Turin, capitale des Etats savoyards
Turin, capitale des Etats savoyards

 

I, 6

 

1561-1562

 

L’œil de Ravenne sera destitué

Quand Ă  ses pieds les aesles failliront :

Les deux de Bresse auront constitué

Turin, Verseil, qui Gaulois fouleront.

 

C’est en 1562 qu’Emmanuel-Philibert, duc de Savoie et possesseur de la Bresse, Ă©tablit officiellement sa capitale Ă  Turin qu’il avait rejoint dès 1559 en abandonnant ChambĂ©ry (« constituĂ© Â» du latin « constituere Â» instituer ou Ă©tablir [1]).

 

Les guerres d’Italie se situent dans une pĂ©riode de dĂ©clin pour les Etats savoyards qui faillirent passer sous la tutelle française. Ils ont perdu en effet le bas Valais en 1477, le Pays de Vaud en 1536 et abandonneront Ă  la France la Bresse, le Bugey et le Pays de Gex en 1601. La bataille de Ravenne du 11 avril 1512, qui illustre ces guerres, oppose les Français, conduits par Gaston de Foix et unis aux ImpĂ©riaux et aux Ferrarais, Ă  la ligue rĂ©unie par le Pape Jules II et constituĂ©e par les Espagnols, les Pontificaux et des mercenaires suisses.

 

Le traité de Cateau-Cambrésis de 1559 sauve l’autonomie de la Savoie.

 

"oeil de Ravenne... destitué"

 

C'est chez Scaliger, connaissance agenoise de Nostradamus, que l'on trouve l'association de Ravenne Ă  un oeil :

 

La perdita di ruolo di Ravenna, divenuta spettatrice dopo essere stata protagonista della storia adriatica, viene registrata anche da altri, ad esempio da un umanista come Giulio Cesare Scaligero, nella comparazione fra tempo antico e presente : Ravenna, giĂ  "oculus superique maris terraeque iacentis" ora "sedet Illyrici prospectans proelia Nerei" (Poemata, Lyon, 1546) (Angelo Turchini, La Romagna nel Cinquecento, Tome 1, 2003 - books.google.fr, Giulio Cesare Scaligero, Poemata omnia in duas partes diuisa: Pleraque omnia in publicum iam primum prodeunt: reliqua vere quam ante emendatius edita sunt, 1621 - books.google.fr).

 

Jules CĂ©sar Scaliger

 

Jules-César SCALIGER naquit en 1484, au château de Ripa, dans le territoire de Vérone, de Benoît Scaliger, qui avoit servi dans les troupes de Mathias, roi de Hongrie. La profession du père influa sur celle du fils. Celui-ci fut d'abord page de l'empereur Maximilien Ier; ensuite il prit le parti des armes, et parut avec distinction dans cette carrière brillante. Doué d'une force extraordinaire il excelloit à manier l'épée et à monter à cheval. La nature lui avoit donné une constitution robuste. Sa taille étoit haute et majestueuse; son port, noble; sa figure, superbe; il avoit les yeux d'un aigle; et, dans les combats, ses ennemis ne pouvoient soutenir ses regards. L'Italie fut le théâtre de ses exploits militaires. Je passe sous silence les preuves de bravoure qu'il donna dans la bataille de Ravenne, à côté de son père et de son frère, qui perdirent la vie dans cette mémorable journée. Qu'il me suffise de rapporter un autre fait d'armes des plus éclatans. Intrépide pour un coup de main, Scaliger étoit le premier homme de guerre pour les surprises, pour les affaires d'avant-poste. Un jour il est instruit qu'une compagnie d'infanterie, soutenue d'un escadron de cavalerie escorte un riche convoi qui doit passer sur la route de Verceil. Il ne s'agissoit de rien moins que d'une grande somme d'argent et d'effets très-précieux appartenant au duc de Savoie. J.-C. Scaliger, à la tête de cent hommes, prend de si justes mesures, et fond tellement à l'improviste sur cette petite armée, que, malgré une résistance opiniâtre, il répand la terreur et la mort dans les rangs, fait mordre la oussière au chef de l'escadron et à tout ce qui l'entoure. Le reste met bas les armes, et lui livre des trésors qu'il n'a pas même achetés par la perte de quelqu'un des siens (M. Briquet, Eloge de Jules césdar Scaliger, Recueil des Travaux, Tome 2, Société académique d'Agen, 1812 - books.google.fr).

 

Le propos méprisant qu'"il était étonnant qu'un soldat eût attaqué son livre" est attribué à Érasme au sujet de Scaliger - son fils Joseph tient pour vrai. Cette grande sensibilité (c'est l'expression de Bayle), que Jules montre au reproche d'avoir été soldat, était d'autant plus vive qu'il n'était pas bien sûr qu'il eût porté les armes (Charles Nisard, Préface. François Filelfo ou Philelphe. Poggio. Laurent Valla. Jules-César Scaliger, Tome 1, 1860 - books.google.fr).

 

"les ailes failliront"

 

Les ailes de la victoire faillirent aux armées impériales pendant la bataille de Ravenne où Scaliger se serait sauvé miraculeusement et où son père Benoît et son frère Titus auraient été tués (Dictionnaire historique, Tome 15, 1828 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Victoire (allégorie)).

 

Scaliger Ă  Turin

 

A Turin, il fit connaissance d'un médecin et de quelques apothicaires distingués avec qui il allait herboriser dans les montagnes. Cela lui donna du goût pour la médecine. Il étudia sérieusement cet art qui devait un jour l'aider à vivre. Son fils assure que dans ce même temps, il apprit le grec. Des accès de goutte réitérés le forcèrent bientôt de quitter le harnais. Il remit son commandement, et partit pour Agen avec l'évêque de cette ville, qui était un la Rovère. Il ne s'était engagé envers lui que pour huit jours; mais une jeune fille de treize ans, nommée Andiette de Roques Lobejac, lui ayant touché le coeur, il en oublia son engagement, et ne pensa plus qu'à l'objet aimé (Charles Nisard, Les gladiateurs de la république des lettres aux XVe, XVIe et XVIIe siècles, Tome 1 : François Filelfo ou Philelphe. Poggio. Laurent Valla. Jules-César Scaliger, 1860 - books.google.fr).

 

"Bresse"

 

En 1393, l'empereur Wenceslas investit Amédée de ses Etats héréditaires; la même année eurent lieu les fiançailles du prince avec Marie de Bourgogne, fille de Philippe-le-Hardy; c'était l'une des conditions de la renonciation de Bonne de Berry à la régence. De 1391 à 1403, la résidence habituelle du conseil et de la cour fut Bourg en Bresse qui faillit, un instant, déposséder Chambéry de son titre de capitale; les syndics Antoine Ambrois et Guigue Dupont maintinrent avec énergie les droits de leurs concitoyens et réussirent même à empêcher qu'on ne privât Chambéry du dépôt des archives.

 

L'anti-pape Clément VII (1378 à 1394), Robert, comte de Genève, était le dernier représentant mâle de cette dynastie féodale qui, avec plus de bonheur, aurait peut-être reconstitué le royaume des Alpes; à sa mort, le comté tombait de lance en quenouille à Humbert, sire de Thoire-Villars, héritier par les femmes'. Humbert mourut à son tour, et les collatéraux se disputèrent son héritage; la Maison de Savoie fit valoir ses prétentions et l'empereur Sigismond (1411), suivant en cela l'usage du suzerain lorsqu'il avait à juger un procès de succession, déclara qu'il se réservait le Genevois comme fief impérial. Amédée VIII négocie avec une extrême promptitude, ce qui fut toujours l'une de ses habiletés: il achète les droits litigieux des branches cadettes, les paye comptant, puis, armé de ces titres, il force l'assentiment de Sigismond fort intéressé à ménager le portier des Alpes 2. L'annexion, complète en fait dès 1401, ne devint définitive au point de vue légal qu'en 1422; la suppression de ce grand fief achevait l'œuvre commencée par le protectorat de Genève et continuée par l'échange du Faucigny. L'achat des seigneuries de la famille de Villars en Bresse (1402) rendait aussi désormais les princes de Savoie seuls souverains de cette riche province où ils avaient dépossédé les sires de Baugé par un mariage (1272), les sires de Revermont et de Coligny par un échange (1389), les sires de la Valbonne, de Montluel, de Beaujeu et des Dombes par les faits diplomatiques et militaires que résuma le traité d'échange de 1354. [...]

 

En 1418, la mort de Louis de Savoie, dernier rejeton de la branche d'Achaïe, fit rentrer le riche apanage du Piémont dans le domaine direct du duc. Amédée VIII, dont les possessions s'étendaient du lac de Neufchâtel aux côtes liguriennes, avait réalisé le rêve de ses devanciers, et l'homogénéité de ses possessions, devenues un Etat compacte, se fortifiait de l'inconsistance des principautés voisines. Le retour définitif du Piémont dans le domaine ducal fit prendre au nouveau duc la résolution de ne plus négliger l'Italie, où le Pô ne lui offrait pas, comme le Rhône, un obstacle infranchissable (Victor de Saint-Genis, Histoire de Savoie d'après les documents originaux depuis les origines les plus reculées jusqu'à l'annexion: Les origines (587 av. J.-C. à 1516 de J.-C.), Tome 1, 1868 - books.google.fr).

 

Amédée VIII fit de Turin, en 1418, la capitale de ses Etats (Amédée Barthélemy Gayet De Cesena, Campagne de Piémont et de Lombardie en 1859, 1860 - books.google.fr).

 

Cette politique d'alliance avec le dauphin présente plus de danger pour la Savoie que ne le soupçonne le duc Louis. Ce dernier poursuit l'œuvre commencée par Amédée VIII son père et fait de Chambéry une véritable capitale, avec sa belle chapelle, dépasse en magnificence les autres résidences ducales dont le château (Marguerite Roques, Les apports néerlandais dans la peinture du Sud-Est de la France. XIVe, XVe et XVIe siècles, 1963 - books.google.fr).

 

Le premier titre qu'Emanuel Filibert porta fut celui de Comte de Bresse. La Bresse est une Province entre les rivieres de Sône, de Seille, de Rhone, & d'Ains. L'Ains lui est au Levant, le Rhone lui est au Midi, la Sône au Couchant, & la Seille au Septentrion (Jean Chrysostôme Bruslé de Montpleinchamp, L'histoire d'Emmanuel Philibert duc de Savoie gouverneur general de la Belgique, 1692 - books.google.fr).

 

Acrostiche : LQLT, liqlot, liquoulot

 

"liqlot" (ou "liklôt") : hébreu "griller" [on trouve aussi "absorber", "comprendre", "finir"...] (Roger Jacquet, Shifra Jacquet-Svironi, Hébreu - Guide de conversation, 2014 - books.google.fr).

 

Il y a quatre manières de disposer les ceps. Dans la quatrième, les ceps sont également tenus à 2 où 3 pieds de hauteur, et ont chacun un échalas de même hauteur, qui, au moyen de traverses et de perches, se lie à deux de ses voisins de droite et de gauche, lesquels sont également liés avec ceux correspondans des deux rangées de droite et de gauche, de sorte que toute la vigne représente un gril à carreaux égaux, qu'on appelle liquoulot. Je n'approuve point ces deux pratiques, surtout la dernière, parce qu'elle empêche le soleil de dessécher le sol et de colorer les raisins, qu'elle exige une main d'œuvre et un emploi de bois considérable (Extrait du cours complet d'agriculture, 1822 - books.google.fr).

 

A Vérone, les tombeaux des Scaliger (Mastino della Scala et de Can Signorio della Scala) de l'église romane Santa Maria Antica du XIe siècle entourés d'une grille en fer forgé du XIVe siècle sont d'après Burckhardt "aussi dignes d'intérêt du point de vue de l'histoire de la civilisation que de celle de l'art. Erigés par les tyrans de Vérone de leur vivant en dehors de l'église dans un but plus politique que religieux, ils sont la préfiguration des statues équestres profanes élevées par les Vénitiens en l'honneur de leurs chefs militaires. Les statues équestres des Scaliger ne sont pas encore grandeur naturelle, mais placées au sommet des tombeaux" (Martin Hürlimann, Italie: Texte et photos, 1955 - books.google.fr, Encyclopédie historique, archéologique, biographique, chronologique et monogrammatique des beaux-arts, Tome 2, 1873 - books.google.fr).



[1] FĂ©lix Gaffiot, « Dictionnaire abrĂ©gĂ© Latin-Français Â», Hachette, 1978

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