La captivité de Pie VII

La captivité de Pie VII

 

IV, 42

 

1809

 

Geneue et Langres par ceux de Chartres et Dole

Et par Grenoble captif au Montlimard Seysset,

Losanne par fraudulente dole,

Les trahiront par or soyxante marc.

 

Philippe le Bel

 

Les besoins de la monarchie sont énormes : entretien de la cour, guerre contre les Anglais et les Flamands, conflit avec la papauté, acquisition de terres, travaux du palais royal à Paris, enfin, rivalité avec les Templiers. Aussi lui faut-il trouver des ressources nouvelles. Si le roi s'efforce d'améliorer l'administration financière avec l'appui de Guillaume de Nogaret, c'est seulement en 1303 qu'une ordonnance sur le sujet est publiée. En 1294, Philippe le Bel lève des subsides, proches d'un impôt sur le revenu

 

Comme tous les Capétiens, Philippe IV pense d'abord à agrandir le domaine royal. Depuis son mariage, il administre Champagne et Navarre. En 1301, il force le comte de Bar, un allié des Anglais capturé en 1297, à lui céder par traité la rive gauche de la Meuse. Valenciennes se place sous protection royale alors que Tournai est rattachée au royaume en 1313. Lyon finit par reconnaître la suzeraineté royale en 1312, cependant que Philippe IV fait de nombreuses acquisitions : Montpellier, Beaugency, Chartres, les comtés de la Marche et d'Angoulême, Mauléon, la Bigorre (Philippe Valode, L'histoire de France en 2 000 dates, 2011 - books.google.fr).

 

Dole

 

Le comté de Bourgogne est fondé en 986. Il faut attendre le XIe siècle et Conrad II le Salique pour que les comtes, circulant entre Gray, Poligny et Quingey, se fixent, développent et érigent en capitale Dole. Othon IV, écrasé de dettes, vend le comté au roi de France Philippe le Bel en 1294. Ce dernier installe à Dole un atelier de monnaie. En 1304, la femme d'Othon IV, Mahaut d'Artois, obtient du pape Benoît XI un chapitre de chanoines pour la chapelle Notre-Dame. En 1314, Philippe le Bel meurt avant que toutes les formes du rattachement soient terminées, par conséquent la fille d'Othon IV, la reine Jeanne, épouse du roi Philippe le Long, récupère le comté de Bourgogne (fr.wikipedia.org - Dole (Jura)).

 

Chartres

 

En 1234, Jean de Châtillon, petit-fils de la comtesse Marguerite, unit une dernière fois Chartres et l'ensemble Blois-Dunois. Sa fille unique, Jeanne, en hérita en 1279. Elle avait été mariée au prince Pierre d'Alençon, cinquième fils de Louis IX en 1263 et, à cette occasion, Bonneval et sa banlieue furent comprises avec le comté de Chartres dans sa dot. Criblée de dettes, elle céda pour 3 000 livres le Chartrain et Bonneval à Philippe IV le Bel en 1286. Le comté resta quelque temps avec la région de Bonneval dans le ressort du bailli ressort du bailli de Gisors avant de grossir avec les comtés d'Alençon et du Perche l'apanage de Charles de France (1293). En 1325, à la mort de son fils, le comté de Chartres finit par échoir entre les mains du roi Philippe VI (André Chédeville, Chartres et ses campagnes, XIe-XIIIe s, 1973 - books.google.fr).

 

Monnaie

 

"marc" est au singulier. Il peut être intéressant de voir "soixante" comme composition en écus du marc d'or à différente époques.

 

Notez que, là encore, il faut distinguer plusieurs causes de variation. D'abord le nombre d'écus taillés dans un marc, ce qui revient à en déterminer le poids: écu à la chaire de 54 au marc de 1337, écu couronne de 1389 de 60 au marc Louis XI... Sous Louis XII, on taille 70 écus au marc, 71 1/2 en mai 1519, 71 1/6 en juillet, car des ordonnances changent parfois le poids de l'écu dans une même année. On voit que les célèbres mutations de monnaie de Philippe le Bel, le falsificatore di moneta du poète florentin, n'eurent rien d'exceptionnel. En 1550, dans un grand édit sur l'administration des monnaies, on crée un nouvel écu, le Henri, de 67 au marc. Mais cette réaction vers la monnaie forte n'a qu'un temps, et l'écu de 1561, celui de Malestroit et de Bodin, est de 72 1/2 au marc (Henri Hauser, La response de Jean Bodin à M. de Malestroit, 1568, 1932 - books.google.fr).

 

Saint Louis créa le gros tournois (en argent) au titre de 23/24e, à la taille de 58 au marc, ce qui lui donnait un poids de 4,22 g, émis pour 12 deniers tournois.Philippe IV le Bel modifia le cours d'émission en 1298 et le porta à 15 deniers tournois, puis de 1303 à 1305 à 26 1/4 deniers tournois, cours qu'il remonta peu après à 13 1/8 deniers tournois. On a beaucoup reproché à Philippe le Bel ses manipulations monétaires. Les historiens modernes, examinant les faits de plus près, en économistes mieux renseignés, l'ont partiellement réhabilité (La monnaie à Lausanne et dans le Pays de Vaud au milieu du XVIe siècle).

 

Sans pitié pour les faux monnayeurs, sans indulgence pour les dévaluations de ses vassaux, Philippe le Bel assume devant l'histoire la renommée de leur avoir donné l'exemple et la tentation. Il faut convenir, à sa décharge, que tous les rois jouèrent avec les espèces métalliques, les avilirent, rarement les renforcèrent, et que, rassembleurs des terres françaises, dépositaires de l'honneur monarchique, ils regardaient cela comme leur attribut essentiel. Les uns jugent Philippe le Bel un brigand couronné ; les autres sur un ton dithyrambique, le proclament le plus grand des Capétiens pour avoir cassé les puissances d'argent, favorisé l'ascension des légistes aux dépens des féodaux, réuni au domaine français Lille, Douai, la Champagne, le Vivarais, la Marche, Lyon et Angoulême. Louis Blanc avait flétri ce monarque dont la vie, dit-il, fut «une recherche haletante et honteuse de tous les moyens d'avoir de l'or». Il secoue le joug du Saint-Siège pour rançonner le clergé ; il détruit le Temple pour s'emparer de ses richesses ; il admet les juifs pour les dépouiller ensuite sous l'accusation d'usure. Quant au dernier des Capétiens directs, Charles IV le Bel, il retire les charges accordées gratuitement par son frère Philippe V et les met en vente. Tel père, tel fils. On sait qu'il existait deux techniques possibles de mutation monétaire : ou bien modifier le cours officiel des pièces puisqu'elles ne comportaient la gravure d'aucun chiffre et que leur valeur de compte et de change était laissée à l'arbitraire du roi ; ou bien agir sur le poids du fin, soit en réduisant le brut par rognure, soit en affaiblissant ou renforçant l'aloi dans une émission nouvelle. Les altérations tenaient lieu d'impôt en un temps de guerres incessantes. Même le simple monnayage procurait un bénéfice que l'on appelait parfois «seigneuriage». Les ateliers achetaient le métal sur le pont au Change, à Paris. Entre la valeur marchande et la valeur légale, fixée par voie d'autorité, la marge était assez importante. Or Philippe le Bel utilisa sans vergogne tous les procédés. Nombreuses altérations certes. Elles commencent en 1289, cinq ans après l'avènement ; et, dès 1295, sur l'avis du maître de la Monnaie, on baisse de nouveau le titre des espèces pour réaliser des bénéfices en vue de la guerre contre les Anglais. Le roi achète en grande quantité les métaux précieux. Il interdit à quiconque n'a pas 6.000 livres de rente de garder chez soi de la vaisselle d'or et d'argent (Antoine Lacroix, Paul Dupieux, Le napoléon: ou, Les drames de la monnaie française depuis deux mille ans, 1973 - books.google.fr).

 

Philippe-le-Bel inonda la Franche-Comté de sa monnaie de mauvais aloi. La monnaie estevenante, qui lui était supérieure sous tous les rapports, ne cessa pas d'être en usage et fut même la monnaie dominante. Le besoin d'argent tourmentait tellement Philippe-le-Bel, que chaque année il employait de nouveaux moyens pour falsifier les monnaies. En huit ans le marc d'argent varia de 8 livres 10 sous à 2 livres 14 sous. Ce monarque suspendit dans les grands fiefs et acheta des seigneurs le droit de battre argent, afin de donner plus d'écoulement à ses monnaies altérées. Mais les faux-monnayeurs se multipliaient et les décrets de Philippe étaient insuffisants pour les réprimer. Il les fit excommunier par le pape, comme s'il avait voulu faire du faux-monnayage une prérogative royale. Il lançait ordonnances sur ordonnances pour donner quelque crédit à ses espèces, défendant tantôt de les peser, tantôt de les comparer aux monnaies étrangères. Mais il s'aperçut bientôt que toutes ses monnaies étant falsifiées.on ne le payait plus qu'avec elles et qu'il perdait à sou tour. Alors il fit battre de la bonne monnaie, ordonna que seule elle aurait cours, et que l'ancienue ne serait reçue qu'au tiers de sa valeur nominale. Il y eut un soulèvement universel, car elle bouleversait toutes les transactions et forçait les débiteurs à payer trois fois lo montant de leurs créances. Un grand nombre de villes résistèrent par la force à cette iniquité. Le peuple de Paris prit les armes. Philippe fut assiégé dans les palais du temple et délivré par ses archers. Des supplices nombreux, ajoute M. Théophile Laval Ice, à qui nous empruntons ces détails, mirent fin à l'émeute, et les ordonnances sur les monnaies furent modifiées. On rencontre fréquemment des dépôts de monnaies de Philippe-le-Bel dans le sol de notre Franche-Comté. 11 fit monnayer à Dole dès les premières années du XIVe siècle. Charles-le-Bel, comte de la Marche, son Gis, à peine âgé de neuf ans, fit valoir l'atelier de cette ville. L'archevêque de Besançon obtint de lui, le 20 mars 1305, des lettres de non-préjudice, et Philippe-le-Bel lui en donna d'autres le 13 avril 1306. Ces dernières portaient que le comte de la Marche, par la monnaie qu'il faisait frapper à Dole, et le comte de Bourgogne en le lui permettant, n'avaient pas prétendu préjudicier aux droits que l'archevêque avait d'en faire battre dans son diocèse; mais ils n'avouaient point qu'ils eussent besoin de son autorisation pour exercer ec droit. Il ne nous est parvenu aucune monnaie de cette époque que l'on puisse regarder comme sortie de l'atelier de Dole, quoique nous pensions que Philippe-le-Long y ait aussi monnayé, car cet atelier no fut supprimé que sous Eudes IV. Il est probable qu'on ne pourra jamais distinguer ces espèces battues à Dole des autres monnaies de France, car sans doute elles leur étaient en tout semblables (L. Plantet, Essai sur les monnaies du Comté de Bourgogne depuis l'époque gauloise jusqu'à la réunion de la FrancheComté à la France, sous Louis XIV, 1865 - archive.org).

 

Genève et Langres

 

Philippe le Bel, en considération des services que son cher parent Gui de Genève, évéque de Langres (1266 - 1291), lui a rendus ainsi qu'à son feu père Philippe [le Hardi], lui donne, pour lui et pour ses successeurs évêques de Langres, tout ce qu'il a à Hûmes sous Langres, et ce de l'assentiment de sa femme Jeanne [de Champagne] , à qui les biens donnés appartenaient en propre  (Le Bibliographe Moderne; Courrier International des Bibliothèques, Tome 6, 1902 - books.google.fr).

 

Gui de Genève, évêque de Langres, préoccupé des perturbations que pouvait causer la levée de la décime, eut soin de se prémunir contre toute éventualité, et rappela que le duc s'était formellement engagé à ne rien exiger des personnes de son diocèse, au delà des limites fixées pour la circulation de la monnaie de Bourgogne par des arbitres nommés à cet effet, Girard, abbé de Saint-Etienne, et Guillaume, sire de Grancey (4564 et 4766). Pendant assez longtemps les choses marchèrent régulièrement, et la fabrication adoptée ne paraît pas avoir suscité de difficultés. Une seule fois, en mars 1289 (4903), Philippe écrivit au duc pour se plaindre du préjudice que lui causait la circulation de monnaies qui n'étaient ni celles du duc, ni celles du roi, et pour lui adresser l'injonction de faire punir ceux qui mettaient ces pièces en circulation. La perception des impôts et la levée de la décime se faisaient avec une régularité beaucoup plus fructueuse pourle duc que pour les populations, car celles-ci, gênées par le mouvement des pièces étrangères, ne retiraient pas le bénéfice que le contrat d'immutabilité aurait dû leur assurer (Ernest Petit, Histoire des ducs de Bourgogne de la race Capétienne: avec des documents inédits et des pièces justificatives, Tome 6, 1976 - books.google.fr).

 

Bertrand de Goth (mort en 1313), oncle du pape Clément V, est nommé évêque de Langres en 1305. Il était auparavant évêque d'Agen, puis redevient évêque d'Agen en 1306 (fr.wikipedia.org - Liste des évêques de Langres).

 

Captivité papale sous Philippe le Bel

 

Il est justifié de parler de déclin de l'Église au XIV-XVe siècle. En 1302, par la bulle Unam Sanctam le pape Boniface VIII proclame une fois encore la primauté du pouvoir spirituel. Mais sa volonté d'imposer le pouvoir pontifical est contrebattue par le roi de France, Philippe le Bel (1285-1314). Celui-ci conteste, au nom du pouvoir royal, l'immunité fiscale de l'Église puis se heurte au pape à propos de l'immunité judiciaire des clercs. Face aux prétentions théocratiques des papes, le roi se considère comme seul maître de son royaume. Désormais, c'en est fini de l'époque où la lutte entre les papes et les empereurs allemands provoquait l'affaiblissement du pouvoir impérial. Les États dynastiques occidentaux se constituent en entités de mieux en mieux structurées (France, Angleterre, Espagne, Portugal, etc.). Philippe le Bel va plus loin. Il oblige les papes à s'installer en Avignon (1305-1377) et son influence est suffisamment grande pour faire injustement condamner à son profit par la papauté l'ordre des Templiers (1307-1314) (Gérard Chaliand, Sophie Mousset, 2 000 ans de chrétientés: Guide historique, 2000 - books.google.fr).

 

Fort du soutien de la population et des ecclésiastiques, le roi envoie alors son conseiller (et futur garde des Sceaux), le chevalier Guillaume de Nogaret, avec une petite escorte armée vers l'Italie, dans le but d'arrêter le pape et de le faire juger par un concile. Nogaret est bientôt rejoint par un ennemi personnel de Boniface VIII, Sciarra Colonna, membre de la noblesse romaine, qui lui indique que le pape s'est réfugié à Anagni, résidence d'été du pape, proche de Rome, et fief des Caetani, la famille du pape. Le 7 septembre 1303, Nogaret et Colonna arrivent à Anagni et trouvent le pape seul dans la grande salle du palais épiscopal de Caetani abandonné par ses partisans. Le vieil homme de 68 ans est assis sur un haut siège, en habit de cérémonie. Guillaume de Nogaret recule, impressionné, tandis que Sciarra Colonna, dans sa haine de Boniface VIII, se serait avancé insolemment et lui aurait, dit-on, donné une gifle avec son gantelet de fer. Peu de temps après le 9 septembre, la population de la ville d'Anagni se révolte et dégage le pape des mains des Français, mais le souverain pontife tombe malade et meurt un mois plus tard à Rome le 11 octobre 1303.

 

Cet énorme scandale éclabousse Philippe le Bel, bien qu'il n'en soit pas directement responsable, mais ceux qui ne le savaient pas encore comprennent qu'il vaut mieux ne pas s'opposer au roi de France. D'après Jean-François Chantaraud dans L'État social de la France, cette partie d'échecs remportée par Philippe IV contre le Pape constitue la clé de voûte de la fusion française des pouvoirs temporel et spirituel : dès lors, le chef de l'exécutif détient le monopole de la légitimité à dire le juste et l’État va devenir le producteur des justifications sur lesquelles il fait reposer ses propres décisions (fr.wikipedia.org - Philippe IV le Bel).

 

Cet assujettissement spirituel se traduisit même concrètement, puisque Clément V fut physiquement captif de Philippe le Bel, à Chinon, avant d'être en quelque sorte «assigné à résidence» en Avignon. Ainsi fut inaugurée avec Clément V ce que l'on a appelé la "Papauté d'Avignon" ou la "captivité d'Avignon" par le poète Pétrarque (Jean Poyard, Le Graal. Queste christique et templière: De Chrétien de Troyes à l'Évangile selon saint Jean, 2018 - books.google.fr).

 

Pour le choix du lieu du Concile de 1311 visant principalement à l'abolition de l'ordre des Templiers, "Clément V avait sûrement des sympathies pour Vienne, cette vieille cité si riche en souvenirs chrétiens, où avaient séjourné ses prédécesseurs Innocent IV et Grégoire X, où il aurait voulu lui-même être couronné. [...] Vers le 15 septembre 1311, Clément V quitta le prieuré du Groseau, sa résidence d'été, au pied du Mont Ventoux. Les cardinaux et le personnel de la curie l'accompagnaient. [...] On suit l'itinéraire du pape par les indications de son Registre. Il rejoignit le Rhône à Donzère, le 18 septembre, puis remontant le fleuve par Montélimar, Livron, Valence, Saint-Vallier, il entra dans Vienne le 30 septembre" (Joseph Lecler, Histoire des conciles œcuméniques, Tome 8 : Vienne, 1964 - books.google.fr).

 

Dauphiné

 

Humbert Ier, dit Humbert de la Tour du Pin, puis Humbert Ier de Viennois, né vers 1240, mort le 12 avril ou le 18 avril 1307, est un baron issu de la puissante maison des sires de la Tour. Il fut d'abord baron de la Tour et de Coligny avant de devenir, par mariage, dauphin de Viennois de 1282 à 1306 date à laquelle il se retire à la chartreuse de Val Ste Marie laissant le pouvoir à son fils Jean II (fr.wikipedia.org - Humbert Ier de Viennois).

 

Montélimar

 

Les Adhémar possédèrent Montélimar, tantôt comme souverains indépendans, tantôt sous la protection du pape; d'autres fois relevant des évêques de Valence, auxquels l'empereur Philippe II en avait accordé le domaine direct; quelquefois aussi hommageant aux Dauphins et aux comtes de Valentinois. Giraud Adhémar avait obtenu la souveraineté indépendante de Montélimar de l'empereur Frédéric Ier, par une bulle donnée près de Pavie en 1164. Le Dauphin Humbert Ier obtint dans la suite cette souveraineté de l'empereur Rodolphe, et les Adhémar le reconnurent, ainsi que ses successeurs, jusqu'en 1372 (Nicolas Delacroix, Essai sur la statistique, l'histoire et les antiquités du département de la Drôme, 1817 - books.google.fr).

 

Monnaies régionales

 

Genève

 

L'évêque de Genève a seul le droit de frapper monnaie dans la ville, droit qui lui est reconnu par le comte de Genevois dans l'accord de Seyssel en 1124 ; cependant les citoyens exercent une surveillance sur ses émissions, comme il en résulte de la convention faite en 1300 par l'évêque Martin avec le monnayeur Thomas, où il reconnaît agir «du conseil de notre Chapitre de Genève et de nos bourgeois», comme aussi de l'article 68 des Franchises de 1387. L'atelier épiscopal, fermé au XVe siècle, se trouve sans doute à proximité de Saint-Pierre et de l'Evêché. L'évèque lutte contre les usurpations du comte de Genevois, Amédée III. Celui-ci frappe monnaie à Annecy, ville qui dépend du diocèse de Genève, et Allamand de Saint-Jeoire proteste en 1356 contre cette atteinte à ses droits.  Il lutte surtout contre les empiétements de la maison de Savoie, dont les pièces affluent à Genève et tendent à se substituer aux siennes. Peu avant 1364, le comte de Savoie Amédée VI fait frapper à Nyon de la monnaie à l'imitation des deniers genevois qui ont cours dans la partie de ses Etats comprise dans le diocèse de Genève, mais elle est retirée à la suite de l'accord de 1364 entre les monnayeurs de Nyon et l'Eglise de Genève. Cet acte prouve aussi que les citoyens de Genève ont le droit de ne recevoir d'autres monnaies étrangères que celles dont le cours aurait été autorisé par l'évêque, le Chapitre et la commune : c'est ce droit qui fait l'objet de l'article 68 des Franchises (Waldemar Deonna, Les Arts à Genève: des origines à la fin du XVIIIe siècle, 1942 - books.google.fr).

 

Lausanne

 

L'évêché de Lausanne, de son côté, considérait leur émission et a fortiori leur circulation comme illégales. Il se plaint du reste des imitations de sa monnaie par la baronnie de Vaud: en 1299, l'empereur Albert Ier de Habsbourg, sur demande de l'évêque Guillaume de Champvent, ordonne à Louis Ier de Vaud de cesser l'imitation de la monnaie lausannoise. Il est vraisemblable que cette plainte n'ait pas été la seule et que d'autres se soient élevées contre la Savoie et contre Neuchâtel ou contre Lausanne et Genève. Il y a aussi entre 1250 et 1350 de vrais faux ou des reproductions de vrais faussaires. Ainsi a-t-on retrouvé à Rovray (VD), dans une grotte située sur un aplomb rocheux, un atelier de faussaires. Le matériel recueilli permet au numismate de reconstituer le processus de fabrication des faussaires et de déterminer sa période d'activité. Les types monétaires reproduits sont ceux de Lausanne et des barons de Vaud. Nos archives sont relativement riches en procès de faux-monnayeurs. Nous en connaissons les châtiments. Crime de lèse-majesté, le faux monnayage était parfois puni de la peine de mort. L'un des supplices les plus fréquents était celui du chaudron dans lequel le condamné était bouilli. [...]

 

Les poids et les titres des deniers régionaux entre 1250 et 1350 n'échappent pas à l'érosion qui caractérise les autres monnaies européennes d'alors. Le cours, soit la valeur des différentes espèces en circulation, en est affecté et, par voie de conséquence, le pouvoir d'achat. Une tel système monétaire ne saurait suffire à une économie d'échange quotidien et à fortiori plus étendue (Les frappes monétaires, Le Pays de Vaud vers 1300: cours public, 1992 - books.google.fr).

 

La Caverne des Ducs à Jougne en Franche Comté, qui sert à présent d'asile aux oiseaux de proie, était alors une retraite de faux-monnayeurs. (L. Plantet, Essai sur les monnaies du Comté de Bourgogne depuis l'époque gauloise jusqu'à la réunion de la FrancheComté à la France, sous Louis XIV, 1865 - archive.org).

 

La belle grotte de la Balme (Isère) passait pour avoir servi de refuge à des voleurs et à des contrebandiers ; le souvenir de Mandrin s'y rattachait aussi ; on disait même en 1890 que ce personnage y avait donné rendez-vous au général Boulanger et à don Carlos. La plus profonde des grottes qui s'ouvrent à la base du roc de Chère sur le lac d'Annecy s'appelle le Grand Pertuis ; divers légendes lui donnent comme habitants, des fées,  des Sarrasins, des faux-monnayeurs, et ceux-ci, disait-on, l'avaient divisée en deux étages. Celle de Pommiers dans le Beaujolais avait servi à la même industrie coupable (Paul-Yves Sébillot, Le Folklore de France, Tome 1, 1968 - books.google.fr).

 

Grenoble

 

Il faut attendre le XIe siècle, à cette époque, les comtes d’Albon prirent une décision importante pour l’unité de leurs domaines. En effet, ils choisirent Grenoble, ville de médiocre importance en ce XIe siècle, pour capitale. Ils auraient pu céder à la tentation de Vienne, l’ancienne métropole romaine comme capitale de leurs États, Ce choix fondamental leur a permis de garantir leur autorité à la fois sur le Bas et le Haut-Dauphiné. En 1349, la ville se retrouva rattachée au royaume de France à la suite du transfert (et non rachat) du Dauphiné à la couronne de France et Grenoble devint capitale provinciale (fr.wikipedia.org - Grenoble).

 

Guigues VIII né en 1309 est dauphin de Viennois quand son père meurt en 1318. La régence est alors assurée par son oncle Hugues Dauphin, et ce jusqu'en 1323. Chevalier et combattant, il remporte en 1325 à Varey une victoire éclatante contre les Savoyards alors qu'il n'est âgé que de seize ans et qu'il est encore sous la tutelle de son oncle. Les chroniques du temps nous disent que « l'ost de Savoye fut bellement desconfit ». L'influence française se renforce sous son règne, par son mariage en 1323 avec Isabelle de France (1312-1348), fille du roi Philippe V le Long (roi de France de 1316 à 1322) (fr.wikipedia.org - Guigues VIII de Viennois).

 

Montélimar

 

Les seigneurs de Montélimar prirent le nom patronymique d'Adhémar porté par l'un d'eux à la fin du XIe siècle. Ils reçurent le droit de battre monnaie de l'empereur Charles IV en 1346. Ils frappent depuis cette date jusqu'en 1387, sous Gaucher et Hugues IV. L'extinction de l'ensemble de ces monnayages seigneuriaux se situe aux alentours de 1390. [...] A Montélimar, Hugues Adhémar est le second et le dernier à monnayer entre 1360-1387. Enfin, d'après Raymond Vallentin du Cheylard, Louis II, dernier comte de Valentinois de la lignée des Poitiers, cesse de frapper monnaie aux environs de 1393, époque où il commença à traiter avec le roi de France pour la cession de ses terres (Monnaie locale du XIème au XXème siècle, Revue dromoise, Volume 92, 1999 - books.google.fr).

 

Les dauphins de Viennois ont possédé, au moyen âge, le droit de battre monnaie, et ils ont transmis ce droit aux fils des rois de France et aux rois qui leur ont succédé dans la souveraineté du Dauphiné. Nous ignorons à quelle époque on peut faire remonter l'origine de cette prérogative; mais il est certain que dès le douzième siècle, ces seigneurs étaient maîtres de plusieurs ateliers monétaires. La ville de Césanne possédait un de ces ateliers. L'empereur Frédéric Barberousse ayant, de sa propre main, armé chevalier le dauphin Guigues V, lui donna, dans le Briançonnais, une mine d'argent, et lui permit de forger des espèces à Césanne. Guigues VIII, fils de Jean II, imita les chaises d'argent de Robert de Provence, et les florins d'or de Florence. Son fils, Humbert II, qui lui succéda en 1133 et céda ses États à la France en 1143, fil faire des blancs semblables aux deniers de son père; il fit aussi frapper des florins. Cette dernière monnaie fut continuée par Charles V, le premier fils de roi de France qui ait porté le titre de dauphin (France: Dictionnaire encyclopédique, Volume 6, 1842 - books.google.fr).

 

Guigue VIII avait, en 1327, trois ateliers monétaires : à Serves, à Avisan et à Grenoble. Ce dernier avait dû être fondé par le dauphin Humbert Ier ou son successeur Jean II. Il était dirigé par l'italien Bindarelli, sous la haute surveillance d'Humbert Claret, chanoine de Romans et garde des monnaies du Dauphiné. Jusqu'à cette époque, on n'y avait fabriqué que de la monnaie d'argent. Après le triomphe de Varey, le régent toujours attentif à tout ce qui pouvait accroître l'éclat d'un règne commencé sous des auspices aussi brillants, conçut le projet de faire frapper des monnaies d'or au nom du jeune Guigue VIII. [...] De son côté, l'évêque de Grenoble avait aussi un atelier monétaire où l'on fabriquait des monnaies mixtes au nom des deux co-seigneurs. [...] Quelques années auparavant, le même prélat avait fulminé une sentence d'excommunication contre une bande de faux-monnayeurs qui s'étaient établis aux environs de Grenoble, au grand préjudice des commerçants de la ville. [...] En donnant leur acquiescement à la fabrication des nouvelles monnaies delphinales, les consuls de Grenoble n'avaient pas entendu renoncer à l'article de leurs statuts qui, sous certaines garanties, laissait chez eux libre cours à toutes les monnaies étrangères. Aussi protestèrent-ils avec énergie contre une ordonnance rendue en 1329, d'après laquelle le commerce grenoblois ne pouvait plus accepter que les monnaies delphinales, les gros tourbnois d'argent et les florins d'or (Auguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, Tome I : des origines au XVIe siècle, 2019 - books.google.fr).

 

Fausse monnaie : trahison

 

Un statut de 1352 (règne d'Edouard III) déclare trahison au roi, non seulement le fait de comploter la mort du roi, de la reine, du prince héritier, le fait de souiller par un stupre la reine, la fille aînée du roi ou la femme du prince héritier, le fait de lever la guerre contre le roi dans son royaume et de s'affilier à ses ennemis, mais encore le fait de contrefaire le sceau du roi, le fait de fabriquer ou d'introduire dans le royaume de la fausse monnaie, le fait de tuer des officiers du roi dans leur fonction (Jean Le Foyer, Exposé du droít pénal normand au XIIIe siècle, 1931 - books.google.fr).

 

Langres, Montélimar, Philippe le Bel

 

Louis de Poitiers est le fils de Aymar IV de Poitiers, comte de Valentinois et de Diois, et de Hippolyte de Bourgogne. De 1306 à 1318 il est évêque de Viviers. Le 2 janvier 1308, l'évêque de Viviers, Louis de Poitiers, se rend à Vincennes et se reconnaît vassal du roi de France Philippe IV pour ses domaines. Le Vivarais est intégré au royaume. Il est ensuite nommé évêque de Langres. Des chanoines ayant refusé l’accès de leur église à son procureur qui venait en prendre possession, il en aurait fait enfoncer les portes. Le 17 juin 1322, il est condamné à une amende de 26 000 livres par le parlement. Le 3 avril 1324, il est transféré à l’évêché de Metz où il fait son entrée solennelle le 1er février 1325. Il est mort en 1327 à Montélimar (fr.wikipedia.org - Louis de Poitiers évêque de Metz)).

 

Philippe le Bel et le Dauphiné

 

Dès les premières années du règne de Philippe le Bel la partie du Viennois située sur la rive droite du Rhône relevait entièrement du royaume de France. Cette dépendance est nettement. formulée d'ailleurs dans le contrat de mariage de Jean, comte de Forez, avec Alix, fille du dauphin Humbert. [...] Non content d'être justiciable du roi pour ses possessions d'outre-Rhône, le dauphin se soumettait volontiers à sa justice pour ses terres de la rive gauche. Le 1er février 1300, Humbert concéda pour neuf ans à Aimar de Poitiers les châteaux de Chabeuil, St-Nazaire et Villeneuve de Roybon ; il donna pour fidéjusseur Artaud, seigneur de Roussillon et d'Annonay, Guigues de Roussillon, seigneur d'Anjou, etc. Les parties déclaraient se soumettre à la coercition du roi de France, à celle de son bailli de Velay et à la cour du roi de Sicile en Provence (Jean Régné, Histoire du Vivarais, Tome 2 : Le développement politique et administratif du pays, de 1039 à 1500, 1921 - books.google.fr).

 

Cf. IX, 27 - Le Valentinois et le mariage savoyard de Louis XI - 2123-2124.

 

Vassalité - "captivité"

 

Giraud III et Hugues de Montélimar, étant tombés dans la disgrâce de l'Empire, furent dépouillés de leurs États par Rodolphe de Hapsbourg, qui les inféoda, en 1289, au dauphin de Viennois, Humbert Ier. Celui-ci, n'osant rompre avec la cour de Rome et avec l'évêque de Valence, dont Hugues s'était déclaré feudataire, ne fit point valoir la donation impériale par la force des armes, se contentant de la simple formalité de l'hommage, à laquelle accéda son nouveau vassal. Cette cérémonie n'en parut pas moins blessante à l'orgueil des descendants de Hugues ; car, en 1372, les deux co-seigneurs de Monteil, Giraud IV et Gautier, refusèrent péremptoirement de s'y soumettre. Après avoir en commun fortifié et entouré la ville de nouveaux remparts, ils se désunirent; mais persistant dans leur haine de toute sujétion, l'un et l'autre renoncèrent à leur héritage plutôt que de consentir à relever des Dauphins. Giraud se dépouilla en faveur du pape, et Gautier en faveur du comte de Valentinois. Le pape et le comte profitèrent des troubles du pays pour asseoir leur autorité. Quelques années après, cependant, le comte transporta tous ses droits au dauphin de France, Charles, qui se trouva maître ainsi d'une moitié de la ville, et acquit l'autre moitié du pape, en 1447 (Aristide Mathieu Guilbert, Histoire des Villes de France, Tome 4, 1845 - books.google.fr).

 

Il semble que par réaction et certainement par pression l'empereur a volontairement rabaissé la puissance des Adhémar, qui lui rendaient jusqu'alors directement hommage, en donnant la totalité du fief de Monteil (et non pas seulement la partie appartenant aux Adhémar de Rochemaure) au dauphin de Viennois Humbert : cette personnalité est plus importante à flatter et sa puissance plus réelle dans la région pour contrer et séparer les deux protagonistes que sont l'évêque de Valence et le comte de Valentinois, désormais menaces permanentes pour la tranquillité. Voici ce qu'écrivait l'empereur au lendemain de l'inféodation des évêques sur Montélimar : «Rodolphe par la grâce de Dieu roi des Romains toujours auguste, à tous les fidèles sujets du Saint empire romain qui verront les présentes lettres, sa bonne grâce et le souhait de toute espèce de biens. Considérant avec bienveillance les devoirs et les services à nous agréables qu'un personnage distingué de nos amis et de nos fidèles, le dauphin Humbert. comte d'Albon et de Viennois, ne cesse de nous rendre avec empressement ainsi qu'au Saint empire romain, prévoyant aussi avec sollicitude ceux qu'il pourra nous rendre à l'avenir sur les instances d'un homme illustre et puissant, le margrave d'infadale, un des chevaliers de notre cour. Nous avons daigné de notre royale libéralité lui concéder gracieusement en fief le lieu fortifié de Montélimar que l'on sait être vacant et sans maître, à notre disposition et à celle de l'empire romain. Nous lui donnons avec tous ses droits et appartenances, à cause de l'éclatante fidélité et du dévouement éprouvé dont il entoure notre personne et ledit empire romain... donné à Bâle le 4 des ides de mai mcclxxxix de notre règne le seizième» (12 mai 1289) (Stéphane Baumont, Histoire de Montélimar, 1992 - books.google.fr).

 

En 1290, Montélimar était partagé entre les coseigneurs : Giraud, Guigues-Adhémar, Hugues Adhémar et Adhémar ou Aymar de Poitiers comte de Valentinois. Aymar dut céder sa part au Pape, car en 1291, il lui faisait hommage de Montélimar ainsi que de la Garde Adhémar, Savasse et Château-Neuf de Mazenc. L'église Romaine essaya d'avoir Montélimar tout entier. En 1340, il était partagé en quatre parts : l'une à Lambert de la Garde, qui en faisait hommage au comte de Valentinois, les trois autres à Giraud Adhémar, qui en faisait hommage aux églises, alors réunies, de Valence et de Die. En 1340, Giraud Adhémar vendit à Benoît XII, pour 24.000 florins, réduits ensuite à 22.800, un tiers de ses trois quarts (302 hommes, 298 chrétiens et 4 juifs), dont le Pape prit possession le 24 janvier 1341, par procureur. En 1360, l'évêque de Valence et Die échangea avec le Recteur du Comtat sa part pour Condillac. Tassiette de Baux, veuve de Giraud Adhémar et mère et tutrice de Giraudet, devint vassale du Pape et lui rendit un hommage pour lequel elle reçut mille florins forts et 200 d'indemnité de déplacement. Le Pape eut ainsi un quart de Montélimar en propre et le haut domaine des deux quarts de Giraudet, le dernier quart appartenant au Seigneur de la Garde, vassal de l'évêque, mais arrière-vassal du Pape. En 1374, Grégoire XI dut aliéner en faveur d'Aymar de Poitiers-tout ce que l'Eglise avait à Montélimar, et Louis Adhémar fit hommage au comte de Valentinois pour l'autre moitié qu'il tenait de Giraudet, mort intestat, moitié qui passa à Giraudon Adhémar, Seigneur de Grignan. Mais Clément XII, en 1383, tint à réprendre ce que Grégoire avait aliéné et offrit à Giraudon Grillon contre sa moitié de Montélimar. (Le 13 septembre, le trésorier du Comtat avait fait une enquête sur la valeur de cette part, et sur la valeur de Bourbouton, Richerenches et Grillon). Un échange fut conclu le 24 octobre, moyennant une soulte que le Pape paierait pour la plus-value de la moitié de Montélimar sur Grillon. Cette soulte, d'ailleurs, ne fut pas payée, et d'après la pièce 121 des archives de Morin Pons, Guill. Adhémar, seigneur de Grignan, en réclamait encore le paiement en 1542. Le Pape lui offrait, à la place, soit Visan, soit Richerenches, soit Bourbouton (123-4, mêmes Archives). Le 8 mai 1443, une Bulle d'Eugène  IV permit au légat, le cardinal de Foix, de céder au besoin pour en finir, les Pilles, Cayranne, Richerenches, Bourbouton et Saint- Vincent, près de Saint-Paul, ancienne possession des Templiers. A Montélimar, d'ailleurs, le Pape n'avait qu'une situation précaire ; un mémoire sana date, mais sans doute du second quart du xve siècle, dit qu'il n'y possédait que le château et deux parts de juridiction, tandis que le comte de Valentinois y possédait ce que lui avait inféodé Grégoire XI et Ph. de Lévis, Louis Adhémar, Seigneur de la Garde, et le seigneur de Grignan, chacun un quart. Le plus sage était de renoncer à tout sauf à se faire compenser. Le Dauphin, futur Louis XI, cherchait d'ailleurs querelle au Pape afin d'avoir lui-même Montélimar (Abbé Malbois, Grillon et Montaigu, Mémoires, Académie de Vaucluse, Avignon, 1927 - books.google.fr).

 

Nous fîmes à notre profit la captivité d'Avignon, "la captivité de Babylone" comme on ne l'a que trop bien nommée. Au lieu de la Ville éternelle, un rocher de la Provence; de hautes tours crénelées pour palais; à ses pieds le Rhône profond, préposé à sa garde; un pan de pourpre pour manteau et un roseau pour sceptre; la vassalité au lieu de la souveraineté, des hommages assurés mais l'indépendance perdue (Jeanne d'Arc et la délivrance d'Orléans, Les Questions ecclésiastiques, Volume 4, 1911 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Pie VII prisonnier

 

17 mai, au château de Schönbrunn, entre deux combats, Napoléon prononce l’annexion des Etats pontificaux qu’il transforme en deux départements : Rome et Trasimène ; Rome est la deuxième ville de l’empire ; le pape reçoit une dotation et des indemnités pour les immeubles et les terres (2 millions de revenu). 22 mai, victoire tactique de Charles-Louis d'Autriche sur Napoléon Bonaparte à la Bataille d'Essling. 6 juin, début du règne du roi Charles XIII de Suède. Nuit du 10 au 11 juin, le pape fait afficher la bulle Quum memoranda datée du 10 qui excommunie les "usurpateurs, fauteurs, conseillants, exécutants" de l’annexion des Etats pontificaux, sans citer nommément l’empereur Napoléon Ier ; une association secrète, les Chevaliers de la Foi, diffuse la bulle d’excommunication ; Napoléon s'écrie au sujet du pape : "C'est un fou furieux qu'il faut faire enfermer !". Dans la nuit du 5 au 6 juillet, au Quirinal, Pie VII, qui refuse de lever sa bulle d’excommunication du 10 juin ("Nec volumus, nec possumus, nec debemus" = Nous ne voulons pas, nous ne pouvons pas, nous ne devons pas !), est arrêté avec son secrétaire d’Etat, le cardinal Pacca, par le général de gendarmerie Radet qui les fait monter dans une berline ; après un voyage très éprouvant de 41 jours, qui le fait passer par Florence, Grenoble, Valence, Avignon, Aix et Nice, Pie VII arrive, le 16 août, à Savone, près de Gênes, où il ne veut pas "faire le pape" : il refuse de toucher sa dotation et de donner l’investiture canonique aux évêques nommés par l’empereur ; il refuse également d'annuler le mariage de Napoléon avec Joséphine ; en 1810, il refusera aussi d'approuver son remariage avec Marie-Louise (compilhistoire.pagesperso-orange.fr - Pie VII).

 

Entre Valence et Avignon

 

Sur son cahier, le curé Blachère note : «Le Saint Père a passé à Montélimar, j'ai eu l'honneur de lui baiser la main, de recevoir sa bénédiction et de lui parler environ deux minutes». Rendant compte de cette traversée de la Drôme par le pape, le préfet ne fait état que du «zèle un peu outré de la part de quelques dévotes», signale que «les prêtres se sont tenus sur la réserve» et conclut que «le pape et son passage sont tombés dans un entier oubli»  (Jean-Pierre Bernard, Les Drômois sous Napoléon: 1800-1815, 1999 - books.google.fr).

 

Grenoble

 

Arrivé le 8 juillet à la chartreuse de Florence, Pie VII avait cru s'y reposer quelques jours, mais la princesse Baciocchi n'avait point reçu les instructions de l'empereur ; elle précipita le départ. «Je vois bien qu'on veut me faire mourir à force de mauvais traitements, dit le vieillard épuisé, et pour peu que cela dure, je sens que ce ne sera pas long.» Le cardinal Pacca n'était plus avec lui. À Gênes, le prince Borghèse qui y commandait fut saisi du même effroi que la princesse Baciocchi. Après quelques moments de repos à Alexandrie, Pie VII fut dirigé par Mondovi et Rivoli sur Grenoble. Aux dernières étapes, dans les petites villes italiennes, les cloches sonnaient à toute volée, et la foule qui demandait la bénédiction du prisonnier retardait partout la marche. Il en fut de même sur tout le parcours de la Savoie et du Dauphiné. Lorsque le pape fit son entrée dans Grenoble le 21 juillet, l'ardeur de la population ne s'était pas ralentie, mais les cloches ne sonnaient plus ; le clergé avait reçu défense de se porter au-devant du pontife (François Guizot, L'histoire de France depuis 1789 jusqu'en 1848 racontée à mes petits-enfants, Tome II (1872), 2015 - books.google.fr).

 

Fausse monnaie sous l’empire

 

Le délit le plus sévèrement réprimé sous Napoléon après le brigandage, et comportant comme lui des implications politiques, fut le faux-monnayage. [...] La fausse monnaie fut, sous la Révolution et l'Empire, une arme. Les émigrés français en Allemagne et en Angleterre avaient fabriqué de faux assignats pour affaiblir la nouvelle monnaie de la Révolution et le Directoire avait répliqué en émettant contre l'Angleterre, en 1796, plusieurs millions de livres sterling. À son tour, Napoléon utilisera cette arme contre Vienne dès la première campagne d'Italie. Le secret devait entourer l'opération, celle-ci étant censée s'interrompre à la paix. Mais, en 1803, Vienne constatait que de faux billets continuaient à circuler. [...] L'affaire fut étouffée par la France. En 1809, Napoléon donnait l'ordre de faire fabriquer 100 millions de florins avant d'entrer dans une nouvelle guerre contre l'Autriche. À nouveau, en 1812, il ordonnait la fabrication d'un demi-milliard de roubles au moment d'entreprendre la campagne de Russie. Mais la faiblesse du commerce et la politique de la terre brûlée menée par les généraux d'Alexandre Ier rendirent la mesure inopérante. Faux-monnayeur lui-même, Napoléon fut impitoyable à l'égard des fabriquants de fausse monnaie à l'intérieur de l'Empire.

 

C'est à Paris que l'on trouve les grandes figures du faux-monnayage. Le plus fameux est un certain Warin. C'est Vidocq qui va découvrir son repaire et l'arrêter. Ce sera son premier exploit. Le 30 septembre 1811, le Journal de Paris annonce que le fameux Vatrin, alias Warin, «condamné à la peine capitale le 14 de ce mois, a subi son arrêt sur la place de l'Hôtel de Ville à 4 heures». D'autres faux-monnayeurs vont être appréhendés par Vidocq et ses limiers. Ce fut le cas de Bouhim, Terrier et Allais.

 

La peine de mort sanctionnait sans circonstances atténuantes ce délit. C'est que régnait alors une véritable anarchie monétaire dont les conséquences pouvaient être désastreuses pour le Trésor. Il fallait réagir. La loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803) faisait triompher le système décimal et l'argent comme étalon, l'or lui étant subordonné. Elle prescrivait la frappe des monnaies en franc à l'effigie de Napoléon Bonaparte. Mais elle n'éliminait pas la mauvaise monnaie et ne procédait pas à l'unification nécessaire. Une réforme intervint en 1810. Le 18 août furent tarifiées les pièces de 6, 12 et 24 sols à 25 centimes, 30 centimes et un franc. On éliminait la monnaie de cuivre et de billon. Le 12 décembre de la même année étaient tarifiés les écus de 6 et 3 livres à 5,80 francs et 2,75 francs. L'application de ces décrets suscita une panique. La rumeur courut qu'allait suivre la démonétisation de toutes les monnaies duodécimales et le retour au papier-monnaie pourtant honni depuis les assignats. [...] La dépression économique de 1810-1811 en fut l'une des conséquences (Jean Tulard, Le Monde du crime sous Napoléon, 2017 - books.google.fr).

 

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