La sĂ©paration de l’Eglise et de l’Etat en France

La sĂ©paration de l’Eglise et de l’Etat en France

 

V, 72

 

1904-1905

 

Pour le plaisir d’edict voluptueux,

On meslera le poyson dans l’aloy :

Venus sera en cours si vertueux,

Qu’obfusquera du Soleil tout à loy.

 

V, 73

 

1905-1906

 

Persecutee sera de Dieu l’Eglise,

Et les saints Temples seront expoliez :

L’enfant la mere mettra nud en chemise,

Seront Arabes aux Polons raliez.

 

"ralliez"

 

"rallier" : Atteindre un lieu, un objectif vers lequel on se dirige. Rallier son corps, son régiment. Les mouches à miel, ayant rallié les paillotes du rucher, laissaient le jardin silencieux (Genevoix, Raboliot,1925, p. 116) (www.cnrtl.fr).

 

Dans la Pologne du XVIeme siĂšcle, les voyages en Orient constituaient des Ă©vĂ©nements trĂšs frĂ©quents. Cette circonstance Ă©tait due aux causes les plus diverses : de nature politique, culturelle et Ă©conomique. En effet la situation politique contraignait la Pologne Ă  maintenir des rapports diplomatiques rĂ©guliers avec les Etats limitrophes orientaux. On voit donc chaque annĂ©e des missions diplomatiques s'acheminer vers Moscou, la Moldavie, les Tartares et la Turquie. D'oĂč, en connexion Ă©troite, une puissante expansion vers l'Orient, laquelle se manifeste sous diffĂ©rentes formes. Et d'abord le facteur de la foi et du sentiment religieux prĂ©dominant chez lez pĂšlerins qui se hĂątent pour adorer le Christ aux pieds du Calvaire. Ce sentiment, si pieusement cultivĂ© au Moyen Age ne perd rien de sa puissance capitale Ă  l'Ă©poque moderne; au contraire il s'accroĂźt jusqu'Ă  la portĂ©e d'une espĂšce de commandement spirituel, auquel obĂ©issent volontiers les nobles et le clergĂ©, (la prĂ©dominance de ces classes s'explique intĂ©gralement par les frais excessifs de l'expĂ©dition). A cotĂ© de la Terre Sainte on visitait les pays voisins : Egypte, Syrie, Arabie. Avec le temps l'itinĂ©raire s'Ă©tend jusqu'Ă  la Perse, avec laquelle s'Ă©tablissent dĂšs la seconde moitiĂ© du XVIe me siĂšcle des relations commerciales trĂšs intenses. Elles touchent mĂȘme Ă  un autre domaine celui de l'art apliquĂ©, et mĂ©ritent par lĂ  une attention particuliĂšre que la science polonaise n'a d'ailleurs pas manquĂ© de leur consacrer. Nous omettons de propos dĂ©libĂ©rĂ© les voyages en ExtrĂȘme-Orient qui n'avaient lieu que comme rares exceptions et au sujet desquels toutes sources font dĂ©faut. S'il s'agit de dĂ©terminer le caractĂšre des voyages dans les pays orientaux, la balance penche tout d'abord vers le "publicum commodum", ensuite vers les "privata utilitas et fructus", sans faire toutefois abstraction d'Ă©lĂ©ments strictement idĂ©aux. Ce sont en effet ces derniers qui caractĂ©risent en premiĂšre ligne les voyages de nos pĂšlerins. Nous dĂ©sirons analyser les voyages de tout genre exclusivement du point de vue de certains problĂšmes et avantages culturels, en laissant de cĂŽtĂ© les considĂ©rations d'ordre politique et Ă©conomique. TĂąchons d'abord de rĂ©pondre aux questions suivantes : Quels Ă©taient ces voyageurs et dans quel but entreprenaient-ils des expĂ©ditions aussi ardues? Dans quelles conditions les effectuaient ils ? Ce dernier point se rattache Ă  un autre problĂšme fort curieux et dĂ©cisif pour ladite Ă©poque, Ă  savoir : la technique des voyages. [...]

 

Mikolaj Krzysztof (Nicolas Christophe) Radziwill, dĂ©signĂ© communĂ©ment sous le sobriquet de „Sierotka" (Orphelin), ne comptait guĂšre plus d'annĂ©es que ses prĂ©dĂ©cesseurs lorsqu'il entreprenait en 1582 son cĂ©lĂšbre pĂšlerinage au Saint SĂ©pulcre. AgĂ© Ă  ce moment de 33 ans, il avait dĂ©jĂ  traversĂ© maintes crises et vicissitudes. ElevĂ© par une tendre mĂšre, Elzbieta Szydlowiecka, le jeune Radziwill fait ses Ă©tudes scolaires Ă  Luliszki. AprĂšs les avoir achevĂ©es il peregrine en France et en Allemagne, oĂč il fait un sĂ©jour de deux ans Ă  Tubingue. Toutefois le point tournant de son existence c'est son changement de confession. NĂ© calviniste et Ă©levĂ© dans cette religion, il passe ou plutĂŽt retourne au sein de l'Eglise catholique sous l'influence de divers facteurs, non pas comme simple converti, mais comme combattant acharnĂ©. Il lutte sur les champs de bataille de Ula, sous les murs de Po?ock et de Pskoff, il occupe le poste Ă©levĂ© de Grand MarĂ©chal de Lithuanie. C'est de nouveau un homme mĂ»r qui se met en route, dotĂ© d'un sens pratique de la vie, d'une vaste expĂ©rience, d'une connaissance parfaite non seulement de son propre pays, mais aussi de l'Ă©tranger. Tous les facteurs prĂ©citĂ©s contribueront Ă  façonner l'attitude du voyageur par rapport au monde oriental dans ses multiples manifestations.

 

La route qu'il suit par mer est la route classique de ses prĂ©dĂ©cesseurs et de ceux qui lui succĂ©deront, aussi convient-il de la relater plus en dĂ©tail. Le point de dĂ©part habituel est Venise, d'oĂč l'on part dans la direction du port opposĂ© de Parenzo, puis vers Zara sur Phanos et Corfou. De la par la mer Ionienne, Ă  cĂŽtĂ© des Ăźles de CĂ©phalonie, de Zante et de Strivali, en doublant le cap Matopam, sur Malia par CĂ©rigo, puis en longeant l'Ăźle de CrĂȘte vers Rhodes et l'Ăźle de Chypre. Enfin la route tourne vers le Sud et conduit au port de Joppe d'oĂč on continue par terre en longeant le littoral vers le Nord, Ă  travers Ptolemais, Tyr, Sidon, Beirouth, Tripolis, Ehda. Plus loin on oblique vers l'Est sur Boalbek et Damas, pour prendre finalement la direction du Sud par Bethsanie, JĂ©richo jusqu'a JĂ©rusalem. La voie de retour suit le mĂȘme itinĂ©raire sauf un crochet de l'Ăźle de Chypre Ă  Damiette et au Caire pour visiter l'Egypte. On revient par Alexandrie avec escale Ă  Rhodes en atteignant l'extrĂ©mitĂ© sud de la pĂ©ninsule italienne au port de Hidronte (Otranto) et l'on poursuit la route de terre le long des cĂŽtes orientales de l'Italie (Kazimierz Hartleb, Voyages de Polonais en Orient au XVIme siĂšcle, Collection of articles on Jewish life in Poland, 1892 - books.google.fr).

 

Johannes Dantiscus (1485 - 1548), en tant qu'ambassadeur du roi polonais Jean Ier Albert, voyage en Europe et au Moyen-Orient, de l'Espagne Ă  l'Arabie en passant par la Palestine. Il est de retour en Pologne vers 1507 (Roland Guillot, Oeuvres complĂštes de Janus Secondus, Tome 5, 2005 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Johannes Dantiscus).

 

Radziwill et Jan Latosz

 

A notable Polish astronomer, astrologer and philosopher Jan Latosz (1539 – 1608), a graduate of the Cracow Academy and the University of Padua, is not a well-studied figure in modern research. Famous mainly for his opposition to the calendar reform of Pope Gregory XIII (1582), Jan Latosz wrote more than ten scientific treatises, devoted to astrology, astronomy, medicine and various areas of Renessaince philosophy. A significant part of this heritage is constituted by so-called “prognostics”, i.e., astrological predictions of the future. Beside these predictions, “prognostics” of Jan Latosz contain also scientific matters, related to the theories of natural philosophy. Following the methods of another notable Cracovian astrologer, Jerzy Kotermak (Drohobycz) (1450 – 1494), and, especially, Kopernik, Latosz was interested in some works of Arabic philosophers and scientists like Abu Ma’shar al-Balkhi (787 – 886), Muhammad al-Battani (858 – 929), ibn Yunis (950 – 1009) and others. Some of his works (for instance, “Prognosticon”, printed in Cracow at 1594) provide an account of ideas, borrowed from the works of Arabic scientists mainly through available Latin translations. Features of the usage of Ptolemy’s “Tetrabiblos” (Arabic al-Kutub al-Arba’) shows influence of Arabic natural science and philosophy. These influences on Jan Latosz are related to the theory of celestial spheres, heavenly intellects, geography, astrological significators and some other issues (Mykhaylo Yakubovych, Jan Latosz (1539 – 1608) and his Natural Philosophy: Reception of Arabic Science in Pre-Modern Poland, 2012 - www.intercultural.orient.uw.edu.pl).

 

Jan Latosz (Joannes Latosinus, 1539–1608), attempts at wins the patronage of Duke Nicholas Christopher ‘the Orphan’ Radziwill (1549–1616). Latosz is well known due to his involvement in calendrical polemics at the end of 16th century. As a result of his attacks on the newly introduced Gregorian calendar, his works were banned and the astrologer himself was expelled from the Academy of Cracow (Choptiany Michal, Astrolog w poszukiwaniu mecenasa. Przypadek Jana Latosza i Mikolaja Krzysztofa Radziwilla „Sierotki”, 2016 - www.infona.pl).

 

The yearly prognostications were called Almanacs (from Spanish Arabic al-manakh) and became very popular in the West during the seventeenth and eighteenth centuries. Some prognostications referred also to future political events. This part of astrology may be called ‘historical’ and referred to inventions of the Arabic-Persian scholar Abu Ma’shar al-Balkhi (787–886). The work by Jan Latosz for Radziwill adopted a similar approach, and contained predictions for events that would occur between 1572 and 1589 (Mykhaylo Yakubovych, Jan Latosz (1539 – 1608) and his Natural Philosophy: Reception of Arabic Science in Pre-Modern Poland, 2012 - dokumen.pub).

 

Following a royal edict, the Gregorian calendar was introduced in Poland at the very date prescribed by the papal reform (October 1582), as attested not only by documents from the king's chancellery but also by town registers from western provinces. The reform was also accepted immediately in the markedly Protestant town of Gdansk. Here the critique was channelled into subtle astronomical questions of a technical character, discussed by Peter KrĂŒger, professor at the Gdansk 'Athenaeum Gedanense' (an academic high school) and the teacher of Hevelius. However, strong opposition came from other quarters. In Riga, another rich Baltic seaport and the capital of Livonia, political and religious tensions made the calendar an issue which sparked off a violent revolt, overthrowing the town council and expelling the Jesuit missionaries, the main exponents of the reform. The final outcome was the execution of the rebellion leaders and the forcible imposition of the new calendar in 1589. Most lasting was the opposition presented by the Orthodox Church, predominant in the eastern provinces of Poland and Lithuania. Its attitude was expressed in the critique offered by a master of the Cracow Academy, Jan Latosz (Roy Porter, Mikulas Teich, The Scientific Revolution in National Context, 1992 - books.google.fr).

 

Savoir arabo-musulman

 

Notre vision actuelle du monde a-t-elle en partie Ă©tĂ© forgĂ©e au Moyen-Orient ? Les savants arabes du XIIIe siĂšcle, hĂ©ritiers de ceux-lĂ  mĂȘmes qui, au IXe siĂšcle, avaient traduit et transmis l’hĂ©ritage des Grecs, ont-ils contribuĂ© Ă  l’élaboration de l’astronomie moderne ? Le dĂ©bat rebondit de plus belle aujourd’hui, et pourtant la question a Ă©tĂ© soulevĂ©e il y a plus de quarante ans sur la base de deux manuscrits persans du XIIIe siĂšcle, rĂ©digĂ©s en langue arabe, jusqu’alors inĂ©dits. En les Ă©tudiant, en 1957, l’historien des sciences amĂ©ricain Otto Neugebauer, de l’universitĂ© Brown (États-Unis), a une rĂ©vĂ©lation : certains Ă©lĂ©ments de ces manuscrits ont Ă©tĂ© repris plus de deux siĂšcles plus tard dans l’Ɠuvre de Copernic. Dans son De Revolutionibus (chapitre III, 4) le pĂšre de l’hĂ©liocentrisme utilise un principe mathĂ©matique que l’on attribue au savant persan Nasir El din Tusi (1201-1274). On y trouve Ă©galement un dessin ressemblant comme deux gouttes d’eau Ă  l’une des illustrations du fameux manuscrit. MĂȘme reprĂ©sentation, mĂȘmes notations : l’angle est notĂ© “a” dans l’ouvrage de Copernic et “alef”, sous la plume de Tusi, et ainsi de suite


 

Au Moyen-Orient, au cours des siĂšcles, les astronomes vont non seulement traduire les textes grecs mais en fournir une critique trĂšs fouillĂ©e. Ainsi en est-il, dĂšs 1259, des savants qui constitueront plus tard “l’école de Maragheh”, du nom d’une petite ville du nord-ouest de l’Iran. Y est construit un observatoire qui rassemblera la fine fleur des astronomes de l’époque, venus de Damas, d’Andalousie, ou mĂȘme de Chine. Leur chef de file, Nasir El din Tusi, est une personnalitĂ© riche, un philosophe et un mathĂ©maticien, dont la notoriĂ©tĂ© dĂ©passe les frontiĂšres de son pays. Il a dĂ©jĂ  Ă©crit une centaine d’ouvrages dans des domaines aussi variĂ©s que la mĂ©decine, la poĂ©sie, l’éthique ou encore la minĂ©ralogie. Plus de 80 % d’entre eux sont en arabe, la langue scientifique de l’époque. Le reste est en persan. Dans sa jeunesse, l’homme a eu comme professeurs les plus brillants esprits de l’époque : les meilleurs Ă©lĂšves d’Avicenne pour l’enseignement de la mĂ©decine, et ceux du grand thĂ©ologien Fakhr eddin Razi


 

Les chemins tortueux de la transmission du savoir ne sont pas tous explorĂ©s et la question de l’éventuel rapport entre les deux astronomes n’est pas encore tranchĂ©e. Le gĂ©nie de Copernic continue Ă  garder tout son mystĂšre : “Le changement d’origine du monde qu’il a introduit ne peut pas ĂȘtre expliquĂ© aujourd’hui : l’homme n’était pas un bon mathĂ©maticien et aucun argument objectif ne pouvait supporter Ă  l’époque l’hĂ©liocentrisme”, ajoute-t-il. Pure intuition ? Coup d’audace dĂ©mesurĂ©e ou rĂ©sultat d’une influence non reconnue ? Nul ne peut l’affirmer vraiment aujourd’hui. Est-ce une raison pour dĂ©clarer avec Neugebauer que “Copernic est sans doute le dernier astronome de l’école de Maragheh, mais pas le plus brillant
” ? Ou doit-on admettre humblement que la plus audacieuse des thĂ©ories peut germer indĂ©pendamment dans les mĂ©andres de l’esprit d’un seul homme ? (Azar Khalatbari et Jean-Marc Bonnet-Bidaud, La voie arabe, 2008 - media.afastronomie.fr).

 

Le «Tusi-Couple» a donc une signification qui excĂšde largement le domaine restreint de son application dans le champ de l’astronomie, qui n’est d’ailleurs probablement pas le lieu de son invention. Ce mĂ©canisme par lequel on peut dĂ©duire un mouvement rectiligne d’une combinaison de mouvements circulaires (et rĂ©ciproquement) n’a pu Ă©merger et servir aux astronomes de mĂ©tier que parce que son promoteur, Nasir al-Din al-Tusi, est avant tout un parfait connaisseur de la gĂ©omĂ©trie des coniques. La discussion sur les «prĂ©dĂ©cesseurs arabes» doit donc tenir compte du fait que l’apport principal des savants arabes tient dans leur inventivitĂ© en matiĂšre de mathĂ©matique abstraite, et du rĂŽle que ces inventions ont pu jouer par surcroĂźt dans un contexte astronomique et cosmologique.

 

Le mouvement de ce point est un cas de ce que les mathĂ©maticiens français (Pascal, Desargues, Lahire) vont Ă©tudier dans leurs travaux sur le mouvement de la roulette. Le mouvement du cercle engendre une droite qui est une forme dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e d’hypocycloĂŻde. Mais, comme le note Copernic dans un ajout du manuscrit autographe du De Revolutionibus (1543), ce mĂȘme dispositif de mouvement coordonnĂ© des deux cercles permet aussi de construire l’ellipse, si l’on considĂšre n’importe quel autre point du cercle que son centre ou sa circonfĂ©rence. C’est un corollaire, mais important, que Copernic n’a pas manquĂ© de signaler, ce qui suffit pour que le problĂšme des sources arabes de l’astronome soit dĂ©paysĂ© : au lieu de chercher des antĂ©cĂ©dents Ă  l’étude de ce mouvement dans l’astronomie, nous pensons qu’il les faut aller chercher dans le rĂ©servoir thĂ©orique que constitue l’étude des coniques – dont le grand historien de l’astronomie Otto Neugebauer a montrĂ© qu’elle constituait, depuis leur origine grecque, les mathĂ©matiques de l’astronomie. Les sections coniques sont aussi, de maniĂšre encore plus Ă©vidente, les mathĂ©matiques de l’optique, domaine dans lequel les sciences arabes ont eu six ou sept siĂšcles d’avance sur l’Occident latin. Ce n’est donc pas un hasard si celui Ă  qui on attribue l’invention de ce mĂ©canisme, Nasir al-Din al-Tusi (1201-1274), est aussi un commentateur des Coniques d’Apollonius, et surtout des livres perdus (livres V-VII), que le Moyen-Âge latin n’a jamais connus.

 

Ce mouvement prĂ©sente l’intĂ©rĂȘt de rendre Ă©quivalents un mouvement circulaire rĂ©gulier et un mouvement rectiligne discontinu.

 

Le «Tusi-Couple» a donc une signification qui excĂšde largement le domaine restreint de son application dans le champ de l’astronomie, qui n’est d’ailleurs probablement pas le lieu de son invention. Ce mĂ©canisme par lequel on peut dĂ©duire un mouvement rectiligne d’une combinaison de mouvements circulaires (et rĂ©ciproquement) n’a pu Ă©merger et servir aux astronomes de mĂ©tier que parce que son promoteur, Nasir al-Din al-Tusi, est avant tout un parfait connaisseur de la gĂ©omĂ©trie des coniques. La discussion sur les «prĂ©dĂ©cesseurs arabes» doit donc tenir compte du fait que l’apport principal des savants arabes tient dans leur inventivitĂ© en matiĂšre de mathĂ©matique abstraite, et du rĂŽle que ces inventions ont pu jouer par surcroĂźt dans un contexte astronomique et cosmologique.

 

Du point de vue astronomique, l’une des fonctions du «Tusi-Couple» est de pouvoir faire l’économie du «point Ă©quant». L’équant, dont l’invention remonte Ă  PtolĂ©mĂ©e, est un point imaginaire autour duquel un corps cĂ©leste dĂ©crit thĂ©oriquement une trajectoire circulaire Ă  vitesse angulaire uniforme, ce qui n’est pas le cas du mouvement apparent du soleil, vu par un observateur terrestre.

 

On a donc remarquĂ©, de longue date, que l’astronomie arabe cherchait des moyens d’éliminer l’équant ptolĂ©mĂ©en, ce qui est aussi le cas de Copernic. Mais pour les premiers, c’est sur la base d’une conviction aristotĂ©licienne inĂ©branlable, strictement mĂ©taphysique, selon laquelle les mouvements cĂ©lestes permettent d’infĂ©rer l’existence des substances immobiles et sĂ©parĂ©es qui les produisent. Avec Copernic, qui se retranche dans la pure description gĂ©omĂ©trique des apparences, et qui ne spĂ©cule pas sur leurs causes, c’est pour prouver que la Terre a un centre de gravitĂ© qui ne coĂŻncide pas avec le centre du monde.

 

L’introduction de cette construction ignorĂ©e d’Aristote remet radicalement en cause la distinction ontologique des deux rĂ©gions de la rĂ©alitĂ© physique : le cĂ©leste, oĂč il n’y a que des mouvements circulaires uniformes, rĂ©guliers, et le terrestre oĂč il n’y a que des mouvements rectilignes discontinus. L’homogĂ©nĂ©itĂ© des lois de la nature et du mouvement, que l’on dit caractĂ©riser la rĂ©volution galilĂ©enne au seuil de l’ñge classique, est inscrite dans ce montage qu’on peut considĂ©rer comme un monogramme de la science moderne. (Édouard Mehl, L’ombre de la science arabe : dans les marges de la bibliothĂšque de Copernic, La Revue de la BNU N° 22, 2020 - journals.openedition.org).

 

"nud en chemise"

 

AprĂšs avoir fait assassiner le duc de Guise et le Cardinal de Guise, et la mort de sa mĂšre le 5 janvier 1589, Henri III, voyant qu'il ne pouvait rien tirer de l'assemblĂ©e des Etats GĂ©nĂ©raux, pas mĂȘme l'autorisation d'aliĂ©ner les biens du domaine pour supplĂ©er Ă  l'insuffisance des impĂŽts, congĂ©dia enfin les États le 16 janvier, en les assurant de nouveau qu'il ne rĂ©voquerait jamais l'Ă©dit d'Union. Il pria les principaux dĂ©putĂ©s de s'employer Ă  calmer leurs provinces. La plupart, au contraire, une fois rentrĂ©s chez eux, se mirent Ă  la tĂȘte de l'insurrection. Tandis qu'Henri III parlait, la Ligue agissait. Au lieu de se calmer, le peuple de Paris s'Ă©tait exaltĂ© de jour en jour davantage, excitĂ© qu'il Ă©tait par les sermons frĂ©nĂ©tiques des prĂ©dicateurs de paroisses et de couvents. On traĂźnait dans le ruisseau les armoiries du roi; on exposait sur les autels des tableaux reprĂ©sentant le massacre des deux Guises. Le 7 janvier, la FacultĂ© de thĂ©ologie de Paris, la Sorbonne, dĂ©clara le peuple dĂ©liĂ© du serment prĂȘtĂ© Ă  Henri III; elle l'autorisa Ă  s'armer contre le roi. Cette dĂ©claration fut envoyĂ©e au pape, afin qu'il la confirmĂąt. Le 10 janvier, on mena tous les petits enfants de Paris en procession du cimetiĂšre des Innocents Ă  l'abbaye Sainte-GeneviĂšve. Quand la tĂȘte de cette immense colonne entra sous le porche de l'Ă©glise de l'abbaye, tous Ă©teignirent leurs cierges contre terre, en criant : Dieu Ă©teigne la race des Valois ! Ce n'Ă©taient que Requiem dans les Ă©glises tendues de noir, que processions nocturnes d'hommes, de femmes, d'enfants, pieds nus, en chemise, au chant du Miserere. Paris Ă©tait comme en dĂ©lire, et, dans ces cohues, des dĂ©sordres de tous genres se mĂȘlaient aux exaltations fanatiques (Henri Martin, Histoire de France populaire depuis les temps les plus reculĂ©s jusqu'Ă  nos jours, Tomes 1 Ă  2, 1867 - books.google.fr).

 

Le 14 febvrier, jour de mardi-gras, tant que le jour dura, se firent à Paris de belles et dévotes processions, au lieu des dissolutions et ordures des masquarades et quaresmeprenans qu'on y souloit faire les années précédentes. Entre les autres, s'en fist une d'environ 600 escoliers, pris de tous les colléges et endroits de l'Université, desquels la plus-part n'avoient attaint l'aage de dix ou douze ans au plus, qui marchoient nuds, en chemise, les pieds nuds, portans cierges ardans de cire blanche en leurs mains, et chantant bien dévotement et mélodieusement (quelquefois bien discordamment), tant par les rues que par les églises, esquelles ils entroient pour faire leurs stations et priÚres (Pierre de L'Estoile, Mémoires-journaux de Pierre De L'Estoile: Journal de Henri III, Tome 1, 1888 - books.google.fr).

 

Arabes et Pologne

 

Au commencement de 1572, la destruction de la flotte turque Ă  LĂ©pante, et la prĂ©sence de l'Armada catholique Ă  Messine, sous le commandement de don Juan d'Autriche, oĂč elle dominait toute la cĂŽte septentrionale d'Afrique, avaient jetĂ© l'alarme depuis Tunis jusqu'au dĂ©troit de Gibraltar. Parmi les projets prĂȘtĂ©s au vainqueur de LĂ©pante, celui d'une attaque contre Alger avait pris surtout de la consistance. [...] Le Divan d'Alger adressa Ă  la France une demande formelle pour passer sous sa domination et une nĂ©gociation trĂšs instante fut aussitĂŽt entamĂ©e avec la Porte afin d'obtenir que la Turquie nous cĂ©dĂąt cette possession qui aurait Ă©tĂ© Ă©rigĂ©e en royaume pour le duc d'Anjou. [...] Il Ă©tait Ă©vident que la Porte ottomane n'avait jamais eu un seul instant l'intention de laisser le duc d'Anjou se crĂ©er un royaume Ă  Alger. Puis survinrent la Saint-BarthĂ©lemy, l'Ă©lection du duc d'Anjou au trĂŽne de Pologne, et Charles IX ne songea plus Ă  l'idĂ©e de profiter d'une proposition plus ou moins sĂ©rieuse des AlgĂ©riens pour fonder une royautĂ© française sur la cĂŽte barbaresque (E. Watbled, La France et les Barbaresques, La Nouvelle revue, Volume 84, 1893 - books.google.fr).

 

Le duc d'Anjou, futur Henri III, fut aussi roi de Pologne en 1574.

 

"expoliéz"

 

Dans les pays qu'ils occupoient, les huguenots dĂ©truisirent les monuments catholiques et s'emparĂšrent des biens du clergĂ©. Beaucoup de prĂȘtres se mariĂšrent, et restĂšrent nĂ©anmoins catholiques; leurs mariages furent sanctionnĂ©s par la cour de Rome, et leurs enfants lĂ©gitimĂ©s. La cour, de son cĂŽtĂ©, ne se fit faute des biens ecclĂ©siastiques. «Son rĂšgne (de Charles IX) a aussi estĂ© tachĂ© d'avoir estĂ© soubs lui les ecclĂ©siastiques fort vexez, tant de lui que des huguenots : les huguenots les avoient persĂ©cutez de meurtres, massacres, et expoliĂ© leurs Ă©glises de leurs sainctes reliques; et lui avoit exigĂ© de grandes dĂ©cimes, et aliĂ©nĂ© et vendu le fonds et temporel de l'Église, de laquelle vendition il tira grand argent.» (BRANTOME). Les dĂ©putĂ©s du clergĂ© de France, assemblĂ©s Ă  Melun, reprĂ©sentĂšrent Ă  Henri III «qu'en plusieurs archevĂȘchĂ©s et Ă©vĂȘchĂ©s il n'y avoit aucun pasteur; et quant aux autres abbayes et aux autres grands bĂ©nĂ©fices Ă©tant aussi sans pasteurs, le nombre en Ă©toit quasi infini, mĂȘmement que de cent trente-cinq diocĂšses qu'il y a en Languedoc et en Guienne, par non-rĂ©sidence d'Ă©vĂȘques et par maladie des autres, et principalement par faute d'Ă©vĂȘques pourvus en titre, on avoit Ă©tĂ© quelques annĂ©es sans y faire le saint-chrĂšme, tellement qu'il Ă©toit tous les jours besoin de l'aller mendier de lĂ  les monts en Espagne. Au surplus, nul roi par avant lui (Henri III) n'avoit Ă©tĂ© cause de tant d'Ɠconomats, constitutions de pensions pour les femmes (voire la plus grande partie courtisanes), et autres personnes laĂŻques, sur les biens de l'Église, et, qui pis est, il souffroit trafiquer des bĂ©nĂ©fices, vendre, engager et hypothĂ©quer le domaine de Dieu. Faisant autoriser et justifier ces choses par jugement et lois publiques en son grand conseil, oĂč de l'argent provenu de la vente d'un Ă©vĂȘchĂ© ont Ă©tĂ© acquittĂ©es les dettes du vendeur, et en son conseil mĂȘme une abbaye y auroit Ă©tĂ© adjugĂ©e Ă  une dame, comme lui ayant Ă©tĂ© baillĂ©e en don, avec dĂ©claration qu'aprĂšs son dĂ©cĂšs ses hĂ©ritiers en jouiront par Ă©gale portion.» (Vie et mort de Henri de Valois) Ces choses, que les catholiques reprochoient amĂšrement Ă  Henri III, ils les approuvoient dans Charles IX. La vente, saisie et jouissance des biens de l'Église par des laĂŻques Ă©toient accompagnĂ©es de la saisie, jouissance et vente des biens des particuliers, comme dans la rĂ©volution. Plusieurs Ă©dits et dĂ©clarations ordonnent la confiscation des biens des huguenots. Le parlement, en 1589, rendit un arrĂȘt "pour faire procĂ©der Ă  la vente des biens de ceux de la nouvelle opinion... afin qu'on ne soit pas privĂ© du fruit et secours espĂ©rĂ© des saisies et ventes des biens et hĂ©ritages de ceux de la nouvelle opinion" (Oeuvres complĂštes de Chateaubriand, Volume 10, Analyse raisonnĂ©e de l'histoire de France, 1861 - books.google.fr).

 

Acrostiche : PELS

 

"pels" : fourrures (GeneviÚve Joly, Précis d'ancien français : Morphologie et syntaxe, 2018 - books.google.fr).

 

"Poulaine" Fourrure venant de Pologne : «Un seurcot de violette fourrĂ© de ventre de poulaines.» (JJ. 163, page 286, an. 1409.) «Deux pannes de poulaine neuve et une rez plaine de lin.» (JJ. 145, p. 265, an. 1393.) «fourreures de poulaine.» (Nouv. Comptes de l'Arg. p. 248.). Expressions : Les Polonais du XVIe s. conservaient les modes françaises du XIV, et portaient des gipons ou pourpoints rembourrĂ©s. Cette mode fut rapportĂ©e en France par Henri III, qui fut un instant roi de Pologne: «Un panseron Ă  la poulaine, garny, cotonnĂ©, callefeutrĂ©, embouty, rebondy, estoffĂ© comme un bast de mulet Ă  coffres, Ă  l'espreuve presque du mousquetaire et allant de bien pres recognoistre le bord des genoux.» (Blaise de VigenĂšre, trad. de Tite Live.) (Dictionnaire historique de l'ancien langage françois ou Glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siĂšcle de Louis XIV, Tome 8, 1880 - books.google.fr).

 

Martre se dit en grec ancien : "simor", en persan : «sammer», en arabe : «sammur», en vieux slave «samurinu», en russe : «kuniza», en polonais : «kuna»; dans l'empire carolingien, on disait «guna», mais c'est du germanique «marder» que vient le mot français. La martre zibeline se dit en arabe : «sammĂŒr aswad» (martre noire), en vieux slave : «zebel», en russe : «sobol», en polonais : «sabol», en suĂ©dois : «sobel», en allemand : «zobel»; le latin traduit saberus, et en hĂ©raldique, «sable» dĂ©signe la couleur noire. La martre blanche ou hermine se dit en arabe : «qaqum» et se dit en latin : armenius mus; la martre mineure, ou belette, se dit en persan : «deleh», en arabe : «dalaq», en latin mustela nivalis. La martre zibeline (mustela zibelina) est la plus recherchĂ©e pour sa lĂ©gĂšretĂ©, sa finesse et sa belle couleur noire avec quelques taches blanches. La zibeline Ă©tait une spĂ©cialitĂ© du pays des Burtas, qui l'expĂ©diaient vers l'Orient et vers l'Occident. Le grand centre du travail des hermines Ă©tait le Hwarizm, oĂč les peaux arrivaient depuis l'est de l'Oural, des pays traversĂ©s par la Volga, la Kama et l'Oka, et du pays des Turcs. La chronique dite de Nestor, premier texte en vieux slave, mentionne les tribus des Polianes (vallĂ©e du Dniepr), SĂ©vĂ©rianes (Haute-Volga), Viatitches (Oka), qui, en 859, paient une peau d'hermine par feu au Hagan des Hazar. Les fourrures Ă©taient exportĂ©es par la Volga vers Itil et l'Orient musulman, d'oĂč elles gagnaient l'Inde, ou encore vers l'Ouest (Maurice Lombard, Espaces et rĂ©seaux du haut moyen Ăąge, 1972 - books.google.fr).

 

Ensorte que l'ancienne fourrure des capuchons, n'est plus guere restĂ©e qu'aux chapes des cardinaux, ainsi qu'Ă  celles de quelques Ă©vĂȘques & de quelques chanoines; aux capuchons ou chaperons des docteurs & des bacheliers des universitez (d'oĂč ces capuchons ou chaperons ont mĂȘme retenu le nom de fourrure); aux robes rouges des prĂ©fidens & autres officiers des parlemens.

 

Avec cette diffĂ©rence des uns & des autres, que les docteurs, outtre la fourrure de la partie de devant du capuchon ou chaperon, ont aussi conservĂ©, au tour du cou, la peau qui fourroit le fond de cette couverture de teste; au lieu que les bacheliers n'en ont retenu que la partie de devant. On voit Ă  un autel de l'Ă©glise de Saint Maurice d'Angers, un ecclefiastique, rĂ©prĂ©sentĂ© avec un capuchon ou chaperon, dont la fourrure luy tourne autour du cou, & fait la mĂȘme figure que celle des docteurs de Sorbonne d'Ă  present; Ă  cela piĂšs que de cette fourrure, pend sur les Ă©paules de l'ecclesiastique, une pointe ou queue qui est celle du chaperon (Claude de Vert, Explication simple, littĂ©rale et historique des cĂ©rĂ©monies de l'Eglise, Tome 2, 1708 - books.google.fr).

 

Chat fourré : nom donné par plaisanterie à certains dignitaires, docteurs, magistrats, etc., qui portent des fourrures dans leurs habits de cérémonie.

 

Si les chats fourrés de la Sorbonne étaient assez fous pour lùcher un décret (VOLTAIRE, Lett. Damilaville, 11 novembre 1767) (A. J. Dutailly, Proverbes, dictons & locutions diverses à propos de chats et de chiens, 1885 - books.google.fr).

 

Au mois d'avril, la Sorbonne jĂ©suitique dĂ©cida que le nom de Henri de Valois serait ĂŽtĂ© de toutes les priĂšres, et l'on composa de nouvelles oraisons1 oĂč les princes catholiques Ă©taient mis Ă  la place du roi. Lorsque les processions entraient dans les Ă©glises, les prĂ©dicateurs, au lieu d'annoncer l'Évangile, se mettaient Ă  vomir une iliade d'injures et de vilainies contre le roi, tellement que le peuple ne sortait jamais du sermon qu'il n'eust le feu Ă  la tĂȘte et la promptitude aux mains pour se ruer sur les politiques (RenĂ© François Wladimir GuettĂ©e, Histoire des JĂ©suites, composĂ©e sur documents authentiques en partie inĂ©dits, Tome 1, 1858 - books.google.fr).

 

Nicolas Kopernik auquel plusieurs auteurs ont attribuĂ© la construction de l'horloge du 16° siĂšcle Ă  Strasbourg, n'y a jamais Ă©tĂ©, et cette Ɠuvre a Ă©tĂ© commencĂ©e 30 ans seulement aprĂšs sa mort. Ainsi le planĂ©taire de la cathĂ©drale de Strasbourg reprĂ©sente le mĂ©canisme cĂ©leste tel qu'il a Ă©tĂ© expliquĂ© par Kopernik. Gassendi avant de faire tirer le portrait de Kopernik l'a fait comparer avec celui placĂ© dans la cathĂ©drale de Strasbourg. Il a mĂȘme fait ajouter d'aprĂšs ce portrait le manteau garni de fourrures pour conserver le vĂ©ritable costume du chanoine de Warmie (Jean Czynski, Kopernik et ses travaux, 1847 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1905 sur la date pivot 1589 donne 1273.

 

Novembre 1273 : ouverture de l’enquĂȘte de canonisation de Louis IX de France (fr.wikipedia.org - AnnĂ©e 1273).

 

Cf. quatrain III, 94 - 1773 "De cinq cents ans plus compte l'on tiendra".

 

Al Tusi meurt en 1274.

 

Vitellion, originaire du duchĂ© de SilĂ©sie en Pologne, a une trĂšs grande confiance dans la science, en particulier dans les mathĂ©matiques, la gĂ©omĂ©trie et l'optique Ă  laquelle il consacre un volumineux traitĂ©, De perspectiva. Vitellion, nĂ© en 1230 environ et mort aprĂšs 1270, contemporain de Thomas, s'intĂ©resse amplement aux problĂšmes de la lumiĂšre, connaĂźt sans doute l'Ɠuvre de Robert Grosseteste, mais il exprime une doctrine d'un singulier syncrĂ©tisme philosophique entre l'ontologie d'Aristote et la mĂ©taphysique de la lumiĂšre dĂ©veloppĂ©e par Grosseteste (Graziella Federici-Vescovini, Le Moyen Âge magique: la magie entre religion et science du XIIIe au XIVe siĂšcle, 2011 - books.google.fr).

 

Witelo découvre Ibn al-Haytham à Paris. Dans ses premiÚres études, il en reprend sa théorie corpusculaire de la lumiÚre (il sera affublé par ses contemporains du sobriquet de «grand singe d'Alhazen») (Bernard Maitte, Une histoire de la lumiÚre. De Platon au photon: De Platon au photon, 2015 - books.google.fr).

 

Dans son exposĂ© de l'optique arabe d'Alhazen, Vitellion s'Ă©loigne beaucoup de la physique mĂ©canique que celui-ci adopte pour traiter de la lumiĂšre, en rĂ©vĂ©lant une conception d'inspiration clairement nĂ©oplatonicienne. La lumiĂšre physique est en effet la premiĂšre forme substantielle de la matiĂšre, qui dĂ©coule, par influence, de la lumiĂšre divine, d'oĂč elle jaillit comme de son principe. Ainsi qu'il le dĂ©clare dans le prologue de son ÉpĂźtre sur les dĂ©mons, Vitellion se considĂšre comme un savant ou un philosophe naturel, et non pas comme un thĂ©ologien (Graziella Federici-Vescovini, Le Moyen Âge magique: la magie entre religion et science du XIIIe au XIVe siĂšcle, 2011 - books.google.fr).

 

SĂ©paration

 

La loi de sĂ©paration de l’Eglise et de l’Etat français en 1905 attribue les lieux de culte aux communes et dĂ©partements. On procĂšde Ă  l’inventaire des biens des Ă©glises qui provoque des Ă©chauffourĂ©es dans  de nombreuses communes[1]. En dĂ©cembre 1906, les Ă©vĂȘques sont chassĂ©s de leur palais, les prĂȘtres de leur cure et les sĂ©minaires sont Ă©vacuĂ©s (« PersĂ©cutĂ©e Â»).

 

Des mesures avaient prĂ©venu de cette sĂ©paration. En 1880, un dĂ©cret ordonne la dissolution de la Compagnie de JĂ©sus. L’annĂ©e suivante les lois scolaires de Jules Ferry instituent la gratuitĂ©, l’obligation et la neutralitĂ© de l’instruction publique. En 1884, le rĂ©tablissement du divorce (« edict voluptueux Â») change totalement le caractĂšre du mariage (« On meslera le poyson et l’aloy Â» : lire « la loi Â»). Il est Ă  remarquer qu’en astronomie le dernier passage de VĂ©nus devant le soleil (« obfusquera Â» : du latin « offuscare Â», obscurcir) au XIXĂšme siĂšcle eut lieu en 1882 – 2 ans avant 1884 - et qu’il n’y en eu aucun au XXĂšme [2]. Passage symbolique, puisque la planĂšte VĂ©nus porte le nom de la dĂ©esse de l’amour et de la voluptĂ©. Les cimetiĂšres sont aussi laĂŻcisĂ©s en 1884. Dix ans plus tard, en 1904, les congrĂ©gations sont interdites d’enseignement (« L’enfant, la mere mettra nud Â»).

 

Le dernier vers du deuxiĂšme quatrain, assez incongru, rĂ©sume en fait les tentatives d’émancipations des Polonais par rapport aux Russes, et des Arabes face Ă  l’empire ottoman (voir quatrain V, 55). Pilsudski avait tentĂ© une insurrection Ă  Varsovie le 13 novembre 1904, alors que la Russie, occupant la Pologne, Ă©tait en guerre contre le Japon. Il entretiendra l’agitation avec ses formations de combat jusqu’à la premiĂšre guerre mondiale. Ibn Saoud, lui, « rĂ©unit en 1901 quelques compagnons et rĂ©ussit, grĂące Ă  un raid audacieux Ă  reprendre la ville de Riyad aux ennemis de sa famille. Commence alors une Ă©popĂ©e de plusieurs dizaines d’annĂ©es [3] Â».

 

Alya

 

En 1905, a lieu la seconde alyah en provenance de l'Est europĂ©en (Russie, Pologne, Roumanie) oĂč se poursuivent les pogromes. D'une famille juive aisĂ©e de Pologne russe, Ben Gourion, converti trĂšs tĂŽt aux idĂ©es sionistes, s'installe en Palestine en 1906.

 

Seule une minoritĂ© de sionistes plaide pour une approche plus conciliante vis-Ă -vis des Arabes (mais inconciliable avec la colonisation). DĂšs 1891, au retour d'un voyage en Palestine, le penseur sioniste nĂ© Ă  Skvyra en Ukraine Ahad Ha'am (1856 - 1927) a lancĂ© ce cri d'alarme, dans un texte cinglant intitulĂ© «La vĂ©ritĂ© sur Eretz IsraĂ«l» : «Il nous faut traiter la population locale avec amour et respect et cela va sans dire – conformĂ©ment au droit et Ă  la justice. Que font nos frĂšres en Eretz IsraĂ«l ? Exactement le contraire ! Esclaves dans les pays de l'exil, les voilĂ  qui jouissent d'une libertĂ© sans entraves, d'une libertĂ© anarchique uniquement possible dans l'empire ottoman. Ce changement soudain a Ă©veillĂ© leur inclination au despotisme comme chaque fois qu'un "esclave devient roi". Ils traitent les Arabes avec hostilitĂ© et cruautĂ©, empiĂštent sur leurs propriĂ©tĂ©s, les frappent sans raison, s'en vantent mĂȘme, et il n'y a personne pour les Ă©frĂ©ner, pour mettre fin Ă  ces pratiques Ă©hontĂ©es et dangereuses » Un professeur - agriculteur nĂ© en Russie (Lioban, prĂšs de Minsk, 1862 – JĂ©rusalem, 1943), Yitzhak Epstein a appelĂ© en 1905 le mouvement sioniste Ă  s'entendre avec les Arabes considĂ©rĂ©s comme les vĂ©ritables propriĂ©taires du pays, au lieu de chercher l'alliance de la Turquie ou des puissances europĂ©ennes. Un intellectuel juif palestinien, le Dr Nissim Maloul, professeur d'arabe Ă  l'universitĂ© du Caire, va encore plus loin en prĂŽnant une symbiose culturelle avec le monde arabe : «En tant que SĂ©mites nous devons accentuer notre identitĂ© sĂ©mitique au lieu de la dissoudre dans la culture europĂ©enne» Ă©crit-il en 1913. Mais ces contestataires prĂȘchent dans le dĂ©sert. Les immigrants de la seconde aliya, sĂ»rs d'incarner le progrĂšs, ignorant et voulant ignorer les coutumes locales, n'auront pas de meilleurs rapports avec les Arabes que leurs prĂ©dĂ©cesseurs qu'ils traitent de «koulaks». Les deux partis ouvriers juifs rivaux, crĂ©Ă©s en 1905, l'Ha'poĂ«l Ha'tzaĂŻr (Jeune Ouvrier) et le PoalĂ©i Sion (Ouvriers de Sion) lancent le mot d'ordre de «conquĂȘte du travail hĂ©breu». Ils luttent contre les patrons juifs qui prĂ©fĂšrent embaucher des travailleurs arabes plus productifs et moins payĂ©s. Sous leur direction, les pionniers sans le sou de la seconde aliya mettront beaucoup d'enthousiasme et d'abnĂ©gation Ă  Ă©difier une sociĂ©tĂ© socialiste, dont les Arabes seront exclus. L'Ha'poĂ«l Ha'tzaĂŻr prĂŽne la rĂ©demption du peuple juif par le travail manuel. Plus radical et plus dogmatique, le PoalĂ©i Sion, le parti de Ben Gourion, se rĂ©clame du marxisme et se considĂšre comme l'avant-garde de la nouvelle classe ouvriĂšre juive (quelques centaines de jeunes idĂ©alistes). Il mĂšne de front la lutte des classes et la lutte nationale. En mars 1908 des militants du PoalĂ©i Sion attaquent un cafĂ© Ă  Jaffa en rĂ©ponse Ă  des agressions arabes. Cette premiĂšre action juive de reprĂ©sailles en Palestine tourne en bataille rangĂ©e avec des militaires turcs, au cours de laquelle treize nouveaux immigrants sont blessĂ©s. En 1909 la dĂ©cision de maçons juifs d'empĂȘcher «par tous les moyens possibles» l'embauche d'ouvriers arabes pour la construction de Tel-Aviv provoque de graves Ă©chauffourĂ©es sur les chantiers. La mĂȘme annĂ©e, Ben Gourion est tĂ©moin de la mort de deux de ses compagnons de la ferme collective de Sejera, en GalilĂ©e, tuĂ©s par des villageois arabes dans une vendetta. «Eretz IsraĂ«l et particuliĂšrement la GalilĂ©e est une contrĂ©e sauvage», Ă©crit-il Ă  son pĂšre, «chaque nouveau venu doit se procurer une arme en Russie si possible, ou l'argent nĂ©cessaire pour l'acheter ici». Dans cette perspective, huit membres du PoalĂ©i Sion dont Yitzhak Ben Zvi, futur prĂ©sident de l'Etat d'IsraĂ«l, se sont rĂ©unis en 1907 dans une auberge de Jaffa pour fonder la premiĂšre organisation clandestine sioniste en Palestine : Bar Giora, du nom d'un hĂ©ros de la guerre des Juifs contre les Romains, au premier siĂšcle de notre Ăšre. «Par le feu et le sang, la JudĂ©e est tombĂ©e. Par le feu et le sang, la JudĂ©e renaĂźtra», est leur devise. En 1909 le noyau donne naissance Ă  l'organisation du Ha'shomer (Le garde). Officiellement elle se propose d'assurer la garde des colonies juives par des vigiles juifs. En rĂ©alitĂ© elle nourrit des plans beaucoup plus ambitieux et dessine la carte d'un Grand IsraĂ«l socialiste, colonisĂ© par des lĂ©gions de cosaques juifs (Marius Schattner, Histoire de la Droite israĂ©lienne: de Jabotinsky Ă  Shamir, 1991 - books.google.fr).

 

Minsk et Skvyra Ă©taient polonaises en 1569 aprĂšs l'Union de Lublin fr.wikipedia.org - RĂ©publique des Deux Nations).

 

Au commencement étaient les mathématiques

 

Le mathématicien français Henri Poincaré (1854-1912), élabora toute la structure mathématique de la relativité restreinte entre 1898 et 1905, indépendamment de la contribution fondamentale qu'apporta Einstein en 1905. Le "groupe de Poincaré" formulé par Minkowski joue un rÎle important en physique relativiste, et tout particuliÚrement en physique des particules et en théorie quantique des champs (Roger Penrose, A la découverte des lois de l'univers: La prodigieuse histoire des mathématiques et de la physique, traduit par Céline Laroche, 2007 - books.google.fr).

 

Einstein lisait de maniĂšre intensive La Science et l'hypothĂšse de PoincarĂ© au moment oĂč il a crĂ©Ă© la thĂ©orie de la relativitĂ© restreinte en 1905, et il est en consĂ©quence tout Ă  fait vraisemblable que le conventionnalisme de PoincarĂ© a jouĂ© un rĂŽle important en donnant une motivation philosophique Ă  cette thĂ©orie (Jacques Bouveresse, Pierre Wagner, MathĂ©matiques et expĂ©rience : L'empirisme logique Ă  l’épreuve (1918-1940), 2008 - books.google.fr).

 

Un ancien polytechnicien a repris l'original du texte d'Albert Einstein publié en allemand le 26 septembre 1905 et l'a comparé à des textes publiés antérieurement par le mathématicien Henri Poincaré en français. [...] Einstein lisait couramment le français depuis son passage au bureau des brevets de Berne, semble bel et bien avoir "emprunté" la formulation de sa théorie de la Relativité restreinte de Poincaré (Charles X. Durand, La langue française: atout ou obstacle, 1999 - books.google.fr).

 

La fameuse théorie de l'espace-temps quadridimensionnel a été élaborée par Minkowski, à partir des travaux de Poincaré, et dévoilée par son auteur, en septembre 1908 (Jean-Louis Gavet, Comprendre Einstein, 2011 - books.google.fr).

 

En 1912, Einstein retrouve son ami mathĂ©maticien Grossmann en Suisse Ă  Zurich. Cette nouvelle situation s'avĂ©ra salutaire pour le dĂ©veloppement de la relativitĂ© gĂ©nĂ©rale. Einstein sombrait rapidement dans la confusion, tels des sables mouvants, lorsqu'il Ă©tait question de mathĂ©matiques avancĂ©es. Avec Grossmann, Einstein Ă©tudia la thĂ©orie des espaces et des surfaces courbes que Georg Friedrich Riemann avait auparavant Ă©laborĂ©e Ă  titre de pure abstraction mathĂ©matique. Puis, en 1913, Einstein et Crossmann rĂ©digĂšrent un article commun oĂč ils fonnulĂšrent l'hypothĂšse selon laquelle les «forces gravitationnelles» n'exprimaient rien d'autre que la courbure de l'espace-temps (Paul Halpern, Le dĂ© d'Einstein et le chat de Schrödinger : Quand deux gĂ©nies s'affrontent, 2019 - books.google.fr, Stephen Hawking, L' Univers dans une coquille de noix, 2001 - books.google.fr).

 

La relativitĂ© gĂ©nĂ©rale illustre l'interaction entre la physique et les mathĂ©matiques. Einstein lui-mĂȘme, plus physicien que mathĂ©maticien, se fera conseiller en juin 1915 par David Hilbert, le mathĂ©maticien le plus cĂ©lĂšbre de son temps, pour Ă©tablir la fameuse Ă©quation qui porte aujourd'hui son nom.



[1] « expoliez Â» du latin « exspoliare Â» : spolier

[2] Albert Ducrocq, « L’éclipse Â», Editions du Rocher, 1999, p. 78

[3] Henry Laurens, « L’Orient arabe, Arabisme et Islamisme de 1798 Ă  1945 Â», Armand Colin, 1993, p. 139

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