Chorographie zodiacale

Chorographie zodiacale

 

V, 70

 

1903-1904

 

Des regions subjectes Ă  la Balance,

Feront troubler les monts par grande guerre :

Captif tout sexe feu & toute Bisance,

Qu'on criera Ă  l'aube terre Ă  terre.

 

"terre Ă  terre"

 

Dans tous les rĂ©cits de voyage, c'est toujours ce cri qu'on entend : “Terre ! Terre !", toujours, et il y a une seule fois, Ă  ma connaissance, oĂą des hommes ont criĂ© : "La mer ! La mer !" ; "Thalassa ! Thalassa !" : c'est l'avant-garde grecque des Dix Mille survivants de la campagne en Perse qui pousse cette clameur arrivĂ©e en haut du mont ThĂ©chès (Folklore de France, NumĂ©ros 203-206, 1986 - www.google.fr/books/edition).

 

Tels que les Grecs, jadis, poussant leur cri de joie : Thalassa ! Thalassa ! nous avons envie de nous exclamer : terre ! terre !... Nous voilà avertis, si nous ne l'étions déjà, et aux lueurs de leurs feux de la Saint-Jean, les Allemands - qui, tous, auraient signé la lettre dont nous venons de donner quelques extraits - nous montrent nettement le fond de leurs pensées marocaines. Ils entendent être un jour chez eux le plus tôt (L'Opinion, Volume 3, Numéro 2, 1910 - www.google.fr/books/edition).

 

XĂ©nophon est un militaire grec très cultivĂ©. Il fut l'Ă©lève de Socrate dont il Ă©crira l'Apologie. Il vit autour de 400 av. J.-C. (426-354). Il s'engage dans les troupes de ClĂ©arque qui conduit les mercenaires grecs engagĂ©s par Cyrus le jeune pour traquer son frère Artaxerxès en Perse. Il y a mĂŞlĂ©e au bord de l'Euphrate, Ă  Cunaxa. Cyrus est tuĂ©. ClĂ©arque va l'ĂŞtre. Les Grecs se dĂ©bandent mais XĂ©nophon les ramène au pays. Cette lente et terrible marche, XĂ©nophon la raconte dans L'Anabase. Ce mot dĂ©signe la «montĂ©e vers l'intĂ©rieur quand on vient de la mer». Le texte de XĂ©nophon est beau et simple. Il nous dĂ©crit la dure retraite, dans l'Orient fabuleux, avec rivières en crue, ennemis un peu partout, chasse aux onagres, aux autruches, aux gazelles, aux ortolans dans les plaines d'Arabie. La fin de l'Ă©popĂ©e est sublime. Les Grecs arrivent au sommet du mont Tchechès. Ils aperçoivent le Pont-Euxin. Ils revoient la mer. Une clameur monte : «Thalassa, Thalassa !» Ce que les revenants de la Perse saluent de leurs hurlements et du bruit de leurs boucliers, c'est leur retour dans le pays lisible : ils ont si longtemps errĂ© dans les terrains vagues de l'Asie, dans ces steppes sans glacis, sans limes, sans lendemains et sans stèles, sans mots, sans commencement ni fin, sans avant ni après, et voici qu'ils rĂ©intègrent la gĂ©ographie, mĂŞme si l'industrie de la carte n'est pas encore très dĂ©veloppĂ©e en ces temps. Ils rient. Ils ont rajeuni de dix ans. De leurs cris de joie, nous surprenons les Ă©chos tout au long de l'histoire, chaque fois qu'une tribu fourvoyĂ©e dans les sables ou dans les labyrinthes, dans les ocĂ©ans ou dans les glaces, retrouve une gĂ©ographie. La retraite des Dix Mille finit au bord de la MĂ©diterranĂ©e, c'est-Ă -dire dans un espace dĂ©jĂ  converti en gĂ©ographie car les rivages de cette mer ont Ă©tĂ© reconnus très tĂ´t, par les soldats et les marchands, par les cosmographes et les mathĂ©maticiens, par les pĂŞcheurs qui cabotent entre les Ă®les, par les dieux et par Homère qui ont baptisĂ© les dĂ©troits et les promontoires. Ici, entre Charybde et Scylla, près d'Ithaque et de la PhĂ©acie et aux entours de Troie et du mont Olympe, la moindre grotte, la plus mĂ©diocre des Gorgones, le vent le plus fantasque ont Ă©te attrapĂ©s, nommĂ©s et fourrĂ©s dans une collection.

 

La gĂ©ographie scientifique a commencĂ© dans ces parages : dès le VIe siècle av. J.-C., Anaximandre trace les premières cartes de la Terre et du ciel, imagine le gnomon qui permet de connaĂ®tre l'heure solaire et dĂ©montre que la Terre n'est pas portĂ©e par le gĂ©ant Atlas. Certes, ses croquis n'ont aucun rapport avec les dĂ©cors de la Terre. Du moins convertissent-ils l'illimitĂ© en graphiques et en mesurable. On prĂ©tend qu'il avait notion de l'infini mais qu'il ne l'aimait guère. BientĂ´t, dans l'Ă®le de Samos, Aristarque (310-vers 230 av. J.-C.), seize siècles avant Copernic, imaginera la rotation de la Terre sur elle-mĂŞme et autour du Soleil, ce qui ne lui porta pas bonheur car il avouait ainsi son impiĂ©tĂ©. Il apprit aussi Ă  calculer les distances entre Terre et Soleil, entre Terre et Lune. Or, en ces Ă©poques, alentour de la MĂ©diterranĂ©e - en Asie, en Afrique - s'Ă©tendaient encore les espaces mal balisĂ©s, sans points cardinaux et sans cosmographie - en d'autres termes, les terres barbares. Un Barbare, c'est celui qui ne parle pas le grec, disent les Grecs. Les dix mille soldats de L'Anabase ajoutent une prĂ©cision : le Barbare est celui qui est nĂ© au large de toute gĂ©ographie (Gilles Lapouge, La LĂ©gende de la gĂ©ographie, 2009 - books.google.fr).

 

On peut dĂ©duire des donnĂ©es du texte que le mont Thechès doit se trouver près du col de Vavoug, non loin des sources de Kharshut, et c'est lĂ  que l'a dĂ©couvert notre compatriote M. Briot ; que le pays des Macrons doit se confondre avec la vallĂ©e supĂ©rieure de ce petit fleuve et celui - ci dans cette partie de son cours a pour principal affluent le Krom dĂ©re ; que c'est sur le Zigana dagh que se postèrent les Colques pour arrĂŞter les Grecs et cette montagne forme bien la limite naturelle de leur pays ; que le village de Khamsi Keui, un des premiers qu'on rencontre au delĂ  de la crète doit figurer parmi ceux oĂą les Grecs trouvèrent du miel empoisonnĂ© et, d'ailleurs, d'après l'ingĂ©nieur allemand Krause, Ă  qui on doit le levĂ© de cette contrĂ©e, ce produit y fait encore des victimes (Arthur Boucher, L'Anabase de XĂ©nophon (retraite des dix mille), 1913 - www.google.fr/books/edition).

 

Le mont Théchès se trouverait au sud de Trébizonde, et est appelé Chenium par Diodore de Sicile (M. P. Rorit and T. K. Lynch, Identification of the Mount Théchés of Xenophon, The Journal of the Royal Geographical Society of London, Vol. 40 (1870), pp. 463-473 (12 pages) - www.jstor.org).

 

Les Dix Mille

 

Pendant la guerre du Péloponnèse, Byzance, en proie aux deux factions qui soutenaient les intérêts de Sparte et d’Athènes, est soumise (avec les autres villes de l'Hellespont) à l'influence de ces deux puissances tour à tour victorieuses. D'abord, elle est subjuguée par les succès de Sparte, puis prise par Alcibiade en -408. Enfin, après la bataille d'Aigos Potamos et la prise d'Athènes, qui mirent fin à la guerre du Péloponnèse, elle est forcée par le Spartiate Lysandre de renvoyer la garnison athénienne, et de recevoir, comme toutes les villes de la Grèce, un commandant lacédémonien ou harmoste, investi à la fois de l'autorité civile et militaire (fr.wikipedia.org - Byzance).

 

Après le combat, aucun Byzantin ne fut mis à mort, ni chassé de sa patrie, et Alcibiade tint religieusement la promesse qu'il avait faite. Rappelé en Grèce par des affaires importantes et sa turbulente ambition, Alcibiade confia à un de ses lieutenants le gouvernement de Byzance. Deux mois après son départ, Lysandre, amiral spartiate, surprit dans l'Hellespont la flotte athénienne, la dispersa, et fit voile vers Byzance et Calcédoine, qui lui ouvrirent leurs portes. Les principaux citoyens qui avaient livré Byzance à Alcibiade se réfugièrent à Athènes, excepté Anaxilaüs, qui fut envoyé à Lacédémone, où on instruisit son procès. «J'avoue, dit-il aux juges, que j'ai fait un traité avec le général athénien; voyant ma patrie tellement investie que rien ne pouvait y entrer, et que le peu de blé qui restait servait à nourrir une garnison étrangère, tandis que les citoyens mouraient le faim, j'ai négocié avec les Athéniens pour empêcher mes frères de mourir de misère; en cela j'ai suivi les maximes des plus honnêtes gens de Lacédémone, qui sont persuadés que rien n'est ni plus beau, ni plus juste que de faire du bien à sa patrie.» Anaxilaüs fut renvoyé absous et put rentrer librement dans Byzance qui était alors gouvernée par Schénélus, un des lieutenants de Lysandre; il eut pour successeur un nommé Cléandre, dont le nom ne serait pas parvenu jusqu'à nous, sans un événement qui fait époque dans l'histoire de la Grèce.

 

Pendant qu'il Ă©tait gouverneur de Byzance, les dix mille Grecs firent, sous le commandement de XĂ©nophon, cette retraite si fameuse dans les fastes militaires. AussitĂ´t qu'il apprit leur arrivĂ©e, il alla au-devant d'eux pour les fĂ©liciter ct leur offrir des secours de toutes sortes. Un grand tumulte survint dans le camp au moment de son arrivĂ©e et l'obligea de se retirer. Fort mĂ©content de cet accueil, et ayant d'ailleurs Ă  se plaindre d'un chef nommĂ© Agasie, ami intime de XĂ©nophon, il demanda qu'on lui livrât son ennemi; ce diffĂ©rend fut terminĂ© Ă  l'amiable par la sagesse et la prudence de XĂ©nophon, et les dix mille entrèrent le surlendemain dans Byzance. Anaxibie, amiral lacĂ©dĂ©monien, les fit sortir quelques jours après sous prĂ©texte de les passer eu revue. Lorsqu'ils voulurent rentrer, le soir, on leur ferma les portes : «On veut nous livrer aux Barbares, s'Ă©crièrent les compagnons de XĂ©nophon; des Grecs indignes de ce nom ont eu recours Ă  la ruse pour nous chasser; nous rentrerons de vive force.» A ces mots, quelques-uns coururent vers le port, pendant que ceux qui n'Ă©taient pas encore sortis de la ville rompaient les portes Ă  coups de hache. InformĂ© de ce tumulte et craignant que ses soldats ne livrassent Byzance au pillage, Xenophon accourut prĂ©cipitamment; les habitants s'Ă©taient cachĂ©s dans leurs maisons ou prenaient la fuite, persuadĂ©s que la ville allait ĂŞtre dĂ©vastĂ©e par les dix mille. XĂ©nophon se vit bientĂ´t entourĂ© de ses soldats; il leur fit d'abord mettre bas les armes sur la grande place, et leur dit ensuite que s'ils Usaient de violence, ils auraient tout Ă  craindre des LacĂ©dĂ©noniens, le plus puissant peuple de la Grèce. Il protesta, en mĂŞme temps, contre tout projet d'hostilitĂ©. On envoya sur le champ des dĂ©putĂ©s Ă  l'amiral Anaxibie, qui promit d'Ă©crire aux Ă©phores pour les prier de traiter favorablement les dix mille. L'armĂ©e sortit alors de la ville ; Anaxibie en fit fermer bien vite les portes, et on publia que les soldats qui resteraient dans Byzance seraient vendus comme esclaves; ce n'Ă©tait pas une vaine menace, car près de quatre cents des compagnons de XĂ©nophon furent en effet vendus par Aristarque, qui succĂ©da Ă  ClĂ©andre dans le gouvernement de la place (Jean Mamert Cayla, Histoire des capitales. Constantinople ancienne et moderne, 1855 - books.google.fr).

 

"tout sexe"

 

Revenons maintenant à Xénophon et à l'expédition des Dix Mille, chiffre des hommes qui y prirent part, auxquels il faut ajouter les femmes (Anton Powell, Les femmes de Sparte (et d'autres cités) en temps de guerre, La violence dans les mondes grec et romain, 2005 - .google.fr/books/edition).

 

"Balance"

 

À la fin du chant IV des Astronomiques, Manilius traite une question courante dans les traités d'astrologie : la chorographie zodiacale, c'est-à-dire le système qui place les différentes parties de la terre sous la protection des astres, sous leur tutelle : diuersis dominantia sidéra terris / percipe, IV, 585. Ce chapitre appartient à la partie de l'astrologie dite apotélesmatique universelle, celle qui s'occupe du destin non pas des individus, mais des peuples, des nations prises dans leur ensemble : les événements futurs sont annoncés par des phénomènes célestes, comètes ou éclipses et, selon le secteur du ciel où se produit une éclipse, selon l'endroit où apparaît une comète, telle ou telle partie de la terre sera affectée par un événement, le plus souvent funeste (épidémie, peste, inondation ou sécheresse, guerre ou mort d'un roi). [...]

 

Les douze signes du zodiaque sont Ă©numĂ©rĂ©s avec les pays que protège chacun (744-806) ; v. 807-817 : conclusion ; comme les Ă©toiles se rĂ©pondent les unes aux autres, les terres se rĂ©pondent les unes aux autres et les hommes, en connaissant ce système, savent ce qu'ils doivent espĂ©rer ou craindre (Josèphe-Henriette Abry, Une carte du monde Ă  l'Ă©poque d'Auguste : Manilius, Astronomiques IV, 585-817. In: L’Espace et ses reprĂ©sentations. Lyon : Maison de l'Orient et de la MĂ©diterranĂ©e Jean Pouilloux, 2000 - www.persee.fr).

 

Sur sa carte des vers IV, 585-695, Manilius ne mentionne aucun élément de relief, ni les Alpes, ni les Pyrénées. La remarque vaut pour les fleuves : ne sont cités que ceux qui séparent les continents, le Nil (passim), le Tanaïs (677) et des cours d'eau qui ont une valeur plus symbolique et mythique que réelle, l'Éridan (610), le Tigre et l'Euphrate (800 et 806) ; l'absence de toute mention du Rhône, du Rhin et du Danube correspond à l'absence des Alpes. [...] 

 

Teucros de Babylone et Paul d'Alexandrie transmettent l'image du monde tel que se le représentaient les astrologues avant le début de notre ère ; image sommaire (un signe = un pays) et presque exclusivement orientale, elle ne comporte que la Méditerranée orientale et l'Asie, l'Occident est représenté par l'Italie et le Nord par l'Arménie. [...] Comme Manilius, Dorothée de Sidon a écrit (en grec) un poème astrologique en cinq chants qui date sensiblement du milieu du Ier s. de notre ère. Les deux textes sont totalement différents, indépendants l'un de l'autre, et c'est peut-être sur la géographie astrologique qu'ils offrent le plus de points communs (Josèphe-Henriette Abry, Une carte du monde à l'époque d'Auguste : Manilius, Astronomiques IV, 585-817. In: L’Espace et ses représentations. Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 2000 - www.persee.fr).

 

Cf. quatrain suivant V, 71 - RhĂ´ne et Danube - 1904.

 

La Balance régit l'Italie du Nord pour Manilius (dans un complexe Balance - Auguste - Italie, Auguste étant né dans la Balance) ainsi que pour Dorothée, mais pour Teucros et Paul il s'agit de la Libye. L'Italie du Sud relève du Sagittaire pour Manilius.

 

la Balance ne protège plus la ville de Didon, mais Rome et l'Italie ; bien que le texte ne le signale pas, il faut rappeler que le signe est le domicile solaire de la planète Vénus, cette même planète qui, dans son domicile nocturne, le Taureau, règne sur les Arabes amollis (mollis Arabas, 754) (Josèphe-Henriette Abry, Une carte du monde à l'époque d'Auguste : Manilius, Astronomiques IV, 585-817. In: L’Espace et ses représentations. Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 2000 - www.persee.fr).

 

Le texte de Manilius, comme celui de Dorothée, procède de la tradition hermétique reproduite dans le traité de Necepso-Petosiris ; on ne s'étonnera pas de retrouver, dans les deux traités, de nombreuses similitudes. [...] Chez Ptolémée, le système chorographique procède par trigones. Le trigone Gémeaux-Balance-Verseau exerce son influence sur la Scythie (Joëlle-Frédérique Bara, Vettius Valens d'Antioche, Anthologies, Livre I, 1989 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Nechepso).

 

La chorographie rudimentaire de Teucros comprend déjà l'Italie, tandis que celle de Ptolémée va jusqu'à la Grande-Bretagne (A. Caquot, Sur les quatre bêtes de Daniel VII, Semitica, Volumes 5 à 11, 1955 - books.google.fr).

 

BĂ©lier

 

Ce que les géographes appellent la Propontide et l'Hellespont [où se trouve Byzance] conserve le souvenir de la chute d'Hellé (615) ; il est donc logique que le Bélier gouverne cette région (746-749) (Josèphe-Henriette Abry, Une carte du monde à l'époque d'Auguste : Manilius, Astronomiques IV, 585-817. In: L’Espace et ses représentations. Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 2000 - www.persee.fr).

 

Cf. quatrain III, 77 et le "tiers climas sous Aries comprins".

 

Acrostiche : DFCQ

 

DF : defunctus, a, um (défunt) ; CQ : cum quo Abréviations tirées du «Dictionnaire des Abréviations latines et italiennes» de A.Capelli - www.arretetonchar.fr).

 

La chorégraphie zodiacale, plus complexe que la chorographie planétaire, est fondée sur la théorie des climata : c'est, selon F. Boll, Posidonios qui, le premier, a établi systématique entre planètes, signes et zones géographiques, système suivi ensuite et perfectionné dans la Tétrabible de Ptolémée (II, 5), auquel on peut comparer encore les systèmes de Manilius et Dorothée. Dans le système des climata, on se fonde plus que jamais sur le rapport étroit entre les Enfers et les régions supérieures ; à ce rapport, s'ajoutent les théories des géographes et astronomes (Ptolémée, Hipparque, Eudoxe) sur l'interdépendance des régions et de leurs habitants, et la division de l'oikouménè en latitudes, limites de cinq zones différentes. Une même volonté de rigueur et la nécessité d'adapter aux sept planètes ou aux douze signes, sept ou douze régions terrestres, contraignent les astrologues à des répartitions plus ou moins arbitraires entre les signes et les pays. [...]

 

L'Horoscope est un centre. Le centre du monde, l'omphalos, est vénéré comme sacré et temple divin dans nombre de traditions anciennes, et regardé comme lieu essentiel des éléments cosmiques primordiaux (les régions supérieures, inférieures, et la terre), comme passage du phénomène au noumène, de l'apparence à l'essence, de la mort à la vie, du non-être à l'être. Ce sont bien là en effet les caractères de ces lieux privilégiés du zodiaque, cercle de géniture ou cercle de vie, lieux porteurs d'énergie et déterminants dans la vie du sujet ; lieux de vie (Hor., MC, Dysis), lieux de mort (Hor., IMC, Dysis), par exemple, dans l'instrument de divination médicale ou «cercle de Petosiris», séparant le monde supérieur du monde inférieur. En Inde enfin, c'est l'astrologue qui est jugé seul capable de déterminer un omphalos, dans les rites de fondation d'une ville par exemple : la transformation du lieu en un centre est son passage du profane au sacré, c'est l'acte renouvelé de la Création (Hor. = Horoscope, lever ; MC = Mesouranema "point culminant de la vie" culmination supérieur ou méridien, milieu du ciel ; IMC = culmination inférieure ; Dysis = couchant) (Josèphe-Henriette Abry, Une carte du monde à l'époque d'Auguste : Manilius, Astronomiques IV, 585-817. In: L’Espace et ses représentations. Lyon : Maison de l'Orient et de la Méditerranée Jean Pouilloux, 2000 - www.persee.fr).

 

Invasions gauloises de l'Italie

 

C’est vers l’an 400 avant Jésus-Christ que les Gaulois se sont emparés de l'Italie du nord. Quand ils tirent l'expédition où Rome succomba (389 avant Jésus-Christ), ils étaient gens invisitata, Etruriae... novi accolae, nova gens, invisitatus atque inauditus hostis ab oceano terrarumque ultimis oris bellum ciens; ce sont les paroles mômes de Tite-Live (V, 17, 35, 37). Tite-Live en s'exprimant ainsi est d’accord avec Diodore de Sicile, suivant lequel les Gaulois auraient passé les défilés des Alpes et envahi l'Italie à une époque contemporaine du siège de Rhegium par Denys l'ancien, car ce siège eut lieu 387 ans avant Jésus-Christ (XIV, 113, édition Didot-Müller, 1.1. p, 621 ; t. II, p. 606). Il faut donc rejeter au rang des fables le récit dans lequel Tite-Live fait remonter au temps de Tarquin l’ancien le premier établissement des Gaulois en Italie (Henri d'Arbois de Jubainville, Les Tamh'ou et les Celtes,  Revue archeologique Nouvelle serie, Tome 29, 1875 - archive.org).

 

Typologie

 

Le report de 1904 sur la date pivot -400 donne -2704.

 

Début du règne de Hoam ti (M. d'Herbelot, Observations sur la Chine, Bibliotheque orientale, Tome 4, 1779 - books.google.fr).

 

Xi hoam ti est un des Empereurs de la Chine les plus fameux ; il vivra Ă©ternellement dans la mĂ©moire de tous les hommes, pour ses grandes actions, mais surtout pour ces trois choses. La première, qu'Ă  dessein de sĂ©parer pour toujours la Chine de la Tartarie, & d'empĂŞcher les incursions des Barbares, il fit bâtir la grande muraille. La seconde, qu'il vint Ă  bout d'Ă©teindre les six royaumes de Han, de Guei, de Çu, de Yen, de Chao & de Çy. La troisième, qu'il fit enterrer tout vifs plusieurs Lettrez, & qu'il donna ordre que tous les livres qui ne traiteroient, ni de MĂ©decine, ni d'Astrologie judiciaire, fussent absolument brĂ»lez: ordre, dit-on, qui fut executĂ© avec toute la cruautĂ© possible par toute la Chine, & que les Lettrez Chinois ont toujours dĂ©plorĂ© & dĂ©ploreront Ă©ternellement (M. de Fourmont, Dissertation sur les Annales chinoises (1734), Histoire de l'AcadĂ©mie royale des inscriptions et belles lettres, 1740 - books.google.fr).

 

Cf. quatrain V, 81 - Fin de l’empire chinois - 1911-1912.

 

Deux mille ans avant notre ère, les Turcs Ă©taient dans les steppes de la haute Asie : Turkestan, Mongolie. Ce sont des guerriers et des cavaliers. Ils poussent leurs offensives vers l'est. La grande muraille de Chine a Ă©tĂ© jadis Ă©levĂ©e pour se protĂ©ger de leurs offensives (Pierre Lyautey, Turquie moderne, 1970 - books.google.fr).

 

La dynastie kadjar (qui en turc signifie fugitif) règne en Perse de 1779 à 1924, et est issue de la population turcomane (Andrée Jaunay, Mémoires de Jacques de Morgan (1857-1924): directeur général des Antiquités égyptiennes, délegué général de la Délégation scientifique en Perse : souvenirs d'un archéologue, 1997 - books.google.fr).

 

C'est l'époque aussi de Nemrod, premier roi de Babylone : cf. les quatre royaumes de Daniel VII (Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'hist. univers., sacrée et proph., ecclésiast. et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1762, 1763 - books.google.fr).

 

Au bĂ©lier qui est la bĂŞte zodiacale affectĂ©e Ă  la Perse dans la chorographie de Teucros rĂ©pond dans le dodĂ©caoros le chat (ce qui indique l'origine Ă©gyptienne d'un système comprenant Ă©galement l'ibis et le crocodile). Nous tenons la panthère de Daniel VII, 6, symbole de l'empirĂ© perse, pour une traduction du chat de la chorographie. Le chat, domestiquĂ© par les Egyptiens depuis le Moyen-Empire, paraĂ®t avoir Ă©tĂ© inconnu des SĂ©mites : il n'a de nom ni en accadien, ni en aramĂ©en, ni en hĂ©breu biblique ! Il est donc possible qu'on lui ait substituĂ© un autre fĂ©lin. Il est assez curieux de relever que l'Introduction arabe d'Abu Ma Sar par qui l'Occident mĂ©diĂ©val a eu connaissance de Teucros, donne au lieu de «chat» le nom d'un animal mystĂ©rieux dont le terme, selon une heureuse conjecture de K. Dyroffs, reprĂ©sente une corruption de «ceux qui ont les ourses sur leurs tĂŞtes». L'ourse reprĂ©sente en effet la constellation polaire connue sous ce nom par les Grecs, sinon par les Babyloniens (A. Caquot, Sur les quatre bĂŞtes de Daniel VII, Semitica, Volumes 5 Ă  11, 1955 - books.google.fr).

 

La «dodĂ©caoros» est un cycle dĂ©fini de douze animaux liĂ©s Ă  des heures ou aux figures du zodiaque, qui a ses premières attestations en Égypte romaine, mais est plus tard largement rĂ©pandu en Asie (voir Boll 1903, p. 295-346 ; Boll 1912 ; Merkelbach, Totti 1990, p. 104-122 ; Lieven sous presse) Joachim Friedrich Quack, Quelques apports rĂ©cents des Ă©tudes dĂ©motiques Ă  la comprĂ©hension du livre II d’HĂ©rodote. In: HĂ©rodote et l’Égypte. Regards croisĂ©s sur le Livre II de l’EnquĂŞte d’HĂ©rodote, 2013 - www.persee.fr).

 

1903 : Balance/Balkans

 

De l'entente austro-russe dans les Balkans jusqu'à l'entente anglo-russe dans les mêmes Balkans, quatre années seulement s'écoulent (1904 à 1908), qui nous amènent à la révolution jeune-turque et à l'effondrement subit de l'œuvre que l'Allemagne avait construite en Turquie sur la base du sultanat. De 1904 à 1907, ce sont les ententes et négociations entre Russie, Allemagne et Autriche-Hongrie, entre les Etats qui firent autrefois partie de l'Alliance des Trois Empereurs. Puis, en 1907, c'est le traité anglo-russe, avec l'action combinée de la Russie et de l'Angleterre en Perse et en Asie mineure. Enfin, de 1907 à 1908, le projet de réformes anglo-russe pour la Macédoine et la révolution jeune-turque (Edmond Vermeil, Les origines de la guerre et la politique extérieure de l'Allemagne au début du XXe siècle, 1926 - www.google.fr/books/edition).

 

Les guerres balkaniques ou guerres des Balkans sont des conflits qui ont divisé les Balkans dans les années 1912 et 1913. Les peuples chrétiens de l'Empire ottoman, qui s'étaient émancipés de la domination turque, aspiraient à agrandir leurs États en regroupant les populations de même langue vivant encore dans la «Turquie d'Europe». Mais l'imbrication de ces populations dans certaines zones et le jeu des grandes puissances visant à diviser pour régner compliquent le processus.

 

La Révolution Jeunes-Turcs inquiéta les non-Turcs de l'Empire ottoman, ainsi que les pays voisins. Les premiers espoirs suscités par cette révolution libérale qui avait promis l'égalité entre les différents groupes ethniques de l'Empire commençaient à s'estomper avec l'échec de la politique d’ottomanisation. La question de la Macédoine se posa avec de plus en plus d'acuité.

 

La MacĂ©doine Ă©tait peuplĂ©e de Grecs, de Bulgares, de Serbes, d'Albanais, de Turcs et de Valaques. Les pays ayant des minoritĂ©s ethniques dans la rĂ©gion y soutenaient des bandes de combattants irrĂ©guliers depuis les annĂ©es 1890 : c'Ă©tait notamment le cas des Makedonomakhoi et Andartes pour les Grecs et Komitadjis de l'Organisation rĂ©volutionnaire intĂ©rieure macĂ©dono-andrinopolitaine (ORIMA) organisĂ©e en comitĂ©s pour les Bulgares. Un intense travail de propagande, crĂ©ation d'Ă©coles ou d'orphelinats par exemple, Ă©tait aussi menĂ©. Des combats sporadiques avaient lieu entre Komitadjis et Andartes ; entre Andartes et gendarmes turcs, mais principalement entre Komitadjis et gendarmes turcs. Les exactions Ă©taient nombreuses : pillages, incendies ou assassinats. En 1903, sous la pression des puissances europĂ©ennes, le sultan dut accepter de mettre la gendarmerie ottomane de MacĂ©doine sous la tutelle d'un ComitĂ© militaire international dirigĂ© par le gĂ©nĂ©ral italien Degiorgis, ce qui limita pour un temps les excès. L’ottomanisation menaçait de faire regagner du terrain aux Turcs en MacĂ©doine, ce que ne pouvaient accepter les autres pays balkaniques, d'autant qu'un nationalisme albanais, soutenu par des agents germaniques, commençait aussi Ă  faire valoir des revendications albanaises sur la rĂ©gion (fr.wikipedia.org - Guerres balkaniques).

 

Les Dix Mille iront jusqu'en Thrace.

 

Arrivés à Trébizonde, les Grecs ne sont pas pour autant en sécurité, en Asie Mineure. Chirisophe, commandant en chef, part à Byzance chercher des navires, pendant que les Grecs reprennent leur marche en direction de la Paphlagonie. Las, les cités grecques du littoral, loin de les accueillir, les maintiennent à distance, de peur des pillages - il est vrai que la plupart des Grecs refusent de rentrer chez eux sans butin. La rébellion sourd dans les rangs, et les Arcadiens et les Achéens finissent par faire sécession ; l'armée faillit céder à la panique quand se répand la rumeur selon laquelle Xénophon souhaite aller fonder une colonie en Asie. Il la récuse lui-même devant l'armée constituée en assemblée. Abandonnés par les Spartiates, désormais alliés des Perses, ils se louent alors au souverain thrace Seuthès Ier, qui refuse de les payer en 400 J-C. Ils marchent jusque Lampsaque, puis Pergame, où Xénophon abandonne le commandement au profit du spartiate Thimbron, qui a engagé les Dix Mille, qui ne sont alors plus guère que 5000. Il les amalgame avec d'autres soldats grecs pour combattre contre les satrapes Tissapherne et Pharnabaze, qui tyrannisent les cités grecques d'Ionie.

 

Une petite troupe de mercenaires, aguerris et déterminés, réussit sans trop de pertes à échapper à la vengeance d'Artaxerxès et ses armées au cœur même de son royaume. Leur succès montre qu'une expédition à l'intérieur des territoires perse est possible, ouvrant la voie à la conquête d'Alexandre (fr.wikipedia.org - Dix-Mille).

 

1903

 

Franz BOLL. Sphaera. Leipzig, Teubner, 1903. In-8°, XII-564 p : Dans la première partie de ce savant travail M. B. publie une sĂ©rie de textes inĂ©dits relatifs Ă  la thĂ©orie des "paranatellontes", c'est-Ă -dire Ă  l'influence exercĂ©e par les constellations ou fixes qui se lèvent en mĂŞme temps que les signes du Zodiaque, ou les accompagnent Ă  leur culmination supĂ©rieure, Ă  leur coucher, Ă  leur culmination infĂ©rieure. Les constellations mentionnĂ©es dans ces textes ne sont pas uniquement les 48 de PtolĂ©mĂ©e ; leur nombre s'Ă©lève Ă  près de 150, dont beaucoup portent des noms bizarres, Laboureur TaurocĂ©phale, Nocher de l'AchĂ©ron, etc. Presque tous ces textes dĂ©rivent de l'ouvrage de Teukros le Babylonien (Ier siècle après J.-C), qui paraĂ®t avoir puisĂ© largement dans les astrologies «barbares». Nombre de ses constellations non hellĂ©niques se retrouvent figurĂ©es sur les zodiaques de Denderah, qui sont de cette Ă©poque, comme l'a montrĂ© Letronne, et que les textes de Teukros achèvent d'expliquer ; le reste vient probablement en majeure partie de ChaldĂ©e ; il en est ainsi peut-ĂŞtre mĂŞme du Dodecaoros, sĂ©rie de 12 animaux reprĂ©sentant les astĂ©rismes de l’écliptique, et qui se retrouve notamment sur la planisphère de Bianchini au Louvre.

 

Ces rĂ©sultats acquis, M. Boll esquisse l'histoire des «sphères barbares» que Proclus oppose Ă  la sphère grecque et qui, après avoir dès l'origine servi de point de dĂ©part Ă  celle-ci, furent de nouveau rĂ©vĂ©lĂ©es au monde grec par les livrĂ©e des BĂ©rose, des Petosiris et des NĂ©chepso. Elles bĂ©nĂ©ficièrent alors de la popularitĂ© qui s'attachait Ă  l'astronomie en gĂ©nĂ©ral, en raison du caractère pratique que la superstition lui attribuait. On les enrichit mĂŞme de divinitĂ©s et d'attributs divins empruntĂ©s Ă  d'autres nations (Phrygie, Cappadoce etc.) et projetĂ©s dans le ciel. AsclĂ©piade de MyrlĂ©e et Nigidius Figulus sont au Ier siècle les principaux commentateurs de la sphaera barbarica. Elle disparaĂ®t d'assez bonne heure des ouvrages occidentaux, mais elle se perpĂ©tue en Orient chez les astrologues jusqu'en plein moyen âge (Kamateros). L'ouvrage de Teukros, traduit en persan (vers 542), fut paraphrasĂ© en arabe par Abou Masar (IXe siècle), dont le livre, par l'intermĂ©diaire de l'hĂ©breu d'Abraham Ibn Ezra, repassa en français (1272), puis en latin (Pierre d'Abano) ; sous cette dernière forme il continua Ă  exercer son influence sur les spĂ©culations des savants et des rĂŞveurs jusqu'Ă  nos jours.

 

Ce sec abrégé suffit à faire entrevoir l'importance des recherches de M. Boll et le profit qu'il a su tirer, pour l'histoire de la pensée antique, de textes longtemps délaissés, exhumés par lui des compilations médiévales. Le lecteur curieux de plus de détails pourra, à défaut du livre original, lire avec intérêt l'excellente analyse qu'en a donnée le juge le plus compétent, M. Cumont (Rev. arch., 1903, 1, 437 suiv.) (H. Grübler, Franz Boll. Sphaera.. In: Revue des Études Grecques, tome 17, fascicule 75, 1904 - www.persee.fr).

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