Le Salon de 1847

Le Salon de 1847

 

IV, 93

 

1846-1847

 

Un serpent veu proche du lict royal

Sera par Dame, nuict, chiens n'abayeront :

Lors naistre en France un Prince tant royal,

Du ciel venu tous les Princes verront.

 

Le prince venu du ciel a été identifié comme le duc de Bordeaux, "l'enfant du miracle" selon Lamartine (Henri Torné-Chavigny, Lettres du Grand Prophète d'après l'Histoire prédite et jugée par Nostradamus et l'Apocalypse interprétée par le même auteur, 1870 - www.google.fr/books/edition).

 

On passe directement Ă  la typologie.

 

Le Duc de Guise

 

Mme la duchesse d'Aumale Ă©tant accouchĂ©e d'un prince, au palais de Saint-Cloud, le 11 septembre 1847, il voulut qu'il portât le titre de duc de Guise. En effet, il reçut le lendemain les noms de Henri–LĂ©opold-Philippe-Marie d'OrlĂ©ans, duc de Guise. C'Ă©tait Ă  la fois un souvenir qu'il accordait Ă  la ville et un hommage qu'il rendait Ă  une race d'hommes si Ă©minents ensevelie maintenant dans la poussière du tombeau, mais vivante dans les fastes de l'histoire. Elle venait de s'Ă©teindre dans la duchesse de Lorraine-Guise, nĂ©e comtesse de Granville, morte Ă  Vienne en 1845. Le dimanche 12 septembre, tous les ministres, le chancelier Pasquier, le grand-rĂ©fĂ©rendaire, MM. de Broglie et Barthe se rendirent Ă  Saint-Cloud, tous en uniforme. Après le dĂ®ner, M. Pasquier dressa l'acte de naissance du nouveau duc de Guise suivant le protocole. L'ambassadeur de Naples, le prince de Joinville, le duc d'Aumale, le duc de Montpensier, Mme AdĂ©laĂŻde et toutes les princesses de la famille royale, Ă  l'exception du duc et de la duchesse de Nemours alors au camp de Compiègne, assistèrent Ă  cette cĂ©rĂ©monie qui se prolongea jusqu'Ă  dix heures du soir. La nouvelle de l'heureuse dĂ©livrance de la duchesse d'Aumale et de la naissance d'un prince qui devait porter le titre de duc de Guise fut annoncĂ©e dans la ville par une salve d'artillerie de vingt et un coups de canon tirĂ©e par les artilleurs de la garde nationale. Cet Ă©vĂ©nement qui devait marquer dans les annales de la citĂ© fut cĂ©lĂ©brĂ© au milieu de la joie populaire par une sĂ©rĂ©nade donnĂ©e par la musique, et par une illumination spontanĂ©e. Le lendemain, le conseil municipal ayant Ă  se rĂ©unir, saisit cette occasion pour envoyer au duc d'Aumale ses fĂ©licitations au nom de la ville, dans une adresse oĂą l'on a remarquĂ© ce paragraphe : «Prince, vous avez entendu nos vĹ“ux ; vous venez de donner un protecteur Ă  cette ville et de faire revivre un nom cĂ©lèbre dans l'histoire. Nous nous en fĂ©licitons, surtout dans la confiance qu'avec les leçons et l'exemple de son noble père, le nouveau duc de Guise rendra ce nom plus illustre et plus grand, par les services et les vertus que le siècle et le pays attendent de ceux que la fortune a Ă©levĂ©s Ă  ce haut degrĂ©.» (Argus soissonnais, 28 septembre 1847). Ces espĂ©rances furent trompĂ©es, car le jeune prince ne vĂ©cut que peu de temps.

 

Le 12 janvier 1852, on écrivait de Naples devenu le lieu d'exil de la duchesse d'Aumale. «Madame la duchesse d'Aumale, cousine du roi, est heureusement accouchée hier au soir, à huit heures, d'un prince qui a reçu le nom de duc de Guise. Il doit être baptisé aujourd'hui. Le roi de Naples sera son parrain, duchesse douairière de Salerne, sa marraine.» Ce second duc de Guise ne devait pas fournir une carrière plus longue que son aîné: il mourut trois mois après, le 15 avril, au château de Claremont, autre lieu d'exil de la branche cadette (Louis-Victor Pécheur, Histoire de la ville de Guise et de ses environs, Tome 1, 1851 - books.google.fr).

 

Petit ange mort au berceau

 

Art. III. De la sĂ©pulture des petits enfants. Ici, c'est la joie sainte et l'action de grâces; aucun chant de repentir, aucune supplication pour la dĂ©livrance; le son de la cloche, les fleurs du petit cercueil, le drap blanc qui le recouvre, les ornements du prĂ©tre qui ne sont plus de deuil, les prières, les cantiques qui louent ou remercient le Seigneur, tout, dans les obsèques des enfants, nous dit qu'on accompagne en triomphe le corps d'un petit ange au ciel. Certes, l'Eglise ne veut pas outrager la douleur des mères ; elles ont bien le droit de pleurer ce petit Ă©tre, objet de tous leurs voeux, et qui peut-ĂŞtre dĂ©jĂ  commençait Ă  leur sourire. Oui, pleurez, mères dĂ©solĂ©es, dont le berceau est dĂ©jĂ  flĂ©tri par la mort : rien n'est plus doux, suave et digne d'amour, rien n'ouvre le coeur Ă  l'espĂ©rance, comme l'enfant bercĂ© sur les genoux de sa mère. Mais quelle consolation pour vous, mères chrĂ©tiennes, au milieu de votre douleur! ici, la foi Ă©claire d'un rayon lumineux, d'une aurĂ©ole de gloire, ce petit corps dont l'âme s'est envolĂ©e au ciel. Votre enfant, en effet, est un ange de plus, puisque le baptème lui donna la grâce, et que jamais le pĂ©chĂ© n'altĂ©ra sa splendeur. Dans le berceau privĂ© de vie, nous avons les vĂ©ritables reliques d'un saint ; et de lĂ -haut, cet ange priera pour son père et sa mère, pour ses frères et ses sæurs, veillera sur la famille entière. C'est ce que l'Eglise veut nous rappeler dans les obsèques des petits enfants, en mĂŞme temps qu'elle proclame, aux yeux de tous, leur virginale innocence. Pourquoi mĂŞme ne rendrait-elle pas grâce Ă  Dieu, qui a moissonnĂ© ces beaux lys pour les transplanter dans le ciel, avant que la poussière du monde ne les ait flĂ©tris ? (ThĂ©ophile Bernard, Cours de liturgie romaine, ou, Explication historique, littĂ©rale et mystique des cĂ©rĂ©monies de l'Ă©glise Ă  l'usage du clergĂ© (prolĂ©gomènes-messe-brĂ©viaire-rituel), 1893 - books.google.fr).

 

"Du ciel venu"

 

François de Lorraine (1519 - 1563), duc de Guise, était considéré comme "un envoyé du ciel" pour conserver la religion catholique (Jean B. H. Du Trousset de Valincour, La Vie de François de Lorraine, Duc de Guise, 1681 - www.google.fr/books/edition).

 

Son fils, Henri, dit le Balafré, sera comparé par le pape Sixte V de même :

 

Après le discours de l'Ă©vĂŞque du Mans [qui dĂ©fend le roi Henri III de son action Ă  Blois et de l'exĂ©cution des Guises], qui dura une heure entiĂ©re, le Pape prenant la parole d'un air de. BontĂ© & d'un ton fort modĂ©rĂ©, sans s'arrĂŞter Ă  ce que ce PrĂ©lat avoit avancĂ© des projets des Guises, des obstacles qu'ils avoient apportĂ©s Ă  la guerre contre les Protestans , & au contraire des progrès que le Roi avoit faits contre eux, se contenta de lui laisser entendre qu'on l'avoit informĂ© tout autrement. Il lui dit, qu'Ă  l'Ă©gard de l'expĂ©dition du duc en Guyenne, il Ă©toit bien instruit qu'elle auroit pĂ» mieux rĂ©ĂĽssir, si les ministres du Roi ne s'y fussent opposĂ©s eux-mĂŞmes, si la Reine-mĂ©re n'eĂ»t pas fait voyage en Poitou, par l'ordre mĂŞme de ce Prince, & qu'elle n'eĂ»t pas traitĂ© de paix avec le roi de Navarre : Qu'il trouvoit la comparaison juste de l'armĂ©e formidable des Allemans mise en parallele avec les troupes nombreuses de Sennacherib ; & qu'il pensoit, comme le Roi, que la dĂ©faite n'Ă©toit pas l'ouvrage des hommes, mais d'un Ange envoyĂ© du ciel; mais que cet Ange Ă©toit le duc de Guise dont Dieu avoit voulu se servir pour mettre en dĂ©route les forces des AlliĂ©s : Qu'il se mettoit fort peu en peine de ce qui s'Ă©toit passĂ© aux Etats avant la publication de l'Ă©dit d'Union ; & que s'ils n'avoient pas rĂ©ussi au grĂ© du Roi, c'Ă©toit Ă  lui seul qu'il devoit s'en prendre, puisqu'au lieu de faire vivement la guerre aux HĂ©rĂ©riques, il Ă©toit allĂ© mal Ă  propos assembler les Etats dans un tems oĂą il ne s'agissoit pas de raisonner sur le Gouvernement : Qu'il ne parloit pas non plus de la mort du duc de Guise ; que le Roi Ă©toit le maĂ®tre de la vie de ses sujets ; & qu'ainsi il avoit pĂ» disposer du Duc Ă  la fantaisie ; que cependant il auroit dĂ» lui faire faire son procès auparavant selon les formes ordinaires de la justice : Qu'il demandoit seulement satisfaction de la mort du Cardinal qui Ă©toit sujet du S. SiĂ©ge, & non pas du Roi : Qu'en effet les Cardinaux Ă©toient immĂ©diatement soumis Ă  la jurisdiction Pontificale, & ne relevoient d'aucune Puissance sĂ©culiĂ©re, non plus que les EvĂŞques & ArchevĂŞques, ainsi qu'il Ă©toit contenu dans le serment qu'ils prĂŞtoient Ă  leur sacre (Jacques Auguste de Thou, Histoire Universelle, Depuis 1543 jusqu'en 1607, Tome 10 : 1587-1589, 1734 - books.google.fr).

 

La Femme au serpent

 

Quand AglaĂ© Savatier devient l'amante du millionnaire Alfred Mosselman, celui-ci commande au sculpteur Auguste ClĂ©singer la statue d'un nu dont elle est le modèle. Cela sera la consĂ©cration de la jeune femme, qui connaĂ®tra alors une cĂ©lĂ©britĂ© â la fois discrète (celle du modèle anatomique anonyme d'une statue de marbre) et tapageuse (celle de la femme de chair et d'os trop visiblement incarnĂ©e dans la pierre), pour la raison de la nuditĂ© tout entière de son corps très fidèlement reproduite dans cette Ĺ“uvre magistrale et scandaleuse finalement dĂ©nommĂ©e par son auteur Femme piquĂ©e par un serpent. PrĂ©sentĂ©e en 1847 au Salon de peinture et de sculpture, la Femme piquĂ©e par un serpent Ă©moustille fort les Bourgeois (des hommes patriarcaux et paternels, en gĂ©nĂ©ral adeptes de la double vie, chargĂ©s, d'un cĂ´tĂ©, d'Ă©pouses et d'enfants, et, de l'autre, grands consommateurs de femmes et de filles faciles Ă  dĂ©shabiller dans les maisons de tolĂ©rance et tous les boudoirs de la capitale) tout autant qu'elle scandalise une partie de la critique, très hypocritement d'ailleurs, pour la raison mĂŞme de son naturalisme de pierre, de son rĂ©alisme en cruditĂ© charnelle, de son «vĂ©risme mièvre et raccrocheur», comme, un siècle plus tard, le dira, non sans mĂ©pris, l'Ă©crivain AndrĂ© Bille. Ce marbre exquis laisse Ă  plaisir voir les moindres plis de peau et toutes les surfaces charnelles d'un corps (un cadavre - «Comme au long d'un cadavre un cadavre Ă©tendu» - «cadavre auprès d'un cadavre» «"nekros peri nekrĂ´"», dit Sophocle). Un corps allongĂ© dans la posture Ă©quivoque d'une agonie sur un lit de roses (alors colorĂ© de carmin et de bleu au moyen d'un acide, choix de couleurs d'assez mauvais goĂ»t, qu'Ă  bon droit on pourrait, n'Ă©tait l'anachronisme, qualifier de kitsch, et dont le sculpteur ClĂ©singer, auteur de ce marbre, vanta les mĂ©rites Ă  Delacroix, auquel cependant sa personne «caus[ait] une impression peu favorable». Un corps saisi par l'Ă©pectase avec les ambiguĂŻtĂ©s dĂ©licieuses qui la caractĂ©rise, extĂ©nuĂ© par les langueurs mortelles du venin ophidien, semence de vie et semence de mort («Ainsi je voudrais [...] t'infuser mon venin, ma sĹ“ur !», Ă©crirait le poète maudit) (RaphaĂ«l BelaĂŻche, Baudelaire, le Grand-Crevard, (Histoire poĂ©tique d'un fĂŞlĂ©), 2020 - www.google.fr/books/edition).

 

Quelques personnes se demandent comment le jury a pu admettre une production aussi évidemment contraire aux lois de la pudeur. Le jury n'aurait pas demandé mieux, à ce qu'on prétend, que de déployer sa sévérité. Mais des recommandations puissantes avaient appelé son attention sur un marbre de Cléopâtre (celui de M. Daniel). En voyant le serpent postiche que M. Clésinger a enroulé autour de la jambe de sa statue, les membres du jury se sont dit : «Voici un ouvrage fort peu décent; mais nous ne pouvons nous dispenser d'admettre la Cléopâtre !» Et toute sa rigueur a fléchi devant cette étrange méprise (Henry Trianon, Salon de 1847, Le Correspondant, religion, philosophie, politique, Tome 18, 1847 - books.google.fr).

 

Le "lict" de la "Cléopâtre", étant reine d'Egypte, est "royal".

 

Aglaé (d'un mot grec qui veut dire beau), la plus jeune des trois Grâces, était représentée avec un bouton de rose à la main, comme l'attribut de la jeunesse et de la beauté. [...] Marc-Antoine, en mourant, demanda à Cléopâtre d'en couvrir sa tombe (Mercure de France, Volume 61, 1814 - books.google.fr).

 

Royale Présidente et son chien

 

Le succès des Fleurs du mal valut Ă  Baudelaire une rĂ©compense qui, pour tout autre, eĂ»t Ă©tĂ© douce entre les plus douces : l’amour d’une femme qu’il pouvait aimer. Mme Sabatier, - il n’y a point lieu de garder ici l’anonyme Ă  l’hĂ©roĂŻne de ce roman, qui, par sa vie, s’était mise ouvertement en marge de la stricte sociĂ©tĂ©, et que d’autres, d’ailleurs, ont nommĂ©e avant nous, - rĂ©unissait en elle tout ce qu’il faut pour attirer et retenir l’homme le plus raffinĂ©. Les mĂ©moires contemporains nous ont souvent entretenus du salon artistique de la rue Frochot et de sa charmante hĂ´tesse. Encore qu’elle ne rĂ©alisât pas cet idĂ©al complexe, mĂŞlĂ© de tristesse et de mystère que le poète des Fleurs a exaltĂ© dans FusĂ©es (XVI), Mme Sabatier Ă©tait d’une beautĂ© rare et splendide, qu’attestent assez la Femme piquĂ©e par un serpent, de ClĂ©singer, et la Femme au chien, de Ricard. Ă€ sa table s’asseyaient tous les dimanches l’élite des artistes et des Ă©crivains, PrĂ©ault, Dumas père, Feydeau, Gautier, Meissonnier, Musset, ClĂ©singer, Flaubert, Bouilhet, Maxime du Camp, d’autres encore. Avec de tels partenaires, on le devine aisĂ©ment, la conversation prenait parfois un tour quelque peu paradoxal, voire subversif. Mais la PrĂ©sidente, - ainsi l’avaient baptisĂ©e ses amis qui tous eux-mĂŞmes, Ă  l’instar des habituĂ©s de l’hĂ´tel de Rambouillet, s’étaient affublĂ©s de surnoms familiers ou grandiloquents, - possĂ©dait Ă  fond l’art exquis de concilier les plus grandes libertĂ©s avec le bon ton. Enfin elle joignait Ă  une bontĂ© très rĂ©elle une intelligence naturellement vive et qu’avait encore affinĂ©e le milieu oĂą elle vivait. Ă€ la comparer Ă  Jeanne Duval, on ne s’étonnera pas si Mme Sabatier fit une vive impression sur Baudelaire ni si elle bĂ©nĂ©ficia du contraste. La VĂ©nus noire et la PrĂ©sidente, le DĂ©mon et l’Ange, la Chair et l’Esprit, le Vampire et l’idĂ©ale Amie, voilĂ  les deux pĂ´les du Baudelaire amoureux et mĂŞme, plus gĂ©nĂ©ralement, de Baudelaire tout court (Eugène CrĂ©pet, Charles Baudelaire, Étude biographique, Revue et mise Ă  jour par Jacques CrĂ©pet, suivie des Baudelairiana d’Asselineau, 1906 - fr.wikisource.org).

 

Pour Baudelaire, Mme Sabatier fut réellement la «Princesse lointaine», celle vers qui il se tournait dans ses moments de crise et de découragements. C’est son fantôme qu’il voyait voltiger

 

Sur les débris fameux des stupides orgies

Ton souvenir plus clair, plus rose, plus charmant,

A mes yeux agrandis voltige incessamment.

(Fleurs du mal, L'aube spirituelle, v. 9)

 

Elle fut longtemps son Idéal, sa Foi, son Refuge. C’est sous ce jour seul qu’il nous plaît de l’accueillir (Ernest Raynaud, Baudelaire et la religion du dandysme, Mercure de France, 1918 - fr.wikisource.org).

 

La famille d'Orléans et le Salon de 1847

 

James Pradier sculpte deux statues en 1846 pour le duc de Penthièvre (1820 - 1828) et Mademoiselle de Montpensier (1814 - 1816), tout deux enfants de Louis Philippe et d'Amélie. Elles sont exposées au salon de 1847 puis installées dans la chapelle royale de Dreux (Douglas Siler, Correspondance de James Pradier, Tome III : 1843-1846, 1988 - www.google.fr/books/edition).

 

Au mois d'avril 1816, le terrain, oĂą se trouvaient le château et la collĂ©giale dĂ©molis, fut rachetĂ©, et, le 19 septembre suivant, l'auguste descendante des comtes de Toulouse, la duchesse douairière d'OrlĂ©ans, accompagnĂ©e de son fils, le duc d'OrlĂ©ans, posa la première pierre d'une chapelle destinĂ©e Ă  la sĂ©pulture de sa famille. Le plan de cette chapelle fut tracĂ© par M. Cramail, architecte, et exĂ©cutĂ© par M. LamĂ©sange, maĂ®tre maçon de Dreux. [...] A l’avĂ©nement du duc d'OrlĂ©ans au trĂ´ne, en 1830, on put penser que la nouvelle dynastie irait demander son dernier asile Ă  la vieille basilique de Saint-Denis, auprès des tombeaux vides mais relevĂ©s de Louis XIV, de Henri IV et de saint Louis. Il n'en fut pas ainsi : le nouveau roi manifesta l'intention d'aller reposer, après sa mort, dans les caveaux de la chapelle de Dreux. La ville apprit avec fiertĂ© la dĂ©termination royale : une funèbre, mais Ă©clatante illustration allait s'ajouter aux illustrations passĂ©es de l'antique citĂ© des Druides, dont l'individualitĂ© s'Ă©tait effacĂ©e comme celle de tant d'autres villes de province, Ă  la fin du siècle dernier. La chapelle de la Duchesse douairière dut dès lors subir une transformation complète : ses proportions trop petites, ses dimensions trop Ă©troites durent ĂŞtre agrandies; la nuditĂ© de son style, la pauvretĂ© de ses formes, remplacĂ©es par une ornementation sage, noble, grave et sĂ©vère. Au point de vue et dans l'intĂ©rĂŞt de l'art, il eut paru convenable de faire disparaĂ®tre l'ancienne chapelle; mais par des motifs qu'on est forcĂ© de respecter, le roi Louis-Philippe voulut conserver le monument de sa mère. [...] La chapelle absidale est dĂ©diĂ©e sous le vocable de Notre-Dame de PitiĂ© ou des Sept-Douleurs. [...] Quatre tombeaux sont rangĂ©s dans le pourtour de cette chapelle : le premier, Ă  droite, est celui du duc d'OrlĂ©ans; le prince est reprĂ©sentĂ© couchĂ© et revĂŞtu de l'uniforme de lieutenant gĂ©nĂ©ral; près de sa tĂŞte et sur le coussin qui l'appuie est posĂ©e la couronne royale, et il tient de sa main droite une Ă©pĂ©e nue. Ce beau marbre a Ă©tĂ© sculptĂ© en 1847, par Loison, sur le modèle fait par Ary Scheffer, inspirĂ© par le sentiment de sa reconnaissance et de son respectueux attachement pour son auguste bienfaiteur. A gauche de l'autel repose Mme la princesse AdĂ©laĂŻde, seur du roi, dĂ©cĂ©dĂ©e le 31 dĂ©cembre 1847; le tombeau de Mme la duchesse douairière d'OrlĂ©ans est recouvert, comme celui du prince son petit-fils, d'un marbre sculptĂ© par Barre fils, en 1847, et qui a reprĂ©sentĂ© la princesse vĂŞtue d'un manteau d'hermine et la couronne ducale sur la tĂŞte. L'artiste a fait ressortir dans ses traits l'empreinte de la bontĂ© et de la douceur qui caractĂ©risaient cette princesse. Dans ce mĂŞme tombeau ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s, le 22 avril 1844, les restes des membres de la famille de Toulouse et de Penthièvre, rĂ©unis dès le 28 juillet 1821 dans un mĂŞme cercueil. En sortant de la chapelle, on trouve Ă  droite le tombeau de Mme la duchesse de Bourbon-CondĂ©, tante du roi Louis-Philippe, mère de l'infortunĂ© duc d'Enghien, et, vis-Ă -vis, celui du jeune duc de Penthièvre; Pradier la reprĂ©sentĂ© portant la couronne ducale, et les mains dans l'attitude de la prière. Un autre petit tombeau, placĂ© Ă©galement en retraite dans l'entre-colonnement, renferme le corps de Henri d'OrlĂ©ans, duc de Guise, deuxième fils du duc d'Aumale, dĂ©cĂ©dĂ© Ă  Paris, [...] et d'une jeune enfant du mĂŞme prince, morte en naissant, Ă  Claremont (Angleterre), le 16 aoĂ»t 1850. Quatorze autres tombeaux symĂ©triquement disposĂ©s sont encore inoccupĂ©s (Eustache de Rotrou, Dreux ses antiquitĂ©s, 1864 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Chapelle royale de Dreux).

 

Acrostiche : USLD

 

OSLAD ou USLAD, le dieu russe du repos, des festins et des plaisirs voluptueux chez les anciens Russes. Son nom vient probablement du mot russe usladit, rendre doux (Louis Noirot, Dictionnaire de la mythologie des peuples du Nord, des Scandinaves, des Germains, des Prussiens, des Vendes, 1832 - books.google.fr).

 

Adolphe Yvon est nĂ© Ă  Eschwiller, le 30 janvier 1817. Après avoir terminĂ© ses Ă©tudes, il entra dans l'administration des eaux et forĂŞts, qu'il quitta bientĂ´t, contrairement au vĹ“u de ses parents, pour venir Ă  Paris, se mettre sous la direction de Paul Delaroche, qui (chose singulière !) lui conseilla de ne pas concourir pour le prix de Rome. M. Yvon fit, en 1843, un voyage en Russie et en rapporta une sĂ©rie de dessins qui figurèrent au Salon, pendant les annĂ©es 1847 et 1848, et furent remarquĂ©s par leur allure franchement pittoresque. La bataille de Koulikowo, exposĂ©e en 1850, posa l'artiste comme peintre d'histoire; en 1855, il Ă©tablit dĂ©finitivement sa rĂ©putation avec le marĂ©chal Ney soutenant l'arrière-garde de la Grande armĂ©e, pendant la retraite de Russie, qui compte parmi ses meilleurs tableaux. L'action est très nettement exprimĂ©e et il y a un vĂ©ritable sentiment dramatique dans l'ensemble. La mĂŞme annĂ©e, M. Yvon exposa les dessins de L'Enfer (de Dante), qui sont maintenant au musĂ©e du Havre. «Nous aimons beaucoup (Ă©crivait Th. Gautier en 1855) les dessins au fusain de M. Yvon, reprĂ©sentant les sept pĂ©chĂ©s capitaux punis par les supplices de l'enfer Dantesque; c'est une suite de beaux motifs pour l'artiste Ă©pris des tournures grandioses et des musculatures de Michel-Ange, que ces damnĂ©s tordus dans toutes les postures, avec leurs raccourcis et leurs dĂ©tails anatomiques. M. Yvon en a tirĂ© parti en a maĂ®tre.» Ces dessins ont Ă©tĂ© popularisĂ©s par les belles lithographies de M. Jacott. M. Yvon a Ă©tĂ©, en quelque sorte, le peintre officiel des batailles du second Empire. Le musĂ©e de Versailles possède de lui des toiles d'une dimension immense, qui retracent les principaux Ă©vĂ©nements des guerres de CrimĂ©e et d'Italie. Voici la liste des Ĺ“uvres envoyĂ©es par cet artiste Ă©minent aux Salons annuels, Ă  Paris :

 

Salon de 1847 : Portrait de M. Mathieu Meusnier, statuaire; Portrait de M. L. D., conseiller rĂ©fĂ©rendaire Ă  la Cour des Comptes ; MosquĂ©e tartare Ă  Moscou (dessin); Droski russe (dessin); Roule de SibĂ©ric (dessin); Paysanne russe, gouvernement de Touis (id.); Tartare de la Loubianska Ă  Moscou (dessin). 

 

Salon de 1848 : Relais de poste en Russie; Portrait de Mme ***; Portrait de M. A.; Portrait du capitaine Lemasson; La colère (dessin); La luxure (dessin), rĂ©exposĂ©s en 1855; ElĂ©gie (dessin); Pastorale (dessin); Danse de paysannes russes (dessin); Tartares de la Loubianska faisant le thĂ© (dessin) (NĂ©rĂ©e QuĂ©pat, Dictionnaire biographique de l'ancien dĂ©partement de la Moselle contenant toutes les personnes notables de cette rĂ©gion, 1887 - books.google.fr).

 

Baudelaire a trois maĂ®tresses connues : deux actrices, Jeanne Duval et Marie Daubrun, et Apollonie Sabatier, une bourgeoise Ă©mancipĂ©e. Il s'adonne Ă  l'alcool, la paresse, la luxure. CondamnĂ© pour immoralitĂ© en 1857 Ă  cause des Fleurs du Mal, le poète se sent «maudit» (Fiches ABC pour le BAC Français 1re, 2020 - books.google.fr).

 

La vie amoureuse de Baudelaire est lamentable. Elle oscille entre une affreuse mulâtresse, Jeanne Duval, qui représente sa luxure, et une charmante femme entretenue, Apollonie Sabatier, qu'il voulut à tort idéaliser et qu'il ne sut pas prendre. De cette matière insuffisante il a tiré ses admirables et douloureux poèmes (Henry Bordeaux, De Baudelaire à Soeur Marguerite, 1936 - books.google.fr).

 

La défaite napoléonienne amena les Russes à Paris et fit d'Alexandre Ier l'arbitre de l'Europe pour trente ans. Les Russes étaient entré dans Paris en 1814.

 

Tout en succombant largement aux divers charmes de Paris, les Russes de la bonne société se voyaient beaucoup entre eux. Ainsi le dimanche 18 octobre 1825, après avoir assisté à la liturgie dominicale à la chapelle de la rue Meslay, où il avait eu l'occasion de rencontrer le baron Stroganov, Alexandre Tourguéniev passa rendre visite à Alexandre Narychkine, puis il alla déjeuner chez la comtesse Bobrinski. Il y eut l'impression «d'avoir déménagé à Pétersbourg». Dans les années quarante et cinquante, l'ambassadeur de Russie recevait habituellement à déjeuner le dimanche, après la liturgie, plusieurs dizaines de ses compatriotes. À la même époque, il leur était loisible de fréquenter l'un des salons ouverts à Paris par les grandes dames russes qui y séjournaient, par exemple celui de Marie Narychkine rue de Rivoli ou celui de la comtesse Razoumovski aux Champs-Élysées. [...] En août 1847 était baptisé le fils du prince Michel Galitzine. Il eut pour parrain son grand-père, le prince Fedor Galitzine, et pour marraine Marie Narychkine, dont le salon était à l'époque l'un des rendez-vous favoris du Tout-Paris aristocratique (Nicolas Ross,; Saint-Alexandre-sur-Seine: l'église russe de Paris et ses fidèles : des origines à 1917, Tome 1, 2005 - books.google.fr).

 

Alexandre Tourgueniev (1784-1845), historien et homme de lettres russe, qui a passé une partie considérable de sa vie en France. Frère du décembriste Nikolaï Tourgueniev, il fréquentait régulièrement Stendhal à Paris et à Rome. L'écrivain français nourrissait une sympathie très sincère pour son ami russe (Vera Miltchina, Un cosmopolite russe entre la France et l'Allemagne : Alexandre Tourgueniev, Philologiques, Tome IV : Transferts culturels triangulaires France-Allemagne-Russie, 1996 - www.google.fr/books/edition).

 

Ivan Tourgueniev est le pivot de la présence russe à Paris, où il arrive en 1847 lorsqu'il a 29 ans (Brigitte de Montclos, Les Russes à Paris au XIXe siècle, 1814-1896, 1996 - books.google.fr).

 

Nadejda (Nadine) von Knorring (1826-1895), d'origine balte, Ă©pouse vers 1846 le vieux prince Alexandre Narychkine (mort en 1856 ou 1864 ?), puis Alexandre Dumas fils, dont une fille Olga (plus tard marquise de Thierry de Falletans),  est la maĂ®tresse depuis 1852, père de deux de ses filles, Colette et Jeannine Dumas. Elle fut appelĂ©e la "sirène aux yeux verts" dans sa jeunesse (fr.wikipedia.org - Famille Narychkine, George Sand, Correspondance, Juillet 1860-Mars 1862, 1964 - www.google.fr/books/edition,

gw.geneanet.org).

 

Pour la visite d'un Tsar en France cf. V, 54.

nostradamus-centuries@laposte.net