Fakhr Eddine, émir druze du Liban

Fakhr Eddine, émir druze du Liban

 

I, 50

 

1594

 

De l'aquatique triplicité naistra

D'un qui fera le jeudy pour sa feste :

Son bruit, loz, regne, sa puissance croistra :

Par terre & mer aux orients tempestes.

 

La notion de triplicité aquatique dans une conception cyclique de l'histoire se retrouve chez les Ismaéliens, et en particulier chez les Frères de la Pureté.

 

Le passage de la conjonction de Jupiter et de Saturne d'une triplicité à une autre tous les 240 ans (238 ans) était censé déterminer un changement de dynastie et un renversement de situation dans l'imâmat En ces 240 ans se succédaient deux heptades d'imâms correspondant à une double période : renaissance et apogée, la conjonction se produisant alors douze fois dans des signes de terre (Taureau, Vierge, Capricorne), ou dans des signes d'eau (Cancer, Scorpion, Poisson) ; ou au contraire décadence et clandestinité, la conjonction se produisant alors douze fois dans des signes de feu (Bélier, Lion, Sagittaire) ou dans des signes d'air (Gémeaux, Balance ou Verseau) (Yves Marquet) (Lettre à Henry - Jovialistes et Achem).

 

Le 28 août 571, qui répond à la naissance de Mohammed, la conjonction est entrée dans la triplicité aquatique qui comprend Scorpion, Écrevisse et Poissons, et y a évolué dans cet ordre à quatre reprises jusqu'en 789. Le 3 octobre 809, elle est entrée dans la triplicité ignée (Sagittaire, Lion, Bélier). Enfin, le 19 novembre 1047, elle est passée dans la triplicité terrestre (Capricorne, Vierge, Taureau) (Une date astronomique dans les Épîtres des Ikhwân as Safâ, Journal asiatique, 1915 - books.google.fr).

 

La triplicité d'eau de 571 + 952 = 1523 dure donc jusqu'en 1761 qui commence une triplicité de feu (809 + 952). Un quatrain daté de 1761, le III, 77, renvoie à la date du quatrain III, 31, 1727. Ces deux quatrains ont une rapport avec des pays musulmans chiites ou sunnites comme l'Egypte, la Turquie ou la Perse. La différence entre les dates de 1761 et 1727 est 34, pile le septième de 238. En 1594 où se placerait le quatrain I, 50 se situe dans cette période. Remarquons aussi que dans le quatrain III, 77 (1761) il est parlé de tiers climat sous Aries comprins. Or Aries, le Bélier en latin, est un signe de feu.

 

On a une conjonction de Saturne et Jupiter (avec Uranus) le 19 mars 1762 au 12ème degré du Bélier, les conjonctions de Saturne et de Jupiter ayant lieu à peu près tous les vingt ans (Chaulveron, Nostradamus et la fin des temps: 1555-2065, 2017 - books.google.fr).

 

Roussat et Trithème se sont inspirés d'Ibn Ezra dans leurs conceptions des chronocraties et ont inspiré à leur tour Nostradamus.

 

L'examen de la liste d'auteurs et d'ouvrages cités dans la section philosophique de la Hadîqa montre que les sources juives sont numériquement supérieures aux emprunts gréco-arabes et islamiques. Cependant, vu le parti considérable qu'Ibn Ezra tira de l'Encyclopédie des Frères de la Pureté (pas moins de vingt-six citations), les emprunts aux auteurs arabes peuvent être considérés comme plus importants sous le rapport de leur étendue. Bien qu'Ibn 'Ezra cite nommément les Frères dans la Muhadara ils ne sont jamais mentionnés ouvertement dans la Hadîqa. Les nombreuses citations de leurs épîtres sur les mathématiques, l'astronomie, le ciel et le monde, la génération et la corruption, les plantes, les animaux, le composé humain, le microcosme, etc. sont introduites par des artifices variés. Lorsque l'auteur ne les fait pas passer pour ses propres paroles, comme ce fut souvent le cas au Moyen Age, il les cite au nom d'un "certain philosophe", ou "un des sages" (Paul Fenton, Philosophie et exégèse dans le Jardin de la méthaphore [sic] de Moïse Ibn Ezra, philosophe et poète andalou du XIIe siècle, 1997 - books.boogle.fr

 

À l'origine de la communauté druze, il y a le calife fatimide al Hakim, personnage énigmatique, despote pétri de contradictions. Son règne est sans doute l'un des plus violents qu'ait connus le Proche-Orient. Pourtant, il apparaît comme un personnage généreux dans Les Mille et Une Nuits, et sa personnalité a stimulé l'imagination de Gérard de Nerval. Al-Hakim naît en 985 et, dès l'âge de onze ans, à la mort de son père, il règne au Caire comme sixième calife de la dynastie chiite fatimide sur un empire qui s'étend de l'Afrique du Nord à la Syrie. Son règne autoritaire est une succession de décisions contradictoires, de persécutions, d'exécutions sommaires et parfois de supplices. Il s'en prend particulièrement à la communauté copte égyptienne et persécute les chrétiens. Calife chiite régnant sur une population très majoritairement sunnite, Al Hakim s'en prend également à cette communauté, dénonçant les premiers califes et interdisant le pèlerinage à La Mecque. Il disparaît mystérieusement une nuit de février 1021, alors qu'il se rend à la colline désertique du Makattam qui domine Le Caire. Seuls sont retrouvés ses vêtements ensanglantés et déchirés à coups de poignard. Chez ses partisans se propage alors la rumeur que le calife réapparaîtra dans mille ans. Deux de ses disciples répandent ses idées, Hamza et Mohammad el-Darazi – son nom donnera naissance au mot « druze » désignant la communauté et la religion dont Al-Hakim est à l'origine. Le principal texte sacré des druzes n'est pas le Coran mais Le Livre de la sagesse qui n'est connu que d'eux. Cette religion fait des emprunts aux philosophes grecs, au judaïsme et au christianisme tout en écartant certaines règles fondamentales de l'islam sunnite, comme le jeûne du Ramadan et le pèlerinage à La Mecque. Les druzes s'éloignent ainsi de la secte ismaélienne à laquelle appartiennent les Fatimides et qui est déjà un schisme de l'islam chiite. Pour Kamal Joumblatt, chef druze libanais assassiné en 1977, le dogme des druzes est fondé sur l'initiation : « Seuls les initiés savent lire et comprendre les livres sacrés qu'on nomme Livres de la sagesse... C'est une religion d'ascètes spirituels, de gnostiques pratiquant la vie ; une religion de l'éthique autant que de la connaissance. » Le premier devoir du druze est de croire au caractère divin d'Al-Hakim. Un des points essentiels de la doctrine druze est la croyance en la métempsycose – le corps meurt mais l'âme est immédiatement réincarnée dans le corps d'un nouveau-né druze. Ainsi, il y a un nombre déterminé et invariable de druzes sur terre et un non-druze ne peut pas se convertir. Cette conception d'une communauté close que personne ne peut quitter et dans laquelle nul ne peut entrer ne s'impose qu'en 1043, à l'issue d'une campagne de prosélytisme menée principalement dans les montagnes du Liban et en Syrie à la faveur de révoltes de paysans. Kamal Joumblatt précise : « Chez nous, il n'y a pas d'églises ou de mosquées à proprement parler. Il y a le majliss, c'est-à-dire le conseil, un lieu où se rassemblent les initiés chaque jeudi soir pour prier ensemble. Ce n'est pas un endroit spécifiquement consacré au culte et où il soit obligatoire d'aller ; les druzes peuvent aussi bien prier chez eux. On peut y aller ou ne pas y aller. On est libre. » Après leur installation dans les montagnes du Liban, les druzes manifestent les traits de caractère qui vont être les leurs pendant des siècles : une communauté farouchement attachée à son particularisme et n'hésitant pas à manifester ses qualités guerrières (Xavier Baron, Histoire de la Syrie. 1918 à nos jours, 2014 - books.google.fr).

 

L'émir Fakhr Eddine, en donnant à son émirat cette dimension unique et en poursuivant non seulement son gouvernement autonome, mais aussi ses conquêtes, comme Beyrouth, se vit accuser par la Sublime Porte d'avoir outrepassé ses pouvoirs, et fut contraint à l'exil. Ainsi alla-t-il à Venise, puis vécut pour un temps à Florence chez les Médicis, où il fut reçu comme un prince. Il avait créé un émirat reconnu internationalement, donc un État indépendant. On ne le nommait pas ainsi en droit mais il l'était de facto. Il a gouverné la Montagne, comme on appelait alors le Mont Liban, de 1595 à 1634, avec une interruption lorsque Fakhr Eddine dut partir en exil à Florence. Il revint au Mont-Liban et reprit une politique adroite à l'égard de la Sublime Porte, jusqu'au moment où, redevenu trop puissant aux yeux des Ottomans, il fut d'abord emprisonné avec ses deux fils, pour être ensuite exécuté. L'émirat du Liban était donc une Nahda avant terme, parce que cette émergence politique s'est accompagnée d'une grande ouverture intellectuelle sur l'Europe, surlesarts, le commerce et surtoutles langues étrangères, non pas exclusivement dansles sérails du pouvoir, mais également au niveau du peuple. De ce moment datent, dans la langue parlée libanaise, les termes italiens qui ont survécu depuis et qui concernaient surtout la vie quotidienne. Sans parler des arts, de la peintureet de l'architecture dont on découvre l'importance aujourd'hui. Il y eut surtout les grands Libanais partis pour Rome et Paris, dès ce moment-là, lefameux Gabriel Sionita (Jebraïl el Sahyouni), et tous ceux qui étaient venus enseigner les langues orientales. Sahyouni était professeur au Collège de France à l'époque où grandissait le rôle de « l'éminence grise » de Richelieu, le célèbre Joseph du Tremblay, dit le père Joseph, dont l'influence s'exerçait entre Paris et Rome, après la fondation du Collège maronite de Rome, en 1584 (Jean Lacouture, Ghassan Tuéni, Gérard D. Khoury, Un siècle pour rien: Le Moyen-Orient arabe de l'Empire ottoman à l'Empire américain, 2014 - books.google.fr

 

Fakhr al-Dïn ou Fakhr-al-Din II : « fierté de la religion» est né en 1572 à Baakline et mort 13 avril 1635, période de triplicité d'eau (fr.wikipedia.org - akhreddine II).

 

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