Encapuchonné

Encapuchonné

 

IV, 49

 

1814-1815

 

Devant le peuple sang sera respandu,

Que du haut du ciel ne viendra eslongner,

Mais d'un long temps ne sera entendu,

L'esprit d'un seul le viendra tesmoigner.

 

"sang… respandu"

 

Dans le Lancashire, avant le début de la guerre civile, il y avait des tensions sociales et économiques entre les villes qui soutenaient généralement le Parlement, et la noblesse et l'aristocratie propriétaires qui contrôlaient les zones rurales et soutenaient principalement le roi en tant que royalistes. Il y avait une fracture religieuse avec certaines villes soutenant des mouvements anticonformistes dissidents. Bolton était connue comme la «Genève du nord», une référence à la ville de Suisse qui était un centre du calvinisme.

 

La seule menace pour le contrôle parlementaire du Lancashire venait du Cheshire, où une armée royaliste sous John Byron, 1er baron Byron a été formée à la fin de 1643. Le 26 janvier 1644, Byron a été vaincu à la bataille de Nantwich par les parlementaires sous Sir William Brereton et Sir Thomas Fairfax, laissant les parlementaires aux commandes de la région (fr.qaz.wiki - Storming of Bolton).

 

En mai 1644, dans l'un des pires massacres, près de 1800 soldats et citadins périrent dans la mise à sac de Bolton par les troupes du colonel Broughton, sans que la moindre pitié ne soit accordée ni aux soldats, ni aux civils. Des témoins  oculaires ont comparé cet événement à la mise à sac de Magdeburg - renommée pour sa cruauté militaire - pendant la Guerre de Trente Ans. Le massacre de civils au siège de Bolton était une mesure de représailles autorisée officiellement, étant ordonnée par le Prince Rupert, pour se venger du meurtre d'un soldat royaliste (Franck Tallett, Soldats et actes de violence à l'encontre des civiles dans les îles britanniques au XVIIe siècle, Les violences de guerre à l'égard des civils: axiomatiques, pratiques et mémoires, 2005 - books.google.fr).

 

Sir John Byron (1488-1567) vécut à Colwick dans le Nottinghamshire, avant de se voir accorder l'abbaye de Newstead dans le même comté par Henry VIII d'Angleterre le 26 mai 1540. Il fut nommé lieutenant de Sherwood Forest (fr.qaz.wiki - John Byron (died 1567)).

 

John Byron (1599 - 1652) était le fils de Sir John Byron de Newstead Abbey, Nottinghamshire, et d'Anne Molyneux. Son grand-père, le Sir John Byron précédent, avait représenté le Nottinghamshire au Parlement Lorsque la guerre civile a commencé, il a rejoint le roi à York. Il a été engagé pour la cause des royalistes tout au long des guerres civiles et par la suite. Après que Byron se soit distingué lors de la première bataille de Newbury, le roi Charles le créa le baron Byron en octobre 1643 et le nomma commandant des forces royalistes du Lancashire et du Cheshire. Cependant, il fut vaincu à la bataille de Nantwich en 1644 et contraint de se retirer à Chester. Il marcha ensuite avec les forces du prince Rupert dans le Yorkshire et commanda le flanc droit royaliste à la bataille de Marston Moor en juillet 1644, mais après que ses troupes furent mises en déroute par des forces parlementaires numériquement supérieures, il se retira à Carnarvon et démissionna de son commandement. Il a cependant défendu le château de Carnarvon avec compétence pour la cause royaliste, résistant à de longs sièges avant de finalement le céder aux forces parlementaires en 1646. Lord Byron mourut en 1652, sans enfant, en exil à Paris, et fut remplacé par son frère aîné suivant Richard Byron, 2e baron Byron (né en 1606) (fr.qaz.wik - John Byron 1st Baron Byron).

 

John Byron fut appelé "bloody Byron" (Sir Clements Robert Markham, A Life of the Great Lord Fairfax, Commander-in-chief of the Army of the Parliament of England, 1870 - books.google.fr).

 

Sir John Byron (1562-1623) de Colwick et Newstead, Nottinghamshire et Clayton, Lancashire, père du précédent, était un député de Nottinghamshire en 1597. Byron était le fils de Sir John Byron (mort en 1600) et de sa femme Alice Strelley (fr.qaz.wik - John Byron (died 1623)).

 

Ces deux Byron dinèrent avec le mage John Dee, astrologue de la reine, le 2 avril 1596, à son Collège de Manchester dont il était le directeur (warden) (John Dee's Diary, Catalogue of Manuscripts and Selected Letters, 2013 - books.google.fr).

 

"esprit d'un seul"

 

"seul" : en grec "monachos" qui donne "monachus" en latin, moine (Gaffiot).

 

Esprit : fantôme (Arnaud Milanese, Eléments de loi de Thomas Hobbes, 2006 - books.google.fr).

 

Durant une visite à Newstead, en 1814, lord Byron crut réellement voir l'ombre du moine noir, qu'on supposait hanter l'abbaye depuis l'époque de la dissolution des monastères (Moore). Le voyage à Newstead, auquel il est fait ici allusion, précéda de fort peu de temps le mariage de Sa Seigneurie avec miss Milbanke. On croyait que l'esprit du moine faisait son apparition de mauvais augure quand un malheur ou la mort menaçait le maître de l'abbaye, et cette légende de famille a donné naissance à l'histoire de l'apparition que Byron introduit dans son poëme (George Gordon N. Byron (6th baron), Œuvres complètes, augmentée, Tome 3, traduit par Joseph Jean M.C. Amédée Pichot, 1871 - books.google.fr).

 

Il décrit ce moine dans Don Juan, peut-être d'après le souvenir de cette fantasque imagination : «Ce n'était pas une souris, mais un moine; vêtu de sa robe sombre, avec son capuchon et son chapelet, il apparut, tantôt éclairé par la lune, tantôt perdu dans l'ombre. Son pas était lourd, quoique silencieux; ses vêtements seuls faisaient un léger bruit; aussi mystérieux que les fatales sœurs, il avança lentement; et comme il passait auprès de don Juan, il fixa sur lui , sans s'arrêter, un œil brillant.» On dit que l'ombre de Newstead apparut aussi à la cousine de lord Byron, miss Fanny Parkers, et qu'elle en fit une ébauche de souvenir (Mémoires de Lord Byron, Tome 2, traduit par Louise Belloc, 1830 - books.google.fr).

 

Le personnage de Tirso de Molina apparaît sous son véritable aspect, alors qu'il s'est trouvé déformé le long des siècles par bon nombre de ses peintres successifs. Car le personnage est de tous les pays et de tous les temps. Là encore M. Saint-Paulien a raison de dire : «Il est évident que le jeune Tenorio est un vulgaire débauché d'un type universel, et non pas, comme on l'a dit, spécifiquement andalou». Ainsi par l'ampleur de son analyse, l'ouvrage de M. Saint-Paulien n'est pas seulement ce qui certes, serait déjà beaucoup l'étude d'un caractère universel, mais encore une sorte d'aperçu clairvoyant et vaste des meurs du monde moderne. Les transformations du personnage de Don Juan ne sont pas dues, en effet, uniquement aux  convictions personnelles, aux sentiments secrets et au talent des auteurs qui l'ont choisi pour héros, mais également à l'évolution morale, sociale et politique de la société. […]

 

Si le Burlador de Tirso est un franc-tireur qui n'appartient à aucun système organisé, le Dom Juan de Molière «s'accommode aux vices de son siècle» et adhère à des factions existant si bien qu'elles conduiront toute une société à sa perte (Les Annales conferencia: journal de l'Université des annales, Volume 75, 1968 - books.google.fr).

 

Long poème inachevé en dix-sept chants, Don Juan (1819-1824) est le chef-d'œuvre incontesté de lord Byron (1788-1824). Prenant à contre-pied le mythe du libertin cynique immortalisé par Tirso de Molina, Molière et Mozart, il fait de son héros un pantin manipulé par les femmes et leurs désirs dévorants, soumis à ses caprices d'auteur-«improvvisatore» (Don Juan de George Gordon Byron: Les Fiches de lecture d'Universalis, 2015 - books.google.fr).

 

The ghost, if ghost it were, seem'd a sweet soul As ever lurk'd beneath a holy hood (Don Juan) (George Gordon Byron Baron Byron, Poetical Works, 1867 - books.google.fr).

 

Don Juan et un moine

 

Une des plus célèbres apparitions des rues de Paris était celle du :

 

Moine bourru dont on se moque

A Paris l'effroi des enfants (Cabinet satirique, 1633).

 

D'après le Dictionnaire infernal, il parcourait les rues pendant la nuit, tordait le cou à ceux qui mettaient la tête à la fenêtre et faisait nombre de tours de passe-passe. Les bonnes et les nourrices épouvantaient autrefois les enfants de la menace du Moine-bourru. Croquemitaine lui a succédé (Paul Sébillot, Les légendes de Paris, L'Homme, Tome 3, 1886 - books.google.fr).

 

Trente ans plus tard, le moine bourru était encore populaire :

 

- SGANARELLE. Voilà un homme que j'aurai bien de la peine à convertir. Et dites-moi un peu, le Moine bourru, qu'en croyez-vous ? eh ! - D. JUAN. La peste soit du fat ! - SGANARELLE. Et voilà ce que je ne puis souffrir; car il n'y a rien de plus vrai que le Moine bourru, et je me ferois pendre pour celui-là. Mais encore faut-il croire quelque chose dans le monde. Qu'est-ce donc que vous croyez? (1683 A, 94 B.) (Don Juan, acte III, sc. I.).

 

L'addition introduite ici sur le Moine bourru par l'éditeur de Hollande emprunte une incontestable autorité de l'espèce de commentaire qu'a fait Rochemont du texte primitif. Énumérant dans Observations (qui sont d'avril 1665) les endroits les plus criminels de la pièce, il rappelle «un valet infâme, fait au badinage de son maître, dont toute la créance aboutit au Moine bourru, car pourvu que l'on croie le Moine bourru, tout va bien, le reste n'est que bagatelle.» Il est d'ailleurs évident que la phrase soulignée, perfidement sans doute et pour faire croire à une citation textuelle, n'a jamais été dite sur le théâtre. On peut conjecturer que ce passage sur le Moine bourru est l'un de ceux que Molière lui-même retrancha, dès la seconde représentation, puisqu'il n'y en a pas trace dans l'exemplaire non cartonné de l'édition de 1682. Regnier raconte, vers la fin de sa satire XI (1612), que, rentrant au petit jour d'une nuit d'aventures, il est à grand peine reconnu par son valet, qui lui demande étonné Si le Moine bourru l'avoit point promené. «Le Moine bourru est, dit Furetière (1690), un lutin qui, dans la croyance du peuple, court les rues aux avents de Noël et qui fait des cris effroyables». D'après le Dictionnaire de M. Littré, on se le représentait vêtu de bourre ou bure, et de là son nom; mais il donnait surtout l'idée d'un être bizarre et méchant; et bourru n'aurait-il pas été pris dans le sens, qu'il a eu, de «fantasque, bizarre, fou, extravagant» ? voyez au vers 627 du Tartuffe (Arthur Desfeuilles, Œuvres de Molière, Tome 5 : Dom Juan ou Le festin de Pierre, comédie. L'amour médecin, comédie. Le misanthrope, comédie, 1880 - books.google.fr, Waldemar Deonna, De Télesphore au "moine bourru": dieux, génies et démons encapuchonnés, 1955 - books.google.fr).

 

On connaît les «démons au capuchon», dont le plus caractéristique est, assurément, le petit dieu Télesphore, l'un des compagnons d'Asclépios. Ils apparaissent, le plus souvent, comme des êtres jeunes, parfois des enfants, dont le corps est entièrement enveloppé d'un cucullus ; seules les mains en émergent, ainsi que les pieds ; parfois, les bras sont visibles, mais cela constitue une exception relativement rare ; la tête est encapuchonnée et le visage s'encadre dans l'ouverture du vêtement (Pierre Grimal, Bibliographie : Waldemar Deonna, De Télesphore au "moine bourru". Dieux, génies et démons encapuchonnés, Revue des études anciennes, Volume 58, 1967 - books.google.fr).

 

Dans un dernier chapitre, M. Deonna cherche à retrouver dans les civilisations postérieures à l'antiquité classique des survivances du manteau à capuchon. C'est ainsi qu'il arrive à parler du «moine bourru», donnant par là l'explication de la seconde partie du titre de son ouvrage. Le «moine bourru», vêtu lui aussi d'un manteau à capuchon, tirait son nom du fait qu'il portait une robe de «bourre» ou de «bure». C'était un fantôme dont on effrayait les enfants, une sorte d'ancêtre de Croquemitaine. On ne peut que féliciter l'auteur de la patience dont il a fait preuve en recueillant tant de données éparses et en les groupant dans une étude d'ensemble.  

 

De la diversité des fonctions des «cucullati», on peut dégager deux notions générales : propagation et maintien de la vie humaine et de la fertilité du sol d'une part, et, d'autre part, rôle nocturne et funèbre, du sommeil et de la mort. Les «cucullati» apparaissent ainsi comme des génies à la fois bienfaisants et redoutables (F. Mayence, Compte rendu : Waldemar Deonna, De Télesphore au "moine bourru". Dieux, génies et démons encapuchonnés, L'Antiquité classique, Volume 25, 1956 - books.google.fr).

 

Acrostiche à l'envers : LMQD

 

LMQD : libens / lugens meritoque dedit (hat bereitwillig / trauernd und verdientermaßen gestiftet) (Rudolf Lenz, Uwe Bredehorn, Marek Winiarczyk, Abkürzungen aus Personalschriften des XVI. bis XVIII. Jahrhunderts, 2002 - books.google.fr, Kurtze und eygentliche Beschreibung deßjenigen, 1672 - books.google.fr).

 

On trouve cette abréviation dans les Mémoires de John Evelyn (1620 - 1706) (William Bray, Memoirs of John Evelyn, Comprising His Diary, from 1641-1705-6, and a Selection of His Familiar Letters, 1870 - books.google.fr).

 

Volontaire quelque temps dans l'armée royaliste, il s'embarqua pour l’étranger afin d'éviter de prendre part à une guerre civile. Après avoir gagné l'Italie, il fréquenta en 1644 le Collège anglais de Rome, où les prêtres catholiques étaient instruits pour prêcher en Angleterre. Evelyn n'était pas catholique, comme le Prince Rupert, qui, prisonnier en Allemagne, avait refusé de se convertir malgré la forte pression de jésuites dépêchés par l'empereur du Saint Empire Ferdinand III auprès de lui (fr.wikipedia.org - John Evelyn, en.wikipedia.org - Prince Rupert of the Rhine).

 

Such tales brought home man's inhumanity to man. 'It is impossible to avoid doing very unhandsome things in things in war', John Evelyn admitted to his diary. An eyewitness to the massacre at Bolton, where many perished 'in a bitter shower of blood', concluded with the hope 'that England may see and be ashamed that she hath not long since spewed out such monsters, as are bred in her own bowels' (John Evelyn, I,43 ; An Exact Relation of the Bloody and Barbarous Massacre at Bolton...by an Eyewitness (1644, E3683)) (Charles Carlton, Going to the Wars: The Experience of the British Civil Wars 1638-1651, 2002 - books.google.fr).

 

Cf. les interprétations des quatrains IV, 70 - Le duc de Wellington - 1829-1830, IV, 51 - Conquête de l’Inde par l’Angleterre - 1815-1816, IV, 89 - Emancipation des catholiques en Grande Bretagne, 1843-1844, IV, 96 - Vicky, fille aînée de la reine Victoria - 1848-1849.

 

"haut ciel"

 

Oh England! Oh Heaven! Oh Earth! &c. beare witnesse of our calamity. Oh London! and all ye places yet freed from our sorrows, think on the day of your peace with thankfulnesse, of our trembling and trouble with compassion. And oh, all ye Christians and people of the Land, let bleeding, dying, undone Bolton bespeake one thing at the hands of all sorts. Take heed of security and your own divisions, lay aside your own ends, spirits, interests, engagements, and distractions, and first labour to carry on God's work in the subduing of these cursed Edomites and Amalekites devoted unto destruction by the hand of heaven, or else look with Bolton to taste of the same cup of trembling which the Lord, the God of Hosts, in his due time, take out of all our hands, and fill up with the measure of our bloody enemies' sins, the measure of their plagues, which the just God will in due time return upon them for this and all their cruelty, that King, Parliament, and People may once more rejoyce in the due settlement of truth and peace in these our dayes, and Glory may still dwell in our land. Which God grant for Christ's sake. Amen (An Exact Relation of the bloody and barbarous Massacre at Bolton in the Moors in Lancashire, May 28, by Prince Rupert, being penned by an Eye-Witnesse admirably preserved by the gracious and mighty hand of God in that day of Trouble. Published according to Order. London : Printed by R. W. for Christopher Meredith, August 22, 1644) (Tracts Relating to Military Proceedings in Lancashire During the Great Civil War, Tome 2, 1844 - books.google.fr).

 

Sherwood

 

En mai 1798, George Gordon hérita de la fortune et de la pairie de son grand-oncle lord William, cinquième baron Byron of Rochdale, ainsi que du domaine de Newstead-Abbey au cœur de la forêt de Sherwood, donné à l’un de ses ancêtres par Henri VIII (maisons-ecrivains.fr).

 

La forêt de Sherwood est une forêt célèbre entourant le village d'Edwinstowe dans le Nottinghamshire, en Angleterre, historiquement associée à la légende de Robin des Bois, mais aussi à l'épopée des Luddites à l'ère industrielle.

 

L'anglais Robin Hood signifie littéralement «Robin à la capuche», ou «Robin au capuchon». Le français «Robin des Bois» est une erreur de traduction qui provient d'une confusion entre hood («capuche, capuchon» ou «truand») et son paronyme wood («bois»).

 

Dès le début du XIVe siècle, des ballades populaires célèbrent les aventures de Robin des Bois, notamment d'un Robin, chef d'une équipe de lutteurs qui apparaît lors des fêtes paroissiales. Il est dès lors suffisamment connu dans la tradition orale pour apparaître dans la littérature : la première mention manuscrite d'une œuvre littéraire de Robin des Bois se trouve dans Pierre le laboureur (Piers Plowman) de William Langland (1377), où Sloth, un prêtre paresseux, déclare : «Je connais des rimes de Robin des Bois.» Trois ans plus tard, le chroniqueur écossais Jean de Fordun écrit que le personnage de Robin des Bois dans les ballades «plaît mieux que tous les autres.» Puis la légende de Robin des Bois dans plusieurs ballades qui s'étoffent.

 

Au XIXe siècle, Robin des Bois devient un des héros du roman Ivanhoé (1819) de Walter Scott, ce qui en fait un personnage mondialement popularisé. L'idée que Robin est un rebelle saxon combattant les seigneurs normands et vole aux riches pour donner aux pauvres date de cette époque.

 

On a accusé de plagiat Thomas Love Peacock (1785-1866) pour le célèbre Maid Marian, paru trois ans après Ivanhoé. Peacock a toujours soutenu que son livre avait été écrit en 1818, un an avant la parution de celui de Scott. L’influence de Rabelais y est sensible, notamment à travers le personnage de frère Tuck, moine jovial qui ressemble à Jean des Entommeurs (fr.wikipedia.org - Robin des Bois).

 

Le luddisme est, selon l'expression de l'historien britannique Edward P. Thompson (1924-1993), un «conflit industriel violent» qui a opposé dans les années 1811-1812 en Angleterre des artisans - tondeurs et tricoteurs sur métiers à bras du West Riding, du Lancashire du sud et d'une partie du Leicestershire et du Derbyshire - aux employeurs et manufacturiers qui favorisaient l'emploi de machines (métiers à tisser notamment) dans le travail de la laine et du coton. La lutte des membres de ce mouvement clandestin, appelés luddites ou luddistes, s'est caractérisée par les «briseurs de machines».

 

Les années 1811-1812 cristallisent les rancœurs des couches populaires anglaises et spécialement celles de ces artisans. C'est que, outre la crise économique, les mauvaises récoltes et la famine, ces années marquent la fin des politiques paternalistes qui protégeaient les artisans et le lancement en grande pompe de la politique du «laissez-faire» - on parlerait aujourd'hui de libéralisme économique.

 

Cela commence en mars 1811, à Nottingham, où une manifestation syndicale de tondeurs de draps est sévèrement réprimée par les militaires. Dans la nuit, 60 métiers à tisser sont détruits par un groupe issu des manifestants.

 

En 1812, les artisans du textile essaient d'emprunter la voie constitutionnelle : ils proposent au Parlement d'adopter une loi pour protéger leur métier. Ils paient au prix fort des avocats, font un vrai travail de lobbying (groupe de pression), mais la loi n'est pas adoptée. Pendant ce temps, les luddites ont obtenu une satisfaction partielle : les salaires ont augmenté, la pression économique s'est un peu relâchée. Dans le même temps, les arrestations ont affaibli le mouvement. En 1812, une loi instaurant la peine capitale pour le bris de machine est entérinée, malgré les protestations et les pamphlets de Lord Byron, entre autres. Treize luddites sont pendus.

 

Si des luddites sont actifs jusqu'en 1817, leurs destructions deviennent de plus en plus désespérées. En fait, les trois métiers mentionnés vont quasiment disparaître à l'aube des années 1820. Les luddites disparaissent mais nourrissent cependant d'autres mouvements ouvriers du début du XIXe siècle. La contestation devient souterraine ou légale avant de ressurgir en force quelques années plus tard et mener au Chartisme (fr.wikipedia.org - Luddisme, www.nonagones.info - Autour de Rennes - Pentagone et Sceau de Palaja).

 

Pendant la guerre de Cent ans, les chaperons furent des signes de ralliements : en 1411 les Cabochiens firent porter aux Parisiens des chaperons bleus, leurs opposants eurent les chaperons blancs (Jules Quicherat, Historie de costume en France depuis les temps les plus reculés jusqu'á la fin du XVIIIe siècle, 1877 - books.google.fr).

 

Acrostiche : DQML

 

"Decken" et "Hemel" en néerlandais "couvrir" et "ciel" (Henry Hexham, Het Groot Woorden-Boeck, Tome 2, 1658 - books.google.fr).

 

Le voile, le vêtement, ne servent pas seulement aux besoins pratiques de la vie réelle ; ils deviennent aussi des symboles ; tout tissu se prête à habiller des notions abstraites, et l'on parle du manteau du monde, de la nature, du ciel, de la pluie, de la neige, d'autres comparaisons encore, dont les mythes et la littérature fournissent en tout temps d'abondants exemples.

 

a) Le manteau de ségrégation

 

Dès les premiers temps du christianisme, le vêtement à capuchon est devenu distinctif des moines, tout d'abord en Égypte, puis partout, en Orient et en Occident. Bien qu'il ait eu parfois dans l'antiquité un sens rituel, liturgique celui des moines chrétiens n'a pas été emprunté aux prêtres païens, mais au peuple. Ce fut pour des raisons pratiques, lutte le froid, la chaleur, commodité pour les travaux ; pour des raisons spirituelles, par humilité, pour ressembler aux petites gens, aux enfants ; pour d'autres motifs encore, ce symbolisme s'étant développé avec le temps. Lui aussi est un manteau de ségrégation, qui différencie son porteur, l'isole du monde profane, empêche ses regards d'errer à droite et à gauche ; c'est un vêtement d'initiation qui le consacre à Dieu, tout comme la religieuse «prend le voile». Ce manteau à capuchon conserve de nos jours ce caractère ségrégatif, quand il est l'insigne de confréries religieuses, de pénitents et même d'associations politiques, «Ku-Klux Klan» américain, ou «Cagoule» française.

 

b) Le manteau  nocturne

 

La nuit étend sur la terre son manteau d'obscurité, que les étoiles trouent de points lumineux ; le cucullus est lui aussi un «manteau de nuit, de vraie couleur de lune», un «nocturnus, nocturnalis cucullus», que les Romains revêtent, pour ne pas être reconnus, quand ils se rendent dans les tavernes et les bouges, à leurs rendez-vous galants. Les moines le portent autant comme manteau de nuit que de jour. Il convient bien aux êtres surnaturels, invisibles dans l'obscurité et la nuit, celles de la vie terrestre et de la vie par-delà le tombeau : à Télesphore, démon des songes guérisseurs que provoque l'incubation ; aux démons des lampes, protecteurs du sommeil des vivants et des morts ; aux dieux et génies chtoniens du sommeil et de la mort ; aux apparitions du folklore antique et moderne.

 

ESCHYLE, Trachiniennes : «Toi que tour à tour la nuit enfante, en dépouillant son manteau d'étoiles, ou cache dans son sein, Soleil, astre éclatant». Comparaison mainte fois reprise par les poètes : «Triste larme d'argent du manteau de la nuit». Victor Hugo, Contemplations, Le Mendiant (1834), au manteau rapiécé, qui s'approche du feu :

 

Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,

Étalé largement sur la chaude fournaise,

Piqué de mille trous par la lueur de braise,

Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.

Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé

D'où ruisselaient la pluie et l'eau des fondrières,

Je songeais que cet homme était plein de prières,

Et je regardais, sourd à ce que nous disions,

Sa bure, où je voyais des constellations.

 

c) Le manteau funèbre

 

Le voile, le manteau de ségrégation, sont les emblèmes du monde chtonien, de tous ceux qui sont en rapport avec lui, avec la mort. Güntert a montré par de nombreux exemples que les dieux et les démons funéraires sont voilés, l'étroite relation qu'il y a entre les termes signifiant "cacher" et la mort (Waldemar Deonna, De Télesphore au "moine bourru": dieux, génies et démons encapuchonnés, 1955 - books.google.fr).

 

On ne voit pas pourquoi du néerlandais en acrostiche.

 

Roger Manley, dans sa jeunesse, a été dans le régiment dont John Byron était le colonel. Prisonnier à Powys, il quitte l'Angleterre et se réfugie en Hollande (Rachel Carnell, A Political Biography of Delarivier Manley, 2015 - books.google.fr).

 

He passed the fourteen years of exile in Holland (Manley, A true description of the mighty kingdoms of Japan and Siam, translated from the Dutch of Caron and Schorten, 1663, Dedication, pp. 1-2). A pass for ‘Roger Manley and servant on the desire of Mr. Dorislaus,’ 17 July 1655, seems to point to a visit to England (Cal. State Papers, Dom. 1655, p. 592). After the Restoration he was made captain in his majesty's Holland regiment, and on 25 Oct. 1667 was appointed ‘Lieutenant-Governor and Commander-in-Chief of all His Majesty's Castles, Forts, and Forces within the Island of Jersey,’ by Sir Thomas Morgan, the governor. He took the oath of office on 2 Nov., and seems to have held the post until 1674 (information supplied to Mr. G. A. Aitken by Mr. H. G. Godfray). Sir Roger was never, as is commonly stated, governor of Jersey. Afterwards he became governor of Landguard Fort (Hist. of Rebellion, 1691, title-page). The ‘R. Manley’ who was in Holland in 1665 on the king's service, and was flouted by De Witt, is probably not Sir Roger (Cal. State Papers, Dom. 1665, p. 490; cf. ib. 1665–6, pp. 91, 104; cf. Hist. MSS. Comm. 4th Rep. p. 247). In 1670 Manley published at the king's command his ‘History of Late Warres in Denmark,’ i.e. from 1657 to 1660, a work which has still historical value. His ‘De Rebellione,’ a vigorous and fairly correct piece of latinity, appeared in 1686 with a dedication to James II. This was the last work published in his lifetime.

 

Mary Manley wrongly represents her father as author of the first volume of the ‘Turkish Spy’ (en.wikisource.org - Dictionary of National Biography, 1885-1900, en.wikipedia.org - Letters Writ by a Turkish Spy).

 

Cf. quatrain IV, 66 - Le sultan Mahmoud II - 1826-1827.

 

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