Chine et Venise

Chine et Venise

 

I, 8

 

1563-1564

 

Combien de foys prinse cité solaire

Seras, changeant les loys barbares vaines.

Ton mal s'aproche : plus seras tributaire :

La grand Hadrie reovrira tes veines.

 

La "cité solaire" pourrait désigner Pékin comme dans l'interprétation du quatrain V, 81 (métaphore de la chute de la muraille de Chine : fin de l'empire en Chine). A mettre en rapport avec "La Cité du Soleil" de Campanella qui faisait la promotion du communisme dont une forme fut appliquée en Chine après 1949.

 

Venise

 

"veines" est une anagramme de "venise".

 

En italien "Grand'Adria" désigne parfois Venise (Antonio Lavagno, Ode Istoriche, Et Geniali, Tome 2, 1697 - books.google.fr).

 

Venise et Campanella

 

Venise est surtout, remarque Campanella dans son commentaire suivant immédiatement ses vers dans la Scelta, une république qui n'a jamais été assujettie à quiconque, ni à l'étranger ni à un tyran : elle est l'incarnation de la liberté. Une liberté en l'occurrence déclinable : liberté politique, liberté des chrétiens face au péril turc, liberté de commerce dans le monde entier, liberté de l'Italie face aux prétentions des monarchies d'outremonts. Le dominicain ne consacre pas à Venise de travail spécifique - ni même de chapitre dans les Monarchies - sinon lors de quelques poèmes et lors de la rédaction des Antiveneti (1606) qui est un travail ponctuel étroitement lié à une conjoncture déterminée - l'interdit lancé contre Venise par Paul V en 1605 au nom d'un conflit juridictionnel.

 

La distinction entre les deux républiques tient à leur degré d'autonomie. Quand il est écrit que «Venise, elle, n'a jamais voulu accepter ni fiefs ni navigations dans des pays étrangers et plus puissants qu'elle» (cf. la fable du lion (espagnol) et de la brebis (vénitienne) qui refuse l'invitation du premier à faire du commerce dans les colonies espagnoles des Indes orientales et des Amériques, se contentant du peu qu'elle a), il est signifié au lecteur que Venise n'est pas Gênes qui a mis ses galères au service des Rois Catholiques et qui accepte de recevoir, en gage des nombreux prêts qu'elle leur fait et qui ne pourront jamais être remboursés, de nombreux fiefs dans le royaume de Naples dont est originaire Campanella.

 

Venise peut être un exemple d'indépendance préservée dans une péninsule soumise à la pax hispanica, mais aussi un exemple de force économique et commerciale.

Venise est aussi un exemple de régime politique puisque, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, le mythe politique - mis en place par Contarini qui lui a donné une forme achevée et transmissible dans toute l'Europe - est au sommet de sa force de propagande. Venise est le seul modèle de défense des valeurs républicaines par un régime thalassocratique, à l'exemple des cités grecques et contre la référence à l'Atlantide, thalassocratie guerrière, et contremodèle platonicien de la polis.

 

A l'incarnation de la liberté de longue durée (Venise) s'oppose la servitude vilement acceptée (Gênes). Mais Venise profite d'une fausse liberté selon Campanella qui invite tous les Etats italiens à s'unir autour du Pape contre l'Espagnol (Jean-Louis Fournel, La Cité du soleil et les territoires des hommes: Le savoir du monde chez Campanella, 2012 - books.google.fr).

 

La prospérité des Vénitiens venait du monopole qu'ils exerçaient sur la redistribution des produits importés d'Asie dans toute l'Europe. Mais ce trafic florissant, qui avait atteint son apogée vers le milieu du XVe siècle, était en déclin au XVIe siècle du fait des conquêtes ottomanes en Orient et de l'expansion portugaise dans l'Atlantique sud, l'océan Indien et la mer de Chine. Au XVIe siècle, l'opulence de Venise dépend ainsi des richesses accumulées au siècle précédent (Le paradis de Tintoret: un concours pour le palais des Doges : catalogue de l'exposition, 2006 - books.google.fr).

 

Son père exerçant la profession de teinturier de soie (tintore), le Tintoret (Jacopo Robusti, Venise, 1518-1594) reçut dans sa jeunesse le surnom de «petit teinturier» (Il Tintoretto). Le Tintoret devint le maniériste italien le plus important de l'école vénitienne (Victoria Charles, Klaus Carl, 1000 Dessins de Génie, 2014 - books.google.fr).

 

Tintoret [...], comme le peintre de Venise, fait le lien entre l'Orient et l'Occident, il représente la métaphore de la situation de "l'Europe victorieuse du désespoir" (Elie Faure, L'Arbre d'Eden) (Frédérique Toudoire-Surlapierre, Nicolas Surlapierre, Contremaîtres anciens. Le cas Thomas Bernhard, Les funambules de l'affection: maîtres et disciples, 2009 - books.google.fr).

 

Calendrier chinois

 

Dans quelques cas, les potiers dataient leurs pièces par un sytème plus traditionnel de désignation des années, le cycle sexagésimal du calendrier lunaire dont la première année serait 2697 av. J.-C. Depuis la dynastie des Zhou (1100-770 av. J.-C.), les Chinois utilisent les appellations des Dix Troncs Célestes et des Douze Rameaux Terrestres pour désigner les années. Ainsi la première année du cycle récurrent de soixante années est-elle désignée sous le nom de jia-zi (ou année du Rat). Font alors partie de cette série, les années 1204, 1264, 1324, 1444, 1504, 1564, 1624, 1684, 1744, 1804, 1864. On pouvait trouver, par exemple, sur deux colonnes et en huit caractères, la marque suivante : da ming chenghua yuan nian yi-you = «fabriqué pendant la première année du règne de Chenghua de la grande dynastie des Ming à la période yi-you». La lecture de la table de correspondance fait alors apparaître la 22e année du cycle sexagésimal, soit l'année (grégorienne) 1465, comme la seule qui convienne au règne de Chenghua (Michel Culas, Grammaire de l'objet chinois, 1997 - books.google.fr).

 

1564 en Chine

 

Che Tsoung ne tarda pas à tomber entre les mains des bonzes taoïstes qui lui promettaient l'élixir d'immortalité ; il détruisit les temples bouddhistes de la capitale (1536) et négligea complètement les devoirs que lui imposait sa haute situation. Il s'en repentit sur son lit de mort (Henri Cordier, Histoire générale de la Chine et de ses relations avec les pays étrangers, 1920 - books.google.fr).

 

Un petit-fils de Hientsong, l'empereur Che-tsoung, lui succéda en 1522. Son règne fut marqué par les ravages des Tartares au nord de la Chine, et trois invasions japonaises qui furent repoussées. Son testament contient la curieuse confession que voici : «Pendant quarante-cinq ans j'ai occupé le trône, et il y a eu peu de règne aussi longs. Mon devoir était de révérer le ciel et de prendre soin de mes peuples ; cependant, je me suis laissé tromper par des imposteurs qui m'avaient promis l'immortalité. Cette erreur m'a conduit à donner le mauvais exemple aux grands et au peuple. Je désire réparer le mal par cet édit, qui sera publié après ma mort par tout l'empire.» En dépit de cet aveu de faiblesse, on lui doit la construction, en 1524, de la partie de Pékin connue aujourd'hui sous le nom de ville chinoise, au sud de la ville tartare. Il la fit entourer de murs en 1564. Son fils Moutsong régna de 1566 à 1573, sans événements notables. Ouan-li, fils de Moutsong, fut moins heureux. Des révoltes et des invasions japonaises vinrent troubler son règne. C'est en 1560 que les Portugais prirent pied à Macao où ils obtinrent des autorités locales la permission d'établir un dépôt de marchandises. Environ vers le même temps, les Espagnols s'étaient emparés des Philippines où ils avaient trouvé une colonie chinoise, qui se développa rapidement, au point de leur causer des inquiétudes. En 1602, trois mandarins vinrent aux Philippines  avec une mission qu'ils ne surent pas expliquer, apparemment parce que les Espagnols n'entendaient pas le chinois, non plus que les Chinois n'entendaient l'espagnol. L'imagination méridionale aidant, les Espagnols prirent la détermination de supprimer les Chinois, comme soupçonnés d'esprit de révolte. Une Saint-Barthélemy fut résolue, et en quelques mois plus de vingt mille Chinois furent massacrés. Les Espagnols remercièrent saint François de leur succès. Ils avaient ruiné leur colonie, qui devait sa prospérité au travail des Chinois (Émile Bard, Les Chinois chez eux, 1901 - books.google.fr).

 

Nous devons maintenant rendre compte de quelques événemens qui paroissent revêtus de la certitude, parce qu'ils sont arrivés dans un temps où l'histoire étoit absolument un, cahos d'absurdités et de mensonges mêlés de peu de vérités. En 820, après notre ère, un misérable empereur de la Chine, nommé Hien-song, prit le breuvage de l'immortalité, et expira plus promptement que si l'on eût percé son cœur avec un poignard; ce qui a fait soupçonner que les eunuques, qui étoient alors les vrais souverains de l'empire, avoient répandu du venin dans sa coupe; mais ce soupçon, que je ne sens pas beaucoup de répugnance à admettre, n'est cependant point absolument fondé. Car une potion de cette nature a pu être extraite d'herbes malfaisantes et de drogues, que ceux qui les employèrent ne connoissoient pas. Et cela est d'autant plus croyable, que trente ans après ce fatal accident l'empereur Suen-tsong, qui but encore une liqueur semblable, en contracta une maladie qui ie conduisit au tombeau à pas précipités; et on croit que l'empereur Wou-tsong en étoit mort aussi en 846. Ces faits éclatans, parvenus à notre connoissance, peuvent donner une idée de ce qu'il doit y avoir eu d'hommes obscurs parmi le peuple empoisonnés par cette manie, qui étoit dans sa force lorsque les Tartares Mongols envahirent la Chine; et comme ces conquérans firent tout ce qu'il fut possible pour policer leurs nouveaux sujets, il y a bien de l'apparence qu'ils recherchèrent les livres qui traitoient du breuvage de l'immortalité, et les firent jeter au feu: quoique de certains chroniqueurs prétendent qu'on ne brûla ces ouvrages, vraiment dignes de l'être, qu'en 1388; ce qui n'est nullement probable, et il y a en cela une erreur de quelques années; car dès que la dynastie des Yuen fut éteinte et la domination des Tartares Mongols anéantie, les Chinois recommencèrent à travailler à leur élixir : en 1564 l'empereur Kia-tsing le but, en mourut, et c'est là la dernière victime dont l'histoire nous ait conservé le nom (Cornelius de Pauw, Recherches philosophiques sur les égyptiens et les chinois, traduit par Jean-François Bastien, Tome 1, 1794 - books.google.fr).

 

La dynastie tartare des Yuen est renversé en 1368 par les Ming Chinois elle-même remplacée par les Mandchous Quing en 1644 (cf. quatrain II, 36 : révolte de Li Tcheng).

 

Quant aux taoïstes, "ils disent qu'un homme peut devenir immortel (ou vivre très longtemps) par l'absorption de sang menstruel appelé “jus rouge yin”, et qu'il convient de boire directement à la source : la vulve de la femme. Les sages chinois pensent ainsi que ce précieux élixir est l'essence de la Terre mère qui donne naissance à toute forme de vie. L'empereur jaune Huangdi serait, d'après cette mythologie, devenu un dieu après avoir bu le sang menstruel de 1200 femmes" (Élise Thiébaut, Ceci est mon sang: Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, 2019 - books.google.fr).

 

Le temple du soleil

 

Le temple du Soleil (Je t'an) s'élève en dehors de Pékin à quelque distance de la porte Ts'i hoa men; une longue avenue réservée à l'empereur permet d'y accéder. Ce temple fut construit en 1531 par Kia tsing (Jia Jin). L'autel du Soleil est un tertre carré, haut de 5 pieds 9 pouces, d'un seul étage, à quatre escaliers de 9 marches. Il est entouré d'un mur circulaire de 765 pieds de circonférence et haut de 18 pieds 1 pouce, sur une épaisseur de 2 pieds 3 pouces. L'autel est orienté à l'ouest; c'est pourquoi il y a deux portes de ce côté et une porte seulement de chacun  des trois autres côtés. Cet autel a ses foyers avec chaudière, ses puits, ses fourneaux, comme les autres ; il a ses cuisines et magasins, ainsi que ses étables au nord-est et son magasin d'habillements au nord-ouest (Charles de Harlez, La religion et les cérémonies impériales de la Chine moderne d'après le ceremonial et les décrets officiels, 1894 - books.google.fr).

 

"tributaire"

 

L'expression "plus tributaire" sans négation est ambiguë : "encore plus tributaire" ou "plus du tout tributaire".

 

La victoire des lettrés sur les eunuques, c'était nécessairement la fin des voyages; une fin d'autant plus radicale que, pour mieux prévenir la tentation de les recommencer un jour, on essayait d'en abolir jusqu'au souvenir en faisant brûler, vers 1480, quantité de documents et de relations concernant les grandes navigations du début du siècle, qui n'étaient, au dire de Liou Ta-sia, que «trompeuses exagérations de choses bizarres trop éloignées du témoignage des yeux et des oreilles des gens». Afin de préserver son orthodoxie ou la pureté de son style, la Chine confucéenne choisissait de ne plus se commettre avec la mer et de laisser décliner sa marine. Choix de grande conséquence, car il entraîne fatalement une réduction progressive du système tributaire, tandis que le commerce proprement dit ne diminue pas, lui, bien au contraire. Le premier s'affaiblit du fait même que, dans l'esprit des autorités de Pékin, les relations avec les Barbares d'outre-mer restent étroitement liées aux usurpations de pouvoir et aux « extravagances » des eunuques et que le discrédit qui s'attache aux unes rejaillit sur les autres, malgré tout ce qu'avait de flatteur l'hommage rendu à l'Empereur par tant de contrées éloignées. D'autre part, l'emprise chinoise se relâchant, les prétentions à la suzeraineté n'étant plus appuyées par des démonstrations navales périodiques, les liens se distendent avec des vassaux dont le zèle ne manque pas de se relâcher également. Ou bien ils perdent l'habitude d'envoyer le tribut et la liste des pays tributaires se raccourcit au cours des XVIe et XVIIe siècles : des États ou des principautés qui y étaient compris au XVe, comme le Japon, les Philippines, le Cambodge, Java, Atchin (Atjeh) et Samudra dans l'île de Sumatra, ou Pahang en Malaisie, n'y figurent plus au temps des Ts'ing. Ou bien ils travestissent le sens du tribut en en faisant le masque de leurs intérêts commerciaux : c'est ainsi que, toujours sous les Ts'ing, le nombre des ambassades augmente bien que celui des contrées tributaires diminue - il atteint 216 entre 1662 et 1761, 255 entre 1762 et 1861, et dépasse largement la cadence réglementaire - , cette multiplication étant le signe qu'elles procèdent beaucoup moins de la soumission rituelle que du désir de trafiquer Le mythe demeure intangible, mais la réalité s'effrite sous lui et fait place à une sorte de prostitution du tribut, que les autorités tolèrent en fait, tout comme elles tolèrent que, malgré des interdictions répétées, notamment en 1432, 1449 et 1452, les marins et les marchands chinois continuent à naviguer en fraude vers l'Archipel ou vers Malacca et s'habituent à constituer, avec la complicité des mandarins locaux, un monde en marge des lois et plus ou moins mêlé de piraterie. Dans la dualité qui s'instaure définitivement, surtout à partir du règne de Kia-tsing (1522-1566), tout ce que peut faire le gouvernement, c'est de s'évertuer à maintenir strictement la distinction entre qualitatif et quantitatif, entre tribut et marchandise (Louis Dermigny, La Chine et l'Occident: Mythe et réalité de la Chine. Le temps des compagnies, 1964 - books.google.fr, Serge Gruzinski, L'Aigle et le Dragon: Démesure européenne et mondialisation au XVIe siècle, 2012 - books.google.fr).

 

Soie en Italie

 

On peut remarquer que "seras" est l'accusatif pluriel de "sera", la soie, invention chinoise. Ptolémée donne le nom de Sérique à la Chine, ainsi que celui de Sinae (Ernest Pariset, Histoire de la soie, Volumes 1 à 2, 1862 - books.google.fr).

 

Adria, port de l'Adriatique, fut célèbre pour ses tissus de soie à partir du XIIIe siècle (Jules Horrent, Cantar de Mio Cid - Chanson de Mon Cid. Tome I: Textes., 1982 - books.google.fr).

 

Nous ne savons combien de temps l’industrie de la soie resta stationnaire en Sicile, je veux dire tarda à en sortir et à s'étendre dans Fltalie continentale; mais il paraît que ce furent les Lucquois qui l'exercèrent tout d’abord, à moins que l'on ne veuille voir, dans quelques passages où il est fait mention des pailes d'Adria, et dans un décret de l'an 1248 , qui concerne des draps d’or, des pourpres et des cendaux, un indice de manufactures qui auraient existé dans cette ville et dans la capitale de l'ancienne république de Venise , antérieurement au xlv- siècle. A cette époque, s’il faut s’en rapporter à un écrivain italien publié par Muratori, les ouvriers en soie, échappés de Lucques en 1311+, se dispersèrent dans toute l’ltalie, et portèrent leur industrie à Venise, à Florence, à Milan et à Bologne. Ce qu’il y a de certain, c'est que-nous voyons en 1367, le conseil de cette dernière ville favoriser l’établissement de travaux hydrauliques sur le Reno, destinés au nettoyage du fil de soie. Ce furent, dit-on, quatre familles lucquoises qui montèrent les premiers métiers de soieries à Venise; et durant les troubles que les factions élevèrent à Lucques, vers 1309, trente-sept autres les y suivirent.

On doit sans doute entendre par là que ces fugitifs perfectionnèrent à Venise les procédés de l'art; car nous venons de voir, par un titre authentique, que plus de soixante ans auparavant il se fabriquait à Venise des draps d’or et des étoffes de soie, si toutefois, comme on n'en peut douter, parmi et cendati doivent s’entendre, dans cet acte, de tissus de soie. Toujours est-il que, de bonne heure, les Vénitiens fabriquèrent ce qu’ils se bornaient autrefois à vendre au reste de l’Europe (Francisque Michel, Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent et autres tissus précieux: en Occident, principalement en France pendant le Moyen Age, Tome 1, 1852 - books.google.fr).

 

En 1563, Venise permettait à la ville de Bergame de planter des mûriers dans le pré Saint-Alexandre qui servait à la foire annuelle et à l'exposition des armes, et dans l'année suivante Tronchet planta des mûriers à Nîmes (Gabriel Rosa, Histoire de la culture du ver à soie en Europe, traduit par Baptiste Melzi, Journal de l'agriculture de la ferme et des maisons de campagnes, Tome 1, 1870 - books.google.fr).

 

Les veines du dragon

 

Au IXe siècle, le Tong-King était administré par un gouverneur chinois nommé Cao-Bien, qui était magicien ; il évoqua la foudre pour débarrasser le fleuve des écueils qui entravaient la navigation, ou, suivant l'expression annamite, pour ouvrir les veines du dragon, et c'est  le sang du dragon foudroyé qui, depuis lors, teint en rouge les eaux du fleuve. La foudre de ce magicien n'était autre que la poudre déjà connue des Chinois, et que la coloration des eaux est due aux minerais de fer dans lesquels se creuse le lit du Sông-thao (Adrien Launay, Histoire ancienne et moderne de l'Annam - Tong-King et Cochinchine, depuis l'année 2700 avant l'ère chrétienne jusqu'à nos jours (1884), 2016 - books.google.fr).

 

Il y a d'abord tout un faisceau mythologique où le dragon est compris comme un être de l'eau menaçante, une eau dangereuse parce qu'on ne connaît pas ses réelles limites, son parcours, sa source. Ainsi le dragon hante-t-il les lacs et surtout les marais, comme on le lit déjà dans Beowulf et dans nombre de légendes en Europe centrale ou slave. Dans le folklore français, le dragon apparaît en chaque lieu où l'eau menace les habitations humaines, comme dans la « presqu'île » de Poitiers entourée de marécages, comme dans les gorges du Tarn et de l'Isère, le mont Gargan et même les faubourgs parisiens (eux aussi marécageux) de Saint-Marcel ; le mot drac, la racine garg (gosier), que l'on trouve en maints endroits, rendent témoignage de ce lien entre sites menaçants et bêtes monstrueuses du type dragon. Enfin, ce n'est pas un hasard si les villes italiennes qui ont le plus intensément vénéré saint Georges furent les villes de tout temps menacées par l'eau, celle des marais (comme Ferrare) ou celle des lagunes (comme Venise). Mais à l'eau menaçante s'associe le trou dans la terre où cette eau, soit dort maléfiquement, soit gronde dangereusement. A l'eau menaçante s'associe donc le motif de la terre ouverte. C'est la Malagrotta pestifére des légendes italiennes - notamment celle, fort célèbre, de saint Sylvestre. C'est la montagne creuse, la caverne si bien évoquée par Uccello, mais aussi par Jacopo Bellini, entre autres, qui donna dans un dessin du Louvre une magnifique version de l'anfractuosité et de la «terre ouverte». Celle-ci, donc, loin d'offrir un décor ou un « fond », peut être considérée comme faisant partie intégrante - fût-ce par métonymie - du corps du dragon, au point que l'on a pu parler d'une équivalence allégorique, voire d'un engendrement du dragon par le lieu lui-même, le lieu «sécrétant en quelque sorte le monstrueux» (Saint Georges et le dragon: versions d'une légende, 1994 - books.google.fr).

 

Les grands travaux lancés par le gouvernement vénitien à partir des années 1440 sur les cordons littoraux, fondés sur l'importation de pierres d'Istrie, pouvaient devenir à terme un débouché régulier pour les carrières des monts Euganéens et favoriser dans un premier temps joué par des entrepreneurs de Monselice et de Padoue. Les contacts réguliers noués par ces marchands et transporteurs sur la place de Venise amenèrent après 1485 les ermites de Saint-Jérôme, maîtres des lieux, à confier la gestion de l'ensemble des carrières à un seul titulaire, chargé de l'extraction, de la vente, du transport et de tous les frais d'entretien. Dans ce secteur comme en d'autres, on constate que des familles du patriciat vénitien, comme les Bembo et les Marcello, pénétrèrent en force dans les circuits économiques de la Terre Ferme ; elles ne purent cependant déloger de leurs positions les entrepreneurs de Monselice, de Battaglia et d'autres bourgades du Padouan. C'est la puissance publique qui vint, au nom de l'intérêt commun des Vénitiens, rompre les réseaux du clientélisme local, lorsque la magistrature sur les Eaux introduisit en 1568 la procédure d'adjudication au mieux disant, privant soudain les religieux de la liberté de convention et des avantages qu'ils se faisaient reconnaître en fournitures et en travail forcé. Désormais le concessionnaire traitait avec l'État, s'engageant à fournir une quantité fixée de matériau stratégique et à maintenir à ses frais un niveau constant de circulation dans le canal creusé en 1564, reliant la zone de Lispida à la lagune  (Pierre Braunstein, compte rendu de "Il comprensorio minerario e metallurgico valsassinese, materiali" par M. Tizzoni, Annales, Volume 53, 1998 - books.google.fr).

 

Nel settembre del 1564 si appura che Bonifacio Cocco, conduttore delle cave del Lispida e «merchadante» dei sassi da lido, «è mancato all'obbligo suo di dar burchi 300 all'anno a cagione della poca acqua dell'alveo del canal» (Maria Chiara Billanovich, Attività estrattiva negli Euganei: le cave di Lispida e del Pignaro tra Medioevo ed età moderna, 1997 - books.google.fr).

 

Il semble que ce Canal soit comme la grande veine, qui par quantité de petits rameaux entretient, & rafraîchit toutes les moindres parties du vaste corps de cette ville (Alexandre Toussaint Limojon de Saint-Didier, La ville et la république de Venise, 1685 - books.google.fr).

 

Tous les traités anatomiques de Bartolomeo Eustachi ont été publiés dans le volume Opuscula anatomica, Venise, 1564, ouvrage très rare, réimprimé à Leyde en 1707 (Mirko Dražen Grmek, Bernardino Fantini, Histoire de la pensée médicale en Occident, Tome 2, 1997 - books.google.fr).

 

Eustachi se révèle un observateur de l'anatomie humaine hors pair. On lui doit une foule de découvertes anatomiques concernant les os, les muscles, les nerfs, les veines (fr.wikipedia.org - Bartolomeo Eustachi).

 

"lois vaines" : vanae leges (Horace)

 

Horace voyant la corruption romaine & les foibles digues que lui opposoit la législation, s'écrioit : Quid leges fine Moribus vanae proficiunt ? (Ode III, 24) (L'année littéraire, 1779 - books.google.fr).

 

Dans cette Ode, il parle des trésors de l'Arabie et des richesses de l'Inde. Il parlera des Sères dans l'ode 29 du même livre III. Horace dit à Mécéne à qui est adressée cette Ode qu'il se tourmente  un peu trop pour mettre Rome à couvert des choses dont elle n'était point menacée (Oeuvres d'Horace, Tome I, 1733 - books.google.fr).

 

Denis le Chartreux reprend cette idée concernant les lois des Sarrasins et des Tartares (D. Dionysii Carthusiani Enarrationes piae ac eruditae in IIII Prophetas Maiores: Esaiam fol. 1, Hieremiam fol. 159, Ezechielem fol. 285, Danielem fol. 373, 1534 - books.google.fr).

 

Il n'est pas un historien qui puisse sérieusement aborder la question de la pensée catholique aux XVe et XVIe siècles, sans évoquer la figure prépondérante de Denys le Chartreux (mort en 1471 au Pays-Bas), celui que l'on a souvent appelé depuis le dernier des scolastiques (Christophe Bagonneau, Chroniques de l'extase de Denis le Chartreux, 2000 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Denys le Chartreux).

 

Les deux odes en question sont en rapport avec Mécène, ministre d'Auguste, et ami d'Horace, qui aimait le luxe.

 

L'ode III, 29 trahit l'intention manifeste de censurer le «snobisme» urbain et d'exalter la vie frugale qui comble les désirs naturels en dissipant l'inquiétude ; l'allure sentencieuse des vers dénonce le dogme épicurien. […]

 

Désarmé, le législateur impitoyable est tiraillé entre l'impuissance relative et le refus vertueux de laisser faire. Horace, ennemi de la tyrannie morale a tiré les mêmes conclusions et appuyé en vers la «campagne» de son [voluptueux] ami Mécène dans l'ode III, 24 : sous couleur de réclamer des châtiments, il trouve moyen d'ajouter... Quid leges sine moribus uanae proficiunt ? (Jean-Marie André, Mécène: Essai de biographie spirituelle, 1967 - books.google.fr).

 

Les Sères et les Indiens, Seres et Indi (Odes I,12 et III,29), sont les derniers peuples qu'Horace signale vers l’Orient. Les Sères habitaient les vallées de la grande et petite Boukharie, régions où s’étaient arrêtées les conquêtes des souverains grecs de la Bactriane. Virgile et Horace sont les plus anciens auteurs qui fassent mention des Sères. Notre poëte parle de leur habileté à lancer des flèches. Virgile nous apprend que ces peuples recueillaient de dessus les feuilles des arbres et par le moyen d’un peigne une toison très-fine, qu’il confondait avec la soie, ce qui montre de la part du poëte une ignorance complète de la manière dont on se procurait cette dernière substance. Nous avons vu qu’Horace représente, dans une de ses odes, une femme riche et savante, ayant près d’elle, sur des coussins de soie, les livres des stoiciens. La soie, venant d'un pays si éloigné et à travers tant de peuples ennemis, était fort chère à Rome, et c'était au temps d'Horace un luxe assez récent. On regarda comme un acte de prodigalité inouïe que Jules César eût fait étendre des voiles de soie au-dessus de l'amphithéatre, pourmettre les spectateurs à l'abri du soleil. Dion, en racontant ce fait, nous apprend que l'usage de la soie qui s'était répandu parmi les dames romaines était une imitation du luxe des Barbares, et par ce mot Dion entend les nations de l'Orient, les Syriens, les Parthes, les Indiens indistinctement (Charles Athanase Walckenaer, Histoire de la vie et des poésies d'Horace, Tome 2, 1858 - books.google.fr).

 

L'ode Contre les auaricieux flétrit l'amour immodéré des richesses, en opposant le néant des biens terrestres à la certitude de la mort imminente, qui apporte aux pauvres la délivrance et aux riches la peine de leur insatiable soif de l'or. Dans la première partie Ronsard a utilisé six pièces d'Horace au moins : l’Ode III, 24 Intactis opulentior (intitulée In divites avaros) dont le début et les vers 47-50 sont devenus les strophes 1 et 6 ; l'épître I, 1 Prima dicte mihi, dont les vers 42-46 ont donné la strophe 2 ; l'Ode II, 16 Otium divos rogat dont les vers 9-25 se retrouvent dans les strophes 3, 7, 9 et 10 ; l'Ode III, 16 Inclusam Danaen, dont les vers 17-18 ont donné la strophe 4 l'Ode III, 1 Odi profanum vulgus, dont les vers 25-30 et 37-40 se retrouvent dans les strophes 3 et 7 ; l'Ode II, 2 Nullus argento color, dont les vers 13-16 ont suggéré la strophe 87 ; La seconde partie, depuis : «Et toi, vieillard du sépulcre oublieus...» est faite de deux odes que Ronsard a mélangées : Non ebur neque aureum (vers 17 à 19, 29 à la fin) et Odi profanum vulgus (vers 33 à la fin). C'est un des exemples les plus curieux de contamination (Paul Laumonier, Ronsard, poète lyrique: étude historique et littéraire (1932), 1997 - books.google.fr).

 

Trois poèmes du Mespris du Monde, publié à Besançon en 1594, évoquaient la Chine, «où le marinier fait voiles à Canton» comme l'ultime destination possible d'un voyage par mer, dans une allégorie de la vie mondaine et des tribulations de l'homme inquiet: Single depuis la France au royaume Turquesque, De là va visiter les murs de Suntien Et des fiers Japponois le royaume ancien. Dans le sonnet CLXXXII, Chassignet avait pris à Mendoza la référence précise à Suntien, Tsoug-Tien ou Shun-t'ien-fu, «la plus grande du monde», que Marco Polo appelait Quinsay. L'allusion combinée aux Chinois et aux Japonais avait déjà été annoncée dans le sonnet CXXXVI: Tiens dans tes pors guerriers cent mille flottes prestes Pour escorner l'orgueil des arrogans Chinois Et, mettant sous le joug les felons Japponois, Despouiller les thresors des terres plus secrettes, elle provenait peut-être des Advis du Iappon, avec quelques autres de la Chine des années, publiés en 1587, à Dole, où Chassignet avait étudié. Son parallèle était, lui aussi, adapté des premiers chapitres de Mendoza, remplis d'histoires de pirates. Chassignet définissait les caractères des nations, le Chinois « arrogant » et le Japonais « félon », et il fondait en lieux communs durables leur typologie. Néo-stoïcien et disciple de Ronsard, dont l'ode «contre les avaricieux» était l'inter-texte discret de ses trois poèmes («Pourquoy irai-je aux Indes voyager»), il lisait les lettres des Pères et le traité de Mendoza au rebours de leur intention édifiante et de l'intérêt qu'offrait leur documentation (J. Balsamo, Les premières relations des missions de la Chine et leur réception française (1556-1608), Nouvelle revue du 16e siècle, Numéro 16, Partie 1, 1998 - books.google.fr).

 

Juan González de Mendoza (né à Torrecilla en Cameros en 1545, mort le 14 février 1618) est un prêtre espagnol, auteur de la première description de la Chine depuis le Livre des Merveilles de Marco Polo (fr.wikipedia.org - Juan Gonza1lez de Mendoza).

 

Le nom de Mendoza résonne dans le latin Mendosus qui par ce fait pourrait avoir une interprétation littéraire (cf. quatrains IX 45 et IX, 50 mis en relation avec Ronsard : Mendosus "anagramme" de Vendosme).

 

Né à Besançon en 1571 et mort à Gray en 1635, Jean-Baptiste Chassignet est le fils d’un médecin. Il reçoit une formation humaniste, étudie le droit à l'université de Dole où il obtient son doctorat, ce qui le mène à une carrière d’avocat fiscal et de conseiller au bailliage de Gray. Attaché à sa province, il publie des travaux d’histoire locale. Mais dès l’âge de vingt-trois ans, il achève l’immense suite de sonnets, au nombre de 434, qui a pour titre Le Mépris de la vie et Consolation contre la mort. Ce sont des sonnets souvent admirables et très représentatifs de la sensibilité de l’époque par leur ardeur sombre qui unit, par ses images, violent réalisme, âpreté du ton, ferveur mystique. C'est une œuvre édifiante et monstrueuse, fruit de l’angoisse d’un jeune humaniste, catholique fervent et moraliste obsédé par la mort et par la vanité du monde (www.franche-comte.org).

 

Luxe et immortalité

 

Le luxe n'est pas un objet à contempler ou à utiliser, il est un instrument magique facilitant l'accès à la vie éternelle. Le luxe devient alors un moyen de communiquer avec les esprits et les dieux. [...] Si le luxe sacré permettait de s'allier les dieux, le luxe «profane» permet de s'allier les hommes voire les pays. L'échange de produits vise à instituer la «reconnaissance réciproque» au travers de cycles d'échange de présents, à tisser un lien social et à établir des rapports d'alliance entre groupes étrangers. Le luxe est dirigé par la volonté de paix entre les dieux et l'homme et d'harmonie entre les hommes. C'est l'esprit qui dirige la politique d'envoi de tributs des peuples entre l'Empire céleste et les autres peuples. La prégnance des guanxi dans la culture chinoise sauf lorsqu'elle est interdite de manière coercitive alimente cette forme de luxe (Jacqueline Tsai, La Chine et le Luxe, 2008 - books.google.fr).

 

L'Infant Henrique de Portugal envoya son frère en Abyssinie pensant que le souverain chrétien de cet empire n'était autre que le Prêtre Jean. C'est pour les mêmes raisons « imaginaires » que le Premier Empereur « historique » de Chine, Qin Shihuangdi (221-206 av. J.-C.) fasciné et obsédé par les légendes relatives aux Iles Merveilleuses, envoya une fameuse flotte, commandée par un magicien taoïste, embarquant deux mille artisans de tous métiers et une cargaison de garçons et jeunes vierges, pour trouver ces Îles des Immortels où tout est « luxe, calme et volupté » et lui rapporter, bien sûr, l'elixir d'Immortalité... Ces projets parallèles, aux antipodes géographiques l'un de  l'autre, laissent penser que le but avant tout « désintéressé », à bénéfice purement « imaginal » - selon un adjectif cher à Corbin indiquant par là un imaginaire supérieur, à but et résultat spirituels - n'est autre qu'un archétype du voyage qui hante « à plus haut-sens » la plupart des grandes cultures (Chaoying Sun, Rabelais: mythes, images, sociétés, 2000 - books.google.fr).

 

Le modèle du voyage pantagruélique est en partie emprunté aux Argonautiques recensées par Apollonios de Rhodes, à l'Odyssée décrivant les épreuves d'Ulysse dans sa navigation de retour à Ithaque, à l'Enéide qui chante l'errance initiatique d'Enée après la chute de Troie sa patrie. Mais Rabelais ne devait pas être étanche aux découvertes géographiques de son époque. 

 

Le grand luxe que Venise déploie avec une magnificence incroyable au seizième siècle, c'est le luxe public avec ses palais ses églises, ses cérémonies, ses fastueuses solennités. La fin du quinzième siècle et le seizième donnent à ces travaux de la grande république une originalité, une splendeur qui font encore de cette ville déchue l'admiration du monde entier. Si déjà Commines, frappé des beautés originales de cette ville, appelait le grand canal «la plus belle rue et la mieux maisonnée du monde», combien le seizième siècle ajoute à ces merveilles ! Le marbre blanc venu d'Istrie, le porphyre et la serpentine brillent dans les constructions, en décorent les façades. On admire dans l'intérieur les planchers dorés, les cheminées ciselées, toutes les richesses de la plus brillante ornementation. Venise étale alors dans leur fraîche splendeur ses plus beaux palais nouvellement bâtis (Henri Joseph Léon Baudrillart, Histoire du luxe privé et public, Tome 3, 1880 - books.google.fr).

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