La Pierre de Rosette

La Pierre de Rosette

 

IV, 30

 

1800-1801

 

Plus onze fois luna fol ne voudra,

Tous augmentés & baissés de degrés,

Et si bas mis, que peu or on coudra,

Qu'après faim, peste, découvert le secret.

 

"augmenté & baissez"

 

L'Epacte de l'année 1700, & celle des années des deux siecles suivans jusqu’y compris l'année 1899 sont toutes moindres d'un que celles du siecle precedent, qui répondent à un même Nombre d'or, car le cycle des Epactes êtant marqué par un ordre retrograde dans le Calendrier Gregorien, l'Epacte de chaque année doit diminuer d'un, toutes les fois que se fait le retranchement d'un bissexte, parce qu'aprés ce retranchement on compte un jour plus tard chaque nouvelle Lune, si ce n'est lorsque par l'Equation Lunaire les nouvelles Lunes remontent d'un jour vers le commencement des mois, ce qui doit arriver de trois en trois siècles ou environ, & c'est ce qui arrivera l'année 1800, laquelle n'étant point bissextile, son Epacte & celle de toutes les années du 19e siècle devroient être moindres d'un que celles du siecle courant mais comme l’Equation Lunaire qui doit se faire dans ladite année 1800 feroit remonter ou augmenter d'un jour les mêmes Epactes il le fera une compensation de sorte qu'il n'y aura point de changement dans le cycle des Epactes pendant tout ce temps-là (Nicolas Bion, L'Usage des globes celeste et terrestre, et des spheres suivant les differens systemes du monde, 1703 - books.google.fr).

 

"onze"

 

On croyoit au temps du concile de NicĂ©e que l'annĂ©e solaire Ă©toit composĂ©e de 365 jours 5h 55', suivant le sentiment de PtolomĂ©e: mais comme il y a 6 minutes de moins dans la vraie durĂ©e de l'annĂ©e solaire, l'Ă©quinoxe arrivoit chaque annĂ©e 6 minutes plutĂ´t qu'on ne croyoit, et, du temps de GrĂ©goire XIII, en 1577, il se trouvoit arriver le 11 mars. On se servit pour la rĂ©formation du calendrier des tables de Copernic et de Reinhold, qui supposoient la durĂ©e de l'annĂ©e de 365 jours 54 49' 16" 22" et demi. Le bref de rĂ©formation parut le 24 fĂ©vrier 1581, dans lequel GrĂ©goire XIII ordonna : 1° qu'après le 4 octobre 1582 on retrancheroit dix jours du mois, de sorte que le 5 octobre a Ă©tĂ© appelĂ© le 15 ; 2° les annĂ©es bissextiles, qui avoient lieu tous les quatre ans, n'auroient plus lieu dans les annĂ©es sĂ©culaires 1700, 1800, et 1900 : en sorte que toutes les annĂ©es dont le nombre sĂ©culaire est divisible par 4 seront bissextiles, de mĂŞme que les autres annĂ©es dont les derniers chiffres sont divisibles par 4. Cette suppression de 10 jours, observĂ©e seulement dans les Ă©tats des princes catholiques, a Ă©tĂ© la cause d'une diffĂ©rence dans la maniere de compter les jours : par exemple, lorsqu'en Angleterre on comptoit le jer janvier, en France on comptoit le 10; ce qui a produit une distinction de style, le style julien ou vieux style, et le style grĂ©gorien ou nouveau style. L'Angleterre a adoptĂ© le nouveau style en 1752, au mois de septembre; l'Ă©glise grecque a conservĂ© le style julien : en sorte qu'en 1700 elle Ă©toit en retard de 11 jours, et en 1800 elle le sera de 12.

 

L'ère française a pour époque la fondation de la république, le 22 septembre de l'ere vulgaire 1792, jour de l'équinoxe vrai. Cette époque fut décrétée le 4 frimaire de l'an 2 (5 octobre 1793); d'après ce décret, chaque année commence à minuit avec le jour où tombe l'équinoxe vrai d'automne à Paris : ce décret, qui renvoie à l'astronomie le soin de fixer le premier jour de l’an, maintiendra toujours la correspondance exacte entre le commencement de l'année française et l'époque de l'équinoxe vrai d'automne où la France s'est déclarée en république.

 

Les Arabes et les Turks ont pris pour mesure de leurs années les mouvements de la lune, sans avoir aucun égard aux mouvements du soleil; comme leur année est plus courte de 11 jours que l'année solaire, il s'ensuit qu'ils ont une année vague, dont le commencement parcourt successivement par un mouvement rétrograde toutes les saisons (Memoires sur l'Egypte, publ. dans les annees (1798-1801) (par l'institut d'Egypte), 1800 - books.google.fr).

 

Comput ecclésiastique

 

Pour l'annĂ©e 1801 : Nombre d'or (quantième du mois solaire (1 Ă  19 : cycle de MĂ©thon) oĂą la Lune est nouvelle) 15 ; epacte (l'âge de la dernière nouvelle Lune au premier de l'an prĂ©cĂ©dent jour de l'an) XV ; cycle solaire 18 ; indiction romaine 54 ; lettre dominicale D (Antoine Augustin Renouard, Manuel pour la concordance des calendriers rĂ©publicain et grĂ©gorien, 1822 - books.google.fr).

 

Ces éléments sont ceux du comput ecclésiastique dont le but est de déterminer à quelle date tombe Pâques et de là les autres fêtes chrétiennes mobiles.

 

On retrouve l'"or" du vers 3 dans le nombre d'or.

 

"coudra" et "or" : le fil du temps

 

Ourdir, employĂ© par Malherbe, se retrouve chez La Fontaine : La Parque Ă  filets d'or n'ourdira point ma vie, Fables, XI, 4 :

 

La parque Ă  filets d'or n'ourdira point ma vie :

Je ne dormirai point sous de riches lambris,

Mais voit-on que le somme en perde de son prix ?

En est-il moins profond et moins plein de délices ? (Racan (1589-1670) Historie Anecdotique Et Critique de Sa Vie Et de Ses Oeuvres, 1970 - books.google.fr).

 

Le fil d'or de la destinée apparaît chez Dickens, dans le conte des deux villes qui se déroule pendant la Révolution française (Sylvie Ballestra-Puech, Des Parques des Lumières aux Parques romantiques, Mythologies de la mort, Numéro 5 de Cahiers romantiques, 2000 - books.google.fr, Mireille Piarotas, Des Contes et des femmes, 1996 - books.google.fr).

 

Le calendrier républicain

 

Ă€ partir de l'an VII, les quotidiens sont datĂ©s uniquement dans le calendrier rĂ©publicain. Lalande, qui a tentĂ© jusqu'en 1799 de le rĂ©former, y renonce tout Ă  fait en 1801. Ă€ la rentrĂ©e du Collège de France, il dĂ©clare :

 

Le premier jour du dix-neuvième siècle a été marqué par la découverte d'une neuvième planète. Je me sers du calendrier de toutes les nations, persuadé que le Gouvernement français renoncera bientôt à un calendrier qui n'est entendu et ne peut être adopté ni de nos voisins ni de la grande majorité des Français. Cette découverte, si remarquable en astronomie, nous inspire d'autant plus d'intérêt que c'est parmi nous que l'astronome de Palerme est venu se préparer à cueillir, sous un plus beau ciel, de nouveaux fruits pour l'astronomie. On a dû cette découverte au hasard, comme celle de la planète de Herschel en 1781; mais ce hasard ne pouvait favoriser qu'un astronome habile et assidu: c'est ce que Plutarque appelle travail heureux (1er janvier 1801 au soir, M. Piazzi, astronome de Palerme, occupé d'un catalogue de 7000 étoiles) (Jérôme de La Lande, Bibliographie astronomique, avec l'histoire de l'astronomie depuis 1781 jusqu'a 1802, 1803 - books.google.fr).

 

Un examen plus approfondi de cette question par la Lande, La Place, mais surtout par de Lambre, a fait sentir la nĂ©cessitĂ© de faire toutes les annĂ©es Ă©gales, et de soumettre toutes les intercalations Ă  une règle fixe. En effet, lorque l'Ă©quinoxe vrai tombera, près de minuit, comme en 144, oĂą il doit arriver Ă  1h 59' 40" du soir, suivant les tables actuelles, ne pouvant rĂ©pondre de cette dĂ©termination qu'Ă  3 ou 4 près, il peut aussi bien tomber en-deçà qu'au delĂ  de minuit, c'est Ă  dire, le lendemain ou le surlendemain du 5e complĂ©mentaire de l'annĂ©e, ce que l'observation seule ne pourra pas mĂŞme dĂ©cider, en supposant que le temps ne s'y opposât pas. Jusques-lĂ  on seroit incertain si l'annĂ©e doit ou ne doit pas ĂŞtre sextile. Cette incertitude auroit des suites fâcheuses pour la chronologie, le commerce, les actes civils ; il faut donc l'Ă©viter. En supposant mĂŞme qu'on puisse dĂ©ter?niner exactemement, et d'avance, le jour de l'Ă©quinoxe vrai, il rĂ©sulteroit de l'exĂ©cution rigoureuse de l'article une distribution très-irrĂ©gulière des jours intercalaires. Le plus souvent ils arriveroient de quatre en quatre ans, mais quelques-uns n'arriveroient qu'après cinq ans, et cela a des intervalles inĂ©gaux ; il en rĂ©sulteroit de plus que les sextiles tomberoient, tantĂ´t sur des annĂ©es paires, tantĂ´t sur des annĂ©es impaires. Cette singularitĂ© ne pourroit ĂŞtre soumise Ă  aucune rĂ©gle facile, une règle d'intercalation levera tous les inconvĂ©niens; celle que vous proposent les astronomes conduit Ă  trois corrections indispensables. Voici le projet de dĂ©cret.

 

La convention nationale, après avoir entendu son comitĂ© d'instruction publique, sur la proposition faite par les gĂ©omètres et les astronomes nommĂ©s au rapport, d'adopter une règle d'intercalation pour maintenir les saisons aux mĂŞmes Ă©poques de l'annĂ©e, dĂ©crète :

 

Art. Ier. La quatrième année de l'ère de la république, sera la première sextile ; elle recevra un sixième jour coinpléinentaire, et terminera la première franciade.

II. Les années sextiles se succéderont de quatre en quatre ans, et marqueront la fin de chaque franciade.

III. Sur quatre années séculaires consécutives, sont exceptées de l'article précédent, la première, la deuxième, la troisièine années séculaires, 100, 200, 300, qui seront communes, la quatrième sera sextile.

IV. Il en sera ainsi de quatre en quatre siècles, jusqu'au 40e, qui se terminera par une année commune l'an 4000.

 

Après la mort de Romme, GrĂ©goire, qui lui avoit succĂ©dĂ©, n'osa pas proposer le dĂ©cret, parce qu'il craignoit qu'on n'ajournât le calendrier auquel on n'Ă©toit pas favorable. Le changement de gouvernement amena des idĂ©es très-diffĂ©rentes, au point que le 3 avril 1798, le directoire dĂ©fendit aux journalistes d'accoler le calendrier grĂ©gorien au nouveau calendrier, et que pour comble d'absurditĂ©, on dĂ©fendit de mettre le calendrier grĂ©gorien dans la Connaissance des Temps de l'an 9 (1801), qui parut le 16 janvier 1799, et le bureau des longitudes fut obligĂ© d'en dĂ©tacher la partie la plus importante, parce qu'on y avoit fait usage du calendrier grĂ©gorien. Mais en 1795, cette fureur de calendrier nouveau n'existoit pas, on disputoit seulement sur sa forme. [...] Le 30 septembre 1799, le cit. de la Lande s'adressa Ă  l'assemblĂ©e : on nomma une commission; mais la rĂ©volution du 18 brumaire an 8, 9 novembre 1799, empĂŞcha la conclusion. Ainsi, le calendrier rĂ©publicain reste toujours affectĂ© de cette erreur, et le cit. de la Lande paroĂ®t plus occupĂ© de le faire rejeter que de le perfectionner, parce qu'il voit l'impossibilitĂ© de le faire adopter, quoique plus simple et plus commode. Quoi qu'il en soit, voici le commencement des 25 premières annĂ©es rĂ©publicaines; on les trouve pour 400 ans dans la Connoissance des Temps de l'an, 7 1799 (Histoire des mathĂ©matiques, dans laquelle on rend compte de leurs progrès depuis leur origine jusqu'Ă  nos jours, 1802 - books.google.fr).

 

L'influence du système calendaire Ă©gyptien sur le calendrier rĂ©volutionnaire semble indĂ©niable. En effet, ce dernier est un système de 365 jours auxquels on ajoute six jours tous les quatre ans, les mois Ă©tant divisĂ©s en trente jours. Il rappelle donc nettement le calendrier Ă©gyptien. Or c'est peu de temps avant l'expĂ©dition des Français en Égypte et l'intĂ©rĂŞt portĂ© Ă  l'Égypte que fut Ă©tabli le calendrier rĂ©volutionnaire ; l'Ă©gyptomanie s'affirme dès les annĂ©es 1770-1780 . La rĂ©fĂ©rence au calendrier Ă©gyptien est d'ailleurs explicitĂ©e dans le rapport de Romme. Ainsi dans les «Instructions sur l'ère de la RĂ©publique et sur la division de l'annĂ©e, dĂ©crĂ©tĂ©es par la Convention Nationale, pour ĂŞtre mises Ă  la suite du dĂ©cret», on relève dans le Titre III, De la longueur de l'annĂ©e : «Les Égyptiens 1 500 ans et les Babyloniens 746 ans avant l'ère vulgaire se rapprochèrent des vrais principes en faisant leur annĂ©e de 365 jours, distribuĂ©s en 12 mois Ă©gaux de 30 jours et 5 Ă©pagomènes» (Les calendriers: leurs enjeux dans l'espace et dans le temps : colloque de Cerisy, du 1er au 8 juillet 2000, 2002 - books.google.fr).

 

Peste et famine en Egypte

 

Du 8 au 12 mars 1801, le général Abercromby débarque à Aboukir, un corps de 16 000 hommes auxquels le général Menou, arrivé le 19 à Alexandrie, ne pourra opposer qu'environ 9500 hommes. Renforcés par 6000 Turcs, les Anglais envahissent alors le delta et isolent Menou dans Alexandrie, cependant que le général Belliard commande l'armée du Caire. C'est Belliard qui capitulera le premier, après avoir appris que les Anglais remontent le Nil et lui coupent la retraite vers le nord tandis que 10000 cipayes débarqués à Kosseïr arrivent par le sud. Le 27 juin, il signera une convention lui accordant les honneurs de la guerre et le rapatriement de ses troupes aux frais de l'Angleterre. Après la chute du Caire, Menou assiégé dans Alexandrie où le scorbut, la peste et la famine font des ravages, ne tiendra pas longtemps. Le 2 septembre 1801, il se résignera à signer la capitulation aux mêmes conditions que celles du Caire (Robert Cornevin, Marianne Cornevin, La France et les Français outre-mer: de la première Croisade à la fin du Second Empire : cartes et tableau chronologique 1990 - books.google.fr).

 

"le secret"

 

La pierre de Rosette est un fragment de stèle gravée de l'Égypte antique portant trois versions d'un même texte qui a permis le déchiffrement des hiéroglyphes au XIXe siècle. L'inscription qu'elle comporte est un décret promulgué à Memphis par le pharaon Ptolémée V en 196 av. J.-C. Le décret est écrit en deux langues (égyptien ancien et grec ancien) et trois écritures : égyptien en hiéroglyphes, égyptien démotique et alphabet grec.

 

Exposée à l'origine dans un temple, la stèle est probablement déplacée au début de l'ère chrétienne ou durant le Moyen Âge, et par la suite utilisée comme matériau de construction pour des fortifications dans la ville de Rosette, dans le delta du Nil, fort rebaptisé par Bonaparte Fort Jullien, en souvenir de son aide de camp Thomas Prosper Jullien mort durant la campagne. Elle est redécouverte, dans ce fort, le 15 juillet 1799 par un soldat français, Pierre-François-Xavier Bouchard, lors de la campagne d'Égypte de Bonaparte. Premier texte égyptien bilingue connu, la pierre de Rosette éveille rapidement l'intérêt du public en raison de son potentiel pour la traduction des langues de l'Égypte ancienne jusque-là indéchiffrées. Des copies et moulages circulent parmi les musées et les savants européens. Pendant ce temps, Bonaparte est défait en Égypte et la pierre originale devient possession britannique en 1801. Transportée à Londres et exposée au British Museum dès 1802, elle est l'un des objets phares de ce musée.

 

La première traduction du texte en grec est rĂ©alisĂ©e dès 1803. Il faut cependant attendre près de vingt ans avant que le dĂ©chiffrage des hiĂ©roglyphes ne soit annoncĂ© par Jean-François Champollion, Ă  Paris, en 1822, et plus encore avant que les Ă©rudits ne soient capables de lire les inscriptions Ă©gyptiennes antiques avec assurance. Les principales Ă©tapes de dĂ©chiffrement ont Ă©tĂ© : la reconnaissance que la pierre comporte trois versions du mĂŞme texte (en 1799) ; le fait que le texte en dĂ©motique retranscrit phonĂ©tiquement des noms Ă©trangers (1802) et que le texte en hiĂ©roglyphes fait de mĂŞme et comporte d'importantes ressemblances avec le dĂ©motique (Thomas Young, 1802) ; enfin, la comprĂ©hension que le texte en hiĂ©roglyphes utilise des caractères phonĂ©tiques Ă©galement pour Ă©crire des mots Ă©gyptiens (Champollion, 1822-1824) (fr.wikipedia.org - Pierre de Rosette).

 

Thomas Young (13 juin 1773 Ă  Milverton (Somerset) – 10 mai 1829 Ă  Londres), est un physicien, mĂ©decin et Ă©gyptologue anglais. Young est d'autre part un des premiers Ă  dĂ©chiffrer certains hiĂ©roglyphes. En juin 1814, un de ses amis lui apporte un papyrus dĂ©motique ; sĂ©duit par l'aventure, Young entreprend la traduction du texte dĂ©motique ainsi que celui de la pierre de Rosette. Il prend contact avec Johan David Ă…kerblad qui avait abandonnĂ© ses propres recherches et qui met son alphabet dĂ©motique de seize lettres Ă  la disposition de Young. Ce dernier s'aperçoit que cet alphabet n'est pas viable, et en trois mois, parvient Ă  de meilleurs rĂ©sultats. Il Ă©tablit une traduction conjecturale du texte dĂ©motique de la pierre de Rosette ; guidĂ© par son instinct mathĂ©matique, il instaure un astucieux système de dĂ©coupage du texte par classement et comparaison des diffĂ©rents signes, lui permettant d'importantes dĂ©couvertes :

 

- la mise en évidence de la valeur phonétique des signes hiéroglyphiques,

- la parenté entre les graphies cursives (hiératique et démotique) et les signes hiéroglyphiques,

- le marquage des noms de rois et de dieux par des cartouches.

 

À l'automne 1814, il fait part de ses résultats à Silvestre de Sacy qui est emballé et considère Young comme le déchiffreur des hiéroglyphes. Pendant les trois années suivantes Young poursuit ses travaux sur le démotique et fait des progrès dans la compréhension de l'alphabet hiéroglyphique, se rendant compte notamment que les signes n'étaient pas tous alphabétiques. Le 14 septembre 1822, Champollion publie sa lettre à Monsieur Dacier explicitant le système des hiéroglyphes.

 

Quand Jean-François Champollion publie sa traduction complète des hiéroglyphes, Young reconnaît son avancée mais lui demande en même temps de déclarer s'être appuyé sur ses articles antérieurs. Champollion, qui est parvenu à la compréhension fondamentale du système hiéroglyphique grâce à sa maîtrise du copte, refuse d'admettre toute paternité de la traduction à Young, dont les interprétations comportaient des manques et des erreurs (fr.wikipedia.org - Thomas Young).

 

La pierre de Rosette et le calendrier Ă©gyptien

 

PtolĂ©mĂ©e en se plaçant enfin sur le trĂ´ne d'Egypte, voyoit autour de lui des hĂ©ritiers qui pouvoient en perpĂ©tuer la possession dans sa descendance. Il avoit Ă©pousĂ© en troisièmes noces Eurydice fille d'Antipater, et quelque temps après BĂ©rĂ©nice venue en Egypte en mĂŞme temps qu'Eurydice. Il avoit entre autres enfans un fils d'Eurydice, surnommĂ© CĂ©raunus, et de BĂ©rĂ©nice, celui qui lui succĂ©da et qui porta le surnom de Philadelphe : ce sont les seuls dont les noms se rattachent Ă  l'histoire d'Egypte, le sort des autres au nombre de neuf ne l'intĂ©ressant point spĂ©cialement. Ainsi le fils de Lagus, PtolĂ©mĂ©e Soter, rĂ©unissoit alors en lui tout ce qui peut assurer le succès d'une entreprise aussi importante que la fondation d'une dynastie souveraine, un nom illustrĂ© par de grandes actions militaires, une rĂ©putation de sagesse Ă©prouvĂ©e par de graves circonstances, vingt ans d'une administration essentiellement bienveillante et protectrice, la confiance des corps de l'Etat, l'amour du peuple, enfin plusieurs hĂ©ritiers qui ne laissoient aucune incertitude sur la transmission de la couronne royale.

 

Pour obtenir toute la prĂ©cision dĂ©sirable dans l'ordre des temps historiques de la famille qui la porta, il n'est pas inutile, Ă  prĂ©sent que des dates ou des supputations Ă©gyptiennes ainsi que des nombres inscrits sur des mĂ©dailles des Lagides vont devenir des Ă©lĂ©mens importans dans la suite de ces recherches ; il n'est pas inutile, disons-nous, d'examiner de quelle espèce d'annĂ©e on se servit dans ces indications: et comme Alexandre maĂ®tre de l'Egypte, après avoir sacrifiĂ© Ă  ses dieux, voulut et ordonna que tous ses autres usages fussent respectĂ©s, que tout ce qui tenoit au gouvernement du pays, institutions civiles ou religieuses, y demeurât rĂ©glĂ© selon ses coutumes et ses lois, on peut dĂ©jĂ  infĂ©rer de lĂ  que le calendrier Ă©gyptien continua d'y servir Ă  la division du temps pour les usages soit publics, soit particuliers. Alexandre avoit cependant transportĂ© le calendrier macĂ©donien dans toutes les rĂ©gions qu'il avoit soumises. Il subsista long-temps encore après lui Ă  Babylone, Ă  Tyr, Ă  Sidon et dans toute la Syrie; en Lycie, Ă  Ephèse, en Chypre et dans d'autres pays qui furent le fruit de ses conquĂŞtes. Il leur avoit fait une obligation de suivre ce calendrier et d'autres règles macĂ©doniennes d'adminisration publique, comme si l'uniformitĂ© dans la division du temps, de mĂŞme que l'uniformitĂ© de langage pouvoit servir de lien entre des peuples qui obĂ©issent Ă  la mĂŞme loi. Mais on a vu que l’Egypte fut exceptĂ©e de celles que recevoient tous les peuples vaincus , et la preuve de cette exception pour l’Egypte subsiste encore dans un acte authentique dont l'un des successeurs du premier PtolĂ©mĂ©e fut l'occasion et l'objet. Le dĂ©cret des prĂŞtres de l'Egypte pour l'inauguration religieuse de PtolĂ©mĂ©e Epiphane Ă  Memphis, et dont le texte est conservĂ© sur la pierre trouvĂ©e Ă  Rosette, est en effet datĂ© selon le calendrier Ă©gyptien, le 18e jour du mois de mĂ©chir. Il est vrai que le jour correspondant du mois macĂ©donien, le 4 de xanthique, se trouve simultanĂ©ment relatĂ© dans la date du dĂ©cret; mais cette circonstance ne peut prouver autre chose, sinon que les MacĂ©doniens qui habitoient l'Egypte, se servoient, dans leurs rapports, de leur calendrier particulier, et l'on remarque encore dans l'HĂ©mĂ©rologe. long-temps après les PtolĂ©mĂ©es, la distinction qu'on faisoit en Egypte mĂŞme de ces deux calendriers : car le calendrier Ă©gyptien se trouve indiquĂ© comme celui des Alexandrins, et le calendrier macĂ©donien comme en usage parmi les Hollènes qui, pour cette Ă©poque, ne sont que les MacĂ©doniens d'Egypte. Mais comme il s'agit dans la discussion prĂ©sente de connoĂ®tre le calendrier lĂ©galement en usage dans l'Egypte des PtolemĂ©es, afin de l'employer pour le calcul des annĂ©es inscrites sur les mĂ©dailles qui avoient aussi un caractère lĂ©gal e? dont les annĂ©es Ă©toient nĂ©cessairement les mĂŞmes que celles du calendrier officiel, il faut revenir Ă  la date Ă©gyptienne de l'inscription de Rosette, en ajoutant que, dans cette inscription, toutes les autres dates qui s'y trouvent sont purement Ă©gyptiennes et sans mĂ©lange de dates macĂ©doniennes. C'est ainsi, 1° que le jour de la naissance du roi, qui doit ĂŞtre un jour de fĂŞte solennelle pour toute l'Egypte, est indiquĂ© selon le calendrier Ă©gyptien seulement au 30 du mois de mesori; 2° que l'autre disposition du dĂ©cret, d'après laquelle une fĂŞte qui durera cinq jours est instituĂ©e en l'honneur du roi, porte qu'elle commencera Ă  la nĂ©omĂ©nie du mois de thĂ´th qui Ă©toit le 1er jour de l'annĂ©e Ă©gyptienne; et Ă  ces deux indications on n'a point ajoutĂ© de concordance macĂ©donienne. On pourroit dire aussi que le texte Ă©gyptien de cette dernière partie du dĂ©cret est encore plus concluant Ă  cet Ă©gard; car il dit positivement que cette fĂŞte sera cĂ©lĂ©brĂ©e de l'annĂ©e le premier jusqu'au jour cinq ; et comme le texte grec dit aussi que le 1er thĂ´th est ce premier jour de l'annĂ©e, que ce mĂŞme premier thĂ´th n'appartient qu'au calendrier de l'Egypte, il est certain que le dĂ©cret n'emploie que celui-lĂ , et il en rĂ©sulte qu'il Ă©toit le seul qui fĂąt gĂ©nĂ©ralement usitĂ© dans les actes du gouvernement, dans les dĂ©crets comme sur les monnoies. Mais pour ne pas nous engager ici Ă  prouver l'exactitude d'une citation Ă©gyptienne qui n'a encore aucune autoritĂ©, nous reviendrons aux passages du texte grec, qui sont assez prĂ©cis pour dĂ©montrer que la division du temps pour les usages civils et les acles du gouvernement de l’Egypte sous les PtolĂ©mĂ©es, Ă©toit rĂ©glĂ©e par le calendrier Ă©gyptien, et que cette mĂŞme annĂ©e servit aussi aux supputations qui sont encore inscrites sur les monnoies des Lagides, puisque le plus fort nombre qui se trouve sur les mĂ©dailles de ceux de ces princes dont on a les suites complètes et authentiques, est Ă©gal au nombre des annĂ©es de leur règne indiquĂ© par les chronologistes qui comptoient aussi par l'annĂ©e Ă©gyptienne de 365 jours. C'est donc cette mĂŞme annĂ©e qui doit servir Ă  reconnoĂ®tre les annĂ©es du règne des Lagides qu'on lira sur leurs monnoies. Le collĂ©ge des prĂŞtres n'avoit pas encore perdu son influence, puisqu'il conserva le droit d'inaugurer les rois, de consacrer et lĂ©gitimer en quelque sorte leur avènement Ă  la couronne par les cĂ©rĂ©monies religieuses, et ils n'oublioient pas alors de les faire engager par un serment solennel Ă  ne dĂ©ranger par aucune intercalation de jours ni d'annĂ©es l'ordre Ă©tabli dans le calendrier. PtolĂ©mĂ©e qui posoit sur sa tĂŞte l'antique couronne des rois d'Egypte, pouvoit moins encore qu'un autre souverain se hasarder Ă  contrarier, sous ce rapport, des usages revĂŞtus de la sanction du temps, et accrĂ©ditĂ©s par la puissance religieuse qu'il n'avoit pas intĂ©rĂŞt d'aliĂ©ner de lui. Ainsi, des considĂ©rations très-graves et des monumens dĂ©cisifs prouvent en mĂŞme temps l'adoption du calendrier Ă©gyptien et son usage lĂ©gal dans l'Egypte sous les rois macĂ©doniens. Il se composoit d'une annĂ©e vague de 365 jours ; sa diffĂ©rence d'un quart de jour avec la longueur de l'annĂ©e julienne, est assez insignifiante dans l'apprĂ©ciation des temps historiques, pour que nous ne devions pas trop nous y arrĂŞter, vu surtout l'impossibilitĂ© de porter ordinairement nos indications chronologiques jusqu'Ă  la prĂ©cision d'un jour. On ne doit ni espĂ©rer, ni rechercher ici cet avantage; et le soin avec lequel les dates juliennes, selon le calendrier romain ou selon les consuls, se trouveront, lorsque cela sera devenu possible, rapprochĂ©es des dates Ă©gyptiennes, suffira pour faire disparoĂ®tre cette diffĂ©rence qui, pour le règne entier des Lagides, c'est-Ă -dire pendant près de trois siècles, ne donne entre le calendrier Ă©gyptien et le calendrier julien qu'une diffĂ©rence de 74 jours, laquelle doit successivement ĂŞtre absorbĂ©e chaque annĂ©e par le rapprochement et la concordance indiquĂ©e des deux calendriers. Il n'en seroit pas ainsi Ă  l'Ă©gard du calendrier macĂ©donien : plus court de 11 jours que celui de l'Egypte, il donneroit pour les 294 annĂ©es de l'existence de la maison des Lagides, 3234 jours de moins, ou près de neuf annĂ©es macĂ©doniennes de plus. Il n'Ă©toit donc pas inutile d'insister ici sur cette discussion; elle nous fait connoĂ®tre que les annĂ©es des mĂ©dailles des Lagides comme les dates des autres. monumens qui se rapportent Ă  ces princes, Ă©toient comptĂ©es selon le calendrier Ă©gyptien, reprĂ©sentant une annĂ©e vague de 365 jours.

 

L'usage du calendrier égyptien ne cessa pas même en Egypte sous le gouvernement absolu des Romains. L'année, il est vrai, devint fixe, de vague qu'elle étoit; mais le calendrier égyptien et son usage n'éprouvèrent aucune modification fondamentale (Jacques Joseph Champollion-Figiac, Annales des Lagides, ou, Chronologie des rois grecs d'Égypte, Tome 1, 1819 - books.google.fr).

 

Acrostiche : PTEQ, Patèques

 

Herodote attribuĂ« Ă  MenĂ©s la fondation du temple de Vulcain qui Temple est Ă  Memphis. Il dit en un endroit, que la DivinitĂ© qu'on adore en ce temple de Vulcain, a beaucoup de ressemblance aux Dieux PatĂ©ques que les PhĂ©niciens reprĂ©sentent sur la prouĂ« de leurs vaisseaux, & qui ont assez de raport Ă  un PygmĂ©e. On croit avec beaucoup de vraisemblance, que Vulcain est le mĂŞme que TubalcaĂŻn dont il est parlĂ© dans la GenĂ©se & qui fut inventeur des ouvrages en cuivre & en fer. Quant aux Dieux PatĂ©ques, on ignore quels ils Ă©toient : les uns ont cru que c'Ă©toit des Singes nommez en Grec Pithecos, d'un nom fort aprochant de Patæcus; On rendoit un culte superstitieux Ă  cet animal dans la ville de Memphis; Et on dit que Vulcain avoit Ă©tĂ© nourri, allaitĂ© & elevĂ© par des Singes. D'autres dĂ©rivent le nom de l'HĂ©breu Batach, qui signifie avoir confiance, & ils croĂŻent que les Dieux PatĂ©ques rĂ©presentez sur les Navires des PhĂ©niciens, Ă©toient des Dieux tutĂ©laires des vaisseaux, & en qui les gens de Mer mettoient leur confiance & Ă  qui ils adressoient leurs priĂ©res. Enfin il y en a qui en font des Dieux pĂ©nates & fort petits qui prĂ©sidoient aux festins, & qu'on mettoit sur les tables pour y prĂ©sider & pour tenir les Convives en respect. Quoi qu'il en foit, il est certain que les Egyptiens regardoient Vulcain comme le premier de leurs Dieux & de leurs Roys, & que ce fut un de ses fils, qui donna Ă  leur pays le nom d'Egypte (Augustin Calmet, Histoire universelle, sacrĂ©e et profane: depuis le commencement du monde jusqu'Ă  nos jours, Tome 1, 1735 - books.google.fr).

 

Pour Vulcain : cf. quatrain précédent IV, 29.

 

Or, Vulcain, alias Héphaïstos, est aussi Ptah et Osiris dans la traduction latine de Jamblique par Ficin (de Mysteriis : Les Mystères d'Egypte, VIII, 3 $ 263). Ptha est appelé Héphaïstos pour son habileté d'artisan et Osiris comme producteur de biens (Lucien de Luca, Nostradamus, lorem ipsum...?, Analyse, commentaire et traduction de la Lettre à Bérard, 2020 - books.google.fr).

 

Dans l'Encyclopædia Britannica et le fameux article Égypte, Young donne un long texte de vingt pages suivi de quatre pages d'illustrations, consistant en exposés sur la mythologie, les institutions, l'histoire et la chronologie égyptienne, auxquels s'ajoute une partie consacrée à l'«analyse de la triple inscription de la pierre de Rosette». Scientifique consciencieux, il y donne le nombre de groupes de signes identifiés pour chaque écriture et signale par exemple que le mot «roi» est écrit trente fois en grec, alors qu'un groupe de signes identiques apparaît trente-sept fois en démotique, ou encore que le nom «Ptolémée» est présent onze fois en grec, alors que quatorze cartouches renferment un même assemblage de signes en hiéroglyphes. Cependant, sur les deux-cent-vingt mots que Young prétendait avoir déchiffrés, seuls une moitié étaient justes (fr.wikipedia.org - Thomas Young).

 

Dans l'inscription en grec de la pierre de Rosette figure à plusieurs reprises l'expression «Ptolémée aimé de Ptah» (Robert Solé, La grande aventure de l'égyptologie, 2019 - books.google.fr).

 

Ptah est transcrit Phthas chez les Grecs, mais ce n'est là que la désinence grecque, comme on le voit dans la transcription grecque de ce nom sur la pierre de Rosette (Marc Richir, François Chenet, Philosophie de la mythologie de Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling, 1994 - books.google.fr).

 

On note l'inversion respectueuse qui fait que l'Ă©criture hiĂ©roglyphique Ă©crira : «Ptah aimĂ© (de)» pour dire «aimĂ© (de) Ptah» (Jean Leclant, Jean Vercoutter, Hubert Bari, MĂ©moires d'Égypte : hommage de l'Europe Ă  Champollion, 1989 - books.google.fr).

 

Egypte du grec Aiguptos dérive de hét-ku-ptah, «la demeure de Ptah», qui désigne la capitale Memphis (Histoire de l'art Pour les Nuls, 2012 - books.google.fr).

 

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