Le retour des cendres et le retour de l'île d'Elbe

Le Retour des Cendres et le Retour de l’Île d’Elbe

 

Sisteron

 

IV, 83

 

1839-1840

 

Combat nocturne le vaillant capitaine,

Vaincu fuyra peu de gens profligé:

Son peuple esmeu, sedition non vaine.

Son propre filz le tiendra assiegé.

 

En Juin 1562, les catholiques de Sommerive, lieutenant général du roi, attaquent Sisteron qui est défendue par son père le comte de Tende, Paulon de Mauvans, Furmeyer et 5 000 hommes. Les chefs protestants s’enfuient de nuit, et la ville tombe le 6 septembre (www.provence7.com).

 

La disparition d'Henri II et la faiblesse de ses successeurs permirent l'ouverture d'une des plus grandes crises de l'histoire de France, les guerres de religion. Dès 1559, les incidents, qu'une autorité ferme étouffait jusque là rapidement, dégénérèrent. A Castellane, les frères Richieu de Mauvans avaient appelé un ministre luthérien ; une émeute catholique le chassa. L'un des frères Richieu, Antoine, alla protester à Draguignan auprès du lieutenant du sénéchal ; il fut lynché et son corps salé, transporté à Aix par ordre du Parlement pour servir d'exemple. En mai 1560, Salon vit pendant cinq jours une bande pourchasser les Réformés. La conjuration d'Amboise permit à ceux-ci d'envisager leur vengeance. Pendant l'été 1560, ils tinrent à Mérindol une assemblée pour préparer le soulèvement. L'autre frère Richieu, Paul de Mauvans, rassembla deux milles hommes avec lesquels il essaya de surprendre Aix par ordre du Parlement pour servir d'exemple. En mai 1560, Salon vit pendant cinq jours une bande pourchasser les Réformés. La conjuration d'Amboise permit à ceux-ci d'envisager leur vengeance. Pendant l'été 1560, ils tinrent à Mérindol une assemblée pour préparer le soulèvement. L'autre frère Richieu, Paul de Mauvans, rassembla deux milles hommes avec lesquels il essaya de surprendre Aix et Pertuis ; il échoua en même temps que les conjurés manquaient leur coup sur les bords de la Loire. Il se jeta sur la Haute Provence, saccageant les églises, commettant toutes sortes de violences. Les paysans catholiques s'armèrent pour lui résister. La guerre était commencée (novembre 1560). Mauvans se réfugia à Saint-André-lès-Alpes ; le comte de Tende, gouverneur de Provence, dont la femme était protestante, le persuada d'en partir. Il vint occuper Malaucène où le chef dauphinois Montbrun le rejoignit. Mais le légat d'Avignon n'avait pas pour les hérétiques la même mansuétude que Tende ; une troupe commandée par le célèbre baron des Adrets, qui n'avait pas encore adhéré à la Réforme, vint reprendre la place au début de 1561. Une autre menace se précisait au nord. Orange appartenait depuis 1530 à la maison de Nassau qui y favorisait les partisans des idées nouvelles. En 1561 ceux-ci, sous la conduite de Perrinet Parpaille, primicier de l'Université, pillèrent la cathédrale et se rendirent maîtres de la ville. Ce soulèvement cristallisa le mouvement catholique en Provence, Lorsqu'en janvier 1562, Catherine de Médicis promulga un édit de tolérance, le premier consul d'Aix, Pontevès-Flassans, rassembla une bande et alla population protestante de Tourves. Le comte de Crussol, envoyé pour assurer l'exécution de l'édit, et le comte de Tende le poursuivirent jusqu'à Barjols où eut lieu cette fois un massacre de catholiques. La Réforme semblait prendre le dessus. Mais la reine mère, entendant tenir la balance égale, envoya à Aix comme lieutenant général le propre fils du comte de Tende, le comte de Sommerive, catholique convaincu. La chance tourna de nouveau. Sommerive rejoignit le général Serbelloni, commandant à Avignon, balaya les bandes qui infestaient le Comtat et s'empara d'Orange en juin 1562. Parpaille fut capturé peu après et exécuté en septembre ; son nom a survécu jusqu'à nos jours dans le sobriquet de «parpaillots» donné à ses coreligionnaires. En représailles de la prise d'Orange, le baron des Adrets, passé du côté des rebelles, enleva Mornas, y fit un affreux massacre et embarqua les corps des chefs dans un bateau qu'il lança sur le Rhône avec cette inscription « Gens d'Avignon, laissez passer ces marchands, car ils ont payé le péage à Mornas. » Sommerive, ayant dégagé la vallée du Rhône, poursuivit sa campagne vers la Provence orientale. Le comte de Tende, Mauvans, et ses cinq mille soldats, se réfugièrent dans Sisteron où ils furent assiégés ; au bout de deux mois, faute de munitions, ils durent s'enfuir de nuit avec une partie de la population pour gagner Lyon après une longue retraite par les montagnes. Sisteron fut prise d'assaut le lendemain et sa  garnison massacrée (6 septembre 1562) ; la violence répondait à la violence, mais la Provence était « purgée » de tous les protestants. L'opinion publique leur était d'ailleurs défavorable, Sommerive épurait l'administration, malgré l'opposition de son père le gouverneur (celui-ci, cousin germain de François 1er, était intouchable quelles que fussent ses opinions). Les Marseillais obtenaient du roi que leur ville soit exemptée de l'édit de tolérance et que les prêches y fussent interdits. Lorsqu'un nouvel édit de pacification fut rendu à Amboise, en mars 1563, le Parlement refusa de l'enregistrer et préféra être suspendu (Édouard Baratier, Max Escalon de Fonton, Histoire de la Provence, 1969 - books.google.fr).

 

Auxerre

 

IV, 84

 

1840

 

Un grand d'Auxerre mourra bien miserable.

Chassé de ceux qui soubs luy ont esté:

Serré de chaines, apres d'un rude cable,

En l'an que Mars, Venus et Sol mis en esté.

 

Oublié, abandonné de ses proches, n'ayant ni femme ni enfants pour veiller à son salut, ou pour le pleurer, il languit dans sa prison à Grimont sur Poligny jusqu'au 27 février 1370, où la mort, plus miséricordieuse, vint le délivrer de tous ses maux. C'était un mercredi, premier jour de carême ; on descendit le cadavre du comte d'Auxerre dans l'église des Jacobins de Poligny, où les religieux, aidés de quelques clercs, chantèrent pour le défunt une messe de Requiem ; on brûla, pour son luminaire, 54 livres de cire ; on distribua au clergé 16 florins 7 gros 8 engrognes, et le fossoyeur qui creusa sa tombe, Jean Bon Ami, reçut 9 gros pour l'ensevelir. Quand la comtesse Marguerite apprit la mort de son cousin, qui venait à point la libérer d'un grand souci, elle donna généreusement, en aumône, aux Jacobins de Poligny, qui avaient prié pour son âme, une somme de 37 livres 10 sous, qui les aida à terminer leur église. Aucune pierre n'y marqua la sépulture de Jean IV, marqua la sépulture de Jean IV, comte de Chalon-Auxerre, du chevalier intrépide qu'avait admiré Duguesclin, et que son pays, son propre sang, avaient poursuivi et puni comme un traître, sans tenir compte de ses exploits. Un an plus tard, le comté d'Auxerre était vendu à la France par Jean III de Chalon-Auxerre, père du prisonnier de Grimont, en état d'imbécillité depuis dix ans et qui, jusqu'en 1379, se survécut à lui-même. La politique de Charles V et de Philippe le Hardi avait atteint son but; Marguerite avait rendu à la France un signalé service, en laissant périr à trente-cinq ans, dans le cachot de Grimont, le dernier comte d'Auxerre (Jules Gauthier, La mort de Jean IV de Chalon-Auxerre, Procès-verbaux et mémoires, Académie des sciences , belles-lettres et arts de Besançon, 1900 - archive.org).

 

"rude cable"

 

Le mot "cable" vient du latin "capulum" corde, lasso, longe selon Isidore de Séville (Gaffiot).

 

le mot "rude" vient du latin "rudis", grossier. On a aussi "rudens -entis" pour câble. "câble câble" ou double corde utilisée dans l'escalade (cf. la double corde utilisée par les auteurs de l'attentat de la "machine infernal" contre Louis Philippe en 1835) (Cour des pairs. Procès Fieschi: avec une notice historique sur l'auteur de l'attentat du 28 juillet, ornée de son portrait, 1835 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Giuseppe Fieschi).

 

Autour de Jean, le seul changement qu'il pût entrevoir était le changement de ses geôliers. Le 26 mai, Perrenin de Santans, le receveur, fut remplacé par Étienne Vincent; le 1er novembre, Jean le Merlet de Frontenay céda son poste à Philippe de Méry, nommé châtelain de Poligny. Mais dans la seconde quinzaine de septembre, Jean de Chalon avait essayé de s'évader. En découpant en lanières une couverture, quatre draps et des serviettes, il avait tenté de fabriquer une corde assez solide pour descendre dans les fossés du château. Avait-il des complices ? devait-il trouver, une fois sorti, des chevaux et une escorte ? La tentative avorta, et le régime infligé au prisonnier dut devenir plus sévère et les consignes plus inflexibles. Cette tentative manquée détermina le changement du capitaine de Grimont. Dès le 7 novembre 1369, un ordre de Marguerite prescrivit à Philippe de Méry de se rendre de suite à Paris auprès d'elle ; et ce fut de sa propre bouche qu'il reçut des instructions précises sur la surveillance rigoureuse de Jean de Chalon-Auxerre ; le 24 novembre, il était à Grimont, qu'il ne quitta plus. Abattu par l'insuccès de son évasion, découragé, blessé sans doute ou malade, Jean ne renouvela plus le moindre effort (Jules Gauthier, La mort de Jean IV de Chalon-Auxerre, Procès-verbaux et mémoires, Académie des sciences , belles-lettres et arts de Besançon, 1900 - archive.org).

 

"En l'an que Mars, Venus et Sol mis en esté"

 

Le comte d'Auxerre Jean IV de Chalon aurait eu une affaire de justice avec l'Université de Paris et aux écoliers du collège de Laon et de Saint Malo mais en 1372 (Cécile Fabris, Etudier et vivre à Paris au moyen âge: le Collège de Laon, XIVe-XVe siècles, 2005 - books.google.fr).

 

Le comté d'Auxerre fut acheté, en 1374, pour 40,000 liv. d'or par Charles V, roi de France, de Jean de Châlons, comte d'Auxerre et de Tonnerre. Louis de Châlons, comte de Tonnerre, céda à son tour, en 1404, selon les uns, en 1411, selon les autres, ce comté à Charles VI, pour éteindre un procès en retrait lignager intenté par lui contre le procureur général. Coquille affirme cependant (Histoire du Nivernais, p. 417) que ce procès n'a jamais été vidé, et est demeuré indécis à cause des troubles sous Charles VI (Ferdinand Béchard, Droit municipal au moyen age, Tome 2, 1862 - books.google.fr).

 

Cerveau fait mourir Jean IV, qu'il appelle Jean V, en 1373, ainsi que Corsaint, mais Quantin en 1378/1379. Louis Ier serait le frère de Jean IV et non son fils (Quantin, Mémoires sur les derniers comte de Tonnerre et d'Auxerre, Bulletin de la Société des sciences historiques et naturelles de l'Yonne, Volumes 5 à 6, 1851 - books.google.fr).

 

Tout ce qu'ont dit les Poètes de l'adultère de Mars & de Venus, & de la façon dont il a été découvert a été tiré de la fréquente conjonction de ces deux Planètes. C'est le Soleil qui trahit l'infidélité auprès du mari de Vénus, Vulcain (Supplément Aux Anciennes Editions Du Grand Dictionaire Historique De Mre Louis Moreri, Tome I, 1716 - books.google.fr).

 

Au sujet de la datation d'un écrit du poète anglais Chaucer, on peut lire :

 

In 1374 both planets are in Gemini, and eight degrees apart; the daily motion of Venus is +62'31", that of Mars is +34'54";' Venus will therefore overtake Mars in about sixteen days, when he is just entering Cancer (John Matthews Manly, On the Date and Interpretation of Chaucer's Complaint of Mars, 1897 - books.google.fr).

 

Cancer est le signe de début de la saison d'été.

 

Typologie

 

« Perle de la Haute-Provence », Sisteron baigne sous un soleil méditerranéen et un décor déjà alpin. Attardez-vous à la cathédrale romane Notre-Dame des Pommiers et flânez sur les petites places ornées de fontaines. Vous y ressentirez le rythme de vie provençal. La Citadelle de Sisteron abrite un musée qui évoque le retour de Napoléon de l'île d'Elbe en 1815 (Itinéraires de rêve - La France d'art et d'histoire, 2017 - books.google.fr).

 

A Sisteron aucune mesure ne fut prise. Cambronne, qui précédait Napoléon avec une avant-garde de quarante hommes, s’empara, le dimanche 5 mars, à deux heures du matin, du pont et de la citadelle: la petite garnison qui occupait ce poste l’avait évacué. Le général Cambronne rencontrant dans la ville le chef de bataillon Laidet, alors aide de camp du général Dubreton, lui dit en déjeunant avec lui : "Un défilé comme celui—là et quelqu’un comme vous pour le défendre, et nous ne passions pas." Mais le chef de bataillon Laidet ne commandait point à Sisteron, où il n'était qu'en passant; tout ce qu'il pouvait faire était de refuser d'être présenté à l'Empereur, en exprimant sa résolution de rejoindre son général, qui était à Valenciennes; c'est ce qu'il fit (Alfred Nettement, Histoire de la Restauration : Restauration de 1814 cent-jours, Tome 2, 1860 - books.google.fr).

 

Ajoutons à cette relation un mot sur le capitaine de Laidet. Cambronne qui le connaissait, et qui avait été instruit de ses projets de résistance au passage de l'Empereur, alla le trouver peu après son arrivée. « Capitaine, lui dit-il, vous êtes cause que nous avons fait une marche forcée, cette nuit. Vos projets que nous connaissons, et votre mauvaise tête nous donnaient de l'inquiétude. Enfin tout va bien, et j'espère que vous allez être des nôtres. » La résolution de Laydet fondée sur l'honneur, était invariable: il résista aux instances de Cambronne et de Bertrand (J. J. M. Féraud, Histoire, Geographie, Et Statistique de Departement Des Basses-Alpes, 1861 - books.google.fr).

 

Joseph Guillaume Fortuné de Laidet, né à Sisteron en 1780, mort en 1854, est l'organisateur d'une tentative de résistance lors du retour de Napoléon.

 

Laidet suit les campagnes d'Espagne et se fait remarquer au siège de Burgos comme chef de bataillon, puis comme Lieutenant-Colonel. En 1815, après l'épisode de Sisteron où il se trouvait en congé, il rejoint son corps à Valenciennes, fidèle de Louis XVIII à Gand, il est colonel (1823). En 1827 Laidet se lance dans la politique; le voilà député Libéral des Basses-Alpes en 1827 jusqu'en 1846, alors qu'il était Colonel depuis 1823. Le 17 septembre 1830 il obtient le grade de Maréchal-de-camp; en 1832 il participe dans les forces de l'ordre à l'insurrection, il se distingua à la prise de Saint-Merry; il est ensuite envoyé en mission en Algérie en 1839 ; général de division (1840), à la retraite, député des BA (1848 — réélu 1849), opposé au coup d'état de 1851 et exilé de France (janvier-août 1852) (Pierre de Gombert, Napoléon, de l'Ile d'Elbe à la citadelle de Sisteron, suivi de la Révolution à Sisteron, 1968 - books.google.fr).

 

Les Annales des Basses-Alpes ont édité, en avril et en août 1840, une relation du retour de Napoléon, inspirée en partie par Montholon, las Cases et surtout par Fabry, en ce qui concerne le département. Les mêmes Annales des Basses-Alpes ont publié, en juillet 1843, une notice sur le passage de Napoléon à Sisteron, écrite, en 1838, par M. de Gombert, maire de cette ville en 1815. Ce récit, bien qu'émanant d'un royaliste avéré et écrit plus de vingt ans après l'événement dans le but de réfuter en partie les assertions contenues dans les histoires de Beauchamp, Lubis, Michaud et de Norvins, paraît exact dans l'ensemble (Annales des Basses-Alpes, Sërie Nouvelle, Volume 17, 1915 - books.google.fr).

 

Louis-Philippe organise le « retour des cendres » (1840), et le tombeau des Invalides devient un lieu de pèlerinage. Le nom du grand empereur favorisera la carrière de son neveu  (Grand Larousse encyclopédique, Tome 7, 1960 - books.google.fr).

 

Marius Autric était officier d'ordonnance de Napoléon Ier, né à Champtercier en 1794. Dans sa marche audacieuse du Golfe-Juan à Paris, Napoléon s'arrêta quelques heures à Digne et s'informa des officiers de l'ancienne armée qui se trouvaient dans les environs. On lui parla avec éloges d'un sous-lieutenant des chasseurs, neveu du colonel Desmichels. Cet officier était Autric; l'Empereur le fit appeler et le nomma sur-le-champ son officier d'ordonnance (ou à Sisteron). Le jeune sous-lieutenant, enthousiasmé par cette nouvelle faveur, se dévoua uniquement à son nouveau souverain. Il suivit sa marche triomphante jusqu'à Paris, et plus tard fit partie de son état-major dans les champs funèbres de Waterloo. M. Autric se distingua dans cette triste journée, et obtint une des dernières croix d'honneur que distribua le créateur de cette noble institution. Les événements qui suivirent interrompirent la carrière militaire de M. Autric; mais il n'abandonna point son chef avec la fortune. Napoléon l'avait désigné pour l'accompagner à Sainte-Hélène, et il accepta ce brevet d'exil, comme un insigne bienfait; mais la haine anglaise, minutieuse et tracassière dans ses persécutions, ne lui permit pas d'accomplir ce volontaire sacrifice. La suite de l'Empereur fut limitée. M. Autric, les généraux Savary, Lallemand et quelques autres braves furent contraints de se séparer de l'homme auquel ils avaient voué leur vie. Avant son départ, le jeune officier fut embrassé par Napoléon et reçut de lui une lettre. Les autorités anglaises s'y opposèrent et l'incarcérèrent à Malte. Evadé, il fut à son arrivée à Toulon, placé sous la surveillance de la police qui le fit emprisonner à Carcassonne. Le ministère Decaze le rendit à la liberté ; il retourna ensuite dans ses foyers où il s'adonna exclusivement aux travaux agricoles (Bulletin de la Société des amis du vieux Toulon, Volume 16, 1939 - books.google.fr, Biographie des hommes rémarquables des Basses-Alpes, Repos, 1850 - books.google.fr, Bernard Falque de Bezaure, Le pays des quatre reines, 1973 - books.google.fr).

 

C'est à Auxerre que le prince de la Moskowa rejoignit l'Empereur. Le maréchal Ney se trouvait en Normandie lorsque la nouvelle du débarquement de l'île d'Elbe était arrivée aux Tuileries. Louis XVIII le fit appeler pour lui confier le commandement du petit corps d'armée réuni à Besançon. Ney promit au roi d'arrêter Napoléon, et, dit-on, de le lui amener dans une cage de fer. Le maréchal était de bonne foi, mais il ne put résister à l'entraînement des troupes. Obligé, par le soulèvement de ses soldats, de les abandonner ou de les conduire à l'Empereur, il prit ce dernier parti. Arrivé le soir à Auxerre, il fit demander, par le comte Bertrand, à l'Empereur la permission de justifier, par écrit, la conduite qu'il avait tenue avant et depuis les événements de Fontainebleau (Alfred Nettement, Histoire de la Restauration par Alfred Nettement: Restauration de 1814 cent-jours, Tome 2, 1860 - books.google.fr).

 

Ce fut à Auxerre que, pour la première fois, Napoléon fut reçu par un préfet le 18 mars 1815 ; et ce préfet était le beau-frère du maréchal. L'Empereur qui passa en revue le 14e de ligne sur la place, logea à la préfecture où il trouva, dans les salons, le buste de l'impératrice, celui de son fils et son portrait en pied, à leur place accoutumée, comme si rien n'eût été changé, et que l'exil à l'île d'Elbe n'eût été qu'une absence momentanée (Jean-Baptiste Madou, Vie de Napoléon, Tome 2, 1827 - books.google.fr).

 

Le lendemain, le 19 mars 1815, Louis XVIII prit le chemin de l'exil vers l'actuelle Belgique, ce qui lui valut le sobriquet de « notre père de Gand » (Pierre Rosenberg, Dictionnaire amoureux du Louvre, 2010 - books.google.fr).

 

«Tôt ou tard, confia le roi à ses proches, cela [le retour des cendres] aurait été arraché par les pétitions. J'ai mieux aimé octroyer. Il n'y a pas de danger. La famille [Bonaparte] est sans importance.» La preuve en fut administrée quelques semaines plus tard lorsque, le 6 août, le prince Louis-Napoléon – le futur Napoléon III – débarqua à Boulogne-sur-Mer pour ce qui devait être le point de départ d'une sorte de répétition du retour de l'île d'Elbe. Ce pronunciamiento échoua aussi lamentablement que celui déjà tenté par le neveu de l'Empereur à Strasbourg en 1836 [cf. quatrain IV, 85]. Au fond, l'idée que l'on pouvait se réclamer de la légitimité de Napoléon, même si l'on était de son sang, ne venait à personne. L'empereur des Français brillait au firmament de l'histoire  de France d'un éclat unique : pas plus qu'il n'y avait eu de Napoléon II, il n'y aurait de Napoléon III. Le retour des cendres ne présentait dès lors que des avantages. A Londres, l'ambassadeur de France, qui n'était autre que Guizot, obtint facilement le consentement amusé du cabinet britannique. «Qu'importent à l'Angleterre de vieux ossements», d'autant moins qu'en Orient la crise était proche de son terme et tournait à son à son entière satisfaction. Thiers se frottait les mains. Le seul à faire grise mine était le prince de Joinville, qui voyait sa mission comme une corvée et répugnait à faire «le croquemort» pour complaire à ce petit bonhomme de Thiers (Patrice Gueniffey, Napoléon et de Gaulle, 2017 - books.google.fr).

 

Dans la France du XIXe siècle, l'entrée royale apparaît comme une cérémonie surannée que la Révolution, et en particulier le 21 janvier 1793, a rendue périmée. Ce moment qui marque la rencontre d'un souverain et d'une ville, de son corps constitué et de sa population, organisé dans une articulation de symboles religieux, politiques et militaires, prend désormais la forme d'un revival dévitalisé de sa force perlocutoire. Mais elle constitue en même temps l'objet d'un désir, celui de retrouver une image du souverain, dans sa gloire et dans son aura religieuse. Dans les représentations, deux moments sont venus combler ce désir, établissant un accord entre le souverain et le public : le retour de l'île d'Elbe où Napoléon remonte de Toulon aux Tuileries, et le retour des Cendres le 15 décembre 1840, où sa dépouille mortelle est ramenée de Sainte-Hélène aux Invalides. Or, ce qui caractérise ces deux « entrées » dans Paris, c'est qu'elles n'ont pas été planifiées: lors du retour de l'île d'Elbe, des canons aux ordres des Bourbons, et non un triomphe, devaient accueillir Napoléon, et le retour des Cendres a d'abord été pensé comme des funérailles. C'est la population qui, dans son enthousiasme, a transformé ces deux retours en entrées triomphales. Particulièrement intéressant à cet égard, le retour des Cendres oppose deux figures de la souveraineté, pas été planifiées: lors du retour de l'île d'Elbe, des canons aux ordres des Bourbons, et non un triomphe, devaient accueillir Napoléon, et le retour des Cendres a d'abord été pensé comme des funérailles. C'est la population qui, dans son enthousiasme, a transformé ces deux retours en entrées triomphales. Particulièrement intéressant à cet égard, le retour des Cendres oppose deux figures de la souveraineté, au moment même où règne l'ultime souverain non élu, si l'on admet que Napoléon III a, dans un premier temps, été porté à la présidence par l'élection de 1848 : moment donc de passage du souverain héréditaire au président élu. C'est dans ce contexte que le retour des Cendres devient une cérémonie ambivalente dont la signification varie selon les opinions politiques : funérailles en France d'un souverain mort et enterré dans une île du Pacifique, translation au panthéon des cendres d'un grand homme dans un rituel mis en place par la Révolution, triomphe d'un général dont on rappelle les victoires et entrée d'un empereur dans sa capitale. Le retour des Cendres c'est tout cela à la fois ou, plus précisément, une cérémonie palimpseste où l'entrée royale resurgit sous le texte des funérailles. Les contemporains ont eu conscience des brouillages et des ambiguïtés générés par cette journée. Ainsi, la duchesse de Dino, bien qu'absente de Paris le 15 décembre, affirme: « J'ai écrit pour qu'on fît voir ce spectacle à Boson, mon petit-fils ; quelque mal conçue, incohérente, contradictoire et ridicule par les circonstances que soit cette cérémonie, l'arrivée solennelle de ce cercueil, revenant de Sainte-Hélène, sera une chose très imposante ». Face à une figure qui échappe à la classification - continuateur de la révolution et tyran, législateur et chef de guerre - il eût été impossible d'échapper aux incohérences et aux contradictions. Mais les ambiguïtés de cette cérémonie n'en sont pas moins révélatrices de la crise de la figure du monarque et des réponses qui ont été esquissées (Jean Marie Roulin, Le retour des Cendres de Napoléon : une cérémonie palimpseste, Imaginaire et représentations des entrées royales au XIXe siècle: une sémiologie du pouvoir politique, 2006 - books.google.fr).

 

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