Le Solon françois

Le Solon françois

 

I, 81

 

1617

 

D'humain troupeau neuf seront mis à part,

De jugement & conseil separés :

Leur sort sera divisé en depart :

Kappa, Thita, Lambda mors, bannis, esgarés.

 

Les neuf archontes

 

L'organisation judiciaire athénienne était aussi démocratique que l'organisation politique et administrative. Les trois premiers archontes, l'éponyme, le roi et le polémarque, avaient chacun un tribunal où ils rendaient la justice avec l'aide de deux assesseurs nommés proèdres. Les six autres archontes, désignés sous le nom de thesmothètes, jugeaient concurremment avec les premiers, mais seulement en première instance, les dénonciations publiques et les plaintes des citoyens. L'appel de leur jugement était alors porté, d'après une loi de Solon, au tribunal des héliastes. Outre cette juridiction, les thesmothètes en exerçaient une autre dans les affaires de commerce et de police. Ils formaient alors pour ces causes un tribunal, et prononçaient tous ensemble. Enfin ils fixaient les audiences des tribunaux inférieurs ou jugeaient les différends administratifs, chacun dans les matières formant l'objet de son administration. La constitution de ces tribunaux inférieurs ne nous est que très-imparfaitement connue. Les héliastes formaient un corps de six mille citoyens âgés d'au moins trente ans et désignés par le sort parmi les citoyens jouissant d'une bonne renommée et n'étant pas débiteurs du trésor public. Les héliastes, ainsi nommés de ce qu'ils siégeaient sur la place Héliée (au soleil), connaissaient de l'appel des jugements des archontes rendus sur une dénonciation publique ou la plainte d'un citoyen. En outre, ils connaissaient des causes les plus graves et des délits politiques. C'est devant le tribunal des héliastes que comparut Socrate. Ils jugeaient alors soit tous ensemble, soit par commission de cinq cents, de mille ou de quinze cents. Mais au-dessus de toutes les juridictions et de toute l'administration dominait l'Aréopage, qui fut une partie de la gloire de la république athénienne. L'Aréopage avait la garde des lois et la surveillance de toute l'administration; sa juridiction était illimitée et s'étendait à tous les objets. Les causes qui y ressortissaient exclusivement étaient celles d'abord relatives au culte des dieux : c'est ainsi que nous voyons saint Paul conduit devant l'Aréopage comme enseignant une religion nouvelle. L'Aréopage était ce que nous appellerions une haute cour criminelle, et jugeait les crimes d'État. Sur ce point, sa juridiction paraît se confondre avec celle des héliastes. Il est permis de penser avec Schœmann, dans ses Antiquités grecques, que la différence entre la juridiction de l'Aréopage et celle des héliastes consistait en ce que les héliastes ne jugeaient que sur les accusations formellement portées par les citoyens, tandis que l'Aréopage, investi d'une mission de censure, procédait d'office à la poursuite du crime; le premier de ces tribunaux n'instruisait pas les affaires dont il était saisi, il les recevait tout instruites. L'Aréopage, au contraire, instruisait et jugeait. Le même Schœmann croit aussi que l'Aréopage avait seul le droit de sévir contre les magistrats. L'Aréopage, qui représentait dans la constitution politique l'élément conservateur, se recrutait, comme tous les pouvoirs à Athènes depuis Solon, à l'exception cependant du sénat et du corps des héliastes, par l'élection; mais il pouvait, dans les élections, écarter des candidats qu'il ne croyait pas suffisamment dignes (D. Dalloz, Histoire du droit francais, Table chronologique, Tome 1, 1870 - books.google.fr).

 

Solon institue des réformes très importantes : la liberté de tester : chacun dispose de ses biens à son gré s’il n’a pas d’héritier mâle légitime ; le premier venu peut demander satisfaction pour un tiers offensé : atteinte aux procédés de composition entre familles ; renforcement de l’autorité et de la compétence de la justice d’Etat ; création du tribunal de l’Héliée, jury tiré au sort dans la masse des citoyens, sans distinction de fortune ou de classe ; l’Aréopage, déjà affaibli au VIIème siècle par la création des Ephètes, voit, par la naissance de l’Héliée son rôle amoindri. Il perd aussi le pouvoir de nommer les Archontes.

 

Les peines infligées sont des peines afflictives (mort, bannissement, atimie, prison, servitude pénale (les deux dernières pour les étrangers), flagellation (pour les esclaves)) ; des peines pécuniaires (confiscation totale ou partielle des biens, amendes, dommages & intérêts) ; des peines infamantes (interdiction d’entrer dans les temples, privation de sépulture, inscription sur une stèle, imprécations (contre les sacrilèges)) (Naissance d’une justice : Dracon, Solon, Clisthène - philo-lettres.fr

 

"esgarez"

 

Ce n'était pas en effet par simple démagogie et pour donner aux héliastes une bonne idée d'eux-mêmes, que Démosthène affirmait vouloir qu'ils fussent disculpés de toute faute s'il devait leur arriver de prononcer un jugement incorrect. Devait être considéré comme coupable de cette défaite de la justice celui qui les aurait consciemment trahis ou égarés. D'ailleurs les institutions le signifiaient quand le héraut public, à chaque assemblée, se chargeait de maudire, non pas les jurés qui se seraient fourvoyés pour avoir été égarés par des plaideurs, mais, tout au contraire, l'orateur qui tromperait par ses discours le conseil, le peuple ou bien le tribunal (Jean-Marie Bertrand, De l'écriture à l'oralité: lectures des Lois de Platon, 1999 - books.google.fr).

 

"Kappa, Thita, Lambda"

 

On sait en effet, grâce à la Constitution d'Athènes d'Aristote que les héliastes étaient soumis à un double tirage au sort. Dans chaque tribu, les juges étaient répartis en dix sections désignées par les dix premières lettres de l'alphabet, d'alpha à kappa ; et les tribunaux eux-mêmes étaient désignés par une lettre de l'alphabet à partir de la onzième, lambda. Chaque jour, pour affecter les jurés à tel ou tel tribunal (étant bien entendu que tous ne fonctionnaient pas tous les jours), on tirait successivement au sort deux lettres, qui désignaient, l'une, la section des héliastes, l'autre, le tribunal auquel  elle était affectée. Mais il est évident qu'avec ce système, certains héliastes se retrouvaient sans affectation, donc sans indemnité (Pierre Vidal-Naquet, Aristophane, les femmes et la cité, 1989 - books.google.fr).

 

Aristote

 

Dans son très utile travail sur les sources philosophiques du Guide des égarés de Maïmonide (1138-1204), Shlomo Pinès ne signale que deux mentions de Thémistius, auteur d'un commentaire du Livre Lambda de la Métaphysique d'Aristote, chez Maïmonide. La première figure dans la lettre de Maïmonide à son traducteur Samuel Ibn Tibbon. Il lui écrit qu'on ne peut comprendre Aristote sans les commentaires d'Alexandre, de Thémistius ou d'Averroès*. La seconde citation correspond à l'unique mention du nom de Thémistius qui figure dans le Guide des égarés (Themistius, Paraphrase de la métaphysique d'Aristote (livre Lambda), traduit par Rémi Brague, 1999 - books.google.fr).

 

Les ouvrages regroupés sous le titre de La Métaphysique par Andronikos de Rhodes (le premier éditeur des œuvres d'Aristote, qui a choisi ce nom parce qu'il avait placé ces livres après la Physique) sont au nombre de 14. Les 14 livres de la Métaphysique sont désignés soit par un numéro soit par une lettre grecque, soit respectivement : I. Alpha ; II. Petit alpha ; III. Bêta ; IV. Gamma ; V. Delta ; VI. Epsilon ; VII. Zêta ; VIII. Êta ; IX. Thêta ; X. Iota ; XI. Kappa ; XII. Lambda ; XIII. Mu ; XIV. Nu (fr.wikipedia.org - Métaphysique (Aristote)).

 

Livre IX (Theta, 1045a-1052a) parle de l’être comme Puissance et l’Entéléchie, l’être comme Vrai ; la puissance active et passive ; la puissance avec raison et sans raison ; critique des Mégariques qui réduisent la puissance à l’acte ;  le possible et l’impossible ; la puissance suppose un acte ; l’acte, exemples de différences (l’infini) ; le passage de la puissance à l’entéléchie ; l’acte est antérieur à la puissance ; Le Bien en puissance et en acte ; l’être comme vérité (cf. Epsilon, 4).

 

Livre XI (Kappa, 1059a-1069a) fait un récapitulatif sur l’être et le devenir ; résumé de Beta, Gamma, Epsilon : les apories ; unité de la science de l’être et principes logiques ; la théologie et la science de l’être, l’être par accident et l’être comme vrai ; résumé de la Physique

 

Livre XII (Lambda, 1059a-1076a) aborde la notion de séparation métaphysique, parle des Substances Séparées et le Premier Moteur ; il y a 3 sortes de substances : 1. Les substances sensibles corruptibles, 2. Les substances mobiles éternelles, 3. La substance immobile ; La Physique étudie les deux premières ; y-a-t-il des formes séparées ? Il doit y avoir une cause motrice de tous les êtres ; l’acte et la puissance s’appliquent à tous les êtres ; il y a un Premier moteur immobile ; Dieu est aussi le Bien comme Cause finale de toute chose ; il y a plusieurs Intelligences de plusieurs Sphères ; l’Intelligence divine est Pensée de la Pensée ; le Souverain Bien est séparé et dans l’ordre du tout (anniceris.blogspot.com).

 

Dans le domaine des définitions, la séparation est donc une séparation logique qui concerne la séparation d'avec le mouvement ou d'avec la matière. Il est évident que cette séparation ne peut exister dans le cas du physicien qui considère les êtres comme soumis au mouvement et non séparés de la matière. En revanche, la philosophie première qui considère des formes doit les séparer de la matière et du mouvement. Séparation ou absence de séparation sont corrélatives des objets intentionnels que chaque science découpe, à partir des objets réels, pour en faire l'objet de son étude (Annick Jaulin, Marie-Paule Duminil, Métaphysique d'Aristote, 2010 - books.google.fr).

 

Aristote termine sa revue des constitutions du livre 2 de la Politique par le rapide exposé de l’oeuvre de quelque législateurs importants; parmi ceux-ci, Solon (6ème-5ème siècle) qui institua la démocratie athénienne Il est dit de lui: «Solon abolit une oligarchie trop absolue, affranchit le peuple de la servitude, et institua la démocratie traditionnelle grâce à un heureux mélange des éléments de la Constitution: le Conseil de l’Aréopage est oligarchique, l’élection des magistrats, aristocratique, l’organisation des tribunaux, démocratique (tous les citoyens peuvent être admis à siéger dans les tribunaux)» (Magloire Kede Onana, L’éducation à la citoyenneté : dressage ou libération, 2012).

 

"troupeau humain" et l'homme politique

 

Le Politique de Platon se compose de trois parties : 1) définition du roi comme pasteur du troupeau humain et critique de cette définition 2) définition du tissage, art pris pour paradigme de l'art royal ou politique ; 3) définition achevée de l'homme royal ou politique. La recherche de cette définition est présentée non comme un but en soi, mais comme un exercice dialectique. L'homme politique ou royal fait usage d'une technique. Pour la préciser, l'Etranger d'Elée procède à une classification des techniques et des sciences par une série de dichotomies et parvient à cette définition : l'homme politique est un pasteur d'hommes. Pour montrer qu'elle vaut pour le passé et non pour le présent, l'Etranger d'Elée raconte un mythe, dont il tire notamment cette conclusion : l'homme politique n'est que le «soigneur» et non le «nourricier» d'un troupeau humain. Devant l'impasse où se trouve alors l'argumentation, l'Etranger adopte la méthode du paradigme ou de l'exemple. Pour comprendre l'art du politique, on étudiera d'abord l'art du tissage, plus précisément du tissage de la laine. Cet art sera distingué de tous ceux qui lui sont apparentés : fabrication des antidotes, des armes, des voiles, etc., pour en arriver à la fabrication des vêtements. Il sera en outre distingué de ses auxiliaires, lesquels se répartissent suivant qu'ils se rattachent à l'une de ces deux sortes de causes : auxiliaires et propres. Aux premières, se rapportent les arts qui fabriquent les instruments nécessaires au tissage : fuseaux, navettes, etc. Et, parmi les arts qui se rapportent aux secondes, certains ne prennent qu'une part indirecte à la confection des vêtements : lavage, ravaudage, etc. Si on les met de côté, on arrivera à cette définition : le tissage est l'art d'entrelacer la chaîne et la trame. Mais pourquoi tant de détours ? Lourde de reproches, cette question doit fournir l'occasion de rappeler qu'il y a deux arts de la mesure : l'un qui se fonde sur le rapport entre le grand et le petit, et l'autre sur l'opportunité et la convenance. Or, la «juste mesure», qui ressortit à la seconde espèce, par ailleurs indissociable de la dialectique, est la condition de tous les arts. Dès lors, il faut faire pour le roi ce qui a été fait pour le tisserand. L'Etranger d'Elée renouvelle donc complètement le problème classique des Constitutions. Un seul critère pour les distinguer : la science ordonnée au bien, dans le but de promouvoir la justice à l'intérieur de la cité. Dans cette perspective, la stratégie judiciaire et la rhétorique ne sont que des sciences pratiques à portée limitée, dont la politique doit déterminer le mode et les conditions d'activité. Ourdir tous les éléments de la cité, telle est donc en définitive, la fonction de la science royale et politique. (Encyclopédie philosophique universelle, Tome 3, 1992 - books.google.fr).

 

Les dialogues postérieurs au Politique prendront acte de l'infléchissement de la conception platonicienne, et du recul de l'idéal défendu par la République en un temps inaccessible à l'homme. Sans reprendre tout à fait explicitement le mythe d'une anti-histoire, marquant un temps inversé gouverné par le dieu, le Timée, et à sa suite le Critias, renverront les constructions idéalistes de la République à un passé à jamais révolu. Le Timée renverra à un récit qui, une fois encore, semble devoir se faire en deux temps : d'un côté, Critias fera le récit d'une légende autrefois rappelée par Solon, et qui identifie l'Athènes d'il y a 9 000 ans à l'idéal politique relaté dans la conversation de la veille ; ensuite, Hermocrate prendra la parole pour définir un projet politique pour les temps présents. L'Hermocrate ne sera jamais écrit (Christophe Rogue, D'une cité l'autre: Essai sur la politique platonicienne, de la "République" aux "Lois", 2006 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le Solon françois

 

La fortune et l'arrogance des Concini suscitaient depuis des années une immense animosité dont témoigne la centaine de pamphlets parus de 1615 à 1617 qui, s'appuyant plus ou moins sur les faits qui apparaîtront au procès,  présentèrent les Concini comme des suppôts du diable, et cela quel que soit le type de textes; en effet, il faut signaler que certains libelles ont une forme spécifiquement littéraire, romanesque ou théâtrale, et que beaucoup sont en vers. Cela montre d'ailleurs combien l'événement fascinant constitué par la chute brutale d'un favori tout-puissant offrait prise à un travail d'écrivain, plus ou moins dégagé de véritable enjeu politique, puisque la majorité des libelles sont parus après la mort de Concini, et parfois même après la condamnation de la Galigaï. La Magicienne estrangere (attribuée à Pierre Matthieu, Rouen, 1617) retrace ainsi en quatre actes le destin de Leonora Concini et met en scène son procès et sa condamnation. La Galigaï avoue qu'elle est sorcière - ce qui est historiquement faux, puisqu'elle ne l'a jamais reconnu - au «Solon François» (Louis XIII). [...] Cependant, à l'instant de mourir, elle déclare «avoir cent fois merité ce doux supplice» et abjure «l'enfer et ses complices», qui lui «ont fait enfanter dix mille malefices». On retrouvera d'ailleurs dans La Medee de la France, texte rempli de références mythologiques, la même contradiction, car on y voit un personnage saisi de remords jusqu'à refuser d'utiliser ses pouvoirs surnaturels contre le roi. Dans ce renoncement apparaît une certaine grandeur du personnage qui inspirera ensuite François de Rosset, quand il fera le récit Des enchantemens et sortilèges de Dragontine, de sa fortune prodigieuse et de sa fin malheureuse dans son édition de 1619 des Histoires tragiques [cf. quatrain I, 69] (Marianne Closson, L'imaginaire démoniaque en France (1550-1650): genèse de la littérature fantastique, 2000 - books.google.fr).

 

Le Solon françois pourrait être le Président Deslandes, un des quatre commissaires du parlement chargés de l'instruction du procès de Leonora Galigaï (Corrections, additions, auteurs pseudonymes et anonymes dévoilés, Tome 11, 1854 - books.google.fr, Histoire de France: depuis les temps les pus reculés jusqu'en 1789, Tome 11, 1860 - books.google.fr).

 

1617 est en effet la date du procès de Leonora Galigaï après l'exécution de son mari Concino Concini (cf. quatrain I, 84).

 

Raison d’Etat

 

A un Concini qu'on disait vindicatif, emporté et versatile, Marino oppose un Concini parangon de l'affabilité et de la constance, de la sincérité et de la stabilité. Mais deux aspects de la louange de ces vertus retiennent ici l'attention. D'une part son ajustement aux attaques lancées contre Concini : respectueux de la parole donnée, parlant peu et ne mentant pas, tardant à donner sa faveur mais ne variant pas puisqu'il l'a à bon escient accordée, Concini est bien une ancre de stabilité ; discrètement récurrentes tout au long de la dédicace, les images maritimes débouchent ainsi sur ce mot qui joue sur le titre du maréchal pour soutenir sa cause comme défenseurs ou détracteurs exploitent tantôt la symbolique de l'ancre tantôt l'homophonie entre encre et ancre. D'autre part, leur formulation en des termes qui sont ceux d'un petit traité du fondement moral du comportement des princes et des seigneurs dans la lignée desquels est inséré Concini. De façon ambiguë, en fonction sans doute de la position marginale de Marino en France, mais aussi en fonction de la situation même du favori de la régente, Concini est à la fois le serviteur que ses vertus mettent à l'abri des écueils de la vie de cour et le prince qui dispense ses faveurs à ceux qui en sont dignes et ne varie pas comme le roseau sous la brise. L'emblème de l'Ancre convient à la fois à qui donne et à qui reçoit, et navigue lui aussi sur les mêmes flots courtisans que sillonne Marino. Le catalogue de mérites que l'actualité ne contribue pas peu à renforcer s'achève ainsi sur cette justification emblématique du titre de Concini. [...]

 

Nous rappellons, sans pouvoir ici creuser ce point, que parmi le savant entourage dont le duc de Savoie Charles Emmanuel Ier appréciait les entretiens dans le Ritratto, Marino avait distingué Botero, présenté en tant qu'historien et commentateur d'Aristote (Ritratto, 165, p. 86) (Danielle Boillet, Marino et les 'fluctuations de la France' : Il Tempio (1615) et les Epitalami (1616), L'actualité et sa mise en écriture dans l'Italie des XVe-XVIIe siècles: actes du colloque international (Paris, 21-22 octobre 2002), 2005 - books.google.fr).

 

Les miroirs des princes "cherchent à donner des conseils pour l'éducation du prince, de qui dépend le bonheur de l'État. L'idéal du chevalier chrétien, homme d'honneur, domine tout leur enseignement. Mais leurs auteurs y traitent aussi des problèmes de l'État, de l'étendue du pouvoir, des relations entre États. Les traités de la fin du moyen âge et de la Renaissance prendront une orientation plus humaniste; plusieurs s'inspireront d'un mystérieux Secretum secretorum, d'origine orientale, connu à partir du XIIe siècle par diverses traductions, et se présentant comme une lettre d'Aristote à son disciple Alexandre le Grand. L'idéal prôné par ces écrits ne resta pas purement théorique : qu'on se rappelle les exemples de sainteté donnés par Louis IX, roi de France (mort en 1270), Élisabeth de Hongrie (morte en 1231) et Alphonse de Castille (mort en 1284)" (Jean Leclercq, François Vandenbroucke, Louis Bouyer, La spiritualité du Moyen Age, Tome 2 de Histoire de la spiritualité chrétienne, 1961 - books.google.fr).

 

En 1610, commence la régence de la reine mère Marie de Médicis (1610-1614), marquée par l'ascension fulgurante d'un favori, florentin comme elle Concino Concini, à la grande colère d'une partie des Grands qui par ailleurs refusaient la politique proespagnole du tandem. Après la majorité royale, Marie de Médicis resta chef du Conseil, mais l'assassinat de Concini en 1617 - Louis XIII n'y fut sans doute pas étranger - changea la donne. [...] Armand Jean du Plessis, évêque de Luçon depuis 1607, fut secrétaire d'État en 1616, proche à l'époque du duo qui gouvernait la France. Après une brève éclipse, il recouvra les faveurs royales et obtint le chapeau de cardinal en 1622. Richelieu, c'est bien de lui qu'il s'agit, entra au Conseil en 1624 et porta le titre de principal ministre en 1629. Pendant dix-huit ans [...], il mena la politique de la France en imposant un principe de gouvernement: la raison d'État dont l'italien Giovanni Botero s'était fait le chantre peu de temps auparavant (Della ragion di Stato, 1589) (Hervé Hasquin, Louis XIV face à l'Europe du Nord: l'absolutisme vaincu par les libertés, 2005 - books.google.fr).

 

La concordance des intérêts de l'Eglise avec ceux de la politique réaliste, sur laquelle reposait tout le système espagnol, était donc un des points essentiels de la doctrine de la "ragione di stato" de Botero, dont le sens se ramène à dire : Marche d'accord avec l'Eglise, tu t'en trouveras bien (Friedrich Meinecke, L'idée de la raison d'État dans l'histoire des temps modernes, traduit par Maurice Chevallier, 1973 - books.google.fr).

 

Comme le résume Michel Senellart, le défi de Botero est de «concilier deux exigences contradictoires : l’une politique, l’État doit tendre vers le maximum de puissance pour exister ; l’autre ecclésiastique, la puissance de l’État ne doit pas être telle que l’on ne puisse concevoir une autorité qui lui soit supérieure (en l’occurrence, celle de l’Église)». Pour résoudre la difficulté, «Botero effectue une opération originale : il place la question économique au coeur même de la pensée politique et de la théorie de l’État.» (fr.wikipedia.org - Giovanni Botero

 

Avec le Politique, accomplissant un tournant théorique fondamental par rapport à la République, Platon va intégrer l'économie à l'art politique, admettre même l'idée d'une politique «commerciale», et adjoindre au politique de nombreux «auxiliaires» (commerçants, laboureurs, boulangers) destinés à nourrir les hommes puisque les biens ne sont plus disponibles sans effort. Prenant acte de ce tournant essentiel, les Lois intégreront l'oikonomia au programme d'éducation des citoyens (Christophe Rogue, D'une cité l'autre: Essai sur la politique platonicienne, de la "République" aux "Lois", 2006 - books.google.fr).

 

A Botero on peut opposer Trajano Boccalini (1556 - 1613) qui se dressa contre les intérêts de l'Espagne et se trouva proche de Venise, et de Paolo Sarpi, dans sa lutte contre le pape Paul V au sujet de la politique de l'Eglise. [...] Il ne se lassait pas de répéter aux princes : Bannissez de votre cœur les passions égoïstes, gouvernez avec justice et douceur, prenez modèle sur les républiques que conduisent non pas les ambitions et les intérêts personnels, mais cette étoile polaire qu'est le bien général (Friedrich Meinecke, L'idée de la raison d'État dans l'histoire des temps modernes, traduit par Maurice Chevallier, 1973 - books.google.fr).

 

On chercherait vainement, dans la Politique d’Aristote, une locution équivalente à ce que nous appelons la «raison d’État», mais si les mots n’y sont pas, l’idée qu’ils désignent s’y trouve tout entière, et remplit de ses développements plusieurs livres de ce grand ouvrage (i). En effet, les auteurs qui ont traité de la raison d’État d’une manière méthodique (voy. entre autres Botero, la Ragion di Stato, Venise, 1589), l’ont définie : l’art d'organiser, d’agrandir et de conserver les États, objets dont Aristote s’est longuement occupé, et sur lesquels il nous a légué de profonds enseignements. [...] Pour Platon, la raison d'État, c'est la raison même, qui regarde dans les idées, et, traçant ou croyant tracer l'image de la perfection politique, ne consent à la modifier qu'une seule fois pour la rapprocher de la faiblesse humaine, au lieu que pour Aristote c'est un art qui interprète ou prétend interpréter les fins diverses de la nature, qui détermine les rapports multiples entre le réel et le possible de même qu’entre le possible et le parfait, et n'est proprement qu'une transaction continuelle entre les faits et l'idéal (Louis Ferri, Philosophie morale, Aristote et Machiavel, Revue bleue politique et littéraire, 1865 - books.google.fr).

 

Neuf séparées : sœurs tertiaires franciscaines de Sainte Elisabeth de Hongrie

 

Le Père Vincent Mussart, Réformateur de l'Ordre de St François, alla avec son frère François Mussart, en Bourgogne pour amener à Paris quelques Religieuses de cette Commnauté, pour rétablissement de ce Couvent. La Mere Claire-Françoise fut choisie pour être Supérieure; elle sortit de Salins, & arriva en cette Ville, où douze filles ou veuves l'attendoient, pour embrasser, sous sa conduite, la réforme du Tiers-Ordre ; du nombre desquelles étoient, la Belle-mère du Pere Mussart, qui prit ie nom de sœur Gabrielle de Ste Anne, & sa propre sœur, qui fit aussi profession, sous le nom de Sœur Marie de St Joseph; & autres qui firent profession le trentième Mai 1617. La Reine Marie de Medicis, mère de Louis XIII, les honora de sa protection, & voulut assister à la clôture de ces Religieuses, se déclarant leur Fondatrice.

 

Conjointement avec le Roi son fils, la Reine posa la première pierre des nouveaux bâtimens, tant de l'Eglise que du Monastère, qui furent commencés en 1628, & où les Religieuses allèrent demeurer en 1630, en rendant le lieu qu'elles avoient occupé jusqu'alors, attenant ce Couvent, aux Religieux de Piquepuces du fauxbourg St Antoine, à qui il appartenoit, qui leur servoit, avant cet établissement, d'hospice, & que ces Religieuses avoient eu d'eux par emprunt, jusqu'à ce qu'elles fussent établies en ce lieu qui est situé en la rue du Temple, vis-à-vis du Temple, quartier du Marais ou du Temple, Paroisse de St Nicolas des Champs (Henri Sauval, Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris, Tome 1, 1724 - books.google.fr).

 

Vincent Mussart (1570 - 1637)est l'auteur d'un pieux ouvrage où Arsitote est cité pour une fontaine où les justes serments flottent et les autres coulent, et le plus cruel châtiment des menteurs qui est qu'ils ne soient plus jamais cru même s'ils disent la vérité (Vincent Mussart, Le fouet des jureurs et blasphémateurs du nom de Dieu, 1614 - books.google.fr).

 

Au XIIIème siècle, l'ordre des franciscains [...] prétendait opérer une rénovation dans les études, partout cet ordre se faisait agréger aux universités. Ce furent les franciscains (Bonaventure, Roger Bacon, Raymond Lulle) et les dominicains (Albert le Grand, Thomas d'Aquin) qui commencèrent à prendre Aristote sous leur protection et à traduire ses ouvrages, et que l'établissement de la philosophie d'Aristote revient pour cette époque à la culture des sciences et des lettres (Encyclopédie nouvelle, Ari-Bos : Tome 2, 1840 - books.google.fr).

 

La reine Marie de Médicis, particulièrement croyante et attentive au renouveau spirituel dont elle ne néglige pas les bénéfices politiques, patronne, généralement, l'installation des nouvelles communautés et l'embellissement des couvents. C'est ainsi qu'en ce lieu peu agréable, accompagnée d'Anne d'Autriche, sa toute nouvelle et très jeune belle-fille de quinze ans, elle assiste en personne, à la cérémonie de clôture des premières tertiaires, qui ont pris l'habit, le 30 mai 1616, jour de l'Ascension. On sait, également, que l'année suivante, le 24 mai 1617, deux jours après la cérémonie des vœux solennels des neuf premières Dames de Sainte-Elisabeth parisiennes, la chapelle du monastère est dédiée en l'honneur de la Vierge et de Sainte Elisabeth, sous le titre de Notre-Dame de Nazareth et Sainte Elisabeth de Hongrie, par Monseigneur Henri de Gondi, cardinal de Retz, Evêque de Paris... à la demande de la Reine Marie de Médicis et en faveur des Religieuses de Sainte-Elisabeth, qui y demeuraient alors (Dominique Sabourdin-Perrin, Les dames de Sainte-Elisabeth: un couvent dans le Marais (1616-1792), 2014 - books.google.fr).

 

On retrouve Marie de Médicis au quatrain I, 86 dans sa fuite de Blois.

 

Lois et religion

 

Les Athéniens eux-mêmes furent dupes de l'adresse de Solon, qui profita du même moyen que Numa, pour disposer le peuple à recevoir ses lois. Toute la ville d'Athènes fut troublée par des craintes superstitieuses, par des spectres et des fantômes : sans doute que Solon n'avait pas peu contribué à faire répandre ces bruits par ses émissaires et à les accréditer. Les devins publièrent qu'il paraissait par les victimes, que la ville était souillée de crimes et d'abominations, qu'il fallait purger. Sur quoi on fit venir de Crète Êpiménide, qui avait la réputation d'être un homme saint, fort aimé des Dieux, et profondément savant dans les choses divines, surtout en ce qui regarde l'inspiration et les cérémonies les plus mystérieuses et les plus cachées; on l'appelait de son temps le nouveau curète, et le fils de la nymphe Balté. Ce fut lui qui fraya à Solon le chemin pour publier ses lois, et les faire recevoir au peuple; et parmi les moyens qu'il employa, les plus importans furent les propitiations, les expiations, les fondations de temples et de chapelles. Il purifia si bien la ville, qu'il la rendit soumise et obéissante à tout ce qui était juste, plus souple, plus docile, et plus aisée à être contenue sous les lois d'une heureuse harmonie. On voit qu'Epiménide, d'accord en cela avec Solon, usa des mêmes artifices que Numa, et sentit toute l'importance d'appuyer les lois sur la religion, et d'affermir la religion elle-même par le cérémonial, les purifications, et tout l'appareil de la superstition et du prestige. Car cet Epiménide était un vrai charlatan. Comme le Zamolxis des Scythes, qui s'enterra dans une caverne, où il feignait d'être mort et ressuscité, Êpiménide débitait qu'il avait eu un long sommeil dans une caverne, pendant lequel il avait été instruit par les Dieux, et à son réveil il instruisit à son tour les hommes, et écrivit la génération des curètes et des corybantes, et une longue théogonie ; il passait pour vivre sans prendre aucune nourriture, sans être assujetti aux besoins de l’humanité. Tel était autrefois l’usage que les prétendus sages faisaient de la sagesse; elle se réduisait souvent à l’art de tromper, pour un plus grand bien, ceux qu’on croyait incapables d’atteindre aux leçons sublimes de la morale et de la philosophie. On peut croire qu’il ne négligea pas le grand ressort politique et religieux, qu’on empruntait des mystères et de la fiction des peines de l’enfer, qui en était un des principaux dogmes. En effet, il fit construire à Athènes le temple des divinités infernales, vengeresses du crime ; et on voyait sa statue à l’entrée de l’Éleusinium, au rapport de Pausanias Solon avait senti le besoin de s’associer un tel homme, qui avait la réputation d’être ami des Dieux, et d’en être inspiré. Car Êpiménide s’attribuait aussi la divination, et même le merveilleux talent de mourir et de renaître plusieurs fois, à moins qu’on n’entende par là le dogme de la métempsycose, qui tenait aussi aux secrets de la mystagogie. Le sage Lycurgue donna moins d’influence à la superstition dans la législation; il compta plus sur l’éducation, sur les mœurs et les lois, que sur le prestige. Aussi les mœurs et les lois de Lycurgue, ayant une base plus solide, se conservèrent plus long-temps. Néanmoins, il fut encore forcé de faire parler les Dieux en faveur de ses lois. Avant d’exécuter son projet de législation, il va à Delphes consulter Apollon, et il reçoit cet oracle si célèbre, dans lequel la prêtresse l’appelait l‘ami des Dieux, et Dieu plutôt qu’homme. Il fait un sacrifice à Apollon, pour en obtenir de bonnes lois, et la prêtresse lui dit, que le Dieu exauce sa prière, et qu’il lui donnera la plus excellente république qui ait jamais été. De retour à Sparte, Lycurgue fait recevoir ses lois, et déclare que pourtant il y manque un point, qui était le plus essentiel et le plus important; mais qu’il ne pouvait le leur communiquer, avant que d’avoir consulté l’oracle d'Apollon; qu’ils devaient donc observer ses lois inviolablement, sans y rien changer, ni altérer, jusqu'à ce qu’il fût de retour de Delphes; et qu’alors il exécuterait ce que le Dieu lui aurait ordonné. Il fait jurer à tous ses citoyens, qu’ils ne toucheront point à ses lois jusques à son retour. Arrivé à Delphes , il fait un sacrifice à Apollon; il en obtient la ratification de ses lois, qui sont. déclarées bonnes par le Dieu, qui promet à Sparte la gloire et la félicité, tant qu’elle les observera. Lycurgue fait écrire cette prophétie; il l’envoie à Sparte et prend le parti de mourir, afin que son retour ne dégage pas ses citoyens de leur serment. Voilà donc encore des lois données au nom de la divinité. (Charles François Dupuis, Origine de tous les cultes: ou, Religion universelle, Tome 4, 1822 - books.google.fr).

 

La prise de voile des soeurs tertiaires a un modèle dans l'initiation aux mystères d'Eleusis, dont Thémistius rend compte dans ses Oraisons dont le Père Denis Petau (1583-1652) publia un certain nombre en 1613 à La Flèche :

 

Les initiés aux mystères d'Éleusis avaient le spectacle des deux principes, dans les scènes successives de ténèbres et de lumière que l'on faisait passer sous leurs yeux A la nuit la plus obscure, accompagnée d'illusions, d'affreux fantômes, on faisait succéder le jour le plus brillant, dont l'éclat environnait la statue de la divinité. C'est Dion Chrysostôme et Thémistius qui nous l'apprennent. Le récipiendaire, suivant Dion Chrysostôme, passait dans un temple mystérieux, d'une grandeur et d'une beauté étonnante, où l'on offrait à ses regards plusieurs tableaux mystiques, où ses oreilles étaient frappées de voix différentes, et où des scènes de ténèbres et de lumière passaient successivement sous ses yeux. Ce passage successif des ténèbres à la lumière, de la lumière aux ténèbres, ne pouvait que faire allusion à ces deux principes, qui, dans l'œuf de Zoroastre, se combattent, se chassent et se poussent successivement, entraînant à leur suite les génies qui leur sont affectés, et dont les divers fantômes formaient, sans doute, le spectacle varié dont parle Dion Chrysostôme. Thémistius (Oraisons 2) nous peint également l'initié, au moment où il va entrer dans la partie du sanctuaire où réside la Déesse, rempli de crainte, et d’une frayeur religieuse, chancelant, incertain de la route qu’il doit tenir au milieu de l’obscurité profonde qui l’environne. Mais lorsque l’hiérophante a ouvert la porte de l'enceinte intérieure du sanctuaire, qu’il a emporté la robe qui couvre la Déesse, qu’il a nettoyé et poli la statue, il la fait paraître à l’initié, toute resplendissante d’une lumière divine. Le nuage épais, l’air ténébreux qui jusque-là avait environné le récipiendaire, s’évanouit; il est rempli d’un éclat vif et lumineux, qui retire son âme de l’affaissement profond où elle était plongée, et la lumière la plus pure succède aux épaisses ténèbres (Charles François Dupuis, Origine de tous les cultes: ou, Religion universelle, Tome 4, 1822 - books.google.fr).

 

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