fuero General de Navarra (1237) qui resta, avec quelques amendements partiels et conjointement à la coutume locale propre à chaque vallée, la loi navarraise jusqu'à l'annexion castillane de 1512.

 

D'après les termes de l'enquête elle-même, les hostilités entre les Labourdins et les Bas-Navarrais se sont développées durant ces mêmes années. Comme le rappelle le professeur Ricardo Cierbide dans une étude sur les quatre langues utilisées dans ce document, la situation des terres de l'actuelle Basse-Navarre (le terme ne sera pas inventé avant le XVIe siècle) à l'égard de l'ancien comté de Gascogne annexé par le duc d'Aquitaine au milieu du XIe siècle était, sinon incertaine en droit, du moins disputée, et pas seulement pour Mixe et Ostabarret qui relevaient depuis toujours de l'évêché de Dax : le comte de Leicester - c'est le fameux Simon de Montfort - représentant le duc d'Aquitaine devenu roi Angleterre depuis le mariage d'Aliénor un siècle plus tôt revendiquait aussi comme possession du duc-roi Iholdy et Armendaritz et d'autres territoires déjà passés sous suzeraineté navarraise. C'était en effet tenir pour nuls et non avenus les serments d'allégeance au roi de Navarre des seigneurs principaux, celui du seigneur de Labrit seigneur « naturel » pour Mixe et Ostabarret dès la fin du XIIe siècle, celui de Gramont en 1203 etc., comme le roi de Navarre le rappellera en tête de ses propres réclamations dans la seconde partie.

 

La cour de Pampelune attirait depuis longtemps des nobles labourdins : non seulement Garro de Mendionde, frontalier des pays navarrais d'Ossès, de Hélette, d'Ayherre, mais aussi une branche d'Espelette, dont la maison éponyme du Labourd avait pourtant conservé son seigneur propre et fut incendiée par les Navarrais, et d'autres comme «Sanz de Cambo». Ainsi des Labourdins tout au moins d'origine pouvaient être dénoncés pour leurs méfaits commis contre d'autres Labourdins ou des Bayonnais, et de même pour les Bas-Navarrais, d'autant plus que l'enquête scellait en 1249 la fin d'une douzaine d'années d'escarmouches. Les hostilités avaient culminé, après le double siège de Garro par les Bayonnais, le premier ayant été interrompu par les Navarrais, avec le véritable raid que Thibaud en personne mena avec ses partisans pour l'essentiel navarrais et bas-navarrais, loin en Labourd jusqu'à Saint-Jean-de-Luz et Urrugne d'un côté, Mouguerre. Lahonce, Briscous de l'autre, et l'avancée en Mixe jusqu'à Came et le siège du château de Gramont à Viellenave. Cet événement se situe en 1244.

 

La rédaction des doléances, de part et d'autre, fournissait l'occasion de régler bien des comptes et des mécomptes personnels, les longues années d'hostilité ayant mêlé les meurtres et les faits de guerre véritables à divers chapardages et exactions de petite envergure, avec tous les degrés intermédiaires. Si l'on en croit les destructions dénoncées, ici au détriment des Labourdins, en plus des dizaines de tués, des très nombreux hommes pris pour être ensuite libérés contre rançon selon la mode du temps, l'armée royale et les partisans de Thibaud, souvent constitués de familles et fratries de guerriers (le père et les frères Garro évidemment, mais aussi les frères Arraidu d'Ayherre, Soraburu de Saint-Esteben, Nagithurri et Leizarraga d'Ossès etc., nobles et laboureurs mêlés), avaient brûlé des centaines de maisons, nobles « aulas » ou non « domos », surtout à Hasparren et Ustaritz où se trouvaient les deux principaux « castra » ou châteaux-forts (le Gaztelu d'Ustaritz qui a hérité en basque de son nom latin castellu, celui de Zaldu, autre latinisme, à Hasparren), scié les vergers, détruit les outillages, emporté le bétail. S'y ajoutaient les dommages particuliers qu'avaient subi artisans et marchands bayonnais : prêts non remboursés, vêtements et outils impayés, denrées perdues (jusqu'à un curieux «esturgeon» !), soldes réclamés par les marins ayant transporté le roi Thibaud, ce qui ouvre aussi le chapitre des fonctions portuaires et maritimes de la ville avec ses «nefs»...

 

Comme tous ces dommages sont calculés en monnaie - dont la diversité signale la place des échanges extérieurs dans l'activité du port et du commerce bayonnais : morlans régionaux, sanchetes navarrais, livres bordelaises, toulousaines, tournois français, poitevins, parisis, marcs anglais... -, il est aisé d'établir une sorte de « mercuriale » du milieu du XIIIe siècle : le prix, variable selon son importance et sa notoriété - mais étonnamment modeste au regard d'aujourd'hui comparativement à celui du bétail -, d'une maison avec tous ses outils, d'un moulin, d'un cheval, d'un roussin ou d'un âne, d'un bœuf, d'une vache, d'une chèvre, d'un mouton, d'un cochon et des troupeaux parfois nombreux qu'ils constituent, d'un couteau même et de divers vêtements, étoffes, fourrures et cuirs... Mention est faite des cultures, avec les vignes, les céréales, blé et froment, mil et avoine, et surtout les « pommeraies » parfois de plusieurs milliers de pieds, les pressoirs, les cuves omniprésentes, dans ce pays de cidre évoqué un siècle plus tôt par le pèlerin de Compostelle Aymeri Picaud, de la présence des volailles et des abeilles : voilà de quoi dresser un tableau de l'économie régionale qui devrait tenter les historiens.

 

A la suite et en opposition aux réclamations des Bayonnais et Labourdins sujets du roi d'Angleterre et duc d'Aquitaine (voir la première partie), texte latin parsemé de quelques termes romans, mais aussi de nombreux toponymes (noms de maisons ou de pays et villages) et de rares surnoms basques, la dernière section de l'enquête de 1249 qui mettait fin aux hostilités entre les Labourdins et les Navarrais est rédigée dans le navarro-castillan de la chancellerie de Pampelune mêlé de gascon et même de vieux français (Jean-Baptiste Orpustan, Histoire et onomastique médiévales. L'enquête de 1249 sur la guerre de Thibaud I de Navarre en Labourd, Lapurdum, 1999 - journals.openedition.org).

 

Ainsi à Troyes, capitale de la Champagne, le tableau vivant de Goliath et David dans l'Entrée royale de 1484, est suivi d'un tableau représentant un Verger, image traditionnelle du royaume, mais aussi, par restriction, de la cité, peuplé d'arbres, de fleurs, d'oiseaux et de jolies filles de la ville qui se réjouissaient, telles les filles de Sion dit le texte, de l'arrivée de David-Charles VIII. Ces jeunes filles représentaient également les saintes honorées à Troyes, Sainte-Martisie, Sainte-Maure, Sainte-Houe, Sainte-Savine, Sainte-Syre et Sainte-Hélène, vierge honorée à Troyes le 4 mai, mais qui est ici assimilée à Hélène de Troie (vers 204-208), ce qui permet de jouer sur l'homonymie entre Troyes en Champagne et Troie en Asie Mineure, et enfin sur Troyes et Trinité (vers 225-226). Il faut rappeler ici que la référence à des origines troyennes est, au Moyen-Age comme au XVIe siècle, un lieu commun : toutes les monarchies européennes se réclamaient d'un fondateur venu de Troie. Ainsi Francion après la destruction de Troie ira fonder la ville de Sicambrie, puis des habitants de Sicambrie fonderont Lutèce qui prendra plus tard le nom de Paris en l'honneur de Paris de Troie, tandis que le pays sera appelé France en hommage à Francion. En jouant sur l'homonymie de Troie et de Troyes la cité se place ainsi à l'origine du royaume (Elie Konigson, Premières entrées de Charles VIII 1484-1486, Les Fêtes de la Renaissance: études réunies et présentées, Tome 3, 1975 - books.google.fr).

 

Des otages, souvent des femmes, ont joué un rôle important dans les guerres, dans les combats politiques et dans les alliances entre nations. Ces créatures, selon la formule célèbre de Giraudoux, sont "les otages du destin" (La guerre de Troie n'aura pas lieu). Hélène fut enlevée à l'âge de dix ans et mariée à Ménélas puis Pâris l'enleva à Troie ce qui devait conduire à un siège de dix ans avant qu'Ulysse par un adroit subterfuge (d'un type souvent pratiqué par les preneurs d'otages) réussit à en ouvrir les portes. Dans cette histoire, nous voyons déjà la combinaison chez le preneur d'otages de motifs personnels et de motifs politiques. L'obéissance immédiate dont beaucoup d'otages font preuve et le fait que certaines personnes, peut-être en raison de leur situation, de leur beauté ou de leur fortune, sont particulièrement destinées à être des victimes, facilitent le phénomène. Dans l'histoire européenne les traités entre les Etats contenaient généralement une clause relative aux otages et même pendant la deuxième guerre mondiale des otages ont été pris pour assurer la domination sur les territoires occupés (Liaisons, Numéros 215 à 234, Préfecture de police de la Seine, 1975 - books.google.fr).

 

Épouse du roi de Sparte Tyndare, Léda inspire la passion de Jupiter. Ayant pris l'aspect d'un cygne, le dieu la séduit. Après cette union, elle pond un ou deux œufs (selon les versions) d'où sortent les Dioscures, Hélène (de Troie) et Clytemnestre. Représentations Le thème de Léda se propage surtout au XVIe siècle. Une composition perdue de Léonard (v. 1505) semble être à l'origine d'une floraison d'inventions aussi bien peintes que gravées. Les dessins préparatoires de l'artiste montrent une figure à demi agenouillée qui se relève progressivement (par exemple, Chatsworth, collection du duc de Devonshire). Dans une variante peinte par un élève (Neuwied, Prince de Wied)  la jeune femme, en équilibre instable - un seul genou est à terre -  est divisée entre la passion amoureuse et sa nouvelle condition de mère : d'une main, elle caresse le cygne, de l'autre, elle s'assure de la présence des enfants à peine sortis de l'œuf. Hérité de Léonard, le type de Léda debout apparaît dans de multiples copies ou variantes  Celle de 1505, conservée aux Offices, serait une des premières versions d'atelier. Le corps féminin, dont la forme serpentine fait écho au cou de l'animal, est intégré dans un décor naturel, entouré d'une multitude de plantes et de roseaux. Le cygne enlace de son aile droite la jeune femme accompagnée de ses enfants. Peut-être faut-il y voir une évocation de la puissance procréatrice de la femme. Ce type de Léda debout avec le cygne à ses côtés inspire surtout les peintres léonardesques. On le retrouve aussi chez Andrea del Sarto (début du XVIe siècle, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts) et chez des sculpteurs comme Bandinelli (1488-1560, Bargello), Danti (v. 1572-1573, Londres, V & A), ou Ammannati (v. 1560 Londres, V & A). Néanmoins, les artistes montrent souvent l'étreinte avec Léda assise ou couchée. On assiste parfois alors à une véritable anthropomorphisation du rapport amoureux. C'est le cas de Michel-Ange, dont le tableau et le carton originaux (1529-1530) nous sont connus par des versions gravées ou peintes (Elisa de Halleux, Iconographie de la renaissance italienne, 2004 - books.google.fr, Léon Dorez, Nouvelles recherches sur Michel-Ange et son entourage. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1916, tome 77 - www.persee.fr).

 

Bayonne, 1808

 

«La guerre d'Espagne, disait plus tard Napoléon à Sainte-Hélène, a attaqué la moralité de mon règne; c'est la source de tous mes malheurs». L'Espagne était gouvernée en 1808 par le vieux roi Charles IV, prince incapable qui subissait l'influence toute-puissante du favori de la reine, Manuel Godoï, prince de la Paix. Un parti de mécontents s'était formé à la cour de Madrid; il avait à sa tête le prince royal Ferdinand, aussi médiocre que son père, mais populaire comme chef de l'opposition. Tous deux provoquèrent par leur imprudence l'intervention de Napoléon, qui avait intérêt à entretenir ces discordes. L'entente parut d'abord régner entre Charles IV et l'empereur au sujet de la spoliation du roi de du roi de Portugal et du partage de ses États. En effet, une armée de 25000 conscrits, conduite par Junot, parvint en traversant le territoire espagnol  jusqu'en Portugal, franchit à marches forcées les montagnes abruptes de la Sierra Estrella, et occupa Lisbonne sans résistance; le prince régent, qui gouvernait au nom de sa mère Maria atteinte de folie, la famille royale et toute la noblesse avaient à peine en le temps de s'embarquer pour le Brésil (novembre 1807). En même temps, sous prétexte de médiation, des troupes françaises, commandées par Murat, occupèrent tout le pays entre les Pyrénées et l'Ebre et s'avancèrent même jusqu'à Madrid. Saisi de crainte, Charles IV voulut s'enfuir dans ses  colonies d'Amérique. Mais une insurrection dirigée contre Godoï éclata à Aranjuez (mars 1808). Charles IV dut disgracier son favori et abdiquer en faveur de Ferdinand VII. Encouragé secrètement par Murat, il protesta contre cette abdication qui lui avait été arrachée par la force. Napoléon attira alors les deux souverains à l'entrevue de Bayonne et les contraignit de renoncer l'un et l'autre au trône après une scène violente (Raoul Suérus, E. Guillot, Histoire contemporaine de 1789 à nos jours rédigée conformément au programme de 1902 pour le cours préparatoire a l'École speciale militaire de Saint-Cyr, 1903 - books.google.fr).

 

NapolĂ©on mande Ă  Talleyrand, qu'il tenait Ă  afficher dans son emploi de confident : «Cette tragĂ©die est au cinquième acte; le dĂ©nouement va paraĂ®tre». Ce dĂ©nouement, suivant les règles classiques, sera fait par le destin, c'est-Ă -dire par l'implacable logique des passions et l'aveuglement des personnages qui se pousseront eux-mĂŞmes Ă  la catastrophe oĂą ils s'abĂ®meront tous ensemble. Il Ă©tait fatal, mais la fatalitĂ© en fut ignominieuse. Les Bourbons s'avilirent; NapolĂ©on s'abaissa. Il prĂ©parait «un immense, un Ă©clatant coup d'État», Ă  la Corneille; plus peut-ĂŞtre, une lieutenance de Dieu mĂŞme, Ă  la Bossuet : «Je voulus agir comme la Providence qui remĂ©die aux maux des mortels par des moyens Ă  son grĂ©.» Ce ne fut qu'une misĂ©rable reprĂ©sentation de province : un théâtre de sous-prĂ©fecture, une troupe d'opĂ©ra-bouffe, piteuse sous les oripeaux. NapolĂ©on demeura le dieu de la machine, sans doute; mais de l'Olympe eschylien, d'oĂą il se flattait de lancer la foudre,  il tomba dans les dessous de Beaumarchais. Et il se fit lui-mĂŞme, pour l'ironie de l'histoire, le chroniqueur et le critique  implacable de sa pièce et de sa troupe. «Je me suis rendu chez le roi Charles, Ă©crit-il ; j'y ai fait venir les deux princes. Le roi et la reine leur ont parlĂ© avec la plus grande indignation. Quant Ă  moi, je leur ai dit : Si d'ici Ă  minuit, vous n'avez pas reconnu votre père pour votre roi lĂ©gitime et ne le mandez Ă  Madrid, vous a serez traitĂ©s comme rebelles». Le jour mĂŞme, Charles IV, par une convention en forme, cĂ©da tous ses droits Ă  NapolĂ©on ; NapolĂ©on garantit l'intĂ©gritĂ© du royaume et le maintien exclusif de la religion catholique. Ferdinand Ă©crivit Ă  Madrid : «La junte suivra les ordres et commandements de mon bien-aimĂ© père...» En qualitĂ© de prince des Asturies, il adhĂ©ra Ă  la cession faite par son père Ă  NapolĂ©on (Albert Sorel, L'Europe et la rĂ©volution française, Tome VII, 1911 - books.google.fr).

 

La Léda du Corrège peinte vers 1530, comme celle de Michel-Ange, a vécu toutes sortes de pérégrinations. Elle sera décapitée par le fils du Régent Philippe d'Orléans révulsé par sa posture lascive, subit une prise de guerre en Prusse par Dominique-Vivant Denon avec la Grande Armée en 1806 et rendue à ce dernier pays à la Restauration (Bénédicte Savoy, Patrimoine annexé: les biens culturels saisis par la France en Allemagne autour de 1800 : L'exposition des œuvres saisies par Dominique-Vivant Denon en Allemagne 1807-1808, Tome 2, 2003 - books.google.fr).

 

Buonaparte florentins

 

Trois principales familles originaires respectivement de San Miniato, Sarzane et TrĂ©vise ont portĂ© le nom de Buonaparte mais il n'est pas possible de prouver un lien gĂ©nĂ©alogique entre elles. Gustave Chaix d'Est-Ange (Dictionnaire des familles anciennes ou notables Ă  la fin du XIXe siècle, tome 5) prĂ©cise que par un acte du 28 juin 1759 les Bonaparte de Corse se firent reconnaĂ®tre officiellement parents par les Bonaparte de Florence, issus de ceux de San Miniato : «Cette reconnaissance, Ă©tant antĂ©rieure Ă  la grande fortune des Bonaparte de Corse, Ă©tait assurĂ©ment bien dĂ©sintĂ©ressĂ©e de la part de ceux de Toscane. Toutefois on ne doit y attacher qu'une importance relative ; on sait, en effet, combien les actes de ce genre, dictĂ©s uniquement d'ordinaire par la complaisance ou par la courtoisie, ont peu de valeur en matière gĂ©nĂ©alogique quand ils ne sont pas appuyĂ©s sur des preuves sĂ©rieuses» (fr.wikipedia.org - Maison Bonaparte).

 

Napoléon nu

 

Les guerres de la RĂ©volution et de l'Empire vinrent entraver l'essor que les bains de mer commençaient Ă  prendre. NapolĂ©on avait pourtant trouvĂ© le temps de prendre quelques bains de mer a Biarritz, en 1808, alors qu'il Ă©tait en route vers l'Espagne: «pendant tout le temps qu'il restait dans l'eau, un dĂ©tachement de cavalerie de la garde Ă©clairait la mer en s'y avançant aussi loin qu'il Ă©tait possible de le faire sans trop de pĂ©rils» (Souvenirs d'un officier polonais ; scènes de la vie militaire en Espagne et en Russie (1808-1812), par le gĂ©nĂ©ral de  Brandt ; Paris, Charpentier, 1877, p. 11). Dès 1812, on a construit Ă  Dieppe, sur le bord mĂŞme du rivage, un petit Ă©tablissement «oĂą l'on peut prendre des bains de de tempĂ©rature» (Bulletin gĂ©nĂ©ral de thĂ©rapeutique mĂ©dicale, chirurgicale, obstĂ©tricale et pharmaceutique, Volume 158, 1909 - books.google.fr).

 

La propreté de Napoléon est connue et la baignoire fait partie des objets mythiques de l'Empereur au même titre que le chapeau ou la redingote. [...] Napoléon s'y plonge tout nu - il n'a pas la pudeur du temps - et y reste de longs moments (Jean Tulard, Dictionnaire amoureux de Napoléon, 2012 - books.google.fr).

 

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