Aubenas

Aubenas

 

IV, 11

 

1786-1787

 

Celuy qu'aura gouvert de la grand cappe

Sera induict à quelque cas patrer :

Les XII. rouges viendront souiller la nappe :

Sous meurtre, meurtre se viendra perpetrer.

 

"gouvert": Mal-Gouvert

 

"gouvert" : gouvernail, puissance (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

L'abbaye de Maugouvert était une association joyeuse du Sud-Est de la France (XVe - XVIIe s.). L'abbé, reconnu par les autorités, était l'inquisiteur des mariages mal assortis & le vengeur de l'autorité maritale outragée (Marcel Guilbaud, Pantagruel. Pantagruéline prognostication. Almanach pour l'an 1533. Oeuvres diverses et lettres de François Rabelais, 1957 - books.google.fr).

 

Vers 1500, on en trouve aussi à Poitiers, Rodez et Abbeville […] L'impression que les abbayes de Maugouvert sont apparues au XVe siècle provient en partie, me semble-t-il, de la nature de nos documents : on peut s'attendre en effet à trouver plus fréquemment mention de la fête des Fous dans les siècles précédents, du simple fait que le clergé y était impliqué (Natalie Zemon Davis, Les cultures du peuple: rituels, savoirs et résistances au 16e siècle, traduit par Marie-Noëlle Bourguet, 1979 - books.google.fr).

 

C'est surtout au XVIe siècle qu'on les trouve en plein épanouissement. A cette époque elles étaient tantôt temporaires, c'est-à-dire qu'elles s'organisaient en vue de circonstances déterminées ; et tantôt permanentes, c'est-à-dire qu'elles fonctionnaient régulièrement et jouissaient de la vie civile. Elles étaient indépendantes les unes des autres et s'administraient à leur guise. A leur tête il y avait un «abbé», élu tous les ans en public, son «lieutenant» ou un «enseigne» et un «sergent». Les «religieux-frères et sœurs ou suppôts», s'appelaient aussi «moines et moinettes» (Roger Jay, Le livre des mystères de Saône-et-Loire, 1988 - books.google.fr).

 

Ces abbayes ou sociétés, dont le président portait le titre d’abbé et qui existaient dans plusieurs villes, à Grenoble, à Vienne, à Beaurepaire, à Romans, à Valence, à Montélimar, à Die, à Gap, à Embrun et dans d’autres lieux, étaient autant de sociétés joyeuses, organisées pour les plaisirs du carnaval, pour les vogues, pour les danses et pour tous les amusements auxquels prenait part la jeunesse. Les protestants furent les premiers qui, sous le prétexte de la réforme des mœurs, et se fondant sur les excès auxquels on se livrait dans ces sociétés, en demandèrent la suppression qu’ils obtinrent pour leurs coreligionnaires. Bientôt après, le gouvernement, à son tour, croyant voir autant de factieux qu’il y avait de membres dans ces mêmes sociétés, s’occupa à les détruire : elles furent supprimées, dans tout le Dauphiné, par un arrêt du conseil d'état de 1671.

 

A Romans, l’abbaye de Maugouvert, établie dans cette ville vers le commencement du XVe siècle, reconnue par les magistrats et astreinte à des statuts particuliers, avait pour patron S. Pichon, abbé de Maugouvert, représenté sur le mur de façade d’une maison dans le carrefour du Tortorel: ce saint avait une mitre sur la tête; il tenait d’une main le pichon ou bâton et de l’autre une quenouille. C’était là, au-devant de cette image, que se rendaient les confrères, lorsqu'une femme avait battu son mari, et que, pour venger cette insulte faite à la dignité maritale, ils faisaient monter sur l’âne un des voisins du mari battu; après quoi, ce voisin adressait à ceux qui l’accompagnaient une allocution touchante pour excuser la faiblesse du pauvre mari, et déposait une quenouille aux pieds du saint  (Annuaire statistique de la Cour royale de Grenoble et du département de l'Isère, 1841 - books.google.fr).

 

Vn pais si abondant en vin n'a pas produit vn peuple ennemy de Bacchus. Nous avons encore assez de marques des devoirs pleins de libertinage & de débauche que le Dauphiné, idolâtre, luy a rendus. Nos peres ont veu dans Vienne des statuës de Silènes, couchez & couronnez de seps & de pampres, jugées dignes d'estre portées à Fontainebleau par les ordres de la reine Catherine de Medicis. Mais les débordemens licentieux du carnaval, du charivary & de l'abbaye de Maugouvert dans toutes les villes de ce pais nous font des preuves convaincantes des honneurs qu'il y a eus. In oppida Lavinio, dit saint Augustin, unus Libero totus mebsis tribuebatur, cuius diebus omnes verbis flagitiosissimis viebantur, donec illud membrum per forum transvectum esset, atque in loco suo quiesceret. Cui membro inhonesto matrem familias honestissimam palam coronam necesse erat imponere. La plus honneste femme eût passë pour trop scrupuleuse, au temps de nos pères, si, apres vn mariage sujet aux regles de cette abbaye déréglée, elle eût voulu se dispenser de cette sorte de serment ridicule que l'on exigeoit d'elle apres le compliment qu'on luy avoit rendu. Elle ne pouvoit le refuser, ny par consequent de porter les deux mains sur ce superbum noâuinumputidum caput, comme en parle vn ancien, car c'en estoit la forme essentielle. Nous pouvons conjecturer de là que Bacchus n'a pas esté autrefois plus modeste parmy les Dauphinois que parmi les Laviniens. [...]

 

Les peuples qui habitent le long du Rhosne passoient déja sous l'empire d'Auguste pour legitimes iuges du merite des ouvrages les plus excellents, & Horace tire vanité, dans VIIe de ses odes, de l'esperance qu'il a que ses vers seront chantez par eux (Nicolas Chorier (1612-1692), Histoire générale du Dauphiné, 1878 - visualiseur.bnf.fr).

 

Malegouverne ou malgouverne est le nom qu'on donne dans les Monasteres des Chartreux à l'avant-cour, & aux bâtimens qu'elle contient. Cette partie exterieure & avancée des Monasteres des Chartreux s'appelle malgouverne, parce que ceux qui y demeurent, qui y viennent, & les domestiques, peuvent y manger de la chair, ce qui ne se fait pas dans l'interieur du Monastere, & que les femmes peuvent y entrer pour aller prier Dieu dans une chapelle, qui est differente de celle où les Chartreux chantent l'Office. Parmi les Feuillans c'est le réfectoire des valets (Antoine Furetière, Dictionnaire universel, Tome 3, 1727 - books.google.fr).

 

Meurtres

 

Peut-être issue des "Compagnons du Charivari", l'abbaye de Maugouvert à Mâcon est interdite en  1625 par le lieutenant général du baillage (Roger Jay, Le livre des mystères de Saône-et-Loire, 1988 - books.google.fr).

 

« ...inhibitions et deffenses [...] faictes à toutes personnes de ceste ville de quelque qualité qu'elles soient de s'assembler pour procedder à l'eslection et nomination du soi-disant abbé de Mal- gouvert, à cause des diverses plaintes faictes par les eschevins et procureur scindic et principaux bourgeois de ladicte ville, que la pluspart des scandales, querelles, séditions et mesmes des meurtres advenus en ceste dicte ville, despuis quelques années, sont proceddez des licences et desbordemens des jeunes gens, s'authorisans dudict abbé et se disans officiers et suppostz de l'abbaye, ce néanmoins aucuns desdictz jeunes gens et autres libertins et téméraires se vantent ouvertement de faire leur assemblée au premier jour, nonobstant le temps de caresme et nos dictes deffenses authorisées de celles de la Court, et se promettent de nommer un abbé pour chef et protecteur de leurs desbauches et libertinages et de se treuver en place masquez et deguisez, avec force, pour empescher le cours de justice, requérant ledict procureur du Roy luy estre pourveu, ensemble estre faictes deffenses réitérées à toutes personnes, d'aller la nuict avec armes et sans lumière, comme aussy de réitérer les charivaries et assemblées et licences illicites avec  bruictz, clameurs, tambours et effrois nocturnes : Nous, lieutenant général et prévost susdict, avons faict et faisons autres, nouvelles et réitérées deffenses à toutes personnes de s'assembler pour la création dudict abbé, soit de jour ou de nuict, en habit ordinaire ou déguisé, à pied ou à cheval, à peyne que les contrevenans seront tenus et réputez pour séditieux et perturbateurs du repos public; avons aussy faict deffenses d'en prendre et accepter le nom et qualité, et en faire les functions, à peyne de la vie, disans et ordonans que ladicte qualité d'abbé de Malgouvert sera cy après tenue et réputée pour infâme et portant tasche et notte d'infamie envers la postérité à tous ceux qui en seraient de nouveau pourveuz; deffendons à toutes personnes de s'en dire d'icy en avant suppostz ou officiers et d'en faire les functions soubz mesme peyne, mesmes de faire charivaries soubz prétexte de remariages des femmes, d'en tirer ny exiger aucuns droictz et d'en composer, le tout à peyne de punition corporelle ; sont aussy faictes deffenses à toutes personnes de se masquer et desguiser en caresme, de jour ou de nuict, d'aller la nuict sans lumière et de porter armes, soubz peyne de prison ; et pour autant que pour l'exécution de nostre présente ordonance et obéissance aux arrestz de la Court, nous pourrions avoir besoing d'assistance mainforte, les sieurs eschevins et cappitaines de la présente ville sont requis en cas de contravention de nous aider et assister de leur pouvoir, enjoignant à tous sergens de se saisir des contrevenans et iceux rendre aux prisons, pour leur estre faict et parfaict leur procez, à peyne, contre lesdictz sergens connivans et faisans reffus de nous obéir, de suspension de leurs charges, et autres plus grandes, le tout nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans préjudice d'icelles. Et sera nostre présente ordonnance leue et publiée par tous les carrefours a son de tambour et affichée aux places publiques» (M. Lex, L'abbaye de Maugouvert, Annales de l'Académie de Mâcon, 1896 - books.google.fr).

 

A Gap, en 1601, l'abbaye de Mal-gouvert était supprimée et les charivaris défendus ; mais les commissaires se gardèrent de prohiber les danses ; seulement les propriétaires des maisons où se tenaient les bals étaient responsables des scandales qui pourraient s'y commettre (Théodore Gautier, Précis de l'histoire de la ville de Gap: suivi de notes et éclaircissements et de notices biographiques sur les évêques de cette ville, 1844 - books.google.fr).

 

1664-1670 Charlieu - Maître Pierre Macalla, sieur de Dampierre, procureur fiscal, remontre «que par un abus manifeste et au préjudice de plusieurs ordonnances et deffences, les garçons et jeunes gens de Charlieu soubz le nom d'officiers de l'abaye de Malgouvert, exigent des nouveaux mariez des sommes de deniers qu'ils despencent dans les cabaretz et apprès leurs desbauches, riblent la nuict par la ville où ils font plusieurs actions indeues... s'est pourquoy il requiert que iteratisves deffences soit faictes à tous lesdits jeunes garçons de plus exercer ladite abaye, de faire aucune assemblée, ribler la nuict, ny exiger aucun argent desdit nouveaux mariez à peine de puniction exenplaire.» (Loire, Volume 1 de Inventaire-Sommaire des Archives Départementales Antérieures a 1790, Archives Civiles - Série A et B, 1870 - books.google.fr).

 

Mais jusqu'au milieu du XVIIe siècle, aucun effort systématique n'est fait pour en finir avec les abbayes de Maugouvert, comme cela fut le cas pour la campagne menée par la Faculté de théologie de Paris contre les clercs d'église et leur fête des Fous. Les réformateurs catholiques gagnés à l'humanisme, tel le doyen de Beaujeu, Guillaume Paradin, peuvent fulminer contre les aspects païens et superstitieux des divertissements populaires, citer les Pères de l'Église qui condamnent comme vicieux et contre nature les masques et les mômeries L'Église, elle, se contente d'interdire les masques indécents dans l'intérieur des églises et des cimetières; ailleurs elle laisse faire. Les chanoines de la cathédrale de Rouen ne prennent jamais de mesure punitive contre les Conards, sauf un jour de carnaval où ils voient promener dans les rues l'effigie scandaleuse de deux d'entre eux (Natalie Zemon Davis, Les cultures du peuple: rituels, savoirs et résistances au 16e siècle, traduit par Marie-Noëlle Bourguet, 1979 - books.google.fr).

 

Les abbayes disparaissent, presque toutes, au XVIIe siècle, plus tôt en Lyonnais qu'en Savoie et en Dauphiné. Les volumineux registres de visites pastorales du rigoureux évêque de Grenoble, Étienne Le Camus (1672-1707), les annales ou des compagnies du Saint-Sacrement de Lyon et de Grenoble, ne leur consacrent pas une seule ligne (P. Bordier, 1970 p. 173 note 3). Le Camus se borne à rappeler dans les paroisses la défense des pratiques condamnables, sans jamais vraiment insister sur une éventuelle persistance des abbayes et sur la permanence des royaumes. Seules les confréries sont explicitement dénoncées et systématiquement supprimées si elles permettent les «débauches». Les clercs et les dévots tentent de s'appuyer sur les interdictions et les tribunaux du roi.

 

Au cours du XVIIIe siècle, en Lyonnais, Dauphiné et Savoie, les populations, derrière leurs jeunes gens, restent attachées aux pratiques et aux comportements longtemps permis par les abbayes disparues, les confréries et les royaumes supprimés ou épurés. Face à des détracteurs de plus en plus efficaces, ces organisations communautaires et juvéniles cèdent de plus en plus souvent le pas aux manifestations informelles des groupes de jeunes villageois. Ces groupes sont les seuls qui semblent oser se prévaloir ouvertement des anciennes traditions communautaires antérieurement encadrées par les organisations officielles (Jean-Yves Champeley, Les organisations de la jeunesse à l'époque moderne entre Rhône et Alpes, Lorsque l'enfant grandit: entre dépendance et autonomie, 2003 - books.google.fr).

 

Déguisé : grande cappe ou cappa magna

 

Les abbés nullius peuvent porter dans les cérémonies la cappa magna, conforme pour la couleur à leur costume monastique. L'abbé de Saint-Paul-hors-les-murs, ainsi que tous les abbés bénédictins de la Congrégation du Mont-Cassin, a le privilège de la cappa noire : à la chapelle Sixtine, il la retrousse et prend place après le dernier évêque assistant au trône (Xavier Barbier de Montault, Règles génerales, le costume usuel, le costume de choeur, Tome 1, 1898 - books.google.fr).

 

Et la cérémonie se déroula avec les vestiges de son ancienne splendeur, l'abbé, en cappa-magna, bénissant les fidèles, à son entrée, avant que de célébrer, lui-même, la messe (Joris-Karl Huysmans, L'oblat, 1911 - books.google.fr).

 

"cappe", "nappe" : le tissage à Charlieu

 

Une quenouille est un instrument ancien utilisé pour le filage des matières textiles et surtout du lin, du chanvre ou de la laine, mais elle peut être utilisée avec toutes les fibres que l'on file habituellement. Tige de bois ou d'osier qui peut être décorée, la quenouille sert à maintenir et stocker les fibres qui ne sont pas encore filées, afin qu'elles ne s'emmêlent pas et qu'il soit facile de les utiliser. Les fibres sont enroulées autour de la quenouille et maintenues en place à l'aide d'un ruban. La quenouille s'utilise soit avec un rouet, elle est alors placée tout près de la bobine ; soit avec un fuseau ; dans ce cas on la tient sous un bras et on maintient le fuseau de l'autre main. Elle était depuis l’Antiquité le symbole d’un travail exclusivement féminin. Un homme filant, tenant une quenouille, était considéré comme le comble de l’humiliation : ainsi l’histoire d’Hercule-Héraklès, filant aux pieds d’Omphale. L’expression « tomber en quenouille » signifie, pour un bien, d’échoir à une femme, avec une connotation péjorative. Deux voies importantes se croisaient sous les murs de Charlieu, celle de Lyon à Marcigny par Amplepuis et Thizy, et celle du port de Belleville sur la Saône au port de Pouilly sur la Loire, par Beaujeu, route commerciale qui mettait en communication les deux mers. [...] Les foires et marchés de Charlieu étaient francs et très considérables; deux des premières, commençant le dimanche gras et le 20 août duraient huit jours, la troisième avait lieu le 14 février: elles tombèrent en désuétude à la fin du XVIIe siècle. L'industrie principale de Charlieu était le tissage des toiles. Venait ensuite la préparation des cuirs et le commerce des bestiaux (fr.wikipedia.org - Quenouille).

 

De nombreuses associations civiles et religieuses s'étaient formées dans la ville. Les bouchers avaient la confrérie de Saint-Jean-Baptiste; les tanneurs, corroyeurs et cordonniers celle de Saint-Crépin, les barbiers celle de Saint-Côme et Saint-Damien. Il est fait aussi mention des confréries de Saint-Philibert, de Saint-Eloi, qui était peut-être celle des gens de robe, du Saint-Sacrement ou des Pénitents-Blancs, de Notre-Dame de Septembre, de l'Immaculée-Conception. La compagnie de l'Arbalète, distincte sans doute de la milice bourgeoise, est connue par un acte de 1560.

 

Il n'est pas jusqu'aux célibataires de la ville qui, sous le nom d'abbaye de Malgouvert, n'aient formé une joyeuse association, qui prétendait exiger une redevance des nouveaux mariés et dont les bruyants exploits attirèrent plus d'une fois l'attention de la justice seigneuriale. La population de Charlieu paraît d'ailleurs avoir eu à cette époque des habitudes de turbulence que le séjour presque continuel d'une garnison de deux compagnies de cavalerie ne contribuait pas médiocrement à entretenir. Les registres judiciaires font mention fréquemment d'excès commis par la troupe, de tapages nocturnes, de rixes à main armée et même de meurtres

 

La confrérie de Notre-Dame de Septembre s'occupait probablement des tisseurs ou plutôt des "tixiers". Les "tixiers" qui tissent le chanvre, par opposition aux "tisserands" qui tissent le coton, restent nombreux, à Charlieu et dans les environs au XVIIIème siècle.

 

Les tixiers ont d'abord tissé le lin et le chanvre. Le tissage des toiles grossières de coton au début du XVIIIe siècle, puis des toiles pour indiennes dans les années antérieures à la Révolution, marquées par un grand essor, se disperse entre les maisons du bourg et les fermes des écarts. Les tisserands portent leurs pièces aux halles de Thizy ou travaillent pour le compte de "marchands de coton". En 1790, la commune est déjà très peuplée, puisqu'elle compte 1325 habitants (Jean-Pierre Houssel, Jean-Marc Franceschi, Roanne et son arrondissement, 1984 - books.google.fr).

 

La filature du coton est une branche importante d'industrie dans l'arrondissement de Roanne; les traditions font remonter à la fin du XVIe siècle l'introduction dans ce pays de la filature au rouet; celle à la mécanique n'y fut connue que vers l'année 1786 (Georges Touchard-Lafosse, La Loire historique, pittoresque et biographique, Tome 1, 1851 - books.google.fr).

 

Le sous-inspecteur des manufactures de Charlieu constatait, en 1786, que la filature du coton progressait; il venait même d'établir plusieurs rouets à la Bénissons-Dieu avec l'aide de Madame de Jarente, abbesse de l'abbaye royale (Etienne Brossard, Histoire du département de la Loire pendant la révolution française (1789-1799), Tome 1, 1904 - books.google.fr).

 

Malgré l'invention par l'anglais Arkwright de la mull-jenny, la filature mécanique fut longtemps inconnue dans notre région. Elle n'y apparut qu'en 1786, à Chirassimont, puis à Charlieu, Régny, Saint-Just-la-Pendue et Saint-Germain-Laval. Celle-ci, aux dires de Dumoulin, comptait «50 à 60 métiers et deux cardes que l'eau faisait mouvoir». On évalue de 1800 à 2000 le nombre de femmes et d'enfants qui filaient ainsi chaque année environ 13000 kg de coton dans les cantons de Perreux, Saint-Symphorien-de-Lay, Charlieu et Belmont. Les femmes vendaient leurs fils aux marchés de ces cantons et y achetaient le coton en bourre. En douze heures de travail assidu, une fileuse gagnait 6 à 9 sous (Marcel Goninet, Histoire de Roanne et de sa région, Tome 2, 1975 - books.google.fr).

 

Douze à Aubenas

 

On continue cependant à écrire au XVIIe siècle dans cette langue familière ; ainsi des «noëls» et des pièces de vers. Pensons au poète albenassien F. Valleton (1599-1650) qui délaissant sa muse française, compose des poèmes en oc ; ou à son compatriote Rouvière qui, en 1631, construit un long poème burlesque La Gourmande cabale d'Aubenas, ou burlesques intitulé Las Houros Perdutos du sieur Martel, avocat des Ciroliers, près de Chambonas (Michel Carlat, Vivarais Ardèche, 1991 - books.google.fr).

 

En recherchant des matériaux pour mon Anthologie, j'ai été assez heureux pour découvrir un long poème, manuscrit original de Rouvière, poète patois. Je suis bien persuadé que personne n'a jamais entendu prononcer le nom de ce poète. Voici le litre du poème de Rouvière : Discours tenu par Monsr le Prévost général du Languedoc au peuple d'Aubenas, en présence de Messires les Régens d'Icelle ville, sur son retour de Villeneuve-de-Berg où il estoit allé rapparier le procès de la Gourmande Caballé dudit Aubenas, à l'investigation et poursuittes desd. SrS Régens et procureurs de Madame.

 

C'est un procès comique et burlesque fait à une de ces sociétés badines comme savait en faire éclore le moyen âge.

 

Le Greffier de Monsr le Prévost lit la sentence (3 mars 1631) :

 

L'an Mille sieyx cens trento un,

Et de Mars lo tierce journado,

Sera manifeste à chacun

Quoquesto sentence es dounado...

 

Les douze casseurs d'assiettes albenassiens (lo trouppo gourmando) furent condamnés à l'exil. Avant de partir, ils adressent cette supplication au Prévôt. Le Prévôt refuse d'accorder ce qui lui est demandé. Les condamnés disent alors cet adieu.

 

Adieu donq cluebiè d'Aubenas,

Adieu lou Trau, adieu lo plaço,

Que d'ovon que say sian tournas

Veyran drech comme un jong Horaço !

Adieu vin cloret de Roubert,

Adieu muscat de Salomouno ,

Pueys que Labbat et Maugouvert,

En grand regret vous abandouno !

 

Le capitaine Guidon, gouverneur d'Aubenas, appelé par les cadets Gaude et Delière, arrive en toute hâte auprès des casseurs-d’assiettes que le Prévôt Desserres emmène il Toulon, il est louché de compassion pour ces pauvres malheureux qui ne doivent plus faire la noce à Aubenas. Les douze condamnés font amende honorable et promettent «d'amender leur vie.» Le Gouverneur leur pardonne et les délivre.

 

Ainsi se termina le curieux procès de la gourmande Cabale d'Aubenas (Henry Vaschaldé, Anthologie patoise du Vivarais: documents inéd., 1873 - books.google.fr).

 

Le "rouges" pourrait traduire "rougeauds" couleur de ripailleurs.

 

Souvenirs peut-être d'un combat, raconté par l'abbé Soulavie, qu'il place en janvier 1580 à Chassiers (à 15 km d'Aubenas) entre protestants et catholiques pour la prise de l'église :

 

Douze religionnaires et douze catholiques se battaient en attendant avec fureur pour s'emparer des degrés qui conduisent sur les voûtes supérieures. Le combat de ces douze soldats qui se relevaient mutuellement durait depuis deux heures ; lorsque quelqu'un d'eux était tué. ii était substitué par un autre rebelle ou par un autre catholique  (Albin Mazon, Notes et documents historiques sur les Huguenots du Vivarais, Tome 3, 1994 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Jean-Louis Giraud-Soulavie).

 

La sainte nappe de Vienne (Isère) et Malgouvert

 

Ils sont douze comme les douze apôtres de la Cène dont la "sainte nappe" serait conservée à Vienne, qui possédait aussi son abbaye de Malgouvert.

 

La "sainte toaille" ou "saint mantil" avait été dérobé par les religieux de Saint-Pierre en 1560 lorsque les protestants prirent la ville de Vienne. Le culte public de la relique reprend en 1568, le jour traditionnel de la Quasimodo (25 avril en 1568). Au XVIIIe siècle, la date de l'ostension change. C'est à la Pentecôte, et en 1791, pour la dernière fois le 12 et 13 juin elle est présentée à la dévotion des fidèles (Pierre Cavard, Vienne la Sainte, 1977 - books.google.fr).

 

Histoire de l'antiquité et saincteté de la cité de Vienne en la Gaule celtique, par M. Jean Lelièvre, bachelier en théologie, chanoine sacristain, abbé de St-Ferréol en la grande église dudit Vienne, publié en 1623, loin d'être critiqué, fut très-favorablement accueilli de ses contemporains, et plusieurs personnages, tels que l'illustre Anne de Maugiron, abbé de St-André, Gaspard de Sales, juge viennois, Etienne Duhamel, prêtre de St-Maurice, docteur en l'un et l'autre droit, Prudence Potet, Thomas Vannin, lui adressèrent des strophes, sinon riches de poésie, du moins pleines d'éloge. [...] Les continuateurs de Bollandus disent : «Zacharie apporta à Vienne, après l'avoir reçu de S. Pierre, le saint Mantil sur lequel le Seigneur Jésus, dans la dernière Cène célébrée avec ses apôtres, établit la sainte Eucharistie, c'est-à-dire, consacra son corps et son sang. Ce don précieux a été conservé jusqu'à ce jour dans l'église de Vienne, orné d'or et d'argent. Chaque année, au dimanche in albis, l'église des SS. Apôtres reçoit la visite d'un grand nombre de fidèles, à cause des nombreuses indulgences accordées, à tous ceux qui vénèrent cette relique, par les souverains pontifes et surtout par Innocent IV».

 

Le 26 avril 1792, quand On ouvrit le reliquaire de la sainte Nappe, la relique fut habilement soustraite et sauvée par M. Benatru, secrétaire communal. Le témoignage des gens de bien qui l'obtinrent et qui la gardèrent avec un soin religieux pendant la Terreur, a paru si certain à Mgr de Bonald, archevêque de Lyon, que ce prélat n'a pas hésité à faire renfermer cet objet dans un nouveau reliquaire, à y apposer son sceau et annexer un authentique. Cet acte fut dressé par M. Pagnon, vicaire-général, et très-régulièrement contre-signé et scellé par le secrétaire de l'archevêché. Voilà l'état où nous avons trouvé ce précieux objet en 1870. Il était alors fermé dans une armoire de la sacristie de St-Maurice (Recherches sur les précieuses reliques vénérées dans la sainte église de Vienne, 1876 - books.google.fr).

 

On retrouve les années 1580 des événements de Chassiers à Vienne.

 

A la suite de la plainte des consuls de Vienne du 20 janvier 1581, le Parlement de Grenoble rendit un arrêt le 23 mai suivant aux termes duquel il était défendu d'assembler "en ced. païs de Daulphiné au plus hault nombre de dix personnes soit pour jeux d'espée, quilles, paletz, prix d'arquebuze, aulbaleste, papegay, royaulmes, dances, que abbeye de Maugouvert et aussy port d'arquebuze, pistoletz ny armes daste et aultres..." (J. Brun-Durand, Memoires de Eustache Piemond (1572-1608) (1885), 1973 - books.google.fr).

 

Déjà à Gap, en Dauphiné, était fait "Défense du vibailli à Jacques-Clément Sancton, «soy disant abbé de l'abaye de Malgouvert, de la Bastie Vieille» et à quelques autres «de se réunir en manière d'abbaye ou aultrement, en vertu de l'arrêt de la Cour, du 8 janvier 1580, rafraîchi par le duc de Mayenne»" alors que Maugiron était Lieutenant général du Dauphiné (Archives départementales des Hautes-Alpes, Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790, Volume 1, 1887 - books.google.fr).

 

Le père du mignon d'Henri III, Laurent de Maugiron, comte de Montléans, baron d'Ampuis, né en 1528, fut Lieutenant général en Dauphiné en 1554, en 1562, puis du 4 mars 1578 jusqu'à sa mort en février 1589 : cf. quatrain I, 27 - Maugiron - 1577-1578.

 

Horace

 

Que d'ovon que say sian tournas

Veyran drech comme un jong Horaço !

 

Dans l'Epitre XV du Livre I, on peut lire d'Horace :

 

10 Et diversoria nota praeter agendus equus : Car pour aller de Rome à Salerne ou à Velies, Horace devoit passer près de Baïes, où il avoit logé fort souvent; & c'est pourquoi il feint que son cheval tourne à droit, pour aller dans les hotelleries où il avoit coûtume d'aller. DACIER.

 

11 QUO TENDIS ? Il parle de ce qui arrivera dans son voyage comme d'une chose presente. Son cheval veut tourner à droit pour aller à Baïes, & Horace lui demande, quo tendis ? Où vas-tu ? Cela est plus naturel que de faire trouver sur le chemin un Cabaretier qui demande à Horace, Quô tendis ? Où allez-vous ? & qui veut le mener à Baïes. La suite même prouve que c'est Horace qui parle à son cheval. DACIER (Horace, Oeuvres, Tome 7, P. Sanadon, 1735 - books.google.fr).

 

Autre Epitre d'Horace, la V (A Torquatus) du livre I encore :

 

Il est des soins dont on peut me charger en toute sécurité, et auxquels je me prête volontiers : c'est de veiller à la propreté des lits, à ce qu'une nappe salie n'inspire point le dégoût, à ce qu'on puisse se mirer dans les coupes et dans les plats (traduction Alphonse Trognon).

 

Hœc ego procurare et idoneus imperor, et non

Invitus : ne turpe toral, ne sordida mappa

Corruget nares; ne non et cantharus et lanx (Quintus Horatius Flaccus, Oeuvres complètes, Tome 1, 1856 - books.google.fr).

 

Torquatus descendoit de cet ancien Manlius, qui remporta le nom de Torquatus d'un combat qu'il fit contre un Gaulois qu'il tua, & à qui il osta son collier (André Dacier, Remarques critiques sur les oeuvres d'Horace: avec une nouvelle traduction, Tome 4, 1684 - books.google.fr).

 

Torquatus a un homonyme saint Torquat.

 

La fête de saint Torquat se trouve dans l'ancien Bréviaire de l'église tricastine, dans le Propre des Saints de ce diocèse, imprimé en 1758, et dans les livres liturgiques de l'Eglise de Viviers, le 31 janvier. Sa sainte vie nous est inconnue. Son corps était conservé autrefois dans le monastère de Cruas, en Vivarais, où il fut brûlé par les Calvinistes en 1561. Il existe encore une autre chapelle qui porte son nom près de Suze-la-Rousse, sur les bords du Lez, dans l'ancien diocèse de Saint-Paul (Abbé Nadal, Histoire hagiologique ou vies des Saints et des Bienheureux du Diocèse de Valence, 1855 - books.google.fr).

 

Des Acta sanctorum, à son sujet, notent l'hypothèse de Joseph Juste Scaliger selon laquelle la capitale des Helviens du Vivarais était Aubenas (Alba helviorum) (Acta sanctorvm quotquot toto orbe coluntur, vel à catholicis scriptoribus celebrantur, 1658 - books.google.fr).

 

Sorbouno

 

Ayant saupus que sept ou huoyt,

Contre los Loys de lo Sorbouno,

Avian contractat uno nueyt,

Dins lou lougis de Salomouno.

 

Richelieu agrandit la maison de Sorbonne. En 1607, il était devenu évêque de Luçon, et, en conséquence, «hospes» et «socius» de la Maison et Société de Sorbonne. Le 29 août 1622, il fut élu Proviseur de Sorbonne, et le 5 septembre nommé cardinal, et il aurait éprouvé plus de joie de l'élection que de la nomination (Roland Mousnier, Paris, capitale au temps de Richelieu et de Mazarin, 1978 - books.google.fr).

 

Montmorency avait un tout autre but que le maintien des libertés languedociennes : il voulait la perte de Richelieu et on le vit bientôt à la tête de douze régiments, décidés à soutenir sa rébellion. Louis XIII se hâta d'envoyer en Vivarais Caumont la Force pour maintenir le pays dans son obéissance, et, chose surprenante ! tous les protestants de Privas, Vallon, Vals, Villeneuve-de-Berg, Salavas, etc., allèrent à Pont-Saint-Esprit, où campait la Force, offrir leurs services à la cause du roi, tandis que d'Ornano entraîna la ville d'Aubenas dans le parti de Gaston d'Orléans (Auguste Roche, Armorial généalogique & biographique des évêques de Viviers, Tome 2, 1894 - books.google.fr).

 

gouvert - Gouvernet

 

Charlotte de Chambaud (ou Paule de Chambaud, car on la trouve mention née avec ces deux prénoms) avait épousé René de la Tour, fils de René de la Tour-Gouvernet (1543 - 1619), l'un des meilleurs lieutenants de Lesdiguières. Ce seigneur, qui était devenu par son mariage baron de Chambaud & vicomte de Privas, fut tué en 1616 en Italie. Sa veuve se remarie avec Claude de Hautefort, vicomte de Lestrange, qui fut décapité en 1631 (Histoire générale de Languedoc: avec des notes et les pièces justificatives, Tome 11, 1889 - books.google.fr, Encyclopédie biographique du dix-neuvième siècle. Extrait de la troisième catégorie : illustrations nobiliaires, 1844 - books.google.fr).

 

Claude de Lestrange, baron de Boulogne et d'Alier, fut un de ceux qui venaient de combattre le plus intrépidement la rébellion protestante, et l'un des plus prononcés contre le maintien des «élus» (Eugène de Villedieu, Derniers chants de Yolande, 1897 - books.google.fr).

 

Claude de Lestrange, pour participer au complot de Montmorency contre Richelieu, leva quelques troupes, environ 1.500 hommes. Le 6 août 1631, il parut devant la ville, mais resta immobile 12 jours n'osant intervenir, traitant avec Schomberg. Malgré cela, il fut attaqué par le duc de la Force ; défait, pris et emmené à Pont Saint-Esprit, il y fut exécuté le 6 septembre 1631 (Marie Thérèse Mirabel-Chambaud, Si Vernoux m'était conté, 1969 - books.google.fr).

 

Peste

 

Les longues guerres qui se déroulent de 1620 à 1629 ont affecté profondément le Vivarais : la peste qui interfère avec les hostilités de 1628 à 1632 ajoute aux malheurs. Le début du XVIIe siècle avait été marqué déjà par trois crises de subsistances en 1600, 1604, 1608 auxquelles s'étaient mêlées quelques épidémies au moins au Bourg-Saint-Andéol en 1608. En cette année et dans cette ville, une mortalité d'été a fait les plus grands ravages dans la population infantile et juvénile : 76 % des décédés proviennent des groupes d'âges 0-10 ans. Après une reprise de la démographique qui se prolonge jusqu'en 1620, intervient le reflux à Bourg-Saint-Andéol, Saint-Marcel-d'Ardèche, Baix. Dans ce port rhodanien, enjeu plus particulier de la lutte entre catholiques et protestants, le nombre des héritiers sur les registres de la taille, augmente sensiblement, passant de 15 % (1600-1605) à 23 % en 1624, 28 % en 1631 (Histoire du Vivarais, 1988 - books.google.fr).

 

La date de cette effroyable épidémie du XIVe siècle, qui ravagea toute l'Europe, est très généralement et même presque constamment indiquée à l'année 1348, commencement de son apparition dans un grand nombre de localités de la France. Cette épidémie (la peste noire, pestis atra, pestis inguinaria, peste à bubons), a été mentionnée par de nombreux historiens, chroniqueurs. Elle a fourni le sujet d'un poème latin à Simon de Couvain, poème astronomique et médical que M. Littré a publié en 1841 dans le tome II de la Bibliothèque de l'École des chartes, d'après deux copies d'un texte manuscrit de la Bibliothèque nationale (Revue des sociétés savantes des departements, 1879 - books.google.fr).

 

Simon de Couvain décrit la peste sous le titre de Festin du Soleil dans le palais de Saturne. Depuis le festin de Tantale, ces dîners de dieux sont suspects; mais jamais aucun ne fut plus funeste aux hommes que celui de 1345 (année de la conjonction des astres). Voyons le menu du repas :

 

Sordida mappa fuit et sordida fercula mensis

Desuper apposita, coquus est super omnia vilis.

Vipereo felle conditur salsa ciborum,

Immundas immunda tegunt velamina sedes.

Ordo nullus ibi, sed erat confusio multa.

 

C'est au milieu de ce désordre qu'arrivent tous les dieux (L. A. Joseph Michon, Documents inédits sur la grande peste de 1348, 1860 - books.google.fr).

 

Il y a douze dieux olympiens mais à ce qu'en dit Michon, ils ne seraient pas tous venus au festin de Couvain. Le titre latin est De Judicio Solis in Conviviis Saturni : la maison de Saturne est le signe du zodiaque du Verseau et les invités sont les autres planètes (Rosemay Horrox, The Black Death, 1994 - books.google.fr).

 

Meurtre de Jean Coiras, 1631

 

Jean Coiras, des Vans, homme fervent et courageux, qui s'était marié avec la fille de celui qui faisait les prières et avait opposé des dénégations publiques aux assertions aventureuses d'un jésuite, prêchant en pleine place d'Aubenas, ne voulut consentir à quitter la ville qu'après beaucoup de sollicitations, et il y rentra jusqu'à trois fois. La troisième fois (c'était le samedi, 19 juin 1631), il «se tint caché dans sa maison,» dit une pièce du temps, «jusqu'au lendemain dimanche, environ les six heures du soir, que les voisins, apercevant un plus grand nombre de gens que de coutume à ladite maison, se doutèrent qu'il y était, et que, sous prétexte de visite, on y faisait quelque assemblée ou la prière.» Les laquais de la maréchale l'ayant appris se ruèrent, avec des catholiques du quartier, sur la maison, et emmenèrent Coiras hors de la ville. L'un d'eux, qui le suivit, lui porta un coup d'épée. La maréchale fit faire des procédures pour la forme, et le meurtrier ne fut pas découvert. Dans le mémoire qu'elle rédigea pour disculper ses gens, elle demanda une nouvelle fois que l'exercice de la religion réformée ne fût pas rétabli à Aubenas, car ce serait, disait-elle, «ouvrir la porte à la révolte de la plus grande partie des nouveaux convertis», c'est-à-dire favoriser leur retour au protestantisme. Les assemblées étaient alors, malgré les édits royaux, interdites dans la ville d'Aubenas, sous les peines les plus sévères. Elles ne pouvaient se dérouler que d'une façon secrète, et, si elle en était avertie, la maréchale n'hésitait pas à se transporter dans les lieux où se tenaient les réunions, pour les dissoudre elle-même. Elle agissait de la même façon à Vals A partir de son mariage avec Anne d'Ornano, le comte de Rieux prit la relève [...] dans cette lutte contre les réformés. Les violences devinrent telles qu'elles provoquèrent, en 1653, un soulèvement armé des protestants du Bas-Languedoc, venant de La Vaunage, des Cévennes, du Vivarais et du Dauphiné. En entrant en campagne, ils publièrent un Manifeste des réformés allant au secours d'Aubenas et de Vais contre les violences de la maréchale d'Ornano. De son côté, le comte de Rieux « assembla ce qu'il put de ses amis à Aubenas et ne put faire qu'un corps de quatre à cinq mille hommes. es réformés avaient des chefs qui savaient commander, et il se semblait que la guerre allait se terminer par quelque sanglant combat. On grossissait dans les lieux éloignés l'objet de cette brouillerie. « Le prince de Condé la faisait valoir aux Espagnols comme une occasion de rallumer les guerres de Religion et de faire une diversion considérable si on vouloit assister les reformez. L'ambassadeur d'Espagne exageroit cette rencontre, en Suède, et feroit craindre que les Anglois ne les assistassent à cause de la religion et les Espagnols par politique et il croyait engager par ce moyen cette couronne à se détacher des intérêts de la France. D'un autre côté, on regardait à la cour de France cette affaire comme importante, et, pour en prévenir les suites, on y envoya [le marquis] Ruvigny (député général des protestants en cour), avec des pouvoirs suffisants, pour la terminer. Il devait agir de concert avec le comte Du Roure, mais il se gouverna si bien que tout l'honneur de la commission lui demeura. Il obligea les deux partis à licencier leurs troupes, et, avant que de partir du pays, il fit venir une amnistie que le roi accordait à ceux de la religion et la fit enregistrer par le parlement de Toulouse et à la chambre [mi-partie] de Castres » Les lettres d'abolition, publiées en octobre 1653, amnistiaient tous les protestants du bas Languedoc, du Vivarais et du Dauphiné, qui avaient pris les armes, annulait tous arrêts et commissions du parlement de Toulouse et de la chambre de l'édit,  tous jugements, sentences et lettres de cachet, et défendait aux procureurs généraux, à leurs substituts et autres officiers de justice de faire toutes recherches et poursuites dans le présent et l'avenir. «Quoique le démenti de cette entreprise fût demeuré au comte de Rieux, les réformés y perdirent plus que lui. On commença à les mépriser quand on vit qu'étant les plus forts ils n'avaient fait que regarder leurs ennemis et donné à la cour le temps de leur faire tomber les armes. Il ne faut jamais tirer l'épée à demi, et, quand on ne veut pas pousser les choses à l'extrémité par la force, il est plus utile aux peuples d'y porter patience. Le clergé ne manqua de relever cette action dans ses harangues, et, ne disant rien de ce que les réformés avaient obéi avec tant de docilité aux ordres du roi, il ne représenta que ce qu'ils auraient pu faire s'ils avaient eu la volonté de n'obéir pas.» Les violences qu'eurent à subir les protestants de Vals furent rappelées au synode du Vivarais, assemblé à Vernoux le 15 mai 1654. La compagnie après avoir rendu grâce à Dieu du rétablissement de l'exercice dans cette Eglise et considérant les frais considérables qui avaient été faits pour obtenir du roi des arrêts réparateurs, nomma quatre commissaires pour arrêter le compte de ceux qui avaient avancé l'argent nécessaire et le leur faire rembourser par qui de droit. Cependant le comte de Rieux, nourrissant dans son cœur le désir de se venger de l'affront qu'il avait reçu, recommença ses violences en 1655. Il fit enlever une trentaine d'habitants à l'heure qu'ils sortaient du temple et les mit, liés et garrottés, entre les mains d'un capitaine, qui était à lui, pour les mener prisonniers; mais, afin qu'on ne put douter que la religion était le motif de cette entreprise, il fit relâcher ceux qui promirent d'aller à la messe.» Il ne craignait même pas de pratiquer ces enlèvements, qui avaient principalement pour but de recruter des jeunes gens pour les troupes du roi, dans des lieux qui étaient en dehors de sa justice seigneuriale, comme à Lagorce ou à Vallon. C'est ainsi qu'ayant «su qu'un nommé Guiguon avait cinq fils, qui faisaient tous profession de la religion réformée comme leur père, il envoya vingt-cinq ou trente soldats pour les prendre dans leur maison... Le père et le fils aîné furent pris mais les autres échappèrent. Quand le comte eut ces deux prisonniers en sa puissance, il leur fit tant de peur qu'ils lui promirent, pour se tirer de ses mains de changer de religion; mais aussitôt qu'ils furent en liberté ils allèrent porter leur plainte à Boucherat et D'Escorbiac, qui étaient alors commissaires en Languedoc pour l'exécution des édits. Ils furent mis sous la protection du roi par leur ordonnance, qui faisait aussi au comte de Rieux et tous autres d'expresses défenses de les molester. Mais, au lieu d'obéir, le comte fit outrageusement battre par ses domestiques le sergent qui était venu signifier l'ordonnance des commissaires aux officiers de ce prince, de sorte que Guiguon fut obligé d'abandonner sa maison, où durant plusieurs années, il ne put demeurer en sûreté. Cependant ces violences demeurèrent impunies» (Eugène Arnaud, Histoire des protestants du Vivarais et du Velay: pays de Languedoc, de la Réforme à la Révolution, Tome 1, 1888 - books.google.fr).

 

Rouges : goinfres

 

Anne d'Ornano, nièce de la Maréchale Marie de Montlaur (1584-1672) qui était sans descendance, épouse François de Lorraine Harcourt dont l'oncle est Henri dit Cadet-la-perle (fr.wikipedia.org - François-Louis de Lorraine, fr.wikipedia.org - Henri de Lorraine-Harcourt).

 

Colletet, ainsi qu'on a pu le remarquer, était comme un pont jeté entre la société des impies et celle des goinfres. Il avait un pied dans l'un et dans l'autre camp. Suivons-le : il nous ouvrira le sanctuaire des poètes « rouges trognes ».

 

Quel formidable cliquetis de verres qui se heurtent !... Des rires homériques éclatent entre deux rasades. Intarissable gaieté, soif ardente et appétit monstrueux, voilà le tableau qui se présente à nos yeux. Nous avons mis le pied dans un lieu où, selon l'expression de Beautru, «on vend la folie par bouteille», chez le Coiffier, en pleine Fosse aux lions. Sur la porte de la salle principale sont écrits ces quatre vers :

 

Profanes, loin d'ici ! Que pas un homme n'entre

Qui soit du rang de ceux qui trahissent leur ventre,

Qui fraudent leur génie, et d'un cœur inhumain

Remettent tous les jours à vivre au lendemain.

 

Voici Saint-Amant et toute la troupe des goinfres, le duc d'Harcourt surnommé Cadet-la-Perle, Retz-le-Bonhomme, de Gèvres-le-Brave, du Fargis, Villarnoul, de Tilly, Marigny-Mallenoë, du Maurier, Nervèze, Puylaurens, Pontménard, Deslandes-Payen, Mégrin, Delâtre, Butte, Gilot, Desgranges, Dufour-le-Bon-Falot, l'abbé de Marolles, Molière le Tragique, Sallard-le-Paillard,

 

Chateaupers, gardien des treilles,

Au nez à crocheter bouteilles.

 

le pâle Bilot, le bon Faret, Colletet, des Yveteaux et Maricourt,

 

Franc Picard à la rouge trogne (Emile Colombey, Ruelles, salons et cabarets: Histoire anecdotique de la littérature française, Tome 1, 2015 - books.google.fr).

 

Douze à Lyon

 

On connaît les structures de la «commune» lyonnaise : douze consuls, élus par moitié tous les ans pour deux ans, sont choisis annuellement six par six par des maîtres de métiers ; eux-mêmes sont élus par les consuls, qui peuvent, théoriquement, réunir l'ensemble des citoyens (ce qui n'a jamais été le cas depuis 1436). On admettra que ce système est politiquement confortable et garantit des évolutions dénuées de secousses. Les douze, issus de l'aristocratie urbaine, ont depuis peu assez belle apparence. Leurs robes et leurs mandeurs font honneur à la ville. [...] Mais la partie se joue à trois : les consuls - dépourvus de juridiction - doivent compter avec la seigneurie «naturelle» : l'Église, et son instrument efficace : la cour séculière, qui relève de l'archevêque. En 1531, une décision royale - demeurée théorique - la supprime. Mais l'institution se maintient de facto, vigoureuse (et rétablie de jure en 1547) ; elle ne disparaît qu'avec la municipalité protestante. Tout aussi entreprenante, la cour de la sénéchaussée n'est que la principale des multiples cours royales (Eaux et forêts, Gabelles, Élection, Maîtrise des ports, Monnaies, etc.) peuplées d'officiers qui, comme ceux de l'Église, ont sans doute fréquemment grandi dans la ville : ils se mêlent à ses bourgeois, mais servent leurs propres maîtres et rêvent à un cursus n'attribuant pas la primauté aux magistratures consulaires.

 

Des ormes, flanqués ou non de croix, voisins des églises paroissiales (on en dénombre dix à l'intérieur de la ville, douze avec les bourgs de Saint-Just et de Saint-Irénée), protègent les plâtres (cimetières) dont la sacralité grandit avec les siècles et jouent un rôle majeur dans la sociabilité vicinale.

 

La grande abbaye c'était, à Lyon et dans quelques autres villes du Dauphiné ou de Savoie, l'abbaye des Enfants de la ville, des plus aisés originaires, qui jouait un rôle majeur dans l'organisation des fêtes générales. Dans une métropole, le rassemblement de la jeunesse revêtait des formes encore plus complexes. A Lyon l'abbaye des Enfants de la ville était entourée de six autres abbayes dites de Maugouvert, institutions nées probablement avant 1484. Elles correspondaient très grossièrement à la géographie paroissiale et avaient donc chacune leur coloration socio-professionnelle. Mais l'abbaye de paroisse contrôlait un trop vaste territoire. Aussi trouvait-on au-dessous d'elle des organisations de quartiers ou de rues qui ne se confondaient point avec les Maugouverts ; elles étaient au nombre d'une quinzaine en 1566 mais existaient dès les premières années du XVIe siècle. Leurs chefs adoptaient des titres aussi fantaisistes que variés capitaine de rue Mercière, princesse de la Lanterne, chevalier de Saint-Romain, etc. Ces capitainages n'étaient pas véritablement permanents ; ils se formaient à l'occasion d'un Mai, d'un carnaval, organisaient leurs propres chevauchées et charivaris. En bref des solidarités de voisinage fort comparables aux regroupements par portes des affaneurs de Valence, aux minages de quartiers des Romanis, des Viennois ou des Dijonnais (Jacques Rossiaud, Lyon 1250-1550: Réalités et imaginaires d'une métropole, 2014 - books.google.fr).

 

A Lyon, eut lieu la Chevauchée de l'Asne en 1578. L'abbaye de Mal Gouvert participait aux festivités. Les abbés de Saint Georges, Saint Vincent, du Temple, de Veze (Vaise) défilent et dans la troupe il y avait douze Mores richement habillés (Recueil des Chevauchées de l'asne faites à Lyon en 1566 et 1578: Augmenté d'une complainte inédite du temps sur les maris battus par leurs femmes, 1862 - books.google.fr).

 

Au XVIe siècle, Lyon dont la population atteint jusqu'à 60000 habitants, a une vingtaine d'abbayes, avec toute une série d'abbés, barons, capitaines, amiraux, princes, comtes, princesses, juges et patriarches de Maugouvert à leur tête. Elles forment des associations distinctes, mais s'adressent de mutuelles convocations et défilent ensemble 

 

Les Abbayes et charivaris furent momentanément interdits à Lyon par la justice temporelle de l'archevêque en 1483 et 1484 (Natalie Zemon Davis, Les cultures du peuple: rituels, savoirs et résistances au 16e siècle, traduit par Marie-Noëlle Bourguet, 1979 - books.google.fr).

 

L’abbé de Mal-Gouvert qui n'avait pas de quartier fixe. Mais de ces bandes, la plus renommée était celle des imprimeurs, commandée par le seigneur de la Coquille; c'était elle qui tenait le premier rang, organisait la cérémonie et souvent en conservait le souvenir a la postérité. Ces fêtes, véritables cavalcades, se faisaient généralement le mardi-gras ou le premier mai. Le thème le plus fréquent consistait à railler les maris qui s'étaient laissé battre par leurs femmes et dont on représentait les mésaventures sur des chars où des acteurs jouaient la scène telle qu'elle s'était passée (André Steyert, Nouvelle histoire de Lyon, Tome III, 1899 - archive.org).

 

Typologie

 

Le report de 1787 sur la date pivot de 1631 donne 1475.

 

Les associations laïques de la province suivaient l'exemple des clercs du Palais et des écoliers de Paris. Fondées, pour la plupart, au XIVe siècle et même antérieurement, elles se transformaient en troupes dramatiques une fois ou deux par an. La troupe des Conarts de Rouen, de l'abbé de Maugouvert à Poitiers, de l'abbé de Liesse à Arras, étaient des associations qui jouaient la comédie et qui se composaient surtout des bazochiens de la localité [...]

 

Il paraît que déjà, dès le milieu du XVe siècle, le spectacle donné par les Clercs était fort répréhensible au point de vue des mœurs ou de la satire. A partir de ce moment et pendant la seconde moitié du XVe siècle et tout le XVIe le Parlement rendit un nombre très-considérable d'arrêts en matière de censure théâtrale, tantôt défendant les représentations, tantôt les autorisant, et allouant des subventions pour en payer les frais, tantôt les refusant ; ordonnant des poursuites, permettant à certains clercs de jouer, défendant à d'autres ; le tout aussi bien à l'encontre des clercs du Parlement que de ceux du Châtelet. Ainsi, le 12 mai 1473, il aurait prescrit à la Bazoche la continuation de ses jeux et comédies. Cet arrêt que nous n'avons pu vérifier a été peut-être mal interprété. En avril 1474, le Parlement défend aux clercs de conseillers, procureurs et avocats de la Cour, et aux clercs de conseillers, avocats, procureurs et examinateurs du Châtelet, sous peine de prison et de bannissement «qu'ils ne jouent ne fassent farces ne moralité publiquement ne auttrement le premier mai sans le congé et licence de la Cour». Mêmes défenses, en 1475. En 1476, le Parlement va plus loin encore. Non-seulement il leur défend de représenter farces, sotties ou moralités au Palais ou Châtelet, mais encore de demander la permission de les jouer à peine de bannissement et de confiscation de tous leurs biens. L'année suivante, le Parlement, toutes chambres assemblées, défend à Jehan Lesveillé, roi de la Bazoche, à Martin Houssey et Théodart de Coatnanpran et autres ayant personnages, de jouer farces, moralités ou sotties au Palais ni ailleurs sous peine d'être battus de verges par les carrefours de la ville et de bannissement du royaume. Mais il permet aux avocats procureurs et à leurs clercs de s'assembler et délibérer, touchant certains jeux publics que aucuns clercs particuliers s'efforcent jouer , contre les défenses à eux faites par la Cour. L'arrêt du Parlement visait particulièrement Jehan Lesveillé, lequel contre le gré des autres clercs persistait à vouloir donner un^ représentation qui n'était pas du goût de tous ses camarades. Comme il était roi et qu'en cette qualité il avait le droit, dans une certaine mesure, d'imposer sa volonté, le Parlement intervint pour faire prévaloir son autorité contre Jehan Lesveillé. C'est ce qu'explique la dernière disposition de l'arrêt. Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes sous le règne de Louis XI. La main de fer de cet ombrageux monarque explique les sévérités du Parlement; il ne s'agit plus de quelques jours de punition au pain et à l'eau : c'est la prison, le bannissement, la confiscation des biens et la peine du fouet dans les carrefours de la ville. Ces peines s'accentuent et deviennent plus graves d'années en années, à mesure que l'audace et la licence des acteurs grandissent et justifient les mesures énergiques prises contre eux. (Adolphe Louis Fabre, Les clercs du palais; recherches historiques sur les bazoches des parlements & les Sociétés dramatiques des bazochiens & des enfants-san-souci, 1875  - archive.org).

 

Louis XI fit une entrée royale à Lyon en 1476 (cf. celle de la duchesse de Nemours en 1566 où l’abbaye de Malgouvert se manifesta).

 

1787 et les protestants

 

Le 22 février 1787, lorsque Louis XVI ouvrit à Versailles, dans l'hôtel des Menus, l'assemblée des Notables, Calonne prononça un discours où le règne de Louis XIV était appelé «ce règne éclatant.... où l'Etat s'appauvrissait par des victoires, tandis que le royaume se dépeuplait par l'intolérance,» Ce désaveu éclatant de la Révocation de l'Edit de Nantes, cette condamnation du système catholique, attestait que le gouvernement était résolu à réparer au moins en partie la grande iniquité de 1685, et à remplacer une tolérance de fait par la reconnaissance d'un droit... Depuis plus de vingt ans le parlement avait établi en jurisprudence de déclarer non recevable quiconque attaquait la légitimité des enfants nés des mariages protestants.... Le parlement avait pris les devants, dès la fin de 1778, et délibéré sur la présentation d'un vœu au Roi, pour la constatation authentique des mariages, naissances et décès des non-catholiques. Louis XVI, sous l'influence du clergé, avait empêché la compagnie de donner suite à cette délibération qu'il approuvait dans le fond; mais, depuis, l'opinion était devenue tellement impérieuse, qu'on n'osait plus reculer, et le parlement venait d'émettre, le 2 février 1787, le vœu projeté en décembre 1786, afin d'enlever au ministre l'honneur de l'initiative (Hist. de Fr. de H. Martin, t. XIX, p. 480) (Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, Volume 3, 1855 - books.google.fr).

 

Tissage à Aubenas

 

Les débuts de la sériciculture, en Vivarais comme dans toute la France, sont très mal connus; les textes montrent seulement qu'au milieu du XVIe siècle le mûrier était très connu dans le Midi, Provence, Languedoc, Comtat Venaissin, et le Vivarois Olivier de Serres, dans son Theatre d'Agriculture (1600), veut prouver qu'il faut tirer «des entrailles de la terre le thrésor de soye qui y est caché, par ce moyen (mettre) en évidence des millions d'or y croupissans». [...]

 

Les procédés employés étaient encore bien médiocres. La «graine» venait d'Espagne ou de Calabre; la ventilation et le chauffage de la magnanerie étaient fort peu connus et la durée de l'élevage atteignait 40 à 45 jours en climat favorable, et «communément huict sepmaines» en pays plus froid. [...] La soie ainsi produite est filée. Le travail de la filature consiste à dévider le cocon dans une bassine d'eau chaude, à en agglomérer le fil ou brin à plusieurs autres pour former un fil de soie grège et à l'enrouler en écheveau sur un asple ou guindre. Au début, l'asple est mis en mouvement par un enfant ou une femme, et la bassine est chauffée directement par un foyer. Ce procédé familial et rustique va subsister des siècles. [...]

 

Le moulinage exigeait une installation plus considérable et déjà industrielle. Cette industrie ne semble s'être installée en Vivarais que vers 1675, à Chomérac et au Pont-d'Aubenas, grâce à Deydier, qui avait étudié à Condrieu le mécanisme des moulins du Bolomais Pierre Benay. Après une période de stagnation due à la Révocation et au départ de nombreux protestants, les moulinages se multiplient Ainsi commencent l'activité et la prospérité du moulinage vivarois (Elie Reynier, Les industries de la soie en Vivarais. In: Revue de géographie alpine, tome 9, n°2, 1921 - www.persee.fr).

 

Les filatures de Pont-d'Aubenas auraient donc été créées en 1675 sur le modèle de celles de Virieu et sous la direction de Pierre Benay. Dans la rubanerie, la première moitié du XVIIe siècle est une période d'organisation. Des confréries de rubaniers et passementiers sont créées à Saint-Etienne (1605); à Saint-Chamond (1617-1634); à Saint-Didier-en-Velay, bien plus tard, en 1665. L'organisation économique est antérieure à la formation de ces associations religieuses, proscrites au XVIe siècle. Les statuts de 1630 des tissutiers, passementiers, rubaniers du Lyonnais, Forez, Beaujolais et Velay remplacèrent les anciens règlements du XVIe siècle (1585) (Louis Joseph Gras, Histoire de la rubanerie et des industries de la soie à Saint-Étienne et dans la région stéphanoise, 1906 - books.google.fr).

 

Aubenas dont l'enceinte n'est pas considérable, renferme quatre manufacture: royales, une de soie, une de londrins seconds, une de teinture en rouge pour le coton, & une pour la fabrique des mouchoirs de coton, façon des Indes, & des autres toiles de coton en blanc. Ces quatre manufactures occupent plusieurs milliers d'hommes. La filature des matières est distribuée aux habitans des montagnes, & le prix de leur main d'œuvre contribue au défrichement des terres incultes & à l'accroissement de la population ; & ce qu'il y a de plus à remarquer, c'est que le travail y est affecté aux jeunes garçons & aux jeunes filles. Ces manufactures laissent par conséquent à la terre ses agriculteurs, & à l'état les sujets propres à le défendre ; la manufacture royale de soie est l'établissement le plus considérable qu'il y ait en Europe dans ce genre, soit pour la perfection de la filature, soit pour le moulinage. La terre d'Aubenas est une des douze baronnies du Vivarais (Robert de Hesseln, Dictionnaire universel de la France, 1771 - books.google.fr).

 

C'est encore à partir d'une manufacture de tissage de mouchoirs que naît, à Aubenas en Vivarais, l'une des premières indienneries languedociennes. François Goudard (né à Montpellier en 1704, mort à Aubenas en 1786) avait racheté en 1733 une manufacture de drap, fondée en 1707. qui travaillait pour l'exportation vers le Levant, et en avait obtenu, deux ans plus tard, l'érection en manufacture royale. Dès 1737, il élargit sa production au tissage des mouchoirs de coton, qu'il importe, en laine, du Levant et fait filer dans les campagnes du Vivarais, s'en faisant même attribuer le monopole dans treize paroisses par ordonnance de l'intendant en juillet 1741. Comme les draps londrins, ses mouchoirs «à l'imitation de ceux des Indes» sont destinés à l'exportation, par Marseille, vers l'Italie, les Echelles et l'Amérique. Encouragé par les Etats provinciaux, qui lui accordent en 1740 une gratification de 2000 livres par an pendant dix ans, portée à 3000 livres en 1747, il développe la fabrication des siamoises et des toiles de coton, se lance avec succès dans la recherche du «secret» de la teinture en rouge des Indes, en monte un atelier à Cholet et s'associe en 1747, à l'initiative de Trudaine, aux Rouennais Paynel et d'Haristoy, entrepreneurs d'une manufacture de teinture en rouge incarnat à Darnétal (Serge Chassagne, Le coton et ses patrons: France, 1760-1840, 1991 - books.google.fr).

 

À Aubenas, l'ancienne manufacture de draps fondée par les États de Vivarais, devenue en 1738 manufacture royale, était tombée en 1787 aux mains d'un certain Verny, «homme aussi sage qu'éclairé». Ce Mathieu Verny paraît bien voir été le type même de l’homo novus de l'industrie de la fin du XVIIIe siècle, encore négociant-fabricant mais déjà et surtout manufacturier-industriel, soucieux de concentration horizontale. Verny avait aussi des intérêts dans la manufacture de mouchoirs et de teintures de coton façon des Indes, d'Aubenas, et dans une autre manufacture de toiles peintes, à Valence. En 1786, il avait tenté de reprendre à son compte la manufacture de draps londrins de Brioude qui battait de l'aile depuis longtemps. Son intention aurait été de canaliser vers Aubenas les londrins vellaves pour les y apprêter au lieu de les  laisser filer vers Bédarieux où ils y étaient teints. Mais l'intendant d'Auvergne avait mis comme condition à l'établissement de Verny à la manufacture de Brioude, l'adjonction d'ateliers d'apprêts. Verny refusa cette solution qui allait contre son intérêt et l'affaire ne se fit pas. À la veille de la Révolution, la manufacture royale d'Aubenas produisait 1.500 à 2.000 pièces de draps fins destinés à la consommation intérieure et surtout des londrins seconds, noirs, verts et écarlates, qui s'exportaient par Marseille dans le Levant et sur les côtes de Barbarie. La matière première consistait, non en laine pelade du pays, mais en laines fines importées d'Espagne : 300 quintaux de cette laine alimentait la manufacture. Les États de Languedoc et du Vivarais lui accordaient à titre de subventions 4900 L. La manufacture employait un millier de personnes dont 800 à peu près, dans les paroisses voisines d'Aubenas, occupées à carder et filer et 200, à la manufacture même, travaillant au lavage, foulage, tissage, «tondage», teinture et apprêt des draps (Alain Molinier, Stagnations et croissance, 1985 - books.google.fr).

 

Le pastel et la garance sont cultivés à partir de 1760 dans le Comtat Venaissin. La cochenille vient de Cadix ou d'Amérique centrale, l'indigo du Guatemala et de Saint-Domingue ; ils arrivent par Marseille, Nantes, Bordeaux et rejoignent sur la route d'Alès les laines venues d'Espagne. Les ballots de draps aux couleurs vives sont expédiés d'Aubenas sur Marseille, seul port habilité au commerce des draps avec les Echelles du Levant. Vers 1750, le mandataire de François Goudard est un certain Icard qui approvisionne également la manufacture en produits tinctoriaux. Il a la responsabilité des expéditions sur Smyrne, Constantinople, Le Caire, Alep qui se feront, entre autres navires, sur l'Hirondelle. Les cotons américains transitent par Rouen, Nantes, Bordeaux et sont acheminés vers Aubenas de la même façon que le lin de Bretagne. Pendant la guerre d'Amérique, François Ruelle sera obligé d'abandonner le coton de Cayenne, le meilleur selon lui, pour s'approvisionner en cotons d'Acre ou de Smyrne. Les produits utilisés pour la teinture des mouchoirs sont les mêmes que ceux qui interviennent dans la fabrication des draps. Le rouge façon d'Andrinople, secret de Goudard, qui fait la renommée de la manufacture, n'est pas la seule production. Le bleu, le vert, le violet, très demandé en Amérique, sont également au catalogue. La soude utilisée dans le blanchiment et dont on consomme deux à trois cents quintaux par an vient par Alicante et Carthagène du Levant espagnol (Entre Coiron et Tanargue : Aubenas sous le vent de l'histoire, 1991 - books.google.fr).

 

C'est surtout à sa position centrale au milieu des pays producteurs de la soie, que la ville d'Aubenas doit son importance commerciale (A. Girault de Saint Fargeau, Dictionnaire Geographique, Historique, Industriel et Commerical de Toutes les Communes de la France, 1844 - books.google.fr).

 

Rouge

 

On retrouve dans le Moniteur Scientifique Quesneville 1876, une Étude historique et chimique pour servir à l'histoire de la fabrication du rouge turc de Théodore Chateau où l'on voit que le rouge grand teint venu des Indes, passa en Turquie ensuite, d'où les noms souvent emplovés encore aujourd'hui de Rouge turc et Rouge d'Andrinople, du nom de la ville où s'était localisée ou spécialisée la teinture de ce rouge. Trois Français attirèrent en France en 1747 des teinturiers grecs et montèrent à Darnetal, près Rouen, puis à Aubenas, dans le Languedoc, les premières teintureries de rouge turc. En 1756 une troisième teinturerie fut installée à Saint-Chamond, puis la plupart des autres et nouveaux établissements de teinture en rouge se groupèrent ensuite à Rouen, d'où encore le nom de Rouge de Rouen donné souvent également au rouge grand teint. Pourquoi Aubenas, plus près des cultures de garance ne garda-t-il pas la première place en France ? La question du personnel professionnel et plus encore la valeur de l'eau fixèrent les teintureries en rouge à Rouen. L'importance du calcaire de l'eau pour la teinture du rouge se trouve indiquée dans la Chimie de Girardin, tome IV (Le Teinturier pratique: journal mensuel avec échantillons, Volumes 10 à 14, 1915 - books.google.fr).

 

Lyon

 

La fabrique lyonnaise a besoin de soies en quantités toujours croissantes et que le pays, le Midi français, ne les lui fournit qu'en quantité très insuffisante. Ce déficit, et sa diminution au cours du siècle apparaissent, par les états de la Douane de Lyon : vers 1715, sur les soies taxées, il y en a seulement un cinquième originaire du pays, 1.500 balles sur 7.700; en 1776, à côté de 1.150.000 livres de soies étrangères il y en a 800.000 de soies indigènes, trois fois plus qu'en 1714, et ce chiffre est parfois dépassé : le moulinage français s'efforce de fournir à Lyon tout ce dont la soierie a besoin. Et Lyon l'aide dans cette tâche féconde et rémunératrice. Mège, de Privas, dit en 1723 qu'«il fît construire il y a environ 17 ans, de l'avis de ses correspondants de la ville de Lyon, une fabrique où il y a plusieurs moulins qui tournent jour et nuit». Malmazet, de Vals, est en réalité le prête-nom de son cousin Eschallier dit Perolles, banquier à Lyon, qui lui a avancé 14.000 livres pour construire un moulinage et une filature de 32 fourneaux. Bufîel, en 1760, renonce à son industrie, hypothéquée de 900 livres d'intérêt en faveur des Lyonnais, qui se font payer leurs avances 9 à 10 %. Aussi les marchands lyonnais aident-ils les mouliniers du Vivarais à obtenir une réduction des droits que perçoit la Douane de Lyon et qui sont très élevés, et il faut presque un demi-siècle de discussions pour obtenir, en 1765 et 1768, que les soies nationales circulent en franchise et sans être obligées de passer par la Douane de Lyon. Par contre, il y a conflit entre Lyonnais et Vivarois lorsque ceux-ci demandent, avec l'entrée en franchise des soies grèges, des droits élevés sur les soies ouvrées étrangères : mais cette protection du moulinage vivarois nuirait à la fabrique lyonnaise. Dans ce désaccord toujours vivace, l'un des premiers et des principaux porte-parole des mouliniers du Midi a été le Vivarois Buffel, de Chomérac. Antérieures au moulinage, c'est pour l'alimenter, dans son développement rapide, que sériciculture et filature prennent, au XVIIIe siècle, un véritable essor (Elie Reynier, Les industries de la soie en Vivarais. In: Revue de géographie alpine, tome 9, n°2, 1921 - www.persee.fr).

 

Dans la longue durée, l'organisation de la milice des pennonages est le miroir de cette évolution de la société lyonnaise : formes du recrutement et délimitation des quartiers se transforment d'émeute en émeute, cherchant continuellement à compenser les déséquilibres induits par l'accumulation des tensions. Après les graves troubles des années 1620-1640, le major de la ville, Séverat, fit adopter en 1647 un vaste plan de redécoupage portant théoriquement à cinquante le nombre des pennonages, le prétexte avancé étant de rééquilibrer leur répartition sur le plan démographique. Furent divisés en priorité les quartiers de  Confort et de la Grande-Rue de l'Hôpital : on voulait donc éviter d'armer simultanément trop d'habitants de ces pennonages où se déroulèrent précisément les émeutes de 1653, quartiers dont le caractère dangereux tenait autant à leur pauvreté qu'à leur densité de peuplement, un habitat très fractionné  favorisant la propagation des rumeurs et l'exaspération des colères. Les événements de 1744 auront des conséquences analogues : sitôt l'ordre rétabli, il fut procédé à une réforme totale du découpage institutionnel, le nombre de pennonages étant ramené à vingt-huit. La milice urbaine était alors arrivée au terme d'une évolution sociale multiséculaire. Au XVIe siècle, il arrivait que les grades supérieurs fussent attribués à des artisans, des bouchers à Saint-Georges, des marchands de bois rue Neuve. Au XVIIe siècle, le consulat se mit à réserver les charges de capitaine pennon et de lieutenant aux membres de la bourgeoisie d'office ou de marchandise. En 1680, les pennonages de Bourgneuf et de Saint-Just furent même définitivement supprimés n'étant plus habités par aucun notable en qui le consulat puisse prendre une entière confiance. Les réformes du XVIIIe siècle accentuèrent ces choix ségrégatifs En 1746, on eut soin de tracer la limite du quartier de la place Louis-le-Grand de manière à isoler les maisons aristocratiques, et, en 1786, les compagnies d'allure militaire, manœuvrant avec armes et uniformes, qui allèrent planter un mai d'allégeance et de gratitude devant l'hôtel de Tolozan de Montfort, ne comptaient plus dans leurs rangs que des hommes issus des milieux aisés : on mesure le chemin parcouru depuis les années 1630 où les capitaines pennons prêtaient un mousquet à ceux qui étaient trop pauvres pour s'armer à leurs frais.

 

Cette histoire des pennonages s'inscrit dans une plus vaste évolution, scandée par la disparition des joyeuses abbayes de Maugouvert, par la mort de la fête «unanime», tuée par la fête «octroyée», à l'exemple de la Course de l'Agneau, jeu équestre réservé aux marchands bouchers et à leurs fils et placé sous l'égide du consulat. A Lyon, les siècles de la modernité ne sont pas marqués par la seule accentuation des hiérarchies sociales : ils voient la mise en place d'un singulier cloisonnement.

 

Quand, au XVIIIe siècle, le succès de la «grande Fabrique» est assuré, la conjoncture est définitivement meilleure. La production de soie double de 1720 à 1760 et continue de progresser jusqu'en 1786. Cette expansion est cependant fragile car, comme le remarque l'intendant La Miochodière, en 1762, Lyon «doit toutes ses richesses à la fabrique et à l'industrie des ouvriers d'étoffes». Que des difficultés assaillent la soierie et c'en est fait de la croissance. Deux types de problèmes peuvent l'atteindre. D'une part, elle redoute la pénurie de fils de soie que peuvent occasionner les guerres, les maladies ou la mort du ver. Toute la stratégie des marchands-fabricants consiste donc à assurer l'approvisionnement des métiers par la recherche des marchés. D'autre part, elle craint tout autant la fermeture de ses débouchés qui peut provenir soit de la concurrence étrangère, soit des caprices de la mode. Au cours du XVIIIe siècle, les puissances voisines ouvrent des manufactures de soierie et importent leur production en France à un tel point que «tous les hommes d'un état un peu au-dessus de celui du menu peuple sont habillés pendant l'hiver de velours étrangers» et que «la quantité qui en passe à la douane de Lyon est immense sans compter ce qui entre par contrebande en Provence et en Languedoc». Contre cette invasion, les Lyonnais jouissent de deux atouts. Leur production de façonnés est incontestablement de meilleure qualité; leurs unis bien médiocres sont meilleur marché. Pour lutter contre cette supériorité, les étrangers essaient de se procurer des échantillons de façonnés dès leur sortie des métiers, et tentent d'attirer chez eux des dessinateurs lyonnais. Ainsi, Roland de La Platière a «vu à Berlin, en 1775 environ 1200 (métiers) auxquels avait donné lieu le sieur T... de Lyon qui emmena plusieurs bons ouvriers, parcourut avec eux l'Allemagne et la Hollande et laissa partout, à prix d'argent de propager ses connaissances. [...]

 

Les historiens sont tentés de voir dans les formules contestataires en vigueur au moment des essais de réformes durant le règne de Louis XVI, dans les affrontements sociaux de 1744 et de 1786, des signes annonciateurs de la crise révolutionnaire. [...] 1786 annonce nettement 1831. Une nouvelle grève, surimposée au mécontentement qu'avait suscité l'archevêque en exigeant son antique droit de banvin, éclate au mois d'août ; les ouvriers réclament cette fois un tarif fixant dépressions conjoncturelles. Mais Lyon, ville dangereuse, est environnée de troupes, et il suffit au prévôt des marchands, Tolozan de Montfort, d'appeler les chasseurs du régiment de Gévaudan, caserné à Tournon, pour que l'ordre soit brutalement rétabli au bout de trois jours. Comme en 1744, les grévistes auront utilisé les Charpennes et les Brotteaux, espaces de transgression sociale, pour se réunir ; à nouveau, les notables auront été divisés, les chanoines-comtes cherchant de leur côté à jouer un trouble rôle de médiateurs. A nouveau, les chapeliers auront suivi rapidement le mouvement lancé par les ouvriers en soie  (Olivier Zeller, L'impossible équilibre, Histoire de Lyon: Du XVIe siècle à nos jours, 1990 - books.google.fr).

 

Gouvernet

 

Jean-Frédéric de La Tour du Pin Gouvernet (1727-1794) est un homme politique de la Révolution française : lieutenant-général, député de la noblesse aux États généraux de 1789, ministre de la guerre du Roi Louis XVI. Il est exécuté le 28 avril 1794, en même temps que son frère Philippe-Antoine (fr.wikipedia.org - Jean-Frédéric de La Tour du Pin Gouvernet).

 

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