La seconde République

La seconde République

Le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte

 

IV, 95

 

1848

 

Le regne à deux laissé bien peu tiendront,

Trois ans sept mois passés feront la guerre

Les deux vestales contre rebelleront,

Victor puisnay en Armonique terre.

 

Duumvirat

 

Après la mort de Crassus en mai/juin – 53, le triumvirat devient un duumvirat et les liens se distendent entre César et Pompée. Pompée se rapproche alors des optimates et devient consul unique en – 52. La guerre civile commence en janvier – 49. Manquant de troupes en Italie pour faire face aux légions aguerries de César, Pompée et les sénateurs qui l’entourent fuient en Grèce et rassemblent les troupes romaines d’Orient et des rois clients de Rome et amis de Pompée. Pour les sénateurs conservateurs comme Caton qui le déteste, Pompée est alors «le dernier rempart de la République». Après un premier succès à Dyrrachium, Pompée, affaibli par la malaria et poussé par ses proches, accepte de livrer bataille à Pharsale. C’est un désastre. L’armée pompéienne est écrasée et Pompée s’enfuit en Egypte (Eric Teyssier, Pompée, L’anti-César, 2013 - afprnpc.hypotheses.org).

 

De mai 53 à janvier 49 (passage du Rubicon par César : début de la guerre civile) il y a trois ans sept mois environ.

 

"Armonique" - Armorique

 

Voici comment Tristan s'exprime quand il parle de ses maîtres (Hatto 371) : «Les Parméniens m'ont appris à jouer de la viole et de l'organistre, les Gallois à me servir de la harpe et de la rote, les Bretons de la ville de Lut m'ont instruit dans l'art de jouer de la lyre et de la sambuque.» Le pays de Parménie ou Hermenie placé aux confins de la Bretagne et de la Normandie, porte un nom qui résulte de la confusion entre les noms de l'Armorique et de l'Arménie ! Le n et le r étaient encore souvent très proches de forme aux XI - XIIe siècles et c'est ainsi que l'on a Armonica pour Armorica dans le texte de la  «Prophétia» de Jean de Cornwall (EC, t. 14, 55). Armorica fut francisé en Armonie, ce qui explique de telles confusions. En tout cas, le sentiment d'une communauté brittonique, très vivace au Xe siècle encore, ne s'effaça que lentement. Il reste par ailleurs à identifier la ville de Lut, dont le nom a dû subir un de ces accidents fréquents dans les textes arthuriens (Histoire littéraire et culturelle de la Bretagne, Volumes 1 à 3, 1997 - books.google.fr).

 

Pendant que César faisait la conquête du nord des Gaules, ses lieutenants promenaient à l'ouest leurs légions et soumettaient tout le pays qui s'étend entre l'embouchure de la Seine et

de la Loire. Crassus lui écrivait que l'Armorique était soumise, mais César n'osait rien en croire. Il fit échelonner ses légions dans toutes les Gaules de manière à pouvoir surveiller les mouvements de tous ces peuples récemment conquis. Il s'en alla ensuite en Italie recevoir les hommages et les flatteries de ses courtisans. Mais à peine connut-on son absence qu'une révolte générale éclata. L'Armorique surtout était en feu. Plus prompt que l'éclair, César donne ses ordres à ses lieutenants, arrive lui-même à la tête de ses légions, fait équiper une flotte, et attaque tout à la fois les ennemis par terre et par mer. La victoire le favorisa dans toutes ses entreprises. Il détruisit lui-même la flotte des Vénètes, Sabinus son lieutenant tailla en pièces leur armée de terre, et pendant ce temps Crassus châtia les rebelles au midi et s'empara de l'Aquitaine (Claude Joseph Drioux, Précis de l'histoire romaine depuis la fondation de Rome jusqu'à l'invasion des Barbares, 1847 - books.google.fr).

 

"puinay"

 

Julia Caesaris Maior, née avant 101 av. J.-C., est la fille de Caius Julius Caesar III et d'Aurelia Cotta. Elle est la sœur aînée de Julia Caesaris Minor et de Jules César, cadet de la fratrie (fr.wikipedia.org - Julia Caesaris Maior).

 

Vestale - République

 

La vestale n'est après tout que le type plus parfait de la vierge et de la femme romaine. La vestale coupable est enterrée vivante : la vestale restée pure protège la république, est honorée par le sénat et les consuls, obtient du ciel des prodiges, et sa présence est le salut d'un condamné. En un mot, nulle part dans l'antiquité autant qu'à Rome (Franz comte de Champagny, Les Césars: Tableau du monde romain sous les premiers empereurs, Tome 2, 1853 - books.google.fr).

 

République - Empire

 

Après la guerre civile et la mort de César, une seconde guerre civile opposant Octave à Antoine se terminera par l'instauration de l'Empire et la fin de la République.

 

"deux vestales"

 

Le Théâtre d'amour, un recueil de comédies (et autres textes) a été écrit par Delisle de Sales pour un théâtre princier, probablement dans les années 1770 (Thomas Wynn, Delisle de Sales, Theatre D'amour et Baculard D'Arnaud, L'art de Foutre, Ou Paris Foutant, 2011 - books.google.fr).

 

César et les deux Vestales offre la même succession de scènes lascives, se déroulant entre le grand-pontifie et les vestales Marcia et Virginie. Le dénouement toutefois varie un peu. Etre grosse serait la mort pour une vestale. César qui connait les lois, termine l'aventure à la manière d'Onan. L'auteur, charmé de son immonde trouvaille, s'en félicite lui-même dans une petite note : «J'ajouterai ici un autre mot d'apologie pour le délire amoureux de César entre ses deux vestales ; le dénouement, tiré du fond même du sujet, est assez heureux et l'aspersion avec l'eau lustrale, en faisant rire, absout un moment de l'indécence d'un pareil tableau.» Il trouve cela risible, le malheureux ! Anacréon nous repose un peu de ces ordures. Il semblerait que Delisle de Sales, écoeuré lui-même du métier auquel il avait consenti, ait cherché à se relever dans sa propre estime (Gaston Capon, Les théâtres clandestins, Paris galant au dix-huitième siècle, 1905 - books.google.fr).

 

Delisle trouve d'ailleurs là l'occasion d'une sortie contre les moeurs des couvents :

 

Cette pièce érotique n'a pas le mérite de la Vierge de Babylone pour le développement heureux de l'intrigue ; d'ailleurs César s'y montre trop à découvert ce qu'il est, c'est-à-dire l'ennemi de la morale publique et le corrupteur par principe des décences sociales : je me contenterai d'observer, si un pareil sujet pouvait être justifié, que je ne suis ici que l'interprète de tous les savants qui ont écrit l'histoire des Vestales; le manuscrit d'Eléphantis est véritablement ici à sa place ; et à la destruction des couvents, lors de l'infernale révolution française, on a trouvé dans les armoires secrètes des livres non moins obscènes avec lesquels nos Vestales se consolaient de la garde de leur simulacre de virginité (Thomas Wynn, Delisle de Sales, Theatre D'amour et Baculard D'Arnaud, L'art de Foutre, Ou Paris Foutant, 2011 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1848 sur la date pivot -56 donne -1960.

 

Epoque de Misphragmuthosis, roi de Thèbes qui commence à chasser les rois Pasteurs d'Egypte (Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'hist. univers., sacrée et proph., ecclésiast. et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1762, 1763 - books.google.fr).

 

L’aventure de Pompée finit en Egypte où il meurt assassiné.

 

Voltaire écrit Tanis et Zélide, ou les Rois pasteurs, tragédie pour être mise en musique, en 1733.

 

Révolution

 

En France, sous la monarchie de Juillet, le suffrage électoral censitaire faisait élire à la Chambre des députés une majorité de représentants de la haute bourgeoisie qui empêchait toute évolution démocratique. Le régime connut de nombreuses émeutes. L’opposition de gauche se manifesta en 1847 par une campagne de banquets en faveur de la réforme.

 

La révolution de 1848 est déclenchée le 23 février par une rixe entre la foule et les gardes du Ministère des Affaires étrangères dont Guizot était titulaire. L’émeute qui s’en suit prend de telles proportions que Louis-Philippe, se refusant à une répression sanglante, abdique dès le lendemain. La deuxième république (« Le regne à deux laissé ») qui sera proclamée durera quelques trois ans. Nostradamus la symbolise par « les deux vestales », vierges romaines, qui en effet serviront de modèle à la statuaire républicaine : sous la IIIème République, « la statuaire multiplie les « républiques », vierges guerrières ou matrones débonnaires, brandissant l’épée ou le rameau de laurier [1] ».

 

Le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851 y mettra fin. Il y aura une résistance armée (« contre rebelleront ») à Paris menée, entre autres, par Victor Hugo qui s’exilera à Jersey (« Victor puisnay en Armonique terre » : « Armonique » pour « Armorique », les îles anglo-normandes font partie du Massif armoricain[2] ), ainsi qu’en Province, dans le Centre et le Sud.

 

Deuxième République

 

Du 24 février 1848 au coup d'Etat du 2 décembre 1851, il s'écoula 3 ans 9 mois et 8 jours. De la promulgation de la constitution de la Deuxième république le 12 novembre 1848 à celui du Second Empire, 3 ans et 20 jours (Historia: revue mensuelle, Numéros 62 à 73, 1952 - books.google.fr, Marcelin Bardonnaut, Petit dictionnaire politique et social des mots les plus usités dans la littérature religieuse, morale et politique, 1872 - books.google.fr).

 

Îles bretonnes ?

 

A cette époque, l'Église romaine avait déjà fait alliance avec le pouvoir temporel, et la croix et l'épée gouvernaient les corps et les âmes. Childebert était roi de France, et saint Sanson, qui voulait étendre son influence, après avoir été nommé évêque régionnaire de Dol, désirait exercer son activité dans les îles de la Manche, voisines de la côte et peuplées de païens. Il partit donc pour Paris (548 ?) et obtint du roi, à perpétuité, certaines iles qui sont en la mer, entre autres Jarzai et Grenezai. Cette donation curieuse prouve que le roi de France connaissait mal ses domaines, car elle comprenait aussi Lysia, une des iles anglaises, et Jersey ne devait être une ile que cent soixante ans plus tard ! Ce fut au retour de ce voyage à Paris que saint Sanson fut confirmé officiellement évêque régionnaire de Dol et des iles, par le roi et le Pape. Ces évêques n'avaient pas de siège fixe, ils avaient autorité sur une région indéterminée. Dol ne fut érigé en siège épiscopal, fixe et circonscrit, que plusieurs siècles après la mort de saint Sanson. Saint Sanson ne vint probablement pas dans les îles avant 556. On dit qu'il y fut appelé par un des premiers personnages du pays, du nom de Pyro, et ce notable lui aurait concédé des terres, en échange d'une cure miraculeuse. Saint Sanson établit d'abord une petite chapelle à Guernesey et y fit bâtir un monastère; puis il passa a Herm et à Serck, et pour assurer l'œuvre de conversion, il envoya de Dol des prêtres, des diacres et des clercs. En 557, il fut convoqué pour assister au concile de Paris. Trop âgé pour marcher, saint Sanson était monté sur un chariot, lorsque dans la plaine de la Beauce une roue se brisa. Le saint fit le signe de la croix, et la roue se retrouva intacte. Le roi Childebert, ayant ouï ce miracle, voulut qu'un monastère fût bâti en cet endroit. Il porta le nom de Rot-mont, roue brisée. En revenant de Paris, saint Sanson passa par Jersey et Guernesey; il y abolit les fêtes païennes, les calendes de janvier, et détourna les enfants de courir en masques le jour de ces fêtes en leur distribuant des médailles dorées. (Vie des saints.) (Eugène Pégot-Ogier, Histoire des îles de la Manche, Jersey, Guernesey, Aurigny, Serck, 1881 - books.google.fr, René Lepelley, Le nom des îles anglo-normandes. In: Nouvelle revue d'onomastique, n°25-26, 1995 - www.persee.fr, Revue de bibliographie analytique, ou Compte rendu des ouvrages scientifiques et de haute litterature publies en France et a l'etranger, 1841 - books.google.fr).

 

Hugo l'a dit : Ces rocs de l'océan ont tout , terreur et grâce... Ile bretonne d'aspect, de côte, mais à la manière de la Cornouaille, «granit au Sud, sable au Nord» : «Guernesey, gracieuse d'un côté, est, de l'autre, terrible» avec de «riants intérieurs, d'un abord âpre et bourru». Si, à son arrivée, le «printemps» parut hostile au proscrit – «le printemps de la mer... s'appelle équinoxe» - il faut dire que, ayant débarqué le 31 octobre 1855, il ne pouvait s'attendre à trouver autre chose que l'automne (Jean-Bertrand Barrère, La fantasie de Victor Hugo, Volume 2, 1960 - books.google.fr).

 

Victor... 1848

 

Victor Hugo avait l'habitude de "se faire Pompée" par Juliette Drouet, sa maîtresse fidèle.

 

Il suffit de relire une lettre de Juliette Drouet, écrite le 23 novembre 1835. Amoureuse du vit au joli brun foncé de Victor Hugo, l'amante insatiable s'imagine dans la peau du vilain loup : «J'ai un appétit furieux de ton amour et de ta personne, et je te conseille de te tenir en garde devant mon grand amour, ma grande bouche et mes grandes dents, car ces énormes dimensions ne sont que pour mieux t'aimer, mieux te baiser, et mieux te manger, mon cher petit chaperon noir.» (Franck Evrard, De la fellation dans la littérature: de quelques variations autour de la fellation dans la littérature française, 2001 - books.google.fr).

 

Sous la IIe République, il devient républicain… Il n’en demeure pas moins fidèle, dans ses écrits, à ses idéaux de justice et de liberté, intervenant parfois publiquement à la Chambre des pairs ou ailleurs. En juin 1848, s’il n’est pas du côté des insurgés, il intervient contre la répression. Mais c’est seulement à partir de 1849 que Victor Hugo commence à croire en la république comme seule forme de gouvernement permettant l’avancée des idées progressistes. Élu en mai 1849 à l’Assemblée législative, après avoir soutenu la candidature de Louis Bonaparte à l’élection présidentielle (décembre 1848), il siège avec les conservateurs, mais vote avec la gauche contre les lois réactionnaires réclamées par une majorité de droite de plus en plus extrême. Il multiplie ses interventions tous azimuts jusqu’au coup d’État du 2 décembre 1851. Entrant alors dans la clandestinité il tente, avec un groupe de députés, d’organiser la résistance. En vain. Le 11 décembre, sa fuite à Bruxelles marque le début d’un long exil, d’abord contraint – le décret de proscription tombe en janvier 1852 – puis volontaire, après l’amnistie de 1859. Le poète devient le symbole de la lutte de la République contre l’Empire, prenant position en toute occasion, par voie de presse et dans ses œuvres en faveur d’une meilleure justice sociale, pour la paix et la liberté des peuples opprimés, contre la peine de mort… (expositions.bnf.fr).

 

Acrostiche : LT LV

 

LT : laticlave

LV : LU, ludus, ludi (Abréviations tirées du «Dictionnaire des Abréviations latines et italiennes» de A. Capelli - www.arretetonchar.fr).

 

La réglementation des spectacles de l'empereur Claude avait pour base la législation augustéenne, mais pour comprendre son initiative, il faut également tenir compte de la réforme de l'ordre sénatorial qui eut lieu sous Caligula : elle entérinait l'évolution de l'ordre depuis Auguste et clarifiait une situation depuis ce temps équivoque. A partir d'Auguste, en effet, les fils de sénateurs portent le laticlave dès qu'ils abandonnent la prétexte, à 17 ans, mais continuent à être considérés comme membres de l'ordre équestre tant qu'ils n'ont pas exercé de magistrature : c'est le cas de Claude qui, tout en ayant le laticlave, n'en est pas moins chevalier jusqu'à ce que Caligula le propulse au consulat en 37. De ce fait, la police des jeux cantonne aux 14 rangs équestres les iuuenes et tous ceux qui, bien qu'ayant l'âge de commencer le cursus honorum, ne peuvent le faire ; elle vise au contraire à rehausser la dignitas des sénateurs, en vertu d'un principe de base de la politique augustéenne. Mais les jeunes porteurs de laticlave, inévitablement, furent tentés d'usurper les privilèges liés à la dignité sénatoriale : l'accès au premier rang des théâtres et des cirques était l'un des ornamenta les plus visibles et donc les plus significatifs et les plus enviés de cette dignité. Caligula eut le mérite de clarifier la carrière des uns et des autres : depuis 38, tout porteur de laticlave appartient à l'ordre sénatorial, les liens avec l'ordre équestre sont complètement rompus. Une réforme qui sanctionnait une évolution depuis longtemps en germe pour tous les lieux de spectacle, visible aussi bien dans les privilèges accordés jadis à Caius César que dans les mesures prises par les cités italiennes et provinciales : les jeunes de l'ordre sénatorial avaient accès à l'orchestre des théâtres, aux côtés des décurions et des magistrats, aux côtés aussi de leurs parents sénateurs présents aux jeux. Mais à Rome, la question des places aux lieux de spectacles n'a pas été revue en fonction de cette donnée nouvelle, et pas davantage le rôle des jeunes fils de sénateurs lors des cérémonies publiques : ils continuent à participer avec les chevaliers ayant moins de 35 ans (les iuniores) à la transuectio equitum du 15 juillet et aux défilés de l'ordre lors des funérailles des membres de la famille impériale : c'est le cas sans doute pour celles de Drusilla en juin 38 comme pour la consécration de Livie en 42. Cette situation dut entraîner un certain ressentiment de la part des iuuenes de l'ordre sénatorial (du moins de certains) répugnant à se mêler aux chevaliers, et les litiges se multiplier depuis la réforme de Caligula. Ces affaires manifestent à l'évidence un conflit entre l'idéal augustéen de la jeunesse sénatoriale dont on veut qu'elle soit le fleuron de l'ordre équestre, et l'avantage que ces iuuenes trouvaient à se rapprocher de la position sociale de leurs pères. Claude jugea qu'il était temps d'y mettre fin. Il choisit de confirmer la prééminence des sénateurs au sein de l'ordre : les ornamenta ne seraient pas équivalents pour les patres et les iuuenes. La réglementation claudienne s'inscrit donc dans une évolution de longue durée qui affecte la définition de l'ordo senatorius. Elle est finalement moins novatrice que conservatrice puisque l'empereur s'est refusé à aller au bout de la logique institutionnelle qui tendait à faire du premier ordre de la cité une catégorie sociale homogène : l'ancien schéma séparant les sénateurs des autres citoyens continue à primer dans la représentation de la cité (Michèle Coltelloni-Trannoy, La place des sénateurs au cirque : une réforme de l'empereur Claude. In: Revue des Études Anciennes. Tome 101, 1999, n°3-4 - www.persee.fr).

 

Les premiers gradins du Colisée s'alignaient sur un mur suffisamment élevé pour mettre le spectateur hors de l'atteinte des animaux. Là se trouvait aussi le podium, ou balcon destiné à l'empereur et à sa famille, aux prêtres, aux vestales, aux sénateurs, ainsi qu'aux magistrats ayant droit à la chaise curule. Derrière, s'étageaient les gradins réservés aux différentes classes de citoyens, avec les portes d'entrée et les couloirs spéciaux qui y menaient. Cent mille spectateurs pouvaient tenir dans le Colisée (Maurice Valette, Les révolutions de l'art, 1890 - books.google.fr).

 

On peut lire dans le Chant du Cirque, Ode onzième datée de 1824-1828 :

 

...L'œil ardent, le sein nu, l'impure courtisane

Près du foyer sacré pose un trépied profane;

On voile de cyprès l'autel des Suppliants;

A travers leur cortège et de rois et d'esclaves,

Les sénateurs, vêtus d’augustes laticlaves,

Dans la foule, de loin, comptent tous leurs clients.

 

Chaque vierge est assise auprès d'une matrone.

A la voix des tribuns, on voit autour du trône

Les soldats du prétoire en cercle se ranger;

Les prêtres de Cybèle entonnent la louange;

Et sur de vils tréteaux les histrions du Gange

Chantent en attendant ceux qui vont s'égorger...(Ouvres complètes de Victor Hugo, Volume 1, 1857 - books.google.fr).

 

Selon la loi du 24 février 1875, relative à l'organisation du Sénat, celui-ci se compose de trois cents membres ; deux cent vingt-cinq élus par les départements et les colonies, et soixante-quinze élus par l'Assemblée Nationale.

 

Hugo, dès le mois de juillet, envisage d'en faire partie. Siéger dans une haute assemblée comme sénateur républicain, après avoir siégé comme pair de France, est une image qui le séduit. Elle séduit aussi Juliette Drouet qui se  réjouit à l'idée d'accompagner Hugo à Versailles, comme elle l'accompagnait autrefois au Luxembourg. Sans doute elle préférerait encore le retour définitif à Guernesey, mais il n'y faut plus songer (Pierre Audiat, Ainsi vécut Victor Hugo, 1947 - books.google.fr).

 

Le 19 avril 1875, Hugo quitte Paris avec Juliette Drouet pour se rendre à Guernesey. Victor Hugo n'y passe qu'une semaine, du 20 au 27 avril 1875 : il y vient pour récupérer la «malle aux manuscrits» déposée à la banque depuis le 15 août 1870 (Victor Hugo: l'homme océan, Bibliothèque nationale de France, 2002 - books.google.fr).

 

Lorsque, en janvier 1876, Victor Hugo est élu au Sénat, Juliette lui fait promettre qu'il se laissera accompagner par elle chaque fois qu'il ira y siéger. En effet, pour toutes les séances auxquelles il assiste, elle fait en voiture le voyage de Versailles avec lui. Il en sera de même et plus commodément lorsque, en 1879, les deux Chambres se réinstalleront à Paris (Georges Lecomte, Une inspiratrice de Victor Hugo, Les Annales "Conferencia.", Volume 29, 1934 - books.google.fr).

 

Le grand homme doit entretenir son «feu sacré spirituel», il doit lui-même être «le feu sacré spirituel». Et ce feu sacré est entretenu par des vestales. Seulement Victor Hugo, le pauvre, était en manque de vestales. Adèle Hugo était encore trop attristée par la mort de Léopoldine et avait quelque peu délaissé l'entretien du feu sacré hugolien. Juliette Drouet, elle-même trop touchée par le récent événement et saisie de mauvais présages – et, peut-être vieillie –, n'avait plus la patience d'écouter ses longues et ardentes tirades (Eugène Ionesco, Hugoliade. (Viata grotesca si tragica a lui Victor Hugo), traduit par Dragomir Costineanu, Marie-France Ionesco, 1982 - books.google.fr).

 

Après la mort de la femme officielle d'Hugo, désormais vestale du foyer, Juliette surveille le courrier reçu par Victor. Elle intercepte souvent des lettres de lectrices effrontées qui sollicitent de coupables rendez-vous (André Besson, Victor Hugo: vie d'un géant, 2001 - books.google.fr).

 

Prudence en particulier avait stigmatisé «cette pudeur si délicate, cette extrême horreur du sang, cette piété qui se plaisait dans le mouvement et le carnage de l'arène, ces regards sacrés, avides de morts et de blessure dont on faisait un cruel trafic, ces ornements si respectables que l'on revêtait pour jouir de la cruelle adresse des hommes, ces âmes tendres et compatissantes qui se réveillaient aux coups les plus sanglants, tressaillaient de joie toutes les fois que le couteau se plongeait dans la gorge d'un malheureux, enfin ces vierges modestes qui, par un signal fatal, décidaient de la vie d'un gladiateur». Un tel lien entre les vestales et les combats du cirque reparait au 18e siècle dans les réflexions morales sur la cruauté et la «curiosité», mais il est écarté des fictions qui mettent en scène des vestales, afin de mieux présenter celles-ci comme des victimes du pouvoir religieux et politique. Ce lien est sans doute présent dans la première utilisation des vestales par la fiction, celle du chevalier de Mailly, Anecdote, ou Histoire secrète des vestales (Paris, 1700). L'originalité de son roman est de dédoubler la figure de la vestale et d'utiliser Pline selon lequel l'empereur Domitien aurait tenté de séduire une des gardiennes du feu sacré. Cornélie et Licinie, vestales contre leur gré, aiment, la première le citoyen Celer, la seconde un gladiateur gaulois qu'elle a sauvé de la mort. Poursuivies par les assiduités de Domitien et du sénateur Licianus, elles refusent de céder au chantage et préfèrent se laisser condamner. Leurs amants ne peuvent leur porter aide : Butelius est tué et Celer exécuté sous le fouet. Elles descendent dans la fosse. «C'est ainsi que périrent quatre amants dignes d'un meilleur sort». La violence de l'Antiquité est déplacée sur les figures de l'empereur et du sénateur dont les jeunes femmes et leurs amants apparaissent comme les victimes innocentes. Êtres sensibles et malheureux, ils sont recrutés par le genre de l'héroïde qu'affectionnent les grandes douleurs durant la seconde moitié du siècle. La vestale enfermée dans l'ombre ecclésiastique. Elle compose sa première épitre dans un cachot, la seconde dans le tombeau où elle est descendue pour toujours. La première est construite sur un chiasme entre l'inaction de la prison, provoquée par la vie passionnelle, et l'ancienne liberté de mouvement qui n'était qu'inaction morale. «Je jouis du repos, stérile jouissance, Froid bonheur, qui jamais n'offre rien de nouveau : Le repos n'est qu'ennui, la vertu qu'un fardeau [...] Ainsi dans mon devoir j'ai longtemps végété. J'ai vu mes jours éteints dans l'uniformité ; J'ai trainé sous le poids de mon indifférence, Sans douleur, sans plaisir, ma fatale existence.» Dans la seconde héroïde, la plainte se fait accusation. Clodia dénonce un système avant d'entendre au-dessus de sa tombe l'exécution de son amant et de se frapper. Son épitre n'a plus de destinataire : «Et pourquoi mes plaisirs sont-ils illégitimes ? Ceux qui firent les lois, firent aussi les crimes». A la fin du siècle, Demoustier consacre à la figure de Vesta une de ses lettres à Émilie qui mêlent le vers et la prose. Il joue une fois de plus du contraste entre le feu qui s'éteint sur l'autel et celui qui s'allume dans le cœur, entre le feu sacré qui représente le salut de la patrie et le feu de l'amour qui assure le bonheur individuel. Le supplice est horrible : Touchés par l'innocence et l'éclat de leurs charmes, Les bourreaux s'étonnaient de répandre des larmes ; Les juges frémissaient : le peuple, avec horreur, Écoutait les longs cris de ces tendres victimes... Ah ! si les sentiments de l'amour sont des crimes, Dieux cruels ! pourquoi donc leur donniez-vous un cœur ? Ces plaintes et ces questions vengeresses trouvent une audience plus large au théâtre.

 

On comprend ce que les questions martelées d'Ericie la vestale et d'Osmide son amant, se réclamant de la liberté fondamentale de l'être humain, pouvaient avoir d'insupportable pour les censeurs : «Est-ce un crime, en ces lieux, d'aimer la liberté ? [...] Le premier vœu de l'homme est celui d'être libre. Quel serment à ce vœu peut jamais déroger ? Ceux qu'imposa la force ont-ils pu l'abroger ? Est-ce offenser le ciel, et se rendre coupable / Que de briser un joug, un joug insupportable ? Les dieux se plaisent-ils à causer nos tourments ? A voir nos pleurs, nos cris, et nos gémissements ? Entassent-ils sur nous les fers et les entraves ? Nous sommes leurs enfants et non pas leurs esclaves».

 

Le siècle des Lumières lègue ainsi au Romantisme une belle figure de jeunesse révoltée (Michel Delon, Mythologie de la vestale, Dix-huitième siècle, 1995 - books.google.fr).



[1] Michel Winock, L’Histoire n° 113, p. 95

[2] Grand Larousse encyclopédique en XX volumes, 1970

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