Réévangélisation catholique du Vivarais

Réévangélisation catholique du Vivarais

 

I, 66

 

1606

 

Celui qui lors portera les nouvelles.

Apres un peu il viendra respirer.

Viviers, Tournon, Montferrent & Pradelles,

Gresle & tempestes les fera souspirer.

 

"porter les nouvelles" : réévangélisation (évangile : du grec "bonne nouvelle")

 

Jean-Baptsite Romillon est né à l'Isle de Venise (aujourd'hui sur Sorgue) en 1553, d'un père calviniste et d'une mère catholique. Pendant les guerres de religion, il prit le parti de son père et combattit dans les rangs des protestants. Conseillé par Madame de Châteauneuf récemment convertie et par César de Bus, chanoine de Cavaillon, en 1579, à l'âge de 26 ans, il abjura l'hérésie publiquement dans la cathédrale de cette ville et entra dans la cléricature. Très vite l'évêque lui donna un canonicat dans la collégiale de l'Isle et il fut ordonné prêtre en 1588. Le 29 novembre 1592, dans la petite communauté créée par Romillon dans notre ville, César de Bus et lui constituent une congrégation  nouvelle : les doctrinaires réformés ou frères de la doctrine chrétienne. En 1593, le père Romillon revient dans sa ville natale pour la doter d'un établissement spécialisé pour l'instruction gratuite des jeunes filles sur le modèle de celui des Ursulines fondé à Milan par Saint Charles Borromée. Françoise de Bermont fournit le local, Cassandre de Bus, parente de César, fut nommée supérieure. La première congrégation des Ursulines de France était née (Albert Ceccarelli, L'histoire de l'Isle sur la Sorgue: De 1274 à 1791, le temps des papes, 1988 - books.google.fr).

 

Romillon avait été dirigé spirituellement, depuis sa conversion en 1579, comme César précédemment, par le Père Péquet. A l'exemple de ce dernier, il avait alors entrepris des études cléricales, était devenu prêtre et chanoine de la Collégiale d'Isle-sur-la-Sorgue. Déjà, avec succès, il avait exercé son ministère en compagnie de César contre les protestants et semblait, par conséquent, tout prêt à collaborer encore à l'évangélisation du Vivarais. César vint le trouver chez lui et le mit au courant de la proposition de Monseigneur Jean de l'Hôtel. Ensemble ils firent une retraite spirituelle à Cavaillon, pour se préparer à la mission qui leur était confiée et, après avoir reçu la bénédiction de l'Evêque, à l'exemple des apôtres, ils partirent, abandonnant tout : parents, amis et biens, afin de porter la bonne nouvelle aux populations du Vivarais bouleversées par l'hérésie calviniste. Arrivés à Viviers ils se séparèrent et s'attribuèrent chacun la moitié du diocèse, afin que tous les habitants puissent bénéficier de l'exercice de leur zèle. César prêcha à Viviers et aux alentours. Il le fit avec tant de succès qu'il en fut lui-même  émerveillé, ramenant les fidèles de l'erreur à la foi et du péché à la grâce. Comme il était complètement désintéressé, il refusait les honoraires offerts en pareil cas et si, parfois, il les acceptait, il les faisait passer de ses mains dans celles des pauvres, qu'il soulageait même de ses propres deniers, au point que certains, qui ignoraient sa charité habituelle, en le voyant distribuer tant d'argent, le suspectèrent de quelque intention politique, car la guerre s'était rallumée dans plusieurs provinces du Royaume. C'est pourquoi, il dit un jour du haut de la chaire, à ses auditeurs : « - Vous mettez en ma bonne volonté et la droiture de mes intentions, mais un jour viendra où vous regretterez, car vous me redemanderez, mais je ne pourrai plus vous revenir ! » Le fait se réalisa l'année suivante, au temps où les habitants de la ville sollicitèrent à nouveau son concours, sans pouvoir l'obtenir. Les fruits de la mission furent abondants et durables dans les villages et les pays environnants. De plus quand César avait quelques instants de trêve, au sein de son ministère apostolique, il tenait des conférences dogmatiques et morales avec les curés des campagnes que l'ascendant de ses vertus avait attirés vers lui. Il en profitait aussi pour réconcilier les ennemis, apaiser les querelles, visiter les malades et les prisonniers, exercer les œuvres corporelles et spirituelles de miséricorde, afin de tout disposer pour le bien des âmes et la gloire de Dieu. Après avoir évangélisé avec beaucoup de profit presque toutes les communes du diocèse de Viviers, les deux zélés prédicateurs, remplis de mérites, rentrèrent à Cavaillon. Ils mirent au courant de leur apostolat Monseigneur Bordini, qui se réjouit avec eux des résultats obtenus. Puis, ils se séparèrent. Jean-Baptiste Romillon retourna à Isle-sur-la-Sorgue et César demeura dans sa ville natale

 

Par trois petits soupirs, le Père de Bus rendit tranquillement sa belle âme à Dieu. On était au 15 avril de l'année 1607. Il avait exactement 63 ans, 2 mois et 1 jour. Cet heureux passage du temps à du temps à l'éternité s'effectua pour le saint Fondateur, non seulement le jour de la résurrection du Sauveur, mais aussi à l'heure où l'on croit que s'accomplît ce merveilleux mystère  (Paulin Giloteaux, Le vénérable César de Bus, fondateur de la Congrégation des prêtres de la doctrine chrétienne, 1544-1607: sa vie, sa survie, son œuvre, 1961 - books.google.fr).

 

63 ans (passés), âge climatérique, comme Nostradamus.

 

Pline, Aulu Gelle et Censorinus forment une triade que les érudits vont citer sans cesse tout au cours du XVIe siècle, quand ils s’intéressent aux âges critiques de la vie, à ses stades septénaires et novénaires. Le saut de Censorinus et Julius Firmicus à Pétrarque, mais surtout Marsile Ficin ou Théodore de Bèze semble gigantesque, puisque long de plus d’un millénaire. C’est que le moyen âge ne s’intéressa pas aux années climactériques : une référence chez Tertullien, trois chez le pseudo Clément de Rome, sans aucun calcul. Il ne s’agit que de quelques coups de griffe contre des superstitions astrologiques, dont ces auteurs ne disent quasi rien. L’absence des nombres soixante-trois et quatre-vingt-un, et l’unique mention de quarante-neuf années pour l’année jubilaire qui est la cinquantième, non la quarante-neuvième (Lévitique 25, en part. les versets 8 à 19) dans la Bible (les sept septénaires de Daniel 9, 25, entraînent une supputation différente), expliquent en très grande partie le désintérêt du moyen âge pour ces seuils critiques non bibliques. Soixante-dix ans apparaissent bien, mais furtivement avec quatre-vingts ans, comme terme de la longévité dans le psaume 90, au verset 10 : «Aux jours de nos ans il y a septante ans ; et, si en puissance, octante ans », pour citer la traduction de Jean Calvin, sans que cela n’amène, à ma connaissance, aucune association avec l’âge climactérique au Moyen Âge. Un peu plus de deux siècles après Pétrarque, un autre poète écrivait à ses amis à l’approche de son soixante-deuxième anniversaire et confi ait sa crainte d’entrer dans sa grande année climactérique. Que ce fût un poète n’était guère étonnant, que ce poète présidât aux destinées de l’Église réformée genevoise l’était davantage : Théodore de Bèze.

 

Celui qui est à l’origine du savoir moderne et du renouveau de l’intérêt : Marsile Ficin. Marsile Ficin consacre le dernier chapitre du deuxième livre («De la vie longue » ) du De triplici vita (1482, 1489) au moyen d’éviter «les dangers qui nous menacent à chascun septenaire de la vie » . Il s’agit déjà, tout au long du livre, de régler sa vie en vue de la prolonger. Sous l’influence des planètes, de Saturne surtout… et des astrologues, les années climactériques sont reconnues dangereuses. […]

 

À la fin du XVIIe siècle, la superstition était de moins en moins partagée et elle entrait dans les dictionnaires (Richelet avant, ou Trévoux, après celui de l’Académie) et les encyclopédies comme une donnée historique dépassée. D’une certaine manière, Claude Saumaise (1588-1653), avec les mille pages érudites de son De climactericis annis, avait asséné un coup décisif aux calculs superstitieux liés à l’année climactérique. Le grand philologue avait, en effet, publié en 1648, l’année de ses soixante ans, chez Elzevier à Leyde, des De annis climactericis et antiqua astrologia diatribæ. C’est un traité très polémique, puisque Saumaise critique tout le monde, de Censorinus à Rantzau, de Cardan à Scaliger. Il redéfinit l’année climactérique, d’un point de vue astrologique surtout, et reprend des questions touchant à la longévité. [...] La thèse de Saumaise devient in fine tout à fait moderne, puisque les années climactériques ne sont pas constituées par la force des nombres, qu’ils soient multiples de sept ou de neuf ou de leur composition. Les nombres n’ont pas une vertu physique ou cachée en ce qui concerne la naissance, la vie ou la mort. Ce sont le climat, le lieu de vie, les mœurs, les habitudes, la nourriture, la santé, on pourrait même oser l’expression hygiène de vie, qui influencent de manière beaucoup plus prégnante la longévité des hommes. Les forces naturelles dominent ainsi les forces supranaturelles, divines ou surnaturelles, l’homme ayant les moyens en lui-même de prolonger sa vie. Si la profession est bien déterminée par les astres, et la longévité par la profession, la longueur de la vie ne découle pas directement des astres. Boire de l’eau et manger des fruits font plus pour la longévité que les astres et… l’ivrognerie (Max Engammarre, Soixante-trois, nombre fossoyeur de Pétrarque à Claude Saumaise. Brève histoire de la grande année climactérique à la Renaissance. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 152e année, N. 1, 2008 - www.persee.fr).

 

César de Bus (Cavaillon, 3 février 1544 - Avignon, 15 avril 1607) est un prêtre catholique fondateur des prêtres de la doctrine chrétienne et des ursulines de France et reconnu bienheureux par l'Église catholique.  Ce n'est qu'en 1575 qu'il choisit la voie religieuse. En 1582, Monseigneur Scotti, évêque de Cavaillon le fait chanoine de la cathédrale Saint-Véran. Il est ordonné prêtre en août 1582. C'est alors que commence sa mission de catéchiste, il instruit les enfants puis les adultes. De 1586 à 1592, il se retire à Ermitage Saint-Jacques de Cavaillon. Le 29 septembre 1592 il fonde à L'Isle-sur-la-Sorgue la congrégation des pères de la doctrine chrétienne dont le rayonnement s'étend très rapidement dans toute la région et qui est approuvée par Clément VIII en 1597. En 1594, il devient aveugle, et meurt le 15 avril 1607. En 1821, le Pape Pie VII le déclare Vénérable. Le 27 avril 1975, le Pape Paul VI, le proclame Bienheureux (fr.wikipedia.org - César de Bus).

 

Respiration, conspiration

 

Anne de Lévis, duc de Ventadour, lui présentant une magnifique aumône, après qu'il eut prêché fort longtemps dans ses terres, il la refusa constamment sans jamais se laisser vaincre. Ce noble désintéressement édifia le gentilhomme et toute sa maison qui avait conçu la plus grande estime pour le P. de Bus (Joseph Joachim Chamoux, Vie du vénérable César de Bus, Fondateur de la Congrégation des Prêtres Séculiers de la Doctrine Chrétienne et de l'Institut des Ursulines de France, 1867 - books.google.fr).

 

Philippe IV de Lévis s'est marié en 1395 avec Antoinette d'Anduze, vicomtesse de Rémond, dame de La Voulte, de Pierregourde, de Chomeirac et de Rochemaure. Son petit-fils, Louis de Lévis, baron de la Roche-en-Régnier (avec Jaujac, les Boutières et Meyras) et baron d'Annonay, épouse en 1472 Blanche de Ventadour, héritière du château de Ventadour, en bas Limousin dans l'actuelle Corrèze. Cette branche de la famille de Lévis prend alors le nom de Lévis-Ventadour (www.ventadour.org).

 

Henri de Lévis (1596-1651), 3e duc de Ventadour, sera l'un des fondateurs de la Compagnie du Saint-Sacrement.

 

Louis-Charles de Lévis-Ventadour voulait vendre en 1673 Rochemaure au comte d'Antraigues ; l'affaire échoua, et sa fille Anne-Geneviève épousa en secondes noces le 15 février 1694 Hercule Mériadec de Rohan. Leur petit-fils fut le fameux maréchal de Soubise, qui n'avait rien à faire de Rochemaure : il vendit la toiture vers 1730 pour couvrir une grange dans les îles du Rhône. La ruine des bâtiments ne se fit pas attendre ; le maréchal finit par vendre tout Rochemaure, le droit de bac, les délaissées du Rhône, plus les seigneuries de Meysse et de Sceautres, à Claude Louis de Garnier des Hières, baron de Miraval, le 24 juin 1784, pour 120000 livres (Michel Riou, Ardèche, terre de châteaux, 2002 - books.google.fr).

 

Parurent, en 1660, deux libelles dénonçant les agissements de la Compagnie : un Mémoire pour faire connoistre l'esprit et la conduite de la Compagnie establie en la ville de Caen, et un Extrait d'une lettre contenant la relation des extravagances que quelques-uns de l'Hermitage ont faites à Argentan et à Séez. A en croire ces factums, la Basse Normandie était depuis plusieurs mois profondément troublée par un groupe de prêtres et de jeunes gens, se réunissant dans une maison dite l'Hermitage et se répandant dans la ville pour y faire des manifestations extravagantes. Un jour on les avait vus disait-on ameuter la populace en criant que tous les curés de Caen, sauf deux, étaient fauteurs du jansénisme. Un autre jour, une bande, conduite par un prêtre, aurait poussé des clameurs avec des gestes désordonnés, en invitant tous les fidèles à fuir au Canada, s'ils voulaient conserver le trésor de la foi, compromis par les jansénistes. Que quelques extravagances, plus ou moins exagérées dans les deux pamphlets, eussent été commises par des membres de la Compagnie du Saint-Sacrement, le fait n'a rien que de vraisemblable ; mais chercher à en rendre responsable la Compagnie tout entière était une injustice. Or, c'est ce que prétendaient les écrits dénonciateurs. L'auteur de l'un des deux n'était autre que le janséniste Nicole. Le nom de la Compagnie du Saint-Sacrement y était écrit en toutes lettres. On la dénonçait comme une société secrète, agissant à l'encontre du Roi, des évêques et des magistrats. Le bruit produit par la publication de ces pamphlets fut énorme. Les auteurs les avaient fait tirer à un nombre considérable d'exemplaires, les avaient envoyés à toutes les autorités civiles et ecclésiastiques, et répandus à profusion parmi le peuple. Le 28 septembre 1660, Guy Patin, dans une lettre à son ami Falconnet, parle avec émotion de la découverte de cette conspiration et signale cette « congrégation, qui a des intelligences avec la même confrérie à Rome et qui a dessein d'introduire l'Inquisition en France ». La justice fut saisie, et, le 13 décembre 1660, un arrêt de la Cour fit « inhibitions et défenses à toutes personnes, de quelque qualité et conditions qu'elles fussent, de faire aucunes assemblées en cette ville et partout ailleurs, sans l'expresse permission du Roi et lettres patentes vérifiées ». Grâce à l'intervention de Lamoignon, sous la présidence de qui l'arrêt fut rendu, la Compagnie ne fut pas brusquement dissoute, et, de 1660 à 1665, elle put encore avoir des réunions; mais les assemblées plénières, jusque-là hebdomadaires, furent rares, les relations de la Compagnie de Paris avec les Compagnies de Province cessèrent peu à peu, et, vers la fin de 1665 ou au commencement de 1666, les derniers éléments de la Société disparurent tout à fait. D'après le Mémoire du comte d'Argenson, les seuls ouvrages solides et permanents de la Compagnie qui auraient survécu à sa ruine seraient: la Compagnie des Prisons, la Compagnie des nouveaux convertis, la Compagnie pour le secours spirituel des malades et des agonisants de l'Hôtel-Dieu, les Compagnies de Dames, les Compagnies des paroisses pour les pauvres honteux, enfin et surtout l'Hôpital général, et la Société des Missions étrangères. En réalité, l'esprit de charité et de zèle apostolique, qu'elle avait contribué à répandre dans le clergé et parmi le monde, même en dehors de ses membres, lui survécut: nous en rencontrerons plus d'une fois l'influence au cours de l'histoire du XVIIe siècle (Fernand Mourret, Histoire générale de l'église, Tome 6, 1920 - books.google.fr).

 

L'apôtre du Vivarais

 

François Régis est né à Fontcouverte dans l'Aude près de Narbonne, le 31 janvier 1597, dans une famille de nobles ruraux assez aisés et profondément chrétiens. Il commence des études au Collège des Jésuites de Béziers. Il est apprécié pour son travail et son esprit de bonne camaraderie. Il devient membre de la Congrégation de la Sainte Vierge.François Régis entre au noviciat de la Compagnie de Jésus à Toulouse en décembre 1616. Après ses premiers vœux en 1618, il poursuit la longue formation des Jésuites. coupée par des périodes où il se rend à Cahors, à Tournon (de 1622 à 1625), au Puy et à Auch.

 

En 1624, les Jésuites du Collège de Tournon l'envoyèrent avec un autre religieux pour aider le curé d'Andance (François Régis (1597-1640), Apôtre du Vivarais et du Velay - medarus.org).

 

Après de premiers essais de son zèle, il entreprit la sanctification du bourg d'Andance, où il fut reçu comme un envoyé du ciel : Dieu bénit tellement son zèle, que les vices qui y régnaient le plus, l'ivrognerie, les jurements, l'impureté, furent bannis, et le fréquent usage des sacrements rétabli; l'odeur de sainteté qu'il y laissa, subsiste encore aujourd'hui. []

 

C'est là qu'il établit, pour la première fois, la confrérie du Saint-Sacrement, pour ranimer parmi les fidèles le culte de la divine Eucharistie. Il dressa lui-même les règlements d'une si sainte pratique, qui depuis s'est répandue partout, mais dont on doit reconnaître pour instituteur Régis, âgé seulement de vingt-deux à vingt-trois ans. La grâce n'attend pas la force de l'âge pour opérer des prodiges; et la sainteté donne à la jeunesse un crédit auquel la sagesse des vieillards ne peut atteindre (Daubenton, La vie de Saint Jean-François Régis S.J., 1853 - books.google.fr).

 

En 1634, il est mis à disposition de l'évêque de Viviers, Monseigneur de la Baume de Suze, dans la visite de son diocèse. Il va de village en village, préparant la venue de l'évêque. C'est dans les rudes montagnes des Boutières qu'il montre particulièrement ses qualités. Entre 1636 et 1640, il est nommé au Puy. Désormais, François fera deux parts dans son apostolat. A la belle saison, il travaille au Puy; pendant l'hiver il reprend ses missions dans les montagnes, car, il sait qu'alors, il peut trouver les gens chez eux (François Régis (1597-1640), Apôtre du Vivarais et du Velay - medarus.org).

 

Poussant plus au sud, Régis, une fois au moins, visita Pradelles, qui appartenait alors au diocèse de Viviers. Cette petite ville si pittoresque, où les protestants n'avaient jamais pu pénétrer, où un homonyme des fameux François et Jacques Chambaud avait, au pied des remparts, été tué, se vantait d'être une citadelle du catholicisme. La voie romaine, par laquelle l'apôtre arriva, passait entre Saint-Etienne-du-Vigan et Pradelles, tout proche de l'ancienne église de Saint-Clément aujourd'hui en ruines. Au carrefour du Garay, où aboutissaient les chemins venant de ces trois paroisses, les populations, averties de la venue du saint, s'étaient massées pour entendre sa parole et recevoir sa bénédiction. Ce fut un triomphe. Sur le coin du domaine du Mazigon qui touche à ce carrefour, une croix, dressée et entretenue par la famille de Ribains, en fixe très ferme la tradition. Dans le bas de Pradelles, en un sanctuaire insigne desservi par les Dominicains et centre de nombreux pèlerinages à Notre-Dame, François put longuement prier. Une chapelle à son nom perpétue ce souvenir. Plus haut, dans une des plus belles maisons qui dominent la grande place de Pradelles, on montre encore la chambre, recoin plutôt, où le saint passa la nuit (Georges Guitton, Après les guerres de religion: Saint Jean-François Régis, 1597-1640, 1936 - books.google.fr).

 

Viviers est au sud de Rochemaure et de Montélimar (cf. quatrain précédent I, 65 et ses carabins/scarrabins). Pradelles au sud du Puy qui a à son est Montferrat ("Montferrant" ?) à Saint Etienne Lardeyrol. Lardeyrol est un hameau avec château ruiné à Saint Pierre Eynac un peu à l'est.

 

C'est Anne de Lardeyrol qui, en 1671, fait appel aux frères conventuels ou cordeliers d'Aubenas pour la fondation d'un couvent à Saint-Clément.

 

Louis le quatorzième, roi de France et de Navarre, régnant et par devant moi, notaire royal au bourg de Fay, étaient présents des témoins et Damoiselle Anne de Lardeyrol du lieu de Lardeyrol paroisse de Saint-Clément dans le diocèse de Viviers. Laquelle voulant et désirant effectuer le pieux dessein quelle a toujours eu en faveur de l'ordre des frères mineurs conventuels de Saint-François. Elle fonde à présent un couvent du dit ordre dans le lieu de Lardeyrol, pour y être dit et célébré tous les jours et à perpétuité l'office divin par six religieux conventuels que sont des prêtres pour l'instruction du peuple et pour faire mission aux paroisses voisines. Lesquels seront tenus de dire tous les jours, à la fin de leur oflice, un liberia me à l'intention de son âme et de ses devanciers, lesquels pour cet effet seront tenus de faire leur résidence et de prier Dieu pour l'âme de la fondatrice... (Les Boutières en histoire, Numéro 3, Comité d'études et de recherches historiques des Boutières, 2010 - books.google.fr).

 

Henri Pourrat

 

Si le personnage en question dans ce quatrain est un prêtre, son aspect météorologique est expliqué par Henri Pourrat.

 

Quand saint François Régis évangélisa le Velay, il eut affaire à des populations quasi païennes dans les campagnes, malévoles dans les villes, où il lui arriva d'être tourné en dérision, voire roué de coups. En réalité, on pourrait évangéliser toujours. Là même où la religion paraît suivie, qu'est-elle ? Le peuple lui a donné ses couleurs ; l'a imagée et romancée et s'est servi d'elle pour imager et romancer la flore, les roches, les fontaines, les étoiles, le calendrier, le monde qui l'entoure et le train de la vie. Il en a fait une sorte de poème d'allure enfantine et incantatoire. Pouvait-il déplaire à Dieu qu'elle prît cette figure ? La seule parlante pour des âmes simples ? D'une religion ainsi faite, l'esprit, le grand conseil d'amitié, pouvait peut-être mieux souffler. Mais soufflait-il toujours ? La plupart étaient moins animés de l'esprit que confiants en une magie. La religion restait pour eux un ensemble de rites destiné à rendre le monde favorable et à procurer les biens de la terre. [...]

 

L'occupation du laboureur - peut-être la seule légitime, parce que la seule selon l'ordonnance de Dieu qui a dit à l'homme de faire pousser son pain à la sueur de son front, - le tient terriblement courbé. Il ne pouvait connaître que sa tâche, et la religion qu'en regard de sa tâche. Que les saints, selon leur office, règlent le beau temps et la pluie, et Dieu sauve le bestiau ! C'était prendre les choses d'un peu court. Mais Celui qui distribue les talents, condamnera-t-il le laboureur qui prit tant à cœur son labourage qu'il le préféra à soi-même ?

 

Le prêtre devait être un thaumaturge, capable de conjurer la grêle, les incendies, les maladies. Cette idée demeure dans les têtes. Il suffit de jeter l'œil sur une page de publicité : tant de produits pharmaceutiques attribués à un abbé, à une religieuse. […]

 

Autrefois les prêtres étaient en possession de faire tomber la grêle - songez aux bruits qui

coururent, au début de la guerre : les curés l'avaient amenée à peu près comme ils amenaient la tempête jadis. […]

 

Tant que M. de Rostaing avait été curé d'Ambert il n'était pas tombé de grêle sur sa paroisse.

Mais le jour de son enterrement ((juillet 1835), comme si le diable eût voulu se rattraper, il y eut un orage tel qu'il ne resta pas un carreau dans le pays jusqu'à Clermont  (Henri Pourrat, Ceux d'Auvergne: types et coutumes, 1928 - books.google.fr).

 

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