Charles de Gonzague-Nevers

Charles de Gonzague-Nevers

 

I, 74

 

1611-1612

 

Apres sejourné vogueront en Epire :

Le grand secours viendra vers Antioche :

Le noir poil crespe tendra fort Ă  l'empire :

Barbe d'aerain le roustira en broche.

 

"sejournĂ©", "Epire" et "Antioche" : la guerre contre les Parthes contre le repos des Romains

 

"séjour" : Repos, inaction : «Le sejour d'armes ne leur vault riens» (Froissart XVI, p. 2) (La Curne de Sainte-Palaye, Dictionnaire historique de l'ancien langage françois ou glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu'au siècle de Louis XIV, Tome 9, 1881 - books.google.fr).

 

Orode débarrassé d'un concurrent redoutable comptoit jouir en paix du thrône qu'il occupoit; mais la guerre qu'il eut à soutenir contre les Romains troubla cette tranquillité. M. Licinius Crassus venoit d'être fait Consul pour la seconde fois, & dans le partage des Provinces avoit obtenu la Syrie & quelques Etats voisins. En vertu de la loi Trébonienne il pouvoit lever des soldats, & porter la guerre où il jugeroit à propos, sans avoir besoin d'y faire consentir le Sénat. Crassus à qui il en avoit coûté de grandes sommes d'argent pour obtenir la Province de Syrie, espéra s'en dédommager en s'enrichissant des dépouilles de la Parthie. Il ne se bornoit pas même à la conquête de ce Royaume, il prétendoit porter ses armes victorieuses au-delà de l'Indus & du Gange. Pour exécuter de si vastes projets, il commença à former les légions qui devoient l'accompagner en Syrie. Quelques Tribuns du peuple désaprouverent hautement une guerre aussi injuste, & représenterent combien il étoit odieux d'aller troubler le repos d'un peuple qui avoit toujours été ami des Romains. Crassus peu ému de ces murmures ne changea point de projet, & après s'être acquitté au Capitole des cérémonies ordinaires, il chercha à sortir de Rome. Ateius, Tribun du peuple, assembla tous ceux qui s'opposoient à l'expédition de la Parthie, & voulut forcer Crassus à rester dans la ville. Ce Romain avoit prévû cette difficulté; & pour la vaincre, il pria Pompée de l'accompagner jusqu'aux portes de Rome. Pompée étoit aimé du peuple, & sa présence le tint en respect, de sorte que Crassus partit sans opposition. Le seul Ateius devança le Consul, alluma du feu, & lorsqu'il le vit paroître, il brûla quelques parfums, invoqua les Dieux Infernaux, & prononça les plus terribles imprécations contre lui. Crassus n'y fit pas d'attention, ses soldats seuls en furent effrayés, & ce premier sentiment de terreur, qui fut augmenté dans la suite par de prétendus présages malheureux, contribua sans doute au fâcheux succès de cette entreprise. L'armée Romaine s'embarqua à Brindes

 

Crassus eut Ă  Galatie une entrevĂ»e avec DĂ©jotare, Roi de ce pays, qui quoiqu'avancĂ© en âge faisoit bâtir alors une nouvelle ville. Crassus, frappĂ© de la bizarrerie de l'entreprise, lui dit que c'Ă©toit s'y prendre un peu tard que de choisir la douziĂ©me heure du jour pour commencer Ă  Ă©lever une ville. La douziĂ©me heure Ă©toit la derniere du jour chez les Romains. Comme Crassus avoit soixante ans passĂ©s & qu'il paroissoit encore plus vieux, DĂ©jotare lui rĂ©pondit : Et vous, mon GĂ©nĂ©ral, vous ne commencez sĂ»rement pas trop tĂ´t votre expĂ©dition contre les Parthes (Introduction Ă  l'histoire moderne, gĂ©nĂ©rale et politique de l'univers commencĂ©e par le baron de Pufendorff, augmentĂ©e par M. Bruzen de La Martinière, Tome 6, 1758 - books.google.fr).

 

Le premier triumvirat avait été constitué à Rome en 60, entre Jules César, Pompée et Crassus. Pendant que le premier allait conquérir les Gaules (59-51), Marcus Crassus était envoyé en Syrie pour s'attaquer aux Parthes, le seul adversaire de Rome resté debout en Orient.

 

Il s'embarqua à Brindes (Brindisi) en novembre 54 avec sept légions, aborda à Dyrrachium (Durazzo), prit la via Ignatia à travers l'Epire, la Macédoine, la Thrace, franchit l'Hellespont, traversa l'Asie Mineure et arriva sur l'Euphrate (Tournebize). (Maghak'ia Ormanean, Hayots'ekeghets'in, 1913 - books.google.fr).

 

Caius Cassius Longinus, dit Cassius, né vers 87-86 av. J.-C. et mort milieu octobre 42 av. J.-C. à la première bataille de Philippes, est un homme politique et un général de la fin de la République romaine. Il est questeur du proconsul Crassus lors du désastre de Carrhes en 53. Il parvient à sauver une partie de l'armée et à rejoindre la Syrie, province où il résiste à des offensives parthes en 52 et 51. (fr.wikipedia.org - Caius Cassius Longinus (assassin de César)).

 

La ville d'Antioche était solidement défendue par Cassius Longinus. Les Parthes furent repoussés en octobre par Cassius et ne purent conquérir Antioche (Emmanuel Choisnel, Les Parthes et la Route de la Soie, 2004 - books.google.fr).

 

De retour à Rome en 50, il est l'un des lieutenants de Pompée lors de la guerre civile de César. Il profite de la clémence du vainqueur après Pharsale en 48, et est nommé préteur par le dictateur en l'an 44. Avec Brutus, il est un des meneurs des conjurés qui assassinent César dans le but de rétablir les institutions républicaines, sans avoir prévu la suite des évènements (fr.wikipedia.org - Caius Cassius Longinus (assassin de César)).

 

"noir poil crespe" : Jules CĂ©sar

 

Cf. quatrain II, 79 : Jules (grec "ioulos", frisĂ©) CĂ©sar ("caesaries" : chevelure, barbe), "noir" pour le caractère (cf. Catulle).

 

Barbe d'airain : Cnaeus Domitius Ahenobarbus, assassin de CĂ©sar

 

Cnaeus Domitius Ahenobarbus est un homme politique et militaire de la fin de la République romaine, consul en 32 av. J.-C. et décédé l'année suivante. Il est le fils de Lucius Domitius Ahenobarbus, consul en 54 av. J.-C. et mort à la bataille de Pharsale en 48 av. J.-C., et de Porcia, sœur de Caton le Jeune. Le couple fait partie des plus acharnés opposants à Jules César. Il est un des protagonistes des guerres civiles romaines et combat d'abord contre Jules César jusqu'à sa mort puis rejoint les assassins du dictateur dans leur lutte contre les triumvirs. Après la défaite à la bataille de Philippes, il se range du côté de Marc Antoine qui l'aide à obtenir le consulat. Il tente alors, en vain, de réduire l'influence de Cléopâtre sur Antoine. Peu de temps avant la défaite annoncée d'Actium, il se rallie à Octavien mais il meurt de fièvre peu avant la bataille. Parmi ses descendants, le plus célèbre est son arrière-petit-fils, Néron, empereur romain de 54 à 68 (fr.wikipedia.org - Cnaeus Domitius Ahenobarbus (consul en -32)).

 

"rostira en broche" : le bĂ»cher de CĂ©sar

 

En effet, dans le temps que chacun, moi pourtant exceptĂ©, vous prenait pour le meilleur citoyen, vous prĂ©sidâtes en exĂ©crable scĂ©lĂ©rat aux funĂ©railles de CĂ©sar, si l'on peut appeler funĂ©railles de pareilles scènes. Vous prononçâtes alors cette oraison funèbre si brillante, ces lamentations si touchantes, ces exhortations si Ă©loquentes. C'est vous, vous dis-je, qui allumâtes toutes les torches: et celles par lesquelles le corps de CĂ©sar fut Ă  demi brĂ»lĂ©, et celles qui embrasèrent la maison de L. Bellienus. C'est vous qui dĂ©chaĂ®nâtes sur nos maisons les violences de ces scĂ©lĂ©rats, la plupart esclaves, que repoussèrent nos efforts et nos armes. Vous, cependant, après avoir secouĂ© la fumĂ©e de ces incendies, vous rendĂ®tes les jours suivants dans le Capitole de mĂ©morables sĂ©natus-consultes, portant qu'après les ides de mars, aucune immunitĂ©, aucune grâce ne pourrait ĂŞtre affichĂ©e. Vous vous souvenez sans doute de ce que vous fĂ®tes au sujet des exilĂ©s; vous savez aussi ce que vous dites alors des exemptions. Mais ce que vous fĂ®tes de mieux, c'est d'avoir dĂ©livrĂ© Ă  jamais la rĂ©publique du nom de la dictature. Vous paraissiez mĂŞme alors, par cette action, avoir conçu une telle aversion pour la royautĂ©, que vous dissipâtes toutes les alarmes occasionnĂ©es par la domination du prĂ©cĂ©dent dictateur. La rĂ©publique paraissait aux autres rĂ©tablie, mais non pas Ă  moi, qui, sous un pilote tel que vous, re?outais toutes sortes de naufrages (Marcus Tullius Cicero, Discours contre Marc Antoine : Deuxième Ă  quatrième philippiques, 1870 - books.google.fr).

 

Le feu du bûcher funèbre de César sur le Forum faillit s'étendre, attisé par la plèbe en folie qui voulait incendier les maisons de Brutus et Cassius ainsi que le Capitole, où ceux-ci avaient trouvé refuge (Collection de l'École française de Rome, Volume 224, 1972 - books.google.fr, Suetonius Tranquillus, Rome galante sous les douze Césars, 1885 - books.google.fr).

 

Acrostiche : ALLB, ALLaBimur

 

Fama volat pulsum regnis cessisse paternis

Idomenea ducem, desertaque litora Cretæ,

Hoste vacare domos sedesque adstare relictas.

Nauticus exoritur vario certamine clamor;

Hortantur socii Cretam proavosque petamus.

Linquimus Ortygiæ portus pelagoque volamus,

Bacchatamque jugis Naxum viridemque Donusam,

Olearum niveamque Parum sparsasque per æquor

Cycladas et crebris legimus freta concita terris.

Prosequitur surgens a puppi ventus euntes,

 

Cependant la RenommĂ©e publie qu'IdomĂ©nĂ©e a fui, chassĂ© du tròne paternel; que les rivages de la Crète sont dĂ©serts, et que les villes abandonnĂ©es par nos ennemis attendent de nouveaux habitants. Nous quittons le port d'Ortygie, et volons sur les ondes. Nous cĂ´toyons Naxos, dont les monts retentissent du cri des Bacchantes; Donyse aux verts bocages, OlĂ©are, la blanche Paros, les Cyclades Ă©parses sur la mer; et nous parcourons ces dĂ©troits semĂ©s d'Ă®les nombreuses. Les nautoniers mĂŞlent Ă  leurs travaux des cris d'allĂ©gresse; ils s'animent Ă  l'envi, disant : «Voguons vers la Crète, pays de nos aĂŻeux !» Le vent s'Ă©lève en poupe, hâte notre course,

 

Et tandem antiquis Curetum adlabimur oris.

 

et nous touchons enfin les antiques rivages des Curètes.

 

Ergo avidus muros optatæ molior urbis

Pergameamque voco et lætam cognomine gentem

Hortor amare focos arcemque attollere tectis.

Jamque fere sicco subductæ litore puppes;

Connubiis arvisque novis operata juventus ;

Jura domosque dabam: subito cum tabida membris

Corrupto cæli tractu miserandaque venit

Arboribusque satisque lues et letifer annus.

Linquebant dulces animas aut ægra trahebant

Corpora; tum steriles exurere Sirius agros ;

Arebant herbæ et victum seges ægra negabat.

Rursus ad oraclum Ortygiæ Phœbumque remenso

Hortatur pater ire mari veniamque precari :

Quam fessis finem rebus ferat, unde laborum

Tentare auxilium jubeat, quo vertere cursus.

Nox erat et terris animalia somnus habebat.

Effigies sacræ divum Phrygiique Penates,

Quos mecum ab Troja mediisque ex ignibus urbis

Extuleram, visi ante oculos astare jacentis

In somnis, multo manifesti lumine, qua se

Plena per insertas fundebat luna fenestras.

Tum sic adfari et curas his demere dictis :

Quod tibi delato Ortygiam dicturus Apollo est,

Hic canit et tua nos en ultro ad limina mittit.

Nos te Dardania incensa tuaque arma secuti,

Nos tumidum sub te permensi classibus æquor,

 

Bientôt, impatients, je construis les murs d'une ville, objet de nos désirs: je la nomme Pergamée, et j'exhorte mes compagnons, que ce nom remplit de joie, à chérir leurs nouveaux foyers et à élever une citadelle. Déjà presque tous nos vaisseaux étaient retirés à sec sur le rivage; déjà l'hymen et la culture de ces terres nouvelles occupaient la jeunesse je lui donnais des lois et des champs, quand tout à coup, par la corruption de l'air, une horrible contagion vint infecter les corps, les arbres et les moissons, et détruire l'espoir de l'année. Les hommes abandonnaient la douce lumière, ou traînaient des corps languissants. L'ardent Sirius brûlait les stériles campagnes; l'herbe était desséchée, et les épis malades refusaient le grain nourricier. Mon père nous presse de remonter sur nos vaisseaux, de retourner à Délos pour consulter une seconde fois l'oracle, de fléchir Apollon, et d'apprendre de lui quel terme il met à nos malheurs; où il nous ordonne d'en chercher le remède et de diriger notre course incertaine. Il était nuit, et tout ce qui respire sur la terre était plongé dans le sommeil, lorsque les images sacrées des dieux et les pénates de Phrygie, que j'avais ravis aux flammes de Pergame et emportés sur les mers, m'apparaissent en songe, éclatants de la vive lumière que les pleins rayons de la lune versaient par les fenêtres. Puis ils m'adressent ces paroles qui consolent mes ennuis: «Ce que te dirait Apollon, si tu retournais à Délos, il te l'annonce par notre bouche, et c'est lui qui nous envoie maintenant devant toi. Nous qui, après l'embrasement d'Ilion, avons suivi la fortune de tes armes; qui, avec toi, sur les mêmes vaisseaux, avons traversé les mers orageuses,

 

Idem venturos tollemus in astra nepotes

Imperiumque urbi dabimus. Tu mænia magnis

 

nous élèverons jusqu'aux astres tes futurs descendants, et nous donnerons à leur ville l'empire du monde. Toi, prépare à ce grand peuple une

 

Magna para, longumque fugæ ne linque laborem.

Mutandæ sedes. Non hæc tibi litora suasit

Delius aut Cretæ jussit considere Apollo.

Est locus (Hesperiam Graii cognomine dicunt)

Terra antiqua, potens armis atque ubere glebæ.

OEnotri coluere viri; nunc fama minores

Italiam dixisse ducis de nomine gentem :

Hæ nobis propriæ sedes, hinc Dardanus ortus

Jasiusque pater, genus a quo principe nostrum.

Surge, age, et hæc lætus longævo dicta parenti

Haud dubitanda refer. Corythum, terrasque require

Ausonias: Dictæa negat tibi Juppiter arva.

 

grande citĂ©, et ne te laisse point abattre par les longues fatigues de l'exil. Il faut changer de demeure: le dieu de DĂ©los ne t'a point conseillĂ© ce rivage; il ne t'a point assignĂ© la Crète pour demeure. Il est une contrĂ©e que les Grecs nomment HespĂ©rie, terre antique, puissante par les armes et par sa fĂ©conditĂ©. Jadis les Enotriens l'habitèrent; depuis, elle a, dit-on, reçu d'un de ses chefs le nom d'Italie. VoilĂ  notre vraie patrie: c'est de lĂ  que sont sortis Dardanus, et Jasius son père, premiers auteurs de notre race. Lève-toi donc, et cours avec joie raconter Ă  ton vieux père cet oracle infaillible. Cherche Corythe et les terres d'Ausonie : Jupiter te refuse les campagnes de Crète.» (Les Oeuvres de Virgile, Tome 2, 1869 - books.google.fr).

 

"allabimur" : ab allabor, allaberis : (se) glisser vers

 

"In astra nepotes" : Significat Caium Iulium Cesare, primus inter cuius sydus apparuit : vt, Ecce deos relatus est. Et bene in astra Dionei pressit Cesaris astri (P. Virgilii Maronis Opera cum Seruii, Donati et Ascensii commentariis, 1546 - books.google.fr).

 

Adonis

 

Le nom vĂ©ritable ou sacrĂ© d'Adonis est Thamuz, Ă©poux de l'Ishtar babylonienne; il ressemble fort Ă  celui du sanglier en osmanli (doutez). Ce nom divin n'Ă©tait prononcĂ© que dans les lamentations sur la mort d'Adonis. Sous le règne de Tibère, les passagers grecs d'un bateau Ă©gyptien, dont le pilote s'appelait par hasard Thamus, entendirent crier pendant la nuit, sur la cĂ´te d'Épire : «Thamuz, Thamuz, Thamus, panmegas tethnĂŞké» ; c'est-Ă -dire «Thamuz, le très grand est mort !» Le pilote crut qu'on l'appelait et qu'on annonçait ainsi mystĂ©rieusement la mort du grand Pan (Pan mages). Sur quoi l'on fit un rapport a Tibère, qui ordonna une enquĂŞte sur la mort du dieu (Salomon Reinach, Orpheus: histoire gĂ©nĂ©rale des religions (1909), 2002 - books.google.fr).

 

Dans le pays de Byblos il y avoit un fleuve, qui descendant du mont Liban se jettoit dans la mer, ce fleuve qui s'appelloit Adonis changeoit de couleur une fois l'annĂ©e, & paroissoit tout teint de sang : la Plage de mer oĂą il se dĂ©gorgeoit en paroissoit teinte de mĂŞme, c'Ă©toit un signal Ă  ceux de Biblos pour celebrer leurs Adonies, elles se celebroient aussi Ă  Antioche la ville Ă©toit ce jour-lĂ  pleine de lamentations & de hurlemens, dit Ammien Marcellin, I. 2 qui ajoĂ»te que cette mort d'Adonis blessĂ© Ă  la fleur de son âge, marque les moissons qu'on coupe avec la faulx, qu'elles sont arrivĂ©es Ă  maturitĂ©. En certains lieux on portoit Ă  ces fĂŞtes des pots de terre cuite pleins de terre, oĂą Ă©toient des herbes potageres, & principalement des laitues, parce qu'on disoit que c'Ă©toit dans un carreau de laitues que Venus avoit dĂ©posĂ© le corps d'Adonis (Bernard de Montfaucon, L'antiquitĂ© expliquĂ©e et reprĂ©sentĂ©e en figures: tome second, Premiere partie : le culte des grecs & des Romains, Volumes 1 Ă  2, 1722 - books.google.fr).

 

Ammien Marcellin témoigne de ces fêtes à l'occasion de l'entrée de l'empreur Julien dans la ville d'Antioche.

 

Le témoignage de l'historien Ammien Marcellin prouve que déjà au IVe siècle on identifiait dans la ville d'Antioche avec Adonis, le dieu Tammuz mentionné un siècle plus tard par Isaac d'Antioche. Le renseignement qu'il nous fournit a d'autant plus de valeur qu'Ammien Marcellin était lui-même né à Antioche vers 330. Du témoignage de cet historien il faut rapprocher celui de Théodoret qui était lui aussi un Syrien né à Antioche (Mathias Delcor, Études bibliques et orientales de religions comparées, 1979 - books.google.fr).

 

"noir poil crespe" : Tibère

 

Parmi les palais de Tibère nous en remarquons trois surtout dont les ruines sont considĂ©rables encore. Celui des Affaires, situĂ© près de l'unique petit port de l'Ă®le de Capri ; il y recevait les ambassadeurs, les dĂ©putĂ©s du sĂ©nat, les gouverneurs de province qu'il daignait quelquefois admettre en sa prĂ©sence. Le palais des Plaisirs, enfoncĂ© au sud dans un vallon abritĂ© contre les vents froids ; c'est lĂ  qu'il se livrait Ă  ses dĂ©bauches secrètes, qui lui valurent, ainsi que le poil noir dont il Ă©tait couvert, le surnom de bouc. Une quantitĂ© de mĂ©dailles obscènes ont Ă©tĂ© trouvĂ©es dans ces dĂ©bris. Enfin la citadelle, placĂ©e sur un rocher escarpĂ©; c'est lĂ  qu'il se retirait dans ses accès de peur. Il y resta neuf mois entiers Ă  la suite de la conjuration de SĂ©jan. Car il ne faut pas croire que ce fut le climat seul qui dĂ©termina Tibère Ă  venir s'Ă©tablir Ă  Capri, ce fut avant tout la crainte. Ce misĂ©rable qui faisait trembler le monde, tremblait encore plus lui-mĂŞme. Juste, mais insuffisante punition des despotes ! (Florimond Jacques de Basterot, Le Liban, la GalilĂ©e et Rome: journal d'un voyage en Orient et en Italie, septembre 1867-mai 1868, 1869 - books.google.fr).

 

D'où vient encore, pour revenir à Tibère, & à son nom de vieux Satyre, que dans les Farces publiques des Atellanes, il y fut designé par les noms de vieux Bouc, témoin le vers Hircum vetulum Capreis naturam lìgurire, c'est-à-dire, de vieux Satyre, selon l'origine de ce dernier mot, que quelques Savans ont tiré d'un mot Hébreu, qui signifie velu & particulièrement un Bouc, comme je le dirai ailleurs. A quoi il faut ajouter ici le reproche de hirsutus atque olidus senex, qui lui fut fait par une Dame Romaine, c'est-à-dire, qui tenoit de la nature de cet olentis mariti dans Horace; ce qui achève de montrer le juste rapport de tout ceci avec ces titres de vieux Satyres, que Silène lui donne (Les Césars de l'Empereur Julien, traduits du grec par M. le Baron de Spanheim, 1728 - books.google.fr).

 

"tendra fort Ă  l'Empire"

 

En d'autres termes, ce que le sĂ©nat avait fait, le sĂ©nat pouvait le dĂ©faire maintenant, que se soit en rĂ©organisant les pouvoirs du princeps ou, pourquoi pas, en ne les reconduisant pas, s'il dĂ©cidait de revenir Ă  la constitution originaire. Du moins en droit, car en fait, le principat avait une origine militaire qui ne laissait pas les sĂ©nateurs seuls maĂ®tres de son destin. Mais enfin, c'est une Ă©tape importante qui se jouait ce 17 septembre 14. Tibère ressortit de la curie avec la totalitĂ© des pouvoirs impĂ©riaux. La sĂ©ance fut pourtant houleuse. Le nouvel empereur prĂ©tendait vouloir partager le gouvernement avec le sĂ©nat, ou avec une Ă©quipe issue de l'assemblĂ©e, selon des modalitĂ©s qui ne ressortent pas clairement des commentaires fournis par les historiens antiques. Ceux-ci ne croyaient pas Ă  la sincĂ©ritĂ© de Tibère, et probablement est-ce pour cette raison qu'ils ne prirent pas la peine de dĂ©tailler ses propositions. Toutefois, Ă©taient-elles aussi hypocrites qu'ils le laissent supposer ? Ce n'est pas certain (Pierre Renucci, Caligula: l'impudent, 2007 - books.google.fr, FrĂ©dĂ©ric Hurlet, Comment devenait-on empereur Ă  Rome ? La succession dynastique sous les Julio-Claudiens, Figures et expressions du pouvoir dans l'AntiquitĂ©, 2009 - books.openedition.org).

 

Sainte Barbe et l'airain

 

Chacun sait que la Sainte-Barbe tombe liturgiquement le 4 dĂ©cembre. C'est ce jour-lĂ , qu'en Provence, l'on met Ă  germer, avec un peu d'eau, dans une soucoupe («lou sietoun») le blĂ© ou les lentilles qui lèveront bien vite leur verte chevelure pour pouvoir dĂ©corer la table des repas de NoĂ«l (la table calendale) et ensuite la crèche familiale. Marcel Provence, de douce mĂ©moire, nous rapporte qu'il y avait un sens dans le succès ou l'insuccès de cette germination : le blĂ© de Ste-Barbe avait-il bien poussĂ©..., quelle promesse de superbe rĂ©colte ! au contraire, avait-il jauni et pris figure de bilieux..., il y aurait maigre moisson. L'ethnographe Frazer range le blĂ© de Ste-Barbe parmi les rites d'initiation destinĂ©s Ă  favoriser la vĂ©gĂ©tation en forçant l'Ă©closion de la nature. Ce serait lĂ  aussi, la survivance des petits «jardins d'Adonis», offerts aux dieux, Ă  Alexandrie, par les femmes Ă©plorĂ©es aux fĂŞtes Adonies. Pourquoi ce patronage de Ste-Barbe, qui n'est pas une sainte agraire, Ă  ce blĂ© ou ces lentilles en herbes de la NoĂ«l ? Probablement, calculant le temps nĂ©cessaire Ă  une germination Ă  point pour la NoĂ«l, cette date du 4 dĂ©cembre cĂ©lĂ©brant une vierge-martyre, très rĂ©vĂ©rĂ©e en Provence, Ă©tait une correspondance liturgique, qui s'imposait, en quelque sorte, dans le temps de l'Avent. [...] Quoi qu'il en soit, Ste-Barbe est la patronne des gens du feu : canonniers, mineurs, carriers... et, de nos jours, sapeurs-pompiers ; ceux qui l'allument et, maintenant, ceux qui l'Ă©teignent ! (Folklore de France, NumĂ©ros 139 Ă  144, 1975 - books.google.fr).

 

La légende de sainte Barbe s'est enrichie jusqu'au Moyen Âge de descriptions de plus en plus imagées destinées à satisfaire des lecteurs avides de récits sensationnels. Entre les recensions primitives et la version la plus tardive de la Légende dorée, qui assurera sa popularité en Occident, il existe de nombreuses variantes dues à l'imagination des compilateurs. Peu à peu, les auteurs mirent un soin particulier à décrire les tortures les plus épouvantables que la sainte supportait avec la plus grande résistance. Bientôt, s'ajouteront de nouveaux épisodes qui, bien entendu, n'existaient pas dans les versions primitives. Il arrive encore que des copistes aient mal transcrit certains noms propres, et c'est ainsi que la sainte devint, pour certains auteurs, originaire d'Italie. Ces Passions, recopiées maintes et maintes fois dans les manuscrits, ont été conservées dans les couvents avant d'aboutir, pour ceux qui subsistent aujourd'hui, dans les bibliothèques du monde entier. Date et lieu de naissance Le nombre et l'ancienneté des Passions coptes, syriaques et grecques de sainte Barbe attestent qu'elle est originaire d'Orient (Françoise Baligand, Catherine Carpentier-Bogaert, Sainte Barbe: légende et traditions, 2009 - books.google.fr).

 

Elle aurait souffert selon une version syriaque à Héliopolis près d'Antioche, alors qu'une version latine, les Additions de Bède, remplace Héliopolis par Antioche. Les recensions latines adoptent la ville de Nicomédie qui apparaît en même temps dans plusieurs textes du XIe siècle (Le martyrologe d'Usuard, 1867 - books.google.fr).

 

Si, comme nous l'avons vu, la tradition veut que sainte Barbe soit née à Nicomédie en Asie Mineure d'autres pays, tels la Syrie, l'Egypte et l'Italie ont parfois été proposés. [...] Selon Hippolyte Delehaye, le célèbre bollandiste, l'existence de sainte Barbe serait douteuse parce qu'inspirée du mythe de Danae qui fut enfermée dans une tour d'airain par son père (Annales de l'Est, 2002 - books.google.fr).

 

Un type monĂ©taire (Catal. n°5 87 Ă  96) a Ă©tĂ© pris jadis, par Eckhel pour la tĂŞte ailĂ©e de SĂ©leucus; Mionnet et d'autres après lui, sont tombĂ©s dans la mĂŞme erreur, bien que Visconti l'eĂ»t pourtant relevĂ©e et rĂ©futĂ©e, en donnant de ce gargonium une explication qui, quoique dĂ©daignĂ©e par tout le monde, nous paraĂ®t très rationnelle. La tĂŞte de MĂ©duse est, suivant lui, une allusion Ă  la fondation mĂŞme d'Antioche : «Une colline, dit-il, comprise dans l'enceinte de cette capitale, et qu'on appelait le mont Silpius, portait un ancien autel qu'on disait Ă©levĂ© par PersĂ©e en l'honneur de Jupiter son père, lorsque ce hĂ©ros fut de retour de son expĂ©dition contre les Gorgones (Ernest Babelon, Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque nationale: Les rois de Syrie, d'ArmĂ©nie et de Commagène, Tome 1, 1890 - books.google.fr).

 

Le qualificatif "Dragon" de l'Oronte apparait dans un récit emprunté par le chroniqueur byzantin Malalas à l'histoire d'Antioche composée par Pausanias le Damascène. Persée étant venu visiter les Ionites d'Argos installés sur le mont Silpius, une tempête éclate, "le fleuve contigu à la ville des Ionites appelé Dragon et maintenant Oronte, grossit d'une façon démesurée". Persée invite les Grecs à la prière. Pendant les fonctions rituelles tombe un globe de feu céleste qui apaise la tempête et l'inondation. Persée, après avoir fondé sur les bords du Dragon un temple au Feu Éternel, emporte de ce feu sacré en Perse où il en établit le culte. Nous avons vu plus haut qu'Eustathe signale l'opinion de ceux qui attribuent à Tibère le changement du vocable "Dragon" en celui d'Oronte, ou Oriental (F.M. Abel, Oronte et Litani, The Journal of the Palestine Oriental Society, Volumes 13 à 14, 1933 - books.google.fr).

 

Julien, empereur

 

C'est à Antioche, ville-phare de l'Orient christianisé, qu'en février 363 un homme laisse exploser sa colère dans un discours, le Misopogon (l'"Ennemi de la barbe"), qui a traversé les siècles sans perdre de sa force. Quand tant d'autres ont disparu, ce document fut conservé par la grâce des dieux, peut-être, mais surtout du fait de l'étonnante personnalité de son auteur qui ne laissait personne indifférent, pas même ses pires détracteurs. L'homme n'est rien moins que l'empereur Julien, dit l'Apostat, qui s'était laissé pousser une longue barbe. Son discours, magnifiquement authentique car si peu conventionnel, éclaire le rendez-vous manqué entre les valeurs qui l'animaient, novatrices autant que réactionnaires, et la réalité complexe d'une civilisation en marche malgré lui. Il souligne aussi la tension entre son ideal philosophique, teinté de mysticisme ambitieux, et la mission du chef d'Etat qui aurait du continuer d'oeuvrer à l'unité imperiale dans le respect des différences et dans une relative acceptation des médiocrités humaines. Discours d'adieu: Julien tourne le dos a Antioche pour suivre les traces d'Alexandre le Grand et mourir, quelques mois plus tard, sous les traits des Perses (Julien, Misopogon, traduit par Christian Lacombrade, 2003 - books.google.fr).

 

Barbe d'airain : Ahenobarbus

 

Un jour que L. Domitius revenait des champs, deux jeunes hommes lui apparurent, qui lui ordonnèrent d'aller dire au sénat que le peuple romain venait de remporter une grande victoire; et, pour que le sénat crût à sa parole, ils lui touchèrent légèrement la barbe, qui de noire qu'elle était devint couleur de cuivre; ce qui lui fit donner le surnom d'Ahénobarbus. Voy. Suétone, Vie de Néron (Notes sur Tertullien) (Désiré Nisard, Collection des auteurs latins, avec la traduction en français, Tome 26, 1871 - books.google.fr).

 

rĂ´tir : torrere d'oĂą torrens : ardent, brĂ»lant, violent, impĂ©tueux, prĂ©cipitĂ© (François Joseph Michel NoĂ«l, Dictionarium Latino-Gallicum. Dictionnaire Latin-Francais, 1825 - books.google.fr).

 

Voire en espagnol :

 

abrasar : S'embraser ; se griller ; se rĂ´tir ; s'enflammer ; ĂŞtre agitĂ© de quelque passion violente et vive, ĂŞtre violemment agitĂ© de quelque passion (NovĂ­simo diccionario espanol-francĂ©s y francĂ©s-espanol, 1859 - books.google.fr).

 

Violent comme Gnaeus Domitius Ahenobarbus qui est le fils de Lucius Domitius Ahenobarbus et d'Antonia Major dite Antonia l'Aînée (fille de Marc Antoine et d'Octavie). Il épouse Agrippine la Jeune selon la volonté de Tibère. Celle-ci lui donne Néron, qu'elle fera adopter par l'empereur Claude après qu'elle eut épousé ce dernier. Domitius, d'un naturel brutal et débauché, disait lui-même que de sa femme et lui il ne pouvait naître qu'un monstre (fr.wikipedia.org - Cnaeus Domitius Ahenobarbus (consul en 32)).

 

Fille de Germanicus que Tibère envoya en Orient et qui mourut empoisonnĂ© selon la rumeur Ă  Antioche, Agrippine la Jeune Ă©pousera ensuite l'orateur Crispus PassiĂ©nus qu'elle aurait fait tuer pour hĂ©riter, puis Claude (EncyclopĂ©die nouvelle, Tome 1 : A-Ari, 1836 - books.google.fr).

 

"grand secours" Ă  Antioche : TychĂ©

 

Dans la mythologie grecque, TychĂ© (en grec ancien «Fortune, Hasard») est la divinitĂ© tutĂ©laire de la fortune, de la prospĂ©ritĂ© et de la destinĂ©e d'une citĂ© ou d'un État. Son Ă©quivalent romain est Fortuna et son Ă©quivalent germanique est Heil, le Salut de l'âme. TychĂ© figurait dĂ©jĂ  dans les thĂ©ogonies primitives ; HĂ©siode dans sa ThĂ©ogonie la donne comme l'une des OcĂ©anides, et l’Hymne homĂ©rique Ă  DĂ©mĂ©ter comme l'une des NĂ©rĂ©ides.

 

Plusieurs villes grecques antiques ont leur propre version de Tyché, dont la représentation couronnait les murs. À Antioche et Alexandrie en particulier, elle est vénérée comme déesse protectrice de la ville. Son culte est détecté à partir de la deuxième moitié du Ve siècle av. J.-C. À Antioche, vers 300 av. J.-C., pour répondre à la commande de Séleucos Ier Nicator, le sculpteur Eutychidès de Sicyone en réalise une représentation en bronze doré qui constitue le chef-d'œuvre de cet artiste (fr.wikipedia.org - Tyché).

 

Les Grecs reconnaissaient dans la TychĂ© d'Antioche la protectrice de leur citĂ©, les Syriens reconnaissaient en elle leur AstartĂ©, qui joue le mĂŞme rĂ´le, et qui auparavant dĂ©jĂ  Ă©tait couronnĂ©e de tours. Eutychidès a utilisĂ© d'autres donnĂ©es antĂ©rieures. L'hymne Ă  TychĂ©, attribuĂ© par StobĂ©e Ă  Eschyle, semble faire allusion Ă  une statue de TychĂ© ailĂ©e et assise, «vrai prototype des TychĂ©s hellĂ©nistiques assises» (Picard), et Apelles avait peint la dĂ©esse en cette attitude. Le maĂ®tre de Sicyone a empruntĂ© Ă  la peinture le geste de la jambe croisĂ©e sur l'autre, l'introduisant dans la statuaire qui le rĂ©pĂ©tera souvent. Les Ă©pis et les raisins rappellent que TychĂ©-AstartĂ© est une divinitĂ© de la fĂ©conditĂ©, et ils Ă©quivalent Ă  la corne d'abondance. La peinture antĂ©rieure connaĂ®t aussi des figures de personnages qui nagent, ou qui semblent sortir Ă  mi-corps du sol ou du ciei. TychĂ© pose son pied droit sur le fleuve Oronte qui semble nager. Mais Ă©tait-ce bien le sens primitif de cette figure ? TychĂ© sauve les naufragĂ©s, elle est invoquĂ©e par ceux qui redoutent les pĂ©rils des eaux, et tel est aussi le rĂ´le d'AstartĂ© marine (Waldemar Deonna, Histoire d'un emblème: la couronne murale des villes et pays personnifiĂ©s, Genava, Volumes 17 Ă  18, 1939 - books.google.fr).

 

La Chronique de Malalas comporte plusieurs mentions de sacrifices humains, répartis dans l'ensemble de l'ouvrage mais formant une série cohérente censée mettre en évidence toute l'horreur du polythéisme. Ces sacrifices sont tous identifiables ou assimilables à des sacrifices de fondation. Trois d'entre eux ont lieu à Antioche. Le premier est le sacrifice par Séleucos d'une jeune fille nommée Aimathè, qui, statufiée, devient la Tychè de la ville. Le deuxième est le sacrifice par Tibère - présenté par ailleurs comme un nouveau fondateur d'Antioche - d'une jeune fille nommée Antigonè. La mention de ce sacrifice est syntaxiquement liée aux travaux effectués par Tibère au théâtre. Le troisième enfin est le sacrifice par Trajan d'une jeune fille nommée Calliope; or Trajan - lui aussi présenté comme un nouveau fondateur d'Antioche - est crédité de l'achèvement du théâtre au front de scène duquel il fait placer la statue de cette jeune fille, «pour la fortune (tychè) de la cité», au centre d'un groupe où elle est couronnée par Séleucos et son fils Antiochos.  Cette fiction s'appuie sur des réalités concrètes. De façon très générale, les espaces théâtraux à l'époque impériale assumaient ou pouvaient assumer des fonctions religieuses, comme il l'a été récemment souligné. Plus précisément, à Antioche, Libanios mentionne un sacrifice à Calliope accompli au théâtre en 363, peu après le départ de Julien. Le croisement de cette indication et de celles que fournit Malalas suggère que la figure féminine du statuaire ornant le front de scène du théâtre, qui relève du type de la Tychè d'Antioche et qui est intégrée à un groupe évoquant la fondation de la ville, a pu être interprétée comme une statue de culte de Calliope (Catherine Saliou, Les lieux du polythéisme dans l'espace urbain, Religious Practices and Christianization of the Late Antique City (4th – 7th cent.), 2015 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1611 sur la date pivot -44 donne -1699.

 

Epoque de Sésostris roi d'Egypte (Nicolas Lenglet Du Fresnoy, Tablettes chronologiques de l'histoire universelle sacrée et prophane, ecclésiastique et civile, depuis la création du monde, jusqu'à l'an 1743, Tome 1, 1744 - books.google.fr).

 

Suivant un écrivain grec, Diodore de Sicile, Sésostris avait été merveilleusement préparé par son éducation au rôle de conquérant. Entouré dès sa naissance, par son père Aménophis, des enfants nés le même jour que lui, il avait fait avec eux l'apprentissage de la guerre par de rudes exercices, de longues courses et des luttes continuelles contre les animaux du désert ou contre ses sauvages habitants. A la mort de son père, Sésostris rêva d'autres exploits. [...] Il soumit d'abord l'Éthiopie, lui imposa un tribut en ébène, en or, en dents d'éléphant, et, tandis qu'une flotte de quatre cents vaisseaux longs, équipée sur le golfe Arabique, subjuguait les rivages et les îles de la mer Rouge et de l'océan Indien, il dompta l'Asie occidentale et s'avança jusqu'au Gange. Remontant alors vers le nord, il soumit les tribus scythiques jusqu'au Tanaïs, laissa une colonie dans l'isthme qui sépare la mer Noire de la mer Caspienne, et pénétra par l'Asie Mineure dans la Thrace, où la disette, la rigueur du climat et la difficulté des lieux mirent un terme à ses triomphes (Victor Duruy, Histoire de l'Orient: géographie ancienne, 1890 - books.google.fr).

 

Pompée et César font de l'Egypte un protectorat qui sera annexé comme Province romaine par Octave, qui deviendra Auguste (www.lesclesdumoyenorient.com).

 

En Epire

 

On peut rappeler ici l'activité du métropolite de Larissa-Trikka, Dionysos II dit le Skylosophos. En 1592 il contacte Venise et Vienne en vue d'un possible soulèvement, il n'obtient aucune aide, et en 1598 il agit seul en refusant de transférer à l'Empire la djizya qu'il avait collectée; c'est le début de sa révolte, mais ne disposant que de paysans peu armés, il ne peut résister, et, en 1600 il s'enfuit et se réfugie n Italie. Il en profite pour demander des renforts à chacun des États italiens, se déclarant même catholique dans l'espoir de faciliter les choses, et parallèlement il effectue de nombreux aller-retours entre Naples et l'Épire, contactant des popes et s'efforçant d'enflammer les esprits. En septembre 1611, il déclenche une seconde insurrection avec une troupe d'environ mille paysans; il pénètre dans Ioannina mais ne peut lutter en plein jour contre une armée, sans l'appui des notables. Vaincu, il est fait prisonnier, écorché vif (sa peau est envoyée au Sérail avec les têtes de 85 de ses compagnons); les Rums de Ioannina subissent les représailles et, expulsés de la cité, privés de leurs anciens privilèges ils connaissent le devchirme pour la première fois. Au même moment, entre 1603 et 1615, l'évêque du Magne, Néophytos, promettant des milliers d'hommes en échange d'armes et de munitions, contacte à plusieurs reprises Naples, l'Espagne, le Pape, la Toscane où Charles de Gonzague dont la grand-mère est une Paléologue (Joëlle Dalègre, Grecs et Ottomans, 1453-1953: de la chute de Constantinople à la disparition de l'empire ottoman, 2002 - books.google.fr).

 

Ioannina est la ville la plus importante d'Épire, au Nord-Ouest de la Grèce. C'est le chef-lieu du district régional d'Ioannina, ainsi que la capitale de la périphérie d'Épire, mais aussi celle du diocèse décentralisé d'Épire-Macédoine occidentale. Elle pourrait tirer son nom du monastère dédié à saint Jean Baptiste qui se situait dans la forteresse avant sa destruction en 1611 (fr.wikipedia.org - Ioannina).

 

Chartes de Gonzague-Paléologue, en quête de quelque puissant Etat pour faire aboutir sa croisade, avait gagné Louis XIII roi de France, c'est ce qu'affirme l'instruction donnée à un seigneur du Magne, Pierre de Médicis, compagnon de Château-Renault dans son voyage en Morée. Un autre témoignage de ce fait est la mission en Epire et Acarnanie qui fut donnée à un gentilhomme, Jean Cler, par l'ambassadeur de France à Rome.

 

L'ancien ambassadeur à Constantinople, Savary de Brèves, avait d'abord été partisan de l'alliance entre la France et la Porte. Il est aussi question de l'intervention de la France dans une lettre adressée par Francesco Bertucci, un Albanais semble-t-il, au vice-roi de Naples, le 6 avril 1611. L'Albanais signale que le roi de France et le duc de Savoie se sont entendus pour envoyer une mission en Albanie, qui devra en reconnaître les côtes et traiter avec les habitants. Leur guide est un certain Alessandro Cieco di Pastrovich.

 

A cet émissaire, les archevêques d'Arta et de Janina montrèrent tout ce qui pouvait l'éclairer sur la situation. Il était venu dans les parages guidé par le métropolite de Durrazzo, Chariton, qui apportait de Rome l'assurance que le Pape travaillait à la libération de ces terres chrétiennes. Ce prélat devait porter en retour à Paul V les actions dé grâces et le témoignage de la soumission complète des deux archevêques, de leurs évêques suffragants et de tout leur peuple. Chariton devait aussi dire de vive voix au Pape des choses plus importantes que ta crainte ne permettait pas d'écrire (A.P. Péchayre, Les archevêques d'Ochrida à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe. In: Échos d'Orient, tome 36, n°188, 1937 - www.persee.fr).

 

Charles de Nevers

 

Charles Ier Gonzague, membre de la maison de Gonzague-Nevers, en italien Carlo I Gonzaga, est un prince né le 6 mai 1580 à Paris (France) et mort le 22 septembre 1637 à Mantoue, à l'âge de 57 ans.

 

Il épouse, le 1er février 1599, à Soissons, Catherine de Lorraine, fille de Charles II, duc de Mayenne et de Bar (le célèbre Mayenne qui s'opposa à Henri IV), et d'Henriette de Savoie-Villars. Ils auront ensemble six enfants.

 

Charles et Catherine sont sincèrement pieux. En atteste leur quasi-frénésie de création de fondations pieuses, abbayes, monastères, collèges ou hôpitaux, les projets de croisade toutefois déçus, ou le décès de Charles vêtu en moine franciscain en 1637.

 

Les 13 annĂ©es suivant 1608, date de la fondation de sa capitale de la principautĂ© d'Arches Charleville, vont ĂŞtre, pour le couple mais surtout pour Catherine, une sombre pĂ©riode de dĂ©cès consĂ©cutifs dont : le 14 septembre 1609, Charles Emmanuel, frère de Catherine, meurt Ă  Naples ; le 4 octobre 1611, Charles, père de Catherine, meurt Ă  Soissons ; le 14 novembre 1611, Henriette, mère de Catherine, meurt Ă  Soissons ; Vincent Ier de Mantoue (de la Maison Gonzague), duc de Mantoue et de Montferrat nĂ© le 21 septembre 1562 Ă  Mantoue, meurt le 18 fĂ©vrier 1612 Ă  Mantoue (fr.wikipedia.org - Charles Ier de Mantoue).

 

Charles de Nevers fait souvent parler de lui, en proposant la création d'une Milice chrétienne, une armée internationale, contre les Turcs. Surtout, à la mort de son cousin de Mantoue, il est appelé à prendre la relève en 1627. Une crise commence car le roi d'Espagne, un Habsbourg, très présent en Italie du nord grâce au duché de Milan, ne veut pas comme voisin un sujet du roi de France (Revue d'histoire diplomatique, Volume 125, Société d'Histoire Générale et d'Histoire Diplomatique, 2011 - books.google.fr).

 

Cette milice est l'Ordre de la Conception en l'honneur de l'immaculée conception de la vierge, confirmé par lme pape Urbain VIII en 1624.

 

"tendra fort Ă  l'empire"

 

"tendere ad" : aspirer Ă  (Pierre Danet, Magnum dictionarium latinum et gallicum ad pleniorem planioremque scriptorum latinorum intelligentiam, etc, 1708 - books.google.fr).

 

Le projet du duc de Nevers, de devenir empereur de Constantinople, était connu, et parmi les pamphlets que les gens attachés à la cour avaient fait pleuvoir sur les princes mécontents, on remarquait surtout ceux qui s'adressaient à l'héritier des Paléologue. Sans se laisser déconcerter, Charles de Gonzague croyant la paix rétablie par le traité de Loudun, voulut témoigner la joie qu'il en ressentait par une fête splendide, à laquelle il avait invité tous les premiers personnages de l'époque.

 

Les premières lettres Ă©crites d'Orient au duc Charles, fils de Louis de Nevers, ou si on l'aime mieux Ă  l'empereur Constantin et Ă  toute sa famille impĂ©riale, car c'est ainsi qu'on se plaisait Ă  l'appeler, sont du mois d'octobre 1612, mais elles supposent Ă©videmment des relations plus anciennes et semblent indiquer une affaire qui touche Ă  son dĂ©nouement. Le duc Charles n'a pas voulu attendre la mort de François IV, duc de Mantoue, son cousin, pour faire valoir des droits que ce dernier aurait pu lui contester, il savait que François n'avait pour hĂ©ritière que la princesse Marie, qui certes ne pouvait contrebalancer les projets de son cousin. Aussi, nous voyons ses relations s'Ă©tablir avec les peuples de la MorĂ©e, avant la mort du duc François. La rĂ©ussite de l'entreprise paraissait indubitable ; Charles de Gonzague voyait se grouper autour de lui tout ce que la Grèce avait de plus illustre, surtout les personnages qui, comme lui, se rattachaient a l'ancienne famille impĂ©riale, et qui auraient pu faire valoir quelques droits (chrisagde.free.fr) (nonagones.info - 22 v’la l’Tarot - Kabbalisation du Tarot - Les Gonzague, Jean BĂ©renge, Les vicissitudes de l'alliance militaire franco-turque 1520-1800, Guerres et paix en Europe centrale aux Ă©poques moderne et contemporaine: mĂ©langes d'histoire des relations internationales offerts Ă  Jean BĂ©renger, 2003 - books.google.fr).

 

Le duc de Nevers descendait en ligne directe d'Andronic II, époux de Yolande de Montferrat.

 

Deuil : "noir poil crĂŞpe"

 

CrĂŞpe : tissu lĂ©ger de soie, de laine fine, auquel on fait subir un certain apprĂŞt suivi d'une compression. C'est le masculin substantivĂ© (1285, au pluriel) de l'ancien adjectif cresp, crespe «ondulĂ©, frisé» dont le le fĂ©minin a donnĂ© crĂŞpe*. Cet adjectif est issu du latin crispus, appliquĂ© Ă  la chevelure puis Ă  tout objet dont le dessin rappelle une chevelure frisĂ©e (crĂŞper). Le mot latin est issu avec mĂ©tathèse d'un type °krispsos qui se retrouve seulement en celtique, dans le gallois crych « frisĂ© » et le nom propre gaulois Cryxos, Ă  rapprocher du nom propre latin Crispus. Il est Ă  l'origine de l'anglais crisp  «bouclé» puis «croustillant». Apparu au sens mĂ©tonymique ancien ancien d'«ornement pour la tĂŞte» (au pluriel), le mot dĂ©signe un tissu de laine ou de soie plus ou moins ondulĂ© dont il existe plusieurs sortes (1827, crĂŞpe de Chine). Dès le XVIe s., on relève une preuve de l'utilisation de ce tissu comme signe de deuil (av. 1549, crĂŞpe noir), symbolisme qui donne lieu Ă  des emplois mĂ©tonymiques et (en poĂ©sie) mĂ©taphoriques (Alain Rey, Dictionnaire Historique de la langue française, 2011 - books.google.fr).

 

Avec "barbe d'airain" on pourrait penser aussi à une personne aux cheveux crépus.

 

La généralisation du noir aux XVI et XVIIe siècles prend sa source à la cour de Bourgogne puis à celle des Habsbourg, qui en sont les héritiers. Cette austérité qui souligne la majesté du pouvoir est la marque de la domination espagnole en Europe et des influences antagonistes de la Réforme et de la Contre-Réforme, qui s'accordent sur la sévérité des mœurs et la rigueur des contraintes sociales. Le noir s'impose comme le contraire du blanc, autre non-couleur, symbole de pureté, puis du mariage. Dans toute l'Europe, le deuil devient d'une extrême sévérité, suivant en cela les ordonnances du deuil de cour français qui font autorité. Après l'hécatombe qui touche les Bourbons, l'ordonnance du Régent (1716, renouvelée en 1730), réduit de moitié la durée des deuils de cour et de famille, ruinaient les manufactures textiles. Le même phénomène s'observe en Angleterre.

 

Le deuil est divisĂ© alors en trois pĂ©riodes : le grand deuil, ou deuil de laine ou de crĂŞpe ; le petit deuil, moins sĂ©vère, avec autorisation de porter des bijoux en jais du crĂŞpe blanc ; enfin le demi-deuil, autorisant un retour Ă  la coquetterie et Ă  la mode dans la toilette, dont les couleurs, outre le noir, sont les gris, les blancs et les mauves. Les Ă©toffes sont mates, telles la laine ou le crĂŞpe, caractĂ©ristiques du deuil. Le crĂŞpe italien est rĂ©putĂ© en Europe dès le XVe siècle, suivi par le crĂŞpe français du XVIIe siècle (RenĂ© Davray-PiĂ©kolek, Deuil) (Dictionnaire de la Mode: (Les Dictionnaires d'Universalis), 2015 - books.google.fr).

 

De rĂ´tisseur Ă  tisseur

 

A l'Ă©poque byzantine, les villes de Tyr, de Tripoli, d'Antioche et de Tarse, acquirent un grand renom, tant en Orient qu'en Occident, pour les draps de soie qu'on y fabriquait. Les cendes ou cendeaux de Tyr Ă©taient, nous dit encore Edrisi, d'une qualitĂ© supĂ©rieure, passaient pour les plus beaux de Syrie et formaient un important objet d'exportation pour le commerce de la ville. Cette Ă©toffe, qui Ă©tait alors Ă©galement fabriquĂ©e Ă  Tripoli, paraĂ®t avoir Ă©tĂ© une espèce de taffetas assez semblable au samit, autre Ă©toffe de soie, de mĂŞme nature, tissĂ©e Ă  six fils, et qui, moins le brillant, rappelle le satin. Sa soliditĂ© le faisait employer Ă  faire des dalmatiques et autres ornements d'Eglise. [...] Antioche avait conservĂ© toutes les traditions de l'industrie græco-syrienne et bien qu'entre le septième et le douzième siècles, elle eĂ»t frĂ©quemment changĂ© de maĂ®tres, G. de Tyr fait observer que sous la domination musulmane, le commerce et la pratique des arts mĂ©caniques demeurèrent l'apanage constant des habitants syriens de cette ville. Voici ce qu'Edrisi nous apprend encore sur l'Ă©tat prospère de l'industrie de la soie Ă  Antioche : «On fait dans cette ville de belles Ă©toffes de couleur unie, les plus riches tissus de soie moirĂ©e, les brocarts dits Destouri, Isphaani et autres.» Antioche et Tarse fabriquaient, en outre, des diaspres et des draps de soie, dĂ©corĂ©s de figures de fils d'or et d'argent tissĂ©s dans la trame. Ces Ă©toffes Ă©taient fort prisĂ©es en Occident, oĂą on en faisait des ornements d'Ă©glise, ainsi qu'en tĂ©moignent nombre d'anciens inventaires (Emmanuel-Guillaume Rey, Les Colonies franques de Syrie aux XIIe et XIIIe siècles (1883), 2016 - books.google.fr).

 

Le nom de Barberini francisé en Barberin peut être l'objet d'un jeu de mot "barbe airain".

 

Florence nous dit Vasari, eut une fabrique de tapisserie établie vers le milieu du seizième siècle par Cosme de Médicis. Salviati et le Bronzino fournissaient des cartons à l'ouvrier flamand que le catalogue de Milan appelle Jean Rotter, mais que le cav. Gentili désigne, en italianisant son nom, sous le vocable de Giovanni Rosto, qui se trouve exprimé par un rébus figurant un rôti à la broche avec la mention : Fatto In Fiorenza et Bronzino Fiorentin, sur les deux tapisseries exposées.

 

A Rome, d'après des documents recueillis par M. Muntz dans les archives du palais Barberini, le cardinal de ce nom aurait cherché, dès l'année 1632, à introduire à Rome l'industrie des Arazzi et fait prendre en Italie, en France et dans les Flandres tous les renseignements de nature à favoriser ses projets. Ce ne fut pourtant qu'en 1702 qu'une fabrique fut établie par le pape Clément XI dans l'hôpital Saint-Michel in Ripa (Albert Jacquemart, Histoire du mobilier, 1876 - books.google.fr).

 

Les Gonzague et les Este avaient sollicité des tapissiers dès le début du Quattrocento, avant de fonder de véritables manufactures au siècle suivant. Ercole II d'Este s'était attaché les services de deux frères, les Bruxellois Jean et Nicolas Karcher (1536). Les Gonzague avaient fait appel à Nicolas (1539), qui avait ensuite été appelé, avec un de ses compatriotes Giovanni Rost, à Florence, par le duc de Toscane Côme Ier de Médicis, lorsque ce dernier avait fondé sa propre manufacture (1546). Dans le même temps, une manufacture royale avait été créée en France, à Fontainebleau, par François Ier (1539). Rome n'avait pour l'heure connu que des tentatives infructueuses: Nicolas V, Calixte III et Pie II avaient entrepris d'y établir des tapissiers au milieu du Quattrocento, en faisant appel à deux liciers, l'un de Paris, Renaud (Regnault ou Reginaldo) de Maincourt, l'autre d'Arras, Giachetto di Benedetto (qui travaillait alors à Sienne); un siècle plus tard, Paul IV avait essayé en vain d'attirer Giovanni Rost (1558-59). Des études sur la manufacture fondée (1627) par Francesco Barberini, il ressort que cet établissement était constitué de deux ateliers majeurs, l'un conduit par Giacomo della Riviera et sa famille, l'autre dirigé par un artisan d'origine  française, Pietro Lascotti (Pierre Lascot ou Lescot, natif de Picardie), le premier apparaissant comme privilégié par rapport au second car c'est dans son sein que la majorité des tapisseries Barberini a été produite. Ce constat implique donc de tenter de mieux cerner la réalité économique et sociale que recouvrait cette fondation. Le tapissier n'a guère appartenu à la maison du Cardinal-patron. Dans les rôles (ruolt) de la famiglia du cardinal Francesco, il n'est mentionné qu'occasionnellement. Entre 1633 et 1637, on trouve huit à dix arazzieri parmi les gens de maison straordinari (qui comprenaient les musiciens, les peintres, les architectes et les sculpteurs, les bibliothécaires, les piqueurs et les jardiniers), puis leur nombre tombe à trois; en 1646 on ne compte qu'un seul licier. Le tapissier n'a été salarié qu'occasionnellement. Les livres de comptes révèlent qu'il était payé à la tâche, qu'il recevait des acomptes au cours de l'avancement de l'ouvrage et le solde à la livraison. La façon était rétribuée à l'aune carrée, le prix variait selon le type d'ouvrage (grandes tapisseries, bordures, petits travaux) et a accusé une légère baisse en l'espace d'une cinquantaine d'années: il a passé de 7 scudi l'aune carrée au début des années 1630 (prix du tissage des pièces complémentaires à or de l'Histoire de Constantin) à 5 en 1678 (prix des dernières pièces de la Vie du pape Urbain VIII). Les fournitures et les frais de teinture faisaient l'objet de comptes séparés. Marazziere apparaît donc comme un artisan privé, travaillant pour la garde-robe du Cardinal-neveu. Giacomo della Riviera et sa famille ont reçu un traitement des plus privilégiés dans la mesure où ils sont devenus les fournisseurs attitrés de la famille Barberini: ils ont exécutés presque toutes les tapisseries commandées par le cardinal Francesco, les portières aux armes et emblèmes du cardinal Antonio et les tapisseries commandées par Urbain VIII pour le Vatican (Pascal-François Bertrand, Les tapisseries des Barberini et la décoration d'intérieur dans la Rome baroque, 2005 - books.google.fr).

 

Le grillage des étoffes de laine chaîne et coton est l'opération qui consiste à enlever les fibres qui dépassent à la surface des tissus dont on veut faire ressortir le grain, la croisure, le broché. On grille principalement l'endroit de l'étoffe. [...] Le grillage s'opère en faisant passer l'endroit des étoffes sur une plaque de fonte chauffée au rouge blanc (Le Jacquard: journal de l'industrie lainière, 1881 - books.google.fr).

 

A Audenarde, des lissiers sont mentionnés à partir de 1368, notamment à l'occasion du décès de Jan van Houdert à Pamele. A partir de 1430-31 apparaît dans les comptes une rubrique spéciale pour les tapissiers, suivie en 1441 de la constitution de leur propre gilde sous la protection de sainte Barbe. A Anvers, les lissiers appartinrent à la même gilde que les tisserands jusqu'en 1415, date à laquelle ils constituèrent leur propre corporation (Guy Delmarcel, La tapisserie flamande du XVe au XVIIIe siècle, 1999 - books.google.fr).

 

En Auvergne, on a aussi sainte Barbe comme patronne des tisserands (Jean-Baptiste Bouillet, Histoire des communautés des arts et métiers de l'Auvergne, accompagnée des bannières que portaient ces communautés avant 1789, 1857 - books.google.fr).

 

Cyr, patron de Nevers, Barbe, patronne de Mantoue

 

Le duc de Mantoue, Guillaume Gonzague, appelle Jacques de Wert auprès de lui. Sa Cour Ă©tait parmi les plus brillantes de l'Europe ; le prince Ă©tait un profond connaisseur en matière musicale et s'essayait lui-mĂŞme Ă  la composition. Wert se rend Ă  Mantoue Ă  l'automne de 1564, sans doute pour substituer le maĂ®tre de la chapelle, Giovanni Contino, dĂ©jĂ  atteint de la maladie qui en janvier suivant viendra l'emporter. En tout cas Wert compose en octobre 1564 la musique destinĂ©e Ă  ĂŞtre exĂ©cutĂ©e le 4 dĂ©cembre, jour de la fĂŞte de sainte Barbe. Sainte Barbe Ă©tait devenue Ă  la fin du XVe siècle, par la volontĂ© de Barbara de Hohenzollern, femme du marquis Louis, patronne de la maison de Gonzague ; en son honneur s'achevait la magnifique basilique palatine de Mantoue, cette chapelle ducale Ă  laquelle Wert va dĂ©sormais - et jusqu'Ă  sa mort - consacrer toute son activitĂ© (Anne-Marie Bautier-Regnier, Musiciens d'Oultremont Ă  la cour de Mantoue, Brass bulletin, Volume 4, Parties 1 Ă  4, SociĂ©tĂ© belge de musicologie, 1950 - books.google.fr).

 

Cyr de Tarse, dit aussi Cyr d'Antioche (Quirice), martyr en 304 Ă  l'âge de trois ou cinq ans avec sa mère sainte Julitte. C'Ă©tait un très jeune garçon qui habitait Antioche, vers la fin du IIIe siècle, sous le règne de DioclĂ©tien. Vers l'âge de cinq ans, alors qu'il assiste Ă  un procès contre des chrĂ©tiens, il rĂ©ussit Ă  se glisser furtivement sur la tribune d'un juge nommĂ© Alexandre et lui crie dans l'oreille : « Moi aussi, je suis ChrĂ©tien ». Fou de rage, le magistrat attrape le jeune enfant par une jambe et le lance contre la muraille oĂą il va se fracasser la tĂŞte et mourir. C'est lui qui est très vĂ©nĂ©rĂ© en France oĂą il a donnĂ© son nom Ă  de nombreux villages. Saint Amâtre, Ă©vĂŞque d'Auxerre, a rapportĂ© ses reliques d'Orient et fait connaĂ®tre son martyre. C'est ce saint Cyr qui est un des patrons de la cathĂ©drale de Nevers, des vignerons de Volnay et, avec sa mère, de la ville de Villejuif (villa Julittae). Ses reliques Ă©taient conservĂ©es dans l'Ă©glise de Volnay, jusqu'en juin 2001, date Ă  laquelle elles sont volĂ©es. Il est fĂŞtĂ© le 16 juin en Occident et le 15 juillet en Orient : cette deuxième date est probablement l'anniversaire de son martyre (LĂ©gende dorĂ©e) (fr.wikipedia.org - Saint Cyr).

 

Adonis Ă  Nevers

 

Une Ă©dition de 1606 d'Adonis, tragedie françoyse de Gabriel Lebreton, nĂ© Ă  Nevers en 1550, seigneur de La Fon, près Clamecy, est une petite plaquette de 47 pages, imprimĂ©e Ă  Rouen, avec une dĂ©dicace Ă  madame de Saint-Phalle, duchesse de BeauprĂ©au, etc. Cette tragĂ©die, suivant une note manuscrite, eut l'honneur d'ĂŞtre reprĂ©sentĂ©e en 1578. C'est la seule production de cet auteur que possède la Bibliothèque de Nevers. Ce que nous en avons lu a une saveur toute particulière ; nous pensons qu'il y aurait, dans ces quelques pages, une Ă©tude intĂ©ressante Ă  faire de la langue française Ă  cette Ă©poque. La marque de l'imprimeur RaphaĂ«l du Petit Val est assez compliquĂ©e : Un personnage Ă  cheval sur un poisson, qui porte aussi, debout, un ange s'appuyant sur un long bâton ; la tĂŞte d'un animal fantastique sort de l'eau, et ses deux pattes de devant, appuyĂ©es sur le poisson, paraissent aider le tout Ă  aborder au rivage. La devise circulaire de l'Ă©cusson est : Deo duce (MĂ©moires de la SociĂ©tĂ© acadĂ©mique du Nivernais, Volumes 1 Ă  3, 1886 - books.google.fr).

 

L'Adonis est une tragĂ©die allĂ©gorique de Le Breton, prĂ©nommĂ© Guillaume selon Lacroix du Maine, oĂą la mort de Charles IX est reprĂ©sentĂ©e par celle d'Adonis.  (FrĂ©dĂ©ric Godefroy, Histoire de la littĂ©rature française depuis le XVIe siècle jusqu' Ă  nos jours: Ă©tudes et modèles de style. Poetes : XVIe et XVIIe siècles, Tome 4, 1867 - books.google.fr).

 

Tacitisme

 

On peut cependant identifier comme premier relais du tacitisme en Espagne l'historien français Pierre Matthieu, qui a occupé la charge d'historiographe royal auprès d'Henri IV et de Louis XIII. Entre 1621 et 1629, les traductions espagnoles de ses principales œuvres se succèdent à un rythme régulier et l'historien français acquiert une reconnaissance sans précédent pour un auteur contemporain. Son succès est d'autant plus remarquable qu'il défend une interprétation de l'histoire résolument profrançaise, qui ne coïncide absolument pas avec les intérêts de la Couronne espagnole. Cependant, même si P. Matthieu exalte la vision de l'ennemi de la monarchie Habsbourg, son écriture - qui parvient à raconter l'histoire contemporaine à la manière de Tacite - suscite une admiration générale en Espagne. C'est d'ailleurs une réécriture de Tacite qui fait connaître l'historien français en Espagne en 1621. Un génois installé à Madrid, Vicenzo Squarçafigo, traduit en espagnol une Vie de Séjan qui avait été publiée en France en 1617. Il s'agit d'une monographie composée par P. Matthieu à partir des Annales de Tacite et retraçant les abus de pouvoir et la chute brutale du conseiller de Tibère, parfaite incarnation du mauvais ministre. [...]

 

Par ailleurs, la Vie du favori de Tibère et sa violente disgrâce trouvent une réactualisation immédiate en 1621 en Espagne, au moment même où Philippe IV monte sur le trône après la chute du duc de Lermaet dans la situation de troubles que connaît la cour entre 1618 et 1621, qui conduit à l'exécution de Rodrigo Calderón en octobre 1621. Le contexte à Madrid après la mort de Philippe III offre de grandes similitudes, aux yeux des contemporains, avec la période de l'Empire où Tibère protégeait un conseiller tyrannique qui perdit la vie après un revers de la faveur princière. Cette inconstance de la fortune des favoris était également un thème d'actualité pour la France quelques années auparavant car, en 1617, l'année même où P. Matthieu compose sa Vie de Séjan, le favori de Marie de Médicis, Concino Concini, est assassiné sur ordre du jeune Louis XIII. La Vie du favori de Tibère, conçue initialement comme une allusion directe à la chute de l'homme fort de la régence de Marie de Médicis, pouvait donc continuer à trouver des résonances quelques années plus tard, lors du changement de règne espagnol (Le partage du secret: Cultures du dévoilement et de l’occultation en Europe, du Moyen Âge à l'époque moderne, 2013 - books.google.fr).

 

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