Louis XVIII

Louis XVIII

La censure après l’assassinat du duc de Berry

 

IV, 57

 

1820

 

Ignare envie du grand roy supportee,

Tiendra propos deffendre les escriptz,

Sa femme non femme par un autre tentée,

Plus double, deux ne feront fort ne criz.

 

Les abdications de Napoléons ont amené sur le trône de France Louis XVIII frère de Louis XVI. En 1815, il a 60 ans, est podagre et obèse. De plus il n’a pas d’enfant (« Sa femme non femme »).

 

Une chanson sur son retour raconte : « Pardon si la goutte / M’ôte le peu d’esprit que j’ai […] Pour être roi faut être bête [1] » (« ignare envie »).

 

L’assassinat du duc de Berry, deuxième fils de son frère le futur Charles X, par Louvel le 14 février 1820, et la chute du ministère Decazes qui s’en suit marque la fin de la période libérale de la Restauration. Entre autres dispositions, une loi de mars 1820 rétablit l’autorisation préalable et la censure pour les périodiques de plus de 5 feuilles (« deffendre les escripts » : « deffendre » signifiant « interdire »).

 

Pour consolider la majorité réactionnaire, la loi du double vote de juin permet de faire voter deux fois le quart des électeurs les plus imposés (« Plus double »).

 

Acrostiche : ITSP, Itaspe

 

Hystaspe ou Hystape écrit Istape dans la pièce Crésus de Giovanni Delfini, cardinal mort en 1699. Il s’agit d’un prêtre qui réclame la mort du roi de Lydie (Léonce de Lavergne, Dictionnaire encyclopédique usuel: Répertoire universel et abrégé de toutes les connaissances humaines, 1845 - books.google.fr, Bibliotheque françoise, ou histoire litteraire de la France, 1742 - books.google.fr).

 

Hystaspe est, chez Hérodote, le père du successeur de Cyrus le Grand.

 

CCIX. Au delà de l’Araxe, la nuit étant venue, Cyrus s'endormit sur la terre des Massagètes et eut cette vision : il lui sembla, en son sommeil, voir le fils aîné d’Hystaspe, ayant aux épaules des ailes dont il ombrageait d'une part l'Asie, d'autre part l'Europe. Darius était l'aîné des fils d’Hystaspe, fils d’Arsame, l'un des Achéménides. C'était un jeune homme d'environ vingt ans; il était resté en Perse, car il n'avait pas encore l'âge où l'on porte les armes. A son réveil, Cyrus réfléchit beaucoup sur cette vision; elle lui sembla d'une importance extrême; il appela donc Hystaspe, et, le prenant à part, il lui dit : «Hystaspe, ton fils a été découvert conspirant contre moi et contre ma souveraineté ; je vais te montrer avec quelle certitude j'en suis informé. Les dieux s'inquiètent de moi et d'avance ils me font voir les événements prochains. Récemment donc, la nuit dernière , j'ai vu pendant mon sommeil l'aîné de tes fils ayant aux épaules des ailes dont il ombrageait d'une part l'Asie, d'autre part l'Europe. Or, de cette vision il n'y a rien à conclure, sinon que ton fils conspire contre moi. A cause de cela, retourne promptement en Perse et prends tes mesures pour que, lorsque j'y rentrerai vainqueur, tu m'amènes ton fils, qu'alors je veux interroger.»

 

CCX. Cyrus tenait ce langage parce qu'il lui semblait que Darius conspirait.contre lui, tandis que le dieu lui avait révélé que lui-même devait périr en cette expédition et que sa couronne passerait à Darius. Or, Hystaspe lui répondit en ces termes : «O roi, plaise aux dieux que jamais il ne se trouve un homme né en Perse qui conspire contre toi, et si cet homme existe, puisse-t-il périr soudain! Car, d'esclaves qu'ils étaient, tu as rendu les Perses librés ; au lieu d'être sujets d'un autre peuple, grâce à toi, ils gouvernent toutes les nations. Si donc quelque vision t'annonce que mon fils pense à conspirer contre toi, je te le livrerai pour que tu le traites comme bon te semblera.» Hystaspe, ayant ainsi parlé, repassa l’Araxe pour s'assurer de son fils et le remettre à Cyrus (Hérodote, Histoires, traduit par Pierre Giguet, 1864 - books.google.fr).

 

Napoléon Ier, «élu du Seigneur», sera comparé à Salomon pour sa sagesse, ses «actions merveilleuses» présentées comme la réalisation des prédictions de Josué. Il est, ici, perçu comme supérieur à Cyrus : là, il est dit «comblé de gloire comme David.» Louis XVIII recevra lui aussi le titre de «nouveau Cyrus» qui garantit le libre exercice du culte (contribuant de ce fait à la construction du nouveau temple de Paris). Tout comme Louis Philippe ! Par opposition, en 1845, le rabbin de Soultz (Haut-Rhin) compare Napoléon, dans ses analogies bibliques, à Nabuchodonosor : «Le nom du grand capitaine commence aussi par l'initiale N ; lui aussi fut banni, en punition de sa témérité, loin de la terre habitée.» D'un régime à l'autre, s'opère une circulation des figures bibliques appliquées au même personnage historique, la figure emblématique étant celle de Cyrus «émancipateur» des juifs exilés de Babylone, qualifié de «messie» dans le texte biblique (Patrick Cabanel, Chantal Bordes-Benayoun, Un modèle d'intégration: juifs et israélites en France et en Europe (XIXe-XXe siècles), 2004 - books.google.fr).

 

Le 29 juin 1819, Louis XVIII rendit une ordonnance autorisant le Consistoire à acquérir, au nom des lsraélites de Paris, l'immeuble rue Neuve-Saint-Laurent. Mais l'entreprise était plus considérable qu'on n'avait pensé, et le Consistoire se trouva, dès le début, en présence de difficultés qui l'obligèrent à modifier ses projets grandioses : d'une part, la vente de places à perpétuité n'avait pas atteint le prix qu'on avait prévu ; et, d'autre part, les entrepreneurs refusaient de se charger des travaux pour être payés à des termes trop éloignés. Il ne fut plus question alors que d'avoir à Paris un temple «imposant», il est vrai, mais d'une «architecture simple». Pour atteindre ce but, le Consistoire décida, le 19 juin 1820, de faire un emprunt de cent mille francs en créant deux cents actions au porteur. Le gouvernement l'autorisa le 11 octobre. Cent six actions avaient été souscrites dans la Communauté. La construction du temple, confiée à M. J.-P. Sandrié de Jouy, architecte, avança rapidement, si rapidement même que, le 15 mars 1821, les fondations n'étaient pas «éloignées d'être au niveau du sol», et que le temple, achevé, fut inauguré le 5 mars 1822 (Léon Kahn, Les Juifs à Paris depuis le VIe siècle, 1889 - books.google.fr).

 



[1] Isabelle Backouche, « La monarchie parlementaire, 1815-1848 », Pygmalion, 2000, p. 22

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