Aemathien

Ordo neglectus et duc d'Osuna

 

I, 73

 

1611

 

France à cinq pars par neglect assailie,

Tunys, Argiels esmeus par Persiens,

Leon, Seville, Barcelonne faillie,

N'aura la classe par les Venitiens.

 

L'université et la division en 5

 

Au moyen √Ęge, le mot universit√©, universitas, d√©signait toute esp√®ce de communaut√©, mais il finit par √™tre sp√©cialement r√©serv√© √† la communaut√© des ma√ģtres et des √©coliers de Paris. Cette communaut√© qu'une tradition fabuleuse voulait faire remonter jusqu'au r√®gne de Charlemagne fut constitu√©e en 1200 par une ordonnance de Philippe Auguste, conc√©dant aux √©coliers de Paris divers privil√©ges, entre autres celui de ne pouvoir √™tre arr√™t√©s par les officiers du roi, √† moins de flagrant d√©lit ou de crime √©norme, et de ne pouvoir √™tre jug√©s que par les tribunaux ecc√©siastiques. En 1215, des statuts lui furent donn√©s par le l√©gat du pape, Robert de Cour√ßon, cardinal de Saint-√Čtienne. Ses privil√©ges, confirm√©s √† diverses reprises, furent augment√©s en janvier 1341 par Philippe de Valois, qui accorda aux √©coliers et aux membres de l'Universit√© l'exemption de la taille, des p√©ages et autres imp√īts, le privil√©ge de ne pouvoir √™tre traduits devant d'autres juges que ceux de Paris en affaires personnelles, etc.

 

L'Universit√© √©tait divis√©e en quatre Facult√©s : arts (sciences et lettres); th√©ologie ; droit canon et civil ; m√©decine. La Facult√© des arts √©tait compos√©e de quatre nations. La nation de France, divis√©e en cinq provinces ou tribus : dictes de Paris, de Sens, de Rheims, de Tours et de Bourges. La province de Paris comprend les dioc√®ses de Paris, Meaux et Chartres ; celle de Sens, ceux de Sens, Orl√©ans , Nevers, Vienne, Lyon, Troye, Auxerre, Bourgogne, Besan√ßon et Savoye; celle de Rheims, ceux de Rheims, Thou, Metz , Senlis , Ch√Ęlons, Verdun et Soissons ; celle de Tours, ceux de Tours, Mans, Angers, de Saint-Brieu, de Saint-Mallon ou Saint-Malo, Dol, Nantes, Leon, Rennes, Vannes, Triquet et Cornouaille ; et celle de Bourges, ceux de Bourges, Toulouse, Poitiers, Auch, Arles, Embrun, Espagne, Arm√©nie, M√©die, Syrie, Samarie, Lombardie, Venise, la Pouille, Bordeaux, Narbonne, Avignon, Aix, et les nations de Romanie, Egypte, Perse, Palestine, Italie, G√™nes, Naples, Sicile et autres, non comprises toutes les autres provinces.

 

La nation de Picardie, √©tait divis√©e aussi en cinq tribus. Il y avait encore : la nation de Normandie; la nation d'Allemagne, divis√©e en deux tribus : celle des continents, subdivis√©e en deux provinces et celle des insulaires, comprenant les Iles britanniques. Le chef de l'Universit√© √©tait le recteur, qui √©tait √©lu par les quatre Facult√©s tous les trois mois ; et pour son installation il se faisait une procession avec grande pompe. L'organisation de l'Universit√© de Paris, la premi√®re en date, fut adopt√©e (sauf pour l'enseignement du droit canon et du droit civil o√Ļ l'on prit pour mod√®le Bologne), par toutes celles qui s'√©lev√®rent ensuite, soit en France, soit dans le reste de l'Europe. L'universit√© de Paris joua un r√īle consid√©rable au moyen √Ęge dans les affaires politiques et religieuses; elle d√©fendit avec opini√Ętret√© ses privil√©ges, et plus d'une fois, pour obtenir justice, elle suspendit ses le√ßons; la derni√®re interruption eut lieu sous Louis XII. Au XIIIe si√®cle, elle engagea contre les ordres mendiants et les dominicains qui avaient institu√© trois chaires de th√©ologie, une lutte fort vive, √† la suite de laquelle elle fut forc√©e de c√©der et de les admettre dans son sein. La part tr√®s-grande qu'elle prit dans les querelles des Bourguignons et des Armagnacs et la servilit√© qu'elle montra lors de la domination anglaise √† Paris, firent sentir la n√©cessit√© d'une r√©forme qui eut lieu en 1452 et qui fut op√©r√©e par le cardinal d'Estouteville, assist√© de plusieurs membres du Parlement. L'influence politique de l'Universit√© ne reparut que dans les guerres religieuses du XVIe si√®cle, surtout durant la Ligue dont elle embrassa la cause avec ardeur. Ce fut l√† sa derni√®re immixtion dans les affaires de l'Etat.

 

Elle eut, vers le même temps, un long procès à soutenir contre les jésuites qui demandèrent en vain à lui être agrégés, mais obtinrent d'ouvrir des établissements d'éducation en concurrence avec les universitaires.

 

Elle fut supprimée en 1790 (Ludovic Lalanne, Dictionnaire historique de la France, Volumes 1 à 2, 1877 - books.google.fr, Charles Richomme, Histoire de l'Université de Paris, 1840 - books.google.fr).

 

Procès entre l’Université de Paris et les Jésuites

 

Un jeune homme de dix-neuf ans, √©lev√© dans l'un de leurs coll√®ges, d'un caract√®re sombre et fougueux, livr√© √† tontes les d√©hanches de la jeunesse, Jean Chatel enfin, fatigu√© de √Įa vie, d√©sirant en sortir par une action d'√©clat qui lui val√Ľt une r√©compense immortelle, se souvint des sermons de ses maitres, et r√©solut d'assassiner Henri IV. On sait comment le bon Henri, en se baissant pour embrasser un officier qui arrivait de la campagne, au lieu du coup mortel, ne re√ßut qu'une blessure l√©g√®re. L'assassin saisi, interrog√©, fut reconnu pour un √©colier des J√©suites. Toute la France poussa un cri d'effroi. On mit des gardes au coll√®ge de Clermont, on fouilla les chambres, les papiers; on trouva, chez le J√©suite Guignard, des √©crits injurieux au roi de France et √† tous les princes. On y louait l'action de Jacques Cl√©ment, assassin de Henri III, et l'approbation qu'y avait donn√©e le J√©suite Bourgoing. Henri III √©tait appel√© un Sardanaple, un N√©ron, Henri IV un renard de B√©arn, la reine d'Angleterre une louve, le roi de Su√®de, un griffon, l'√©lecteur de Saxe, un porc. Il √©tait dit que ¬ęle B√©arnais serait trop heureux d'√™tre mis dans un monast√®re, pour y faire p√©nitence, que si on pouvait lui faire la guerre, il fallait le faire, que si l'on ne le pouvait pas, il fallait l'assassiner.¬Ľ Le crime de Jean Chastel, et la d√©couverte des papiers de Guignard, d√©cid√®rent du sort de la soci√©t√© en France, et mirent fin √† un proc√®s en instance depuis trente ans. Les J√©suites fuient chass√©s, par arr√™t du parlement en date du 29 d√©cembre 1604, confirm√© par un autre du 21 ao√Ľt 1597. Gu√©ret, professeur de philosophie, fut mis √† la question; Guignard, par arr√™t du 9 janvier 1595, condamn√© √† √™tre pendu en place de Gr√®ve, et il fut ordonn√© que son corps serait br√Ľl√© et r√©duit en cendres. Une pyramide fut √©lev√©e √† la place de la maison qu'occupait l'assassin, et des inscriptions furent destin√©es √† perp√©tuer la m√©moire du crime et du ch√Ętiment. Ce monument subsista jusqu'en 1605 ou 1606, que les J√©suites, r√©tablis en France, eurent le cr√©dit de le faire abattre. [...]

 

Le meilleur des hommes et des rois, Henri IV, tomba, le 10 mai 1610, sous le couteau de l'inf√Ęme Ravaillac. Des soup√ßons qui n'ont jamais √©t√© v√©rifi√©s, s'√©lev√®rent alors contre les J√©suites; on ne les crut pas g√©n√©ralement √©trangers au crime qui plongeait la France dans le deuil et dans les larmes. Les visites que le P. Cotton rendit √† l'assassin, les recommandations qu'il lui fit de bien se garder d'accuser des innocents; le silence d'un P. d'Aubigny, autrefois confesseur de Ravaillac, et √† qui ce monstre avait confi√© que, pendant la nuit, il avait des songes, et pendant le jour, des apparitions; la doctrine r√©gicide du J√©suite Mariana, qui avait √©t√© publi√©e sous le r√®gne de Henri IV; bien des circonstances encore qui paraissaient co√Įncider, firent na√ģtre d'affreuses id√©es; cependant, on ne v√©rifia rien, et un √©v√®nement qui devait changer totalement la position de la France, ne fit qu'am√©liorer celle des J√©suite. Sous le gouvernement faible et chancelant de la reine-m√®re, ils obtinrent, le 20 ao√Ľt 160, de nouvelles lettres-patentes beaucoup plus √©tendues que celles de 1609. Il leur fut accord√© de faire le√ßons publiques, non-seulement de th√©ologie, √† quoi Henri IV avait restreint la permission, mais encore ¬ęen toutes sortes de sciences et exercices de leur profession, audit coll√®ge de Clermont, observant par eux les r√®gles de l'√©dit de septembre 1605, et autres d√©clarations et r√®glements faits depuis icelui.¬Ľ Le pr√©texte all√©gu√© pour accorder cette permission, √©tait l'utilit√© qu'il y a ¬ęque les enfants √©tudient √† Paris, o√Ļ le langage fran√ßais est plus pur et plus poli qu'ailleurs, joint qu'en √©tudiant, ils apprennent insensiblement les formes et les fa√ßons de vivre qu'il faut observer √† la cour et suite du roi.¬Ľ Le 27 du m√™me mois, les J√©suites firent signifier les lettres-patentes au recteur de l'Universit√©, Etienne Dupuis, ajoutant ¬ęqu'ils en poursuit vraient l'ent√©rinement et v√©rification en la cour du Parlement.¬Ľ Le proc√®s se trouva ainsi r√©engag√©, et les J√©suites n'annon√ßaient pas, cette fois, le dessein de l'abandonner. Ils travaill√®rent √† gagner quelques-uns de leurs adversaires, et se firent plusieurs partisans dans les facult√©s de droit et de th√©ologie, mais la grande majorit√© de l'Universit√© se pronon√ßait toujours hautement contre eux. Apr√®s plusieurs d√©lais et remises, la cause fut appel√©e, le 17 d√©cembre, devant les trois chambres assembl√©es, et fut plaid√©e avec la plus grande solennit√©. Montholon, avocat des J√©suites, apr√®s avoir cherch√© √† √©viter un jugement que ses clients semblaient solliciter avec le plus grand empressement, forc√© de plaider, parla pendant une demi-heure au plus, et conclut par demander l'enregistrement pur et simple des lettres-patentes. [...]

 

La Marteli√®re, qui portait la parole pour l'Universit√©, rappela que c'√©tait pour la troisi√®me fois que ce corps c√©l√®bre venait r√©clamer, contre les J√©suites, l'autorit√© du Parlement, pour assurer ¬ęle repos, la condition, la vie de nos rois, de nos princes, de l'Universit√© et de la post√©rit√©¬Ľ; qu'√† la premi√®re approche de ces P√®res, on n'ouit retentir, dans le sanctuaire de la Justice, que des ¬ę proph√©ties de leur intention, qu'ils voulaient confondre tout ordre politique, d√©praver les lois divines et humaines., etc.; qu'on eut. ¬ęd'abord de la peine √† le persuader, mais que ces pr√©dictions ont √©t√© autoris√©es par les √©v√©nements.¬Ľ [...]

 

Les crimes de Cl√©ment, Barri√®re, Chastel, Ravaillac, leur furent imput√©s par l'avocat, aux adversaires qu'il combattait; la conspiration des poudres, les troubles excit√©s √† Venise et dans plusieurs autres endroits, furent rappel√©s. La Marteli√®re finit par exhorter le Parlement √† ne pas se laisser surprendre par les promesses que feront les J√©suites de remplir les conditions qu'on leur imposera. ¬ę Ils promettront et jureront toutes ces conditlions, dit-il, puisque rien ne peut les obliger par leurs propres constitutions.¬Ľ [...]

 

Le lendemoin du plaidoyer de La Martelière, le recteur de l'Université, selon le privilège de sa Compagnie, fit un long discours en latin. Cette pièce, qui a été imprimée, et qui subsiste encore, est de la plus liante éloquence el d'une pureté digne de Cicéron. Il reclama avec fermeté l'appui du Parlement, et. dans un beau mouvement oratoire, il représenta l'Académie expirante, implorant, contre la mort, le seul secours qui lui reste. Ce recteur, si illustre par son éloquence et son grand caractère, se nommait Pierre Hardivilliers. [...]

 

Les plaidoieries des avocats et le discours du recteur, employ√®rent trois audiences. Le quatri√®me jour, les gens du roi port√®rent la parole, par la bouche de Servin, premier avocat-g√©n√©ral. Ce magistrat repr√©senta que, d√®s le commencement du proc√®s, il avait engag√© les J√©suites √† s'en tenir aux termes de leur r√©tablissement. Il donna connaissance du refus qu'avaient fait plusieurs d'entre eux, et notamment le P. Fronton, de signer, sans √©quivoque ni √©vasion, quatre propositions r√©dig√©es par la Sorbonne : les trois premi√®res, regardant la s√Ľret√© de la personne des rois, l'ind√©pendance absolue de leur autorit√© pour les choses temporelles, l'assuj√©tissement des eccl√©siastiques, comme des la√Įcs, √† cette autorit√©; la quatri√®me, concernant les libert√©s de l'√©glise gallicane. [...]

 

Apr√®s cet exorde, Servin entra dans le fond de la cause, et, abondant dans le sens de l'avocat de l'Universit√©, il ajouta de nouveaux reproches √† ceux dont celui-ci avait d√©j√† charg√© la Compagnie, il attaqua l'institut dans ses constitutions, dans ses privil√®ges, dans la conduite de ses membres, dans la doctrine de ses th√©ologiens et dans les √©crits de ses casuistes, d√©clara adh√©rer √† l'opposition de l'Universit√©, et finit par requ√©rir qu'il f√Ľt fait d√©fense aux J√©suites ¬ęde faire le√ßons publiques, ni fonctions scholastiques, pour l'instruction des enfants, ni d'autres en cette ville de Paris, jusqu'√† ce qu'autrement en soit ordonn√© par la cour, sous telle peine qu'elle advisera.¬Ľ

 

Enfin, le 12 d√©cembre 1611, survint un arr√™t qui appointa les parties au conseil, et provisoirement fit ¬ęinhibitions et d√©fenses aux demandeurs de rien innover, faire et entreprendre au pr√©judice des lettres de leur r√©tablissement et de l'arr√™t de v√©rification d'icelles; s'entremettre, par eux ou personnes interpos√©es, de l'instruction de la jeunesse en cette ville de Paris, en quelque fa√ßon que ce soit, et d'y faire aucun exercice ou fonction de scholarit√© √† peine de d√©ch√©ance du r√©tablissement qui leur a √©t√© accord√©, d√©pens r√©serv√©s.¬Ľ Ainsi se termina cette affaire, en laissant encore en suspens le point litigieux.

 

Cet échec ne fut pas le seul que reçut la Société, cette année et les suivantes; les Jésuites n'étaient pas en bonne veine au commencement du dix-septième siècle. Le livre de Mariana De rege et régis institutione, les ouvrages de Bellarmin, Becan, Suarez et autres, furent censurés par la Faculté de Sorbonne, condamnés par le Parlement et livrés aux flammes, avec défense d'introduire en France des écrits contenant une aussi pernicieuse doctrine. L'université de Louvain renouvela ses censures contre les thèses des Jésuites Lessius et Hamélius. En Bohème, un décret du conseil souverain, rendu du consentement de tous les ordres du royaume, chassa les Jésuites, comme perturbateurs du repos public, comme voulant assujétir au Siège de Rome, tous les états dans lesquels ils étaient admis, et semant perpétuellement la discorde et la mésintelligence. La Moravie, à l'exemple de la Bohème, les bannit la même année, de ses terres et dominations, mais les Jésuites surent rentrer dans ces deux états et y reprendre leur crédit.

 

L'arr√™t de 1611, outre les dispositions que nous avons rapport√©es, ordonnait que les J√©suites, √©tablis en France, d√©clareraient √™tre unis de doctrine avec la Sorbonne, et signeraient les quatre propositions que leur avait pr√©sent√©es l'avocat-g√©n√©ral Servin. Quand leur proc√®s eut √©t√© perdu pour eux, ils ne se press√®rent pas d'ob√©ir √† cette injonction, mais voyant que l'Universit√©, non contente de leur avoir fait fermer leurs √©coles, poursuivait l'ex√©cution de l'arr√™t dans toutes ses parit√©s, et parlait de demander leur expulsion, ils crurent devoir parer le coup, en faisant la d√©claration qui leur √©tait command√©e. En cons√©quence, les PP. Balthazard, provincial ; Jacquinot, sup√©rieur de la maison de St.-Louis; Fronton, Jacques Sirmond et Faconius, assist√©s de leur procureur, pr√©sent√®rent au greffe du Parlement, un acte portant qu'ob√©issant √† l'arr√™t de la cour souveraine, ils d√©clarent qu'ils sont conformes √† la doctrine de Sorbonne, m√™me en ce qui concerne la conservation de la personne sacr√©e, des rois, manutention de leur autorit√© royale et libert√©s de l'√©glise gallicane de tout temps, et anciennet√©, gard√©es et observ√©es en ce royaume.¬Ľ

 

Cette soumission, à laquelle les Jésuites n'avaient accoutumé personne, leur fut beaucoup plus profitable qu'ils ne l'avaient imaginé peut-être; ils recueillirent de cette humiliation passagère, des fruits qu'ils étaient loin d'en attendre, et le crédit qu'ils eurent dans les états tenus en 1614 et 1615, fut pour eux une assez belle récompense (Charles Laumier, Résumé de l'histoire des Jesuites depuis l'origine jusqu'à la destruction de leur société, 1826 - books.google.fr).

 

Pierre de la Martellière

 

Pierre de la Martelli√®re que d'autres nomment de la MARTILLIERE, c√©l√©bre avocat au parlement de Paris, & ensuite conseiller d'√©tat, √©toit originaire du pays du Perche, fils de Fran√ßois (ou Pierre) de la Marteliere, lieutenant g√©n√©ral au bailliage du Perche √† Bellesme. Pierre vint √† Tours dans le temps que le parlement de Paris y si√©geoit, & il y suivit le barreau, o√Ļ il se fit estimer & rechercher. Pendant quarante-cinq ans qu'il exerca la profession d'avocat, il se fit un si grand nom, que Antoine Bruneau le place au rang des Arnaulds, des Loysels & des autres qu'il proposoit pour mod√©les aux avocats dc son temps. Il a √©t√© avocat du prince de Cond√©, des comtes de Soissons, pere & fils & de plusieurs autres grands feineurs. En 1611, il plaida avec beaucoup d'√©clat la cause de l'universit√© de Paris contre les Jesuites, qui sollicitoient leur r√©tablissement. Son plaidoyer fut imprim√© en 1612. in-4¬į. & a √©t√© reimprim√© plusieurs sois depuis. La m√™me ann√©e on publia sur ce plaidoyer un √©crit intitul√© : Avis sur le plaidoyer de Pierre de la Marteliere pour les recteur & opposans de l'univerfi√© de Paris, contre les J√©suites, par Paul Gimont, sieur d'Esclavoles, √† Paris, in-4¬į. On a encore de P. de la Marteliere plusieurs autres plaidoyers qui ont √©t√© imprim√©s. Un jour plaidant une cause pour M. le Prince de Cond√© contre le duc de Guise, & ayant reproch√© au dernier ce qu'il avoit fait pour la ligue, M. de Guise s'en irrita, & au sortir de l'audience, il le mena√ßa. Peu de tems apr√®s, ayant √©t√© nomm√© pour se trouver √† un arbitrage qui regardoit M. de Guise, & n'ayant pas voulu s'y trouver, M. de Guise qui en s√ßut la raison, lui fit dire qu'il pouvoit venir en toute suret√©. La Marteliere alla en effet au lieu marqu√©; & d√®s qu'il entra, M. de Guise vint au-devant de lui, l'embrassa, lui protesta qu'il lui donnoit son amiti√©, & le pria d'oublier la menace qu'il lui avoit faite. Lorsque M. de la Marteliere eut √©t√© fait conseiller d'√©tat sur la fin de ses jours, il ne laissa pas de continuer √† suivre le barreau & de consulter. Apr√®s sa mort, arriv√©e depuis l'an 1631, l'univerfit√© de Paris lui fit faire par M. Tarin, professeur d'√©loquence, une √©pitaphe qu'on peut lire dans les opuscules de Loysel : elle finit par qualifier le d√©funt, Princeps patronorum, & patronus principum. M. de la Marteliere avoit √©pous√© demoiselle Marie le Grand, fille d'Alexandre le Grand, conseiller au parlement, dont il eut entr'autres enfans, deux fils, qui ont √©t√© successivement conseillers au parlement : l'a√ģn√© fut re√ßu en 1629. & mourut en 1631, avant son pere : le second fut re√ßu en 1632. Voyez l'√©loge de Pierre de la Marteliere dans les opuscules de Loysel pag. 606. & 607. Bruneau dans son trait√© des cri√©es, &c. Le pere d'Avrigny Jesuite, dans ses M√©moires chronologiques & dogmatiques, tom. 1. pag. 131. dit que le plaidoyer de la Marteliere feroit honneur au plus vieux professeur de rh√©torique, tant il y a de figures de toutes les sortes, & de traits de l'ancienne histoire rassembl√©s. On pense bien qu'√† l'√©gard du fond de ce discours, il n'en juge pas si favorablement (Nouveau supplement au grand dictionnaire historique, genealogique, geographique, &c. de M. Louis Moreri, pour servir a la derniere edition de 1732. & aux precedentes. Tome 2 : H-Z, 1749 - books.google.fr).

 

Les ouvrages de Caussin, Richeome et Garasse appartiennent pour leur part √† la rh√©torique des j√©suites de Cour, cette rh√©torique ¬ętoute peinte et dor√©e¬Ľ selon Guez de Balzac, qui cherche avant tout √† stimuler l'imagination de l'auditoire. A l'inverse, Du Vair ou Jacques de Montholon proposent un mod√®le √©pur√© des citations en langues anciennes, une √©loquence qui cherche √† convaincre sans faire inutilement appel √† l'√©motion. Guillaume du Vair, en particulier, propose √† ses lecteurs de s'inspirer du mod√®le cic√©ronien de l'orateur-magistrat. Plus encore, il √©rige en id√©al l'orateur attique incarn√© par P√©ricl√®s et D√©mosth√®ne, √† la fois censeur et p√©dagogue du peuple, v√©ritable ¬ęmonarque spirituel¬Ľ. Cet id√©al s'inscrit dans un contexte particulier, celui des guerres de Religion. Il a pu appara√ģtre comme un mod√®le de rh√©torique ¬ęgallicane¬Ľ en opposition avec le mod√®le j√©suite (Michel Cassan, Offices et officiers "moyens" en France √† l'√©poque moderne: profession, culture, 2004 - books.google.fr).

 

Fait remarquable, le s√©n√©quisme philosophique de Du Vair ne l'emp√™che pas d'√™tre cic√©ronien en mati√®re de style dans le trait√© De l'√©loquence fran√ßaise. Parmi les onze √©ditions de ses Ňďuvres publi√©es entre 1606 et 1641, la plus compl√®te est celle de 1625. Les √©tudes sur Guillaume Du Vair comme orateur politique restent peu nombreuses. On se r√©f√©rera essentiellement √† R. Radouant, Guillaume Du Voir, l'homme et l'orateur jusqu'√† la fin des troubles de la Ligue, Paris, 1907. L'Age de l'Eloquence de M. Fumaroli (Gen√®ve, 1980) contient un long passage consacr√© √† Du Vair (Richard Crescenzo, Le trait√© De l'√©loquence francoise de Du Vair (1594) : une r√©ponse √† la position de Montaigne sur l'√©loquence, Montaigne et Henri IV (1595-1955): actes du colloque international, 1996 - books.google.fr).

 

Jacques de Montholon fut l'avocat des Jésuites au troisième procès face à l'Université de Paris. Il ne partageait donc pas le style des jésuites de Cour.

 

"assailie" : saillies

 

A premi√®re vue, c'est √† la m√™me tendance (l'atticisme s√©n√©quien) qu'appartient Montaigne. Lui aussi rel√®ve de la rh√©torique savante des citations et cherche √† la faire √©voluer. Lui aussi ne veut plus se contenter d'√™tre comme ses coll√®gues du Palais, un m√©diateur impersonnel entre l'Antiquit√©, d√©positaire du Logos originel, et un public savant. Il a, au plus haut degr√©, conscience de son ingenium personnel. Mais il joue sur deux langues, alors que Lipse ne peut jouer qu'entre deux √©tats - classique et tardif - de la langue latine. Si les citations latines balisent, dans les Essais, une qu√™te de la v√©rit√©, c'est seulement en contrepoint d'une invention en langue vulgaire qui pr√©tend puiser ses ¬ę conceptions ¬Ľ directement √† travers un ingenium moderne, aux sources de ¬ęnostre mere Nature¬Ľ. La v√©rit√© que recherche Montaigne n'est plus celle, m√©taphysique et juridique, du Juge-L√©gislateur, mais celle de l'homme-Prot√©e, telle que la prot√©ique Nature le lui r√©v√®le √† travers son propre moi-Prot√©e. A la d√©couverte de cette v√©rit√© fuyante concourent, comme chez les savants de la R√©publique des Lettres, inspiration et √©rudition. Mais l'une se veut toute naturelle et l'autre n'intervient que comme confirmation de la premi√®re : √† la diff√©rence de ce qui se passait dans les Remonstrances ou chez Lipse, le t√©moignage des Anciens chez Montaigne n'a pas valeur de preuve sup√©rieure √† celle des voyageurs m√ģodernes ou √† celle de l'auteur, observateur de soi-m√™me et du monde. Aussi le style de Montaigne n'ob√©it-il pas, comme celui de Lipse, √† une mani√®re uniforme, toute tendue √† faire croire que les ¬ęsaillies¬Ľ de l'ingenium co√Įncident toujours avec les ¬ę oracles ¬Ľ de l'Antiquit√©. ¬ęLibre¬Ľ, se laissant conduire par un ingenium d√©monique, le style de Montaigne est fid√®le au prot√©isme qu'il veut manifester : tant√īt comique, tant√īt sublime, tant√īt sententieux, tant√īt p√©riodique, tant√īt √©loquent, tant√īt dialoguant, il r√©ussit pourtant √† faire triompher une unit√© de ton, et √† imposer la pr√©sence constante d'une identit√© personnelle vigoureuse. C'est la le√ßon la plus pr√©cieuse que l'anti-cic√©ronien Montaigne l√®gue √† l'atticisme classique (Marc Fumaroli, L'Age de l'√©loquence : Rh√©torique et ¬ęres literaria¬Ľ de la Renaissance au seuil de l'√©poque classique, 2002 - books.google.fr).

 

Seneque plus ondoyant et divers. [...] Seneque est plein de poinctes et saillies (Livre II, chap. 10) (Michel de Montaigne, Essais, Tome 1, 1833 - books.google.fr).

 

Rhétorique : quinquepartitus et ordo neglectus

 

Montaigne ironise sur le soin m√©ticuleux avec lequel Cic√©ron marque les divisions de son discours, et il observe : ¬ęPour moy... ces ordonnances logiciennes et Aristot√©liques ne sont pas a propos¬Ľ (II, 10, p. 393 a; 1 10). Il loue S√©n√®que et Plutarque¬† d'avoir √©crit ¬ę√† pieces descousues¬Ľ et de pouvoir √™tre lus de m√™me, ce qu'il s'empresse d'appliquer √† lui-m√™me : ¬ęJe prononce ma sentence par articles descousus, ainsi que de chose qui ne se peut dire √† la fois et en bloc¬Ľ (III, 13, p. 1054 b; 376). Solidit√© et spontan√©it√©, voil√† son affaire, non la composition charpent√©e ¬ęMoy qui ay plus de soin du poids et utilit√© des discours que de leur ordre et suite¬Ľ, note-t-il-au d√©but d'une de ses ¬ędigressions¬Ľ (II, 27, p. 678 c; 498). La n√©gligence de la forme et de la tenue, l'ordo neglectus, r√©pond, il est vrai, au go√Ľt de l'√©poque, dans les arts plastiques, la po√©sie, la vie mondaine. On avait appris depuis le XIVe si√®cle √† priser le charme du laisser-aller. Une lettre de P√©trarque esquisse l'esth√©tique de l'habitus neglectior, par opposition au magnus cultus (Familiares, XVIII, 7). Castiglione met au nombre des qualit√©s qui distinguent l'homme du monde accompli l'aptitude √† la sprezzatura (Cortegiano, I, 26). On reste sensible au bel effet des negligenze artifici jusqu'au Tasse (J√©rusalem d√©l. II, 18). Il y a sans doute l√† des r√©miniscences d'Horace et d'Ovide, dont certaines recommandations vont dans le m√™me sens. C'est en outre une vieille habitude d'auteur que de se pr√©senter avec une modestie affect√©e¬Ľ (E. Norden) et protester de son incapacit√© a √©crire avec art. Mais on n'irait pas loin si on voulait rattacher l'autoportrait de Montaigne uniquement √† cette mode et √† cette mani√®re rh√©torique. [...] Ecrivain, il s'abaisse au moyen de ces formules traditionnelles de modestie dans le m√™me but qu'il poursuit en s'humiliant, comme homme et philosophe, par la formule de la miseria hominis. Il s'est servi de ces formules litt√©raires pour caract√©riser sa propre r√©alit√© et le d√©veloppement illimit√© dont elle √©tait capable. Il recourt √† la forme ouverte de l'ordo neglectus, qu'il semble d√©pr√©cier, encore qu'il en reconnaisse la gr√Ęce (I, 28, p. 181 a; 238), parce qu'elle est l'expression naturelle de son image du n'est que changement, le caract√®re antinomique de la vie, l'homme complexe, inconstant, interdisent un r√©gulier qui ferme les ouvertures, ram√®ne le multiple √† un seul aspect, enjolive l'imparfait (Hugo Friedrich, Montaigne, 1984 - books.google.fr).

 

Or "quinquepartitus" est un terme rare employé par Marius Victorinus dans ses Explanationes in Ciceronis rhetoricam :

 

Le livre VI de Martianus Capella est express√©ment consacr√© √† la g√©om√©trie, mais en r√©alit√©, la quasi-totalit√© de son contenu traite de g√©ographie, et ce sont seulement les derni√®res pages qui abordent la mati√®re de la g√©om√©trie - du reste sans grande ambition, car les d√©veloppements sont r√©duits √† l'√©nonc√© des d√©finitions fondamentales, d'apr√®s la tradition euclidienne. Vers la fin du livre, donc, le ¬ß 716 pr√©sente un texte √©videmment parall√®le √† celui de Proclus. On lit en effet : ¬ęMais toutes les figures (de raisonnement, alors que Martianus parle avant et apr√®s de figures g√©om√©triques) se d√©veloppent en cinq¬† parties, que les Grecs d√©signent de la fa√ßon suivante : la premi√®re "protasis", la deuxi√®me "diorismos", la troisi√®me "kataskeu√®", la quatri√®me "apodeixis, la cinqui√®me "sumperasma". En latin, nous pouvons donner les traductions suivantes : la premi√®re, proposition de la figure, la deuxi√®me,¬† d√©termination de la question, la troisi√®me, disposition des arguments, la quatri√®me, d√©monstration et preuve de l'id√©e, la cinqui√®me, conclusion¬Ľ.

 

Par rapport à Proclus, il manque la deuxième étape l'"ekthesis".

 

Martianus √©volue en r√©alit√© dans le double domaine de la g√©om√©trie et de la dialectique-rh√©torique, et l'on peut m√™me dire que son vocabulaire est plut√īt celui de ces deux derni√®res disciplines. On s'en convaincra mieux si l'on se reporte √† un passage qui traite nettement de rh√©torique chez Marius Victorinus, et dont la num√©rotation des parties pr√©sente un parall√©lisme √©tonnant avec celle de Martianus, traduisant sans doute une influence sur ce dernier, m√™me s'il y a quelque variation dans la terminologie: Quinquepartitus itaque est qui constat ex membris quinque, id est prima propositione, secunda eius probatione, tertio. adsumptione, quarta eius probatione, quinta conclusione (Marius Victorinus, Explanationes in Ciceronis rhetoricam 1,10, copi√© ensuite litt√©ralement par Isidore de S√©ville, √Čtymologies 2,9, 18) (Jean-Yves Guillaumin, Les six "ordres" de la d√©monstration g√©om√©trique, Bulletin du Cange: archivum latinitatis medii aevi consociatarum academiarum auspiciis conditum, Volumes 61 √† 63, 2003 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Marius Victorinus).

 

Avec ses consid√©rarions g√©om√©triques et g√©ographiques, les "cinq parts", qui devraient √™tre six, annoncent les six c√īt√©s de l'hexagone fran√ßais.

 

Séville ou Sicile

 

Brind'Amour corrige Séville (toutes éditions) en Sicile.

 

La monarchie continuait √† vivre, en vertu de ses traditions bureaucratiques, sous un roi aussi indolent que le p√®re avait √©t√© appliqu√©, et pour qui la d√©votion n'√©tait plus une raison d'agir. Avec l'av√®nement de ce Philippe III, vrai ¬ęfin de race¬Ľ, a commenc√© le r√®gne des favoris ou validos. Au centre, √† Valladolid, o√Ļ la cour s'est retir√©e par √©conomie apr√®s les folles d√©penses des mariages de famille d'Albert avec l'infante Isabelle, du roi avec Marguerite d'Autriche, le vrai ma√ģtre est don Francisco de Sandoval, marquis de Denia, fait duc de Lerma, tra√ģnant apr√®s soi une famille d'intrigants, accapareurs de titres et de richesses. [...] De m√™me que Lerma m√®ne l'Espagne, un v√©ritable triumvirat se partage l'Italie : Pedro Tellez Giron, duc d'Osuna, dit el grande, vice-roi de Naples, qui ne craignit pas de s'attaquer √† la flotte v√©nitienne, de soulever contre la r√©publique en Dalmatie les Uscoques, et qui tombera sous l'accusation (sans doute forg√©e √† Venise) de vouloir se faire roi de Naples ; don Pedro de Toledo, marquis de Villafranca, gouverneur de la Lombardie ; Alfonso de La Cueva, marquis de Bedmar, ambassadeur √† Venise. [...]

 

Cette Espagne d√©j√† si atteinte entreprend de r√©gler d√©finitivement la question des Morisques, √† Valence et en Aragon. Les vieilles accusations renaissent : celle de conserver secr√®tement les rites de l'islam, celle de s'entendre avec les pirates, √† qui une flotte sicilienne command√©e par Jean-Andr√© Doria a failli prendre Alger, celle aussi de pactiser avec la France (Henri Hauser, La pr√©pond√©rance espagnole 1559‚Äď1660, 2019 - books.google.fr).

 

Pour la chasse aux Morisques voir quatrain I, 77.

 

Pour lutter contre les corsaires barbaresques, l'Espagne organise des exp√©ditions √† Malte en 1611, Tunis en 1612 et au Maroc en 1614. Elle profite aussi de l'accalmie des guerres en Europe pour construire un r√©seau d'ententes. Le double trait√© de 1612, rendu effectif en 1615, n√©goci√© avec la France, pr√©voyait le mariage d'Isabelle de France avec l'infant Philippe et d'Anne, la sŇďur de ce dernier, avec Louis XIII, fr√®re d'Isabelle (Jean-Paul le Flem, Gilbert Larguier, Jean-Pierre Dedieu, Les monarchies espagnole et fran√ßaise au temps de leur affrontement: Milieu XVIe si√®cle - 1714. Synth√®se et documents, 2013 - books.google.fr).

 

En 1612, le marquis de Santa Cruz, avec les gal√®res de Naples, attaque la Tunisie; Osuna (1611) et le g√©n√©ral Octavio d'Aragon (1613), d√©vastent la c√īte berb√®re et d√©barrassent Malte de la menace turque Du c√īt√© Atlantique, Luis Fajardo, capitaine g√©n√©ral de l'arm√©e de l'Oc√©an, s'empare de la Mamora au Maroc (Michel Dev√®ze, L'Espagne de Philippe IV, 1621-1665: si√®cle d'or et de mis√®re, Tome 2, 1970 - books.google.fr).

 

Mais pendant cette période de paix relative, des trouble-fête se manifestèrent. Charles-Emmanuel Ier s'empare entre 1613 et 1617 du duché de Montferrat avec l'aide du maréchal de Lesdiguières sur le plan militaire et de la république de Venise sur le plan financier. Le duc d'Osuna, Pedro Giron, qui a de restauré la flotte de galères de la vice-royauté de Naples aide les Albanais Uskoks dans leurs raids de piraterie contre les bateaux vénitiens (1615-1618). Il est désavoué par Madrid et rappelé en 1620. Osuna et le gouverneur de Milan, Pedro de Toledo, de même que Bedmar, ambassadeur à Venise, sont persuadés que la Sérénissime est hostile à l'Espagne. En mai 1618, Bedmar et le poète Francisco de Quevedo, agent d'Osuna, accusés de conspiration doivent fuir la République (Jean-Paul le Flem, Gilbert Larguier, Jean-Pierre Dedieu, Les monarchies espagnole et française au temps de leur affrontement: Milieu XVIe siècle - 1714. Synthèse et documents, 2013 - books.google.fr).

 

Osuna se trouve pr√®s de S√©ville en Andalousie. C'est le fief des ducs d'Osuna. Pedro Terez-Giron, duc d'Osuna, fut vice-roi de Sicile et de Naples. On lui pr√™te l'intention d'avoir voulu s'en faire son propre royaume avec la complicit√© de Venise et de la France. Une hostilit√© simul√©e avec Venise aurait √©t√© le pr√©texte pour Osuna de recruter des mercenaires et des soldats pour arriver √† ses fins. Il est aussi m√™l√© √† une conspiration contre la R√©publique v√©nitienne. Il s'attira l'inimiti√© des j√©suites de Naples pour leur avoir refuser de lever un imp√īt √† leur profit. Il refusa d'√©tablir l'Inquisition dans le royaume de Naples (Pierre Antoine Bruno Daru, Histoire de la r√©publique de Venise, Tomes 5 √† 6, 1840 - books.google.fr).

 

A l'av√®nement de Philippe IV (1621), le duc d'Osuna fut enferm√© au ch√Ęteau d'Almeida, o√Ļ il demeura jusqu'√† sa mort en 1624 (fr.wikipedia.org - Pedro Tellez-Giron y Velasco).

 

On lui attribue, dans un recueil d'anecdotes du dix-septi√®me si√®cle, une plaisanterie : ¬ęLe duc d'Osone promit mille pistoles aux J√©suites, s'ils lui faisoient voir qu'on p√Ľt donner l'absolution par avance d'un p√©ch√© non encore commis. Apr√®s avoir bien cherch√©, ils lui apport√®rent un de leurs auteurs, et lui donn√®rent l'absolution qu'il demandoit. Il leur donna une lettre de change √† recevoir √† quatre lieues. Ils trouv√®rent en chemin douze dr√īles qui les battirent et leur prirent la lettre de change. lls vinrent se plaindre au duc, qui leur dit que c'√©tait l√† le p√©ch√© qu'il avait envie de commettre et qu'ils l'en avoient absous (Tallemant des R√©aux) (Le Tour du monde: nouveau journal des voyages publie sous la direction de Edouard Charton et illustre par nos plus celebres artistes, 1873 - books.google.fr, G√©d√©on Tallemant Des R√©aux, Les historiettes, M√©moires pour servir √† l'histoire du XVIIe si√®cle, Louis-Jean-Nicolas de Monmerqu√©, Hippolyte de Chateaugiron, Tome 5, 1834 - books.google.fr).

 

Le po√®te Qu√©vedo, ami et conseiller du duc, tomba en disgr√Ęce avec lui. Pour avoir d√©pos√© un pamphlet sur la serviette du roi Philippe IV, il est enferm√© de 1639 √† 1643 dans un cachot du couvent San Marcos √† Leon (dans la province de Leon), prison mis√©rable et humide, o√Ļ sa sant√© se d√©grade : il y perd la vue. Quand il est lib√©r√© en 1643, Quevedo est un homme affaibli, qui se retire dans ses terres de Torre de Juan Abad. Il part ensuite s'installer √† Villanueva de los Infantes, o√Ļ il meurt le 8 septembre 1645 (fr.wikipedia.org - Francisco de Quevedo y Villegas).

 

Avant sa disgr√Ęce, le duc d'Ossuna fit venir sa femme, son fils et leur suite √† Naples. Ils embarqu√®rent √† Barcelone (Gregorio Leti, La vie de P. Giron, duc d'Ossuna, vice-roi de Sicile et de Naples, 1707 - books.google.fr).

 

Triangle espagnol

 

¬ęParis n'est pas la France¬Ľ, disent les Fran√ßais qui habitent au del√† de la grande banlieue. Tous les pays cultivent un slogan du m√™me genre et les Espagnols seront sp√©cialement emp√™ch√©s de vous d√©signer le si√®ge de l'Espagne. ¬ęMadrid est au milieu, c'est tout¬Ľ, d√©clarent √† peu pr√®s avec la m√™me v√©h√©mence Catalans, Basques et Andalous. Mais Barcelone, Bilbao ou S√©ville ne sont tout de m√™me pas des capitales. La v√©rit√©, c'est que toutes les provinces et tous les dialectes concourent √† faire un pays, de m√™me que tous les instruments de l'orchestre, y compris le triangle, s'associent pour construire le vrai paysage d'une symphonie. Il faut que le voyageur sache cela, et qu'il s'en moque. C'est-√†-dire qu'il picore d'un pays ce qu'il peut, dans n'importe quel ordre¬† (Jean Fayard, Petit guide du grand tourisme, 1965 - books.google.fr).

 

Quevedo et l'ordo neglectus

 

Par un curieux retournement des choses, contre l'autorit√© critique appuy√©e d√©sormais sur les r√®gles et les mod√®les classiques, La Pineli√®re marque son go√Ľt pour S√©n√®que, non le moraliste cher √† Du Vair, mais le styliste cher √† Montaigne, √† Juste Lipse, √† Quevedo qu'il cite et imite. C'est √† S√©n√®que, contre le principe de r√©gularit√©, qu'il demande le principe d'enthousiasme et d'inspiration po√©tique. Le Deus intus de la Lettre 41, si proche de l'id√©e longinienne du sublime, lui sert √† combattre les autorit√©s classiques invoqu√©es d√®s lors par la critique docte, Cic√©ron, Virgile, Aristote, Scaliger. [...] ¬†

 

Le genre m√™me du Parnasse (¬ęsonge¬Ľ en prose, inspir√© par par la m√©lancolie et d√©couvrant la v√©rit√© sous les masques) est imit√© de Quevedo, cit√© avec admiration p. 3. Les Suenos y discursos... de celui-ci, publi√©s √† Barcelone en 1628, avaient √©t√© traduits en fran√ßais: Les Visions de Don F. de Quevedo Villegas, traduites... par le sieur de la Geneste, Paris, Billaine, 1632 (6 r√©√©d. entre 1635 et 1649). La Pineli√®re a lui-m√™me traduit (1636) La suite des Visions de Quevedo (Marc Fumaroli, L'√āge de l'√©loquence, 1996 - books.google.fr).

 

Il est incontestable que l'√©cho rencontr√© par V. Malvezzi dans la p√©ninsule pendant au moins trois d√©cennies est d√Ľ √† la traduction du Romulo par F. de Quevedo, et surtout au prologue dans lequel il r√©alise un v√©ritable acte de refondation de l'√©criture hypertacitiste ense pr√©sentant comme le d√©couvreur, voire l'inventeur de V. Malvezzi (Bernard Darbord, Agn√®s Delage, Le partage du secret: Cultures du d√©voilement et de l‚Äôoccultation en Europe, du Moyen √āge √† l'√©poque moderne, 2013 - books.google.fr).

 

Le style du Romulo de Malvezzi relève de l'ordo neglectus (Mercedes Blanco, Quevedo lector de Malvezzi, La perinola: Revista de investigación Quevediana, Numéro 8, Universidad de Navarra, 2004 - books.google.fr).

 

La traduction du Romulus inaugure une période nouvelle dans le développement du talent et du style de Quevedo. C'est surtout en songeant à cet ouvrage que l'on peut dire, avec don E. Fernandez de Navarrete , "que Quevedo a rapporté d'Italie un style coupé, incohérent, peu naturel, sans majesté et sans gráce, peu conforme enfin au caractére de notre langue harmonieuse, mais visant surtout au brillant et á la profondeur" (Ernest Mérimée, Essai sur la vie et les oeuvres de Francisco de Quevedo: 1580-1645, 1886 - books.google.fr).

 

Un Dialogue paru en 1717, fait le parallèle entre Sénèque, pour lequel parle Quevedo, et Cicéron, pour lequel parle Muret (Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts, Volume 70 ; Volume 1718, 1718 - books.google.fr).

 

Reste entre autres le problème de "Persiens"

 

Les régences d'Alger et de Tunis dépendaient nominalement de l'empire ottoman.

 

Shah-Abbas ou Abbas le Grand r√©gnait depuis 1585, apr√®s les revers inflig√©s aux Perses par Murat III. Mont√© sur le tr√īne par un fratricide et oblig√© √† ces concessions par l'anarchie, Abbas allait bient√īt par ses exploits faire oublier son crime et r√©parer son humiliation. Apr√®s avoir ch√Ęti√© les r√©voltes des Uzbecks, il op√©ra en dix ann√©es (1590-1600) les conqu√™tes successives du Ghilan, du Mazand√©ran, de plusieurs places de la Tartarie, avec la soumission de presque tout l'Afghanistan, et √©tablit √† Ispahan le si√©ge de ses √Čtats restaur√©s et agrandis. Enfin arriva le moment de demander compte aux Ottomans des troubles que pendant ce temps ils n'avaient cess√© de susciter dans ses provinces occidentales. La r√©volte des milices d'Asie contre le sultan lui fournit l'occasion favorable. Leurs chefs vaincus, s'√©tant r√©fugi√©s √† la cour du shah, y trouv√®rent un asile et la s√©curit√©. Quand Achmet s'avan√ßa pour se venger de cette hospitalit√©, Abbas √©crasa les Turcs √† la bataille d√©cisive de Bassorah (1605), qui le rendit ma√ģtre de tout le territoire de l'ancienne domination des Sophis; puis, marchant de conqu√™te en conqu√™te, il enleva aux ennemis une vaste √©tendue de pays √† l'occident du Tigre et de l'Euphrate, et la paix, dont il dicta les conditions √† Achmet (1611), lui garantit la possession du Chirvan et du Kourdistan. La Porte ne craignit pas de violer les conditions de ce trait√© en fomentant des troubles dans la G√©orgie; mais elle n'y gagna que des pertes nouvelles, et la G√©orgie orientale tout enti√®re resta sous les lois de la Perse (1648) (P. C. Nicolle, Mn√©monique de l'histoire ou pr√©cis d'histoire universelle en tableaux s√©culaires, √† l'usage de la jeunesse, 1852 - books.google.fr).

 

Dans un  texte anonyme, probablement de 1557, qui parle de l'Espagne par et à travers la Turquie, le Viaje de Turquia, un des personnage, Pedro de Urdemalas, compare Charles Quint au Shah de Perse, "au prétexte que l'empereur veut aussi défendre une confession originelle contre une interprétation et une pratique religieuse déviantes et dégradées. [...] Les deux adversaires de la très catholique Espagne ont volontiers été comparés voire assimilés au XVIe siècle19. En avril 1529, par exemple, les théologiens de la Sorbonne lient explicitement la réforme luthérienne à la question turque en pointant les similitudes qui existent entre ces deux nouveaux dangers que sont le luthéranisme et l'Empire ottoman" (Laura Alcoba, Le Viaje de Turquia, Littérature et exotisme, XVIe-XVIIIe siècle, 1997 - books.google.fr, Laura Alcoba, Pouvoir espagnol et pouvoir turc, Le pouvoir au miroir de la littérature en Espagne aux XVIe et XVIIe siècles, 2001 - books.google.fr).

 

Adem√°s Quevedo, en el discurso que atribuye al renegado Sin√°n, trae a colaci√≥n otros hechos hist√≥ricos menos f√°ciles de fechar, pero no por esto de menor inter√©s. Entre la evocaci√≥n de don Juan de Austria y la del duque de Osuna a los que separan unos cincuenta a√Īos, alude a los persas, enemigos temidos de los turcos durante toda la primera mitad del siglo XVII, como lo sugiere con raz√≥n el texto de Quevedo. Ahora bien: la amenaza persa fue mucho m√°s fuerte bajo Ahmed I (sult√°n de 1603 a 1617) que en los √ļltimos a√Īos del reinado de Murad IV (1623-1640) ( ¬ęNo con la enemistad tan rabiosa el persiano con turbante verde solicita la desolaci√≥n de nuestro imperio¬Ľ: el presente del verbo contrasta con el pret√©rito de ¬ęNo pretendi√≥ con tan √ļltimo fin don Juan de Austria‚Ķ¬Ľ y el de ¬ęNo don Pedro Gir√≥n procur√≥ con tan eficaces medios‚Ķ¬Ľ (Quevedo, La Hora de todos, p. 165)).

 

La afirmaci√≥n de que sigue actual para los turcos la amenaza de los persas deja suponer que Espa√Īa ha dejado de ser temible, y ello a ra√≠z de la desaparici√≥n del duque de Osuna: en este sentido, bien es verdad que Quevedo utiliza el tema turco para ensalzar a la Espa√Īa tradicional, con la que se confunde, seg√ļn √©l, este personaje (Josette Riandi√®re La Roche, Las s√°tiras de Quevedo, Quevedo y el Gran Se√Īor de los Turcos: ¬Ņexotismo o historia?,¬†- cvc.cervantes.es).

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