Charles de Gonzague-Nevers

Charles de Gonzague-Nevers

 

I, 74

 

1611-1612

 

Apres sejourné vogueront en Epire :

Le grand secours viendra vers Antioche :

Le noir poil crespe tendra fort à l'empire :

Barbe d'asrain le roustira en broche.

 

Adonis

 

Le nom véritable ou sacré d'Adonis est Thamuz, époux de l'Ishtar babylonienne; il ressemble fort à celui du sanglier en osmanli (doutez). Ce nom divin n'était prononcé que dans les lamentations sur la mort d'Adonis. Sous le règne de Tibère, les passagers grecs d'un bateau égyptien, dont le pilote s'appelait par hasard Thamus, entendirent crier pendant la nuit, sur la côte d'Épire : «Thamuz, Thamuz, Thamus, panmegas tethnêké» ; c'est-à-dire «Thamuz, le très grand est mort !» Le pilote crut qu'on l'appelait et qu'on annonçait ainsi mystérieusement la mort du grand Pan (Pan mages). Sur quoi l'on fit un rapport a Tibère, qui ordonna une enquête sur la mort du dieu (Salomon Reinach, Orpheus: histoire générale des religions (1909), 2002 - books.google.fr).

 

Dans le pays de Byblos il y avoit un fleuve, qui descendant du mont Liban se jettoit dans la mer, ce fleuve qui s'appelloit Adonis changeoit de couleur une fois l'année, & paroissoit tout teint de sang : la Plage de mer où il se dégorgeoit en paroissoit teinte de même, c'étoit un signal à ceux de Biblos pour celebrer leurs Adonies, elles se celebroient aussi à Antioche la ville étoit ce jour-là pleine de lamentations & de hurlemens, dit Ammien Marcellin, I. 2 qui ajoûte que cette mort d'Adonis blessé à la fleur de son âge, marque les moissons qu'on coupe avec la faulx, qu'elles sont arrivées à maturité. En certains lieux on portoit à ces fêtes des pots de terre cuite pleins de terre, où étoient des herbes potageres, & principalement des laitues, parce qu'on disoit que c'étoit dans un carreau de laitues que Venus avoit déposé le corps d'Adonis (Bernard de Montfaucon, L'antiquité expliquée et représentée en figures: tome second, Premiere partie : le culte des grecs & des Romains, Volumes 1 à 2, 1722 - books.google.fr).

 

Ammien Marcellin témoigne de ces fêtes à l'occasion de l'entrée de l'empreur Julien dans la ville d'Antioche.

 

Le témoignage de l'historien Ammien Marcellin prouve que déjà au IVe siècle on identifiait dans la ville d'Antioche avec Adonis, le dieu Tammuz mentionné un siècle plus tard par Isaac d'Antioche. Le renseignement qu'il nous fournit a d'autant plus de valeur qu'Ammien Marcellin était lui-même né à Antioche vers 330. Du témoignage de cet historien il faut rapprocher celui de Théodoret qui était lui aussi un Syrien né à Antioche (Mathias Delcor, Études bibliques et orientales de religions comparées, 1979 - books.google.fr).

 

"noir poil crespe" : Tibère

 

Parmi les palais de Tibère nous en remarquons trois surtout dont les ruines sont considérables encore. Celui des Affaires, situé près de l'unique petit port de l'île de Capri ; il y recevait les ambassadeurs, les députés du sénat, les gouverneurs de province qu'il daignait quelquefois admettre en sa présence. Le palais des Plaisirs, enfoncé au sud dans un vallon abrité contre les vents froids ; c'est là qu'il se livrait à ses débauches secrètes, qui lui valurent, ainsi que le poil noir dont il était couvert, le surnom de bouc. Une quantité de médailles obscènes ont été trouvées dans ces débris. Enfin la citadelle, placée sur un rocher escarpé; c'est là qu'il se retirait dans ses accès de peur. Il y resta neuf mois entiers à la suite de la conjuration de Séjan. Car il ne faut pas croire que ce fut le climat seul qui détermina Tibère à venir s'établir à Capri, ce fut avant tout la crainte. Ce misérable qui faisait trembler le monde, tremblait encore plus lui-même. Juste, mais insuffisante punition des despotes ! (Florimond Jacques de Basterot, Le Liban, la Galilée et Rome: journal d'un voyage en Orient et en Italie, septembre 1867-mai 1868, 1869 - books.google.fr).

 

D'où vient encore, pour revenir à Tibère, & à son nom de vieux Satyre, que dans les Farces publiques des Atellanes, il y fut designé par les noms de vieux Bouc, témoin le vers Hircum vetulum Capreis naturam lìgurire, c'est-à-dire, de vieux Satyre, selon l'origine de ce dernier mot, que quelques Savans ont tiré d'un mot Hébreu, qui signifie velu & particulièrement un Bouc, comme je le dirai ailleurs. A quoi il faut ajouter ici le reproche de hirsutus atque olidus senex, qui lui fut fait par une Dame Romaine, c'est-à-dire, qui tenoit de la nature de cet olentis mariti dans Horace; ce qui achève de montrer le juste rapport de tout ceci avec ces titres de vieux Satyres, que Silène lui donne (Les Césars de l'Empereur Julien, traduits du grec par M. le Baron de Spanheim, 1728 - books.google.fr).

 

"tendra fort à l'Empire"

 

En d'autres termes, ce que le sénat avait fait, le sénat pouvait le défaire maintenant, que se soit en réorganisant les pouvoirs du princeps ou, pourquoi pas, en ne les reconduisant pas, s'il décidait de revenir à la constitution originaire. Du moins en droit, car en fait, le principat avait une origine militaire qui ne laissait pas les sénateurs seuls maîtres de son destin. Mais enfin, c'est une étape importante qui se jouait ce 17 septembre 14. Tibère ressortit de la curie avec la totalité des pouvoirs impériaux. La séance fut pourtant houleuse. Le nouvel empereur prétendait vouloir partager le gouvernement avec le sénat, ou avec une équipe issue de l'assemblée, selon des modalités qui ne ressortent pas clairement des commentaires fournis par les historiens antiques. Ceux-ci ne croyaient pas à la sincérité de Tibère, et probablement est-ce pour cette raison qu'ils ne prirent pas la peine de détailler ses propositions. Toutefois, étaient-elles aussi hypocrites qu'ils le laissent supposer ? Ce n'est pas certain (Pierre Renucci, Caligula: l'impudent, 2007 - books.google.fr, Frédéric Hurlet, Comment devenait-on empereur à Rome ? La succession dynastique sous les Julio-Claudiens, Figures et expressions du pouvoir dans l'Antiquité, 2009 - books.openedition.org).

 

Sainte Barbe et l'airain

 

Chacun sait que la Sainte-Barbe tombe liturgiquement le 4 décembre. C'est ce jour-là, qu'en Provence, l'on met à germer, avec un peu d'eau, dans une soucoupe («lou sietoun») le blé ou les lentilles qui lèveront bien vite leur verte chevelure pour pouvoir décorer la table des repas de Noël (la table calendale) et ensuite la crèche familiale. Marcel Provence, de douce mémoire, nous rapporte qu'il y avait un sens dans le succès ou l'insuccès de cette germination : le blé de Ste-Barbe avait-il bien poussé..., quelle promesse de superbe récolte ! au contraire, avait-il jauni et pris figure de bilieux..., il y aurait maigre moisson. L'ethnographe Frazer range le blé de Ste-Barbe parmi les rites d'initiation destinés  à favoriser la végétation en forçant l'éclosion de la nature. Ce serait. aussi, la survivance des petits «jardins d'Adonis», offerts aux dieux, à Alexandrie, par les femmes éplorées aux fêtes Adonies. Pourquoi ce patronage de Ste-Barbe, qui n'est pas une sainte agraire, à ce blé ou ces lentilles en herbes de la Noël ? Probablement, calculant le temps nécessaire à une germination à point pour la Noël, cette date du 4 décembre célébrant une vierge-martyre, très révérée en Provence, était une correspondance liturgique, qui s'imposait, en quelque sorte, dans le temps de l'Avent. [...] Quoi qu'il en soit, Ste-Barbe est la patronne des gens du feu : canonniers, mineurs, carriers... et, de nos jours, sapeurs-pompiers ; ceux qui l'allument et, maintenant, ceux qui l'éteignent ! (Folklore de France, Numéros 139 à 144, 1975 - books.google.fr).

 

La légende de sainte Barbe s'est enrichie jusqu'au Moyen Âge de descriptions de plus en plus imagées destinées à satisfaire des lecteurs avides de récits sensationnels. Entre les recensions primitives et la version la plus tardive de la Légende dorée, qui assurera sa popularité en Occident, il existe de nombreuses variantes dues à l'imagination des compilateurs. Peu à peu, les auteurs mirent un soin particulier à décrire les tortures les plus épouvantables que la sainte supportait avec la plus grande résistance. Bientôt, s'ajouteront de nouveaux épisodes qui, bien entendu, n'existaient pas dans les versions primitives. Il arrive encore que des copistes aient mal transcrit certains noms propres, et c'est ainsi que la sainte devint, pour certains auteurs, originaire d'Italie. Ces Passions, recopiées maintes et maintes fois dans les manuscrits, ont été conservées dans les couvents avant d'aboutir, pour ceux qui subsistent aujourd'hui, dans les bibliothèques du monde entier. Date et lieu de naissance Le nombre et l'ancienneté des Passions coptes, syriaques et grecques de sainte Barbe attestent qu'elle est originaire d'Orient (Françoise Baligand, Catherine Carpentier-Bogaert, Sainte Barbe: légende et traditions, 2009 - books.google.fr).

 

Elle aurait souffert selon une version syriaque à Héliopolis près d'Antioche, alors qu'une version latine, les Additions de Bède, remplace Héliopolis par Antioche. Les recensions latines adoptent la ville de Nicomédie qui apparaît en même temps dans plusieurs textes du XIe siècle (Le martyrologe d'Usuard, 1867 - books.google.fr).

 

Si, comme nous l'avons vu, la tradition veut que sainte Barbe soit née à Nicomédie en Asie Mineure d'autres pays, tels la Syrie, l'Egypte et l'Italie ont parfois été proposés. [...] Selon Hippolyte Delehaye, le célèbre bollandiste, l'existence de sainte Barbe serait douteuse parce qu'inspirée du mythe de Danae qui fut enfermée dans une tour d'airain par son père (Annales de l'Est, 2002 - books.google.fr).

 

Un type monétaire (Catal. n°5 87 à 96) a été pris jadis, par Eckhel pour la tête ailée de Séleucus; Mionnet et d'autres après lui, sont tombés dans la même erreur, bien que Visconti l'eût pourtant relevée et réfutée, en donnant de ce gargonium une explication qui, quoique dédaignée par tout le monde, nous paraît très rationnelle. La tête de Méduse est, suivant lui, une allusion à la fondation même d'Antioche : «Une colline, dit-il, comprise dans l'enceinte de cette capitale, et qu'on appelait le mont Silpius, portait un ancien autel qu'on disait élevé par Persée en l'honneur de Jupiter son père, lorsque ce héros fut de retour de son expédition contre les Gorgones (Ernest Babelon, Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque nationale: Les rois de Syrie, d'Arménie et de Commagène, Tome 1, 1890 - books.google.fr).

 

Le qualificatif "Dragon" de l'Oronte apparait dans un récit emprunté par le chroniqueur byzantin Malalas à l'histoire d'Antioche composée par Pausanias le Damascène. Persée étant venu visiter les Ionites d'Argos installés sur le mont Silpius, une tempête éclate, "le fleuve contigu à la ville des Ionites appelé Dragon et maintenant Oronte, grossit d'une façon démesurée". Persée invite les Grecs à la prière. Pendant les fonctions rituelles tombe un globe de feu céleste qui apaise la tempête et l'inondation. Persée, après avoir fondé sur les bords du Dragon un temple au Feu Éternel, emporte de ce feu sacré en Perse où il en établit le culte. Nous avons vu plus haut qu'Eustathe signale l'opinion de ceux qui attribuent à Tibère le changement du vocable "Dragon" en celui d'Oronte, ou Oriental (F.M. Abel, Oronte et Litani, The Journal of the Palestine Oriental Society, Volumes 13 à 14, 1933 - books.google.fr).

 

Julien, empereur

 

C'est à Antioche, ville-phare de l'Orient christianisé, qu'en février 363 un homme laisse exploser sa colère dans un discours, le Misopogon (l'"Ennemi de la barbe"), qui a traversé les siècles sans perdre de sa force. Quand tant d'autres ont disparu, ce document fut conservé par la grâce des dieux, peut-être, mais surtout du fait de l'étonnante personnalité de son auteur qui ne laissait personne indifférent, pas même ses pires détracteurs. L'homme n'est rien moins que l'empereur Julien, dit l'Apostat, qui s'était laissé pousser une longue barbe. Son discours, magnifiquement authentique car si peu conventionnel, éclaire le rendez-vous manqué entre les valeurs qui l'animaient, novatrices autant que réactionnaires, et la réalité complexe d'une civilisation en marche malgré lui. Il souligne aussi la tension entre son ideal philosophique, teinté de mysticisme ambitieux, et la mission du chef d'Etat qui aurait du continuer d'oeuvrer à l'unité imperiale dans le respect des différences et dans une relative acceptation des médiocrités humaines. Discours d'adieu: Julien tourne le dos a Antioche pour suivre les traces d'Alexandre le Grand et mourir, quelques mois plus tard, sous les traits des Perses (Julien, Misopogon, traduit par Christian Lacombrade, 2003 - books.google.fr).

 

Barbe d'airain : Ahenobarbus

 

Un jour que L. Domitius revenait des champs, deux jeunes hommes lui apparurent, qui lui ordonnèrent d'aller dire au sénat que le peuple romain venait de remporter une grande victoire; et, pour que le sénat crût à sa parole, ils lui touchèrent légèrement la barbe, qui de noire qu'elle était devint couleur de cuivre; ce qui lui fit donner le surnom d'Ahénobarbus. Voy. Suétone, Vie de Néron (Notes sur Tertullien) (Désiré Nisard, Collection des auteurs latins, avec la traduction en français, Tome 26, 1871 - books.google.fr).

 

rôtir : torrere d'où torrens : ardent, brûlant, violent, impétueux, précipité (François Joseph Michel Noël, Dictionarium Latino-Gallicum. Dictionnaire Latin-Francais, 1825 - books.google.fr).

 

Voire en espagnol :

 

abrasar : S'embraser ; se griller ; se rôtir ; s'enflammer ; être agité de quelque passion violente et vive, être violemment agité de quelque passion (Novísimo diccionario espanol-francés y francés-espanol, 1859 - books.google.fr).

 

Violent comme Gnaeus Domitius Ahenobarbus qui est le fils de Lucius Domitius Ahenobarbus et d'Antonia Major dite Antonia l'Aînée (fille de Marc Antoine et d'Octavie). Il épouse Agrippine la Jeune selon la volonté de Tibère. Celle-ci lui donne Néron, qu'elle fera adopter par l'empereur Claude après qu'elle eut épousé ce dernier. Domitius, d'un naturel brutal et débauché, disait lui-même que de sa femme et lui il ne pouvait naître qu'un monstre (fr.wikipedia.org - Cnaeus Domitius Ahenobarbus (consul en 32)).

 

Fille de Germanicus que Tibère envoya en Orient et qui mourut empoisonné selon la rumeur à Antioche, Agrippine la Jeune épousera ensuite l'orateur Crispus Passiénus qu'elle aurait fait tuer pour hériter, puis Claude (Encyclopédie nouvelle, Tome 1 : A-Ari, 1836 - books.google.fr).

 

"grand secours" à Antioche : Tyché

 

Dans la mythologie grecque, Tyché (en grec ancien «Fortune, Hasard») est la divinité tutélaire de la fortune, de la prospérité et de la destinée d'une cité ou d'un État. Son équivalent romain est Fortuna et son équivalent germanique est Heil, le Salut de l'âme. Tyché figurait déjà dans les théogonies primitives ; Hésiode dans sa Théogonie la donne comme l'une des Océanides, et l’Hymne homérique à Déméter comme l'une des Néréides.

 

Plusieurs villes grecques antiques ont leur propre version de Tyché, dont la représentation couronnait les murs. À Antioche et Alexandrie en particulier, elle est vénérée comme déesse protectrice de la ville. Son culte est détecté à partir de la deuxième moitié du Ve siècle av. J.-C. À Antioche, vers 300 av. J.-C., pour répondre à la commande de Séleucos Ier Nicator, le sculpteur Eutychidès de Sicyone en réalise une représentation en bronze doré qui constitue le chef-d'œuvre de cet artiste (fr.wikipedia.org - Tyché).

 

Les Grecs reconnaissaient dans la Tyché d'Antioche la protectrice de leur cité, les Syriens reconnaissaient en elle leur Astarté, qui joue le même rôle, et qui auparavant déjà était couronnée de tours. Eutychidès a utilisé d'autres données antérieures. L'hymne à Tyché, attribué par Stobée à Eschyle, semble faire allusion à une statue de Tyché ailée et assise, «vrai prototype des Tychés hellénistiques assises» (Picard), et Apelles avait peint la déesse en cette attitude. Le maître de Sicyone a emprunté à la peinture le geste de la jambe croisée sur l'autre, l'introduisant dans la statuaire qui le répétera souvent. Les épis et les raisins rappellent que Tyché-Astarté est une divinité de la fécondité, et ils équivalent à la corne d'abondance. La peinture antérieure connaît aussi des figures de personnages qui nagent, ou qui semblent sortir à mi-corps du sol ou du ciei. Tyché pose son pied droit sur le fleuve Oronte qui semble nager. Mais était-ce bien le sens primitif de cette figure ? Tyché sauve les naufragés, elle est invoquée par ceux qui redoutent les périls des eaux, et tel est aussi le rôle d'Astarté marine (Waldemar Deonna, Histoire d'un emblème: la couronne murale des villes et pays personnifiés, Genava, Volumes 17 à 18, 1939 - books.google.fr).

 

La Chronique de Malalas comporte plusieurs mentions de sacrifices humains, répartis dans l'ensemble de l'ouvrage mais formant une série cohérente censée mettre en évidence toute l'horreur du polythéisme. Ces sacrifices sont tous identifiables ou assimilables à des sacrifices de fondation. Trois d'entre eux ont lieu à Antioche. Le premier est le sacrifice par Séleucos d'une jeune fille nommée Aimathè, qui, statufiée, devient la Tychè de la ville. Le deuxième est le sacrifice par Tibère - présenté par ailleurs comme un nouveau fondateur d'Antioche - d'une jeune fille nommée Antigonè. La mention de ce sacrifice est syntaxiquement liée aux travaux effectués par Tibère au théâtre. Le troisième enfin est le sacrifice par Trajan d'une jeune fille nommée Calliope; or Trajan - lui aussi présenté comme un nouveau fondateur d'Antioche - est crédité de l'achèvement du théâtre au front de scène duquel il fait placer la statue de cette jeune fille, «pour la fortune (tychè) de la cité», au centre d'un groupe où elle est couronnée par Séleucos et son fils Antiochos.  Cette fiction s'appuie sur des réalités concrètes. De façon très générale, les espaces théâtraux à l'époque impériale assumaient ou pouvaient assumer des fonctions religieuses, comme il l'a été récemment souligné. Plus précisément, à Antioche, Libanios mentionne un sacrifice à Calliope accompli au théâtre en 363, peu après le départ de Julien. Le croisement de cette indication et de celles que fournit Malalas suggère que la figure féminine du statuaire ornant le front de scène du théâtre, qui relève du type de la Tychè d'Antioche et qui est intégrée à un groupe évoquant la fondation de la ville, a pu être interprétée comme une statue de culte de Calliope (Catherine Saliou, Les lieux du polythéisme dans l'espace urbain, Religious Practices and Christianization of the Late Antique City (4th – 7th cent.), 2015 - books.google.fr).

 

Typologie

 

En Epire

 

On peut rappeler ici l'activité du métropolite de Larissa-Trikka, Dionysos II dit le Skylosophos. En 1592 il contacte Venise et Vienne en vue d'un possible soulèvement, il n'obtient aucune aide, et en 1598 il agit seul en refusant de transférer à l'Empire la djizya qu'il avait collectée; c'est le début de sa révolte, mais ne disposant que de paysans peu armés, il ne peut résister, et, en 1600 il s'enfuit et se réfugie n Italie. Il en profite pour demander des renforts à chacun des États italiens, se déclarant même catholique dans l'espoir de faciliter les choses, et parallèlement il effectue de nombreux aller-retours entre Naples et l'Épire, contactant des popes et s'efforçant d'enflammer les esprits. En septembre 1611, il déclenche une seconde insurrection avec une troupe d'environ mille paysans; il pénètre dans Ioannina mais ne peut lutter en plein jour contre une armée, sans l'appui des notables. Vaincu, il est fait prisonnier, écorché vif (sa peau est envoyée au Sérail avec les têtes de 85 de ses compagnons); les Rums de Ioannina subissent les représailles et, expulsés de la cité, privés de leurs anciens privilèges ils connaissent le devchirme pour la première fois. Au même moment, entre 1603 et 1615, l'évêque du Magne, Néophytos, promettant des milliers d'hommes en échange d'armes et de munitions, contacte à plusieurs reprises Naples, l'Espagne, le Pape, la Toscane où Charles de Gonzague dont la grand-mère est une Paléologue (Joëlle Dalègre, Grecs et Ottomans, 1453-1953: de la chute de Constantinople à la disparition de l'empire ottoman, 2002 - books.google.fr).

 

Ioannina est la ville la plus importante d'Épire, au Nord-Ouest de la Grèce. C'est le chef-lieu du district régional d'Ioannina, ainsi que la capitale de la périphérie d'Épire, mais aussi celle du diocèse décentralisé d'Épire-Macédoine occidentale. Elle pourrait tirer son nom du monastère dédié à saint Jean Baptiste qui se situait dans la forteresse avant sa destruction en 1611 (fr.wikipedia.org - Ioannina).

 

Chartes de Gonzague-Paléologue, en quête de quelque puissant Etat pour faire aboutir sa croisade, avait gagné Louis XIII roi de France, c'est ce qu'affirme l'instruction donnée à un seigneur du Magne, Pierre de Médicis, compagnon de Château-Renault dans son voyage en Morée. Un autre témoignage de ce fait est la mission en Epire et Acarnanie qui fut donnée à un gentilhomme, Jean Cler, par l'ambassadeur de France à Rome.

 

L'ancien ambassadeur à Constantinople, Savary de Brèves, avait d'abord été partisan de l'alliance entre la France et la Porte. Il est aussi question de l'intervention de la France dans une lettre adressée par Francesco Bertucci, un Albanais semble-t-il, au vice-roi de Naples, le 6 avril 1611. L'Albanais signale que le roi de France et le duc de Savoie se sont entendus pour envoyer une mission en Albanie, qui devra en reconnaître les côtes et traiter avec les habitants. Leur guide est un certain Alessandro Cieco di Pastrovich.

 

A cet émissaire, les archevêques d'Arta et de Janina montrèrent tout ce qui pouvait l'éclairer sur la situation. Il était venu dans les parages guidé par le métropolite de Durrazzo, Chariton, qui apportait de Rome l'assurance que le Pape travaillait à la libération de ces terres chrétiennes. Ce prélat devait porter en retour à Paul V les actions grâces et le témoignage de la soumission complète des deux archevêques, de leurs évêques suffragants et de tout leur peuple. Chariton devait aussi dire de vive voix au Pape des choses plus importantes que ta crainte ne permettait pas d'écrire (A.P. Péchayre, Les archevêques d'Ochrida à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe. In: Échos d'Orient, tome 36, n°188, 1937 - www.persee.fr).

 

Charles de Nevers

 

Charles Ier Gonzague, membre de la maison de Gonzague-Nevers, en italien Carlo I Gonzaga, est un prince né le 6 mai 1580 à Paris (France) et mort le 22 septembre 1637 à Mantoue, à l'âge de 57 ans.

 

Il épouse, le 1er février 1599, à Soissons, Catherine de Lorraine, fille de Charles II, duc de Mayenne et de Bar (le célèbre Mayenne qui s'opposa à Henri IV), et d'Henriette de Savoie-Villars. Ils auront ensemble six enfants.

 

Charles et Catherine sont sincèrement pieux. En atteste leur quasi-frénésie de création de fondations pieuses, abbayes, monastères, collèges ou hôpitaux, les projets de croisade toutefois déçus, ou le décès de Charles vêtu en moine franciscain en 1637.

 

Les 13 années suivant 1608, date de la fondation de sa capitale de la principauté d'Arches Charleville, vont être, pour le couple mais surtout pour Catherine, une sombre période de décès consécutifs dont : le 14 septembre 1609, Charles Emmanuel, frère de Catherine, meurt à Naples ; le 4 octobre 1611, Charles, père de Catherine, meurt à Soissons ; le 14 novembre 1611, Henriette, mère de Catherine, meurt à Soissons ; Vincent Ier de Mantoue (de la Maison Gonzague), duc de Mantoue et de Montferrat né le 21 septembre 1562 à Mantoue, meurt le 18 février 1612 à Mantoue (fr.wikipedia.org - Charles Ier de Mantoue).

 

Charles de Nevers fait souvent parler de lui, en proposant la création d'une Milice chrétienne, une armée internationale, contre les Turcs. Surtout, à la mort de son cousin de Mantoue, il est appelé à prendre la relève en 1627. Une crise commence car le roi d'Espagne, un Habsbourg, très présent en Italie du nord grâce au duché de Milan, ne veut pas comme voisin un sujet du roi de France (Revue d'histoire diplomatique, Volume 125, Société d'Histoire Générale et d'Histoire Diplomatique, 2011 - books.google.fr).

 

Cette milice est l'Ordre de la Conception en l'honneur de l'immaculée conception de la vierge, confirmé par lme pape Urbain VIII en 1624.

 

"tendra fort à l'empire"

 

"tendere ad" : aspirer à (Pierre Danet, Magnum dictionarium latinum et gallicum ad pleniorem planioremque scriptorum latinorum intelligentiam, etc, 1708 - books.google.fr).

 

Le projet du duc de Nevers, de devenir empereur de Constantinople, était connu, et parmi les pamphlets que les gens attachés à la cour avaient fait pleuvoir sur les princes mécontents, on remarquait surtout ceux qui s'adressaient à l'héritier des Paléologue. Sans se laisser déconcerter, Charles de Gonzague croyant la paix rétablie par le traité de Loudun, voulut témoigner la joie qu'il en ressentait par une fête splendide, à laquelle il avait invité tous les premiers personnages de l'époque.

 

Les premières lettres écrites d'Orient au duc Charles, fils de Louis de Nevers, ou si on l'aime mieux à l'empereur Constantin et à toute sa famille impériale, car c'est ainsi qu'on se plaisait à l'appeler, sont du mois d'octobre 1612, mais elles supposent évidemment des relations plus anciennes et semblent indiquer une affaire qui touche à son dénouement. Le duc Charles n'a pas voulu attendre la mort de François IV, duc de Mantoue, son cousin, pour faire valoir des droits que ce dernier aurait pu lui contester, il savait que François n'avait pour héritière que la princesse Marie, qui certes ne pouvait contrebalancer les projets de son cousin. Aussi, nous voyons ses relations s'établir avec les peuples de la Morée, avant la mort du duc François. La réussite de l'entreprise paraissait indubitable ; Charles de Gonzague voyait se grouper autour de lui tout ce que la Grèce avait de plus illustre, surtout les personnages qui, comme lui, se rattachaient a l'ancienne famille impériale, et qui auraient pu faire valoir quelques droits (chrisagde.free.fr) (www.nonagones.info - 22 v’la l’Tarot - Kabbalisation du Tarot - Les Gonzague, Jean Bérenge, Les vicissitudes de l'alliance militaire franco-turque 1520-1800, Guerres et paix en Europe centrale aux époques moderne et contemporaine: mélanges d'histoire des relations internationales offerts à Jean Bérenger, 2003 - books.google.fr).

 

Le duc de Nevers descendait en ligne directe d'Andronic II, époux de Yolande de Montferrat.

 

Deuil : "noir poil crêpe"

 

Crêpe : tissu léger de soie, de laine fine, auquel on fait subir un certain apprêt suivi d'une compression. C'est le masculin substantivé (1285, au pluriel) de l'ancien adjectif cresp, crespe «ondulé, frisé» dont le le féminin a donné crêpe*. Cet adjectif est issu du latin crispus, appliqué à la chevelure puis à tout objet dont le dessin rappelle une chevelure frisée (crêper). Le mot latin est issu avec métathèse d'un type °krispsos qui se retrouve seulement en celtique, dans le gallois crych « frisé » et le nom propre gaulois Cryxos, à rapprocher du nom propre latin Crispus. Il est à l'origine de l'anglais crisp  «bouclé» puis «croustillant». Apparu au sens métonymique ancien ancien d'«ornement pour la tête» (au pluriel), le mot désigne un tissu de laine ou de soie plus ou moins ondulé dont il existe plusieurs sortes (1827, crêpe de Chine). Dès le XVIe s., on relève une preuve de l'utilisation de ce tissu comme signe de deuil (av. 1549, crêpe noir), symbolisme qui donne lieu à des emplois métonymiques et (en poésie) métaphoriques (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr).

 

Avec "barbe d'airain" on pourrait penser aussi à une personne aux cheveux crépus.

 

La généralisation du noir aux XVI et XVIIe siècles prend sa source à la cour de Bourgogne puis à celle des Habsbourg, qui en sont les héritiers. Cette austérité qui souligne la majesté du pouvoir est la marque de la domination espagnole en Europe et des influences antagonistes de la Réforme et de la Contre-Réforme, qui s'accordent sur la sévérité des mœurs et la rigueur des contraintes sociales. Le noir s'impose comme le contraire du blanc, autre non-couleur, symbole de pureté, puis du mariage. Dans toute l'Europe, le deuil devient d'une extrême sévérité, suivant en cela les ordonnances du deuil de cour français qui font autorité. Après l'hécatombe qui touche les Bourbons, l'ordonnance du Régent (1716, renouvelée en 1730), réduit de moitié la durée des deuils de cour et de famille, ruinaient les manufactures textiles. Le même phénomène s'observe en Angleterre.

 

Le deuil est divisé alors en trois périodes : le grand deuil, ou deuil de laine ou de crêpe ; le petit deuil, moins sévère, avec autorisation de porter des bijoux en jais du crêpe blanc ; enfin le demi-deuil, autorisant un retour à la coquetterie et à la mode dans la toilette, dont les couleurs, outre le noir, sont les gris, les blancs et les mauves. Les étoffes sont mates, telles la laine ou le crêpe, caractéristiques du deuil. Le crêpe italien est réputé en Europe dès le XVe siècle, suivi par le crêpe français du XVIIe siècle (René Davray-Piékolek, Deuil) (Dictionnaire de la Mode: (Les Dictionnaires d'Universalis), 2015 - books.google.fr).

 

De rôtisseur à tisseur

 

A l'époque byzantine, les villes de Tyr, de Tripoli, d'Antioche et de Tarse, acquirent un grand renom, tant en Orient qu'en Occident, pour les draps de soie qu'on y fabriquait. Les cendes ou cendeaux de Tyr étaient, nous dit encore Edrisi, d'une qualité supérieure, passaient pour les plus beaux de Syrie et formaient un important objet d'exportation pour le commerce de la ville. Cette étoffe, qui était alors également fabriquée à Tripoli, paraît avoir été une espèce de taffetas assez semblable au samit, autre étoffe de soie, de même nature, tissée à six fils, et qui, moins le brillant, rappelle le satin. Sa solidité le faisait employer à faire des dalmatiques et autres ornements d'Eglise. [...] Antioche avait conservé toutes les traditions de l'industrie græco-syrienne et bien qu'entre le septième et le douzième siècles, elle eût fréquemment changé de maîtres, G. de Tyr fait observer que sous la domination musulmane, le commerce et la pratique des arts mécaniques demeurèrent l'apanage constant des habitants syriens de cette ville. Voici ce qu'Edrisi nous apprend encore sur l'état prospère de l'industrie de la soie à Antioche : «On fait dans cette ville de belles étoffes de couleur unie, les plus riches tissus de soie moirée, les brocarts dits Destouri, Isphaani et autres.» Antioche et Tarse fabriquaient, en outre, des diaspres et des draps de soie, décorés de figures de fils d'or et d'argent tissés dans la trame. Ces étoffes étaient fort prisées en Occident, où on en faisait des ornements d'église, ainsi qu'en témoignent nombre d'anciens inventaires (Emmanuel-Guillaume Rey, Les Colonies franques de Syrie aux XIIe et XIIIe siècles (1883), 2016 - books.google.fr).

 

Le nom de Barberini francisé en Barberin peut être l'objet d'un jeu de mot "barbe airain".

 

Florence nous dit Vasari, eut une fabrique de tapisserie établie vers le milieu du seizième siècle par Cosme de Médicis. Salviati et le Bronzino fournissaient des cartons à l'ouvrier flamand que le catalogue de Milan appelle Jean Rotter, mais que le cav. Gentili désigne, en italianisant son nom, sous le vocable de Giovanni Rosto, qui se trouve exprimé par un rébus figurant un rôti à la broche avec la mention : Fatto In Fiorenza et Bronzino Fiorentin, sur les deux tapisseries exposées.

 

A Rome, d'après des documents recueillis par M. Muntz dans les archives du palais Barberini, le cardinal de ce nom aurait cherché, dès l'année 1632, à introduire à Rome l'industrie des Arazzi et fait prendre en Italie, en France et dans les Flandres tous les renseignements de nature à favoriser ses projets. Ce ne fut pourtant qu'en 1702 qu'une fabrique fut établie par le pape Clément XI dans l'hôpital Saint-Michel in Ripa (Albert Jacquemart, Histoire du mobilier, 1876 - books.google.fr).

 

Les Gonzague et les Este avaient sollicité des tapissiers dès le début du Quattrocento, avant de fonder de véritables manufactures au siècle suivant. Ercole II d'Este s'était attaché les services de deux frères, les Bruxellois Jean et Nicolas Karcher (1536). Les Gonzague avaient fait appel à Nicolas (1539), qui avait ensuite été appelé, avec un de ses compatriotes Giovanni Rost, à Florence, par le duc de Toscane Côme Ier de Médicis, lorsque ce dernier avait fondé sa propre manufacture (1546). Dans le même temps, une manufacture royale avait été créée en France, à Fontainebleau, par François Ier (1539). Rome n'avait pour l'heure connu que des tentatives infructueuses: Nicolas V, Calixte III et Pie II avaient entrepris d'y établir des tapissiers au milieu du Quattrocento, en faisant appel à deux liciers, l'un de Paris, Renaud (Regnault ou Reginaldo) de Maincourt, l'autre d'Arras, Giachetto di Benedetto (qui travaillait alors à Sienne); un siècle plus tard, Paul IV avait essayé en vain d'attirer Giovanni Rost (1558-59). Des études sur la manufacture fondée (1627) par Francesco Barberini, il ressort que cet établissement était constitué de deux ateliers majeurs, l'un conduit par Giacomo della Riviera et sa famille, l'autre dirigé par un artisan d'origine  française, Pietro Lascotti (Pierre Lascot ou Lescot, natif de Picardie), le premier apparaissant comme privilégié par rapport au second car c'est dans son sein que la majorité des tapisseries Barberini a été produite. Ce constat implique donc de tenter de mieux cerner la réalité économique et sociale que recouvrait cette fondation. Le tapissier n'a guère appartenu à la maison du Cardinal-patron. Dans les rôles (ruolt) de la famiglia du cardinal Francesco, il n'est mentionné qu'occasionnellement. Entre 1633 et 1637, on trouve huit à dix arazzieri parmi les gens de maison straordinari (qui comprenaient les musiciens, les peintres, les architectes et les sculpteurs, les bibliothécaires, les piqueurs et les jardiniers), puis leur nombre tombe à trois; en 1646 on ne compte qu'un seul licier. Le tapissier n'a été salarié qu'occasionnellement. Les livres de comptes révèlent qu'il était payé à la tâche, qu'il recevait des acomptes au cours de l'avancement de l'ouvrage et le solde à la livraison. La façon était rétribuée à l'aune carrée, le prix variait selon le type d'ouvrage (grandes tapisseries, bordures, petits travaux) et a accusé une légère baisse en l'espace d'une cinquantaine d'années: il a passé de 7 scudi l'aune carrée au début des années 1630 (prix du tissage des pièces complémentaires à or de l'Histoire de Constantin) à 5 en 1678 (prix des dernières pièces de la Vie du pape Urbain VIII). Les fournitures et les frais de teinture faisaient l'objet de comptes séparés. Marazziere apparaît donc comme un artisan privé, travaillant pour la garde-robe du Cardinal-neveu. Giacomo della Riviera et sa famille ont reçu un traitement des plus privilégiés dans la mesure où ils sont devenus les fournisseurs attitrés de la famille Barberini: ils ont exécutés presque toutes les tapisseries commandées par le cardinal Francesco, les portières aux armes et emblèmes du cardinal Antonio et les tapisseries commandées par Urbain VIII pour le Vatican (Pascal-François Bertrand, Les tapisseries des Barberini et la décoration d'intérieur dans la Rome baroque, 2005 - books.google.fr).

 

Le grillage des étoffes de laine chaîne et coton est l'opération qui consiste à enlever les fibres qui dépassent à la surface des tissus dont on veut faire ressortir le grain, la croisure, le broché. On grille principalement l'endroit de l'étoffe. [...] Le grillage s'opère en faisant passer l'endroit des étoffes sur une plaque de fonte chauffée au rouge blanc (Le Jacquard: journal de l'industrie lainière, 1881 - books.google.fr).

 

A Audenarde, des lissiers sont mentionnés à partir de 1368, notamment à l'occasion du décès de Jan van Houdert à Pamele. A partir de 1430-31 apparaît dans les comptes une rubrique spéciale pour les tapissiers, suivie en 1441 de la constitution de leur propre gilde sous la protection de sainte Barbe. A Anvers, les lissiers appartinrent à la même gilde que les tisserands jusqu'en 1415, date à laquelle ils constituèrent leur propre corporation (Guy Delmarcel, La tapisserie flamande du XVe au XVIIIe siècle, 1999 - books.google.fr).

 

En Auvergne, on a aussi sainte Barbe comme patronne des tisserands (Jean-Baptiste Bouillet, Histoire des communautés des arts et métiers de l'Auvergne, accompagnée des bannières que portaient ces communautés avant 1789, 1857 - books.google.fr).

 

Cyr, patron de Nevers, Barbe, patronne de Mantoue

 

Le duc de Mantoue, Guillaume Gonzague, appelle Jacques de Wert auprès de lui. Sa Cour était parmi les plus brillantes de l'Europe ; le prince était un profond connaisseur en matière musicale et s'essayait lui-même à la composition. Wert se rend à Mantoue à l'automne de 1564, sans doute pour substituer le maître de la chapelle, Giovanni Contino, déjà atteint de la maladie qui en janvier suivant viendra l'emporter. En tout cas Wert compose en octobre 1564 la musique destinée à être exécutée le 4 décembre, jour de la fête de sainte Barbe. Sainte Barbe était devenue à la fin du XVe siècle, par la volonté de Barbara de Hohenzollern, femme du marquis Louis, patronne de la maison de Gonzague ; en son honneur s'achevait la magnifique basilique palatine de Mantoue, cette chapelle ducale à laquelle Wert va désormais - et jusqu'à sa mort - consacrer toute son activité (Anne-Marie Bautier-Regnier, Musiciens d'Oultremont à la cour de Mantoue, Brass bulletin, Volume 4, Parties 1 à 4, Société belge de musicologie, 1950 - books.google.fr).

 

Cyr de Tarse, dit aussi Cyr d'Antioche (Quirice), martyr en 304 à l'âge de trois ou cinq ans avec sa mère sainte Julitte. C'était un très jeune garçon qui habitait Antioche, vers la fin du IIIe siècle, sous le règne de Dioclétien. Vers l'âge de cinq ans, alors qu'il assiste à un procès contre des chrétiens, il réussit à se glisser furtivement sur la tribune d'un juge nommé Alexandre et lui crie dans l'oreille : « Moi aussi, je suis Chrétien ». Fou de rage, le magistrat attrape le jeune enfant par une jambe et le lance contre la muraille où il va se fracasser la tête et mourir. C'est lui qui est très vénéré en France où il a donné son nom à de nombreux villages. Saint Amâtre, évêque d'Auxerre, a rapporté ses reliques d'Orient et fait connaître son martyre. C'est ce saint Cyr qui est un des patrons de la cathédrale de Nevers, des vignerons de Volnay et, avec sa mère, de la ville de Villejuif (villa Julittae). Ses reliques étaient conservées dans l'église de Volnay, jusqu'en juin 2001, date à laquelle elles sont volées. Il est fêté le 16 juin en Occident et le 15 juillet en Orient : cette deuxième date est probablement l'anniversaire de son martyre (Légende dorée) (fr.wikipedia.org - Saint Cyr).

 

Adonis à Nevers

 

Une édition de 1606 d'Adonis, tragedie françoyse de Gabriel Lebreton, né à Nevers en 1550, seigneur de La Fon, près Clamecy, est une petite plaquette de 47 pages, imprimée à Rouen, avec une dédicace à madame de Saint-Phalle, duchesse de Beaupréau, etc. Cette tragédie, suivant une note manuscrite, eut l'honneur d'être représentée en 1578. C'est la seule production de cet auteur que possède la Bibliothèque de Nevers. Ce que nous en avons lu a une saveur toute particulière ; nous pensons qu'il y aurait, dans ces quelques pages, une étude intéressante à faire de la langue française à cette époque. La marque de l'imprimeur Raphaël du Petit Val est assez compliquée : Un personnage à cheval sur un poisson, qui porte aussi, debout, un ange s'appuyant sur un long bâton ; la tête d'un animal fantastique sort de l'eau, et ses deux pattes de devant, appuyées sur le poisson, paraissent aider le tout à aborder au rivage. La devise circulaire de l'écusson est : Deo duce (Mémoires de la Société académique du Nivernais, Volumes 1 à 3, 1886 - books.google.fr).

 

L'Adonis est une tragédie allégorique de Le Breton, prénommé Guillaume selon Lacroix du Maine, où la mort de Charles IX est représentée par celle d'Adonis.  (Frédéric Godefroy, Histoire de la littérature française depuis le XVIe siècle jusqu' à nos jours: études et modèles de style. Poetes : XVIe et XVIIe siècles, Tome 4, 1867 - books.google.fr).

 

Tacitisme

 

On peut cependant identifier comme premier relais du tacitisme en Espagne l'historien français Pierre Matthieu, qui a occupé la charge d'historiographe royal auprès d'Henri IV et de Louis XIII. Entre 1621 et 1629, les traductions espagnoles de ses principales œuvres se succèdent à un rythme régulier et l'historien français acquiert une reconnaissance sans précédent pour un auteur contemporain. Son succès est d'autant plus remarquable qu'il défend une interprétation de l'histoire résolument profrançaise, qui ne coïncide absolument pas avec les intérêts de la Couronne espagnole. Cependant, même si P. Matthieu exalte la vision de l'ennemi de la monarchie Habsbourg, son écriture - qui parvient à raconter l'histoire contemporaine à la manière de Tacite - suscite une admiration générale en Espagne. C'est d'ailleurs une réécriture de Tacite qui fait connaître l'historien français en Espagne en 1621. Un génois installé à Madrid, Vicenzo Squarçafigo, traduit en espagnol une Vie de Séjan qui avait été publiée en France en 1617. Il s'agit d'une monographie composée par P. Matthieu à partir des Annales de Tacite et retraçant les abus de pouvoir et la chute brutale du conseiller de Tibère, parfaite incarnation du mauvais ministre. [...]

 

Par ailleurs, la Vie du favori de Tibère et sa violente disgrâce trouvent une réactualisation immédiate en 1621 en Espagne, au moment même où Philippe IV monte sur le trône après la chute du duc de Lermaet dans la situation de troubles que connaît la cour entre 1618 et 1621, qui conduit à l'exécution de Rodrigo Calderón en octobre 1621. Le contexte à Madrid après la mort de Philippe III offre de grandes similitudes, aux yeux des contemporains, avec la période de l'Empire où Tibère protégeait un conseiller tyrannique qui perdit la vie après un revers de la faveur princière. Cette inconstance de la fortune des favoris était également un thème d'actualité pour la France quelques années auparavant car, en 1617, l'année même où P. Matthieu compose sa Vie de Séjan, le favori de Marie de Médicis, Concino Concini, est assassiné sur ordre du jeune Louis XIII. La Vie du favori de Tibère, conçue initialement comme une allusion directe à la chute de l'homme fort de la régence de Marie de Médicis, pouvait donc continuer à trouver des résonances quelques années plus tard, lors du changement de règne espagnol (Le partage du secret: Cultures du dévoilement et de l’occultation en Europe, du Moyen Âge à l'époque moderne, 2013 - books.google.fr).

 

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