La bataille de Lépante
La bataille de Lépante

 

I, 19

 

1571-1572

 

Lors que serpens viendront circuir l’are,

Le sang Troien vexé par les Hespaignes :

Par eux grand nombre en sera fait tare :

Chief fuyct, caché aux mares dans les saignes.

 

Si « sang Troien » désigne généralement les Français chez Nostradamus, ici il est en rapport avec les Turcs sur le territoire desquels se trouve l’antique ville de Troie. Ils sont opposés en 1571 lors de la bataille de Lépante, dans le golfe de Patras, à la Sainte Ligue réunissant Espagne, Venise et papauté, dont la flotte est commandée par Dom Juan, demi-frère de Philippe II d’Espagne (« Hespaignes »).

Le premiers vers symbolise autant la menace musulmane sur la chrétienté (« are » du latin « ara », autel) que la tentative d’encerclement [1] (« circuir » : du latin « cicuire », faire un mouvement tournant) de l’aile droite chrétienne commandée par Gian Andrea Doria. Finalement les Turcs seront battus, mais le chef de l’aile gauche ottomane, Oulouch Ali, vice-roi d’Alger, pourra s’enfuire (« Chef fuyct » : le chef fuit), par le canal de sainte Maure, jusqu’à Prévésa, en face de l’antique Actium, à l’entrée du Golfe d’Arta qui est l’ancien Golfe d’Ambracie « miroir d’eau de 30 milles de long et de 10 de large, entouré d’un amphithéâtre de collines descendant en pente douce vers le rivage bordé, çà et là, de marécages [2] » (« saignes » ou « sagnes » : marais [3]).

Les Turcs perdirent 30 000 hommes sur 88 000 (« grand nombre en sera faict tare »), les Chrétiens environ 9000. 12 000 esclaves chrétiens seront délivrés de leurs fers [4].

 



[1] « Histoire de l’empire ottoman », sous la direction de Robert Mantran, Fayard, 1989, p. 491

[2] J.R. Hale, « Les grands combats sur mer, de Salamine au Jutland », Payot, 1932, p. 38

[3] Pierre Brind’Amour, « Les premières centuries », Droz, 1996, p. 73

[4] Paul Chack, « Deux batailles navales, Lépante et Trafalgar », Les éditions de France, 1935, p. 150-151

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