Pérouse

Pérouse

 

V, 67

 

1901

 

Quand chef Perouse n'otera sa tunique,

Sans au couvert tout nud s'expolier.

Seront prins sept, faict aristocratique ;

Le pere et fils morts par poincte au collier.

 

La guerre de Pérouse

 

La distributions de terres aux soldats est la troisième espèce de lois agraires ; encore quelquefois ces distributions de terres atteignirent la propriété privée, respectée jusqu'aux guerres civiles, et amenèrent des dépossessions violentes. Les légions romaines avaient perdu leur antique discipline depuis Marius et Sylla; les soldats s'attachaient à un homme, leur chef, dont ils suivaient la fortune, et les plus graves désordres étaient le résultat de ce nouvel état de choses. Les proscriptions de Sylla et de Marius offrirent naturellement l'occasion de distribuer aux vétérans les terres confisquées. César suivit également cet exemple; il distribua des terres aux soldats qui l'avaient fait triompher dans les guerres civiles. Après la mort de César, les soldats se trouvèrent tout-puissants; chaque ambitieux qui prétendait à la succession du grand homme leur faisait des avances et des flatteries. Antoine, Octave, Cicéron et le sénat multiplièrent ces distributions, Octave surtout, après la guerre de Modène, la bataille de Philippes, la guerre de Pérouse, celle contre Sextus Pompée et la bataille d'Actium. Mais une fois empereur, Auguste organisa les cohortes urbaines et les cohortes prétoriennes, qui finirent plus tard par remplacer l'influence des légions. Les prétoriens aimaient beaucoup mieux le désordre des camps et d'une grande ville comme Rome que la vie sédentaire d'une colonie. Aussi le donativum, largesse que faisait l'empereur à son avènement, remplaça pour toujours les distributions de terres. En résumé, les lois agraires, si l'aristocratie avait eu l'intelligence de les exécuter, auraient empêché tous les maux qui à la longue détruisirent la république romaine. Il y aurait eu à Rome des classes moyennes, intéressées à l'ordre et au maintien de la république, et des classes populaires laborieuses et paisibles. La populace ne se serait pas avilie et abrutie en vendant ses votes et en vivant sans travailler aux dépens du trésor public. L'Italie aurait vu se repeupler ses solitudes; la Péninsule, qui exportait jadis des blés, n'aurait pas été réduite à recevoir sa subsistance de la Sicile, de l'Afrique et de l'Égypte; la république aurait eu des soldats, et n'aurait pas été obligée de les recruter parmi les esclaves et les peuples étrangers. Le grand argument des patriciens était d'empêcher la dilapidation du domaine public; mais ils le dilapidèrent bien davantage eux-mêmes par leurs distributions aux soldats. Un seul moyen de salut était offert à la république et à l'aristocratie elle-même; elle mit tout en œuvre pour le repousser, le courage, la ruse, le crime et l'éloquence. Le monde romain fut perdu (Dictionnaire de la conversation et de la lecture, Tome 1, 1860 - books.google.fr).

 

En Italie, Octavien rencontra de grosses difficultés : il lui était difficile de tenir la promesse faite aux vétérans de Philippes de leur distribuer des terres, car il n'y avait plus d'ager publicus disponible en Italie ; il lui fallait donc spolier des petits et moyens propriétaires à travers toute la péninsule, ce qui provoqua naturellement une vague de mécontentement général. Les spoliés trouvèrent en Lucius Antonius et Fulvie un véritable soutien et c’est autour d’eux que se créa l’unité. Tous ceux qui étaient opposés aux triumvirs et à leur politique, les proscrits notamment, se rallièrent à leur cause. Le statut, l’origine sociale de Lucius Antonius en faisaient un interlocuteur crédible. D’autre part, le rôle de Fulvie ne doit pas être négligé. Dion Cassius a dressé le portrait d’une femme extrêmement directive, d’un tempérament excessif, capable d’imposer à tous sa volonté, ayant un véritable impact sur la politique.

 

Lucius Antonius aurait donné pour prétexte à son opposition le désir de relever la république.

 

Lucius Antonius qui résidait à Préneste profita de l’absence d’Octavien pour s’emparer de Rome. Dion dénonce le peu d’ardeur de Lépide dans la défense de l’Vrbs, et exalte l’ingéniosité de Lucius Antonius qui avait envoyé secrètement des soldats dans l’enceinte de la ville avant de lancer son offensive.

 

Une fois Lucius Antonius stationné dans Pérouse, Salvidienus, Agrippa et Octavien menèrent un siège. Dion raconte que celui-ci fut long, parce que la «place était naturellement bien protégée et munie du nécessaire en suffisance».

 

Les historiens se sont beaucoup interrogés sur les raisons de l’échec des partisans d’Antoine. Nous l’avons vu, le rapport de force ne leur était pas défavorable. D’autre part, c’était des généraux et des soldats bien expérimentés. Pour Marie-Laure Freyburger et Jean-Michel Roddaz, les raisons de leur échec «se situent d’abord dans leur désaveu de la guerre ; les partisans d’Antoine ne pouvaient approuver une politique - celle de Lucius Antonius - qui allait à l’encontre des intérêts de leurs soldats et était en contradiction avec la politique antérieure d’Antoine». Ils redoutaient certainement des mutineries et ils étaient divisés. Il semble, aux dires d’Appien, que Ventidius et Pollion furent favorables à une attaque au début de l’année 40, mais Plancus milita pour l’attente et c’est finalement lui qui emporta la décision. Le silence d’Antoine a également joué un rôle important. Appien raconte que ses lieutenants ont à plusieurs reprises justifié leur inaction par leur ignorance des intentions du triumvir. Enfin, Appien précise que les chefs antoniens, Pollion et Plancus en particulier, s’appréciaient peu. Ils n’acceptaient certainement pas d’ordre provenant de quelqu’un d’autre qu’Antoine. Sans l’efficacité de ces renforts, Lucius Antonius ne pouvait pas tenir. Il tenta plusieurs sorties mais sans résultat5. Le manque de ravitaillement - Dion parle de famine - le contraignit à la reddition en février 40. Octavien accorda l’impunité au consul ainsi qu’à ses soldats qui bénéficiaient du soutien de ses propres hommes8. Mais il fut impitoyable avec Pérouse et ses habitants. La ville fut mise à sac.

 

En ce qui concerne le traitement des élites de la ville les sources divergent. Appien indique que peu d’entre eux furent exécutés, alors que Dion fait état de trois cents sénateurs et chevaliers sacrifiés15. Ce dernier précise en effet que selon une tradition « ils ne furent pas simplement exécutés, mais conduits vers l’autel consacré au premier César [c'est-à-dire Jules César]». Suétone fait également état de la cruauté d’Octavien et mentionne ce sacrifice humain : «après avoir pris Pérouse il ordonna une foule d’exécutions, et pour ceux qui cherchaient à implorer leur grâce ou à s’excuser il n’avait qu’une seule réponse : «il faut mourir». Certains auteurs disent que parmi les vaincus il en choisit trois cents appartenant aux deux ordres, et les sacrifia comme des victimes pour les Ides de Mars, devant un autel élevé en l’honneur du divin Jules». Il est difficile de juger de la véracité de cette version, l’aveu de

Suétone «certains auteurs disent», et le fait que Dion précise qu’il s’agit d’une «tradition», montrent qu’ils doutèrent.

 

Dire que Virgile, Horace, Tibulle, Properce et Ovide furent contemporains des expropriations foncières consécutives à Philippes peut revêtir un caractère artificiel. S’ils étaient effectivement tous en vie au moment des faits, il ils vécurent ces événements à des âges bien différents. Virgile avait environ vingt-neuf ans, Horace vingt-quatre, Tibulle et Properce certainement moins d’une dizaine d’années4, enfin Ovide n’avait que deux ans lors de la Guerre de Pérouse.

 

La lecture de leurs œuvres permet d’apporter des éclairages sur la situation des expropriés - notamment sur la variété des situations - et les conséquences à long terme de ce traumatisme économique et social en rapport direct avec la propriété foncière. L’objectif sera ici de restituer, avec le plus de précision possible, la manière dont chacun de ces poètes a été touché par les expropriations de 41 avant notre ère, ou pour ce qui est d’Ovide, d’évoquer les difficultés qu’il a rencontré avec son patrimoine. Nous constatons ainsi que leurs expériences sont assez différentes. Horace et Properce furent expropriés parce qu’ils étaient du côté des vaincus. Horace avait combattu du côté des républicains à Philippes et le père de Properce se trouvait avec les assiégés à Pérouse. Virgile a, semble-t-il, été victime d’une expropriation illégitime. Tibulle ne donne pas de précision. Enfin, si la famille d’Ovide n’a semble-t-il pas été concernée par les distributions de terres postérieures à Philippes, nous verrons que les difficultés que le poète a eu avec son patrimoine à la suite de sa relegatio, provoquèrent chez lui des sentiments, des envies, assez similaires à ce que produisirent les expropriations chez les autres membres de ce corpus. Car, au-delà d’une meilleure connaissance de la situation des expropriés, le fait de savoir comment ces poètes ont été touchés par ces expropriations, permettra de mieux comprendre leurs oeuvres et notamment leurs rapports à la propriété foncière.

 

Properce fut lui aussi directement concerné par les troubles consécutifs à Philippes et les expropriations foncières de 41 avant notre ère. Dans l’Elégie I, 22, il indiqua que son père avait été mis à mort après le siège de Pérouse : «Tu connais Pérouse, le tombeau de la patrie (durs et lugubres temps pour l'Italie que ceux où la guerre civile arma les Romains !) : pour moi en particulier, ce sol n’est que douleur. Étrurie, c'est toi qui as laissé à l'abandon les membres de mon proche parent, sans même recouvrir les ossements du malheureux d'un peu de poussière.»

 

Dans l’Elégie IV, 1, Properce fit à nouveau allusion au décès prématuré de son père - «Tu recueilles avant l'âge les cendres de ton père» – puis il précisa que sa famille fut privée d’une grande partie de ses terres : «et voilà tes dieux Lares réduits à la pauvreté : ces terres que retournaient de nombreux taureaux, autant de cultures, de richesses que t'enlève la sinistre perche de l'arpenteur». Ces indications permettent de considérer que son père était un membre de la classe sénatoriale ou équestre de la cité de Pérouse - dans l’Elégie IV, 1, Properce insiste sur le prestige et la richesse de sa famille : «C'est l'antique Ombrie qui te donne le jour en d'illustres Pénates» - et qu’il fut très certainement exécuté suivant les ordres d’Octavien après la reddition de la cité en février 405. Le fait que Properce parle de «Pérouse comme le tombeau de la patrie» et précise que son père n’a pas bénéficié d’une sépulture peut aller dans le sens de la version d’une exécution massive des élites de la cité en sacrifice à Jules César, relatée par Dion Cassius et Suétone (Julien Troutier, La sacralisation de la propriété foncière. Le phénomène et ses manifestations chez les poètes de l’époque augustéenne Présentée et soutenue publiquement, 2009 - indexation.univ-fcomte.fr).

 

Octave aurait fait égorger l'aristocratie pérugine sur l'autel dédié à Jules César (Jean Bayet, Mélanges de littérature latine, 1967 - books.google.fr).

 

"poincte au colier" ne serait pas "collier à pointes" mais une lame acérée appliquée sur le cou. Le collier du boeuf (animal de sacrifice) c'est le cou (Henri Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

Notons qu'en latin "arista" signifie arête ou pointe de l'épi (Gaffiot).

 

Son analogue se rencontre en une anecdote relative au siège de Pérouse : Octave avait sacrifié, et les victimes se révélaient funestes ; à ce moment, les ennemis firent une sortie et s'emparèrent des exta ; sur quoi les haruspices octaviens affirmèrent que le mal qu'elles annonçaient était maintenant la part de ceux qui les possédaient. Car on sait que la puissance magique est neutre ou réversible. Il y a plus : la fatalité de l'accomplissement de tels présages, supérieure à toute conjuration religieuse, outrepasse les possibilités de la mantique ordinaire. Dans Thèbes, après la défaite des Sept, Tirésias écoute les oiseaux «barbarisés» qui se déchirent entre eux et ne les comprend plus ; il attribue au prodige une raison morale, ou religieuse, toute rationaliste ; il prévoit que Créon paiera de la mort d'un des siens son insensibilité cruelle. Mais la réalisation du présage sera plus pleine qu'il ne l'a prédit : Créon tue sa nièce Antigone ; Hémon, son fils, avant de mourir, veut le tuer ; Eurydice, sa femme, se poignarde ; Créon souhaite la mort. L'irrésistible «figuration» offerte par la guerre intestine des oiseaux s'est ainsi projetée intégralement dans le monde des hommes. De ces différents caractères du présage figuratif, l'Iliade nous offre un exemple à peu près complet. Quand les Troyens, arrivés au pied du mur des Achéens, se croient près du triomphe, un aigle apparaît à leur gauche et laisse tomber le serpent qu'il portait à ses petits, et qui a eu encore la force de se retourner pour le mordre au cou (Jean Bayet, Croyances et rites dans la Rome Antique, 1971 - books.google.fr).

 

"tunique"

 

L’historien Dion Cassius raconte également que le Lucius Antonius obtint à cette occasion «un décret assimilant l’expédition qu’il allait mener à une guerre, et il parla devant le peuple en tenue militaire, ce que personne d’autre n’avait fait». Appien précise que Lucius se fit proclamer imperator, ce qui l’autorisait à se présenter en habit militaire, et qu’il fit proclamer Octavien hostis publicus, obtenant ainsi du peuple une déclaration de guerre contre lui (Julien Troutier, La sacralisation de la propriété foncière. Le phénomène et ses manifestations chez les poètes de l’époque augustéenne Présentée et soutenue publiquement, 2009 - indexation.univ-fcomte.fr).

 

Nudité

 

Pendant les préparatifs de la guerre d'Auguste contre Antoine, Plancus passa du côté d'Auguste. Ce changement de sa part ne tenait ni au désir de se rallier à la bonne cause, ni à son amour pour la république, ni à son affection pour Auguste, mais au besoin de trahir, qui était chez lui une véritable maladie. Il s'était montré le plus vil complaisant de la reine Cléopâtre et le plus méprisable de ses esclaves; sous le titre de secrétaire d'Antoine, il avait été l'instigateur et le ministre de ses plus sales débauches. Vénal en tout et pour tous, on l'avait vu, le corps peint de couleur d'azur, tout nu, la tête couronnée de roseaux, traînant une queue de poisson et rampant sur les genoux, danser dans un festin la danse de Glaucus. Il embrassa le parti d'Auguste, parce qu'Antoine, convaincu de ses rapines, ne le traitait plus qu'avec froideur. Il ne craignait pas de se faire un mérite de la clémence du vainqueur: «César, disait-il, approuvait sa conduite, puisqu'il lui avait pardonné.» Son neveu Titius ne tarda pas à suivre son exemple. Quelques jours après sa défection, Plancus invectivait en plein sénat contre Antoine absent, et l'accusait des crimes les plus infâmes. «Assurément, lui dit avec esprit le prétorien Coponius, homme grave, beau-père de Silius, Antoine a dû faire bien des infamies la veille du jour où tu l'as quitté.» (Velléius Paterculus) ((Julien Troutier, La sacralisation de la propriété foncière. Le phénomène et ses manifestations chez les poètes de l’époque augustéenne Présentée et soutenue publiquement, 2009 - indexation.univ-fcomte.fr - books.google.fr).

 

"sept" : Thèbes ?

 

Le terme "aristocratique" ne vient pas du latin mais du grec. 

 

D’une manière générale, il y a peu de références aux événements politiques dans les œuvres d'Ovide. Dans les Héroïdes, il n’y a pas d’allusion à l’histoire présente. Le contexte est rigoureusement mythologique, même lorsqu’il est question d’Enée ou d’Apollon, rien ne renvoie de manière explicite à la (re)naissance de Rome, à la victoire d’Actium, à Auguste. D’ailleurs, il n’y a aucune occurrence d’Auguste dans les vingt-et-une lettres, de même, dans les Remèdes à l’amour et dans le traité sur Les Produits de beauté pour le visage de la femme. Ce qui n’est toutefois pas le cas dans les Amores. Dans les trois livres d’élégies les occurrences d’Auguste sont rares mais elles existent - nous en comptons trois - et elles sont à l’honneur du maître de Rome. Dans l’Elégie III, 12, alors qu’il déplore les multiples infidélités de sa maîtresse, il s’excuse de ne pas chanter les hauts faits d’Auguste : «Je pouvais chanter Thèbes, ou bien Troie, ou bien les exploits de César, et c’est Corinne seule qui m’a inspiré».

 

Les premiers vers de l'élégie I, 7, exposent successivement les caractéristiques de la poésie épique puis de la poésie élégiaque et, non sans humour, présentent Ponticus comme comme un «fort en thème» tout occupé à composer une ambitieuse Thébaïde qui puisse rivaliser avec l'œuvre d'Homère, tandis que le malheureux Properce, le «cancre de la classe», se laisse emporter par de tumultueuses amours et subit les rigueurs d'une cruelle maîtresse (Jean-Claude Julhe, La critique littéraire chez Catulle et les Elégiaques augustéens: genèse et jeunesse de l'élégie à Rome (62 avant J.-C. - 16 après J.-C.), 2004 - books.google.fr).

 

Tandis que tu chantes, ô Ponticus, la Thèbes de Cadmos et les tristes combats des frères ennemis, tandis que, - j'en réponds sur mon bonheur, - tu disputes la première place à Homère que tu égaleras pour peu que les destins se montrent tendres pour tes vers.

 

Si, dans les premiers vers, l'imitation du style épique pouvait passer pour un hommage à Ponticus, dans la tradition de la recusatio, ici, son emploi dans un passage aussi dévalorisant est clairement polémique. C'est ainsi que le terme castra (v. 17), terme ambivalent qui s'utilise souvent pour les campagnes de l'amour, notamment chez Ovide, désigne sans doute les motifs épiques traités d'ordinaire par Ponticus, comme le confirme la iunctura agmina septem. Les allusions guerrières de Properce sont avant tout littéraires, comme l'évocation des «Sept contre Thèbes», argument de la Thébaïde de Ponticus, semble-t-il, qui nous ramène au distique initial (Eric Coutelle, Poétique et métapoésie chez Properce: de l'ars amandi à l'ars scribendi, 2005 - books.google.fr).

 

À travers ces différences de genre, ce sont deux systèmes de valeurs qui se trouvent face à face : tandis que chanter les «sinistres combats» qui opposèrent, devant la citadelle fondée par Cadmos, Étéocle à son frère Polynice, est un moyen pour Ponticus de glorifier le souvenir récent de la victoire d'Octave sur Antoine, écrire sur ses amours pour Cynthie permet à Properce de défendre l'expression lyrique des sentiments et les valeurs retrouvées de la paix. Sans doute les raisons biographiques ne sont-elles pas étrangères, pour Properce, à ce choix esthétique et idéologique : on sait avec quelle émotion il évoque, d'abord dans la conclusion du Monobiblos, la mort tragique d'un certain Gallus, un de ses parents tué par des brigands alors qu'il échappait aux soldats d'Octave après le siège de Pérouse, puis, dans l'introduction du livre IV, les vicissitudes de sa famille, ruinée par les confiscations de terres consécutives à la bataille de Philippes (Jean-Claude Julhe, La critique littéraire chez Catulle et les Elégiaques augustéens: genèse et jeunesse de l'élégie à Rome (62 avant J.-C. - 16 après J.-C.), 2004 - books.google.fr).

 

These two mourning elegies we have looked at (3.18 et 4.23), the one for Marcellus and the one for Cornelia, suggest that the “classical” (i. e. epic) netherworld seems to be the proper habitat for dead aristocrats. The poet himself, however, opts for a different version when thinking of his death: in elegy 3.5, the long series of natural phenomena to studied by people inclined to natural philosophy ends with the puzzling question of what happens after death: “[...] sub terris sint iura deûm et tormenta reorum, num rota, num scopuli, num sitis inter aquas, aut Alcmaeoniae furiae aut ieiunia Phinei, Tisiphones atro si furit angue caput, num tribus infernum custodit faucibus antrum Cerberus, et Tityo iugera pauca novem, an ficta in miseras descendit fabula gentes, et timor haud ultra quam rogus esse potest. exitus hic vitae..." (3.5) (Merryl Rebeloo, Letum non omnia finit : Propertius between this world and the next, Reading the Way to the Netherworld: Education and the Representations of the Beyond in Later Antiquity, 2016 - books.google.fr).

 

Amphiaraos, roi d'Argos, était un puissant chef de guerre qui prit part à la fameuse expédition des Sept contre Thèbes. Etant aussi devin, il savait que la mort l'attendait dans cette guerre; mais, poussé par son épouse Eriphyle (séduite par le collier d'Harmonie, offert par Polynice), et lié par une ancienne convention qui accordait à celle-ci le pouvoir de décision, il partit néanmoins, non sans avoir fait jurer à ses deux fils (Alcméon et Amphilochos) qu'ils le vengeraient en tuant leur mère (Alexander Cambitoglou, Le peintre de Darius et son milieu: vases grecs d'Italie méridionale, 1986 - books.google.fr).

 

Alcméon fut dévoué aux Euménides (Furies) pour avoir souillé son bras parricide du sang d'Eriphyle, sa mère (Oeuvres complètes d'Horace, de Juvenal, de Perse, de Sulpicia, de Turnus, de Catulle, de Properce, de Gallus et Maximien, de Tibulle, de Phèdre et de Syrus, 1878 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Si on reporte l'année 1901 sur la date pivot - 41, on obtient environ 1983 avant J.C.

 

Trophonios et Agamède auraient bâti le temple d'Apollon à Delphes vers 1983 avant J.C. (Dictionnaire pittoresque et historique, ou description d'architecture, peinture, sculpture, Tome 2, 1766 - books.google.fr).

 

Le chevalier de Jaucourt parle de 760 avant J.C. (Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, Tome 4, 1754 - books.google.fr).

 

Les fils d'Erginos, Trophonios et Agamède, renvoient à la mythologie béotienne par leur père, selon l'Hymne homérique roi d'Orchomène descendant de Minyas ou d'Athamas célèbre pour ses guerres contre Thèbes, et par leur mère également, Epicaste, liée à la dynastie thébaine.

 

Trophonios ne peut être défini dans son essence propre. Fils d'un couple mortel, ou à la limite fils d'un dieu et d'une mortelle, il aurait tout pour être un héros. Il est compagnon d'Apollon; il acquiert une technique merveilleuse et presque magique, il est un adolescent rusé à la fleur de l'âge, il a pour lieu d'attache un seul sanctuaire chthonien. Il possède des talents divinatoires intégrés au sein d'un rituel nocturne. Pour en faire un héros cependant, il manque un élément central : la tombe, et même la certitude qu'il soit mort. Pindare le fait expirer, mais dans une vision eschatologique, et les chrétiens le font misérablement périr, mais pour lui dénier toute chance de survie divinatoire. Les versions cependant de Pausanias et Charax, qui remontent peut-être à l'époque archaïque, le font simplement disparaître dans le trou d'où il rendra plus tard ses oracles. [...] Trophonios n'évoluait pas dans un désert mythologique. Bien qu'en provenance de témoignages hellénistiques et romains, les associations qu'on lui prêtait avec d'autres hommes, héros ou divinités permettent de l'insérer dans un contexte élargi. [...] Amphiaraos, petit-fils de Mélampous, protégé de Zeus et d'Apollon, est très souvent cité en parallèle avec Trophonios. Son essence est très proche, mais pas identique : dès son vivant devin renommé, il devait périr lors de l'expédition argienne contre la ville d'Étéocle suite à la perfidie d'Ériphyle. Zeus avait de sa foudre provoqué la faille qui l'engloutit avec son char, alors que son poursuivant thébain, Périclymène - épiclèse d'Hadès reliée à la généalogie de Trophonios -, s'apprêtait à frapper. Il possédait à Thèbes et sans doute ensuite à Oropos, un oracle par oniromancie, spécialisé aussi dans l'iatrique (Pierre Bonnechere, Trophonios de Lébadée: Cultes et mythes d'une cité béotienne au miroir de la mentalité antique, 2003 - books.google.fr).

 

Soutane

 

«Le cléricalisme, voilà l’ennemi», proclamait Gambetta dès les débuts de la IIIe République, et cet anticléricalisme, qui se traduisit par quelques mesures symboliques (comme la suppression de l’interdiction du travail du dimanche, en 1880, réforme abandonnée en 1906), s’affirma avec l’arrivée des radicaux au pouvoir en 1899. La loi du 2 juillet 1901, qui établissait un régime de liberté pour les associations civiles, ne se montrait nullement libérale en ce qui concernait les associations religieuses. Aucune «congrégation» ne pouvait plus exister en France, selon la loi, sans y avoir été autorisée par le Parlement. Comme, sur plus de 700 congrégations, seule une demi-douzaine avait été autorisée par une loi de 1825 (missions étrangères, lazariste, etc.), il y eut un débat très vif pour savoir quelle congrégation serait autorisée. Waldeck-Rousseau écrivit à Léon XIII pour l’assurer qu’il se montrerait libéral et bienveillant, mais il fut dépassé sur sa gauche.

 

Car, aux élections de 1902, Émile Combes, surnommé le «petit père Combes» parce qu’il avait été séminariste dans sa jeunesse, accéda au pouvoir. Autoritaire, «césariste en veston» (Péguy), il fit de l’anticléricalisme son combat politique. La Fédération française de la libre-pensée va s’activer en coulisse, parmi d’autres, et animer un «anticléricalisme populaire» contre l’Église catholique. «À bas la calotte !» est le mot d’ordre d’une partie de ce personnel républicain.

 

Émile Combes va appliquer la loi de 1901 avec une extrême dureté, suscitant même les critiques de son prédécesseur, Waldeck-Rousseau, qui jugera «stupide» la sévérité de Combes. En juillet 1902, ce dernier décrète la fermeture de près de 3.000 écoles catholiques, suscitant la protestation de nombreux catholiques. La situation s’envenime en mars 1903, lorsque Combes décide de refuser en bloc toutes les demandes d’autorisation des congrégations. Le gouvernement ne conservait que les ordres missionnaires dont la République jugeait l’oeuvre utile dans les colonies. En France, les moines et les soeurs sont expulsés de leurs couvents. L’historien Gabriel Monod s’interrogea alors : «Sommes-nous condamnés à être perpétuellement ballottés entre deux intolérances ?» Sur ce, le pape Léon XIII, qui avait plaidé pour le «ralliement» des catholiques à la République, décéda en juillet 1903 et son successeur, Pie X, se montra beaucoup moins tolérant. Son secrétaire d’État, le puissant Merry del Val, l’incitait à rompre avec la France républicaine. Le conflit s’amplifia lorsque Combes fit voter le 5 juillet 1904 une loi donnant dix ans aux 12.000 écoles congréganistes autorisées pour fermer (la loi sera suspendue le 5 juillet 1914). La plupart des enfants furent obligés de rejoindre l’enseignement laïque ou, comme le jeune Charles de Gaulle, de suivre les écoles congréganistes ayant émigré de l’autre côté de la frontière belge. Une sorte de «guerre de Religion larvée» (Michel Lagrée) semblait se déclarer à l’occasion des expulsions des monastères, comme le 29 avril 1903, lorsqu’on expulsa avec un grand renfort militaire les moines de la Grande Chartreuse. Une circulaire du 1er avril 1904 recommandait d’enlever les crucifix des tribunaux et des salles de classe. De nombreux arrêtés municipaux interdirent les processions et tentèrent même d’interdire le port de la soutane, ce que le Conseil d’État refusa. Dans ce contexte tendu, la visite du président Loubet au roi Victor-Emmanuel d’Italie, en avril 1904, fut interprétée (à tort) par le Vatican comme une provocation. Le pape envoya donc une protestation secrète aux souverains catholiques d’Europe (Autriche, Espagne, Portugal, Belgique, Monaco). Or, le prince de Monaco, anticlérical convaincu, adressa le texte au journal que venait de créer Jean Jaurès, L’Humanité, qui le publia dans son premier numéro du 18 avril 1904. Cela provoqua la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican. Combes proposa alors, en novembre 1904, à la Chambre, un projet de séparation de l’Église et de l’État. Or, en janvier 1905, un scandale va entraîner la chute du gouvernement Combes, bouleversant ainsi l’économie du projet. La presse découvrit qu’avec le soutien actif des loges maçonniques, le ministre de la Guerre, le général André, avait fait rédiger plus de 20.000 «fiches» pour connaître les idées des militaires à promouvoir, savoir s’ils vont à la messe, si leurs enfants sont «élevés par les prêtres», etc. Une «inquisition d’État» semblait se substituer à l’Inquisition d’Église. La légende dit qu’un officier supérieur, qu’on pressait de donner les noms de ses adjoints fréquentant l’Église, aurait répondu : «Que vous dire ? Je suis toujours au premier rang à la messe et je ne me retourne jamais…» La droite dénonça à la Chambre, le 28 octobre 1904, cette vaste entreprise. André dut démissionner et il entraîna Combes dans sa chute le 15 janvier 1905. Le grand artisan de la loi de séparation sera alors son rapporteur, le député socialiste Aristide Briand, qui était un homme de compromis. Il ne voulait pas d’une loi qui soit un «pistolet braqué contre l’Église». La discussion parlementaire sur la laïcité (qui n’est nullement définie dans la loi) sera l’une des plus longues et des plus brillantes de la IIIe République (www.laicite-republique.org).

 

Cf. le quatrain V, 73 - Séparation de l'Eglise et de l'Etat : "Les saints Temples seront expoliez".

 

Léon XIII

 

Pérouse : ville des États-Pontificaux ; - chef de Perouse (V, 67), le Pape, souverain de la Légation & de la ville de ce nom (Anatole Le Pelletier, Les Oracles de Michel de Notredame, astrologue, médecin et conseiller ordinaire des rois Henri II, François II et Charles IX, 1867 - books.google.fr).

 

L'événement le plus important fut la libération de la ville en 1860, lorsque la ville échappa définitivement au pouvoir papal pour rejoindre le Piémont avec le reste de l'Ombrie. L'une des premières décisions des dirigeants de la ville fut alors de détruire la Rocca Paolina.

 

Les papes cragnaient ses princes instables et menaçants. En 1520, Léon X attira à Rome Gian Paolo Baglioni et le fit décapiter. Vingt ans plus tard, profitant d'une rébellion des Pérugins contre une taxe papale, Paul III envoya son armée à Pérouse pour soumettre définitivement la ville. Il détruisit toutes les tours qui couronnaient la ville et construisit une énorme citadelle, la Rocca Paolina, par-dessus les résidences des Baglioni. Les anciennes rues du quartier Baglioni devinrent des galeries souterraines que l'on peut encore visiter aujourd'hui. Cette citadelle, dressée au sommet de la ville, servait moins à protéger Pérouse de ses assaillants qu'à empêcher toute rébellion des habitants contre le pouvoir pontifical. Elle cristallisera pendant des siècles l'humiliation des Pérugins (fr.wikipedia.org - Pérouse).

 

Léon XIII, né Vincenzo Gioacchino Raffaele Luigi Pecci (2 mars 1810 - 20 juillet 1903), est le 256e pape de l'Église catholique (nom latin : Leo XIII ; nom italien : Leone XIII). Ayant succédé au pape Pie IX le 20 février 1878, il règne jusqu'à sa mort en 1903. Né à Carpineto Romano, près de Rome, en Italie, il est le fils du comte Lodovico Pecci (colonel de la milice locale) et de la comtesse née Anna Prosperi-Buzi qui ont six autres enfants. En octobre 1818, Vincent Joachim Pecci devient élève au collège des jésuites de Viterbe, avant d'entrer en 1824 au Collegium romanum avec son frère qui devient ensuite jésuite. Il poursuit ses études à l'Académie des nobles ecclésiastiques qui prépare les futurs diplomates du Saint-Siège.

 

Il devient en 1846 archevêque de Pérouse (jusqu'en 1877) et nommé par Grégoire XVI cardinal in pectore, c'est-à-dire secret. À la mort de Grégoire XVI, l'ouverture des archives secrètes du Vatican dévoile son titre de cardinal ; Pie IX, qui avait répondu à la sollicitation de Léopold Ier en indiquant qu'il y pourvoirait «en temps convenable», lui décerne le «chapeau» en 1853. Il lui maintient en revanche son titre d'archevêque bien que Pérouse ne soit qu'un évêché. Pasteur que l'on qualifierait aujourd'hui d'intransigeant, le cardinal Pecci s'oppose avec hardiesse aux exigences des représentants du gouvernement anticlérical de Victor-Emmanuel II et condamne dans ses mandements les erreurs modernes dans la ligne du Syllabus de Pie IX dont il avait d'ailleurs demandé la rédaction. En septembre 1877, il est nommé cardinal camerlingue de la Sainte Église romaine, poste qu'il occupe jusqu'à sa propre élection comme pape le 20 février 1878. Il meurt à 93 ans en 1903 (fr.wikipedia.org - Léon XIII).

 

Cf. le "très vieillard Pontife" du quatrain V, 56 - 1893.

 

Chasse

 

Rappelons que lorsque ses loisirs le lui permettent, S. S. le pape Léon XIII chasse au rocolo dans les jardins du Vatican et qu'il pratiquait cette chasse avec ardeur lorsqu'il était archevêque de Pérouse. Le profond respect que nous avons pour le Saint-Père ne nous permet de faire aucun commentaire. Il suffit que le vénéré chef de l'Église se livre à ce passe-temps pour qu'il demeure acquis que seule la façon do chasser est discutable, et non la chasse en elle-même (H. Gourdon de Genouillac, L'Eglise et la chasse, Cabinet de vénerie, Volumes 11 à 12, 1886 - books.google.fr).

 

Durant le séjour de Pierre Aldobrandini à Carpineto, ce cardinal, voyant l'indigence spirituelle de ses vassaux et voulant y pourvoir par les secours qu'ont l'habitude de distribuer aux populations les communautés religieuses, résolut de fonder la un monastère et d'en confier la direction à l'ordre des Capucins. Mais, sur ce point, ayant demandé au P. Jacques de Carpineto son avis, le Capucin lui répondit par ces belles paroles, dignes de figurer dans la Chronique de Ludovic de Modène : «Qu'en cette affaire, Votre Seigneurie Illustrissime ait égard à l'intérêt public. Dans la chasse des âmes, les Capucins ne sont que des chiens courants. Or nous savons que les chiens d'arrêt sont tout autant nécessaires, quand le moment est venu de faire entrer les hommes au confessionnal. Les Mineurs réformés en sont de la meilleure race, étant de ceux qui, sans nul intérêt terrestre,  avent donner du jarret et arrêter à temps devant le saint tribunal les âmes vagabondes.» Et le chroniqueur déjà cité poursuit ainsi : «Le prince cardinal applaudit à cette idée ingénieuse, prit encore conseil, et à toute force se résolut à appeler dans sa fondation de Carpineto les Mineurs de la plus stricte observance» (en 1610) (Auguste-Jean Boyer d'Agen, Le jeunesse de Léon XIII: d'après sa correspondance inédite de Carpineto à Bénévent (1810-1838), 1896 - books.google.fr).

 

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