1400 ans de France catholique

1400 ans de France catholique

 

V, 74

 

1906-1907

 

De sang Troyen naistra cœur Germanique,

Qui deviendra en si haute puissance,

Hors chassera gent estrange Arabique,

Tournant l'Eglise en pristine prééminence.

 

Lisons ce vers de Nostradamus : De sang Troyen naistra cœur germanique. Clovis, le premier des rois de l'ancienne Gaule, était de la race germanique des Francs. Mais une tradition orale prétendra - et Ronsard, ce contemporain de Nostradamus, que le poète connaîtra à la cour des Valois et qui sera de ses amis personnels, s'en souvenait en écrivant son épopée : la Franciade - que, parmi les ancêtres de Clovis se trouvait un prince troyen, Francus, qui avait réussi, avec son frère Enée (le héros de Virgile), à quitter la cité de Troie au moment de sa prise, avec sac et massacre, par les Grecs (Serge Hutin, Nostradamus et l'alchimie, 1988 - books.google.fr).

 

Dans un poème émanant de l'abbaye prémontrée de Joyenval, fondée en 1221 par Barthélemy de Roye, alors qu'il se trouve à Montjoie, Clovis doit affronter la puissante armée du roi Conflat, établi à Conflans Sainte-Honorine. Se faisant apporter ses armes, il constate qu'au lieu des croissants habituels [emblème facile à interpréter puisqu'il évoque les Sarrasins, ennemis de la foi chrétienne], elles comportent trois fleurs de lis sur champ d'azur. Pressé par la nécessité, et ne parvenant pas à se faire apporter des armes différentes, il s'équipe cependant et remporte une victoire inespérée. Il apprendra plus tard, et le lecteur avec lui, que sa femme, Clotilde, a opéré cette substitution, à l'instigation d'un ermite vivant à quelque distance de là, dans une vallée où s'élévera plus tard l'abbaye de Joyenval. Cet ermite avait reçu d'un ange la révélation du nouveau blason. Quant aux trois fleurs de lis, elles évoquent la Sainte Trinité. A la suite de cette aventure, Clovis décide de se faire baptiser (Claude Roussel, Conter de geste au XIVe siècle: inspiration folklorique et écriture épique dans La belle Hélène de Constantinople, 1998 - books.google.fr).

 

Le roman de La Belle Hélène de Constatinople possède certains points communs avec ce dernier poème. Clovis de France, que l'on appelait Gaule et qui était "sarrasine" (payenne) en ce temps, assiège la ville de Grasse ou Plaisance en Lombardie dont le roi est Heurtaut, qui est aidé par une multitude de "sarrasins". Un ange apporte à Clovis un écu portant 3 fleurs de lis à la place de celui portant des crapauds (Jules de Douhet, Dictionnaire des légendes du christianisme, Encyclopédie théologique, Tome XIV, 1855 - books.google.fr).

 

De la fin du XIVe siècle jusqu'à la fin du XVIe siècle, ces crapauds ont connu une grande popularité. Gravures, tapisseries, bas-reliefs représentent volontiers ce qui passait alors pour les anciennes armes des rois de France. Du XVIe au XVIIIe siècle, nombre d'érudits mentionnent encore, avec plus ou moins de conviction, cet hypothétique écu primitif. Quant aux poètes, ils ne dédaignent pas d'y faire allusion. Ronsard lui-même, l'évoque dans la Franciade. Et comme les Francs descendent des Troyens, au moins depuis le Pseudo-Frédégaire, le roi René n'hésitait pas à placer ces crapauds jusque sur les armoiries du Troyen Paris. Plus tard encore, Nostradamus, dans un quatrain de la Centurie X postérieur à l'édition de 1568, mentionne « le tres puissant seigneur heritier des crapaux » (Claude Roussel, Conter de geste au XIVe siècle: inspiration folklorique et écriture épique dans La belle Hélène de Constantinople, 1998 - books.google.fr).

 

Quand le fourcheu sera soustenu de deux paux,

Avec six demy cors, & six sizeaux ouvers :

Le trespuissant Seigneur, heritier des crapaux,

Alors subjuguera, sous soy tout l'univers.

 

La bataille de Tolbiac, comme le baptême, sont des décisions prises par Clovis en pleine maturité, et les faits se sont déroulés en 506 ; le baptême peut même avoir eu lieu plus tard, en 508. C'est la théorie des historiens les plus critiques (Claude Gauvard, La France au moyen âge: du Ve au XVe siècle 1996 - books.google.fr).

 

Le seul texte contemporain est la lettre qu'Avit écrivit à Clovis peu après le baptême, auquel il n'a pu se rendre à son grand  regret. Or cette source est relativement peu explicite et ne permet pas même de fixer l'année du baptême. Elle précise seulement que ce dernier eut lieu le jour de Noël et non pas le samedi saint, comme c'était généralement le cas. D'autres informations sont également fournies par la lettre que l'évêque de Trèves, Nizier, adressa vers 565 à Chlodoswinde, petite-fille du roi Clovis et femme du roi lombard Alboin, qui était arien. Nizier pousse la reine à convertir son mari à la foi catholique et lui rappelle l'exemple de Clotilde, qui amena Clovis à renoncer au paganisme. Selon Nizier, le roi franc serait tombé au pied du tombeau de saint Martin de Tours et aurait alors  promis de se faire rapidement baptiser. Curieusement, Grégoire, évêque de Tours de 573 à 594, ignore ou passe sous silence cette tradition dans ses Dix livres d'histoires, qu'il commence à rédiger peu avant 575. Pourtant, il disposait certainement de renseignements relativement précis, car la reine Clotilde vécut à Saint-Martin de Tours de 511 à 544, date de sa mort. Suivant Grégoire, Clotilde, princesse burgonde de religion catholique, joua effectivement un rôle essentiel dans la conversion de Clovis. Ce dernier d'ailleurs n'était pas foncièrement hostile au catholicisme, puisqu'il permit à son épouse de faire baptiser son fils Ingomar, qui malheureusement mourut en étant revêtu de sa robe de baptême. Le roi, défavorablement impressionné par ce dénouement funeste, laissa toutefois baptiser son autre fils Clodomir, qui tomba malade mais survécut finalement. Clovis hésitait donc à renier la religion de ses pères. C'est une guerre contre les Alamans, intervenue en 496 si l'on adopte la chronologie de Grégoire de Tours, qui lui donna l'occasion de franchir le pas décisif. Comme les Francs ployaient devant l'adversaire, le roi implora l'aide du Christ en promettant de croire en Lui et de se faire baptiser en son nom s'il lui accordait la victoire. Après la défaite des Alamans et la mort de leur roi, Clovis, à l'initiative de Clotilde, accepta de rencontrer secrètement Remi, évêque de Reims, pour être instruit dans la religion catholique. S'étant finalement risqué à demander ouvertement à son peuple d'abandonner ses dieux, il reçut le baptême de la main de Remi ainsi que 3 000 hommes de son armée. Ces trois témoignages ont suscité des commentaires interminables de la part des historiens contemporains. Van de Vyver notamment a contesté la date de 496 fondée sur l'assertion de Grégoire de Tours, qui place la victoire sur les Alamans lors de la quinzième année du règne de Clovis. L'on possède, en effet, une lettre qu'en 506/507 le questeur du sacré palais, Cassiodore, écrivit à Clovis au nom de son maître, le roi ostrogoth Théodoric, et qui mentionne les combats récents au cours desquels le roi franc a vaincu et massacré les Alamans. Cette source et quelques autres arguments complémentaires ont amené à reculer la date du baptême de Clovis jusqu'au 25 décembre 506 (Jean-Pierre Brunterc'h, Le Moyen Age (Ve-XIe siècle), Archives de la France, Tome I, 1994 - books.google.fr).

 

Typologie

 

La loi de 1905 met un terme à l'alliance scellée à Reims autour du baptistère de Clovis. Ce quatrain fait suite immédiatement au quatrain V, 73 qui pourrait se rapporter à la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Si on place le baptême de Clovis en 506, alors le quatrain est placé à la 1400ème année.

 

La France royale est, dès Clovis, le pays de la distinction des pouvoirs. Pour dénoncer la conception magique des onctions à l'huile de Sainte Ampoule, telles que les a romancées Jean Raspail dans son triste Sire, il suffit de lire les paroles de la cérémonie. Le sacre du roi est assimilable à un mariage. L'Eglise ne décrète ni le couple, ni le serment. Elle bénit le contrat d'amour conclu souverainement entre un homme et une femme. De même, au sacre, elle consacre le contrat de service qui lie le prince à son peuple. Encore faut-il que le couple s'aime, et que la volonté de servir soit attestée par l'éducation du prince, ses actes passés, son engagement présent, et que son élection satisfasse aux coutumes et aux lois du royaume. Reste l'attraction mystérieuse de l'objet qui symbolise le mieux, pour la nation, la légitimité continue du pouvoir. L'Eglise, après la chute du dernier Bourbon, s'est retrouvée gardienne solitaire de l'Ampoule, coupable de l'éternelle renaissance royale. Héritage suspect aux yeux d'une république encore jalousement braquée contre l'Ancien Régime. Les craintes et précautions prises pour sauvegarder la relique - et le silence observé sur son compte - étaient tels que même la petite histoire de Reims n'en transmettait plus rien. Du moins jusqu'en 1978, lorsque l'abbé Jean Goy, réalisant un dossier fort laïque sur le sacre des rois pour le Centre régional de Documentation pédagogique, décida de photographier le reliquaire et d'en extraire l'ampoule contenant le chrême du sacre de Charles X. Et l'ampoule était vide... Un an plus tard, examinant avec le chancelier de l'archevêché, une sacoche de documents du XIXe siècle, l'abbé trouve un procès-verbal en latin daté de 1906 et l'emporte pour le traduire. Il découvre ainsi que le 7 décembre de cette terrible année où, suite à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, Mgr. Luçon fut expulsé de chez lui par deux commissaires de police, l'archevêque avait pris les précautions suivantes : devant trois témoins ecclésiastiques, « pour soustraire à la perte ou à la profanation ce chrême insigne venu du ciel, comme le rapporte la tradition, [il] ouvrit avec révérence l'ampoule susdite, soigneusement en retira ce qu'il put en extraire de l'huile coagulée depuis longtemps et le remplaça par une certaine quantité de saint chrême consacré cette année et il remit l'ampoule dans la cassette. Ensuite, il transféra les particules extraites dans une autre ampoule de verre que, la fermant convenablement avec un sceau  de cire de couleur rouge et un ruban de soie, il marqua de son empreinte pour la conserver et la reconnaître en des temps plus favorables » (Philippe Delorme, Luc de Goustine, Clovis, 496-1996: Enquête sur le XVème centenaire, 1996 - books.google.fr).

 

Dans certains milieux, pas seulement traditionnalistes, on aura pu lire ce quatrain comme une promesse de rétablissement de l’église cacatholique, pédophilique et gromaine en son « pristin état » d’avant 1905, et de celui de la monarchie, avec en plus l’expulsion des immigrés maghrébins.

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