Chine et Venise

Chine et Venise

 

I, 8

 

1563-1564

 

Combien de foys prinse cité solaire

Seras, changeant les loys barbares vaines.

Ton mal s'aproche : plus seras tributaire :

La grand Hadrie reovrira tes veines.

 

La "citĂ© solaire" pourrait dĂ©signer PĂ©kin, avec son temple du soleil, ou Moukden en Mandchourie, comme dans l'interprĂ©tation du quatrain V, 81 (mĂ©taphore de la chute de la muraille de Chine : fin de l'empire). A mettre en rapport avec "La CitĂ© du Soleil" de Campanella qui faisait la promotion du communisme dont une forme fut appliquĂ©e en Chine après 1949.

 

"citĂ© solaire" : Moukden, Ville du Soleil

 

C'est TaĂŻ-Tsou, le puissant chef de hordes tartares, qui choisit en 1626 d'installer sa capitale Ă  Moukden. Une citĂ© très ancienne existait dĂ©jĂ , qui avait portĂ© diffĂ©rents noms au cours des temps : le «lieu qui assure la sĂ©curitĂ© aux peuples de l'Orient» (Ngan-Toung-Tou-hou-fou), la «Cour orientale, le «Chemin du Soleil», la «Ville du Soleil» (Cheng-yang-lou, Cheng-yang-ouei) la «Cour au-dessus de toutes les Cours» (Cheng-king). La fonction de ville impĂ©riale fut Ă©phĂ©mère. Quand les Mandchous devinrent maĂ®tres de la Chine, quelques dĂ©cennies plus tard, ils transfĂ©rèrent leur capitale Ă  PĂ©kin (1644). Si le palais impĂ©rial subsiste Ă  Moukden, le temps de la splendeur est passĂ©, mais l'âme chinoise y respire encore, «l'âme de la vieille Chine qui conquiert ses conquĂ©rants, les enveloppe tous, Mongols, Mandchous, Tartares coureurs de grand steppe, dans le rĂ©seau tĂ©nu de sa vie minutieuse et sage» (Alexandra Myrial) (JoĂ«lle DĂ©sirĂ©-Marchand, Alexandra David-NĂ©el, vie et voyages: itinĂ©raires gĂ©ographiques et spirituels, 2009 - books.google.fr).

 

La ville de Moukden est prise par les Mongols de Jebe sur les Jins par stratagème après simluation d'une fuite de leur armée, en 1212 (John Man, Genghis Khan: Life, Death, and Resurrection, 2013 - books.google.fr).

 

Après que les Ming eurent refoulé, en 1368, le gouvernement du Grand Mongol et occupé la portion méridionale de la Mandchourie, plusieurs centaines de mille Chinois s'installèrent dans la vallée du Liao; mais quand les Mandchous entreprirent une guerre de longue durée contre la dynastie des Ming, la plupart de ces Chinois regagnèrent leurs provinces d'origine pour assurer leur sécurité. La dynastie mandchoue, après qu'elle eut détruit la dynastie des Ming, prit d'ailleurs des mesures draconiennes afin d'exclure les Chinois de la Mandchourie. Personne ne pouvait pénétrer en Mandchourie sans montrer une forme primitive de passeport appelé «Lu-piao», à la frontière qui était située à Shanhaikwan. Cette mesure et d'autres lois d'exclusion existèrent en fait jusqu'en 1905. Elles furent alors annulées par le Gouverneur militaire de Moukden. Jusqu'à cette époque, beaucoup de Chinois, principalement des provinces de Shantung et du Chihli, pénétraient en Mandchourie par voie de mer. Ils débarquaient sur les lieux où s'élèvent aujourd'hui Newchwang et Port-Arthur, et remontaient le Yalu sur des jonques. Le nombre des émigrés chinois augmentait ainsi peu à peu. [...]

 

Le pouvoir des Ming ne s'Ă©tendit jamais au delĂ  de l'actuelle province de Moukden (Minami Manshu Tetsudo Kabushiki Kaisha, Second rapport sur l'evolution en Mandchourie jusqu'en 1930, 1932 - books.google.fr).

 

Nurhachi

 

Nurhachi naquit en 1559. Sa famille trouvait son origine dans une région qui fait aujourd'hui partie de la Corée du Nord. Selon des sources chinoises, le jeune homme passa ses premières années comme soldat à Fushun, où il apprit le chinois. En 1582, son père Taksi et son grand-père Giocangga furent tués lors d'une attaque par un chef Jurchen rival, Nikan Wailan, alors qu'il était conduit par le général chinois Li Chengliang, au service de la dynastie des Ming.

 

L'unification des mandchoues Jurchen réalisée par Nurhachi constitue la base des succès remportés par ses successeurs. Huang-Taiji, l'un de ses fils, lui succède et réforme l'organisation de l'armée manchoue en créant en particulier un corps d'artillerie, brisant ainsi la résistance des armées chinoises de la dynastie des Ming. Ceci permet au successeur de Huang-Taiji, Shunzhi, de renverser la dynastie Ming et de la remplacer sur le trône de Chine par la dynastie des Jin postérieurs, sous le nouveau nom qu'elle s'est donné entre-temps de dynastie Qing. Cette dynastie, la dernière à occuper le trône de Chine, règne sur la Chine de 1644 (après la chute des Ming) à 1912, lorsque le dernier empereur Puyi est renversé pour faire place à la République de Chine.

 

Nurhachi fut enterré à Fuling, «la Tombe de l'est», située dans une région boisée à 8 kilomètres environ à l'est de Mukden (Shenyang) (fr.wikipedia.org - Nurhachi).

 

Cf. quatrain V, 81 - 1911.

 

Venise

 

"veines" est une anagramme de "venise".

 

En italien "Grand'Adria" désigne parfois Venise (Antonio Lavagno, Ode Istoriche, Et Geniali, Tome 2, 1697 - books.google.fr).

 

Venise et Campanella

 

Venise est surtout, remarque Campanella dans son commentaire suivant immĂ©diatement ses vers dans la Scelta, une rĂ©publique qui n'a jamais Ă©tĂ© assujettie Ă  quiconque, ni Ă  l'Ă©tranger ni Ă  un tyran : elle est l'incarnation de la libertĂ©. Une libertĂ© en l'occurrence dĂ©clinable : libertĂ© politique, libertĂ© des chrĂ©tiens face au pĂ©ril turc, libertĂ© de commerce dans le monde entier, libertĂ© de l'Italie face aux prĂ©tentions des monarchies d'outremonts. Le dominicain ne consacre pas Ă  Venise de travail spĂ©cifique - ni mĂŞme de chapitre dans les Monarchies - sinon lors de quelques poèmes et lors de la rĂ©daction des Antiveneti (1606) qui est un travail ponctuel Ă©troitement liĂ© Ă  une conjoncture dĂ©terminĂ©e - l'interdit lancĂ© contre Venise par Paul V en 1605 au nom d'un conflit juridictionnel.

 

La distinction entre les deux républiques tient à leur degré d'autonomie. Quand il est écrit que «Venise, elle, n'a jamais voulu accepter ni fiefs ni navigations dans des pays étrangers et plus puissants qu'elle» (cf. la fable du lion (espagnol) et de la brebis (vénitienne) qui refuse l'invitation du premier à faire du commerce dans les colonies espagnoles des Indes orientales et des Amériques, se contentant du peu qu'elle a), il est signifié au lecteur que Venise n'est pas Gênes qui a mis ses galères au service des Rois Catholiques et qui accepte de recevoir, en gage des nombreux prêts qu'elle leur fait et qui ne pourront jamais être remboursés, de nombreux fiefs dans le royaume de Naples dont est originaire Campanella.

 

Venise peut être un exemple d'indépendance préservée dans une péninsule soumise à la pax hispanica, mais aussi un exemple de force économique et commerciale.

 

Venise est aussi un exemple de régime politique puisque, au tournant des XVIe et XVIIe siècles, le mythe politique - mis en place par Contarini qui lui a donné une forme achevée et transmissible dans toute l'Europe - est au sommet de sa force de propagande. Venise est le seul modèle de défense des valeurs républicaines par un régime thalassocratique, à l'exemple des cités grecques et contre la référence à l'Atlantide, thalassocratie guerrière, et contremodèle platonicien de la polis.

 

A l'incarnation de la liberté de longue durée (Venise) s'oppose la servitude vilement acceptée (Gênes). Mais Venise profite d'une fausse liberté selon Campanella qui invite tous les Etats italiens à s'unir autour du Pape contre l'Espagnol (Jean-Louis Fournel, La Cité du soleil et les territoires des hommes: Le savoir du monde chez Campanella, 2012 - books.google.fr).

 

La prospĂ©ritĂ© des VĂ©nitiens venait du monopole qu'ils exerçaient sur la redistribution des produits importĂ©s d'Asie dans toute l'Europe. Mais ce trafic florissant, qui avait atteint son apogĂ©e vers le milieu du XVe siècle, Ă©tait en dĂ©clin au XVIe siècle du fait des conquĂŞtes ottomanes en Orient et de l'expansion portugaise dans l'Atlantique sud, l'ocĂ©an Indien et la mer de Chine. Au XVIe siècle, l'opulence de Venise dĂ©pend ainsi des richesses accumulĂ©es au siècle prĂ©cĂ©dent (Le paradis de Tintoret: un concours pour le palais des Doges : catalogue de l'exposition, 2006 - books.google.fr).

 

Son père exerçant la profession de teinturier de soie (tintore), le Tintoret (Jacopo Robusti, Venise, 1518-1594) reçut dans sa jeunesse le surnom de «petit teinturier» (Il Tintoretto). Le Tintoret devint le maniériste italien le plus important de l'école vénitienne (Victoria Charles, Klaus Carl, 1000 Dessins de Génie, 2014 - books.google.fr).

 

Tintoret [...], comme le peintre de Venise, fait le lien entre l'Orient et l'Occident, il représente la métaphore de la situation de "l'Europe victorieuse du désespoir" (Elie Faure, L'Arbre d'Eden) (Frédérique Toudoire-Surlapierre, Nicolas Surlapierre, Contremaîtres anciens. Le cas Thomas Bernhard, Les funambules de l'affection: maîtres et disciples, 2009 - books.google.fr).

 

Calendrier chinois

 

Dans quelques cas, les potiers dataient leurs pièces par un sytème plus traditionnel de dĂ©signation des annĂ©es, le cycle sexagĂ©simal du calendrier lunaire dont la première annĂ©e serait 2697 av. J.-C. Depuis la dynastie des Zhou (1100-770 av. J.-C.), les Chinois utilisent les appellations des Dix Troncs CĂ©lestes et des Douze Rameaux Terrestres pour dĂ©signer les annĂ©es. Ainsi la première annĂ©e du cycle rĂ©current de soixante annĂ©es est-elle dĂ©signĂ©e sous le nom de jia-zi (ou annĂ©e du Rat). Font alors partie de cette sĂ©rie, les annĂ©es 1204, 1264, 1324, 1444, 1504, 1564, 1624, 1684, 1744, 1804, 1864. On pouvait trouver, par exemple, sur deux colonnes et en huit caractères, la marque suivante : da ming chenghua yuan nian yi-you = «fabriquĂ© pendant la première annĂ©e du règne de Chenghua de la grande dynastie des Ming Ă  la pĂ©riode yi-you». La lecture de la table de correspondance fait alors apparaĂ®tre la 22e annĂ©e du cycle sexagĂ©simal, soit l'annĂ©e (grĂ©gorienne) 1465, comme la seule qui convienne au règne de Chenghua (Michel Culas, Grammaire de l'objet chinois, 1997 - books.google.fr).

 

1564 en Chine

 

Che Tsoung ne tarda pas Ă  tomber entre les mains des bonzes taoĂŻstes qui lui promettaient l'Ă©lixir d'immortalitĂ© ; il dĂ©truisit les temples bouddhistes de la capitale (1536) et nĂ©gligea complètement les devoirs que lui imposait sa haute situation. Il s'en repentit sur son lit de mort (Henri Cordier, Histoire gĂ©nĂ©rale de la Chine et de ses relations avec les pays Ă©trangers, 1920 - books.google.fr).

 

Un petit-fils de Hientsong, l'empereur Che-tsoung, lui succĂ©da en 1522. Son règne fut marquĂ© par les ravages des Tartares au nord de la Chine, et trois invasions japonaises qui furent repoussĂ©es. Son testament contient la curieuse confession que voici : «Pendant quarante-cinq ans j'ai occupĂ© le trĂ´ne, et il y a eu peu de règne aussi longs. Mon devoir Ă©tait de rĂ©vĂ©rer le ciel et de prendre soin de mes peuples ; cependant, je me suis laissĂ© tromper par des imposteurs qui m'avaient promis l'immortalitĂ©. Cette erreur m'a conduit Ă  donner le mauvais exemple aux grands et au peuple. Je dĂ©sire rĂ©parer le mal par cet Ă©dit, qui sera publiĂ© après ma mort par tout l'empire.» En dĂ©pit de cet aveu de faiblesse, on lui doit la construction, en 1524, de la partie de PĂ©kin connue aujourd'hui sous le nom de ville chinoise, au sud de la ville tartare. Il la fit entourer de murs en 1564. Son fils Moutsong rĂ©gna de 1566 Ă  1573, sans Ă©vĂ©nements notables. Ouan-li, fils de Moutsong, fut moins heureux. Des rĂ©voltes et des invasions japonaises vinrent troubler son règne. C'est en 1560 que les Portugais prirent pied Ă  Macao oĂą ils obtinrent des autoritĂ©s locales la permission d'Ă©tablir un dĂ©pĂ´t de marchandises. Environ vers le mĂŞme temps, les Espagnols s'Ă©taient emparĂ©s des Philippines oĂą ils avaient trouvĂ© une colonie chinoise, qui se dĂ©veloppa rapidement, au point de leur causer des inquiĂ©tudes. En 1602, trois mandarins vinrent aux Philippines  avec une mission qu'ils ne surent pas expliquer, apparemment parce que les Espagnols n'entendaient pas le chinois, non plus que les Chinois n'entendaient l'espagnol. L'imagination mĂ©ridionale aidant, les Espagnols prirent la dĂ©termination de supprimer les Chinois, comme soupçonnĂ©s d'esprit de rĂ©volte. Une Saint-BarthĂ©lemy fut rĂ©solue, et en quelques mois plus de vingt mille Chinois furent massacrĂ©s. Les Espagnols remercièrent saint François de leur succès. Ils avaient ruinĂ© leur colonie, qui devait sa prospĂ©ritĂ© au travail des Chinois (Émile Bard, Les Chinois chez eux, 1901 - books.google.fr).

 

Nous devons maintenant rendre compte de quelques Ă©vĂ©nemens qui paroissent revĂŞtus de la certitude, parce qu'ils sont arrivĂ©s dans un temps oĂą l'histoire Ă©toit absolument un, cahos d'absurditĂ©s et de mensonges mĂŞlĂ©s de peu de vĂ©ritĂ©s. En 820, après notre ère, un misĂ©rable empereur de la Chine, nommĂ© Hien-song, prit le breuvage de l'immortalitĂ©, et expira plus promptement que si l'on eĂ»t percĂ© son cĹ“ur avec un poignard; ce qui a fait soupçonner que les eunuques, qui Ă©toient alors les vrais souverains de l'empire, avoient rĂ©pandu du venin dans sa coupe; mais ce soupçon, que je ne sens pas beaucoup de rĂ©pugnance Ă  admettre, n'est cependant point absolument fondĂ©. Car une potion de cette nature a pu ĂŞtre extraite d'herbes malfaisantes et de drogues, que ceux qui les employèrent ne connoissoient pas. Et cela est d'autant plus croyable, que trente ans après ce fatal accident l'empereur Suen-tsong, qui but encore une liqueur semblable, en contracta une maladie qui ie conduisit au tombeau Ă  pas prĂ©cipitĂ©s; et on croit que l'empereur Wou-tsong en Ă©toit mort aussi en 846. Ces faits Ă©clatans, parvenus Ă  notre connoissance, peuvent donner une idĂ©e de ce qu'il doit y avoir eu d'hommes obscurs parmi le peuple empoisonnĂ©s par cette manie, qui Ă©toit dans sa force lorsque les Tartares Mongols envahirent la Chine; et comme ces conquĂ©rans firent tout ce qu'il fut possible pour policer leurs nouveaux sujets, il y a bien de l'apparence qu'ils recherchèrent les livres qui traitoient du breuvage de l'immortalitĂ©, et les firent jeter au feu: quoique de certains chroniqueurs prĂ©tendent qu'on ne brĂ»la ces ouvrages, vraiment dignes de l'ĂŞtre, qu'en 1388; ce qui n'est nullement probable, et il y a en cela une erreur de quelques annĂ©es; car dès que la dynastie des Yuen fut Ă©teinte et la domination des Tartares Mongols anĂ©antie, les Chinois recommencèrent Ă  travailler Ă  leur Ă©lixir : en 1564 l'empereur Kia-tsing le but, en mourut, et c'est lĂ  la dernière victime dont l'histoire nous ait conservĂ© le nom (Cornelius de Pauw, Recherches philosophiques sur les Ă©gyptiens et les chinois, traduit par Jean-François Bastien, Tome 1, 1794 - books.google.fr).

 

La dynastie tartare des Yuen est renversĂ© en 1368 par les Ming Chinois elle-mĂŞme remplacĂ©e par les Mandchous Quing en 1644 (cf. quatrain II, 36 : rĂ©volte de Li Tcheng).

 

Quant aux taoĂŻstes, "ils disent qu'un homme peut devenir immortel (ou vivre très longtemps) par l'absorption de sang menstruel appelĂ© “jus rouge yin”, et qu'il convient de boire directement Ă  la source : la vulve de la femme. Les sages chinois pensent ainsi que ce prĂ©cieux Ă©lixir est l'essence de la Terre mère qui donne naissance Ă  toute forme de vie. L'empereur jaune Huangdi serait, d'après cette mythologie, devenu un dieu après avoir bu le sang menstruel de 1200 femmes" (Élise ThiĂ©baut, Ceci est mon sang: Petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font, 2019 - books.google.fr).

 

Le temple du soleil

 

Le temple du Soleil (Je t'an) s'Ă©lève en dehors de PĂ©kin Ă  quelque distance de la porte Ts'i hoa men; une longue avenue rĂ©servĂ©e Ă  l'empereur permet d'y accĂ©der. Ce temple fut construit en 1531 par Kia tsing (Jia Jin). L'autel du Soleil est un tertre carrĂ©, haut de 5 pieds 9 pouces, d'un seul Ă©tage, Ă  quatre escaliers de 9 marches. Il est entourĂ© d'un mur circulaire de 765 pieds de circonfĂ©rence et haut de 18 pieds 1 pouce, sur une Ă©paisseur de 2 pieds 3 pouces. L'autel est orientĂ© Ă  l'ouest; c'est pourquoi il y a deux portes de ce cĂ´tĂ© et une porte seulement de chacun  des trois autres cĂ´tĂ©s. Cet autel a ses foyers avec chaudière, ses puits, ses fourneaux, comme les autres ; il a ses cuisines et magasins, ainsi que ses Ă©tables au nord-est et son magasin d'habillements au nord-ouest (Charles de Harlez, La religion et les cĂ©rĂ©monies impĂ©riales de la Chine moderne d'après le ceremonial et les dĂ©crets officiels, 1894 - books.google.fr).

 

"tributaire"

 

L'expression "plus tributaire" sans nĂ©gation est ambiguĂ« : "encore plus tributaire" ou "plus du tout tributaire".

 

La victoire des lettrĂ©s sur les eunuques, c'Ă©tait nĂ©cessairement la fin des voyages; une fin d'autant plus radicale que, pour mieux prĂ©venir la tentation de les recommencer un jour, on essayait d'en abolir jusqu'au souvenir en faisant brĂ»ler, vers 1480, quantitĂ© de documents et de relations concernant les grandes navigations du dĂ©but du siècle, qui n'Ă©taient, au dire de Liou Ta-sia, que «trompeuses exagĂ©rations de choses bizarres trop Ă©loignĂ©es du tĂ©moignage des yeux et des oreilles des gens». Afin de prĂ©server son orthodoxie ou la puretĂ© de son style, la Chine confucĂ©enne choisissait de ne plus se commettre avec la mer et de laisser dĂ©cliner sa marine. Choix de grande consĂ©quence, car il entraĂ®ne fatalement une rĂ©duction progressive du système tributaire, tandis que le commerce proprement dit ne diminue pas, lui, bien au contraire. Le premier s'affaiblit du fait mĂŞme que, dans l'esprit des autoritĂ©s de PĂ©kin, les relations avec les Barbares d'outre-mer restent Ă©troitement liĂ©es aux usurpations de pouvoir et aux « extravagances » des eunuques et que le discrĂ©dit qui s'attache aux unes rejaillit sur les autres, malgrĂ© tout ce qu'avait de flatteur l'hommage rendu Ă  l'Empereur par tant de contrĂ©es Ă©loignĂ©es. D'autre part, l'emprise chinoise se relâchant, les prĂ©tentions Ă  la suzerainetĂ© n'Ă©tant plus appuyĂ©es par des dĂ©monstrations navales pĂ©riodiques, les liens se distendent avec des vassaux dont le zèle ne manque pas de se relâcher Ă©galement. Ou bien ils perdent l'habitude d'envoyer le tribut et la liste des pays tributaires se raccourcit au cours des XVIe et XVIIe siècles : des États ou des principautĂ©s qui y Ă©taient compris au XVe, comme le Japon, les Philippines, le Cambodge, Java, Atchin (Atjeh) et Samudra dans l'Ă®le de Sumatra, ou Pahang en Malaisie, n'y figurent plus au temps des Ts'ing. Ou bien ils travestissent le sens du tribut en en faisant le masque de leurs intĂ©rĂŞts commerciaux : c'est ainsi que, toujours sous les Ts'ing, le nombre des ambassades augmente bien que celui des contrĂ©es tributaires diminue - il atteint 216 entre 1662 et 1761, 255 entre 1762 et 1861, et dĂ©passe largement la cadence rĂ©glementaire -, cette multiplication Ă©tant le signe qu'elles procèdent beaucoup moins de la soumission rituelle que du dĂ©sir de trafiquer Le mythe demeure intangible, mais la rĂ©alitĂ© s'effrite sous lui et fait place Ă  une sorte de prostitution du tribut, que les autoritĂ©s tolèrent en fait, tout comme elles tolèrent que, malgrĂ© des interdictions rĂ©pĂ©tĂ©es, notamment en 1432, 1449 et 1452, les marins et les marchands chinois continuent Ă  naviguer en fraude vers l'Archipel ou vers Malacca et s'habituent Ă  constituer, avec la complicitĂ© des mandarins locaux, un monde en marge des lois et plus ou moins mĂŞlĂ© de piraterie. Dans la dualitĂ© qui s'instaure dĂ©finitivement, surtout Ă  partir du règne de Kia-tsing (1522-1566), tout ce que peut faire le gouvernement, c'est de s'Ă©vertuer Ă  maintenir strictement la distinction entre qualitatif et quantitatif, entre tribut et marchandise (Louis Dermigny, La Chine et l'Occident: Mythe et rĂ©alitĂ© de la Chine. Le temps des compagnies, 1964 - books.google.fr, Serge Gruzinski, L'Aigle et le Dragon: DĂ©mesure europĂ©enne et mondialisation au XVIe siècle, 2012 - books.google.fr).

 

Soie en Italie

 

On peut remarquer que "seras" est l'accusatif pluriel de "sera", la soie, invention chinoise. Ptolémée donne le nom de Sérique à la Chine, ainsi que celui de Sinae (Ernest Pariset, Histoire de la soie, Volumes 1 à 2, 1862 - books.google.fr).

 

Adria, port de l'Adriatique, fut célèbre pour ses tissus de soie à partir du XIIIe siècle (Jules Horrent, Cantar de Mio Cid - Chanson de Mon Cid. Tome I: Textes., 1982 - books.google.fr).

 

Nous ne savons combien de temps l’industrie de la soie resta stationnaire en Sicile, je veux dire tarda à en sortir et à s'étendre dans Fltalie continentale; mais il paraît que ce furent les Lucquois qui l'exercèrent tout d’abord, à moins que l'on ne veuille voir, dans quelques passages où il est fait mention des pailes d'Adria, et dans un décret de l'an 1248 , qui concerne des draps d’or, des pourpres et des cendaux, un indice de manufactures qui auraient existé dans cette ville et dans la capitale de l'ancienne république de Venise , antérieurement au xlv- siècle. A cette époque, s’il faut s’en rapporter à un écrivain italien publié par Muratori, les ouvriers en soie, échappés de Lucques en 1311+, se dispersèrent dans toute l’ltalie, et portèrent leur industrie à Venise, à Florence, à Milan et à Bologne. Ce qu’il y a de certain, c'est que-nous voyons en 1367, le conseil de cette dernière ville favoriser l’établissement de travaux hydrauliques sur le Reno, destinés au nettoyage du fil de soie. Ce furent, dit-on, quatre familles lucquoises qui montèrent les premiers métiers de soieries à Venise; et durant les troubles que les factions élevèrent à Lucques, vers 1309, trente-sept autres les y suivirent.

On doit sans doute entendre par là que ces fugitifs perfectionnèrent à Venise les procédés de l'art; car nous venons de voir, par un titre authentique, que plus de soixante ans auparavant il se fabriquait à Venise des draps d’or et des étoffes de soie, si toutefois, comme on n'en peut douter, parmi et cendati doivent s’entendre, dans cet acte, de tissus de soie. Toujours est-il que, de bonne heure, les Vénitiens fabriquèrent ce qu’ils se bornaient autrefois à vendre au reste de l’Europe (Francisque Michel, Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent et autres tissus précieux: en Occident, principalement en France pendant le Moyen Age, Tome 1, 1852 - books.google.fr).

 

En 1563, Venise permettait à la ville de Bergame de planter des mûriers dans le pré Saint-Alexandre qui servait à la foire annuelle et à l'exposition des armes, et dans l'année suivante Tronchet planta des mûriers à Nîmes (Gabriel Rosa, Histoire de la culture du ver à soie en Europe, traduit par Baptiste Melzi, Journal de l'agriculture de la ferme et des maisons de campagnes, Tome 1, 1870 - books.google.fr).

 

Les veines du dragon

 

Au IXe siècle, le Tong-King Ă©tait administrĂ© par un gouverneur chinois nommĂ© Cao-Bien, qui Ă©tait magicien ; il Ă©voqua la foudre pour dĂ©barrasser le fleuve des Ă©cueils qui entravaient la navigation, ou, suivant l'expression annamite, pour ouvrir les veines du dragon, et c'est le sang du dragon foudroyĂ© qui, depuis lors, teint en rouge les eaux du fleuve. La foudre de ce magicien n'Ă©tait autre que la poudre dĂ©jĂ  connue des Chinois, et que la coloration des eaux est due aux minerais de fer dans lesquels se creuse le lit du SĂ´ng-thao (Adrien Launay, Histoire ancienne et moderne de l'Annam - Tong-King et Cochinchine, depuis l'annĂ©e 2700 avant l'ère chrĂ©tienne jusqu'Ă  nos jours (1884), 2016 - books.google.fr).

 

Il y a d'abord tout un faisceau mythologique oĂą le dragon est compris comme un ĂŞtre de l'eau menaçante, une eau dangereuse parce qu'on ne connaĂ®t pas ses rĂ©elles limites, son parcours, sa source. Ainsi le dragon hante-t-il les lacs et surtout les marais, comme on le lit dĂ©jĂ  dans Beowulf et dans nombre de lĂ©gendes en Europe centrale ou slave. Dans le folklore français, le dragon apparaĂ®t en chaque lieu oĂą l'eau menace les habitations humaines, comme dans la «presqu'Ă®le» de Poitiers entourĂ©e de marĂ©cages, comme dans les gorges du Tarn et de l'Isère, le mont Gargan et mĂŞme les faubourgs parisiens (eux aussi marĂ©cageux) de Saint-Marcel; le mot drac, la racine garg (gosier), que l'on trouve en maints endroits, rendent tĂ©moignage de ce lien entre sites menaçants et bĂŞtes monstrueuses du type dragon. Enfin, ce n'est pas un hasard si les villes italiennes qui ont le plus intensĂ©ment vĂ©nĂ©rĂ© saint Georges furent les villes de tout temps menacĂ©es par l'eau, celle des marais (comme Ferrare) ou celle des lagunes (comme Venise). Mais Ă  l'eau menaçante s'associe le trou dans la terre oĂą cette eau, soit dort malĂ©fiquement, soit gronde dangereusement. A l'eau menaçante s'associe donc le motif de la terre ouverte. C'est la Malagrotta pestifĂ©re des lĂ©gendes italiennes - notamment celle, fort cĂ©lèbre, de saint Sylvestre. C'est la montagne creuse, la caverne si bien Ă©voquĂ©e par Uccello, mais aussi par Jacopo Bellini, entre autres, qui donna dans un dessin du Louvre une magnifique version de l'anfractuositĂ© et de la «terre ouverte». Celle-ci, donc, loin d'offrir un dĂ©cor ou un « fond Â», peut ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme faisant partie intĂ©grante - fĂ»t-ce par mĂ©tonymie - du corps du dragon, au point que l'on a pu parler d'une Ă©quivalence allĂ©gorique, voire d'un engendrement du dragon par le lieu lui-mĂŞme, le lieu «sĂ©crĂ©tant en quelque sorte le monstrueux» (Saint Georges et le dragon: versions d'une lĂ©gende, 1994 - books.google.fr).

 

Les grands travaux lancĂ©s par le gouvernement vĂ©nitien Ă  partir des annĂ©es 1440 sur les cordons littoraux, fondĂ©s sur l'importation de pierres d'Istrie, pouvaient devenir Ă  terme un dĂ©bouchĂ© rĂ©gulier pour les carrières des monts EuganĂ©ens et favoriser dans un premier temps jouĂ© par des entrepreneurs de Monselice et de Padoue. Les contacts rĂ©guliers nouĂ©s par ces marchands et transporteurs sur la place de Venise amenèrent après 1485 les ermites de Saint-JĂ©rĂ´me, maĂ®tres des lieux, Ă  confier la gestion de l'ensemble des carrières Ă  un seul titulaire, chargĂ© de l'extraction, de la vente, du transport et de tous les frais d'entretien. Dans ce secteur comme en d'autres, on constate que des familles du patriciat vĂ©nitien, comme les Bembo et les Marcello, pĂ©nĂ©trèrent en force dans les circuits Ă©conomiques de la Terre Ferme ; elles ne purent cependant dĂ©loger de leurs positions les entrepreneurs de Monselice, de Battaglia et d'autres bourgades du Padouan. C'est la puissance publique qui vint, au nom de l'intĂ©rĂŞt commun des VĂ©nitiens, rompre les rĂ©seaux du clientĂ©lisme local, lorsque la magistrature sur les Eaux introduisit en 1568 la procĂ©dure d'adjudication au mieux disant, privant soudain les religieux de la libertĂ© de convention et des avantages qu'ils se faisaient reconnaĂ®tre en fournitures et en travail forcĂ©. DĂ©sormais le concessionnaire traitait avec l'État, s'engageant Ă  fournir une quantitĂ© fixĂ©e de matĂ©riau stratĂ©gique et Ă  maintenir Ă  ses frais un niveau constant de circulation dans le canal creusĂ© en 1564, reliant la zone de Lispida Ă  la lagune  (Pierre Braunstein, compte rendu de "Il comprensorio minerario e metallurgico valsassinese, materiali" par M. Tizzoni, Annales, Volume 53, 1998 - books.google.fr).

 

Nel settembre del 1564 si appura che Bonifacio Cocco, conduttore delle cave del Lispida e «merchadante» dei sassi da lido, «è mancato all'obbligo suo di dar burchi 300 all'anno a cagione della poca acqua dell'alveo del canal» (Maria Chiara Billanovich, Attività estrattiva negli Euganei: le cave di Lispida e del Pignaro tra Medioevo ed età moderna, 1997 - books.google.fr).

 

Il semble que ce Canal soit comme la grande veine, qui par quantité de petits rameaux entretient, & rafraîchit toutes les moindres parties du vaste corps de cette ville (Alexandre Toussaint Limojon de Saint-Didier, La ville et la république de Venise, 1685 - books.google.fr).

 

Tous les traités anatomiques de Bartolomeo Eustachi ont été publiés dans le volume Opuscula anatomica, Venise, 1564, ouvrage très rare, réimprimé à Leyde en 1707 (Mirko Dražen Grmek, Bernardino Fantini, Histoire de la pensée médicale en Occident, Tome 2, 1997 - books.google.fr).

 

Eustachi se révèle un observateur de l'anatomie humaine hors pair. On lui doit une foule de découvertes anatomiques concernant les os, les muscles, les nerfs, les veines (fr.wikipedia.org - Bartolomeo Eustachi).

 

"lois vaines" : vanae leges (Horace)

 

Horace voyant la corruption romaine & les foibles digues que lui opposoit la lĂ©gislation, s'Ă©crioit : Quid leges fine Moribus vanae proficiunt ? (Ode III, 24) (L'annĂ©e littĂ©raire, 1779 - books.google.fr).

 

Dans cette Ode, il parle des trésors de l'Arabie et des richesses de l'Inde. Il parlera des Sères dans l'ode 29 du même livre III. Horace dit à Mécéne à qui est adressée cette Ode qu'il se tourmente  un peu trop pour mettre Rome à couvert des choses dont elle n'était point menacée (Oeuvres d'Horace, Tome I, 1733 - books.google.fr).

 

Denis le Chartreux reprend cette idée concernant les lois des Sarrasins et des Tartares (D. Dionysii Carthusiani Enarrationes piae ac eruditae in IIII Prophetas Maiores: Esaiam fol. 1, Hieremiam fol. 159, Ezechielem fol. 285, Danielem fol. 373, 1534 - books.google.fr).

 

Il n'est pas un historien qui puisse sérieusement aborder la question de la pensée catholique aux XVe et XVIe siècles, sans évoquer la figure prépondérante de Denys le Chartreux (mort en 1471 au Pays-Bas), celui que l'on a souvent appelé depuis le dernier des scolastiques (Christophe Bagonneau, Chroniques de l'extase de Denis le Chartreux, 2000 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Denys le Chartreux).

 

Les deux odes en question sont en rapport avec Mécène, ministre d'Auguste, et ami d'Horace, qui aimait le luxe.

 

L'ode III, 29 trahit l'intention manifeste de censurer le «snobisme» urbain et d'exalter la vie frugale qui comble les dĂ©sirs naturels en dissipant l'inquiĂ©tude ; l'allure sentencieuse des vers dĂ©nonce le dogme Ă©picurien. […]

 

DĂ©sarmĂ©, le lĂ©gislateur impitoyable est tiraillĂ© entre l'impuissance relative et le refus vertueux de laisser faire. Horace, ennemi de la tyrannie morale a tirĂ© les mĂŞmes conclusions et appuyĂ© en vers la «campagne» de son [voluptueux] ami MĂ©cène dans l'ode III, 24 : sous couleur de rĂ©clamer des châtiments, il trouve moyen d'ajouter... Quid leges sine moribus uanae proficiunt ? (Jean-Marie AndrĂ©, MĂ©cène: Essai de biographie spirituelle, 1967 - books.google.fr).

 

Les Sères et les Indiens, Seres et Indi (Odes I,12 et III,29), sont les derniers peuples qu'Horace signale vers l’Orient. Les Sères habitaient les vallées de la grande et petite Boukharie, régions où s’étaient arrêtées les conquêtes des souverains grecs de la Bactriane. Virgile et Horace sont les plus anciens auteurs qui fassent mention des Sères. Notre poëte parle de leur habileté à lancer des flèches. Virgile nous apprend que ces peuples recueillaient de dessus les feuilles des arbres et par le moyen d’un peigne une toison très-fine, qu’il confondait avec la soie, ce qui montre de la part du poëte une ignorance complète de la manière dont on se procurait cette dernière substance. Nous avons vu qu’Horace représente, dans une de ses odes, une femme riche et savante, ayant près d’elle, sur des coussins de soie, les livres des stoiciens. La soie, venant d'un pays si éloigné et à travers tant de peuples ennemis, était fort chère à Rome, et c'était au temps d'Horace un luxe assez récent. On regarda comme un acte de prodigalité inouïe que Jules César eût fait étendre des voiles de soie au-dessus de l'amphithéatre, pourmettre les spectateurs à l'abri du soleil. Dion, en racontant ce fait, nous apprend que l'usage de la soie qui s'était répandu parmi les dames romaines était une imitation du luxe des Barbares, et par ce mot Dion entend les nations de l'Orient, les Syriens, les Parthes, les Indiens indistinctement (Charles Athanase Walckenaer, Histoire de la vie et des poésies d'Horace, Tome 2, 1858 - books.google.fr).

 

L'ode Contre les auaricieux flĂ©trit l'amour immodĂ©rĂ© des richesses, en opposant le nĂ©ant des biens terrestres Ă  la certitude de la mort imminente, qui apporte aux pauvres la dĂ©livrance et aux riches la peine de leur insatiable soif de l'or. Dans la première partie Ronsard a utilisĂ© six pièces d'Horace au moins : l’Ode III, 24 Intactis opulentior (intitulĂ©e In divites avaros) dont le dĂ©but et les vers 47-50 sont devenus les strophes 1 et 6 ; l'Ă©pĂ®tre I, 1 Prima dicte mihi, dont les vers 42-46 ont donnĂ© la strophe 2 ; l'Ode II, 16 Otium divos rogat dont les vers 9-25 se retrouvent dans les strophes 3, 7, 9 et 10 ; l'Ode III, 16 Inclusam Danaen, dont les vers 17-18 ont donnĂ© la strophe 4 l'Ode III, 1 Odi profanum vulgus, dont les vers 25-30 et 37-40 se retrouvent dans les strophes 3 et 7 ; l'Ode II, 2 Nullus argento color, dont les vers 13-16 ont suggĂ©rĂ© la strophe 87 ; La seconde partie, depuis : «Et toi, vieillard du sĂ©pulcre oublieus...» est faite de deux odes que Ronsard a mĂ©langĂ©es : Non ebur neque aureum (vers 17 Ă  19, 29 Ă  la fin) et Odi profanum vulgus (vers 33 Ă  la fin). C'est un des exemples les plus curieux de contamination (Paul Laumonier, Ronsard, poète lyrique: Ă©tude historique et littĂ©raire (1932), 1997 - books.google.fr).

 

Trois poèmes du Mespris du Monde, publié à Besançon en 1594, évoquaient la Chine, «où le marinier fait voiles à Canton» comme l'ultime destination possible d'un voyage par mer, dans une allégorie de la vie mondaine et des tribulations de l'homme inquiet: Single depuis la France au royaume Turquesque, De là va visiter les murs de Suntien Et des fiers Japponois le royaume ancien. Dans le sonnet CLXXXII, Chassignet avait pris à Mendoza la référence précise à Suntien, Tsoug-Tien ou Shun-t'ien-fu, «la plus grande du monde», que Marco Polo appelait Quinsay. L'allusion combinée aux Chinois et aux Japonais avait déjà été annoncée dans le sonnet CXXXVI: Tiens dans tes pors guerriers cent mille flottes prestes Pour escorner l'orgueil des arrogans Chinois Et, mettant sous le joug les felons Japponois, Despouiller les thresors des terres plus secrettes, elle provenait peut-être des Advis du Iappon, avec quelques autres de la Chine des années, publiés en 1587, à Dole, où Chassignet avait étudié. Son parallèle était, lui aussi, adapté des premiers chapitres de Mendoza, remplis d'histoires de pirates. Chassignet définissait les caractères des nations, le Chinois « arrogant » et le Japonais « félon », et il fondait en lieux communs durables leur typologie. Néo-stoïcien et disciple de Ronsard, dont l'ode «contre les avaricieux» était l'inter-texte discret de ses trois poèmes («Pourquoy irai-je aux Indes voyager»), il lisait les lettres des Pères et le traité de Mendoza au rebours de leur intention édifiante et de l'intérêt qu'offrait leur documentation (J. Balsamo, Les premières relations des missions de la Chine et leur réception française (1556-1608), Nouvelle revue du 16e siècle, Numéro 16, Partie 1, 1998 - books.google.fr).

 

Juan González de Mendoza (né à Torrecilla en Cameros en 1545, mort le 14 février 1618) est un prêtre espagnol, auteur de la première description de la Chine depuis le Livre des Merveilles de Marco Polo (fr.wikipedia.org - Juan Gonza1lez de Mendoza).

 

Le nom de Mendoza rĂ©sonne dans le latin Mendosus qui par ce fait pourrait avoir une interprĂ©tation littĂ©raire (cf. quatrains IX 45 et IX, 50 mis en relation avec Ronsard : Mendosus "anagramme" de Vendosme).

 

Né à Besançon en 1571 et mort à Gray en 1635, Jean-Baptiste Chassignet est le fils d’un médecin. Il reçoit une formation humaniste, étudie le droit à l'université de Dole où il obtient son doctorat, ce qui le mène à une carrière d’avocat fiscal et de conseiller au bailliage de Gray. Attaché à sa province, il publie des travaux d’histoire locale. Mais dès l’âge de vingt-trois ans, il achève l’immense suite de sonnets, au nombre de 434, qui a pour titre Le Mépris de la vie et Consolation contre la mort. Ce sont des sonnets souvent admirables et très représentatifs de la sensibilité de l’époque par leur ardeur sombre qui unit, par ses images, violent réalisme, âpreté du ton, ferveur mystique. C'est une œuvre édifiante et monstrueuse, fruit de l’angoisse d’un jeune humaniste, catholique fervent et moraliste obsédé par la mort et par la vanité du monde (www.franche-comte.org).

 

Luxe et immortalité

 

Le luxe n'est pas un objet à contempler ou à utiliser, il est un instrument magique facilitant l'accès à la vie éternelle. Le luxe devient alors un moyen de communiquer avec les esprits et les dieux. [...] Si le luxe sacré permettait de s'allier les dieux, le luxe «profane» permet de s'allier les hommes voire les pays. L'échange de produits vise à instituer la «reconnaissance réciproque» au travers de cycles d'échange de présents, à tisser un lien social et à établir des rapports d'alliance entre groupes étrangers. Le luxe est dirigé par la volonté de paix entre les dieux et l'homme et d'harmonie entre les hommes. C'est l'esprit qui dirige la politique d'envoi de tributs des peuples entre l'Empire céleste et les autres peuples. La prégnance des guanxi dans la culture chinoise sauf lorsqu'elle est interdite de manière coercitive alimente cette forme de luxe (Jacqueline Tsai, La Chine et le Luxe, 2008 - books.google.fr).

 

L'Infant Henrique de Portugal envoya son frère en Abyssinie pensant que le souverain chrĂ©tien de cet empire n'Ă©tait autre que le PrĂŞtre Jean. C'est pour les mĂŞmes raisons « imaginaires Â» que le Premier Empereur « historique Â» de Chine, Qin Shihuangdi (221-206 av. J.-C.) fascinĂ© et obsĂ©dĂ© par les lĂ©gendes relatives aux Iles Merveilleuses, envoya une fameuse flotte, commandĂ©e par un magicien taoĂŻste, embarquant deux mille artisans de tous mĂ©tiers et une cargaison de garçons et jeunes vierges, pour trouver ces ĂŽles des Immortels oĂą tout est « luxe, calme et voluptĂ© Â» et lui rapporter, bien sĂ»r, l'elixir d'ImmortalitĂ©... Ces projets parallèles, aux antipodes gĂ©ographiques l'un de l'autre, laissent penser que le but avant tout « dĂ©sintĂ©ressĂ© Â», Ă  bĂ©nĂ©fice purement « imaginal Â» - selon un adjectif cher Ă  Corbin indiquant par lĂ  un imaginaire supĂ©rieur, Ă  but et rĂ©sultat spirituels - n'est autre qu'un archĂ©type du voyage qui hante « Ă  plus haut-sens Â» la plupart des grandes cultures (Chaoying Sun, Rabelais: mythes, images, sociĂ©tĂ©s, 2000 - books.google.fr).

 

Le modèle du voyage pantagruélique est en partie emprunté aux Argonautiques recensées par Apollonios de Rhodes, à l'Odyssée décrivant les épreuves d'Ulysse dans sa navigation de retour à Ithaque, à l'Enéide qui chante l'errance initiatique d'Enée après la chute de Troie sa patrie. Mais Rabelais ne devait pas être étanche aux découvertes géographiques de son époque. 

 

Le grand luxe que Venise dĂ©ploie avec une magnificence incroyable au seizième siècle, c'est le luxe public avec ses palais ses Ă©glises, ses cĂ©rĂ©monies, ses fastueuses solennitĂ©s. La fin du quinzième siècle et le seizième donnent Ă  ces travaux de la grande rĂ©publique une originalitĂ©, une splendeur qui font encore de cette ville dĂ©chue l'admiration du monde entier. Si dĂ©jĂ  Commines, frappĂ© des beautĂ©s originales de cette ville, appelait le grand canal «la plus belle rue et la mieux maisonnĂ©e du monde», combien le seizième siècle ajoute Ă  ces merveilles ! Le marbre blanc venu d'Istrie, le porphyre et la serpentine brillent dans les constructions, en dĂ©corent les façades. On admire dans l'intĂ©rieur les planchers dorĂ©s, les cheminĂ©es ciselĂ©es, toutes les richesses de la plus brillante ornementation. Venise Ă©tale alors dans leur fraĂ®che splendeur ses plus beaux palais nouvellement bâtis (Henri Joseph LĂ©on Baudrillart, Histoire du luxe privĂ© et public, Tome 3, 1880 - books.google.fr).

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