Le secret des secrets

Le secret des secrets

 

V, 62

 

1897-1898

 

Sur les rochers sang on les verra plouvoir,

Sol Orient Saturne Occidental:

Pres d'Orgon guerre, à Rome grand mal voir,

Nefs parfondrees, et prins le Tridental.

 

Sol orientalis, Saturnus Occidentalis : Physiognomonie

 

Messahala: «Si Sol orientalis fuerit, facit hominem colore inter croceum et quasi nigrum et tectum quodam rubore vel aemulum, brevis staturae ut in quibusdam crispum et pulchri coloris» (GiovanBattista della Porta, Coelestis Physiognomonia (1603), 1996 - books.google.fr).

 

Ptolémée dit que le Soleil et la Lune ne donnent pas un caractère spécial, mais ajoutent aux qualités inspirées par les autres planètes; l’influence solaire donc de beauté et de grandeur d’âme. Agamemnon, noble, majestueux dans sa tournure et sa démarche, offrait le type le plus écrit de l’influence du Soleil (Adolphe Desbarrolles, Chiromancie nouvelle harmonie de la phrénologie et de la physiognomonie: les mystères de la main révelés et expliqués, 1862 - books.google.fr).

 

Ptolemaeus: «Saturnus occidentalis natos facit macilentos, parvos et nigros» (GiovanBattista della Porta, Coelestis Physiognomonia (1603), 1996 - books.google.fr).

 

Masha'allah ibn Athari ou Mâshâ'allâh, Mashallah (vers 740-815) est un astrologue et astronome musulman persan entré au service des Abbassides, natif de la ville de Bassora, et qui fut un des principaux astrologues du VIIIe siècle. Son nom en latin est Messala, Messalah ou Messahalla. Il a écrit une vingtaine de livres en astrologie, traduits en latin au XIIe siècle. Un seul reste dans son arabe original, mais on dispose de nombreuses traductions en latin, en grec byzantin et en hébreu. Un des plus populaires fut le De scientia motus orbis, traduit par Gérard de Crémone au XIIème siècle et publié en 1504 (fr.wikipedia.org - Masha'allah ibn Athari).

 

Saturne étant lié à la noirceur, on verra qu'il est question de l'Afrique dans la suite.

 

Ces deux expressions en latin ne se retrouvent que chez Giambattista Della Porta, sur Internet, dans sa Physiologie céleste.

 

Chez G. B. della Porta, Caelestis physiognomonia, Naples, 1603 (II, 1, p. 19), la référence de Messahala comme indication de source est fausse (selon les éditions de Messahala de Venise, 1519, et Nuremberg, 1549) (R. Klein, Pensée et symbole à la Renaissance, La forme et l'intelligible: écrits sur la Renaissance et l'art moderne, 1970 - books.google.fr).

 

Giambattista della Porta (en français : Jean-Baptiste de Porta), né à Vico Equense vers 1535 et mort à Naples le 4 février 1615, est un écrivain italien, polymathe, fasciné par le merveilleux, le miraculeux et les mystères naturels, qui tenta sa vie entière de séparer la « magie divinatoire » de la « magie naturelle » et de faire de cette dernière une discipline savante, solidement soutenue par la littérature classique et l'observation.

 

Deux de ses ouvrages eurent un énorme succès aux XVIe et XVIIe siècles : Magia naturalis (1558 puis 1586), De humana physiognomonia (1586). Ils furent traduits dans les grandes langues d'Europe et furent réédités jusqu'à la fin du XVIIe siècle.

 

Il confirmera la portée cosmique de la science physiognomonique dans la Physiologie céleste (Naples, 1603). Sous couvert de critiquer les idées astrologiques, il les expose et les justifie médicalement. Le pape Sixte Quint ayant condamné en 1586 les sciences occultes, Della Porta nie prudemment l'influence des planètes sur les tempéraments et les difformités corporelles mais les explique médicalement par des combinaisons d'humeurs (sang, pituite, bile jaune, atrabile) et des quatre éléments (terre, eau, air, feu). En justifiant médicalement, les croyances astrologiques, il tente de les arracher à la superstition pour les faire rentrer dans le monde des savoirs médicaux (fr.wikipedia.org - Giambattista della Porta).

 

"Tridental"

 

Le trident est le sceptre de Neptune. Ce mot  vient du Grec skiptron, & signifioit originairement une javeline, dont les Rois usoient autrefois pour marque de leur autorité avant Romulus, parce que cette arme étoit en grande vénération parmi les païens (Antoine Furetière, Dictionaire Universel, Tome 3, 1690 - books.google.fr).

 

Cependant, un moment vint, où il sembla que la république de Venise, malgré son alliance avec Pise, allait succomber. Déjà Chioggia était prise par Pierre Doria (1379) et sans le courage, le génie et le patriotisme de Carlo Zeno, qui reprit Chioggia (1381), Venise était perdue. Un dernier effort, sur la côte de la Morée, dans lequel on vit ce que l'admirable esprit d'union, qui animait les Vénitiens dans les grandes occasions, pouvait encore faire, décida de la victoire, et Gênes, affaiblie par des dissentions intestines, dut renoncer a disputer à Venise le trident de Neptune, qu'un poète célèbre a nommé le sceptre du monde (Lloyd Triestino, Venise: guide historique-topographique et artistique, 1861 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Guerre de Chioggia).

 

Cf. quatrain II, 33 - Mécanique.

 

Hélas! ce sceptre tenu par les Portugais avait passé dans les mains de la Hollande et dans celles de l'Angleterre, pour qui, depuis bien longtemps "Le trident de Neptune est le sceptre du monde" (Lemierre) (F.G.J. Faure, Coup d'oeil sur la littérature portugaise, Bulletin de la Société d'émulation du Bourbonnais: lettres, sciences et arts, Volume 13, 1875 - books.google.fr).

 

L'île de Meloria

 

Gorgone île de la mer de Gênes, située près du Pisan, dont elle dépend. Gorgon, Urgon, Margarita. Elle est peu considérable, n'ayant que trois ou quatre lieues de circuit, un terroir montagneux où l'on ne voit qu'un village & un petit fort ; autrefois il y avoit un Monastère célèbre sous le nom de Sainte Marie (Charles Maty, Dictionaire geographique universel contenant une description exacte des etats royaumes, villes de l'univers, 1701 - books.google.fr).

 

Gorgone : Cette île est située à peu de distance de la côte maritime de la Toscane, près de l'embouchure de l'Arno, ce qui a fait dire à Dante, dans son imprécation contre Pise, au sujet de la mort du comte Ugolin, le vaincu de Meloria en 1284, Inferno, cant. XXXIII : Muovasi la Capraja e la Gorgona, E faccian siepe ad Arno, in la foce Si ch'egli anneghi in te ogni persona. Près de cette île se trouve également celle de la Méloria, où se donna en l'année 1284 la bataille navale qui assura à jamais aux Génois l'empire de la Méditerranée, au détriment des Pisans, leurs rivaux. Au commencement du IVe siècle, cette île servit d'asyle aux Religieux Italiens qui, pour fuir les persécutions des Barbares, cherchèrent un refuge dans les îles désertes de la Méditerranée. La Gorgone, la Capraia , Monte-Cristo et la Pianosa furent habitées par ces fugitifs, qui y bâtirent des monastères, devenus depuis fort célèbres par leurs richesses et par les vertus chrétiennes des moines. Muratori a publié dans les Antiquitates Italiae, les actes de plusieurs donations qui attestent la vénération que les fidèles professaient pour ces communautés religieuses. Ce couvents furent presque entièrement abandonnés au commencement du XVIIIe siècle, et les Chartreux de Pise héritèrent de leurs riches possessions. Les moines de la Gorgone, quoique isolés du monde, ne réussirent pourtant pas à se soustraire aux tristes dissensions qui ne cesseront de troubler l'humanité tout entière. Le pape saint Grégoire nous a transmis, par ses Lettres, I, 50; IV, 59 et 60, cette déplorable particularité, que l'on doit malheureusement regarder comme l'unique souvenir que l'histoire ait conservé de cette pieuse communauté du moyen âge. Il existe dans cette île une fort petite ville, exclusivement habitée par des marins qui font le commerce du littoral de la Toscane. » (Note de M. Gio. Carlo Gregori).Il y eut dans l'île de Gorgone un culte ancien et célèbre, celui de sainte Julie, vierge et martyre du VIe ou du VIIe siècle. Voici comment la vie et la mort de cette pieuse héroïne se trouvent racontées dans les Bollandistes : « Il est écrit, frères très chers : Ils raconteront ces choses à leurs enfants, pour que ceux-ci mettent en Dieu leur espoir, et n'oublient rien de ce que le Seigneur a fait dans les saints (Ps. LXXVII) (August Wilhelm Zumpt, Itinéraire de Rutilius Claudius Namatianus, ou son Retour de Rome dans les Gaules: poème en deux livres, traduit par François-Zénon Collombet, 1842 - books.google.fr).

 

Parmi les plus précieux renseignements sur ce port, on doit compter le récit de Claudius Rutilius Numatianus. Cet illustre Gaulois, dont le père avait occupé de hautes charges en Toscane et inspiré une affection particulière aux Pisans, commença son voyage maritime en l'an 1169 de la fondation de Rome, c'est-à-dire 416 de notre ère. Il raconte son admiration après avoir doublé l'île de Gorgone et dépassé la Meloria, en apercevant ce port si renommé où s'entassaient les richesses du monde. L'aspect, pour nous servir de son expression, en était merveilleux (Georges Rohault de Fleury, Les monuments de Pise au moyen âge, Tome 1, 1866 - books.google.fr).

 

Jusqu'à Livourne, la côte est basse, sablonneuse et couverte seulement de pins maritimes, entre lesquels on distingue, par les temps clairs, les dômes et la tour penchée de Pise, et, en arrière, vers le N.-E., les monts Pisans. Près de l'embouchure de l'Arno, qui est presque barrée par les sables, une tour en ruine, qui servait jadis de phare, indique l'emplacement de l'ancien port de Pise. Au S. de la grande plaine qui marque la vallée de l'Arno, une chaîne de collines aboutit, au-delà de Livourne, au monte Nero (V. p. 31). Mais déjà l'on aperçoit les phares et les tours du port de Livourne. Au large, une petite tour blanche signale l'écueil de la Meloria; tandis qu'au S.-O. se dessine l’îile de la Gorgone. Passant entre Vile du Moletto, à g.,et l'extrémité du môle, à dr., le navire entre dans le port de Livourne (Augustin Joseph Du Pays, Italie: itinéraire descriptif, Collection des Guides-Joanne, 1877 - books.google.fr).

 

Meloria est connu pour les deux batailles navales qui se déroulèrent à proximité et auxquelles il a donné son nom : En mai 1241, la première bataille de la Meloria vit la flotte de l'empereur du Saint-Empire, Frédéric II, aidée par la république de Pise affronter une escadre génoise qui transportait des prélats anglais, français et espagnols se rendant auprès du pape Grégoire IX avec lequel l'empereur était en conflit. Trente navires génois furent coulés. En août 1284, la seconde bataille de Meloria, la plus connue, bataille navale médiévale typique, vit la victoire de la flotte de la république de Gênes sur la république de Pise, marquant la fin de la puissance navale de cette dernière (fr.wikipedia.org - Meloria).

 

Frédéric voyant que les prélats refusaient de se rendre à son injonction, fit de son côté équiper en Sicile une flotte, commandée par son amiral Anselme de Mari et par le roi Enzius ; elle se reunit à la flotte des Pisans sous les ordres d'Ugolin Bazzacherini dei Sismondi. Le 25 avril 1211, les prélats français, anglais et lombards partirent de Gênes ; le 3 mai la flotte, forte de trente vaisseaux, rencontra près de l'ile de Meloria, non loin de Livourne, celle de l'empereur qui consistait en vingt-sept vaisseaux siciliens et quarante pisans. Il aurait certainement été très-facile à l'amiral génois, Guillaume Ubriacchi, d'éviter le combat en cinglant vers la Corse; mais au lieu de suivre l'avis prudent des évêques, il courut à sa perte en attaquant les ennemis, et paya sa témérité par la ruine de sa flotte dont un sixième seulement échappa. Trois vaisseaux furent coulés à fond; on en prit vingt-trois où se trouvaient le cardinal Otton de Montferrat avec les trésors qu'il avait ramassés en Angleterre, les deux autres cardinaux [Pecorari et Montelongo], les archevêques de Rouen, Bordeaux et Besançon (celui-ci le seul prélat germanique), les évêques de Carcassonne, d'Agde, de Nimes, de Tortone et de Pavie, les abbés de Clairvaux, Citeaux et Cluny, les députés des villes de la Lombardie et 4000 Génois. Plusieurs députés lombards et quelques prélats qui s'étaient embarqués sur les trois vaisseaux submergés, périrent dans les flots (Friedrich Schoell, Cours d'histoire des Etats europeens, depuis le bouleversement de l'empire romain d'occident jusqu'en 1789, Tome 51, 1830 - books.google.fr).

 

Grégoire IX et la science contemporaine

 

A ces deux branches de connaissance, affranchies par le décret de Grégoire IX, Michel Scot vient ajouter l'histoire naturelle, celle d'Aristote, cela va sans dire, l'Histoire des animaux. Il la traduit lui-même en latin d'après une version arabe,  ainsi que le livre Du ciel et du monde. Il ne s'est pas borné au rôle de traducteur, il a laissé quelques œuvres personnelles sur l'astronomie, l'alchimie, la chiromancie, la physiognomonie, mais qui selon toute vraisemblance, ne contiennent guère que des idées empruntées aux Arabes (Séances et travaux de l'Académie des sciences morales et politiques, compte rendu, Volume 17 ;Volume 117, 1882 - books.google.fr).

 

Michaelus Scotus (ou Michael Scot) (né vers 1175 en Écosse - mort après 1232) était un philosophe scolastique médiéval, un médecin, un alchimiste et un astrologue.

 

Nous avons le témoignage du pape Grégoire IX (1227-1241) qui fit de grands éloges des connaissances de Michael Scot en arabe, en hébreu et en latin, sans mentionner le grec (fr.wikipedia.org - Michael Scot).

 

Le Liber introductorius composé par Michel Scot est une somme hétéroclite qui dépasse le cadre de la science des astres puisqu'il englobe un traité de physiognomonie et des experimenta magiques (Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance: Astrologie, divination et magie dans l’Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), 2019 - books.google.fr).

 

La cour pontificale ne semble guère avoir joué un rôle important dans le renouveau de l'astrologie au XIIe siècle. En revanche, à partir du second quart du XIIIe siècle, la présence en son sein de savants renommés en ce domaine est un fait avéré, même s'il ne faut pas, la plupart du temps, y voir la marque d'un intérêt spécifique et personnel des papes. Ainsi, rien ne permet de dire que les différents bénéfices ecclésiastiques anglais et écossais qu'Honorius III et Grégoire IX conférèrent à Michel Scot, en 1224 et 1227, aient récompensé autre chose que sa notoriété de traducteur. Mais les contacts et l'émulation intellectuelle entre la cour pontificale et celles de Frédéric II et d'Alphonse X représentent un phénomène important, au sein duquel les préoccupations astrologiques ne furent pas absentes (Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance: Astrologie, divination et magie dans l’Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), 2019 - books.google.fr).

 

Après 1227, il n'apparaît plus dans les registres du pape et l'on peut supposer que c'est peu de temps après qu'il arriva à la cour de Frédéric II, empereur germanique de 1212 à 1250 ; ce fut probablement par l'entremise de Leonardo Fibonacci, qui appelait Michael Scot «le meilleur philosophe» (fr.wikipedia.org - Michael Scot).

 

Cette mise en relation entre un pape et ce qui pouvait passer pour une science  semble confirmer l'interprétation du quatrain V, 60 qui parlerait de Clément IV et de Roger Bacon qui fit un commentaire du Secretum secretorum (qu'il croit d'Aristote).

 

Philippe de Tripoli traduisit complètement le Secretum secretorum en 1230 dans un traité qui comprend de plus une section physiognomonique que connaissait Michel Scot (Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance: Astrologie, divination et magie dans l’Occident médiéval (XIIe-XVe siècle), 2019 - books.google.fr).

 

Jean de Tolède

 

Connu dans une traduction brève intitulée Epistola Aristotelis ad Alexandrum, due à Jean de Séville, le texte pseudo-aristotélicien se limitait au début du XIIIe siècle pour les Occidentaux à quelques conseils purement diététiques, réduits à des considérations sur l’alimentation, l’exercice, le bain ou l’entretien du corps, évoqués très brièvement. Il faut attendre les années 1230 pour que le Secret des secrets soit enfin traduit dans sa totalité grâce au travail de Philippe de Tripoli, un clerc ayant séjourné à Antioche avec l’évêque Guy de Tripoli. La première attestation de la circulation de cette seconde traduction, au moins à la cour de Frédéric II, est donnée par Théodore lui-même, qui cite le texte et rappelle qu’Alexandre en avait commandé la rédaction à Aristote, par lettre; Théodore ne pouvait pas avoir pris connaissance de cette lettre impériale dans la version de Jean de Séville, car cette dernière n’y faisait pas référence. D’après la mention de Théodore, il semblerait que la nouvelle traduction venait juste de parvenir à Frédéric II. La seconde attestation est fournie par Michel Scot, lui aussi au service de Frédéric II entre 1228 (au plus tard) et 1235, date de sa mort. Richard Förster, le premier, montra que l’astrologue écossais s’inspira très fortement du chapitre du Secret des secrets consacré à la physiognomonie pour composer la troisième partie de son Liber introductorius, intitulé Liber physiognomie. Même si cette démonstration n’a pas emporté la conviction générale, il semble aujourd’hui que l’affaire soit entendue, et l’on s’accorde à reconnaître que Michel Scot eut à sa disposition, avant 1235, la traduction de Philippe de Tripoli. Steven J. Williams conclut en faveur d’une première circulation de la version longue vers 1230 dans les cours pontificale et impériale, que Frédéric II en ait obtenu une copie par l’intermédiaire de la Curie ou directement de Terre sainte

 

Les parties physiognomoniques apparaissent à la fin du Secret des secrets, à la suite des parties philosophiques, des chapitres consacrés aux collaborateurs du prince et aux chefs de guerre. Elles constituent le livre IV de l’édition de Roger Bacon.

 

Le Libellus de conservatione sanitatis est l’œuvre d’un médecin et cardinal de la Curie, Jean de Tolède, sans que l’on sache très bien à quelle période de sa vie il le composa. L’étude des sources montre une utilisation du Secret des secrets et du Canon d’Avicenne, cité à plusieurs reprises et véritable base des chapitres sur la phlébotomie considérée comme préventive (puisque servant, comme les ventouses, à une purge du sang), mais cela ne nous informe pas précisément sur la datation de l’œuvre. Une mention figurant dans le codex Clm 480 de la Bayerische Staatsbibliothek de Munich évoque la confection d’un électuaire pour les yeux préparé par le pape Innocent IV (1243-1254) qui lui permit de recouvrer la vue.

 

Il faut noter d’ailleurs que le Secret des secrets est copié à la suite de l’ouvrage de Jean de Tolède dans le manuscrit de Paris, B.n.F., n.a.lat. 543

 

Jean de Tolède aurait pu séjourner en France. N’apparaît-il pas fréquemment comme souscripteur des bulles d’Innocent IV et de ses successeurs qui concernent les statuts de la faculté de théologie et de l’ordre cistercien de Paris ? («Chartularium Universitatis Parisiensis», éd.par H. Denifle et A. Chatelain, t. I, Paris, 1889, p.190-191, no 157. Il s’agit ici d’un règlement établi à Lyon et daté du 19 juin 1246; on peut lire au verso de cette pièce conservée aux Archives Nationales, L.245, no 129: Cardinalis albus pro scolaribus Parisiensibus).

On le trouve aussi précédemment mentionné dans les statuts généraux de l’ordre cistercien datés de 1243, où il est qualifié de amicissimus ordinis, et dans ceux de 1245 (E.Martène et U.Durand, «Thesaurus novus Anecdotorum», t.IV, Paris, 1717,col. 1382, 1384. Le passage où le nom de J[ohannis] tituli S.Laurentii in Lucina presb. cardin. est mentionné par H.Grauert, («Meister Johann von Toledo», art.cit., p.118). Dans les statuts du chapitre général de 1260, il apparaît comme pro-tecteur de l’ordre. Et dans ceux de 1475, on peut lire la mention: Pie recordationis domino Portuensi, per quem ordo noster usque nunc multas gratias obtinuit spe- ciales, plenarium persolvatur officium et habeat anniversarium annuatim. Au sujet de ses interventions à Paris, voir A.Paravicini Bagliani, La cour des papes au XIIIe siècle, Paris, 1995, p.184-185.

 

Le nom de ce dernier apparaît en effet dans l’entourage de deux curialices, Jacques de Pecorari, cardinal de Palestrina, et Otton da Castelridolfo, cardinal-évêque de Tusculum. Il les accompagna lors d’un voyage vers Rome en 1241-1242, pour se rendre au concile réuni par Grégoire IX; alors qu’ils naviguaient sur un bateau de la flotte génoise, ils furent faits prisonniers par les troupes de Frédéric II [bataille de Meloria]. Les événements sont rapportés par Richard de Saint-Germain qui, dans sa chronique, confère à Jean de Tolède le seul titre de magister, sans évoquer à son sujet un quelconque bénéfice ecclésiastique. Les différents manuscrits du Libellus n’attribuent pas non plus de titre au médecin, à l’exception notable du manuscrit de Gonville & Caius College dont l’explicit précise que l’auteur est le «Cardinal blanc». Jean de Tolède n’entame sa vraie carrière ecclésiastique qu’à sa sortie des geôles impériales : le 28 mai 1244, il est fait cardinal-prêtre de San Lorenzo in Lucina, une charge précédemment tenue par le pape Innocent IV, avant de devenir cardinal-évêque de Porto en décembre 1261; il le restera jusqu’à sa mort, le 13 juillet 1275.

 

Le Libellus de conservatione sanitatis aurait donc pu être composé en France ou plus tard en Italie, avant le pontificat d’Innocent IV, lorsque Jean de Tolède pouvait être qualifié de simple magister. Rappelons aussi que lorsqu’il est fait prisonnier par les troupes de Frédéric II en 1241, il accompagnait plusieurs prélats en poste en France ou en Angleterre, ou venant de ces pays.

 

Font en effet partie des prisonniers de l’empereur, Jacques de Pecorari de retour de France (plus particulièrement de Provence), Otton da Tonengo, qui s’est embarqué à Gênes d’où il rentrait d’Angleterre et Pietro da Collemezzo, alors archevêque de Rouen. Rien n’est dit sur la provenance de Jean de Tolède.

 

On pourrait penser que Jean de Tolède utilise le terme de gruellum en raison de ses origines anglaises. Mathieu Paris le considère en effet comme anglais («Chronica maiora»... cit., t.IV, p.354). Cf. Wickersheimer, Dictionnaire, vol.2, p.493. H. Grauert pense que son origine sans doute anglaise a peut-être favorisé l’intervention du comte Richard de Cornouailles dans le processus de sa libérationMeister Johann von Toledo», art. cit., p.115) (Marilyn Nicoud, Les régimes de santé. Naissance et diffusion d'une écriture médicale (XIIIe-XVe siècles), 2007 - www.academia.edu).

 

La prudence avec laquelle il convient d’apprécier la place de l’astrologie à la Curie doit être redoublée lorsqu’on évoque la fascination qu’ont pu y exercer la divination et la magie. Le traité de géomancie attribué à Guillaume de Moerbeke, adressé à son neveu Arnoul et achevé selon certains manuscrits en 1288, deux ans après sa mort, est d’une authenticité incertaine. La réputation posthume du mystérieux Jean de Tolède, un cistercien nommé cardinal sous Innocent IV (1243-1254) et qualifié d’«astrologue et de maître de nécromancie» par le chroniqueur florentin Giovanni Villani, est impénétrable, dans la mesure où la documentation à son sujet ne permet pas de faire le départ avec l’inscription de son nom dans la légende de l’école de magie tolédane. Les augures auxquels aurait eu recours Clément IV au moment de son élévation au cardinalat (1261) puis à la papauté (1265), par l’intermédiaire de l’abbé de Lagrasse, sont fortement sujets à caution (Chapitre IV. La demande sociale et l’impulsion des cours (XIIe-XIIIe siècle)) (Jean-Patrice Boudet, Entre science et nigromance, 2006 - books.openedition.org

 

Il prit sur ses collègues un tel ascendant qu'il dirigea les conclaves de 1261, 1264 et 1268 et que, si nous en croyons son historien, il ne tint qu'à lui de devenir pape en 1261 ; en tout cas, il fut l'un des trois cardinaux qui proposèrent l'élection d'Urbain IV. Enfin, maître Jean de Tolède se distingua par la connaissance des sciences qu'il avait puisée aux écoles de Tolède. Il fut médecin; et bientôt, autour de son nom, comme autour de ceux de Gerbert et de Nicolas Flamel, se forma une légende. Au siècle suivant, l'imagination populaire vit en lui un alchimiste qui pouvait changer en or et en argent les métaux les plus précieux, composer les remèdes les plus merveilleux, prévoir même l'avenir. Si nous ajoutons que le cardinal blanc composait des vers, ne manquait pas d'esprit, comme en témoignent celles de ses épigrammes qui nous ont été conservées (Bibliographie sur "Meister Johann von Toledo" de Hermann Grauert, Revue historique, Presses universitaires de France, 1908 - books.google.fr).

 

Pluie de sang 1

 

L'empereur était en route pour attaquer Bologne, quand il reçut la nouvelle de la bataille de Meloria ; sur-le-champ, pour profiter de la première terreur, il rebroussa chemin, prit Spolète, Terni, Narni, Tivoli, Monte Albano, Grottaferrata. Tandis que le chef de l'Église et le premier prince de la chrétienté se faisaient ainsi la guerre, le christianisme était menacé d'une destruction complète, par l'irruption des Mongols, qui avaient pénétré jusqu'en Bohème. L'Allemagne tremblait et conjurait Frédéric de tourner ses forces contre ces barbares; mais ce prince qui était sur le point d'atteindre le but de tous ses efforts s'en excusa ; cependant il envoya Enzius en Allemagne pour se réunir avec le roi des Romains (Friedrich Schoell, Cours d'histoire des Etats europeens, depuis le bouleversement de l'empire romain d'occident jusqu'en 1789, Tome 51, 1830 - books.google.fr).

 

La première mention, assez sommaire encore, de la légende de Hostyn se trouve chez l'historien jésuite Bohuslav Balbin en 1665. Un autre jésuite, Jifi Crugerius, la rappelle un peu plus tard, et la version définitive du miracle de la Vierge locale en est donnée en 1700 par un religieux de l'ordre des Croisés à l'étoile rouge, Jan Frantisek Beckovsky, dans sa Messagère des événements du passé de la Bohême. Pour les historiographes baroques, les habitants des environs réfugiés à Hostyn en 1241 y avaient été assiégés par les Tatars et sauvés par l'intervention de la Vierge Marie; celle-ci aurait fait jaillir une source d'eau vive du sommet de la montagne pour les Moraves torturés par la soif. Selon Balbin, la Vierge mit en fuite les assiégeants par des chutes de pierres venant du ciel.  Chez Beckovsky, il s'agit du tonnerre et de la pluie. Ce dernier utilise le motif de la legio fulminatrix, c'est-à-dire la tradition du sauvetage miraculeux de la légion romaine de Marc Aurèle devant les Marcomans ; il la met en parallèle avec une bataille contre les Tatars qu'il localise à Hostyn. Le récit de Balbin, de Crugerius et de Beckovsky fut ensuite repris et modifié par d'autres auteurs. Parmi eux, l'un des historiographes baroques de la Moravie, Jan Jiri Stredovsky (1679 - 1713), et l'auteur anonyme d'un cantique marial du XVIIIe siècle qui décrit sur un mode très suggestif la façon dont, à Hostyn, «le tonnerre soudain gronda, du sang tomba, une pluie de pierre, de grêle, de feu, engloutit les Tatars» (Bernard Michel, Antoine Marès, Lieux de mémoire en Europe centrale, 2009 - books.google.fr, en.wikipedia.org - Hostyn).

 

Gorgones

 

En ce qui concerne la toponymie, l'un des rares noms d'îles qui fasse l'objet d'un commentaire légendaire concerne l'îlot de la Gorgone (aussi nommé Urgo), situé au large du Cap Corse. Il introduit dans le bestiaire des îles la mythique Méduse, à la fois justement femme et serpente. Elle fut reine de Corse, selon la tradition médiévale qui rattache ce toponyme à la geste d'Héraklès : "Après la mort de Méduse vint en Corse l'Hercule libyen et en Sardaigne" car, nous dit-on, cette île en grec se dit Cyrnos, du nom de Cyrnos fils d'Hercule, lequel après avoir tué Géryon et atteint le jardin des Hespérides aurait donc conquis la Corse, la laissant à son fils, Kyrnos ou Corso (Aliette Geistdoerfer, Jacques Ivanoff, Isabelle Leblic, Imagi-mer: Créations fantastiques, créations mythiques, 2002 - books.google.fr).

 

Gorgones-Navires

 

Les Gorgones sont liées à la fameuse excursion du roi pirate Persée dans la Méditerranée jusqu'aux bords de l'océan Atlantique. Hésiode, qui vivait près de cette époque, l'imagination pleine du bruit qui courait encore dans la Grèce de ces expéditions maritimes, nous apprend que les Gorgones habitaient au bout de la terre, non loin du jardin des Hespérides, près des royaumes de la Nuit, où les astres se couchent. Les côtes occidentales de l'Afrique et de la mer Atlantique ne peuvent être mieux décrites et déterminées. Persée, après avoir écumé toute la Méditerranée, depuis l'Argolique jusqu'aux bords de la mer d'Atlas, découvrit les régions littorales de l'Afrique, où il trancha la téte de Méduse. Phorcys de Cyrène, son père, fut mis depuis au nombre des dieux de la mer, parce qu'il possédait dans l'Atlantique trois fortes Iles, nommées Gorgades, qui toutes trois ont sans doute passé pour ses filles, à cause des soins et de l'affection qu'il leur portait. Persée s'empara de la plus considérable d'entre elles, de Méduse, dont le nom grec signifie la commandante; et parce que les deux autres Iles ne furent point soumises, on les crut douées de l'immortalité. Leur nom a rapport à la mer : celui d'Euryale veut dire au large dans les flots, et celui de Sthéno, la fortifiée. Elles avaient pour sœurs aînées les Grées, ou vieilles, qui naquirent avec les cheveux blancs. Persée, dans sou expédition, parcourut encore les plus prochains parages de la Libye: aussi place-t-on encore les Gorgones aux bords du lac Tritonis, lac de Minerve, qui leur fut associée, en ajoutant pour épouvantait à son égide la tête de Méduse, qu'Hercule et Agamemnon portaient aussi sur leurs boucliers. Le nom de Gorgones parait avoir été affecté à tous les monstres enfants de l'Afrique. Hannon, général carthaginois, en prit deux, dit-on, dont le corps était velu, et dont les peaux furent pendues dans le temple de la Junon Phénicienne. C'étaient sans doute des femelles d'orang-outang, ce qui est d'autant plus vraisemblable que le mot « gorgo »; en grec signifie prompt, actif. Dans la guerre de Marins contre Jugurtha, les soldats romains tuèrent une gorgone, mais de loin et avec leurs javelots, car ils croyaient son regard empoisonné : ce n'était pourtant qu'une énorme brebis d'Afrique, dont ils prirent les flocons de laine qui pendaient sur ses yeux pour des serpents. Voici encore une explication de la fable des Gorgones, qui toujours se rattache aux courses célèbres de Persée dans la Méditerranée : Homère parle d'un port d'Ithaque dédié au dieu marin Phorcys C'est lui qui le premier jeta des colonies phéniciennes dans Céphalonie, Ithaque, Corcyre, dans les Iles Ioniennes. Selon quelques auteurs, le royal pirate Persée lui aurait pris trois de ses navires du nom de Méduse, Sthéno et Euryale, avec lesquels ce chef commerçait jusque sur les côtes de la Guinée d'aujourd'hui ; ot comme ces navires étaient ordinairement charges, par échange, de dents d'éléphants et d'yeux d'hyène, voilà l'échange merveilleux, entre les Gorgones, d'une dent et d'un œil qu'elles se prêtaient tour à tour. Mais le reste des accessoires de l'histoire des Gorgones ne coïncide pas avec les Gorgones-navires. La seule découverte de l'Afrique, ses monstres, ses pétrifications, ses lies, l'extrémité occidentale de son continent, si bien assigné par Hésiode à la demeure de ces êtres allégoriques, ne permettent aucun doute sur notre première explication. Laissons donc Diodore de Sicile nous conter que les Gorgones étaient des femmes guerrières, habitantes des bords du lac Tritonis, rivales des Amazones et exterminées par Persée ; Héraclide nous assurer qu'elles furent des filles d'une beauté merveilleuse, mais hideuses par j le trafic honteux qu'elles faisaient de leurs charmes; Eschyle les faire morfondre en Scythie, et d'autres les reléguer dans les brumes de la mer d'Ecosse, aux Orcades, où elles sei raient nées, et où, si l'on veut, les navires phéniciens qui commerçaient, dans les temps les plus reculés, avec la Grande Bretagne les auraient rejetées, comme des bêtes fauves (Dictionnaire de la conversation et de la lecture: inventaire raisonné des notions générales les plus indispensables a tous, Tome 10, 1855 - books.google.fr).

 

Un auteur qui fait des Gorgones des navires de Persée est Fourmont l’aîné (Journal des savants, 1733 - books.google.fr).

 

Un auteur qui fait de Pégase le nom d’un vaisseau de Persée est l’abbé Banier (Abbé Antoine Banier, Explication historique des fables, ou l'on découvre leur origine et leur conformité avec l'histoire ancienne, 1711 - books.google.fr).

 

Pégase et renommée (cf. quatrain V, 57)

 

À partir du Moyen Âge, peut-être à la suite des écrits de Fulgence, Pégase devient un symbole de la Renommée acquise par la pratique de la virtù. Pour cet auteur, « Pégase […] passe pour un cheval volant, parce que la renommée a des ailes ». Cette image est reprise par les trois mythographes du Vatican et Boccace, qui est cité par l'auteur anonyme du manuscrit médiéval de l'Histoire des deux destructions de Troie : « Pégase, cheval qui vole par les airs, n’est autre chose que la Renommée des gestes des conquérants ». L'auteur du manuscrit le décrit comme un monstre portant deux cornes sur la tête, avec l'haleine de feu et des pieds de fero. Selon son interprétation, « le fait que Pégase soit le fils de la Gorgone Méduse et de Poséidon le rattache aux batailles sur la terre (Méduse) comme sur mer (Poséidon) d'où naît la renommée des princes et des ducs » (fr.wikipedia.org - Pégase).

 

Dans la ville d'Argos, se dressait une haute tour d'airain aux fenêtres closes d'épais barreaux. Dans cette lugubre prison, Danaé, pleurait à chaudes larmes, car son père le roi Acrisios, avait décidé de l'enfermer à jamais, après avoir été averti par un oracle qu'il serait tué par son petit-fils. En emprisonnant sa fille, loin de toute présence humaine, il espérait éviter ce destin. Pourtant, une nuit, à travers l'étroit espace qui sépare les barreaux, se mit à tomber une pluie d'or. C'était Zeus, qui ainsi métamorphosé, pénétra dans la chambre de la princesse pour la séduire et faire un enfant. Lorsque Danaé mit au monde un fils, Persée, Acrisios entra dans une rage folle. Il renonça cependant à tuer sa propre fille et son petit-fils, mais il les enferma dans un coffre qu'il jeta à la mer. Ils dérivèrent jusqu'à l'île de Sérifos, où ils furent secourus par un pêcheur généreux, Dictys («filet»), qui était en fait le frère du roi de l'île, Polydectès. Persée y grandit jusqu'à l'âge adulte sous les soins de Dictys. Polydectès s'éprit de Danaé, ce qui irrita Persée qui fit bonne garde autour de sa mère. Aussi Polydectès chercha-t-il un moyen d'écarter le jeune homme devenu gênant. Il imagina alors d'imposer un tribut en chevaux aux habitants de l'île ou, selon certaines versions, il destina ces présents à Hippodamie de Pise, qu'il prétendait vouloir épouser. Persée ne possédait pas de chevaux, mais il lui offrit de lui apporter tout autre chose que le roi souhaita, ce qui allait exactement selon les plans de Polydectès. Il lui donna la tâche presque irréalisable d'aller chercher la tête de la Gorgone Méduse, monstre dont le regard change les hommes en pierre.

 

Athéna, qui haïssait Méduse car celle-ci s'était unie à Poséidon dans un temple qui lui était consacré, apparut à Persée et lui enseigna ce qu'il avait à faire (www.greceantique.net).

 

Finalement Persée coupa la tête à Méduse, du sang de laquelle nâquit le cheval Pégase , qui frappant du pied contre terre, fit jaillir la fontaine d'Hippocrène. Metam. Liv. 3.  Il y eut un autre cheval ailé que Neptune fit sortir de la terre d'un coup de trident, et que plusieurs confondent avec Pégase (Pierre Chompré, Dictionnaire abrégé de la fable: pour l'intelligence des poëtes, des tableaux & des statues, dont les sujets sont tirés de l'histoire poëtique, 1778 - books.google.fr).

 

Un Pégase de bronze, que l'on croit grec, a figuré long- temps au sommet de la coupole de la cathédrale (Louis-Eustache Audot, L'Italie, la Sicile, les îles Éoliennes, l'île d'Elbe, la Sardaigne, Malte, l'île de Calypso, etc, Tome 1, 1834 - books.google.fr).

 

Pluie de sang 2

 

Cette terre, néanmoins, toute stérile qu’elle est, et qui jamais ne produisit rien d’utile, dès qu’elle est arrosée du sang que distille la tête de Méduse, conçoit et couve dans son sein les germes qu’y répand cette pluie empestée et que fomente la chaleur (Lucan, La Pharsale, Livre IX) (Oeuvres complètes de Lucain, traduit par J.J. Courtaud-Divernéresse, 1836 - books.google.fr).

 

Plutôt "rosée" que "pluie" dans le texte latin de la Pharsale de Lucain (cf. quatrains VI, 82 et VI, 89).

 

Hésiode, qui a parlé de Chrysaor, le fait naître, ainsi que le cheval Pégase, du sang qui coula de la tête de Méduse au moment où Persée la détacha du tronc : origine singulière et juste, car Méduse étant le nuage noir chargé de feux électriques qui couvre la poitrine de Jupiter pendant l'orage et son sang étant la pluie brûlante qui tombe par torrents, Hésiode montre par là quel est le feu qui animait Chrysaor, et celui qui bouillonnait dans le corps humide de Pégase (Toussaint-Bernard Éméric-David, Vulcain, 1838 - books.google.fr).

 

"grand mal voir"

 

L'œil, réel ou symbolique, a toujours intrigué les hommes et suscité d'innombrables réflexions tant philosophiques ou vaguement scientifiques que superstitieuses. Dès lors, avant que les théories optiques ne viennent «désenchanter» le miracle de la perception visuelle, avait-on associé au regard une série d'interdits, de mystères, ou de mythes. Les pouvoirs fascinateurs de la Gorgone ou du serpent basilic, ainsi que les pupilles maléfiques des sorcières peuplent, par exemple, les textes anciens et témoignent de la peur qu'inspirait le contact visuel. Un telle obsession devait évidemment se traduire dans le langage qui, encore aujourd'hui, lui fait écho: on connaît les tournures «manger des yeux», «avoir à l'œil», «jeter un œil», «faire de l'œil», «se rincer l'œil», «mon œil», etc. Mais, très tôt, les poètes ont voulu, eux aussi, exprimer cette préoccupation et lui élégante et moins réaliste. On le sait, les yeux «fenêtre du corps», «miroir de l'âme». sont autant de métaphores toujours renouvelées. Toutes ces expressions soulignent le pouvoir d'un regard, la force ou la faiblesse de ces yeux dans lesquels peuvent passer les mages des pensées les plus secrètes. L'œil peut ainsi synthétiser la personne tout entière et la révéler.  C'est pourquoi les physiognomonistes ont  prêté à cette partie du visage la plus grande attention (Anne Mathonet, Regard et voyeurisme dans l'oeuvre romanesque de Simenon, 1996 - books.google.fr).

 

En Mythologie, Méduse est l'une des trois Gorgones, et la seule qui fût mortelle. Ayant osé disputer à Minerve le prix de la beauté, cette Déesse fit des cheveux de Méduse autant de serpents, et donna à ses yeux la vertu de changer en pierre tous ceux qu'elle regardait. Persée lui coupa la tête, qui depuis fut gravée avec ses serpents sur la redoutable égide de Minerve (Claude-Marie Gattel, Dictionnaire universel de la langue française, Tome 2, 1841 - books.google.fr).

 

On a vu que Jean de Tolède aurait guéri le pape Innocent IV d'une maladie des yeux.

 

Ce n'est qu'au XIIIe siècle qu'apparaissent les premières besicles dont la paternité a été attribuée tour à tour et à tort à Roger Bacon, puis à Alexandre Spina, moine de Pise. Salvino Degli Armati en serait l'inventeur à Florence, vers 1290 On plaçait des lentilles convergentes devant l'œil pour permettre aux presbytes de voir avec plus de netteté les objets éloignés et des lentilles divergentes pour la vision de près des myopes. Plus tard, un savant napolitain, Giambottista Della Porta, après des travaux sur l'anatomie de l'œil, eut l'idée des lunettes télescopiques (1593)  (Émile Aron, Descartes et la médecine, 1996 - books.google.fr).

 

La photographie compte, en France du moins, deux inventeurs officiels : Daguerre tout d'abord, puis Niepce, dont le rôle fut réhabilité par la suite. Dans la chronologie de l'invention, Niepce précède pourtant Daguerre et l'on sait maintenant que Niepce avait bel et bien obtenu, dès 1816, la première photo négative mais que ce résultat ne l'intéressait pas. Il cherchait une reproduction immédiatement positive : le daguerréotype (Thérèse Giraud, Cinéma et technologie, 2001 - books.google.fr).

 

Invisible

 

Dans la fable grecque, les cyclopes fabriquent pour Hadès (Pluton) un casque qui rend invisible. Mercure, la tête couverte de ce casque, aida Jupiter dans sa lutte contre le géant Encelade. Une autre fois, les nymphes prêtent à Persée ce fameux casque, ainsi que des talonnières de vitesse pour fendre les airs; de son côté, Vulcain lui confie l'épée Harpé. Ainsi armé, Persée se rend auprès des Gorgones, et, invisible pour elles, il tranche la tête de Méduse (Loys Brueyre, Contes populaires de la Grande-Bretagne, Partie 1, 1875 - books.google.fr).

 

Persée utilise aussi le bouclier miroir afin de regarder Méduse de manière indirecte et éviter d'être pétrifier.

 

Typologie

 

Physiognomonie

 

Il n'est pas de serpent ni de monstre odieux Qui, par l'art imité, ne puisse plaire aux yeux. En un distique, l'esthétique du Beau idéal prétend résoudre le problème de la représentation de l'horreur. C'est en effet un monstre odieux, un serpent qui mord et tue un homme que Poussin, par exemple, dans son Paysage au serpent représente. Le drame ne rompt pas la sérénité de la Nature. Lessing, dans son Laocoon, devait, à son tour, expliquer pourquoi le groupe statuaire le plus célèbre peut-être de l'Antiquité hellénistique, ne suscite aucune épouvante. L'horreur devient belle, une fois coulée ou, comme on disait alors «composée» dans les règles d'un canon. L'art aurait la vertu d'apaiser les épouvantes, de domestiquer le bestial, de donner forme à l'informe, de contenir la peur dans les parages rassurants d'une figure repérable. Descartes dans Les Passions, en 1648, avait établi qu'il y a une écriture mécanique des affections de l'âme, une correspondance rigoureuse entre le visible, tel qu'il s'exprime sur un visage et le lisible tel qu'il dit nos peurs ou nos espoirs, une transparence parfaite entre le dessin et le dicible, le représenté et le représentant. Charles Le Brun, en 1668, dans son Expression générale et particulière des Passions, poursuivra ce rêve d'une visibilité parfaite entre le visage et l'invisible, ce qui se trouve derrière le visage. Le visage, parce qu'il est un vis-à-vis, offrirait le texte des sentiments qui l'habitent. Et même, plus qu'une physiognomonie, c'est une pathognomonie qu'il propose, un code des signes clairs et distincts, des affects qui bouleversent l'âme mais aussi de sentiments aussi puissants que «la haine», «l'horreur», «la frayeur», «la colère»  (Jean Clair, Méduse et l'art moderne, Topique, Volumes 53 à 55, 1994 - books.google.fr).

 

La physiognomonie devait continuer d'intéresser les artistes du XIXe siècle, les sculpteurs notamment suite aux travaux de Pierre Camper (Leyde 1722-1789), anatomiste hollandais connu pour ses déterminations des différences entre les têtes des hommes, publiés à Utrecht en 1791 et 1792 ("Discours sur les moyens de représenter les passions qui se manifestent sur le visage"), de Joseph Frederic Berard publiés à Paris en 1823, etc.. Un peintre graveur réputé Matthias Rudolf Toma (Vienne 1792-1845) s'intéressa particulièrement aux œuvres de Messerschmidt. Emule de Ferdinand Georg Waldmùller remarquable personnalité de la peinture autrichienne, élève de l'Académie des Beaux-Arts de Vienne, Toma qui fut aussi lithographe et imprimeur à Schaffouse (Suisse) est d'abord un paysagiste. Ses vues de Vienne ou des environs de Schaffouse, fouillées, sont baignées d'une lumière transparente qui le situe parmi les réalistes. De retour à Vienne en 1830 il expose régulièrement jusqu'en 1843 à l'Académie de la capitale impériale. On lui doit une belle feuille où il a lithographié quarante-neuf des "têtes de caractères" de F.X. Messerschmidt en 1839 pour l'illustration d'articles, contribuant à populariser les œuvres du sculpteur (feuille 384, Galerie Nationale Slovaque). [...]

 

En sculpture la tradition baroque exploitée par Messerschmidt va influencer fortement les caricaturistes du du XIXe et Daumier en est un exemple intéressant non seulement pour ses dessins, mais aussi pour ses petites sculptures "politiques" qui sont affublées de surnoms qui rappellent ceux des œuvres de l'allemand : le "rusé", le "stupide", le "rieur édenté", etc.. et qui sont remarquablement exposées dans un "hémicycle" présenté au musée Longchamp des Beaux-Arts de Marseille. Son influence trouve encore un écho récent dans l'œuvre de Camille Claudel (1864-1943) qui voulu revenir aux sources de l'œuvre de Michel-Ange pour tenter ensuite de repenser l'évolution artistique de la sculpture. Elle y réussit en partie avec le dramatisme terrible de la tête bouffie et vieillie de sa "Gorgone" (1898-1902) comme avec sa "Tête d'esclave" à l'expression déchirante dont Rodin en avait commandé la fonte à Rudier en 1898 (vendue aux enchères à la Rotonde de Beaulieu-sur-Mer le 23 mai 1992) (La Galerie nationale slovaque de Bratislava expose à Nice Franz Xaver Messerschmidt, sculpteur baroque (1736-1783) : "Têtes de caractères", 1993 - books.google.fr).

 

Della Porta préfigure les travaux de Lebrun, Lavater et l'essor de la physiognomonie au XIXe siècle.

 

Géricault utilisa la physiognomonie pour peindre son tableau Le Radeau de la Méduse (1819).

 

Mais contrairement au groupe père-fils dans l'attitude de la mélancolie typique, l'aliénation du reste des matelots de La Méduse assume une iconographie toute nouvelle, fondée sur l'observation physiognomonique et mouvements et expressions des visages signifient des états mentaux déstabilisés. De la même époque datent de nombreux dessins de têtes de naufragés, entre autres entre autres les portraits de Savigny et de son ami Corréard, autre survivant du drame. Tracés avec la précision d'études physiognomoniques, ces dessins reflètent toute une gamme d'émotions, de la joie extrême à la souffrance aiguë qui aboutit à la démence. Sous l'œil attentif de Géricault, Corréard et Savigny sont invités à revivre l'effroi des expériences vécues (Nina Athanassoglou-Kallmyer, Géricault médical, Naissance de la modernité: mélanges offerts à Jacques Vilain, 2009 - books.google.fr).

 

Produit syncrétique et protéiforme d’une très longue histoire, la physiognomonie remonte au moins au Pseudo-Aristote (IVe-IIIe siècle av. J.-C.). Très tôt, l’essentiel est déjà posé : il s’agit de considérer les manifestations physiques de l’âme. À la faveur des XVIe et XVIIe siècles, cette étude se précise avec l’association de telle détermination somatique à telle spécificité de caractère, fondant l’explication des mœurs des hommes par des traits corporels considérés comme autant de signes à interpréter. Une distinction vient ensuite faire le départ entre les caractéristiques fixes du corps et du caractère, et leurs aspects mutables. À la fin du XVIIIe siècle, sous l’influence du sensualisme et après l’étude des passions qui avait occupé le siècle classique, cette distinction fonde la séparation entre une physiognomonie au sens restreint et une pathognomonie consacrée à l’étude des signes physiques traduisant le caractère en mouvement et les signes fugitifs de l’expression humaine.

 

Dès les premières traductions françaises des traités de Lavater à la fin du XVIIIe siècle, la physiognomonie prend une place prépondérante dans la pensée et les arts en France. Appuyées par la diffusion des études phrénologiques de Gall, cette théorie paramédicale et la conviction qui la soutient, selon laquelle il est possible d’atteindre les profondeurs de l’intériorité humaine par l’observation d’éléments extérieurs, connaissent un retentissement considérable au XIXe siècle. Ce succès est à l’origine de nombreuses ramifications parmi lesquelles figurent, notamment, une physiognomonie ethnologique et une physiognomonie zoologique. C’est aussi dans cette théorie que la morphopsychologie et l’anthropométrie trouveront une partie de leur fondement (Valérie Stiénon, Erika wicky, présentation de "Un siècle de physiognomonie", Études françaises, Volume 49, numéro 3, 2013 - www.erudit.org).

 

Le docteur Craniôse dans l'Histoire de Monsieur Crépin caricature l'engouement pour la physiognomonie ; une critique déjà manifestée graphiquement avec la plus virulente dérision dès 1777 par Georg Lichtenberg (1742-1799), cet autre grand admirateur d'Hogarth. Dans son Essai de physiognomonie (1845) Töpffer interroge les ressorts expressifs de la caricature, manifestant là encore sa familiarité avec les œuvres de William Hogarth ; en outre, celui qui fut appelé à occuper la chaire de rhétorique et de belles-lettres générales de l'académie de Genève insiste sur le caractère conventionnel des expressions iconique et linguistique (Dictionnaire de la Littérature française du XIXe s.: (Les Dictionnaires d'Universalis), 2015 - books.google.fr).

 

Est-il vrai que, comme le déclarait Lavater, «Le dessin est la langue naturelle de la physiognomonie, sa première et sa plus sûre expression ; c’est un puissant secours pour l’imagination, et l’unique moyen d’établir avec certitude, de désigner, de rendre sensibles une infinité de signes, d’expressions et de nuances, qui ne sauraient être décrits par les mots, ni d’aucune autre manière que par le dessin»  ? On pourrait être tenté de répondre avec l’Essai de physiognomonie (1845) de Rodolphe Töpffer, initiateur de la BD, qui livre une satire du dessin par le dessin à partir des représentations des visages telles que ces pseudo-théories en produisaient spécifiquement (Valérie Stiénon, Erika wicky, présentation de "Un siècle de physiognomonie", Études françaises, Volume 49, numéro 3, 2013 - www.erudit.org).

 

Formé à l'école de la caricature par son père, Töpffer a trouvé un ton humoristique très personnel : ses enchaînements incongrus, ses zigzags ne sont pas seulement géographiques, ils forcent toujours plus l'imagination de ses lecteurs. Longtemps méconnu du grand public, Töpffer a exercé une influence déterminante sur Alfred Jarry, avec son très pataphysicien Docteur Faustroll (1897-1898) ; il est également un inspirateur revendiqué par Christophe dès l'épigraphe de sa Famille Fenouillard en 1889 (Dictionnaire de la Littérature française du XIXe s.: (Les Dictionnaires d'Universalis), 2015 - books.google.fr).

 

Le paradigme de la physiognomonie, qu’il faut comprendre dans un sens plus historique que kuhnien, a véritablement dominé le savoir social d’un public non spécialiste au cours du XIXe siècle. Il entre toutefois en concurrence avec un autre paradigme, identifié à celui de l’indice par Carlo Ginzburg, qui concerne les éléments témoignant de l’existence d’une cause opérante qui n’apparaît pas immédiatement. Situable autour de 1870, l’instauration de ce modèle de compréhension hérité de l’instinct du chasseur aurait fondé la démarche des sciences humaines. Dans cette perspective, la compréhension du monde repose sur l’observation de traces qu’il s’agit de situer dans un enchaînement de causes et d’effets. Cette conception relève du raisonnement par induction qui a notamment connu, dans la fiction littéraire, la forme spécifique d’une recherche d’indices et influencé, dans les disciplines médicales, la méthode diagnostique. Si la physiognomonie a diverse-ment participé à tout cela, il convient toutefois de nuancer ses interactions avec le paradigme indiciaire, dans la mesure où le rapport qu’elle établit entre l’objet observé et son interprétation relève moins du lien causal que de l’équivalence analogique. Indécis à  cet égard, Lavater tend d’ailleurs le plus souvent à nier le rapport de causalité, quand il ne l’annule pas tout simplement. [...]

 

Propice aux reconfigurations, la physiognomonie a encouragé le développement d’une formation idéologique à la faveur d’un présupposé qui tend à fonder en nature la distinction sociale. Ce présupposé a conduit à l’établissement de nombreux classements et typologies, tantôt selon les physionomies, tantôt selon les passions, tantôt encore selon les climats. Il a surtout motivé l’application répétée de ces taxinomies à la vie sociale : dès l’Antiquité, la physiognomonie constitue un moyen de recruter des employés, d’acheter des esclaves et de sélectionner ses fréquentations. Au XIXe siècle, l’amalgame du biologique et du social réapparaît lorsque, remotivant un essentialisme en vigueur, la physiognomonie rencontre la typification des caractères nationaux. Significativement, la polémique qui éclate à la fin du siècle entre Gabriel Tarde et Cesare Lombroso ne remet pas fondamentalement en question l’idée d’une fondation en nature de l’essence du criminel. De telles conceptions justifient alors une pratique juridique engageant une responsabilité de l’homme ramenée à des prédispositions : le malfrat n’est pas considéré comme le responsable de son acte, mais comme l’individu habité par le penchant à l’origine de ce même acte. Outre la caution apportée à un certain déterminisme, rappelons encore la traque de la duplicité, celle d’une éventuelle discordance entre le paraître et l’intériorité, qui fait naître le soupçon et conforte la légitimité du contrôle social. En codifiant les manières de l’homme expressif, la physiognomonie a plus d’une fois contribué à composer un guide de conduite dans la vie civile. L’étude de cette pseudo-science renseigne donc moins sur la production d’une connaissance scientifique que sur les modes de validation d’un savoir sociétal. [...]

 

Si la photographie a profondément renouvelé les modalités de la représentation dans la seconde moitié du XIXe siècle, les anciens postulats de la physiognomonie persistent et trouvent même à se réactualiser sous la forme d’une aspiration à la scientificité dans l’identification photomécanique et anthropométrique des profils sociaux (Valérie Stiénon, Erika wicky, présentation de "Un siècle de physiognomonie", Études françaises, Volume 49, numéro 3, 2013 - www.erudit.org).

 

Sur la base de cette anatomie comparative, Bertillon a cherché à réinventer la physiognomonie en termes précis et non plus métaphysiques ou ethnographiques (Allan Sekula, Ecrits sur la photographie, 2018 - books.google.fr).

 

Alphonse Bertillon, né à Paris le 22 avril 1853 et mort à Paris le 13 février 1914, est un criminologue français. Il est le fondateur, en 1882, du premier laboratoire de police d'identification criminelle et le créateur de l'anthropométrie judiciaire, appelée «système Bertillon» ou «bertillonnage», un système d'identification rapidement adopté dans toute l'Europe, puis aux États-Unis, et utilisé en France jusqu'en 1970 (fr.wikipedia.org - Alphonse Bertillon).

 

Angleterre

 

Il est dit que la tour de Meloria fut construire à l’initiative de la reine Elisabeth Ière d’Angleterre

 

La torre di Meloria fu innalzata nel secolo XVI dalla regina Elisabetta d'Inghilterra, dopo che naufragarono in vicinanza dell'isola Meloria due sue navi da guerra. I marmi bianchi, coi quali è costruita quest'alta torre, la fanno scorgere da lontano, per cui facilmente si possono evitare i molti scogli che sott'acqua nascondonsi attorno di essa isola, la quale contribuisce a formare un sicuro ancoraggio per le grosse navi da guerra che non possono entrare nel porto di Livorno (Giovanni B. Rampoldi, Corografia dell'Italia, Tome 3, 1834 - books.google.fr).

 

Cette probable légende rappelle la présence des Anglais à Livourne pour fait de commerce depuis le XVIème siècle. Une certaine tolérance des marchands venant de pays « hérétiques » était pratiquée par les autorités politiques malgré l’Inquisition (Stefano Villani, L’histoire religieuse de la communauté anglaise de Livourne (XVIIème et XVIIIème siècle), Commerce, voyage et expérience religieuse: XVIe-XVIIIe siècles, 2007 - books.google.fr).

 

En 1573, la descente des Nordiques, en l'occurrence des Anglais, est chose commencée. La nave La Rondine, patron John Scott, chargée à Londres et à Southampton, qui touche Livourne le 25 juin 1573, est-elle seulement la première nave anglaise qui reprenne le chemin de la Méditerranée ? En tout cas, elle inaugure, dans nos documents, une série d nombreux voyages du même genre. Le vaisseau porte à son bord des cloches, « entières et brisées », de l'étain, du plomb, de la laine (ce souvenir), des carisee, quelques draps... (Fernand Braudel, Ruggiero Romano, Navires et marchandises à l'entrée du port de Livourne : 1547-1611, 1951 - books.google.fr).

 

Neptune pourrait désigner la première puissance navale au monde dans les Centuries. Le trident ("Tridental") est l'attribut du dieu Neptune (cf. quatrain III, 1 ; J.C. de Fontbrune, Nostradamus, historien et prophète, p. 412).

 

À la fin du XIXe siècle, le Royaume-Uni disposait de la plus grande flotte au monde1. En Allemagne, à la même période, le kaiser Guillaume II se montrait favorable à l'expansion de la marine de guerre allemande en accord avec la volonté de faire de son pays une puissance coloniale. Son secrétaire d'État de l'office du Reich à la Marine, le grand-amiral Alfred von Tirpitz, partageait ses vues et se fit le promoteur de quatre lois navales entre 1898 et 1912 visant à augmenter considérablement la flotte de haute mer allemande. L'objectif allemand était de construire une flotte qui aurait une taille correspondant au 2/3 de celle de la marine britannique2. Cette politique s'explique aussi par le fait qu'en mars 1897, le ministère britannique des Affaires étrangères, à la suite de l'invasion britannique du Transvaal, avait menacé de placer les côtes allemandes sous blocus et d'asphyxier l'économie du Reich si celui-ci choisissait d'intervenir dans le conflit sud-africain. Depuis 1905, la marine britannique élaborait des plans pour un tel blocus qui était un élément central de la stratégie britannique. En réaction à ce défi à sa suprématie navale, de 1902 à 1910, la marine royale britannique lança son propre programme d'expansion pour contrer les Allemands. Cette compétition se centra sur un genre nouveau de navire avec pour modèle le HMS Dreadnought, lancé en 1906. dont les caractéristiques techniques en faisaient une révolution pour l'époque (fr.wikipedia.org - Course germano-britannique aux armements navals).

 

Parfondre : mettre à fond et couler en terme de marine (Auguste Jal, Glossaire nautique répertoire polyglotte de termes de marine anciens et modernes, 1848 - books.google.fr).

 

Mais aussi se dit dans l'émaillerie qui utilise les métaux

 

La course navale entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne engendra un énorme soutien du public dans chaque pays. En pleine course, le public britannique inventa le slogan «Nous en voulons huit et nous n'attendrons pas !», faisant référence au nombre de cuirassés que le gouvernement voulait construire, passant des six initialement prévus à huit, en 1908. Sûr du soutien d'une opinion publique des plus favorables, le gouvernement britannique réévalua à la hausse son programme de construction navale (fr.wikipedia.org - Course germano-britannique aux armements navals).

 

HMS Pegasus was one of 11 Pelorus-class protected cruisers ordered for the Royal Navy in 1893 under the Spencer Program and based on the earlier Pearl class. The class were fitted with a variety of different boilers, most of which were not entirely satisfactory, and by 1914, four ships had been withdrawn. They had all been condemned in 1904 but were reprieved and remained in service, with scrapping proposed in 1915 (en.wikipedia.org - HMS Pegasus (1897)).

 

HMS Medusa (1888) was a Marathon-class cruiser launched in 1888, on harbour service from 1910, sold in 1920 and resold in 1921 (en.wikipedia.org - HMS Medusa).

 

Péril jaune

 

Alors que nombre d’intellectuels européens s’interrogent, à la toute fin du XIXe siècle, sur la supposée décadence des «races blanches» - C. H. Pearson [1894], G. Le Bon [1895], E. Faguet [1895] -, la victoire du Japon dans la guerre sino-japonaise (1895) met au cœur des argumentations déclinistes le thème du «péril jaune» : celui de l’émergence d’une puissance nouvelle, une Chine pilotée par le Japon, bénéficiant ainsi à la fois de l’expérience militaire, politique et économique du Japon, et de la puissance du nombre, les 400 millions de Chinois?. D’abord expression d’une «lutte des civilisations» - l’expression de «Gelbe Gefahr» («péril jaune») fut introduite en 1895 par Guillaume II comme légende d’une lithographie opposant Europe chrétienne et Asie bouddhiste - suggérant un péril militaire et religieux. […]

 

Commande de Guillaume II, le tableau de Hermann Knockfuss, reproduit en lithographie, est envoyé à l’ensemble des chefs d’État européens et doit suggérer l’urgence d’une union européenne, en soutien à la Russie, à la fois contre le Japon et la Chine, mais aussi contre les ennemis intérieurs que sont l’«anarchie, le républicanisme, le nihilisme» (Lettre de Guillaume II à Nicolas II, 26 septembre 1895, citée par De Perthuis ([2009], p. 252)). […]

 

Le «péril jaune» est également saisi, dans les opinions publiques, comme un péril migratoire, semblable à celui qui conduisit les États-Unis et le Canada à interdire l’immigration chinoise. […]

 

Paul Henri d’Estournelles de Constant, ancien diplomate et tout juste élu député républicain de la Sarthe, semble être le premier à envisager les événements d’Extrême-Orient comme le début d’un péril économique. Préoccupé des signes internes de déclin de la France et de l’Europe, il évoque, dans un article publié dans la Revue des Deux Mondes [1896], les conséquences de la révolution des transports sur la mondialisation des échanges, d’une part, les conséquences des prétentions impérialistes européennes en Chine, d’autre part. Le péril chinois désigne alors, sous sa plume, une autre invasion : celle sur les marchés européens des produits de consommation courante fabriqués en Chine, reposant dans un premier temps sur une probable délocalisation de la production et conduisant, à terme, à la désindustrialisation de l’Europe. […]

 

La séquence prévue par d’Estournelles est la suivante : essor de la concurrence indigène pour les exportations européennes de biens de consommation dans les pays neufs, puis essor de la concurrence asiatique sur les marchés européens eux-mêmes. L’Europe deviendra alors terre de luttes ouvrières (avec son lot de grèves, qui ne feront qu’affaiblir sa compétitivité internationale), puis terre de chômage et de famine. […]

 

Leroy-Beaulieu envisageait l’émergence d’une telle concurrence dès «l’aurore du XXe siècle» ([1881], p. 470), alimentée par l’afflux de capital financier venu d’Europe, permettant l’équipement industriel de l’Asie. […]

 

La ligne libérale de contestation de la thèse de d’Estournelles est complétée par un petit article incisif de Jacques Novicow, publié en 1897 dans la Revue internationale de sociologie. Bien que l’on y retrouve une partie des arguments évoqués précédemment, et bien que Novicow soit sociologue, la clarté du propos n’a rien à envier à celle des économistes. […]

 

Novicow reste flou sur ce qui fonde la productivité du travail. Il note cependant deux choses. D’une part, nous dit-il, l’invention de nouveaux procédés de production restera pour longtemps l’apanage des «blancs», car «l’invention provient, dans une certaine mesure, du développement de l’esprit scientifique» ([1897b], p. 356). L’esprit scientifique est, pour Novicow, le fruit de l’expérience, de l’apprentissage, de l’ancienneté de la civilisation. Or, nous dit-il, «pour faire que la société hindoue et chinoise arrive à l’état mental des Américains du Nord […] il faudra d’innombrables efforts pendant des siècles» ([1897b], p. 357) (Marion Gaspard, Péril chinois et déclin de l’Europe, Analyses économiques en France au tournant du xxe siècle, Revue économique Vol. 66, 2015 - www.cairn.info).

 

Cinéma

 

En 384-322 av. J.-C., le principe de la chambre noire était déjà connu du monde antique. Aristote a ainsi décrit la projection d’une éclipse solaire sur le plancher d’une salle obscure au travers d’une petite ouverture : les rayons du soleil pénétraient par le trou situé dans la paroi et projetaient alors une image inversée. Dans Problèmes, il écrit : «Tout objet placé en face d’une boîte entièrement fermée et percée d’un trou se reflète, renversé sur le fond de cette boîte». Aristote utilisait le terme «sténopé», de «stenos» (étroit) et «ope» (trou) — et pas encore celui de «camera oscura» (chambre noire). Entre 1015 et 1021, le savant perse Ibn al-Haitham - aussi appelé Alhacen ou Alhazen -, considéré comme le père de l’optique moderne, a décrit le principe du sténopé, utilisant le terme «locus obscurus», lieu obscur. Auteur de divers ouvrages sur l’optique, il a prouvé l’idée d’Aristote selon laquelle la lumière arrive dans l’œil, formant alors l’image sur le cristallin (Traité d’optique, 1015-1021). Vers 1250, le savant anglais Roger Bacon a décrit l’utilisation d’une chambre noire pour l’observation des éclipses solaires. En 1508, Leonard de Vinci a fait un parallèle entre le fonctionnement de l’œil et le principe des sténopés dans Codex Atlanticus. Il aurait été le premier à suggérer que la chambre noire pouvait s’avérer utile pour l’artiste afin de reproduire la nature, des villes ou des paysages pittoresques. Vers 1542, l’Italien Girolamo Cardano a ajouté une lentille à la chambre noire. En 1558, Giovanni Battista della Porta a publié une description complète de la technique de la camera oscura dans Magia Naturalis, technique qu’il a nommé «cubiculum obscurum». Della Porta suggérait lui aussi d’utiliser ce procédé comme support au dessin. Dans la seconde édition de sa Magia Naturalis, en 1589, Giovanni Battista della Porta a ajouté une lentille dans la description du procédé. Son traité a sans doute fortement contribué à faire connaître le principe des camera oscura, et demeure l’un des ouvrages scientifiques les plus connus du XVIe siècle. C’est, enfin, en 1604 que le terme «camera obscura» semble apparaître pour la première fois, chez l’astronome allemand Johannes Kepler, qui aurait découvert ce dispositif en lisant l’ouvrage de Della Porta. Kepler parlait aussi de « camera clausa » (chambre close) dans Ad Vitellionem Paralipomena (Laurent Poggi, Les origines de la photographie - www.photorigines.com).

 

Niepce, reprenant une vieille idée de Roger Bacon au XIIIe siècle et de Léonard de Vinci - idée perfectionnée au XVIe siècle par Jérôme Cardan et le physicien italien Jean-Baptiste Della Porta sous la forme de la chambre noire, songea à placer au fond de cette chambre noire une plaque enduite d'une substance sensible à la lumière et recevant l'image donnée par l'objectif placé sur l'orifice de la boîte  (Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des Sciences, Volume 262,Numéros 1 à 8, 1966 - books.google.fr).

 

Philippe Dubois dans L'acte photographique analyse le mythe de Méduse et le met en rapport avec la photographie de la façon suivante : "[...] le photographe, en réalité, toujours, qu'il le veuille ou non, thanatographie tout ce qu'il capte“. L'acte photographique, dans sa puissance de sidération, jette sur le monde, à chacun de ses coups, à chacune de ses prises, un voile transparent et paralysant. Faisant office de bain de fixation, il ne cesse en fait de le figer dans ses  raidissements et ses contractures, donnant à toute figure vivante l'immobilité des pierres, fussent-elles, ces pierres, de papier: papier glacé, il va sans dire, glacé d'effroi, transi, littéralement, pelliculé pour l'éternité (Frédérique Poinat, L'oeuvre siamoise : Hervé Guibert et l'expérience photographique, 2008).

 

De l'invention de la photographie par Nicéphore Niepce vers 1816 aux recherches sur le mouvement, le XIXe siècle est ponctué de découvertes techniques et scientifiques autour de l'enregistrement du son et de l'image, dont le cinéma est la synthèse. Le docteur Paris inventeur du thaumatrope en 1826, Joseph Plateau avec le phénakistiscope en 1836 et Emile Reynaud qui présente avec succès à l'Exposition universelle de 1878 le praxinoscope s'intéressent à la persistance rétinienne. Celle-ci permet de créer l'illusion du mouvement à travers une succession d'images rapidement déroulées. Les travaux d'Edward  d'Edward J. Muybridge (1878) et d'Étienne-Jules Marey (1882) sur la décomposition du mouvement par la multiplicité des prises de vue photographiques, viennent compléter ces innovations. De la décomposition à la recomposition du mouvement, il n'y a qu'un pas qu'Edison franchit avec son kinétographe (1891), véritable juke-box à images qu'il va commercialiser. L'invention du «cinématographe» par les frères Lumière en 1895, avec son procédé  spécifique de défilement régulier de l'image à l'aide d'une griffe qui entraîne la pellicule perforée, vient couronner cette succession de recherches (François Guyot, Cent ans de cinéma français de l'arroseur arrosé au grand bleu: 1895-1995, 1994 - books.google.fr).

 

Interrogeons-nous à présent sur la nécessité pour le cinéma des premiers temps d'effectuer une telle assimilation du mythe méduséen. Au-delà du lien qu'elle établit avec le passé, de sa simplicité d'expression, de sa validité intemporelle, son entreprise humaniste, il semble évident que la structure véhiculée par le mythe médusé en apporte une forme de légitimisation nécessaire à un cinéma qui cherche à affirmer sa spécificité. L'idée de reprendre un thème déjà ancré dans l'imaginaire collectif pour se valider en tant que nouvelle forme artistique est désormais acquise. Ce qui frappe d'emblée dans les formes syncrétiques que je viens d'envisager, ce sont les recoupements flagrants avec la dynamique qui se trouve à la base même du moyen cinématographique. Car, aucune place n'est laissée au hasard comme le cinéma, est entièrement liée à l'usage de la vision, de l'œil, de celui qui regarde et qui est, à son tour, regardé (Leonardo Quaresima, Laura Vichi, La decima musa: il cinema e le altre arti, 2001 - books.google.fr).

 

Pégase, animé par le mouvement de ses ailes (cf. la Tristar), symboliserait le cinéma, constitué d'images fixes mises en mouvement par le défilement de la pellicule, né de la photographie-Méduse.

 

Le cinéma primitif est bâti sur des «images de mouvement accéléré, brusque» comme on a pu le voir décrit dans les pages des romans. C'est un perpetuum mobile, une machine infernale qui n'a pas le temps de s'arrêter et qui a la tentation permanente de l'exagération, du geste-signe et de la mimique-signe. Jacques Aumont (Du visage au cinéma) remarque que l'époque où se constitue ce style de jeu est aussi celle où l'on voit la fin de la physiognomonie, qui va marquer alors le jeu de l'acteur du cinéma primitif. La physiognomonie cherche à dégager du corps et du des éléments signifiants. En particulier, elle consiste à trouver des ressemblances entre les visages humains et certains animaux. Les pantomimes des acteurs du cinéma primitif, relevaient d'un style de jeu sémaphorique «caractérisé par des gestes amples et très codés» (Bérénice Bonhomme, Claude Simon, la passion cinéma, 2018 - books.google.fr).

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