107 ans

107 ans ou 106 ans

 

I, 51

 

1595

 

Chef d'Aries, Juppiter & Saturne,

Dieu eternel, quelles mutations !

Puis par long siecle son maling temps retourne :

Gaule & Itale, quelles esmotions !

 

Du côté de chez Roussat

 

Roussat donnait la date de la conjonction de Jupiter et de Saturne au début du signe du Bélier : "la tresfameuse approximation & union de Saturne & Jupiter qui se fera pres de la teste d'Aries, l'an de nostre Seigneur mil sept cens & deux". Chaulveron donne la date du 22 mai 1702 au 6° degré du Bélier (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties: (édition Macé Bonhomme de 1555) de Nostradamus, 1996 - books.google.fr).

 

Jupiter et Saturne sont dans le Bélier depuis 21 avril 1702 (très proches le 27 mai) jusqu'au 28 avril 1703. Avec Mars du 10 janvier au 21 février (www.astro.com).

 

"maling temps"

 

Pierre Brind'Amour lie le "maling temps" à la planète maligne Saturne. Or Mars en est une autre.

 

Pour l'astrologue, «Mars» signifie la planète Mars tout simplement ! «Le mouton», le signe zodiacal du Bélier, précisément gouverné par Mars selon la Tradition astrologique (Jacques Dorsan, Retour au zodiaque des étoiles, Vous n'êtes pas né sous le signe que vous croyez, 1986 - books.google.fr).

 

...le dieu Mars, dieu des batailles, selon la fiction des poetes, estoit celluy qui avoit tousjours esté entreteneur des guerres & batailles, & que il n'estoit plus temps de guerre ne de martiales entreprinses, mais bien temps de paix & d'amour, & que ce dieu Mars, terrible, furieux & malin, debvoit estre extirpé, mys à sac & fouldroyé avec les infernaulx diables, si que de luy soit evacué le povoir & sa memoire extaincte (Le Livre de Podio, ou Chroniques d'Etienne Médicis, Bourgeois du Puy: publiées au nom de la Société académique du Puy, Tome 2, 1874 - books.google.fr).

 

Autre conjonction : an 1484, Luther et Christian Rosenkeutz

 

Fol. 123rb : «La 4a conjonction de Saturne et de Jupiter est assise en l'an 1484, en la 3e face de Onus [le Scorpion]...». Note marginale de Simon de Phares : «1484, 25 novembre» (Jean-Patrice Boudet, Lire dans le ciel, La bibliothèque de Simon de Phares, astrologue de XVe siècle, 1994 - books.google.fr).

 

Dans la gravure dédiée à la grande conjonction de 1484 (Le syphilitique, Dürer, 1496), on voit le soleil, la lune et quatre planètes (représentées par de petites étoiles) en conjonction dans le Scorpion, tandis que Mars est en Bélier : configuration néfaste à laquelle on attribuait l’irruption de la syphilis (artifexinopere.com).

 

Jupiter et Saturne sont dans le Scorpion du 13 juillet au 21 décembre 1484 (très proches en novembre) alors que Mars est dans le Bélier (10 juin au 1er août et 19 octobre au 17 décembre) (www.astro.com).

 

Jupiter et Mars sont dans le Scorpion du 19 septembre au 2 octobre 1378 (et Vénus depuis le 24 septembre au 18 octobre) alors que Saturne est dans le Bélier (6 avril au 7 novembre) (www.astro.com).

 

Le Saint Empire romain germanique fut le lieu de la plus intense effervescence de textes imprimés prédisant la survenue de maux terribles, annonciateurs d'une fin imminente. Beaucoup s'appuyaient sur des pronostications astrologiques. La plus influente fut le Pronosticon de Johannes Lichtenberger, édité au moins dix fois entre 1480 et 1490, avant d'être réimprimé encore à de nombreuses reprises jusque vers 1530 : étaient énumérés les effets néfastes de la grande conjonction planétaire de Saturne et Jupiter en 1484 et d'une éclipse du Soleil en 1485, qui prédisaient plusieurs décennies de guerres sanglantes, de destructions effrayantes, de famines et de pestes, de meurtres et de haine de Dieu (Denis Crouzet, Luther, le pape et les guerriers de Dieu, 2016 - www.lhistoire.fr).

 

Pour la Confessio, Christian Rosencreutz serait né en 1378. Or, cette année est celle à partir de laquelle deux papes régnèrent simultanément, l'un à Rome, l'autre à Avignon. En effet, cette année-là, Grégoire XI installa de nouveau le Saint-Siège à Rome, après plusieurs décennies à Avignon. Il mourut peu après et son successeur élu, Urbain VI, voulut réduire la magnificence des cardinaux, de sorte que ceux-ci se réunirent de nouveau et élurent un autre pape, Clément VII, qui s'empressa de retourner à Avignon. L'Église avait deux têtes, c'est ce que l'on nomme le «grand schisme». Celui-ci dura jusqu'au concile de Constance, réuni dans cette ville en 1414 et qui parvint à faire cesser cette division en 1417. Les manifestes rosicruciens parurent juste deux cents ans plus tard... Christian Rosencreutz est donc né l'année de la grande division de l'Église et, deux siècles après la réunification de celle-ci, le monde découvrira sa solution de «réformation de choses divines et humaines» destinée à leur réunification. La Confessio indique que Christian vécut cent six ans. Il est donc mort en 1484. Or, cette date est, pour certains, celle de la naissance de Martin Luther. Bien qu'elle ne soit pas connue avec certitude, des astrologues du début du XVIIe siècle la fixent en effet cette année-là. Faire mourir Christian Rosencreutz l'année de la naissance de Luther revient à créer une filiation spirituelle, une continuité de pensée entre le rosicrucianisme et la Réforme. C'est aussi prendre en compte une nouvelle division religieuse majeure pour laquelle la Fraternité apportait ses solutions (Jean-Claude Mondet, Du chevalier d'Orient... au chevalier Kadosch, Etude du quinzième au trentième degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, 2017 - books.google.fr).

 

On remarque que 1484 est égal à 14x106; 1378 à 13x106. Si on fait remonter la naissance de Jésus à l'année 1, début de son ère. Comme il est dit de la conception de la métempsycose des Druzes, L'âme d'un mort passe dans celle d'un vivant rapidement. Aussi on peut voir l'âme de Christian Rose-Croix passer en Luther, métaphore de la transmission d'une pensée religieuse. La mutation luthérienne de la religion chrétienne est manifeste.

 

Les guerres d'Italie commenceront en 1494 par la volonté de Charles VIII ("Gaule et Itale").

 

On oublie trop que le XVIe siècle a été un long siècle d'aventures civiles et militaires, avec les guerres d'Italie et de Religion (L'Abbaye bénédictine de Fécamp, ouvrage scientifique du XIIIe centenaire, 658-1958, Tome 1, 1959 - books.google.fr).

 

Les guerres de religions cessent momentanément en 1598 avec l'Edit de Nantes. De 1494 à 1598 on a 104 ans et 114 depuis 1484.

 

Autre conjonction : an 1

 

Une définition des "têtes du Bélier" rend compte de l'astronome Thebit (Nicolas B. Halma, Jean B. J. Delambre, Mathèmatikè syntaxis: Composition mathématique ou astronomie ancienne, Tome 1, 1816 - books.google.fr).

 

On a parlé de Thebit dans les interprétations des quatrains I, 54; I, 56; et VIII, 47.

 

Dans l'article de l'Encyclopédie consacré à Vanini, on peut lire sa critique de Cardan qui présente un horoscope de Jésus Christ.

 

Cardan prétend donc qu'il y a eu de si grandes merveilles & en fi grand nombre dans la constellation de Notre Seigneur, que, quand il ne faudroit s'arréter qu'aux raisons naturelles & astronomiques, ce Jesus doit avoir en tout ce qui peut résulter de grand & d'illustre du concours des astres: mais les principaux endroits qui le caractérisent doivent être la piété, la justice, la fidélité, la simplicité & la charité, non-seulement pour lui, mais aussi pour sa secte. [...]

 

C'est dans cette confiance dit-il, que j'ai trouvé à propos de publier cette horoscope, quoique je l'aie tenu secrette de puis plus de vingt ans par un scrupule de religion.» Ce font ces dernières paroles qui ont fait soupçonner Cardan; car pourquoi supprimer par un scrupule de religion une découverte, qui prouveroit invinciblement la divinite de la religion chrétienne, si elle étoit véritable ? Mais c'est que Cardan fait entrer certaines choses dans son horoscope qui ne font pas tout-à-fait d'accord avec les principaux points de notre créance; & voilà le scrupule qui l'a retenu.

 

Quoi qu'il en soit, voici l'horoscope; elle a dix caracteres très-rares & très-singuliers :

 

I. Premiérement, la conjonction des têtes de la balance du huitième & du neuvième orbe, nonseulement dans la section ecliptique avec le cercle de l'équinoxe, mais aussi en ce que la tête du bélier du petit cercle du huitième orbe est dans la même longitude avec la tête du bélier, qui fait le centre du petit cercle du neuvième orbe. Dé-là notre italien tire des inductions merveilleuses pour la durée du chriftianisme, & il avance hardiment qu'elle ira jusqu'à la six mille trentième année; ce qui est bien eloigné du calcul de Lactance, qui ne lui donnoit que cinq cens ans en tout, & de celui du docteur Craig, qui ne la pousse que jusqu'en trois mille cent cinquante-trois. [...]

 

VIII. Le huitième signe est une autre conjonction des têtes du bélier, lorsque Jupiter & Saturne se joignirent au cancer. Conjonction qui lui annonçoit une mort publique & honteuse (Encyclopédie Méthodique, Tome 36, 1793 - books.google.fr).

 

Il n'y a pas de conjonction de Saturne et Jupiter dans les années -7 à 1 (www.astro.com, www.astro.com).

 

Giulio Cesare Vanini, connu aussi sous le nom de Lucilio Vanini, né en 1585 à Taurisano en Terre d'Otrante, condamné au bûcher et exécuté à Toulouse le 9 février 1619, est un philosophe et naturaliste italien, considéré comme l'une des références du libertinage érudit.

 

Ce libre-penseur a fait partie de ceux qui, comme Giordano Bruno, en attaquant l’ancienne scolastique, ont contribué à jeter les bases de la philosophie moderne. Sa vie errante, sa mort tragique, ainsi que son parti pris antichrétien, ne sont pas sans rappeler Giordano Bruno.

 

En biologie, il «pose la question de l'évolution» à partir d'une réflexion sur le croisement du cheval avec une ânesse ou de la création de nouveaux cultivars et examine la possibilité que l'homme descende du singe (fr.wikipedia.org - Giulio Cesare Vanini).

 

Les deux planètes, Saturne et Jupiter, reviennent en conjonction simple tous les vingt ans environ dans un des 360 degrés du zodiaque. Cette conjonction peut même avoir lieu trois fois dans la même année, si Jupiter arrive en opposition un peu moins de deux jours après Saturne, ce qui est très rare. Ainsi, après la conjonction du 22 mai 1702, dont parle Lalande dans le passage que nous citons, Saturne arriva en opposition le 29 septembre à 7 h. 49 m. et Jupiter le 2 octobre à 16 h. 44 m. (Méridien de Paris.) L'écart des deux planètes fut alors trop grand pour que Jupiter pût rejoindre Saturne en rétrogradant. Il n'y eut, cette année-là, qu'une seule conjonction, celle du 22 mai. Nous verrons plus loin, p. 467, comment il y en eut trois en l'année de la naissance du Messie, 747 de Rome, et comment ces conjonctions eurent lieu près de la premiere constellation zodiacale, le Bélier (Théophile Mémain, La connaissance des temps évangéliques, 1886 - books.google.fr).

 

Ce qui met en rapport Luther et Jésus.

 

Selon Nicée, Jésus est vrai homme et vrai Dieu, unissant en lui la nature divine et la nature humaine, «sans confusion, sans mutation, sans division, sans séparation, les deux natures conservant chacune sa propriété,» sans que cela altère en quoi que ce soit l'unité de la personne. Enfin, dans l'Eglise d'occident, les résultats de l'évolution du dogme trinitaire et christologique furent fixés par le symbole dit d'Athanase, qui reproduit dans ses traits essentiels la conception d'Augustin; j'en détache les passages qui se rapportent à la personne du Christ : «[...] Or la vraie croyance est que nous croyions et confessions que notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est Dieu et Homme, Dieu de la substance du Père, engendré avant les siècles, et homme de la substance de sa mère, né dans le temps; Dieu parfait et homme parfait, en possession d'une âme raisonnable et d'une chair humaine, égal au Père quant à sa divinité et inférieur au Père quant à son humanité, lequel, bien que Dieu et Homme, n'est pas deux mais un seul Christ; un seul, non par le changement de la divinité en chair, mais par l'assomption de l'humanité en Dieu; un seul enfin, non par la confusion des substances, mais par l'unité de la personne. Car de même qu'une chair et une âme raisonnable font un seul homme, de même Dieu et l'homme font un seul Christ.» (Paul Lobstein, Études christologiques : la christologie traditionnelle et la foi protestante, 1894 - books.google.fr).

 

Lorsque le Verbe s'incarne, la mutation n'advient pas en lui, mais dans la nature humaine assumée, laquelle se trouve gouvernée, comme par son propre principe suprême, par la personne du Verbe. La volonté humaine du Christ fut à tel point ravie par l'Esprit Saint pour s'attacher au Verbe, qu'elle lui a entièrement abandonné le gouvernement de l'homme; et le Verbe en a pris personnellement la direction. En tant que premier principe de cet être théandrique, le Verbe faisait toutes choses. Aussi la volonté humaine cesse-t-elle d'être personnelle dans l'homme.

 

Le décret Post obitum de 1887 (prop. 27) 44a désapprouvé cette présentation (comme entachée sans doute de monothélisme). Certains textes rosminiens peuvent laisser l'impression d'un penchant (plus ou moins maîtrisé) pour le docétisme. Selon Rosmini, la vie divine s'est emparée à tel point du Christ, de sa chair sacrée, que l'union se manifestait par une transparence, une irradiation. De l'humanité du Christ émanaient des rayons divins, de sorte qu'à travers elle on pouvait entrevoir sa nature divine (Emilio Brito, Philosophie moderne et christianisme, Tome 2, 2010 - books.google.fr, Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Antonio Rosmini).

 

Sous Auguste, l'empire a alors quasiment acquis son extension maximale et, dans l'ensemble, les empereurs suivent le conseil de ne pas étendre les frontières de l'Empire qu'aurait donné Auguste à Tibère sur son lit de mort. La Bretagne (actuelle Grande-Bretagne) est conquise sous l'empereur Claude, en 53 apr. J.-C., et pacifiée sous le règne de Domitien, entre 77 et 82 apr. J.- C. Sous le règne de Néron, le général romain Corbulon soumet l'Arménie. Entre 74 et 90 apr. J.- C., sous les Flaviens, la région des champs Décumates, qui comprend les territoires germaniques situés entre le Rhin et le Danube, commence à être occupée, colonisée et fortifiée; c'est l'apparition du premier limes, qui témoigne de nouvelles préoccupations défensives de la part des empereurs, à l'apogée de la Pax Romana. Le règne de Trajan (98-117 apr. J.- C.) marque pourtant une reprise des conquêtes et annexions (Dacie, régions parthiques), avant la stabilisation des frontières. L'empire entreprend alors de se protéger derrière le limes, le cycle d'expansion s'achève (Bruno Dumézil, Les Barbares, 2016 - books.google.fr).

 

En 106, s'achève la deuxième guerre contre les Daces et la Dacie est transformée en province romaine, soumise à la pax romana et c'est alors qu'est fondée la première ville de Dacie, la Colonia Ulpia Traiana Sarmizegetusa (A. Diaconescu, I Piso, Apulum, La Politique édilitaire dans les provinces de l'Empire romain IIème-IVème siècles après J.-C., 1995 - books.google.fr).

 

Les Ismaëliens et les conjonctions

 

Les conjonctions de Saturne et de Jupiter entrent en considération de comput mystique chez les Ismaéliens. Selon leur théorie, elles se reproduisent d'une triplicité zodiacale à une autre (d'eau, de feu, de terre ou d'air) tous les 238 ans (Lettre à Henry - Jovialistes et Achem).

 

Les Frères de la Pureté, secte mystique ismaélienne, en parlent dans leur Encyclopédie constituée de 52 épîtres, rédigées à la fin du IXe et au début du Xe siècle. Ils ont inspiré les Druzes, chez qui le jeudi est un jour cultuel important, et dont le quatrain précédent I, 50 ferait mention.

 

L'homme, roi de la création, est sur la limite du monde corporel et du monde spirituel, parce que sa nature participe à la fois de la Raison, de l'Ame et de la Matière. Ainsi est composé un microcosme correspondant au macrocosme. Le mouvement des sphères célestes est engendré par l'Ame universelle et de ce mouvement dérivent tous les mouvements d'ici-bas. Or la cause première de ce mouvement est la tendance de l'Ame vers la Raison, de l'imparfait vers le parfait, et cette tendance prouve que l'univers a été créé, car s'il était éternel, il serait parfait et conséquemment n'éprouverait aucun besoin de se mouvoir. La tendance en question est ce qu'on appelle l'amour, et il s'observe à tous les degrés de l'échelle des êtres, sous différentes formes. Lorsque le mouvement de retour de la création vers sa source sera terminé, le but sera atteint et la création entière rentrera dans le repos, c'est-à-dire, dans le sein de la divinité. C'est ce que les Frères de la Pureté considèrent comme la grande résurrection. Ce système n'appartient pas seulement aux Ikhwân as-Safâ. Toutes les sectes philosophiques musulmanes l'avaient adopté. Il se retrouve chez les Soufis et chez les Ismaélis. La théorie cosmogonique de ces derniers et de leurs successeurs, les Druzes, est, abstraction faite de certains détails, absolument identique à celle des Frères de la Pureté. Il ne serait pas impossible que des liens secrets eussent rattaché les loges de ces derniers à celles des Ismaélis. C'est d'ailleurs ce que nous donnent à entendre les docteurs orthodoxes, qui enveloppent tous ces hérétiques dans une même réprobation. Ibn Taimiyyah parlant des Nosairis, branche des Ismaélis, s'exprime en ces termes à leur égard : «Tantôt ils s'appuient sur les opinions des matérialistes, etc.; à l'imitation des Frères de la» Pureté, tantôt ils suivent les principes des philosophes et des mages, adorateurs de la vache,» et plus loin : «Ils détournent de son vrai sens une parole» venue du Prophète, à l'instar des Frères de la Pureté et de ceux qui leur ressemblent; leurs croyances sont les mêmes.» En effet, en ce qui concerne les traditions et le Koran lui-même, les Frères de la Pureté, n'osant sans doute les passer sous silence dans leurs écrits, prirent le parti de les interpréter symboliquement. Or l'explication allégorique du Koran est précisément ce qui distingue la secte des Ismaélis. C'est même pour cela qu'ils ont reçu le nom de Bâtinis. [...] Les traités des Frères de la Pureté se répandirent en Espagne, dès le XIe siècle, et durent exercer une grande influence sur notre philosophie et notre théologie scolastiques (S. Guyard, sur Die Lehre von der Weltseele bei den Arabern im X. Jahrhundert, von Dr Fr. Dieterici) (Revue critique, 1873 - books.google.fr).

 

1595 - 1702

 

De 1595 à 1702 il y a 107 ans. On remarque que le quatrain I, 49, daté de 1593 selon la méthode de ce site, parle explicitement de l'an 1700. Il y a encore 107 ans. Un long siècle (au singulier dans toutes les éditions).

 

107 ans

 

Cette expression ne figure pas dans les recueils de locutions françaises. Elle ne relève pas au surplus d'un langage très académique mais bien plutôt de l'argot populaire. Les classiques l'ignorait totalement, et - à noter - les langues étrangères ne possédait pas d'équivalent sous cette forme. Le nombre 107, véritable miroir à alouettes fascine les chercheurs qui basent sur lui leurs explications ou essayent tout au moins de le faire ce qui conduit aux plus invraisemblables suggestions, du genre de celles qu'on trouve par Pi : s'appuyer sur la Genèse et les évangélistes pour justifier une expression française, vulgaire et moderne, ce me semble dépasser les limites permises! Qu'est-ce donc que ce fameux 107, sinon un modeste nombre premier ? Il n'a aucune signification scientifique ou autre. Ce n'est pas une constante au sens mathématique, astronomique, physique, etc., du mot. Ce n'est ni Pi ni e, ni le 7 de l'Ecriture sainte, ni le 13 fatidique. Hypothèse : 107 ne pourrait-il pas constituer le début d'une proposition verbale déformée et tronquée dans sa transmission d'un individu à un autre ? (Rappelant, en cela certain jeu de salon pratiqué au temps de notre adolescence). Dans cet esprit, attendre 107 ans proviendrait de : Attendre sans s'éteindre... Donnera qui pourra un sens concret et la suite voulue à cette interprétation... A qui en tiendrait encore pour le nombre 107, je signalerais sans plus de commentaires que Montaigne dans son Journal de voyage (séjour à Rome), p. 199 de l'éd. de P. d'Espezel, fait allusion à la cérémonie de «l'aumône des pucelles» réunies le dimanche de la Quasimodo (1581?) au nombre de cent et sept (F. de Vair) (L'Intermediaire des Chercheurs et Curieux, Volume 10, 1960 - books.google.fr).

 

On a parlé de la durée de construction de Notre Dame de Paris, de la guerre de Cent ans plus celle de Sept ans, de l'attente du Messie.

 

On peut alors rechercher d'autres périodes historiquement attestées, mais toutes les conjectures se heurteront à cette évidence : l'expression, populaire, ne semble pas remonter au-delà du XXe siècle ! Il est donc plus vraisemblable que cent sept ne soit que fictif et que la période très longue symbolisée par cent sept ans ne vaille que parce qu'elle excède celle de la vie humaine. L'âge de cent ans est déjà une exceptionnelle échéance. Sept, nombre fétiche, par ailleurs symbole par ailleurs symbole biblique de totalité et d'achèvement (sept jours, sept cieux, sept sceaux, sept trompettes, sept églises, sept péchés, sept fléaux, etc.) aurait logiquement été ajouté à cent pour exprimer une durée difficile à dépasser, du moins à l'aune d'une existence (Jean Maillet, 500 expressions populaires décortiquées, 2017 - books.google.fr).

 

Alcool de citron

 

Le Cent-Sept-Ans figure dans de nombreux ouvrages, entre autres dans un livre publié à la fin du Second Empire, le Traité de la fabrication des liqueurs, par P. Duplais ainé (3e éd. par Duplais jeune, Paris, Gauthier- Villars, 1866-1867, 2 vol. in-8°), où l'on trouve sept formules différentes (t. Ier, p. 271, 275, 279, 284, 364, 365, 367). Le cent-sept-ans est une liqueur composée d'alcoolat de citron, d'eau de roses, d'alcool, de sucre et d'eau. Son nom lui venait sans doute de la longévité que devaient atteindre ceux qui en faisaient usage (Œuvres complètes de Honoré de Balzac, Marcel Bouteron, Henri Longnon, 1952 - books.google.fr).

 

cent-sept-ans, s.m. — 1830 — «il (l'épicier) vend le cent-sept-ans au soldat». Balzac, l'Epicier, 21, 270. — 1843 — «Une petite goutte réjouit Venez avec moi... justement l'voisin a un petit cent-sept-ans... une violette.» Dupeuty et Cormon, Les Cuisines Parisiennes, I, XII (Datations et documents lexicographiques, Vol 3, 1965 - books.google.fr).

 

Dans certaines provinces, on se transmet des vieilles recettes régionales de vin cuit. Balzac nous fournit l'une d'elles : "Dans le Morvan, ce vin cuit... est un breuvage assez cher qui joue un grand rôle dans la vie des paysans et que savent faire, plus ou moins admirablement, les épiciers ou les limonadiers, là où il existe des cafés. Cette liqueur, composée de vins choisis, de sucre, de cannelle et autres épices, est préférée à tous les mélanges de l'eau-de-vie appelée ratafia, cent sept ans, eau des braves, cassis, vespréto, etc." (Balzac, Les paysans, 1845) (Luc Bihl-Willette, Des tavernes aux bistrots: histoire des cafés, 1997 - books.google.fr).

 

La première liqueur à base d'alcool a, semble-t-il, été inventée au XIVe siècle par Amault de Villeneuve pionnier de la distillation dont nous avons déjà parlé. Elle devait par la suite jouir d'un certain engouement sous le nom d'eau-de-vie de Dantzig. La paternité de la fabrication actuelle des liqueurs paraît revenir aux Italiens. Au XVIIe siècle apparurent en France le populo, et le Rossolis importés d'outre-Alpes et composés, suivant la méthode moderne, d'eau-de-vie, de sucre et d'essences de plantes. Sous Louis XV, commença la vogue de toute une catégorie de liqueurs suaves, doucereuses, pommadeuses un peu et tendres comme leur nom, crème des Barbades, baume des Iles, huile de Vénus ou Parfait amour, que les seigneurs tout à l'ambre de l'ancien régime léguèrent aux guerriers du premier Empire et que, peu à peu, les bourgeois de Louis-Philippe et leurs altesses électorales les citoyens souverains d'aujourd'hui remplacèrent par les amers, les bitters, le genièvre et l'absinthe. Qui songerait désormais à acheter ou à vendre le vespetro, l'huile de roses, le cent sept ans ou la crème de céleri dont Cagliostro avait inventé la recette ? Qui connaît même de nom le Délice de Rachel, l'eau virginale ou de la Pucelle, la crème de rubans secs, voire l'esprit de Chateaubriand? On sourit en lisant, pieusement conservée pour l'histoire, dans les archives du distillateur érudit, la formule d'un élixir de Raspail qui, en son temps, faisait fureur : «liqueur hygiénique et de dessert» où l'aloès et le camphre jouaient un rôle décisif, — le camphre, vers 1850, fut une panacée universelle. — Et que penser des célèbres «liqueurs de la veuve Amphoux,» parmi lesquelles figurait le baume humain, confectionné avec de la myrrhe, du beujoin en larmes, de l'eau de roses et un baume du Pérou ? (Georges d'Avenel, Le mécanisme de la vie moderne - L'alcool et les liqueurs, Revue des deux mondes, 1899 - books.google.fr).

 

On peut remonter encore jusqu'en 1822 dans une pièce de théâtre se déroulant dans une ville de garnison : "votr' ratafiat de cent sept ans" (Nicolas Brazier, Jean Toussaint Merle, Pierre-Frédéric-Adolphe Carmouche, Sans tambour ni trompette, comédie-vaudeville en un acte, 1822 - books.google.fr).

 

Théophraste : 107 ans et citron

 

Théophraste mourut accablé d'années et de fatigues, et il cessa tout à la fois de travailler et de vivre. Toute la Grèce le pleura, et tout le peuple athénien assista à ses funérailles. L'on raconte de lui que, dans son extrême vieillesse, ne pouvant plus marcher à pied, il se faisoit porter en litière par la ville, où il étoit vu du peuple, à qui il étoit si cher. L'on dit aussi que ses disciples, qui entouroient son lit lorsqu'il mourut, lui ayant demandé s'il n'avoit rien à leur recommander, il leur tint ce discours : «La vie nous séduit, elle nous promet de grands plaisirs dans la possession de la gloire; mais à peine commence-t-on à vivre, qu'il faut mourir. Il n'y a souvent rien de plus stérile que l'amour de la réputation. Cependant, mes disciples, contentez-vous : si vous négligez l'estime des hommes, vous vous épargnez à vous-mêmes de grands travaux ; s'ils ne rebutent point votre courage, il peut arriver que la gloire sera votre récompense. Souvenez-vous seulement qu'il y a dans la vie beaucoup de choses inutiles, et qu'il y en a peu qui mènent à une fin solide. Ce n'est point à moi à délibérer sur le parti que je dois prendre, il n'est plus temps : pour vous, qui avez à me survivre, vous ne sauriez peser trop mûrement ce que vous devez faire.» Et ce furent là ses dernières paroles. Cicéron, dans le troisième livre des Tusculanes, dit que Théophraste mourant se plaignit de la nature, de ce qu'elle avoit accordé aux cerfs et aux corneilles une vie si longue et qui leur est si inutile, lorsqu'elle n'avoit donné aux hommes qu'une vie très-courte, bien qu'il leur importe si fort de vivre longtemps; que si l'âge des hommes eût pu s'étendre à un plus grand nombre d'années, il seroit arrivé que leur vie auroit été cultivée par une doctrine universelle, et qu'il n'y auroit eu dans le monde ni art ni science qui n'eût atteint sa perfection. L'opinion commune a toujours été qu'il avoit poussé sa vie au-delà de cent ans; et Saint-Jérôme, dans une lettre qu'il écrit à Népotien, assure qu'il est mort à cent sept ans accomplis, frappé de la maladie dont il mourut, regretta de sortir de la vie dans un temps où il ne faisoit que commencer à être sage (Les caractères de Théophraste: Avec Les caractères, ou Les moeurs de ce siècle, Tome 1, Adrien Destailleurs, 1861 - books.google.fr).

 

On récolte à Soller dans les îles Baléares une espèce de citron doux appelés citrons de Saint-Jérôme; ils sont assez estimés. Ce fruit recouvert d'une écorce semblable à celle du citron ordinaire, est gros comme la tête d'un enfant. Une chair blanche et d'une saveur agréable (Archives du Commerce, Volumes 5 à 6, 1834 - books.google.fr).

 

C'est Théophraste qui, le premier, nous fournit la description du citronnier dans son Histoire des plantes. Si le citron était connu avant Théophraste, comme le suppose un peu gratuitement M. Kircher, dans son excellente étude sur les écrits botaniques de Théophraste, il est certain cependant que le philosophe d'Erésus est le premier à en parler. C'est la description de Théophraste qui a été suivie, comme nous le verrons bientôt, jusqu'au troisième siècle de notre ère. «L'Orient et le Sud, dit-il, possèdent des animaux et des plantes qui leur sont propres; ainsi en Médie et en Perse, il existe, entre autres, une pomme dite médique et persane. L'arbre a des feuilles semblables et presque identiques à celles de l'adrachnée (espèce d'arbousier), des épines comme le poirier sauvage ou comme l'oxyacanthe, mais lisses, très pointues et fortes. On ne mange pas son fruit, dont l'arome est pourtant excellent, tout comme celui de ses feuilles. Placé entre les vêtements, il les préserve des vers. Pris comme breuvage, il est utile contre le poison ; administré dans du vin, il fait évacuer le poison. Il sert aussi à rendre l'haleine saine : si, après l'avoir fait bouillir, on en exprime le jus dans la bouche et qu'on l'avale, l'haleine devient excellente» Théophraste parle ensuite de la culture de cet arbre sans le décrire d'une manière plus précise. Cette description si vague laisse supposer que quelques fruits avaient été rapportés en Grèce par des soldats d'Alexandre, mais que le citronnier y était inconnu. Virgile ne fait que traduire poétiquement la description de Théophraste, et indique assez clairement que, de son temps, on ne mangeait pas le citron à Rome (Adolf de Ceuleneer, De la signification des mots negotiator citriarius, Bulletins de l'Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, 1891 - books.google.fr).

 

Theophraste, & Pline apres luy, escripuent, que les solives & planchers des temples se faisoyent, anciennement de bois de citron, à cause de la durée de l'estoffe qui ne pourrit iamais. le meuble de ce bois est extrêmement riche (L'asne d'or ou les métamorphoses de Luce Apulee philosophe Platonique ; illustré de commentaires apposez au bout de chacque livre, qui facilitent l'intention de l'auteur, traduit par Montlyard, 1602 - books.google.fr).

 

Théophraste est un philosophe de la Grèce antique né vers-371 à Eresós (Lesbos) et mort vers -288 à Athènes. Élève d’Aristote, il fut le premier scholarque du Lycée, de -322 à sa mort ; botaniste et naturaliste, polygraphe ou encore alchimiste. La spécialité de Théophraste était l’étude des sciences naturelles et plus particulièrement celle des plantes, sujet de deux de ses ouvrages : Histoire des plantes et Causes des plantes (fr.wikipedia.org - Théophraste).

 

Citron médicinal

 

I'obmets le Citron, qui en son ius est par le dedans caustique, aperitif & refrigeratif, & en son écorce chaud outremesure, pour alleguer le rechigné & mal poli Saturne (Antoine Fuzy, Le mastigophore, ou, Precurseur du Zodiaque, 1609 - books.google.fr).

 

Les mesures que recommande André du Laurens, premier médecin d'Henri IV, sont plus nombreuses, plus raffinées que celles de Constantin l'Africain. Pour ce médecin qui soigne des nobles et des rois, l'amélioration de l'air fait l'objet d'instructions délicates : le médecin se fait parfumeur. Il ne suffit pas d'orienter la chambre vers le levant, il faut «jeter dans la chambre force fleurs de roses, violes, nénuphars». La fleur d'oranger, les écorces de citron, le storax viennent encore ajouter leurs senteurs. On disposera des bassins remplis d'eau chaude, pour combattre la sécheresse de l'air. Et comme l'air n'est pas seulement chargé d'odeurs, mais encore parcouru d'images et de rayons lumineux, il faut prendre garde aux couleurs parmi lesquelles le malade va se trouver (Jean Starobinski, L'Encre de la mélancolie, 2013 - books.google.fr).

 

En 1555, Nostradamus rédige, un ouvrage marquant sur la confiserie : le Traité des fardements et confitures. Nostradamus enseigne comment «confire petits limons et oranges tout entiers, coings en quartiers avec le sucre pour faire du cotignac, du pignolat, du sucre candi, des sirops, des poires confites et de la tarte de massapan» (fr.wikipedia.org - Fruit confit, Jean François Revel, Culture and Cuisine: A Journey Through the History of Food, 1982 - books.google.fr).

 

Le duc de Guise, un peu avant son assassinat à Blois en 1588, 7 ans avant 1595, demande des écorces de citron pour se soulager de ses émotions, se doutant du péril qu'il encourrait.

 

Le Conseil estant assis sur les huit heures, & disputant du fait que le sieur de Petremol auoit proposé : le Duc de Guise sent d'estranges eslancemens en son ame, des esmotions extraordinaires, son esprit estant le prophete du malheur qui le suiuoit, il sentist sur ceste deffiance vn affoiblissement de coeur, dit à l'Huissier du Conseil qu'il allast demander de l'escorce de citron audit Sainct Prix, lequel lui enuoya quelques prunes de Brignoles, & raisins de Damas dont il mangea, & mit le reste dans vn drageoir d'argent qu'il portoit (Pierre Matthieu, L'histoire des derniers trovbles de France: Soubs les regnes des roys tres-chrestiens Henry III. roy de France & de Pologne; & Henry IIII. roy de France & de Nauarre, 1604 - books.google.fr).

 

Citron entre Gaule et Italie, et en Iraq

 

L'opinion la mieux fondée est que le Bigaradier a été inconnu aux anciens peuples dont il nous reste des traditions particulières, qu'il est originaire des contrées de l'Inde situées au-delà du Gange, et que les Arabes l'en rapportèrent vers le dixième siècle, et le répandirent dans tous les pays où ils avaient établi leur empire. M. de Sacy, dans les notes qu'il a ajoutées à sa traduction d'Abd-Allatif, dit que le Citron rond, qui est notre Bigarade, a été apporté de l'Inde postérieurement à l'an 300 de l'hégire; qu'il fut d'abord semé dans l'Oman, de là porté à Basra ou Bassora, dans l'Irack-Arabi, et qu'il devint trèscommun dans les maisons des habitans de Tharse et autres villes de la Natolie, à Antioche, sur les côtes de la Syrie, dans la Palestine et en Égypte. Aucun auteur n'a fixé l'époque à laquelle le Bigaradier commença à être cultivé sur les bords de la Méditerranée; on trouve seulement, dans l'écrivain arabe Ebn-El-Awam, que cet arbre était cultivé à Séville vers la fin du douzième siècle, et, dans Hugues Falcande et Nicolaüs Specialis, qu'il embellissait les jardins de la Sicile en 1150; enfin, selon l'histoire du Dauphiné, cet arbre était, en 1336, un objet d'agrément et de commerce pour la ville de Nice (Pierre Auguste Joseph Drapiez, Herbier de l'amateur de fleurs: contenant gravés et coloriés, d'après nature, les végétaux qui peuvent orner les jardins et les serres, Tome 1, 1828 - books.google.fr).

 

Parmi les orangers, le bigarradier ou oranger à fleurs, originaire de l'Inde, fut importé par les Croisés en Italie, d'où il nous parvint et, dès 1332, Nice faisait déjà le commerce de ses fruits et de ses fleurs, heureux prélude de l'industrie des parfums (Revue horticole, Volumes 131 à 132, Société nationale d'horticulture de France, 1959 - books.google.fr).

 

Les îles d'Hyères sont nommées Stoëchades (ce qui signifie rangées en ligne) par le géographe grec Strabon. Ce n'est que bien plus tard qu'elles furent appelées en français îles d'Orient, puis îles d'Or sous la Renaissance en raison des oranges qu'elles produisaient (mala aurea) avant de prendre le nom d'îles d'Hyères (fr.wikipedia.org - Îles d'Hyères).

 

Menton, longtemps fief des Grimaldi, actuelle dernière ville française avant la frontière italienne au sud-est du pays, était devenue la capitale du citron dont la culture fut encouragée et développée à partir de la Renaissance. C'est que depuis le XVe siècle les agrumes ont fait la richesse du pays mentonnais et de la principauté de Monaco (www.nicematin.com).

 

Les Stechades sont mentionnées dans la Lettre à Henry.

 

Mutations

 

Pour un grand nombre d'auteurs antiques, il s'agit là bien plutôt de deux conditions extrêmes revenant selon le cycle de la Grande année cosmique déterminée par le mouvement des astres ; sous forme radicale, cela implique des destructions périodiques du monde par l'eau et par le feu. Sous forme atténuée, c'est en gros la conception d'Aristote et de ses successeurs (ainsi Albert le Grand au XIIIe siècle) où le déplacement des rivages est lui-même induit par les changements de climats ; Albert de Saxe préfère attribuer ces modifications des climats au déplacement de l'apogée solaire plutôt qu'aux conjonctions planétaires selon Sénèque, ou qu'à la précession des équinoxes. Quant à l'invasion de la mer sur le continent attestée par les trouvailles de fossiles marins et d'agrès prétendus de navires loin dans les terres, fallait-il y voir des inondations ou déluges mineurs, dus à l'augmentation des pluies, ou encore à des mouvements du fond marin (Strabon) ? Ou bien s'agissait-il d'un phénomène beaucoup plus vaste et global de permutation lente des terres et des mers ? Pour Aristote le monde éternel soumis à des lois d'évolution uniforme n'est que modulé par la Grande année ; ce qui est mer peut devenir terre et vice versa, en fonction de la formation et de la disparition des fleuves : car depuis Hérodote chacun sait que le Nil (et d'autres fleuves) a conquis son delta sur la mer. Strabon et Polybe affirment expressément que des fosses marines profondes, telles le Pont (Mer Noire), seront avec le temps entièrement comblées par les apports des fleuves affluents, tandis que la mer gagnera insensiblement ailleurs ; au XIIe siècle de notre ère, Averroès de Cordoue reprendra cette grande pensée dans ses commentaires d'Aristote. Corrélativement, l'érosion doit forcément niveler les continents, mais des textes grecs décisifs sur ce sujet n'ont pas été conservés. Ovide du moins, en deux vers fameux, affirme cette toute-puissance de l'érosion, si attentatoire au sens commun attaché à vénérer les montagnes comme l'inébranlable siège des majestés divines. Il semble que Théophraste, l'élève d'Aristote, enseignait et critiquait cette théorie. (François Ellenberger, A l'aube de la géologie moderne: Henri Gautier (1660-1737), 1975 - books.google.fr).

 

Pour construire leur Géologie, les Frères de la Pureté paraissent avoir mis à contribution, d'une part, la théorie des philosophes que combattait Théophraste et, d'autre part, l'enseignement de Straton de Lampsaque (Pierre Maurice Marie Duhem, La physique parisienne au XIVe siècle, 1913 - books.google.fr).

 

Vers la fin du Xe siècle, une confrérie savante et spiritualiste de Bassorah, les «Frères de Pureté et de la Sincérité», a produit une Å“uvre à caractère encyclopédique dont la partie consacrée aux mutations de la nature reprend les vues d'Aristote: Sache, Ô ! mon frère, que ces endroits changent et se transforment à travers les époques, les régions de montagnes devenant des champs et des déserts, les champs devenant des mers [...] ; les mers devenant des montagnes.... L'exposé s'appuie sur des observations naturalistes qui lui donnent une vigueur particulière. On devine sans peine comment ces descriptions ont pu être inspirées par les paysages de régions situées à l'extrémité nord occidentale du golfe Persique : limites indécises et changeantes de la terre et de la mer sur l'étendue du Chott-el-Arab proche de Bassorah, avec au NE les premiers reliefs escarpés des montagnes du Zagros, et au Sud l'étendue infinie du désert d'Arabie. Les «Frères» poursuivent : Nous voulons décrire partiellement comment se forment les montagnes et les mers, comment l'argile malléable devient pierre, comment les pierres se brisent et deviennent cailloux et sables, comment les écoulements fluviaux les transportent vers les mers par l'intermédiaire des rivières et des fleuves, et comment, à partir de cela, se transforment l'argile et le sable en roches et en montagnes, dans le fond des mers [...]. Les mers, à cause de la force de leurs vagues, de l'intensité d'agitation et de son bouillonnement, déposent ces sables, cette argile et ces cailloux dans son fond, couche sur couche au cours du temps et à travers les époques.... On ne peut qu'apprécier la qualité naturaliste de cette relation d'événements dans laquelle on reconnaît l'enchaînement des phénomènes d'érosion, de transport, de sédimentation, de formation des strates, de transformation des sédiments en roches (processus de lithification ou de «pétrification»), lesquelles seront à leur tour soumises à l'érosion, etc.. La cause invoquée des permutations cycliques des terres et des mers paraîtra plus discutable (Christian Montenat, Mers disparues et âges du monde, Sous la mer: le sixième continent : actes du colloque international tenu à l'institut catholique de Paris, 8-10 décembre 1999, 2001 - books.google.fr).

 

Alchimie

 

Les livres alchimiques de Jâbir reposent sur des observations expérimentales. En les lisant, malgré le voile qui les couvre parfois, on se rend compte de la distance parcourue depuis les écrits gréco-égyptiens. Il s’agit dorénavant d’une science expérimentale fondée sur l’observation, dissociée complètement de la magie avec laquelle elle forma un couple solide durant des siècles. [...] Jâbir semble être l’inventeur d’équipements de laboratoire tels que l’alambic. Il mit au point le système de la balance, d’une nécessité absolue pour le chercheur. Il découvrit l’acide chlorhydrique (à partir de chlorure de sodium) et l’acide nitrique (à partir de salpêtre). «En mélangeant les deux, il inventa l’eau régale, qui est l’un des seuls réactifs chimiques qui permettent de dissoudre l’or». C’est également à Jâbir qu’est attribuée la découverte de l’acide citrique (à partir de l’acidité du citron), de l’acide acétique (à partir de vinaigre) et de l’acide tartrique (à partir de résidus de vinification). [...] C’est principalement, l’école des Ikhwân as-Safa, des Frères de la Pureté, adepte d’une doctrine d’obédience chiite ismaélienne, qui continuera ensuite à produire des écrits en hermétisme durant la première moitié du Xeme siècle. L’encyclopédie des Frères de la Pureté est constituée de cinquante-deux épîtres englobant des domaines divers tels que les mathématiques, les sciences de la nature, les sciences psychologiques et rationnelles ainsi que les sciences théologiques. Ce sont essentiellement les épîtres sur les sciences de la nature qui renferment le point de vue des Frères de la pureté sur l'alchimie qui es ici beaucoup plus spirituelle que chimique. Le chercheur Yves Marquet, un ouvrage très documenté (La philosophie des alchimistes et l’alchimie des philosophes, 1988), tente de comparer les approches sur l'alchimie de Jâbir ibn Hayyân et des Frères de la Pureté. La majorité des chercheurs conviennent que les Ikhwân et leurs Rasâ’il appartiennent au mouvement ismaélien et ont été composées avant l'an 950 (Kacem Aït Salah Semlali, Histoire De L'Alchimie Et Des Alchimistes Au Maroc, 2015 - archive.org).

 

Une difficulté initiale naît du fait qu'aucune épître des Ikhwân ne traite de l'alchimie, mais qu'il est question de cette discipline dans celles qui sont relatives aux proportions arithmétiques et géométriques, à la musique, aux minéraux, à la magie. Dans l'analyse qu'il présente des autre épltres en question, M. Marquet met naturellement l'accent sur les données alchimiques qu'elles contiennent, mais il doit se montrer prudent, car les Ikhwân, à la manière de Jâbir, précisent qu'ils n'ont pas exposé la magie et notamment l'alchimie, de façon claire, de peur que les épltres ne tombent entre les mains des méchants. De toute façon, ajoute-t-il, « l'analogie entre le système alchimique jâbirien et celui des Ikhwân ne saute pas aux yeux Â». Cependant, une similitude assez frappante apparaît par exemple dans la tentative des seconds visant à ramener â une formule simple tout le mystère de la création par l'adoption d'un principe fondamental de la science de Jâbir, celui de la Balance, qui parait tout de même beaucoup moins nuancé chez eux, car il ne concerne, outre la Balance du Jugement dernier, que les poids et mesures employés pour les choses matérielles et les critères utilisés par la langue et par la conscience. Étant donné qu'Yves Marquet a consacré jadis sa thèse à la philosophie des Ikhwân, il ne s'étend pas sur ce sujet, mais analyse plus longuement les idées philosophiques de Jâbir. Cette partie est suivie d'une étude éclairante de l'Ismâ'îlisme de ce dernier qui est très obscur et difficile â dégager. En conclusion, il relève, outre la proximité des deux corpus dans le temps, la similitude que présentent la langue et les problèmes posés, même si les solutions proposées diffèrent, d'autant que si, chez Jâbir, l'essentiel est l'alchimie, la philosophie étant pour lui secondaire, c'est le contraire qui est vrai pour les Ikhwân. Enfin, il émet prudemment une hypothèse sur la collaboration possible de certains auteurs aux deux littératures (Charles Pellat) (Livres offerts. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 133e année, N. 1, 1989 - books.google.fr).

 

On sait que dans la littérature alchimique, la pseudépigraphie est un phénomène fréquent. Dans le corpus, nous pouvons trouver mentionnés comme auteurs alchimiques Platon, Aristote, Démocrite, Théophraste. Mais Olympiodore et Stéphanus, comme le remarque Westerink, constituent du point de vue chronologique, des cas-limites entre ces attributions manifestement fausses et les attributions authentiques à des personnages connus, comme Psellos (Cristina Viano, Quelques aspects théoriques et méthodologiques des commentaires alchimiques gréco-alexandrins, Le commentaire entre tradition et innovation: actes du colloque international de l'Institut des traditions textuelles, Paris et Villejuif, 22-25 septembre 1999, 2000 - books.google.fr).

 

Théophraste, élève d'Aristote (371-286 avant notre ère) dressa les premières listes des minéraux connus et tenta de les classer. On peut l'appeler à juste titre le fondateur de la minéralogie et fie la botanique (Alexandre Fersman, La Géochimie récréative, 1958 - books.google.fr).

 

Ce n'est que très progressivement que le terme ("metallon", sans perdre son sens primitif de «mine», a pris celui de «métal» : car «la spécialisation de "metallon" au sens de «métal» n'apparaît avec toute la clarté désirable que dans la langue tardive d'un petit nombre de traités spéciaux, tels que les textes astrologiques. Au terme de son évolution en grec ancien, ce mot sert à désigner globalement sept corps qui sont l'or, l'argent, le cuivre, le plomb, le fer, l'étain, ainsi que tantôt l'électrum tantôt le verre. Quant au mot latin metallum, à l'exception d'un certain nombre de textes tardifs, il n'a jamais été vraiment spécialisé pour désigner les métaux, car, jusqu'à la fin de l'Antiquité, il a aussi été appliqué à des substances non métalliques. [...] Le Traité des Métaux de Théophraste est perdu (Revue d'histoire des sciences, Volume 30, 1977 - books.google.fr).

 

Le problème majeur de l'alchimie arabo-latine sera sa compatibilité avec le nouvel Aristote. À la fin du livre III des Météorologiques, Aristote promettait un exposé détaillé sur les métaux et les minéraux non métalliques. Ce plan n'est pas réalisé dans l'actuel livre IV, traité primitivement indépendant joint aux Météorologiques par la tradition grecque. Les écrits de Théophraste, qui comblent la lacune, sont restés inconnus des Latins du Moyen Âge (Rushdi Rashid, Histoire des sciences arabes: Technologie, alchimie et sciences de la vie, Volume 3, 1997 - books.google.fr).

 

Paracelse est un surnom dont on ignore le sens exact ; le nom complet de celui qui le portait semble être Auréole Philippe Théophraste Bombast ab Hohenheim. Encore de tous ces noms, seul Théophraste est-il réellement assuré ! Sa date de naissance n'est guère mieux connue et varie entre le 10 novembre 1493 et le 1er mai 1494 à Einsiedeln  mort en 1543 (Jacques Sadoul, Le grand art de l'alchimie, 1973 - books.google.fr).

 

Saturne, siècle et Théophraste

 

S. Jérôme, liv. II contre Jovinien, c. 9 (al. 2) : «Dicéarque, dans ses livres d'antiquités et dans sa description de la Grèce, rapporte que, sous Saturne, c'est-à-dire au siècle d'or, quand la terre produisait tout d'elle-même, personne ne mangeait de viande, mais que tout le monde vivait des légumes et des fruits que la terre sans besoin de culture faisait sortir de son sein. Xénophon, dans ces huit volumes où il déroule la vie de Cyrus, roi des Perses, assure que ce peuple ne vivait que de farine d'orge, de cresson, de sel et de pain grossier. Le même Xénophon, Théophraste et presque tous les historiens de la Grèce nous vantent la modeste table et la frugalité des Lacédémoniens (Pierre Canisius (1521 - 1597), Le grand catéchisme de Canisius ou Précis de la doctrine chrétienne: appuyé de témoignages nombreux de l'écriture et des pères (1554), 1859 - books.google.fr).

 

Une bonne partie du deuxième livre du traité de Porphyre est consacrée à une critique des sacrifices d'animaux empruntée pour une large part à Théophraste. Elle est elle aussi centrée sur les dangers qu'ils représentent pour celui qui mangerait la chair des victimes. Leur consommation pourrait introduire en eux des âmes étrangères et troubler leur accès au Dieu suprême. [...] Les Frères de la Pureté seraient les premiers, ailleurs qu'en Extrême-Orient, à poser le problème de la légitimité de la domination de l'homme sur les animaux. Le débat à ce propos occupe le plus clair d'une de leurs«épîtres» qu'on a pu appeler l'Épître des animaux (Rémi Brague, Le Propre de l'Homme: Sur une légitimité menacée, 2015 - books.google.fr).

 

Rabelais cite Théophraste six fois, à propos d'histoire naturelle. Son Historia plantarum était le traité de botanique ancien le plus lu, après Pline. Il était généralement publié à la suite des œuvres d'Aristote. Il figure, par exemple, dans l'édition Aldine de 1504 d'Aristote, traduite par Th. Gaza (Jean Plattard, L'invention et la composition dans l'oeuvre de Rabelais, 1909 - books.google.fr).

 

Dans Le tiers livre (1546), Panurge fait l'éloge de la braguette, pièce principale de l'armure qui protège les organes sexuels à la manière d'une coque de noix, d'une peau de citron, d'une cosse de châtaigne, d'une gousse d'ail. Le fruit implique une éthique du manger, une subtile sociabilité de la table, une sympathie commensale fondée non pas sur la férocité des dents qui broient mais sur le son délicat du nectar pulpeux des fruits coulant le long des lèvres et des doigts, des langues et des gorges (Franck Évrard, De la fellation dans la littérature: de quelques variations autour de la fellation dans la littérature française, 2001 - books.google.fr).

 

L'exemple y est manifeste en pois, febves, faséols, noix, alberges, coton, colocynthes, bled, pavot, citrons, chastaignes, toutes plantes généralement, esquelles voyons apertement le germe et la semence plus estre couverte, munie, et armée qu'autre partie d'icelles. Ainsi ne pourvut nature à la perpétuité de l'humain genre. Ainsi créa l'homme nud, tendre, fragile, sans armes ne offensives, ne deffensives, en estât d'innocence et premier âge d'or : comme animant, non plante : comme animant, di-je, né à paix, non à guerre; animant né à jouissance mirifique de touts fruicts et plantes végétables; animant né à domination pacifique sus toutes bestes. Advenent la multiplication de malice entre les humains en succession de l'âge de fer et règne de Jupiter, la terre commencea produire orties, chardons, espines, et telle aultre manière de rébellion contre l'homme entre les végétables (Pantagruel, Livre III, Chapitre VIII) (Oeuvres de Rabelais: précédées d'une notice sur la vie et les ouvrages de Rabelais, 1861 - books.google.fr).

 

Pour certains, l'âge d'or a pris fin avec l'âge de fer, c'est-à-dire avec l'invention des armes (voir Romard, Meslanges de 1554, «Les Armes à J. Brinon») (François Rabelais, Tiers Livre, rédacteurs Guy Demerson, Michel Renaud, Geneviève Demerson, 1997 - books.google.fr).

 

Au chapitre XXVII de ce même livre, on y trouve Théophraste :

 

Ne me allegues point l'Indian, tant celebré par Theophraste, Pline, et Atheneus, lequel, avecques l'ayde de certaine herbe, le fesoyt en ung jour soixante et dix foys, et plus. Je n'en croy rien. Le nombre est supposé. Je te prie ne le croyre. Je te prie croyre (et ne croyras chose que ne soyt vraye) mon naturel, le sacre Ithyphalle, messer Cotal d'Albingue estre le prime del monde. Escoute ça, couillette. Veidz tu oncques le froc du moyne de Castres ? Quand on le posoyt en quelque maison, feust a descouvert, feust a cachettes, soubdain, par sa vertus horrificque, tous les manans et habitans du lieu entroyent en ruyt, bestes et gens, hommes et femmes, jusques aux ratz et aux chatz. Je te jure qu'en ma braguette j'ay aultresfoys congneu certaine energie encores plus anomale (Oeuvres de Rabelais, Tome 1, Dalibon, 1823 - books.google.fr).

 

Etrog

 

La communauté juive utilise le cédrat, sorte de gros citron, lors de la fête de Souccot (fête des Tabernacles, fête des Cabanes, fête des Tentes). C'est la fête de la moisson. On se présente dans une procession joyeuse avec un bouquet des quatre espèces, constitué d'une branche de palmier — le loulav —, de trois rameaux de myrte, de deux branches de saule elle, et il en mangea.» et d'un fruit le cédrat ou étrog. Par extension, on appelle ce bouquet le loulav. L'etrog est identifié par la tradition rabbinique au fruit que la Bible appelle «etz hadar» : «fruit de l'arbre hadar». «Mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas et vous n'y toucherez pas, sinon vous mourrez.» (Genèse 3, 3) (Jean Paquereau, Au jardin des plantes de la Bible: botanique, symboles et usages, 2016 - books.google.fr).

 

Il est à remarquer que si rien ne distingue le cédrat des autres xenia dans la plupart des tapis africains, dans une maison de Nabeul, la Nymfarum domus, il est particulièrement mis en valeur, isolé, sur un seuil. Il est représenté là à côté d'un instrument dont ne subsiste que le manche et qui peut être une serpe ou un couteau. Or, ce même accessoire est répété sur quelques-uns des pavements tardifs cités ci-dessus : au VIe siècle, au Mont Nebo, et aussi au VIIIe siècle, à Khirbat al Mafjar et au palais Hisham. Cette association s'explique peut-être par référence à la représentation - et à la sémantique - du cédrat dans un contexte différent, quoique non complètement étranger au précédent, celui de la pratique religieuse hébraïque, où ce fruit (portant le nom d'ethrog) joue un rôle cultuel important, et se trouve souvent reproduit, sur un grand nombre de supports. Les images qui le concernent évoquent la fête des Tabernacles, ou des Cabanes (Sukkot), qui coïncide avec le commencement des récoltes d'automne, l'ethrog y apparaît à côté d'un couteau, parmi les objets qui accompagnent le chandelier à sept branches (la Menorah), dont la palme (lulab), la corne de bélier (chofar) et la cuiller à encens (Catherine Balmelle, Recherches franco-tunisiennes sur la mosaïque de l'Afrique antique, 1990 - books.google.fr).

 

L'étrog figure avec le lulab sur les fresques de la synagogue de Duro-Europos ; ce sont les symboles cultuels de la fête des Tabernacles (J. DANIELOU, Les symboles chrétiens primitifs, Paris, 1961, p. 15). Dans le symbolisme juif ou judéo-chrétien, l'étrog serait en relation avec le fruit de l'Arbre de vie, gage d'immortalité. Or, dans l'Islam, Fâtima est née du fruit du Paradis que l'Ange donna à goûter au Prophète au cours de son ascension céleste. Le Bahir en présentant l'étrog au milieu des neuf palmiers ferait donc bien intervenir le principe féminin. Fâtima sera le Paradis comme Secret, comme source de toutes révélations, archétype de la Vierge Mère engendrant en l'homme sa propre divinité comme elle a été sur terre la mère des deux Imâms enfants. C'est un aspect de la continuité entre le judaïsme et la gnose ismaélienne, en particulier (Paulette Duval, La pensée alchimique et le conte du graal, Champion, 1979, p. 89).

 

Que sa légende ait ou non atteint le mythe que les chiites ont créé ultérieurement, il reste que Fatima est à leurs yeux leur patronne naturelle, à la fois mère de leurs deux imams, Hassan et Hussayn, et épouse d'Ali. Le prestige de Fatima est immense. C'est en son nom, par exemple, que s'est fondée la dynastie des Fatimides du Caire, laquelle se réclame directement d'Ali et de sa femme, un couple, dit la légende, prompte à broder, qui se serait formé sur l'injonction directe de l'archange Gabriel. Mais outre les chiites duodécimains, Fatima est vénérée aussi par les ismaéliens et, plus largement, par tous les musulmans, à quelque doctrine qu'ils appartiennent. Un tel personnage est donc exceptionnel. Figure de proue au sens plein du terme, Fatima a un statut proche de celui de «prophétesse», sans toutefois l'atteindre puisque l'islam ne connaît qu'un seul prophète, en la personne de Mohammed (Malek Chebel, Les grandes figures de l'islam, 2015 - books.google.fr).

 

Bahir, Provence et etrog

 

When they first appeared in the Sefer yesirah, the sefirot were probably intended as acts of divine writing and were devoid of any precise determination. In the Bahir, however, they attest to a much more developed theory and offer a kind of ethic description of the Godhead. Here the sefirot have already become what they will remain throughout the whole history of the kabbalah, that is nearly psychological attributes of the mysterious divine soul. Wrath or love, peace or shining beauty, justice or humility color the inner life of emanation and its never resting dynamics. In order to describe this invisible fight of supernal moods and inclinations, the Bahir recurs especially to parables. Thus the book stages a mundane theater of kings and royal daughters, stupid soldiers and tricky administrators, passionate lovers and radiant brides in order to arouse emotions in the reader and thus to make him grasp in an analogical way the psychology of the invisible.

 

c

The third and fourth main themes contained in the Bahir, that is to say the hints about the vision of the Merkavah and the sections referring to meditation, are closely connected to each other. In fact the redactor of the Bahir seems to have a quite specific idea of the Merkavah, which he interprets with distinct neoplatonic overtones as a path to contemplation (Saverio Campanini, Kabbalistic library of Giovanni Pico della Mirandola, Tome 2, 2005 - books.google.fr).

 

Together with the Zohar, the Bahir is the only kabbalistic book that Pico quotes by name in his Conclusiones," printed in December 1486. Almost certainly this is not coincidental but reflects Pico's perception of the importance of these works. The fact that the Bahir and Zohar were foundations of Jewish mysticism he probably learned from the Commentary on the Pentateuch by Menahem of Recanati, to whom these two books represent a very important source of inspiration. We know that the Count of Mirandola eagerly perused the Commentary of Menahem before writing his Conclusiones," and it was most likely in this way that he initially discovered the complex symbolism of the Bahir. In all probability Mithridates translated the Bahir, as an independent work, in the Spring of 1486, using an old manuscript that Pico had acquired in preparation for his daring project of a public Roman discussion on philosophy and mysticism. Pico's interest in the book is not surprising, since it could offer him a valuable source of kabbalistic symbolism. Both the neoplatonic flavor of the Bahir and its topography of emanation were akin to Pico's hermeneutical approach, and this thematic affinity explains the fact that the young Count repeatedly used the work not only in the kabbalistic conclusions but also in some non-kabbalistic ones. (Saverio Campanini, Kabbalistic library of Giovanni Pico della Mirandola, Tome 2, 2005 - books.google.fr).

 

In terms of a botanical image employed in another bahiric passage, which parallels the anatomical symbol, the 'holy forms' of the angelic potencies (Bahir, §§ 77-9, pp. 165-7) are assigned to each nation, whereas 'holy Israel' takes the crown and heart of the tree, the latter image bringing to mind the celebrated formulation of Judah Halevi who depicted the Jews amongst the nations as the heart of the body (Judah Halevi, Sefer ha-Kuzari II 36,44). According to that text, moreover, the special ontic status of the Jew is enacted symbolically in the ritual of lifting up the palm-branch (kappot temarim or lulav) together with the citron fruit (peri es hadar or etrog) on the festival of Tabernacles (Lev. 23: 40) ((Bahir, § 67 p. 159).

 

We read in another bahiric fragment that the potencies of God are comparable to a tree for they are arranged vertically (Scholem, On the Mystical Shape, 42-3). The fruits that are borne by this tree are the souls of the righteous, which bloom forth on account of the good deeds of Israel (Book Bahir, § 85, p. 171). In the section of Bahir wherein the ten utterances (ma'amarot) are delineated, the seventh is identified as the eastern direction of the world whence issues forth the seed of Israel, 'for the spinal column extends from the brain of a man and comes to the penis and from there is the seed' (Ibid., § 104, p. 187). When Jews are righteous new seed comes forth from this attribute, but when they are evil the old seed is recycled, clearly intimating the doctrine of reincarnation (Ibid., § 126, p. 209) (Elliot R. Wolfson, Venturing Beyond - Law and Morality in Kabbalistic Mysticism, 2006 - books.google.fr).

 

Le Sefer ha-Bahir («Livre de la Clarté» ou «Livre de l’Illumination») est un texte fondamental de la mystique juive, considéré comme le premier ouvrage systématique de la Kabbale médiévale. Son titre complet est parfois donné comme Midrash Rabbi Nehunia ben ha-Qanah, bien que cette attribution soit pseudépigraphique. Le terme «bahir» signifie «brillant», «lumineux» ou «clair» en hébreu, dérivé de la racine (b-h-r) qui évoque la lumière et la clarté. Cette appellation fait référence au verset biblique de Job 37:21 : «Et maintenant on ne peut regarder la lumière (bahir), tant elle est brillante dans les cieux».

L’origine du Sefer ha-Bahir demeure controversée parmi les historiens. Le texte apparaît en Provence ou en Languedoc (Provincia), dans le sud de la France, au XIIe siècle, probablement entre 1150 et 1200.

 

Le livre introduit plusieurs concepts centraux de la Kabbale : les sefirot (émanations divines), la doctrine de la métempsycose (gilgul neshamot), des spéculations sur les lettres hébraïques comme puissances créatrices, et une cosmologie complexe basée sur l’interprétation symbolique des Écritures. Le Bahir développe également une lecture mystique des récits de la Création et du Char céleste (Merkavah) d’Ézéchiel (www.philosophes.org).

 

Le deuxième livre-phare du corpus kabbalistique apparaît au XIIe siècle dans les écoles juives de Rhénanie, du Languedoc et de Provence. Il s’agit du Sefer HaBahir (le livre de la Clarté ou de l’Éclair). Les premiers écrits kabbalistiques peuvent ainsi être datés assez précisément, vers 1130, quand les énigmatiques feuillets du Sefer Bahir sont retranscrits dans les yeshivas de Provence dans un sens mystique. La région connaît alors une exceptionnelle période de tolérance propice au mysticisme, en particulier au catharisme (fr.wikipedia.org - Kabbale).

 

C'est seulement après l'an 70 que l'on trouve le premier vestige archéologique juif en Gaule, à Orgon, au sud d'Avignon. Une épitaphe du ne siècle trouvée à Antibes porte le nom de Justus, très répandu parmi les juifs (c'est l'équivalent de Sadoq). Une jolie lampe à huile du mne siècle portant une menora a été trouvée à Salignac-de-Pons, près de Cognac

 

Le motif qui accompagne le plus souvent les épitaphes juives, et qui parfois permet de les identifier comme telles, est le chandelier à sept branches [cf. Goodenough, 1950-1951]. On peut l'interpréter comme une marque de fidélité au Temple et l'expression de l'espoir de sa reconstruction, mais on ne saurait exclure l'interprétation mystique confortée par des inscriptions ultérieures promettant la lumière aux justes dans le monde futur. L'etrog et le loulav, qui l'accompagnent parfois [ce n'est pas le cas à Antibes], sont liés à la fête de Soukkot lors de laquelle tous les peuples, à la fin des temps, célébreront la royauté divine (Zacharie, XIV, 16). L'inscription la plus émouvante est l'épitaphe de Regina, morte après vingt et un ans, quatre mois et huit jours de mariage, à laquelle son époux assure qu'elle ressuscitera pour l'éternité [CII, n° 476] (Paul Salmona, Laurence Sigal, Archéologie du judaïsme en France et en Europe, 2020 - books.google.fr, Jean-Claude Decourt, Inscriptions grecques de la France, IGF, 2004 - books.google.fr).

 

Acrostiche : CDPG

 

En décalant de 2 lettres par le code César, CDPG devient ABNE, pierre en hébreu translittéré (Jérôme, Commentaire d'Isaïe chapitre XXXIV, Scripturae Sacrae, cursus completus, Volumes 17-18, 1864 - books.google.fr).

 

Cicéron s'inscrivait dans la lignée d'Ennius et de Platon qui était censé tenir de Pythagore sa théorie de la transmigration des âmes ( Cic., Rep. III, 6) (Laurence Gosserez, Le phénix de Lactance : naissance de l'élégie triomphale chrétienne, Le phénix et son Autre: Poétique d'un mythe. Des origines au XVIe siècle, 2019 - books.google.fr).

 

On recommande la lecture de la note curieuse de HUET (P.G., 12, 51-52 BD, note 11), qui disserte sur les horoscopes de Jésus-Christ tirés par l'auteur du Speculum astronomiae (Albert le Grand ?), par Pierre d'Ailly et par Jérôme Cardan (Emmanuel Amand de Mendieta, Fatalisme et liberté dans l'antiquité grecque, 1945 - books.google.fr).

 

Un texte du «Peri Archôn» nous est conservé par Saint JÉRÔME, qui a pu le déformer pour les besoins de sa critique, et du fait qu'il était latin, alors qu'ORIGÈNE était grec (alexandrin), et par conséquent moins versé dans les questions philosophiques que dans les questions de droit, de dogme. Saint JÉRÔME accuse ORIGÈNE d'avoir professé la métempsycose dans un texte qui était à l'époque à la fin du premier livre du «Peri Archôn» : «C'est l'Å“uvre d'une grande négligence, et d'une grande paresse, de faire tomber quelqu'un peu à peu, et de le vider tellement de lui-même, qu'il puisse à cause de ses vices, être lié au corps grossier d'une bête sans raison» (Paul Gérôme, Les anatomies fantastiques, 1983 - books.google.fr).

 

Chez Wolfram, les préoccupations mystiques ou rituelles cèdent la place à une spéculation de type alchimique visant à dégager l'essence divine qui dort au cÅ“ur de la matière. C'est du pur Catharisme. Wolfram prétend que le manuscrit trouvé à Tolède par Kyôt le Provençal avait été écrit par un certain Flégétanis. Ce Flégétanis était de la lignée de Salomon. C'était un Juif et, le plus curieux, c'est qu'il écrivait en arabe. Mais on nous explique qu'il était né d'un père arabe. Selon la coutume juive, il était donc juif par sa mère. Wolfram n'est pas très tendre pour Flégétanis : «Il adorait un veau, en qui il voyait un dieu.» Mais, «il savait prédire la disparition de chaque étoile et le moment de son retour» (Parzival, trad. Tonnelat, II, 24), ce qui a conduit le commentateur à le classer comme astrologue alors que cela signifie qu'il est simplement initié à une religion qui prêche la réincarnation, comme l'indo-bouddhisme, dans le cycle infernal de la samsara. Et surtout, «il était, disait-il, un objet qui s'appelait le Graal. Il en avait clairement lu le nom dans les étoiles. Une troupe d'anges l'avait déposé sur terre, puis s'était envolée bien au-delà des astres. Ces anges étaient trop purs pour demeurer ici-bas» (Parzival, trad. Tonnelat, II, 24). [...]

 

Flégétanis» est une transcription maladroite de Falak-Thani, expression arabe qui désigne le deuxième ciel, celui de Mercure-Hermès, placé sous l'invocation du «messager des dieux avec S. Aïssa, c'est-à-dire Jésus. Ce deuxième ciel... commande la vie et la connaissance spirituelles» (Albert Ollivier, les Templiers, le Seuil, 1958, p. 72) (Jean Markale, Le Graal, Retz, 1987, p. 163).

 

Acrostiche : CD PG

 

CD : Civitas Dei (Cité de Dieu) d'Augustin (?)

 

PG : primigenia (Abréviations tirées du «Dictionnaire des Abréviations latines et italiennes» de A.Capelli - www.arretetonchar.fr).

 

Sur la fortune. Les exemplaires latins portent qu'à la naissance d'un fils de Zelfa (Zilpa), Lia dit : «Je suis devenue heureuse ou bienheureuse» ; le grec porte : "eutuchè", ce qui marque de préférence la bonne fortune. Des lecteurs inintelligents concluent de là que cet homme adorait fortune ou que l'autorité des divines Écritures a consacré ce mot. Mais de deux choses, l'une : ou la fortune sans être pourtant régardée comme une divinité, doit être prise pour ce qui semble arriver par hasard, tandis que tout ce qui paraît l'effet du hasard est soumis par Dieu à des causes cachées; de là ces expressions que personne ne peut retirer du langage, par exemple : peut-être, par hasard, par accident, fortuitement. C'est ainsi encore que dans le grec on dit "tacha", peut-être, comme on dit "tuchè" : hasard ; ou bien Lia s'est exprimée ainsi, parce qu'elle avait conservé cette habitude des païens (Questions sur l'Heptateuque, Genèse) (Oeuvres complètes de Saint Augustin, Tome 4, 1866 - books.google.fr).

 

Ce passage provient de Genèse XXX, 11 qui se poursuit par l'épisode des mandragores à l'origine de la naissance par Lia et Jacob d'Issacar.

 

Le terme hébreu qui est traduit dans la Vulgate par mandragoræ, n'est pas entendu de la même manière par tous les commentateurs. L'autorité des Septante, du chaldeen, et de plusieurs savants commentateurs qui l'ont entendu des mandragores, n'a pas empêché les nouveaux interprètes d'y chercher d'autres significations. Bochart, D. Calmet croient que tous les caractères que l'Ecriture donne au fruit dont il s'agit ici, peuvent convenir plus particulièrement au citron (Richard Auguste Henrion, Histoire ecclésiastique depuis la création jusqu'au pontificat de Pie IX, Migne, Tome 2, 1858 - books.google.fr).

 

Le temple de la Fortuna Primigenia était très ancien ; on en attribuait la construction à Servius Tullius, et Plutarque connaissait encore son existence ; même si la mention de cet édifice dans son traité De Fortuna Romanorum ne garantit pas qu'il ait survécu à l'incendie de 80, car l'écrivain grec peut utiliser ici des fiches tirées d'auteurs très antérieurs à la date à laquelle il rédigeait, sa présence à une époque tardive paraît assurée par une notation d'Augustin qui écrit, dans La Cité de Dieu : Quid de ipso love senserunt, qui eius nutricem in Capitolio posuerunt ? Or on sait que la Fortuna Primigenia passait pour avoir été la nourrice de Jupiter, et son culte s'assimilait depuis longtemps à celui des matres de Préneste, dont l'une porte sur ses genoux deux enfants, identifiés traditionnellement à Jupioter et à Junon. En fait le temple de cette divinité, à laquelle Vespasien portait une dévotion particulière, dut être, après l'incendie de 69, reconstruit par cet empereur, qui l'annexa sans doute, plus ou moins ouvertement, comme tant d'autres sanctuaires de la Fortune, au culte de son propre Genius (Pierre Gros, Aurea templa: recherches sur l'architecture religieuse de Rome à l'époque d'Auguste, 1976 - books.google.fr).

 

En Palestine les plus anciens monuments funéraires sont ceux de Marisa qui peuvent remonter à l'époque macchabéenne. Mais les plus importants sont ceux de Sheik Ibreiq (Beth She'arim, Sud Galilée), qui datent du IIe siècle de notre ère. Ils présentent ce mélange de symboles juifs (chandelier à sept branches (menorah), lubab et etrog, armoire de la Torah) et de symboles païens (dauphins, psychés) qui se retrouveront partout dans l'art juif de l'époque. La présence de croix sur des Ossuaires certainement juifs amène Goodenough à discuter la thèse de Dinkler sur la croix comme représentant le tav, le signe de Iahweh. A côté des tombeaux, la Palestine nous a laissé les restes de quelques synagogues, celles de Capharnaüm, de Chorazin et surtout de Beth Alpha. A la suite de Sukenik, Goodenough montre l'évolution depuis le type galiléen ancien, où le coffret de la Torah est mobile et caché par un paravent, jusqu'au type plus récent, où la Torah est placée dans une niche creusée dans le mur tourné vers Jérusalem. Il pose la question de l'influence que les synagogues ont pu exercer sur la construction des églises chrétiennes. Il souligne que la synagogue est considérée comme un lieu saint ("topos") où demeure la shekina. La synagogue de Beth Alpha, qui est du VIe siècle, présente des mosaïques remarquables : le sacrifice d'Isaac, Hélios et son quadrige avec les douze signes du zodiaque et les quatre saisons, le tabernacle de la Torah avec les rideaux soulevés. Le tome II étudie les monuments de la Diaspora. Les plus célèbres sont ceux des environs de Rome. Dans les catacombes de Monteverde (découverte en 1602 par Antonio Bosio) nous rencontrons des thèmes juifs caractéristiques : menorah, Torah, sophar (trompe), etrog, lulab. Celles de la Vigne Randanini (découvertes en 1859) présentent au contraire presque exclusivement des thèmes païens. Les plafonds des chambres nous montrent le ciel sous forme de deux cercles concentriques : le cercle central contient des figures païennes, Fortune ou Victoire (Recherches de science religieuse, Volume 45, 1957 - books.google.fr).

 

Bien que le mot Hermaphrodite apparaisse pour la première fois dans ses Caractères 16, Théophraste fait allusion à un culte établi, connu ; il n'est donc pas l'auteur de ce titre composite : Hermes-Aphrodite, sous l'aspect dont Aphrodite était honoré à Chypre. Il s'agit d'un culte domestique, à l'intérieur des maisons : il est question de plusieurs Hermaphrodites pour une même maison (Jean Halley des Fontaines, La notion d'androgynie dans quelques mythes et quelques rites, 1938 - books.google.fr).

 

L’histoire de la transformation en homme de Christine, narratrice et héroïne du Livre de la Mutation de fortune, écrit par Christine de Pizan (1365-1405), saisit les commentateurs les plus prudents, qui connaissent la distance qui sépare le «je» d’auteur des écrivains médiévaux des discours autobiographiques et savent ce que ce récit doit aux motifs des poèmes allégoriques, utilisés à l’envi par des auteurs qui ne s’assignent pas pour tache de construire une oeuvre originale, mais de reproduire des modèles. L’oeuvre du seul écrivain médiéval profane dont on soit sûr qu’il est une femme, qui, dans La cité des dames, prit la défense desfemmes contre les discours misogynes, trouverait sa vérité dans l’aliénation, signée par cette métamorphose. Mais ils négligent ce que changer de sexe veut dire pour la génération des clercs-écrivains dont fait partie Christine, pour Guillaume de Machaut ou Eustache Deschamps. Ils oublient que le discours sur l’inversion et la métamorphose sexuelles a partie liée avec la question de la création, de l’écriture (Anne Depaigne, «mutation», Vacarme 4-5, 1997 - www.cairn.info).

 

Dans le paragraphe 117-139 du Bahir (livre de mystique juive du XIIe siècle) on peut lire : «Un roi a planté dans son jardin neuf palmiers». Mais s'ils sont «tous de la même espèce, ils ne peuvent pas subsister. Que fit-il ? Il planta parmi eux un étrog». L'étrog est un symbole féminin, qui, comme nous l'avons vu, symbolise avec la Schékina, c'est-à-dire avec la dixième séfira. Mais comment comprendre : «s'ils sont tous de la même espèce», qu'ils ne peuvent subsister ? Si le palmier est dioique il n'a aucun besoin d'un étrog - féminin - pour subsister. Il faut sans doute entendre : "118 sont tous de la même espèce", comme signifiant ils sont tous mâles, car en ce cas évidement, ils ne peuvent se reproduire (Paulette Duval, La pensée alchimique et le Conte du Graal, 1979 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de l'an 1594 par rapport à l'année 1 donne -1595; part rapport à l'année 1484 donne 1374.

 

Epoque du début de l'Exode, et du retour de Moïse en Egypte (Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'histoire universelle sacrée et prophane, ecclésiastique et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1743, Tome 1, 1744 - books.google.fr).

 

On peut distinguer deux tendances fondamentales: la première cherche à restreindre le plus possible l'étendue de la doctrine de la transmigration des âmes et s'éloigne donc de la conception du livre Bahir; c'est le cas de l'auteur de la partie principale du Zohar et du Midrash ha-né'élam (Midrash occulte). La seconde tendance est fondamentalement opposée à la précédente en ce qu'elle cherche à étendre le plus possible l'application de cette doctrine. C'est ainsi qu'elle voit en Moïse la réincarnation d'Abel et en Jethro, son beau-père, celle de Caïn: en conséquence, le meurtrier de son frère devient donc son conseiller (allusion au rôle prêté par l'Exode à Jethro auprès de Moïse) grâce à la transmigration des âmes. Et la jeune fille que Jethro, c'est-à-dire Caïn ressuscité, donna pour épouse à Moïse (c'est-à-dire Abel réincarné) devient le lien de l'harmonie restaurée entre les deux frères alors qu'elle avait été justement la source du conflit selon une ancienne explication homilétique juive. Les tenants de la doctrine de la transmigration des âmes se saisirent aussi de longues généalogies bibliques produisant ainsi de véritables «chaînes de réincarnation» (Maurice R. Hayoun, La philosophie et la théologie de Moïse de Narbonne (1300-1362), 1989 - books.google.fr).

 

Gérard Groot, né à Deventer en 1340 gradué de l'Université de Paris, avait d'abord mené une vie assez mondaine. Converti par le chartreux Henri de Calcar, il fit don de sa maison «à l'usage des pauvres qui voudraient se consacrer au service de Dieu». Gérard vécut retiré , adonné à la prière et à l'étude, en cette maison qui devait être le berceau de l'association dite «de la vie commune». De cette époque (1374-1377) datent ses relations avec Ruysbroeck, qui avait deviné aussitôt en lui un disciple. Très grand amateur de livres, Gérard, afin de s'en procurer de nombreuses copies, réunit chez lui, pour exécuter ces travaux, les jeunes clercs du chapitre de Deventer. Au cours de ses vigoureuses prédications, qui lui valurent la rancune et la disgrâce d'hommes puissants, Gérard avait rencontré Florent Radewijns, maître ès-arts de l'Université de Prague, qui s'attacha à lui. En 1381 ou 1382, Florent proposa à son maître de réunir tous les clercs copistes de bonne volonté et de vivre avec eux, en mettant en commun leurs petites ressources. L'association des frères de la vie commune fut ainsi fondée (Pierre Groult, Les mystiques des Pays-Bas et la littérature espagnole du seizème siècle, 1927 - books.google.fr).

 

L'écrit emblématique de la devotio moderna est L'Imitation de Jésus-Christ. La plupart des écrivains de la dévotion moderne ont voulu garder l'anonymat, par souci d'humilité. Aussi l'attribution de l’Imitation de Jésus-Christ est-elle longtemps demeurée problématique. Après avoir été attribuée à Jean de Gerson, il semble qu'elle soit due à un chanoine, Thomas a Kempis (1379-1451), longtemps maître des novices au monastère de Mont-Sainte-Agnès à Zwolle (Pays-Bas). L'ouvrage est sans doute achevé vers 1427. Thomas a Kempis en a rassemblé le contenu et en a été le rédacteur (fr.wikipedia.org - Devotio moderna).

 

On s’étonne que Maeterlinck n’ait pas eu connaissance de la biographie que Pomerius avait consacrée, vers 1420, au prieur de Groenendael et qui fut précisément éditée en 1885, au moment même où Maeterlinck entamait ses recherches. Par ailleurs, si Maeterlinck n’accorde que peu d’intérêt, et par conséquent peu de place, aux faits extérieurs de la vie de Ruusbroec – «La vie de Jean Van Ruysbroeck est, comme celle de la plupart des grands penseurs de ce monde, tout intérieure» –, ce qu’il en dit est malheureusement rempli d’inexactitudes. Ainsi fait-il naître étrangement Ruusbroec en 1274, ce qui compte tenu de sa date de mort (1381) implique qu’il aurait vécu 107 ans ! (Benoît Beyer de Ryke, Ruusbroec, en son temps et dans les siècles, La Belgique avant la Belgique, Textyles N° 28, 2005 - journals.openedition.org).

 

Au moment de ses premières œuvres, si Maeterlinck a probablement lu des auteurs ésotériques français dans les revues belges, il n’en parle pas. Il demeure distant vis-à-vis de courants influents, comme la Rose-Croix esthétique de Joséphin Péladan, pourtant marquante dans le symbolisme belge. Sa compagne, Georgette Leblanc, semble davantage intéressée par ces cercles que lui (Ariane Murphy, Théâtre mystique, théâtre ésotérique, l’évolution de Maeterlinck et de Van Lerberghe, Ésotérique Belgique, Textyles N° 69, 2025 - journals.openedition.org).

 

On s'étonne encore.

 

A la fin du XVIe siècle

 

Le comté de Nice devint le département des Alpes-Maritimes. Ce pays avait fait partie de l'ancienne Gaule et l'on voit encore dans la montagne, au-dessus de Menton et de Monaco, dans un lieu appelé la Turbia, un monument romain qui marquait la limite entre la Gaule et l'Italie. Nice avait été ensuite, au moyen âge, un fief du comté de Provence, puis était tombé, par héritage, dans la maison de Savoie; mais la population, en grande majorité, est provençale et non italienne, et les villes parlent français. La France avait ainsi atteint, par l'accession volontaire des populations, cette frontière naturelle des Alpes qui la sépare de l'Italie (Henri Martin, Histoire de France depuis 1789 jusqu'à nos jours, Tome 1, 1878 - books.google.fr).

 

De la même région frontalière, notons le quatrain I, 60 (1601) : "Un Empereur naistra près d'Italie".

 

Quant aux Grimaldi, ils étaient liés aux intérêts espagnols par des traités constamment renouvelés depuis 1529, La citadelle de Monaco dressée sur son éperon rocheux était réputée imprenable. Les navires pouvaient se réfugier dans son port protégés des tempêtes et défendus par ses canons. Une garnison de soldats espagnols occupait la place ; elle comptait habituellement environ deux cents hommes, mais pouvait monter jusqu'à huit cents en cas de danger. Cette situation favorable attirait les convoitises des princes voisins, le duc de Piémont et le roi de France. Plusieurs fois des coups de force français ou piémontais tentèrent de s'emparer du rocher. Des raids venus de Provence avaient essayé vainement de prendre la place par escalade en 1582 et 1596. En novembre 1604, une grave crise de succession suscita de nouvelles entreprises de conquête. Victime vraisemblablement d'une conjuration ourdie par le duc de Piémont-Savoie, Hercule Ier Grimaldi fut assassiné le 21 novembre. L'Etat de Monaco ne fut sauvé que par la présence fortuite et bienvenue de galères génoises, par la loyauté des magistrats municipaux qui affirmèrent le maintien des droits du jeune Honoré II et par la prompte arrivée de renforts espagnols envoyés depuis la place de Finale. Les Français qui avaient voulu eux aussi profiter des circonstances en galères de Marseille et quelques tartanes d'Antibes durent se retirer le 30 novembre devant la résolution des troupes des "communes", environ huit cents paysans et citadins en armes des milices de Roquebrune et Menton. Monaco était effectivement inexpugnable. Si les Français réussirent à mettre un terme à l'hégémonie espagnole en 1641, ce fut au terme d'une longue intrigue du prince Honoré II. Décidé depuis 1635 à renverser son alliance, il attendit une réduction momentanée de la garnison pour faire entrer sous des prétextes divers des gardes et des miliciens. La nuit du 17 novembre, ils investirent par surprise les trois corps de garde et purent presque sans coup férir faire prisonniers tous les soldats espagnols (Olivia Noat-Antoni, Vivre à Monaco aux XVIIe et XVIIIe siècles: (1675-1750), 2000 - books.google.fr).

 

Le frère de Charles II, Hercule Ier, devenu prince en 1589, épousa, en 1595, Marie, fille du prince de Valdetare et de Jeanne d'Aragon, et prit part au traité de Vervins, en 1598. Jalouse de s'emparer de Monaco, dont elle voulait faire le poste avancé de la Provence, la France tenta encore de surprendre cette place, en 1596. Cinq tartanes, portant quatre cents hommes, envoyés de Toulon par le duc de Guise, débarquèrent au port Mala, le 27 octobre. Les Provençaux comptaient sur quelques secrètes intelligences qu'ils entretenaient avec un certain capitaine Arnaldi, de Monaco, à qui le Duc avait promis cinquante mille livres s'il lui livrait la ville. Mais le succès ne répondit pas à leurs espérances. La garnison et les habitants contraignirent les assaillants à une retraite précipitée. La trahison ayant été découverte, Arnaldi, qui avait une fille à la cour de Guise, fut condamné à mort. Guise usa de représailles, et fit saccager Roquebrune. Un traité mit fin à cette guerre riveraine. En 1602, la question des limites est remise sur le tapis. Les arbitres et les consuls des deux parties semblaient l'avoir tranchée pour toujours ; mais elle reparut encore en 1667 et 1703; elle ne fut définitivement réglée qu'en 1760 (Abel Rendu, Menton et Monaco... Histoire et description de ce pays, 1867 - books.google.fr).

 

Pendant la guerre de la coalition d'Augsbourg, qui s'était terminée en 1697 par le traité de Ryswick, une entente avait été réalisée pour reconnaître la neutralité de la Principauté ; dès octobre 1703, la France fit savoir que le roi avait l'intention de respecter à nouveau la neutralité du prince à condition que la Savoie fît de même. Malgré sa neutralité, Antoine Ier témoigna du plus grand dévouement à la cause de la France : il organisa un service de renseignements en Italie, avec des correspondants à Gênes, à Milan, à Turin, et des messagers occasionnels envoyés dans le voisinage des troupes du duc de Savoie ; il put ainsi fournir journellement des indications opportunes, et il servit également d'agent de liaison entre la cour de Versailles et les généraux français tant que ceux-ci opérèrent dans le Piémont. Lorsque la guerre prit fin en 1713, Antoine Ier faillit payer cher sa fidélité à la France. Le duc de Savoie, ne pardonnant pas à son voisin son action pendant la lutte, demanda, au cours des négociations du traité d'Utrecht, la cession de Monaco, la France étant chargée d'indemniser le prince. Mais les plénipotentiaires français rétorquèrent que Louis XIV ne pouvait disposer de ce qui n'était pas à lui, et le duc de Savoie, satisfait en ce qui concerne d'autres de ses revendications et notamment nanti de la Sicile, n'insista pas au sujet de Monaco. Ayant abandonné ses prétentions sur Monaco, Victor-Amédée II obtint de faire obtint de faire prendre en considération ses revendications relatives à sa suzeraineté sur Menton et Roquebrune. Depuis Lucien, c'est-à-dire depuis deux siècles, les Grimaldi avaient réussi à éluder tout acte de vassalité au sujet de ces deux fiefs. Dans le traité d'Utrecht, du 11 avril 1713, le duc fit insérer un article 9, qui déclarait : «Son Altesse Royale de Savoie ayant demandé que le Prince de Monaco reconnaisse tenir de son domaine direct Menton et Roquebrune et qu'il en prenne les investitures d'Elle, de la manière que Son Altesse Royale prétend que l'ont fait les prédécesseurs de ce Prince, il a été convenu que l'on se rapportera respectivement à l'arbitrage de Leurs Majestés Très Chrétienne et Britannique, qu'Elles donneront six mois après la signature du présent traité.» Le roi de France et la reine d'Angleterre nommèrent deux commissaires pour examiner les raisons invoquées par chacune des parties. La sentence, rendue le 21 juin 1714, fut en faveur de Victor-Amédée II : «Le prince de Monaco est tenu de reconnaître le domaine direct du roi de Sicile comme duc de Savoie, sur les onze parts de douze de Menton et sur la totalité de Roquebrune, d'en prendre de lui les investitures et de lui en rendre la foi et hommage en la forme que ses prédécesseurs fait en l'année 1448 et autres années jusques et compris 1506.» La cérémonie de l'hommage eut lieu en août 1716 (Jean Pierre Gallois, Le régime international de la Principauté de Monaco, 1964 - books.google.fr).

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