Les complots militaires de la Charbonnerie

Les complots militaires de la Charbonnerie

 

IV, 62

 

1823-1824

 

Un coronel machine ambition,

Se saisira de la plus grande armee,

Contre son prince fainte invention,

Et descouvert sera souz la ramée.

 

La Charbonnerie, fondée en 1821 par deux jeunes gens, Joubert et Dugied à l’exemple des carbonari italiens, comptera près de 40 000 adhérents - intellectuels, étudiants, militaires - et aura parmi ses chefs Lafayette, Manuel et Dupont de l’Eure. Elle fomentera une dizaine de conspirations militaires (« coronel » : colonel [1]) qui toutes échouèrent.

 

L’affaire des quatre sergents de la Rochelle illustrent ces tentatives. Raoulx, Goubin, Pommier et Boriès essayèrent de soulever leur caserne mais furent trahi par un des leurs, Goupillon. Les quatre sergents furent guillotinés en 1822.

 

Après avoir essayé de soulever les soldats de l’expédition d’Espagne, la Charbonnerie se dispersera en 1823.

 

Initialement les carbonari étaient des charbonniers qui travaillaient en forêt (« ramée »).

 

Colonels

 

« Colonel », chef d’une colone militaire : vieux français coronel, coronnel, couronel, coronal, chez Amyot aussi (Dictionnaire etymologique Larousse, 1969) (Paul Guérin, Dictionnaire des dictionnaires, lettres, sciences, arts, Volume 3, 1884 - www.google.fr/books/edition, Oeuvres de Rabelais, 1899 - www.google.fr/books/edition).

 

La générosité du colonel Fabvier s'exaspère de tout : du maintien prolongé en France des armées étrangères qui «insultent le roi dans son palais, la nation dans tous ses souvenirs, sa richesse, son existence et son honneur» ; des caprices des princes et de leurs flatteurs, de la répression dont la ville de Lyon fut victime en 1817, du sombre avenir de la France surtout. Lui qui est un ardent et un désintéressé se joint aux aigris et aux ambjitieux. Il est de tous les complots, à Vincennes avec le capitaine Nantil, à Belfort avec les colonels Pailhès et Brice, à Colmar avec le colonel Caron ; il tente de délivrer les quatre sergents de la Rochelle. Et, le 6 avril 1823, quand l'armée du duc d'Angoulême va franchir la Bidassoa, il est sur la rive opposée, élevant le drapeau tricolore face au drapeau fleurdelisé, chantant la Marseillaise, essuyant les coups de feu, sans autoriser qu'on les rende (M. Franchet d'Esperey, Les rapports militaires de la France et de l'Hellénisme, Revue d'histoire diplomatique, 1933 - books.google.fr).

 

Ary Sheffer fut un de ceux qui organisèrent le dernier projet de l’évasion des 4 sergents. C'est lui qui, de concert avec les colonels Dentzel et Fabvier, le peintre Horace Vernet et quelques autres personnes dirigea tous les préparatifs pour le passage en Angleterre des quatre condamnés et du directeur de la prison. L'oncle de celui-ci, aumônier de Bicêtre, mis dans la confidence, révéla le projet à la police. Lorsqu'après l'insuccès de cette tentative, le 21 septembre 1822, le quadruple sacrifice fut consommé, la mort de ces héroïques jeunes gens resta «une date funèbre dans l'âme et dans l'esprit d'Ary Scheffer.» (Marthe Kolb, Ary Scheffer et son temps, 1795-1858, 1937 - books.google.fr, Jean-Noël Tardy, Le flambeau et le poignard. Les contradictions de l'organisation clandestine des libéraux français, 1821-1827, Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2010/1 (n° 57-1)  - www.cairn.info, fr.wikipedia.org - Ary Scheffer).

 



[1] R. Grandsaignes d’Hauterive, « Dictionnaire d’ancien français », Larousse, 1947

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