Mort du gouverneur de Provence, Henri de Valois

Mort du gouverneur de Provence, Henri de Valois

La France écartelée

 

I, 39

 

1586

 

De nuict dans lict le supresme estranglé

Pour trop avoir subjourné, blond esleu,

Par troys l’empire subrogé, exanclé

A mort mettra : carte, pacquet ne leu.

 

Le 1er juin 1586, le gouverneur de Provence, Henri de Valois, bâtard d’Henri II, est assassinĂ© dans une chambre d’auberge Ă  Aix-en-Provence par un certain Altovitis, « et une femme cause de tout ce malheur Â» selon CĂ©sar de Nostredame [1] (« blond esleu Â»).

 

La France (« empire Â» : tout Etat important [2]) est Ă©puisĂ©e (« exanclĂ© Â» [3]) par plus de 20 ans de guerre civile, revendiquĂ©e (« subrogĂ© Â», rĂ©clamĂ© [4]) par les partisans d’Henri de Navarre, d’Henri de Guise, s’opposant au roi de France Henri III (« Par troys â€¦Â»).

 

Henri III se dĂ©cidera Ă  mettre Ă  mort Henri de Guise en 1588. Celui-ci ne tiendra pas compte des avertissements qu’on lui aura prodiguĂ©s comme le fit Jules CĂ©sar en ne lisant pas le billet qui lui annonçait son propre assassinat [5] (« carte, pacquet ne leu Â», «ne leu Â» : non lu).

 

L’assassinat

 

Vers le mĂŞme temps, la cour fut troublĂ©e par la nouvelle de la sanglante catastrophe survenue en Provence. Henri de Valois, grand-prieur de France et comte d'AngoulĂŞme, Ă©tait gouverneur de cette province. Ce fils naturel de Henri II et d'une dame d'honneur de Marie Stuart, Ă©tait âgĂ© de trente-cinq ou trente-six ans; il Ă©tait d'une beautĂ© remarquable, il Ă©tait habile dans tous les exercices du corps, il aimait les lettres et les beaux-arts; mais il n'Ă©tait guère moins insensible Ă  la voix de la conscience et du remords qu'il ne l'avait Ă©tĂ© Ă  l'Ă©poque fatale de la Saint-BarthĂ©lemy. Il avait eu quelques dĂ©mĂŞlĂ©s avec Philippe Altoviti, gentilhomme florentin, commandant de quelques galères, auquel le roi avait donnĂ© la baronnie de Castellane, lorsque cet homme peu dĂ©licat sur l'honneur conjugal avait Ă©pousĂ© RenĂ©e de Châteauneuf, ancienne maĂ®tresse de Henri III, et dĂ©jĂ  cĂ©lèbre pour avoir tuĂ© de sa main son premier mari. Alto viti Ă©crivit Ă  sa femme Ă  Paris qu'AngoulĂŞme opprimait le peuple, prodiguait l'argent de l'État Ă  ses crĂ©atures, correspondait avec les ennemis du roi, et fomentait la guerre civile pour avoir occasion de traiter le pays Ă  discrĂ©tion. La Châteauneuf montra cette lettre Ă  Henri III, et celui-ci l'envoya au grand-prieur, en lui recommandant d'apporter plus d'attention Ă  remplir ses devoirs. AngoulĂŞme reçut cette lettre le dimanche 1er juin, jour de la TrinitĂ©, Ă  Aix, oĂą les États de Provence Ă©taient alors assemblĂ©s. A l'instant il s'informe du logis d'Altoviti, et apprenant que c'est Ă  l'auberge de la TĂŞte-Noire, il part, Ă  peine suivi de quelques gentilshommes, monte dans sa chambre, en enfonce la porte, et lui montrant la lettre Ă©crite par lui Ă  sa femme, le frappe en mĂŞme temps de deux coups d'Ă©pĂ©e ; de leur cĂ´tĂ©, les gentilshommes tombent sur lui par derrière. Altoviti, sans espoir de se sauver, saisit un couteau qu'il avait dans sa poche, et le plonge dans le bas-ventre du grand-prieur. Altoviti fut achevĂ© par la suite du prince, et son corps fut jetĂ© par la fenĂŞtre, tandis que son meurtrier, reportĂ© Ă  son palais, y expira le lendemain Ă  midi (2 juin) (Jean Charles LĂ©onard Sismonde de Simondi, Histoire des Français, Volumes 21-22, NumĂ©ros 1774-1789, 1838 - books.google.fr).

 

La baronnie avait été donnée à Renée de Châteauneuf, et le titre passa à son mari (François Ambroise Thomas Roux-Alpheran, Les rues d'Aix: ou, Recherches historiques sur l'ancienne capitale de la Provence, Tome 1, 1846 - books.google.fr).

 

Blondeur

 

Le duc d'AngoulĂŞme Ă©tait fils naturel du roi Henri II et d'une belle et noble Ecossaise de la maison de Leviston, fille d'honneur de Marie Stuart. Il avait de sa mère les yeux bleus et souriants, le teint rose, les cheveux d'un blond pâle, les mains fines et blanches. Ces caractères d'une beautĂ© fĂ©minine tempĂ©raient admirablement la majestĂ© un peu rude des traits que lui avait transmis le roi son père. Mais c'est surtout au moral qu'il ressemblait Ă  Henri II. Il aimait le luxe et la magnificence. Par la richesse habituelle de son costume, par l'exquise distinction de ses manières, on le reconnaissait aisĂ©ment au milieu de tous les gentilshommes de sa cour. Il excellait dans les exercices du corps. Il prĂ©fĂ©rait la chasse et passait des journĂ©es entières Ă  courir les bois ; ses chevaux, ses chiens, ses faucons, ses Ă©quipages Ă©taient si justement renommĂ©s qu'un souverain mĂŞme ne devait pas songer Ă  l'Ă©clipser. Mais il avait aussi, et Ă  un haut degrĂ©, le goĂ»t des choses de l'intelligence; il se piquait de cultiver avec un Ă©gal succès la poĂ©sie, la peinture, la musique; il cherchait Ă  ne s'entourer que d'hommes remarquables, si bien que toute sa maison estoit une continuelle et universelle AcadĂ©mie, ne voulant avoir personne qui ne sceut faire quelque chose en degrĂ© de perfection (Ludovic LegrĂ©, La Ligue en Provence, 1867 - books.google.fr).

 

RenĂ©e de Rieux, connue Ă  la cour de Henri III sous le nom de la belle Châteauneuf, Ă©toit de l'ancienne maison de Rieux, en Bretagne, oĂą elle avoit de grands Ă©tablissements dès l'an 1064. On trouve dès cette Ă©poque un Alain de Rieux qui accompagna Alain II, duc de Bretagne, Ă  la prise du château de Cambout. La branche de Châteauneuf issue de Jean, sire de Rieux, marĂ©chal de Bretagne, et d'Isabeau de Brosse, se continua dans Guy de Rieux, seigneur de Châteauneuf, frère de RenĂ©, tige des marquis de Sourdeac et de RenĂ©e de Rieux, dont nous parlons. Guy, RenĂ©e et mademoiselle de Châteauneuf Ă©toient enfants de Jean de Rieux et de BĂ©atrix de Jonchères, dame de la Perrière en Anjou, et veuve de Jean de Montecler. Le mariage de sa mère Ă©tant fixĂ© par Anselme Ă  l'an 1548, et RenĂ©e n'Ă©tant peut-ĂŞtre pas l'aĂ®nĂ©e de ses frères, on ne sauroit donner Ă  sa naissance une date fort antĂ©rieure Ă  l'annĂ©e 1550. Elle fut Ă©levĂ©e fille d'honneur de Catherine de MĂ©dicis. Cette princesse avoit rassemblĂ© Ă  sa cour, la plus brillante dont on ait jamais parlĂ©, tout ce que la haute noblesse avoit de plus belles personnes. Elle ne recevoit au rang de ses filles d'honneur que des demoiselles âgĂ©es de quatorze ans. Ainsi mademoiselle de Châteauneuf commença Ă  briller sous le règne de Charles IX. Henri III, qui n'Ă©toit encore que duc d'Anjou, distingua ses charmes, et ne fut pas long-temps sans leur rendre hommage. Il Ă©toit lui-mĂŞme le prince le plus aimable, le mieux fait, et le plus beau de son temps. Leur âge Ă©toit Ă  peu près le mĂŞme; ainsi, on pouvoit les regarder comme le plus beau couple de la cour. Châteauneuf Ă©toit parfaitement bien faite ; elle avoit les cheveux du plus beau blond du monde ; la puretĂ© et la vivacitĂ© de son teint en recevoient un nouvel Ă©clat; la douceur de ses regards n’ôtoit point Ă  ses yeux cet air spirituel et fin qui anime la tendresse, et l'inspire aux plus indiffĂ©rents. [...] veuve d'Altoviti en 1586, elle Ă©chappe Ă  l'histoire depuis cet Ă©vènement, et j'ignore la date et le lieu de sa mort. [...]

 

C'est ainsi que Desportes en fait le portrait dans sa Diane, liv. 2, fol. 66 verso, édit, de 1600. Il fait parler le duc d'Anjou.

 

SONNET.

 

Beaux noeuds crespés et blonds, nonchalamment épars,

Dont le vainqueur des Dieux s'emprisonne et se lie :

Front de marbre vivant, table claire et polie,

Où les petis Amours vont éguiser leurs dards.

 

Épais monceau de peige, aveuglant les regards,

Pour qui, de tout objet, mon oeil se dĂ©salie :

Et toi, guerrière main, de ma prise embellie,

Qui peut nue, acquérir la victoire de Mars.

 

Yeux, pleurant Ă  la fois tant d'aise et de martyre,

Souris, par qui l'amour entretient son empire, &

Vois, dont le son demeure au cœur si longuement;

 

Esprit, par qui le fer de notre âge se dore,

Beautés, graces, discours, qui m'allez transformant,

Las ! connoissez-vous point comme je vous adore ?

 

On dit que Henri III ne se lassoit point de lire ce sonnet. Il est un de ceux qui contribuèrent aux trente mille livres de rente de Desportes (Jean François Dreux du Radier, Memoires historiques, critiques, et anecdotes des reines et regentes de France. Reimprime, Tome 5, 1808 - books.google.fr).

 

Elle épousa successivement deux Italiens, Antonitti et Altoviti, et, ayant surpris le premier en flagrante infidélité, elle le tua virilement de sa propre main (Charles Caboche, Mémoires de Marguerite de Valois, première femme de Henri IV, 1860 - books.google.fr).

 

"supresme estrangle" : Ă©tranglĂ© ou Ă©trangleur ?

 

En mars 1585, parallèlement Ă  la publication de lettres royales dĂ©signant le gouverneur comme «frère» du monarque, un procureur aixois qualifiait lui-mĂŞme dans son journal le grand prieur de «frere du roy». C'Ă©tait la première fois qu'il le faisait : jusqu'alors, ce procureur avait toujours utilisĂ© la dĂ©signation de «frere bastard du roy» Cet effacement soudain de la macule de la bâtardise prouve peut-ĂŞtre que la promotion symbolique voulue par Henri III avait des consĂ©quences sur l'image que les Provençaux avaient de leur gouverneur. En avril 1585, le consul ligueur de Marseille, Dariès, condamnĂ© Ă  mort par le grand prieur, montra une grande dĂ©fĂ©rence envers Henri alors qu'on le conduisait Ă  la potence. Il dĂ©clara aux conseillers municipaux «Messieurs, obeissez Ă  Monseigneur, c'est un prince debonaire, magnanime et frere du roi : je vous prie, servez-le mieux que je ne l'ai pas faict.» Certes, Dariès cherchait sans doute Ă  sauver sa vie en flattant le gouverneur, qui Ă©tait prĂ©sent. Mais une telle dĂ©claration ne pouvait que servir l'autoritĂ© du grand prieur. D'ailleurs, le conseil de ville de Marseille, en Ă©crivant Ă  Henri III peu après, proclama sa volontĂ© «d'obeir» et de «reverer» le grand prieur de France, «pour la suprĂŞme grandeur du lieu qu'il [...] [tenait], tant au royaume qu'en cette province». C'Ă©tait Ă©videmment une allusion Ă  son appartenance au sang royal. Cette lettre fut imprimĂ©e et diffusĂ©e Ă  grande Ă©chelle pour donner la fidĂ©litĂ© des Marseillais en exemple Ă  toute la province et Ă  tout le royaume. Ces considĂ©rations Ă©logieuses sur Henri connurent donc un rayonnement certain. Un autre fait significatif doit ĂŞtre relevĂ© : les 28 octobre et 3 novembre 1585, lors d'assemblĂ©es municipales de Marseille auxquelles Henri assistait, le greffier de la ville qualifia le grand prieur de «très illustre prince Henry d'Angoulesme» et de «très haut et illustre prince Messire Henry d'Angoulesme». Ces mentions flatteuses consacraient la qualitĂ© princière du grand prieur, ainsi que son lien avec la dynastie royale. Or, ces qualifications avaient Ă©tĂ© jusqu'alors quasiment absentes de ce type de source. La promotion symbolique du gouverneur, en 1584-1585, avait donc une rĂ©elle consĂ©quence sur la rĂ©vĂ©rence que certains acteurs politiques provençaux lui tĂ©moignaient. Cependant, le statut particulier du grand prieur ne le protĂ©gea pas des attaques, loin de lĂ . [...] CĂ©sar de Nostredame Ă©crit : «La bontĂ© et la facilitĂ© de ce prince avoit donnĂ© trop de credit Ă  l'insolence de plusieurs», qui lui reprochaient d'ĂŞtre «un homme effeminĂ© et peu propre au mestier des armes.» (Fabrice Micallef, Le bâtard royal, Henri d'AngoulĂŞme dans l'ombre des Valois (1551-1586), 2018 - books.google.fr)

 

Louis de La Motte Dariès est consul de Marseille à Tunis de 1577 à 1581. Il est nommé deuxième consul de la ville de Marseille en 1584-1585. Avec la complicité de Claude Boniface, capitaine du quartier de la Blanquerie, et de Charles de Casaulx, le 8 avril 1585 il s'empare du fort Notre-Dame de la Garde. Le véritable chef des ligueurs est François Bouquier dont les partisans mettent en déroute ceux de Dariès. Les hommes de Bouquier arrêtent Dariès avec Claude Boniface. Le gouverneur de Provence, grand prieur de France, Henri de Valois, accompagné d'une troupe et de l'évêque de Marseille Frédéric Ragueneau quitte Aix-en-Provence le 14 avril et arrive le soir même à l'hôtel de ville de Marseille. Dès le lendemain 15 avril 1585 Dariès et Boniface sont jugés, condamnés et pendus et étranglés. Les deux cadavres seront décapités le lendemain et la tête de Dariès plantée sur un pieux à la porte Réal (fr.wikipedia.org - Louis de La Motte Dariès, Louis Charboneau, Journal (1583-1586), Mémoires de la Société Archéologique de Montpellier, Tome 6, 1876 - books.google.fr)

 

Empîre

 

Dès 1576, Jean Bodin, prolongeant et systématisant les thèses monarchistes de Jean de Terrevermeille et de Claude de Seyssel, avait proposé, dans les Six Livres de la République, une analyse de la Souveraineté que l'on considère généralement comme la première théorisation de ce concept. Bientôt suivies par les thèses de Charles Loyseau, de Cardin Le Bret et de Richelieu, les idées de Bodin, alliées à la doctrine gallicane du droit divin, devaient servir de substrat à une doctrine de l'absolutisme élaborée, au milieu de ses variantes, comme l'une des gloires de la raison (Simone Goyard-Fabre, John Locke et la raison raisonnable, 1986).

 

Le Roy est Empereur en France, comme dit Bodin, puisqu'il n'y reçoit aucune Loy que les propres Ordonnances. Le Droict Romain n'y est enseignĂ© dans les Uniuersitez que par vne speciale permission du Roy : c'est pourquoy il n'y a aucune force de loy, si ce n'est aux Prouinces oĂą les peuples l'ont pris pour Coustume sous la permission des Roys, mais seulement de raison. Il n'est admis par les juges, que lors qu'il est conforme aux Ediets, Ordonnances, & Declarations du Roy, qui sont les seules Loix, suiuant lesquelles on rend iustice par tout le Royaume. Le titre de Roy de France est si releuĂ© par dessus les autres, que Suidas ancien Autheur Grec, a Ă©crit, que parmy le monde quand on parle simplement du Roy sans dire lequel, c'est Ă  dire le Roy de France. Balde dit que les Roys de France ont pareille splendeur entre les autres Roys, que l'estoille du iour au milieu d'vne nuĂ©e venant du midy, & qu'ils portent la Couronne de libertĂ© & de gloire par dessus les autres Roys (Pierre d'Avity, Nouveau théâtre du monde, 1661).

 

Cf. quatrain I, 43 - Le Champ de Mars - 1589.

 

"estrangle"

 

Le comte de Tonnerre avoit fait peindre la belle Châteauneuf sur un trône, et lui humilié devant elle qui lui mettoit le pied sur la gorge. [...]

 

Quand M. de Guise, fils du BalafrĂ©, eut le gouvernement de Provence, après la mort du Grand-Prieur, le bâtard de Henri II, il trouva Ă  Marseille une petite fille dont il devint amoureux. C'Ă©toit la fille de cette belle Châteauneuf de Rieux, qui avoit Ă©tĂ© aimĂ©e par Charles IX, qu'Henri III avoit eu quelque envie d'Ă©pouser, et qui, après n'avoir pas voulu Ă©pouser le prince de Transylvanie (car il avoit envoyĂ© demander une fille de la cour de France), Ă©pousa Altoviti-Castellane, capitaine de galères. Les Altoviti sont une famille de Florence, dont une branche a Ă©tĂ© transplantĂ©e dans le comtat d'Avignon. Or, cette madame. de Castellane Ă©tant accouchĂ©e Ă  Marseille, elle fit tenir sa fille sur les fonts par la ville de Marseille mĂŞme. On lui donna le nom de Marcelle, une de leurs saintes, et aussi peut-ĂŞtre parce que ce nom approchoit de celui de la ville. Insensiblement, quand cette fille, n'ayant plus ni père ni mère, vint demeurer Ă  Marseille avec une de ses tantes, le peuple l'appela mademoiselle de Marseille, au lieu de mademoiselle Marcelle. C'Ă©toit une personne de la meilleure grâce du monde, de belle taille, blanche, les cheveux châtains, qui dansoit bien, qui chantoit, qui savoit la musique jusqu'Ă  composer, qui faisoit des vers, et dont l'esprit Ă©toit extrĂŞmement adroit; fière, mais civile; c'Ă©toit l'amour de tout le pays. Le Grand-Prieur en avoit Ă©tĂ© Ă©pris ; plusieurs personnes de qualitĂ© l'eussent Ă©pousĂ©e; elle quitta tout cela pour M. de Guise (Tallemant Des RĂ©aux, Louis Jean Nicolas MonmerquĂ©, Les historiettes de Tallemant des RĂ©aux, 1861 - books.google.fr).

 

Le comte de Tonnerre (s'il s'agit de celui de l'Yonne) après 1553 est Antoine de Crussol :

 

Antoine de Crussol, l'aîné de la famille, fut chevalier d'honneur de Catherine de Médicis et, comme son père, gouverneur du Languedoc puis de Provence et du Dauphiné et sénéchal de Quercy. Le 10 avril 1556, il épousa une femme d'une rare distinction, Louise de Clermont-Tallard, comtesse de Tonnerre et veuve de François de Bellay, prince d'Yvetot. Louise de Clermont jouissait d'une haute considération à la cour de France, où elle devint favorite de Catherine de Médicis, et était particulièrement liée avec Elisabeth d'Angleterre. Le mariage fut célébré au château d'Amboise, en présence de toute la cour. C'est à celte occasion que la baronnie de Crussol fut érigée en comté. Louise de Clermont parvint par son crédit à faire obtenir pour son mari, qui n'était, du reste, pas sans valeur, un emploi et des commandements qui lui firent jouer un grand rôle dans les évènements de son temps, notamment dans le Midi. Elle avait été gouvernante du jeune roi Charles IX. [...] C'est à cause de son ancienne gouvernante que Charles IX érigea, en mai 1563, la vicomté d'Uzès en duché, et, en février 1572, le duché simple en duché-pairie. Il avait plus fait, ou plutôt on avait plus fait en son nom, puisque la comtesse de Crussol fut, en 1561, quelques mois après le sacre du roi, pourvue d'un évêché. Louise de Clermont était très gaie et ne reculait pas devant le calembour. Ainsi, à propos de la promotion de dix-huit chevaliers de l'ordre de St-Michel, faite en 1560, par Charles IX, qui fut fort critiquée à cette époque, Mme de Crussol dit au roi "qu'il avait fort bien advisé de n'en faire que dix-huit et non pas vingt, car on les eût appelés les vins nouveaux, par allusion aux vins 'nouveaux de celle année qui étaient tous guinguets et ne valaient rien." [...] Antoine de Crussol joua, au début des troubles religieux du Midi, un rôle dont il faut chercher l'explication, d'abord dans son propre caractère, qui semble avoir été essentiellement modéré, pratique et conciliant, comme il convenait, d'ailleurs, à un si puissant personnage, et de l'autre, dans la politique de la Reine régente, la fameuse Catherine de Médicis, qui avait en lui toute confiance (Albin Mazon, Voyage autour de Crussol, 1888 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Antoine de Crussol).

 

Il s'agit plutôt de Henri de Clermont-Tonnerre (1540-1573) qui portra le titre de duc de Tonnerre (création en 1571 et 1572). Il était le fils d'Antoine III de Clermont (fils de Bernardin de Clermont et d'Anne de Husson) et de Françoise de Poitiers-St-Vallier (sœur de Diane de Poitiers). Antoine était le frère de Louise de Clermont qui avait hérité de Tonnerre, qui se remariera avec Crussol, et qui n'aura pas de descendance après elle.

 

A quinze ans, elle dĂ©clenche la passion d’Henri de Clermont Tonnerre, comte de Tonnerre : il est cĂ©libataire, est âgĂ© de vingt cinq ans, et commence Ă  se distinguer par son courage et son esprit. Il sera nommĂ© plus tard gouverneur du Bourbonnais et de l’Auvergne. En attendant, il fait partie de l’entourage du Louvre, et se dĂ©clare l’amoureux de RenĂ©e. Malheureusement, celle-ci l’éconduit. Il finira par se consoler en Ă©pousant cinq ans plus tard la petite fille de Diane de Poitiers, Diane de la Mark (www.logpateth.fr, fr.wikipedia.org - Henri Antoine de Clermont).

 

La guerre des trois Henri

 

Le soin d'Ă©lever un château sur le bord de la mer ne pouvait occuper longtemps une âme inquiète, avide d'Ă©motions, et ambitieuse d'une couronne. Le duc de Guise, dans ses loisirs, a tout observĂ©; il sait que Catherine, naguère si fière de la Saint-BarthĂ©lemy, la dĂ©savouĂ©e dans un traitĂ© passĂ© avec le duc d'Alençon, frère de Henri III, et que les catholiques se plaignent hautement d'ĂŞtre trahis, abandonnĂ©s par la cour; il sait que les principaux d'entre eux ont formĂ© une sainte ligue aux applaudissements de la cour de Rome et de Philippe II, et qu'ils n'attendent plus qu'un chef. Il retourne Ă  Paris : brave, magnifique, charmant, audacieux, il rĂ©unit tous les suffrages, et ce choix fait pâlir Henri III sur son trĂ´ne; dans sa terreur il veut lui disputer ce titre; il se dĂ©clare lui-mĂŞme chef de la Ligue !.... L'insensĂ© n'a point prĂ©vu que c'Ă©tait se mettre dans la dĂ©pendance d'un parti, tandis qu'en sa qualitĂ© de monarque il devait les dominer tous ! Il s'en forme trois dans le royaume : les politiques ou les royalistes, sous les ordres du roi de France, Henri III ; les huguenots, sous les ordres de Henri, roi de Navarre; les ligueurs sous les ordres de Henri, duc de Guise. La guerre qu'ils se dĂ©clarèrent fut appelĂ©e la guerre des trois Henri. «J'ai dĂ©gainĂ© l'Ă©pĂ©e contre mon maĂ®tre, dit le duc de Guise, je n'ai plus qu'Ă  en jeter le fourreau dans la rivière.» Il quitta la cour en 1585, s’écriant dans le Louvre mĂŞme, qu'il n'y rentrerait qu'en barbe grise, et se rendit Ă  Nancy, oĂą les principaux ligueurs se rĂ©unirent pour conspirer la chute de Henri III. Le duc d'Alençon, frère de ce monarque, Ă©tait mort empoisonnĂ©, dit-on, par son valet de chambre. AussitĂ´t le roi d'Espagne envoie au duc de Guise deux de ses agents secrets, pour le presser de s'emparer de la couronne; mais le prince leur fait cette rĂ©ponse remarquable : «Ni la gloire de mon nom, ni celle de mon père, ni mes services ne m'ont encore naturalisĂ© en France, qu'auprès du peuple et du clergĂ©. Les nobles ne sont point animĂ©s du mĂŞme zèle, et vous ne savez pas combien les parlements sont opiniâtres dans leur zèle pour les vieilles lois de la monarchie. J'opposerai Ă  Henri de Bourbon un prince de son sang. Ce prince est le vieux cardinal de Bourbon; ni l'Espagne, ni moi, nous n'en avons rien Ă  craindre. Le chef-d’œuvre de ma politique est d'avoir inspirĂ© quelque ambition Ă  une âme si paresseuse, et Ă  un esprit si bornĂ©.»

 

Tel fut, en effet, le fantĂ´me de roi que Guise avait choisi pour l'opposer Ă  celui qui a Ă©tĂ© notre Henri IV. L'Espagne, contrainte de s'en contenter, signa avec Guise un traitĂ© qui appelait le cardinal de Bourbon Ă  la succession de Henri III, et imposait Ă  la France d'humiliantes conditions. Le vieux cardinal prit son rĂ´le au sĂ©rieux, il publia un manifeste pour appeler les vrais fidèles aux urnes, afin que la sainte Église soit rĂ©tablie dans son ancien lustre. Henri III tremble, Guise lui dicte la paix de Nemours. Henri de Navarre ne peut contenir son indignation; il envoie un cartel au duc de Guise : «Ambitieux Ă©tranger, lui Ă©crit-il, Ă©pargnez des maux Ă  ma patrie. Je dĂ©pose la supĂ©rioritĂ© de mon rang, pour vous provoquer en champ clos. M. le prince de CondĂ© me servira de second contre le duc de Mayenne votre frère; car mon cousin et moi nous achèterions de notre sang le bonheur d'Ă©pargner au roi les peines que votre rĂ©bellion lui cause. Le ciel m'est tĂ©moin qu'en cela, mon unique dĂ©sir est de voir Dieu servi et honorĂ©, mon roi mieux obĂ©i, et le pauvre peuple en paix.» SĂ»r de sa renommĂ©e, et fidèle au projet d'une lente usurpation, le duc de Guise osa laisser ce cartel sans rĂ©ponse.

 

Henri III reconnut mal ce dévouement chevaleresque; il s'unit au prince qui l'avait insulté, pour combattre le prince qui voulait le venger. Cependant il ne lui donna pas le commandement de l'armée royale; il investit de cet honneur Anne de Joyeuse, un de ces jeunes seigneurs que l'histoire a flétris du nom de mignons. Le roi n'était pas fâché d'humilier le duc de Guise et de donner cette misérable satisfaction à la mémoire de Saint-Mégrin, l'un de ses favoris, dont on attribuait la mort à la maison de Lorraine (Jean Vatout, Souvenirs historiques des résidences royales de France, 1839 - books.google.fr).

 

Acrostiche : DPPA, doppia (italien)

 

Le poète Ausone qualifiait la ville d'Arles de "duplex", comme elle s'étendait de chaque côté du Rhône (Charles-Athanase Walckenaer, Géographie ancienne historique et comparée des Gaules cisalpine et transalpine, Volume 1, 1839 - books.google.fr).

 

La beautĂ© de RenĂ©e de Rieux fut cĂ©lĂ©brĂ©e par bien des poètes, dont Ronsard, J.A. De BaĂŻf qui lui dĂ©dia "l'Hymne de VĂ©nus" et Desportes (Madeleine Lazard, Gilbert Schrenck, Registre-journal du règne de Henri III, Tome 1 : 1574-1575, 1992 - books.google.fr).

 

La Vénus d'Arles (du nom du lieu de sa découverte) est une statue en marbre dégagée en 1651, lors de la fouille des vestiges romains proches du théâtre antique d'Arles. Elle représente probablement la déesse Vénus (mythologie) (fr.wikipedia.org - Vénus d'Arles).

 

De 1360 Ă  1410-1420, les Italiens sont nombreux et d'origines diverses (Siennois, Florentins, Lucquois, GĂ©nois, habitants de Prato, PiĂ©montais). Les GĂ©nois repartent, une fois leur cargaison chargĂ©e. Les PiĂ©montais, les Lucquois s'en vont une fois leurs affaires faites. Une partie des Florentins font de mĂŞme, d'autres restent Quelques-uns rĂ©sident tantĂ´t Ă  Avignon tantĂ´t Ă  Arles. Durant ces annĂ©es-lĂ , on est le nombre de Florentins prĂ©sents Ă  Arles ou en relation d'affaires avec elle : Altoviti, Gherardini, Sodarini, Scali, Ricci, Filicaia, Bonciani, Tornabuoni. Ils savent tirer parti des possibilitĂ©s offertes par le port maritime et fluvial et par les productions du territoire arlĂ©sien. Ils sont aussi attirĂ©s par les revenus de la fiscalitĂ© : prise Ă  ferme des gabelles, du pĂ©age, des revenus de la Rivière du RhĂ´ne. Les Altoviti et les Gherardini sont particulièrement actifs dans ce domaine (Louis Stouff, Arles au moyen-age, 2000 - www.google.fr, CĂ©sar de Nostredame, L'Histoire et chronique de Provence, 1614 - www.google.fr/books/edition).



[1] Dr Edgar Leroy, « Nostradamus Â», Jeanne Laffitte, 1993, p. 116

[2] Grand Larousse encyclopédique en XX volumes, 1970

[3] Pierre Brind’Amour, « Les premières centuries Â», Droz, 1996, p. 104

[4] ibid., p. 104

[5] ibid., p. 106

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