Le marquisat de Saluces

Le marquisat de Saluces

 

I, 58

 

1600

 

Trenché le ventre, naistra avec deux testes

Et quatre bras : quelques ans entier vivra :

Jour qui Aquilloye celebrera ses festes,

Foussan, Turin, chief Ferrare suyvra.

 

Les mĂŞmes villes d'Aquileia, Fossano, Torino et Ferrara reviennent ensemble ailleurs sous la plume de Nostradamus : «Ferrare, Turin» (C 2.14.4), «Ferrare, Turin. & Aquilleye» (C 5.99.1) et «Foussan, Turin» (C 7.30.4) (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (Ă©dition MacĂ© Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Fêtes d'Aquilée

 

La liste des fêtes d'Aquilée au VIIIe siècle, nous est rapportée en partie par un Capitulaire mutilé de la bibliothèque Rehdiger de Breslau, et embrasse Noël avec son cycle de fêtes, y compris saint Jacques, comme dans le rit ambrosien, l’octava Domini, la Théophanie, l'Invention de la sainte Croix, saint Jean-Baptiste, la Purification et saint Laurent (M. SChuster, Liber sacramentorum, 1931 - calendrier.fr).

 

Dans un article de la Revue Bénédictine de 1889, Dom G. Morin a attiré l’attention des lecteurs sur «L’antique solennité du Mediante die festo au 25e jour après Pâques», appelée également la Mi-Pentecôte. Contrairement à l’opinion qui était reçue jusqu’alors, il montrait que cette fête, restée bien vivante dans la liturgie byzantine, avait également été célébrée dans l’Église latine. Il en donnait comme preuves le sermon 85 de saint Pierre Chrysologue, «prêché dans une solennité qui ne peut être autre que notre Mi-Pentecôte», ainsi que les plus anciens recueils de la liturgie ambrosienne qui ont une Messe propre au mercredi de la quatrième semaine après Pâques avec des leçons In mediante die festo. Comme la préface de cette Messe contient un passage qui semble faire allu-sion à un jeûne accompagnant la fête (le célébrant demande que les fidèles atteignent sûrement aux promesses du Christ, «purifiés par la dévotion des privations salutaires», poscimus ut eius institutione edocti, salutaris parsimoniae devotione purificati, in tua perveniamus promissa securi), le savant bénédictin émettait l’hypothèse que «l’église de Milan, comme les autres églises d’Occident, aurait d’abord célébré le Mediante die festo, non au milieu du temps pascal, mais au milieu du jeûne de la sainte Quarantaine». À l’appui de cette hypothèse, il signalait que la liturgie mozarabe assigne au quatrième dimanche du Carême un office In mediante die festo avec en lecture évangélique le passage où il est dit que Jésus, au milieu de la fête (iam autem die festo mediante), monta au temple et y enseignait (Jn 7,14ss) – passage dont la lecture constitue également le rite essentiel de la Mi-Pentecôte.

 

C. L. Feltoe a rapidement proposĂ© d’expliquer autrement l’allusion au jeĂ»ne dans la prĂ©face de la Messe In mediante die festo de la liturgie ambrosienne : ce jeĂ»ne serait liĂ© Ă  la procession de la Litanie majeure, du 25 avril. Revenant sur la question en 1926, C. Callewaert a, lui aussi, rejetĂ© l’antĂ©rioritĂ© de la Mi-CarĂŞme sur la Mi-PentecĂ´te. Il argumente ainsi : «L’idĂ©e de solenniser le milieu d’une pĂ©riode ne se manifeste d’ordinaire qu’à un moment oĂą la cĂ©lĂ©bration de la pĂ©riode elle-mĂŞme est entrĂ©e depuis assez longtemps dans les habitudes populaires. Or la cĂ©lĂ©bration liturgique de la cinquantaine après Pâques a devancĂ© de plusieurs siècles (sic) celle de la quarantaine avant Pâques». Comme la cinquantaine pascale est un temps de fĂŞte, alors que le CarĂŞme est un temps de pĂ©nitence, il est plus naturel d’appliquer le passage de l’évangile de Jean qui mentionne le «milieu de la fĂŞte» (Jn 7,14), au temps pascal plutĂ´t qu’au CarĂŞme. La prĂ©face invoquĂ©e par Dom Morin Ă©voque d’ailleurs explicitement l’Ascension : Iesum Christum dominum nostrum... cuius... mors a perpetua morte redemit, ascensio ad caelestia regni perduxit, ce qui s’explique bien deux semaines avant la fĂŞte, mais serait Ă©trange Ă  la Mi-CarĂŞme. Quant Ă  la mention du jeĂ»ne, elle est en quelque sorte appelĂ©e par l’évocation de la mort libĂ©ratrice de JĂ©sus (mors a perpetua morte redemit), Ă  laquelle le chrĂ©tien doit correspondre en se purifiant par une vie de mortification, d’abstinence et de jeĂ»ne. Cette mention «insinue peut-ĂŞtre spĂ©cialement le temps du CarĂŞme et de la Passion, ou les jours des Litaniae majores ou du jeĂ»ne prĂ©cĂ©dant la descente du Saint-Esprit que le Sauveur avait promis ; en tout cas, il ne nous paraĂ®t pas certain qu’il faille y voir un jeĂ»ne sanctifiant le jour mĂŞme de la solennitĂ© qu’on cĂ©lèbre». L’épisode rapportĂ© dans l’évangile ne permet pas de trancher la question, puisque la fĂŞte dont il est question en Jn 7 est celle de Soukkot (cf. v. 2), qui durait une semaine et se cĂ©lĂ©brait Ă  un tout autre moment de l’annĂ©e. Elle n’a donc rien Ă  voir ni avec la Mi-CarĂŞme, ni avec la Mi-PentecĂ´te (Jean-Marie Auwers, Les sermons de Pierre Chrysologue sur la Mi-PentecĂ´te (LXXXV et LXXXVbis), Un Ă©tat de la question, Koninklijke Brill NV, 2016 - brill.com).

 

Pierre Chrysologue ou Pierre de Ravenne (nĂ© vers 380 ou entre 400 et 406 Ă  Imola, et mort en 450 dans la mĂŞme ville), est un thĂ©ologien, conseiller du pape LĂ©on Ier ; il devint archevĂŞque de Ravenne, citĂ© impĂ©riale, en 433 (fr.wikipedia.org - Pierre Chrysologue).

 

Le dernier jour de la FĂŞte, qui Ă©toit le plus solemnel. Dans les grandes FĂŞtes des Juifs qui avoient Octave, le premier, & le dernier jour Ă©toient les plus solemnels ; & ordinairement il y avoit ces jours-lĂ  des cĂ©rĂ©monies particuliers, & des sacrifices extraordinaires. Dans la FĂŞte des Tabernacles, oĂą tout ceci arriva, on avoit coutume de porter au Temple en grande solemnitĂ©, au son des instrumens de musique, deux vases; l'un plein d'eau, & l'autre de vin; l'eau Ă©toit de la fontaine de SiloĂ«; & on en rĂ©pandoit pendant tous les sept jours de la FĂŞte, durant le sacrifice du matin, au pied de l'Autel des Holocaustes. Quelques InterprĂ©tes croyent que le Sauveur faisoit allusion Ă  cette cĂ©rĂ©monie, lorsqu'il crioit Ă  haute voix dans le Temple : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne Ă  moi, qu'il boive; si quelqu'un croit en moi, il sortira des eaux vives de son ventre; il sera comme une de ses urnes d'argent pleines d'eau de SiloĂ«, qu'on apporte au Temple, & du ventre de laquelle il sort une eau vive. Les ProphĂ©tes ont souvent comparĂ© la Doctrine du Messie Ă  une eau salutaire, Ă  une fontaine de vie ; & JESUS-CHRIST lui-mĂŞme dit Ă  la Samaritaine qu'il donne aux hommes une eau de vie ; que cette eau sera pour ceux qui la boiront, une source qui jaillira jusqu'Ă  la vie Ă©ternelle. Boire cette eau, & croire en lui, sont ici la mĂŞme chose (Augustin Calmet, Bible en latin et en françois, avec un commentaire littĂ©ral et critique, Tome 21, 1729 - books.google.fr).

 

A la conclusion du rituel du 8e jour, de la fĂŞte des Tabernacles oĂą l’eau Ă©tait devenue un Ă©lĂ©ment prioritaire, JĂ©sus attira l’attention du peuple sur Lui-mĂŞme, et invita : «Si quelqu’un a soif, qu’il vienne Ă  moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein» (Jn. 7:37-38). Cette eau rappelle aussi le fleuve qui «sortait d’Eden pour arroser le jardin, et de lĂ  il se divisait en quatre bras» (Gn. 2:10). Les sauvĂ©s verront un nouveau fleuve «au milieu de la place» de la JĂ©rusalem de Dieu. LĂ , ils boiront de «l’eau de la vie, limpide comme du cristal» qui sort «du trĂ´ne de Dieu et de l’Agneau» et ils n’auront plus soif de quoi que ce soit (Ap. 22:1-3) (festedidio.org).

 

Au sein du cadre Ă©ditorial d'AggĂ©e, le roi-dĂ©miurge, dont le reprĂ©sentant terrestre est Darius, a Ă©lu deux dyarques pour lui reconstruire son temple-palais et chacun d'eux reprĂ©sente sur terre un pĂ´le de la dyade cosmique. Ces reprĂ©sentations sont inhĂ©rentes Ă  la structuration et Ă  la thĂ©matique du livret des visions de Zacharie (Za 1,7-6,15 ), rĂ©sumĂ©es au coeur du cycle visionnaire par le rĂ©cit figurant un chandelier (symbole divin) flanquĂ© de deux oliviers figurant explicitement deux hommes (Za 4). De la sorte, Ag 2,1-9 participe de l'oeuvre harmonisatrice des deux prophĂ©ties, d'ailleurs constamment sensible au fil des deux livres, et pourrait donc ĂŞtre adventice et imputable Ă  l'Ă©diteur, comme le laisse dĂ©jĂ  pressentir l'adresse aux deux chefs et au «reste du peuple» en 2,2 qui place tout le morceau dans la perspective de l'alliance bicĂ©phale que prĂ´ne le cadre Ă©ditorial du livre. Or le prophète s'adresse d'ordinaire au «peuple» (Ag 1,2, ha'am hazzeh) qu'il interpelle Ă  la 2 pers. du pl. C'est l'Ă©diteur, en revanche, qui, comme l'auteur de Za 7-8, dĂ©signe l'auditoire du prophète au moyen des expressions «(tout) le reste du (de ce) peuple» (Ag 1,12.14 ; 2,2) - comme Za 8,6.11.12 - et «tout le peuple du pays» (Ag 2,4 et Za 7,5). La titulature cultuelle YHWH Sba'Ă´t participe aussi du vocabulaire qu'affectionnent les cadres Ă©ditoriaux des livres d'AggĂ©e et de Zacharie 1-8. [...] Les vv. 7 et 9 confirment encore l'impression d'inauthenticitĂ© du morceau. En effet, l'accumulation des dĂ©monstratifs : «cette maison» (deux fois, vv. 7 et 9) et «ce lieu» (une fois, v. 9) suggère que le temple Ă©tait tangiblement reconstruit au moment de la rĂ©daction de ce passage. Celui-ci constitue en fait un oracle sacerdotal de bĂ©nĂ©diction du sanctuaire qui s'adresse davantage Ă  une assemblĂ©e de fidèles participant Ă  une commĂ©moration liturgique de la construction plutĂ´t qu'Ă  une Ă©quipe de bâtisseurs sur le chantier du temple. En outre, la conclusion du passage aux vv.  6-9 fait deux fois usage du verbe hĂ©braĂŻque r's qui dĂ©note couramment l'action du tremblement de terre, vocabulaire thĂ©ophanique par excellence, tandis que la date (Ă©ditoriale) assignĂ©e Ă  la prĂ©dication du morceau («le septième mois, le vingt et un du mois», Ag 2,1) correspond au dernier jour de la fĂŞte de Soukkot, la grande fĂŞte d'automne cĂ©lĂ©brant traditionnellement la royautĂ© tant humaine, du temps des rois (I R 8,1-2), que divine. Le ton d'Ă©piphanie de la royautĂ© divine Ă  la face de l'univers et des nations qui domine ces lignes s'harmonise avec ce que l'on sait des thèmes majeurs de la fĂŞte de Soukkot, avec l'importance des thĂ©ophanies visuelles et auditives caractĂ©ristiques de la liturgie de cette fĂŞte, ainsi qu'avec l'idĂ©ologie de la double alliance dynastique et messianique permet seule de rendre compte de la forme et du fond de ce triptyque. Les livres d'AggĂ©e et de Malachie prĂ©sentent les conditions et les consĂ©quences messianiques de la nouvelle alliance qu'a passĂ©e YHWH avec son peuple par l'intermĂ©diaire des deux pouvoirs sĂ©parĂ©s. PlacĂ© au centre du triptyque, le livre de Zacharie sacralise la dualitĂ© des pouvoirs en fondant de droit et de fait l'alliance bicĂ©phale en tant qu'elle s'enracine dans la reconstruction conjointe du temple par le prince et le prĂŞtre. [...] Les critères formels et thĂ©matiques distinctifs de l'Ă©laboration Ă©ditoriale du livre d'AggĂ©e invitent Ă  reconnaĂ®tre que celle-ci ne se limite pas au livre d'AggĂ©e mais dĂ©pend en fait de celle du livre de Zacharie qui exprime explicitement, quoique symboliquement, l'idĂ©ologie bicĂ©phale. On pressent, en outre, que ces livres ont Ă©tĂ© Ă©ditĂ©s en lien avec la fĂŞte de Soukkot, en tant que cĂ©lĂ©bration de la royautĂ© de YHWH instaurĂ©e sur la terre lors de la restauration de son temple-trĂ´ne Ă  JĂ©rusalem et manifestĂ©e Ă  tous par la «dyarchie» du prince-gouverneur et du grand prĂŞtre. Enfin, la pĂ©ricope laisse entendre que la gloire divine s'attache au nom de règne YHWH Sba'Ă´t, titulature liĂ©e au siège terrestre oĂą la divinitĂ© fait rĂ©sider non seulement son nom, mais aussi l'harmonie cosmique (salĂ´m), aux termes de Ag 2,9. Ainsi, comme les grands dieux d'Ougarit au IIe millĂ©naire et de MĂ©sopotamie durant toute l'AntiquitĂ©, YHWH ne saurait rĂ©gner sur terre sans que soit (re) construit son sanctuaire conçu comme le siège de sa souveraine domination sur la terre (A. SĂ©randour, Les rĂ©cits bibliques de la construction du second temple : leurs enjeux, Transeuphratène, Volumes 11-12, 1996 - www.google.fr/books/edition).

On retrouve une autre dyarchie, conflictuelle, entre le saint Empire Romain germanique et la papauté.

 

Aquilée

 

Au milieu de la cinquantaine pascale, l'Église d'AquilĂ©e a cĂ©lĂ©brĂ© très anciennement la mi-PentecĂ´te, fĂŞte d'origine orientale. L'Ă©vangile qui lui est assignĂ© par le Capitulare est Jean 7,14ss (Mediante die festo). Existait-elle dĂ©jĂ  au temps de Chromace ? Quelques dĂ©cades après sa mort, l'Église de Ravenne la cĂ©lĂ©brait. On possède en effet deux sermons de Pierre Chrysologue pour cette fĂŞte. Jusqu'Ă  prĂ©sent on affirmait que Ravenne avait reçu cette fĂŞte de l'Orient. AquilĂ©e n'aurait-elle pas Ă©tĂ© une Ă©tape relais ? Les relations d'AquilĂ©e avec l'Orient ont Ă©tĂ© suffisamment Ă©troites pour rendre l'hypothèse vraisemblable ; Ă  moins que Milan, qui a Ă©galement connu la solennitĂ©, n'ait Ă©tĂ© Ă  l'origine de sa diffusion dans toute la Haute-Italie (Joseph LemariĂ©, Sermons de Chromace d'AquilĂ©e, NumĂ©ro 154, 1969 - books.google.fr).

 

Chromace d'Aquilée (en italien Cromazio d'Aquileia) fut évêque d'Aquilée en Vénétie reconnu saint par l'Église catholique et fêté le 2 décembre. Né en Italie du nord, aux environs de l'an 340-345, Chromace est un grand ami de Rufin d'Aquilée, Saint Jérôme et Népotien. Saint Jérôme appelle Chromace «le plus saint et le plus docte des évêques. Dans son enseignement, il part toujours de la parole de Dieu et y revient sans cesse.» (fr.wikipedia.org - Chromace d'Aquilée).

 

La bible de Clément VIII

 

Clément VIII a produit en 1592 l'édition de la bible canonisée par le concile de Trente qui a certaines différences avec celle de Sixte V relevées par Thomas James (Bellum papale, sive Concordia discors Sixti Quinti & Clementi Octavi, circa Hieronymianam Editionem, Londres 1600) (David Clement, Bibliothèque curieuse historique et critique, 1753 - www.google.fr/books/edition).

 

On trouve dans la bible éditée par Sixte V et Clément VIII la formulation "Jam autem die festo mediante" de Jean 7,14 héritée de saint Jérôme (John Pearson, Critici sacri sive Doctissimorum virorum in SS. biblia annotationes et tractatus, Tome 6, 1664 - books.google.fr, Laurentius Valla, In novum testamentum annotationes, 1526 - www.google.fr/books/edition).

 

Deux tĂŞtes

 

Le lecteur est assez familiarisé avec la manière et le style figuré du Prophète (Henri Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

On pense au Rebis alchilmique dont parle Nicolas Flamel mort vers 1418 (Albert Poisson (1868-1894), Histoire de l'alchimie, XIVme siècle : Nicolas Flamel, sa vie, ses fondations, ses oeuvres, suivi de la rĂ©impression du Livre des figures hiĂ©roglyphiques et de la lettre de Dom Pernety Ă  l'AbbĂ© Villain, 1893  - archive.org).

 

Dans sa correspondance, JĂ©rĂ´me fait aussi Ĺ“uvre d’historien dans la mesure oĂą il mĂŞle Ă  l’envi histoire profane et histoire ecclĂ©siastique pour les fondre en une histoire sacrĂ©e. Ses lettres, plus encore que ses Ĺ“uvres exĂ©gĂ©tiques, manifestent combien sa vision de l’histoire humaine est influencĂ©e par sa comprĂ©hension de l’histoire biblique, notamment dans sa prĂ©sentation des invasions barbares, rendues possibles non seulement par les divisions politiques qui fragilisent un Empire Ă  deux tĂŞtes, mais surtout par le pĂ©chĂ© des habitants de cet Empire (BenoĂ®t Jeanjean, La Correspondance de JĂ©rĂ´me, une autre Chronique ? In : La prĂ©sence de l’histoire dans l’épistolaire, 2012 - books.openedition.org).

 

9. La premiere ouverture considerable, pour augmenter les grandeurs que les papes avoient obtenues, & par la distinction de leur Siege dans la premierer ville du monde, & par l'accez & le credit qu'ils avoient eu auprès des Princes qui en étoient les Maîtres, & qui ne se défioient point, que jamais ces Pretres dussent rien prétendre, dans la suite, ni au dessus d'eux, ni à l'égal d'eux, ce fut le partage de l'Empire entre celui d'Occident & celui d'Orient, dont chacun avoit son Empereur. Ce partage donna lieu à l'ambition des Evêques des deux côtez: celui de Rome avoit le plus ancien droit, le droit de primogeniture, & celui de Constantinople avoit d'abord celui de la plus grande splendeur. Sans entrer dans le détail de l'Histoire, qui nous meneroit à l'infini, on peut assurer que la grandeur de l'Empire qui obligea Constantin le Grand à le diviser entre les Fils, en amena à grands pas la ruine, par les guerres que causerent les differens interêts de ses Successeurs, par l'ambition, par la fraude, par les intrigues, & par tout ce qui seme la discorde entre les hommes & sur tout entre les Princes. 10. Informez-vous bien exactement de tout ce qui a suivi cette disposition de Constantin qui fit un Empire à deux têtes, & vous verrez comment les Papes, entrant adroitement dans toutes les brouilleries qui survinrent, surent en profiter pour s'élever au degré de puissance où ils sont parvenus depuis. Je me contente de vous faire observer, en general, qu'à mesure que l'Empire s'est affoibli par les guerres intestines de l'Orient contre l'Occident, ces Prêtres, ambitieux & rusez, se sont agrandis par toutes sortes de voyes, & comme on dit, per fas & nefas (Élias de Joncourt, Entretiens sur l'état présent de la religion en France, 1725 - books.google.fr).

 

L'étymologie du cognomen Caesar - déjà porté par le père, le grand-père et l'arrière-grand-père du dictateur - demeure inconnue. Le premier à porter ce cognomen dont l'histoire a gardé

la trace est un citoyen romain qui fut prĂ©teur en 208 av. J.-C. et qui avait eu un poste de commandement indĂ©terminĂ© Ă  la bataille de Cannes en 216. Le pseudo Spartianus dans sa biographie de Lucius Aelius affirme - Ă  tort - que ce dernier fut le premier Ă  porter le titre de CĂ©sar et en propose quatre Ă©tymologies : «Les conjectures auxquelles a donnĂ© lieu le nom de CĂ©sar, le seul titre qu'ait portĂ© le prince dont j'Ă©cris la vie, me paraissant devoir y ĂŞtre rapportĂ©es, je dirai que, suivant l'opinion des plus doctes et plus savants auteurs, ce mot vient de ce que le premier qui fut ainsi nommĂ© avait tuĂ© dans un combat un Ă©lĂ©phant, animal appelĂ© Caesa dans la langue des Maures ; ou de ce qu'il fallut, pour lui donner le jour, faire Ă  sa mère, qui Ă©tait morte avant de le mettre au monde, l'opĂ©ration appelĂ©e plus tard cĂ©sarienne ; ou de ce qu'il naquit avec de longs cheveux ; ou enfin de ce que ses yeux Ă©taient d'un bleu cĂ©leste et d'une vivacitĂ© extraordinaire» (fr.wikipedia.org - CĂ©sar (titre)).

 

L'Empire romain est divisé en 285-286 en diocèses par l'empereur Dioclétien, qui instaure aussi une tétrarchie. En 305, Dioclétien abdique, ce qui est une première dans l'histoire de l'empire, en obligeant Maximien à l'imiter en faveur de leurs coempereurs Galère et Constance Chlore, père de Constantin Ier. Au terme de nombreuses luttes de pouvoir entre les prétendants, dont Constantin sort vainqueur fin 323, l'unité administrative de l'empire est temporairement rétablie. L'unité de l'Empire n'est que temporairement rétablie sous Constantin, car après sa mort, le recours à un coempereur devient presque systématique. La division est définitive à la mort de Théodose le Grand en 395. Les parties occidentale et orientale échoient à ses deux fils, Honorius à Rome puis à Ravenne, et Arcadius à Constantinople. Dès lors, les ambitions politiques de chaque coempereur ne viendront plus empiéter sur les prérogatives de l'autre (fr.wikipedia.org - Division de l'Empire romain).

 

La division entre empires romains d'Orient et d'Occident est totalement absente de la pensée de Jérôme qui devait sans doute la concevoir comme étant du même type que les partages du IVe siècle. Qu'il pût y avoir deux états romains et non un empire romain partagé en deux lui aurait semblé fort étrange. Jérôme fut également un témoin des invasions qui touchèrent l'Empire en Orient et le détruisirent en Occident (Hervé Inglebert, Les Romains chrétiens face à l'histoire de Rome: histoire, christianisme et romanités en Occident dans l'Antiquité tardive (IIIe-Ve siècles), 1996 - books.google.fr).

 

La division Orient/Occident est en principe purement administrative. Remettre en question l'«Unanimitas» de l'empire serait apparu hors de propos Ă  la fin du IVe siècle. S. JĂ©rĂ´me, un Pannonien, vivant Ă  BethlĂ©em, pleure le sac de Rome par Alaric, en 410, comme «la» catastrophe devant Ă©mouvoir tout citoyen de l'empire. La mentalitĂ© est toujours plus lente Ă  changer que la rĂ©alitĂ© ! (Dominique Arnauld, Histoire du christianisme en Afrique: les sept premiers siècles, MĂ©moire d'Ă©glises, 2001 - books.google.fr).

 

Deux tĂŞtes : PiĂ©mont, Empire et Eglise

 

Si nous examinons les monnaies d'Amédée V de Savoie, 1285-1323, quelques-unes portent au revers une aigle à une tête (Savoie) ou à deux têtes (Piémont) (Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, Volumes 72 à 75, 1935 - books.google.fr).

 

Après 1419, la Savoie, forte du territoire piémontais récemment acquis, devient un Etat bicéphale partagé entre Chambéry et Turin, et surtout un Etat à trois cultures, l'une basée sur un parler franco-provençal, l'autre sur l'italien, la troisième sur le dialecte niçois (Paul Castéla, Nice, une capitale historique, 2002 - books.google.fr).

 

Du lac de Neuchâtel à la côte méditerranéenne, le duché de Savoie, bicéphale (Chambéry et Turin) [...], carrefour stratégique sur l'axe nord-sud, devint le théâtre du conflit Charles-Quint - François Ier (Historiens et géographes, Numéro 379, Société des professeurs d'histoire et de géographie (France), 2002 - books.google.fr).

 

L'acclimatation de l'aigle bicĂ©phale en Allemagne n'allait pas sans risques, car elle consacrait la ruine de la grande Image othonienne, en dissociant plastiquement la nouvelle figure de l'aigle chrĂ©tienne; c'est ce qui explique peut-ĂŞtre que Sigismond, le premier empereur Ă  utiliser l'aigle bicĂ©phale sur son sceau de couronnement en 1433, ait fait graver au revers l'aigle johannique avec la lĂ©gende «Aquila Ezechielis», tirĂ©e d'un hymne Ă  Jean, pour compenser par ce texte ce que l'image bicĂ©phale retirait Ă  l'Ă©vangĂ©liste et Ă  l'Empire. Cette installation a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e d'une introduction officieuse progressive, depuis Louis le Bavarois, s'inspirant elle-mĂŞme de la figuration de deux aigles cĂ´te Ă  cĂ´te, visibles sur les sceaux de certaines villes impĂ©riales (1328 : Friedberg et Chemnitz; 1329 : LĂĽbeck), sur le sceau de la Landfriede de RhĂ©nanie en 1335, sur les premières pièces d'or impĂ©riales, frappĂ©es en 1338, et Ă  nouveau sous Charles IV. La figuration officielle de l'aigle bicĂ©phale sous Sigismond manifeste bien l'aspect fonctionnel de ce dĂ©doublement : vicaire d'Empire depuis 1396, Sigismond fait graver un sceau Ă  aigle bicĂ©phale avec la lĂ©gende «Sacri R Imperii vicarius generalis», qui le  rattache bien Ă  l'institution Ă©tatique; roi des Romains en 1410, il revient Ă  l'aigle monocĂ©phale avant de redoubler dĂ©finitivement la tĂŞte de l'oiseau lors de son couronnement impĂ©rial de 1433, avec la dernière nostalgie johannique que l'on a relevĂ©e (Alain Boureau, L'Aigle: chronique politique d'un emblème, 1985 - books.google.fr).

 

Pour le lecteur d'aujourd'hui, la Savoie est une province toute française, le Piémont une province toute italienne; et jamais il n'aurait l'idée d'associer deux territoires, si différents, et qui semblent si radicalement séparés par la chaîne des Alpes. Pourtant, cet Etat à deux têtes a vécu jusqu'à la Révolution française; et la Maison de Savoie a compté parmi ses membres nombre de souverains exceptionnels - comme cet Amédée VIII qui, devenu pape au moment du grand schisme, eut la générosité de renoncer à la tiare pour rétablir l'unité de la chrétienté (Marie José, Emmanuel Philibert, Duc de Savoie, 1995 - books.google.fr).

 

Dans une ballade - qu'on peut situer au tournant du siècle - Eustache Deschamps fut Ă  nouveau inspirĂ© par un monstre : une horrible bĂŞte, dĂ©pourvue de nom, mais dont «parle l'Apocalypse a plain» (v.33) prĂ©cise l'envoi. Dans le livre biblique en effet, le règne du mal sur la terre est symbolisĂ© par l'Ă©mergence de deux bĂŞtes, tout aussi monstrueuses l'une que l'autre : la première, «ayant dix cornes et sept tĂŞtes», des pattes d'ours et une gueule de lion, «ressemble Ă  une panthère» ; elle dĂ©tient sa puissance du Dragon. Quant Ă  la seconde, issue de la terre, elle avait « deux cornes semblables Ă  celles d'un agneau mais elle parlait comme un dragon». Or, curieusement, les Ă©lĂ©ments descriptifs fournis par le poète, pour une fois assez nombreux et prĂ©cis, au moins dans la première strophe, ne rappellent aucune des deux bĂŞtes apocalyptiques :

 

Corps monstrueux, horrible a regarder,

Prodige grant de vengence future,

Beste a deux dos qui fait le monde errer,

Langue double dont parle l'escripture,

Venin cuisant, serpentine figure

Qu'enfer attent, faulx conseil variable,

Juge vendant la grace charitable,

Chien envieux, de convoitise plain,

Qui d'Antecrist est voie preparable,

Dieux nous vueille tous getter de ta main ! (v. 1-10).

 

Le monstre qu'interpelle le poète est pourvu de deux dos et aussi de deux tĂŞtes (c'est l'envoi qui le dit, v. 31) ; il n'appartient Ă  aucune espèce animale bien dĂ©terminĂ©e ; c'est une bĂŞte hybride, tantĂ´t chien, avec une langue double, tantĂ´t serpent au venin cuisant. Si la description ne renvoie Ă  aucune des deux bĂŞtes de l'Apocalypse, elle insiste en revanche singulièrement sur la dimorphie de l'animal. L'allusion au schisme se laisse donc aisĂ©ment deviner. «Horrible a regarder», le monstre n'est pas n'est pas seulement difforme. Il est aussi redoutable par son comportement ravageur, car il corrompt tout sur la terre et gĂ©nère la convoitise, le mensonge, le vol, l'orgueil, la guerre. Les dĂ©sordres dĂ©noncĂ©s par Deschamps ne relèvent pas seulement de la sphère ecclĂ©siastique ; c'est l'ensemble du corps social qui est atteint. Et comme la bĂŞte horrible en est tenue pour responsable, il est clair qu'aux yeux du poète, la division de l'Eglise est cause de la laideur et des vices du temps (HĂ©lène Millet, L'Ă©glise du grand schisme: 1378-1417, 2009 - books.google.fr).

 

Eustache Deschamps, né vers 1340 à Vertus en Champagne et mort entre le 21 juin 1404 et le début de l'année 1405, de son vrai nom Eustache Morel, est un poète français qui a contribué à fixer les formes considérées comme typiquement médiévales par sa réflexion théorique dans L’Art de dictier, premier art poétique écrit en langue d’oïl en 1392 (fr.wikipedia.org - Eustache Deschamps).

 

Naissance d'un monstre

 

La naissance du monstre que ThĂ©ophane, Anastase le BibliothĂ©caire (T. XIII, 2 et XIX) et Michel le Syrien (II, 2) placent Ă  EmmaĂĽs, juste après la mort de l'empereur ThĂ©odose, aurait eu lieu Ă  Lydda d'après saint JĂ©rĂ´me qui est le premier Ă  en parler. Ep. LXXII, 2 (ad Vitalem, an. 398) : Nam quia nostra aetate duplex Lyddae natus est homo, duorum capitum quatuor manuum, unum ventre, et duobus pedibus, omnes homines ita nasci necesse est. P.L., XXII, 674 (FĂ©lix-Marie Abel, Louis-Hugues Vincent, EmmaĂĽs: Sa basilique et son histoire, 1932 - www.google.fr/books/edition).

 

Lydda qui est aujourd'hui une ville d'IsraĂ«l, situĂ© au sud-est de Jaffa. Cette ville est mentionnĂ©e dans l'Ancien Testament sous le nom de Lod. On pense que sa cĂ©lĂ©britĂ© vient du fait qu'elle abritait le tombeau de Saint sur lequel une Ă©glise fut Ă©difiĂ©e. En effet, selon F. Robinson : «...la saintetĂ© rĂ©elle de Ludd et sa grande renommĂ©e dans le monde chrĂ©tien sont dues au fait qu'elle passe pour ĂŞtre le lieu de naissance de saint Georges, qui est probablement le hĂ©ros le plus vĂ©nĂ©rĂ© de la ChrĂ©tientĂ© orientale et qui, d'origine obscure, est devenu non seulement le vrai patron du Christianisme syrien et un objet de respect de la part des Musulmans, mais encore le patron de la plupart des peuples chrĂ©tiens d'Occident. Saint Georges de Lydda est le Saint Georges de l'Angleterre.» Notons au passage que le Khidr est parfois identifiĂ© Ă  saint Georges. Selon Muqaddasi, c'est Ă  la porte de l'Ă©glise abritant le tombeau de saint Georges que JĂ©sus tuera le Dajjal. Cependant, selon un hadith citĂ© par Ahmad b. Hanbal, c'est Ă  la porte orientale (bab ludd al-charqi) de la ville que JĂ©sus le fera mourir (Tayeb Chouiref, Les enseignements spirituels du prophète, Tome 2, 2008 - www.google.fr/books/edition).

 

Une sĂ©rie d'Ă©pisodes tirĂ©s de l'Ancien et du Nouveau Testament, ceux-lĂ  mĂŞmes qui servaient traditionnellement Ă  dĂ©fendre le mensonge officieux, mais rĂ©interprĂ©tĂ©s comme autant d'exemples d'Ă©quivoques : Abraham prĂ©sentant sa femme Sara comme sa sĹ“ur (Genèse, 20, 2), Jacob se faisant passer pour son frère aĂ®nĂ© EsaĂĽ auprès de son père (Genèse, 27, 19), les sages-femmes d'Egypte s'employant Ă  sauver de la mort les nouveaux-nĂ©s des HĂ©breux (Exode, 1, 19), Judith trompant Holopherne pour le tuer, etc. Dans les Evangiles, JĂ©sus affirme qu'il ne juge personne (Jean, 8, 15), qu'il ne connaĂ®t pas le jour du Jugement (Marc, 13, 32). Il dit qu'il ne montera pas Ă  JĂ©rusalem pour la fĂŞte, et s'y rend (Jean, 7). Ou encore lorsque, Ă  EmmaĂĽs, il «feint d'aller plus loin» (Luc, 24, 28). Augustin s'Ă©tait vigoureusement Ă©levĂ© contre ceux qui voyaient dans ces passages autant de pieux mensonges, de saintes tromperies ou de bonnes simulations (Jean-Pierre CavaillĂ©, Equivoques et restrictions mentales, Kairos, NumĂ©ros 7 Ă  9, 1996 - www.google.fr/books/edition).

 

Le mot d’équivoque revient souvent, au XVIIe siècle, dans les controverses religieuses, principalement dans la querelle entre Pascal et les jésuites, à qui leur redoutable adversaire reproche sans cesse «de corrompre les expressions les plus canoniques par les malicieuses subtilités de leurs nouvelles équivoques». (les Provinciales, XVI) (fr.wikipedia.org - équivoque).

 

Pour Lucrèce, le monstre androgyne est Ă©quivoque (De natura rerum, V 837-844) (Blandine Cuny-Le Callet, L'anti-nature et ses reprĂ©sentations chez Lucrèce : monstres et figures de l'impossible, La Nature et ses reprĂ©sentations dans l'AntiquitĂ©, 1996 - www.google.fr/books/edition).

 

Dans le choix des exemples de crĂ©atures fantastiques ou d'adunata (littĂ©ralement "choses impossibles") prĂ©sents dans La nature des choses, Lucrèce met en valeur les similitudes unissant le rĂ©el au fantastique : le monde de l'impossible est situĂ© aux frontières du rĂ©el, dans une Ă©quivoque proximitĂ©. Quels liens entretiennent l'Ă©quivoque ? L'anti-monde se prĂ©sente parfois comme la reproduction, sur un mode imaginaire - sous forme de pures reprĂ©sentations - de phĂ©nomènes ou d'ĂŞtres naturels. [...] Gigantisme, dĂ©mesure et transgression sont un autre vecteur de constitution de l'anti-monde par rapport au monde naturel. Nous l'avons vu, les «pactes de la nature» fondent la naturalitĂ© de chaque ĂŞtre, au delĂ  du critère de cohĂ©rence atomique, sur la notion de limite : chaque ĂŞtre est dĂ©terminĂ© par des caractĂ©ristiques physiologiques et des capacitĂ©s limitĂ©es (taille, poids, durĂ©e de vie, force, etc.). Aller au delĂ  de ces paramètres, c'est imaginer un monstre Ă  partir d'une crĂ©ature naturelle. Enfin, l'anti-monde repose sur le dĂ©sordre, la dĂ©sorganisation des processus qui rĂ©gissent dans la nature la venue au monde et la physiologie des ĂŞtres. Nous l'avons vu, parmi les combinaisons atomiques, certaines sont possibles, d'autres impossibles. Mais le souci lucrĂ©tien de mettre en Ă©vidence la façon dont sont produites les crĂ©atures naturelles montre qu'une combinaison atomique ne peut ĂŞtre dĂ©clarĂ©e «possible» de façon absolue : elle est le produit d'un ordre, dans la mesure oĂą les atomes ne peuvent s'agrĂ©ger de façon cohĂ©rente que sous certaines conditions ; il existe, pour chaque composĂ©, un certain nombre de conditions - lieu et durĂ©e de gestation, par exemple - prĂ©sidant Ă  sa venue au jour. PrĂ©cisĂ©ment, c'est l'ensemble de ce processus de production, et au delĂ , l'ensemble de la physiologie d'une crĂ©ature, qui doivent ĂŞtre pris en compte, pour juger de sa conformitĂ© ou de sa non-conformitĂ© Ă  la nature (Blandine Cuny-Le Callet, Rome et ses monstres: Naissance d'un concept philosophique et rhĂ©torique, Tome 1, 2005 - www.google.fr/books/edition).

 

Typologie

 

Le report de 1600 sur la date pivot 395 (création des empires d'Orient et d'Occident) donne -810. Epoque du roi de Juda Ozias (Louis Mayeul Chaudon, Nouveau dictionnaire historique, ou Histoire abrégée, 1786 - www.google.fr/books/edition).

 

C'est une chose digne d'attention que la fourberie & le fanatisme avec lesquels tous les auteurs de ce temps-lĂ , cherchent Ă  soutenir leurs sentimens par les livres juifs, comme si les usages d'un petit peuple confinĂ© dans les rochers de la Palestine devaient ĂŞtre au bout de crois mille ans la règle du royaume de France. Qui croirait que pour exclure Henri IV de son hĂ©ritage, on citait l'exemple d'un roitelet Juif nommĂ© Ozias, que les prĂŞtres avaient chassĂ© de son palais parce qu'il avait la lèpre, & qui n'avait la lèpre que pour avoir voulu offrir de l'encens au Seigneur. L'hĂ©rĂ©sie, disait-on, est la lèpre de l'âme ; par consĂ©quent Henri IV est un lĂ©preux qui ne doit point rĂ©gner. C'est ainsi que raisonne l'avocat Louis d'OrlĂ©ans (Collection complette des oeuvres de M. de Voltaire, Essai sur les moeurs et l'esprit des nations, Hubert François Gravelot, 1769 - books.google.fr).

 

Contexte

 

Au dehors, Henri IV eut Ă  soutenir deux guerres, l'une avec la monarchie espagnole et ses alliĂ©s; l'autre avec le duc de Savoie seul, qu'il avait eu l'art de priver de toutes ses alliances. Au moment oĂą le roi fut frappĂ©, il allait entreprendre, sans Ă©gard aux reprĂ©sentations et aux menaces des cours de Rome et de Madrid, une troisième guerre, qui aurait Ă©tĂ© la plus grande du siècle, et qui allait s'ouvrir, soit sur la Meuse, soit sur le bas Rhin : c'Ă©tait cette lutte, dès lors inĂ©vitable, qui, engagĂ©e plus tard, produisit la guerre de Trente ans. Si Henri IV eĂąt vĂ©cu, elle aurait commencĂ© huit ans plus tĂ´t, et aurait eu pour protagonistes, non point Gustave-Adolphe et Richelieu, mais Henri IV et le prince stathouder de Hollande (Leopold Ranke, Histoire de la France, Bibliothèque universelle de Genève, Nouvelle sĂ©rie, Tome 25, 1854 - books.google.fr).

 

Les deux branches de la maison d'Autriche s'étaient rejointes par le Palatinat, le Bas-Rhin et la Valteline, et enserraient l'Europe entre elles deux. Il fallait couper et séparer de nouveau ce grand corps à deux têtes, tel était le projet de Richelieu (Henri Martin, Histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu'en 1789. Nouvelle édition, entièrement revue et augmentée d'un nouveau travail sur les origines nationales, Tome 12, 1847 - books.google.fr).

 

La paix de Vervins (1598) entre la France et l'Espagne fut honorable, et non pas glorieuse, équitable, et non pas avantageuse. Quand on arrêta que, de part et d'autre, les places prises seraient restituées, et que la frontière établie par le traité de Cateau-Cambrésis, en 1559, fût rétablie, Henri IV fut sage en s'estimant heureux d'obtenir une telle paix, d'autant qu'il ne s'engageait nullement à quitter son alliance avec les états généraux des provinces unies, et que le recours aux armes lui demeurait ouvert contre le duc de Sa voie, à l'appui de ses réclamations sur le Marquisat de Saluces. Ce dernier objet devint la cause de la seconde guerre, terminée, en 1601, par l'échange de Saluces contre la Bresse, la plus grande partie du Bugey et du Valromey, et le pays de Gex, qui furent incorporés à la France. Henri IV eut soin, en concluant un marché si visiblement avantageux dans ses conditions essentielles, de ne pas se fermer toutes les routes de l'Italie, contrée où il se réservait de rechercher plus tard l'influence politique dont plusieurs de ses devanciers avaient été en possession. «Il me reste, dit-il aux alliés, qui regrettaient la cession de Saluces, l'entrée par Château-Dauphin dans le Piémont, et par les bailliages des Suisses et Grisons, mes alliés, dans la Lombardie elle-même.» Quand il fut frappé par Ravaillac, il venait de s'entendre avec le duc de Savoie pour attaquer les Espagnols en Milanais (Leopold Ranke, Histoire de la France, Bibliothèque universelle de Genève, Nouvelle série, Tome 25, 1854 - books.google.fr).

 

Henri IV, qui espérait rentrer en possession du marquisat de Saluces, la clef de l'Italie, du bon gré du duc et grâce aux bons offices du pape, donnait en effet des gages de fidélité à l'Église romaine (Francis de Crue, Henri IV et les députés de Genève, Mémoires et documents publiés par la Société d'histoire et d'archéologie de Genève, Volumes 25-26, 1893 - books.google.fr).

 

ThĂ©odose : Henri IV

 

Cette identification procède des Ă©crits d'un fou littĂ©raire : Bernard Bulet, nĂ© Ă  Arbères près de Divonne dans le pays de Gex, dĂ©pendant des Etats savoyards Ă  l'Ă©poque, jusqu'Ă  1601.

 

Il apprit donc le métier de charron, et fut employé quelque temps aux travaux du fort de l'Annonciade, en Savoie. Aussitôt qu'il eut touché quelque argent, il s'habilla de boccassin incarnadin, et se hâta de retourner dans son village, pour se montrer à ses pauvres camarades, «ainsi vêtu, portant l'épée, le poignard, et un panache à son chapeau.» Les compliments qu'ils lui firent sur son brillant équipage achevèrent de lui tourner la tête: il y répondit en les assurant de sa protection; et, se croyant devenu un personnage important, il prit le titre de grand-maître du montage de l'artillerie du château de l'Annonciade. [...] S'annonçant comme un prophète envoyé de Dieu, pour convertir le pays. Ses discours n'ayant pas produit l'effet qu'il en attendait, il secoua la poussière de ses souliers, et alla joindre, en 1597, le duc de Savoie, alors à Chambéri, prince qu'il désigne dans son récit par le nom de roi David. [...]

 

Il demanda son congé, qu'il n'eut pas de peine à obtenir, et vint en France, voir le grand empereur Theodose (c'est le nom qu'il donne à Henri IV), qui ne fit rien pour lui. L'Estoile en parle comme d'un fou courant les rues (Journ. de Henri IV, tome 11, page 126), vendant de petits livrets aux personnes de la cour qui lui faisaient quelques aumônes (Biographie universelle, ancienne et moderne, etc, Tome 33, 1823 - books.google.fr).

 

Nicolas Joubert pourrait bien ĂŞtre l'auteur d'un volume de poĂ©sies intitulĂ© : Satires bâtardes et Ĺ“uvres folâtres d'Angoulevent le cadet, 1615, pet. in-12 : ce recueil est fort rare, mais le mĂ©rite du poète ne l'est pas. Angoulevent avait un rival formidable dans Bernard Bluet, comte de Permission, lequel, natif d'Arbères, au pays de Gex, Ă©tait venu chercher fortune en France et implorer le grand empereur ThĂ©odose (Henri IV); mais le roi, qui se fĂ»t ruinĂ© Ă  vouloir pensionner tous les fous de son royaume, n'accorda pas de charge Ă  marotte aux sollicitations de ce bouffon qui avait portĂ© la livrĂ©e du duc de Savoie et qui ne l'avait quittĂ©e que pour Ă©chapper aux mauvais traitemens que le duc lui fit Ă©prouver. Bluet d'Arbères fut donc rĂ©duit, pour ne pas mourir de faim, Ă  mettre sa folie aux gages du public, et il parcourait les rues en colportant des feuilles volantes qui contenaient des prophĂ©ties, des prières et des extravagances aujourd'hui plus inintelligibles que jamais; quand ces feuilles d'impressions formèrent la matière de plusieurs volumes, il les rĂ©unit sous ce titre unique : Recueil de toutes les Ĺ“uvres de Bernard Bluet, d'Arbères, comte de Permission, chevalier des ligues des treize cantons suisses, et ledit comte de Permission vous avertit qu'il ne sait ni lire, ni Ă©crire, et n'y a jamais appris, mais par l'inspiration de Dieu et la conduite des anges, et pour la bontĂ© et misĂ©ricorde de Dieu; et le tout sera dĂ©diĂ© Ă  haut et puissant Henri de Bourbon, roi de France, grand empereur ThĂ©odose, premier fils de l'Église, monarque des Gaules, le premier du monde parla grâce, bontĂ© et misĂ©ricorde de Dieu; le premier jour de mai 1600. Cet Ă©trange recueil, qu'on ne possède pas complet, et qui se composerait de plus de cent soixante-treize parties, Ă©tait vendu par le comte de Permission lui-mĂŞme, qui marchait fièrement, vĂŞtu de boccasin incarnadin et coiffĂ© d'un chapeau Ă  plumes, avec l'Ă©pĂ©e au cĂ´tĂ© et le poignard Ă  la ceinture. Il vivait encore en 1606, puisqu'il publia cette annĂ©e-lĂ  son testament, aussi singulier que les autres pièces de ses Ĺ“uvres, et il eut, avant ce temps-lĂ , une querelle très-vive avec le sieur d'Angoulevent, comme on peut le supposer d'après la Surprise et fustigation d'Angoulevent, poème hĂ©roĂŻque adressĂ© au comte de Permission par l'archipoète des PoispilĂ©s, 1603, in-8°. Nicolas Joubert rĂ©pondit Ă  cette attaque, et Bluet rĂ©pliqua sans retard: ce fut un Ă©change de mĂ©chans vers et de pitoyable prose, auxquels succĂ©dèrent peut-ĂŞtre les horions. Ces deux fous se disputaient certainement la principautĂ© de Sottie, ou du moins le pavĂ© de Paris, qu'ils battaient sans cesse en tous sens pour recueillir plus d'aumĂ´nes que d'applaudissemens. Ils moururent enfin de misère, l'un et l'autre, en dĂ©sespĂ©rant de l'avenir de la folie; mais dĂ©jĂ  de plus grands fous avaient imaginĂ© de commenter les Ĺ“uvres du comte de Permission pour y dĂ©couvrir la pierre philosophale ! (P. L. Jacob, Les deux fous: Histoire du temps de François Ier (1524) : prĂ©cĂ©dĂ©e d'un essai historique sur les fous des rois de France, Tomes 1 Ă  2, 1837 - books.google.fr).

 

Aquilée

 

L'ouvrage de Giuseppe Trebbi, Francesco Barbaro patrizio veneto e patriarca di Aquileia,  constitue le second volume de la collection dirigĂ©e par Giovanni Miccoli, animateur de tant d'initiatives culturelles en Frioul et VĂ©nĂ©tie julienne. L'A., un jeune spĂ©cialiste de l'histoire d'AquilĂ©e, retrace la biographie de Francesco Barbaro (1546-1616), un des patriarches d'AquilĂ©e les plus intĂ©ressants, qui se trouva confrontĂ© Ă  une situation politique et religieuse difficile. Le vaste diocèse d'AquilĂ©e englobait outre le Frioul une grande partie de la Carniole, de la Styrie, de la Carinthie et du comtĂ© de Goritz. Il Ă©tait donc divisĂ© politiquement entre la SĂ©rĂ©nissime (Ă  laquelle s'Ă©tait rĂ©uni bon grĂ© mal grĂ© le Frioul) et les possessions des Habsbourgs. La situation religieuse Ă©tait Ă©galement diverse : en zone vĂ©nitienne, il s'agissait surtout d'actualiser les dĂ©crets tridentins ; dans les territoires des Habsbourgs, il importait surtout de combattre la pĂ©nĂ©tration protestante. Barbaro fut d'abord laĂŻc puis, selon une coutume alors en honneur Ă  Venise, après avoir accompli un cursus honorum civil (notamment une importante ambassade dans les États de Savoie de 1578 Ă  1581), il fut nommĂ© en 1585 coadjuteur du vieux patriarche Giovanni Grimani (Revue d'histoire ecclĂ©siastique, Volume 81, Partie 1, 1986 - books.google.fr).

 

Les monstres de Du Laurens

 

La nomination de Du Laurens en qualitĂ© de mĂ©decin ordinaire de Henri IV, date de l'annĂ©e 1594. On voit lĂ  non seulement la main puissante de la comtesse de Tonnerre, mais encore la bonne opinion que le BĂ©arnais eut du jeune professeur de Montpellier. Toutes les charges de mĂ©decin par quartier Ă©tant occupĂ©es, le roi de France crĂ©a tout exprès pour notre AndrĂ© cet office de mĂ©decin ordinaire du roy (medicus ordinarius), tel qu'on le comprit alors, c'est-Ă -dire, un mĂ©decin qui marchait immĂ©diatement après le premier mĂ©decin ou comte des archiatres, et qui le remplaçait auprès de Sa MajestĂ©, lorsqu'il Ă©tait empĂŞchĂ© par la maladie ou par toute autre cause. Il y a une dĂ©claration de Louis XIV (mars 1667) qui dĂ©voile ces faits, Les espĂ©rances que Henri IV avait conçues de la bonne mine et des talents de son nouveau commensal, ne furent pas déçues, et pour le rĂ©compenser des services qu'il avait rendus Ă  la couronne, il saisit l'occasion de son mariage avec Marie de MĂ©dicis (26 avril 1600) pour le mettre Ă  la tĂŞte du conseil de santĂ© de la nouvelle reine, avec Guido Guedi, Anloine Caffe, Simon Piètre et AndrĂ© Tranhour. Enfin, après la mort de La Rivière, l'ex-docteur de la FacultĂ© de mĂ©decine d'Avignon, le protĂ©gĂ© de la duchesse d'Uzès, arrivait au faite des honneurs, et recevait (janvier 1606) le brevet de premier mĂ©decin du roi, ayant immĂ©diatement sous ses ordres, Heroard, Jean Martin, Jean Haulin, Duret, Quercetanus, Turquet de Mayerne, etc. Trois ans auparavant, il avait remplacĂ© Jean Hucher, en qualitĂ© de chancelier de l'UniversitĂ© de Montpellier. AndrĂ© Du Laurens ne parvint pas facilement Ă  la charge de premier mĂ©decin du roi, et que l'on avait sĂ©rieusement parlĂ© de donner la place laissĂ©e vacante par la mort de La Rivière, Ă  Jean Duret, fils de Louis Duret. Il parait que Jean Duret, vouĂ© corps et âme au parti de la Ligue, avait Ă©tĂ© jusqu'Ă  dire devant Du Perron, qu'il fallait faire avaler au BĂ©arnais des pilules cĂ©sariennes. Il faisait allusion, par ces paroles, aux vingt-trois coups de poignard que CĂ©sar reçut dans le SĂ©nat. Dites Ă  Duret, rĂ©pondit le roi Ă  ceux qui lui en parlaient, qu'il se contente que je le laisse vivre, et que je sais bien le mal qu'il m'a voulu faire il y a longtemps. AndrĂ© Du Laurens, parvenu ainsi aux plus grandes dignitĂ©s, ne jouit pas longtemps de son triomphe. La mort l'enleva le 16 aoĂ»t 1609, Ă  l'âge de 51 ans, neuf mois environ avant l'assassinat de Henri IV Le BĂ©arnais voulut honorer de sa visite les derniers moments de son mĂ©decin, mais apprenant qu'il agonisait, le roi Ă©lant Ă  la porte de sa chambre, dit ces paroles : Je n'y veux donc pas entrer car, il m'affligerait, et je l'affligerais. Anobli avec le titre de seigneur de Ferrières et un Ă©cusson composĂ© «d'un laurier de synople au champ d'argent sous un chef d'azur cĂ©leste ornĂ© de trois Ă©toiles d'or.» Du Laurens avait Ă©pousĂ©, par un contrat du 1er novembre 1601, Anne Sanguin, fille de Jacques Sanguin, seigneur de Livry. Il n'en eut qu'un fils, nommĂ© aussi AndrĂ©, qui mourut sans postĂ©ritĂ©, gentilhomme de la chambre du roi (L'Union mĂ©dicale, journal des intĂ©rĂŞts scientifiques et pratiques, moraux et professionnels du corps mĂ©dical, 1861 - books.google.fr).

 

Le rôle de l'imagination dans la génération des monstres se trouve dans de nombreux traités médicaux, par exemple dans L'histoire anatomique de Du Laurens (VIII, XIV, p. 877). Son explication mécaniste précise, s'appuyant sur des paramètres cartésiens, est proprement malebranchiste (Marie-Frédérique Pellegrin, Pensées du corps et différences des sexes à l’époque moderne, Descartes, Cureau de la Chambre, Poulain de la Barre et Malebranche, 2020 - www.google.fr/books/edition).

 

Un autre médecin, François Rousset, est le promoteur de la césarienne.

 

En 1595, le mĂ©decin italien O. Augenio reproduira la relation d'Ailleboust, sur un enfant pĂ©trifiĂ©, Ă  la suite d'un de ses ouvrages ; qu'en 1601 encore, on pourra la lire Ă  la suite d'un traitĂ© du cĂ©lèbre dĂ©fenseur de l'opĂ©ration cĂ©sarienne, François Rousset, dans la traduction latine qu'en donna Caspar Bauhin (Exsectio foetus vivi ex matre viva...) (Jean CĂ©ard, Des monstres et prodiges d'Ambroise ParĂ©, 1971 - www.google.fr/books/edition).

 

Lorsqu'en 1581, François Rousset (1535-1598 ?), mĂ©decin parisien, fĂ®t paraĂ®tre chez Denys du Val, Ă  l'enseigne du Cheval Volant Ă  Paris, son Nouveau traitĂ© de l'Hysterotomotokie ou Enfantement Caesarien, qui est extraction de l'enfant par incision latĂ©rale du ventre et matrice de la femme grosse ne pouvant autrement accoucher, et ce sans prĂ©judice Ă  la vie de l'un ny de l'autre, ny empescher la faeconditĂ© maternelle par après, il annonçait tout de suite la couleur par ce titre prolixe qui rĂ©sumait parfaitement la totalitĂ© de son oeuvre.

 

Dans l'avis au lecteur, ce médecin, "homme docte et bien estimé entre les médecins de Paris" selon Paré, sur lequel aucun ouvrage n'avait attiré jusqu'alors l'attention, nous explique comment il fut amené à publier ce traité. A l'occasion de "petites disputes avec Monsieur Paré", il avait tenté de le convaincre de la possibilité d'une telle intervention. Si Paré avait pu lui paraître convaincu, celui-ci n'en laissait rien voir dans l'édition de ses OEuvres Complètes de 1579.

 

Comme le confirme LittrĂ©, c'est François Rousset lui-mĂŞme qui donna le nom de cĂ©sarienne Ă  l'intervention qu'il propose et qui, jusque lĂ , n'Ă©tait pratiquĂ©e qu'après le dĂ©cès de la femme au terme d'un travail infructueux. Dans ces conditions, cette pratique remonte Ă  l'AntiquitĂ©. Elle Ă©tait d'autant plus frĂ©quente dans le monde romain qu'une loi, Ă©dictĂ©e dit-on par Numa Pompilius, interdisait l'inhumation d'une femme dĂ©cĂ©dĂ©e en couches sans avoir prĂ©alablement extrait l'enfant. L'histoire ou la lĂ©gende faisait naĂ®tre de cette façon CĂ©sar et Scipion l'Africain. A. ParĂ© et Franco, lorsqu'ils dĂ©crivaient cette intervention post-mortem, l'appelaient simplement "manière d'extraire les enfans hors le ventre de la mère", et non cĂ©sarienne. La diffĂ©rence capitale est Ă©videmment qu'elle soit pratiquĂ©e avant la mort de la femme, quand tout espoir d'obtenir un accouchement normal est perdu... Le but de Rousset est alors double : la survie de la femme et celle de l'enfant. "Le profit en est double, parce que lors l'enfant se tire tout vif, qui autrement fut mort prisonnier estouffĂ©, et la mère non seulement n'en meurt pas, comme elle eust faict (j'entends si elle est bien ouverte, et Ă  heure, estant encore forte)" (Francis PottiĂ©e-Sperry, "L'hysterotomotokie ou enfantement caesarien" de François Rousset (Paris, 1581), Le livre d'un imposteur ou celui d'un prĂ©curseur ?, Histoire des sciences mĂ©dicales, Tome XXX, N° 2, 1996 - www.biusante.parisdescartes.fr).

 

Saluces

 

L'acquisition de Saluzzo en 1588 enveloppa la Savoie dans une guerre avec Genève et Berne. [...] Dans la lutte contre Genève et Berne, Charles-Emmanuel avait été soutenu par Milan (Espagnols), et à la tête de ses troupes italiennes était Philippe d'Este, marquis de San-Martino, appartenant à la maison de Ferrare.

 

En quinze cent quatre-vingt-dix-huit, Philippe II arrêta avec la France la paix de Vervins, qui comprit le duc de Savoie, et qui mit un terme à la résistance de la ligue contre Henri IV. L'objet principal des débats entre la Savoie et la France, la succession dans le marquisat de Saluzzo, resta complétement réservé, et fut remis à la décision arbitrale du pape. Lorsqu'en quinze cent quatre-vingt-dix-neuf des délégués des deux princes intéressés suivirent l'affaire à Rome, le pape demanda, avant toutes choses, la remise préalable du marquisat au Saint-Siège, qui le ferait occuper provisoirement. Mais Charles-Emmanuel manifesta de la méfiance, ce qui arrêta toute mesure ultérieure.

 

Les marquis de Saluzzo s'étaient rattachés alternativement à la France par le Dauphiné, et à la Savoie, en sorte que le cas était difficile à décider. Mais le due, redoutant la sentence de Rome, donna pour nouvelle instruction à son représentant, le comte d'Arconos, de répandre le bruit que le pape s'était laisse gagner par les offres de la France ; que le roi Henri avait promis, s'il obtenait gain de cause, d'abandonner au Saint-Siège ses prétentions sur le marquisat. Le pape, indigné de ces propos, refusa de se mêler désormais à cette affaire  (Heinrich Léo, Histoire d'Italie, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, traduit par Louis Dochez, Tome III, 1856 - books.google.fr).

 

Le cardinal de Florence, Alexandre de Médicis, qui était par ailleurs investi d'une mission pastorale visant à réorganiser l'Église de France après les guerres de religion, présida les négociations franco-espagnoles en vue de mettre un terme à la guerre déclarée pur Henri IV à Philippe II en janvier 1595. Retardées par la perte et la reprise d'Amiens, de mars â septembre 1597, celles-ci s'ouvrirent à Vervins le 9 février 1598 et durèrent deux mois et demi. La paix fut signée le 2 mai. Bien que le duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier fût partie prenante dans le traité, le litige qui l'opposait à Henri IV sur le sort du marquisat de Saluces, possession française qu'il occupait depuis 1588, ne fut pas immédiatement réglé mais remis à l'arbitrage du pape Clément VIII qui devait se prononcer dans l'année. Cet arbitrage n'ayant pu être rendu dans le délai prévu, les deux princes signèrent le 27 février 1600, à Paris, un traité qui prévoyait soit la restitution de Saluces soit la cession en contrepartie de divers territoires dont la Bresse. Le non-respect par Charles-Emmanuel Ier de ses engagements provoqua une courte guerre menée en Savoie par le roi de France, d'août à novembre 1600. Pour rétablir la paix, Clément VIII envoya de nouveau un légat en la personne de son propre neveu, le cardinal Aldobrandini. Celui-ci présida les pourparlers qui se terminèrent, le 17 janvier 1601, par la signature du traité de Lyon. Clément VIII, par ces deux interventions décisives, avait rétabli la paix de la chrétienté. Il avait pleinement engagé l'autorité du Saint-Siège et la sienne, en déléguant des représentants revécus de la plus haute dignité possible. Ce sont les dernières médiations pontificales de cette nature, ou tout au moins les dernières médiations réussies (Bernard Barbiche, Ségolène de Dainville-Barbiche, Bulla, legatus, nuntius: études de diplomatique et de diplomatie pontificales, XIIIe-XVIIe siècle, 2007 - books.google.fr).

 

Enfin le duc vint Ă  Paris, et mena si bien cette nĂ©gociation par des confĂ©rences personnelles avec le roi, que celui-ci proposa un Ă©change. Il voulut bien renoncer Ă  Saluzzo, si le duc lui abandonnait la Bresse et quelque autre territoire, Pignerol surtout, en lui fixant un dĂ©lai pour se dĂ©terminer. Charles-Emmanuel laissa passer le terme assignĂ©, et les Français firent en Savoie une nouvelle irruption, qui eut pour consĂ©quence l'augmentation de l'armĂ©e espagnole en Italie. […] Le duc dut ĂŞtre effrayĂ© de la dĂ©saffection manifestĂ©e par quelques-uns de ses sujets. ChambĂ©ry accueillit les Français au bruit des acclamations de joie; et en gĂ©nĂ©ral les villes de Savoie opposèrent peu de rĂ©sistance. D'un autre cĂ´tĂ© les Espagnols, accourus en PiĂ©mont comme pour le protĂ©ger, se montraient plutĂ´t en maĂ®tres qu'en alliĂ©s. L'intervention du pape fut donc pour lui une ancre de salut. […] Les Etats de l'Italie, ne prĂ©voyant pas un accommodement prochain de ces dĂ©bats, s'intĂ©ressaient les uns pour la Savoie, les autres pour la France, lorsque tout Ă  coup les parties belligĂ©rantes traitèrent par l'entremise du cardinal Aldobrandini, le dix-sept janvier seize cent un, Ă  Lyon. Le roi Henri remit Ă  la Savoie le marquisat de Saluzzo libre de tous liens fĂ©odaux ; de son cĂ´tĂ©, le duc cĂ©da au roi Bugey, Valromay et Gex, avec les rives du RhĂ´ne depuis Genève jusqu'Ă  Lyon, et en Italie les forts et la seigneurie de Castel Delfino (Heinrich LĂ©o, Histoire d'Italie, depuis les premiers temps jusqu'Ă  nos jours, traduit par Louis Dochez, Tome III, 1856 - books.google.fr).

 

Fossano

 

François Ier envahit le Piémont en 1536. Fossano est prise puis assiégée par les Impériaux qui la délivrent. La ville sera encore un enjeu sous Henri II (Jacques Auguste de Thou, Histoire des choses arrivees de son temps mise en francois par P. Du-Kyer, Tome 1, 1659 - www.google.fr/books/edition).

 

Des cinq villes piémontaises laissées à la France par le traité de Cateau-Cambrésis, Turin, Chieri, Villeneuve d'Asti, Chivasso et Pignerol, les quatre premières furent échangées au traité de Fossano (2 novembre 1562) conclu par Catherine de Médicis qui cherchait la paix extérieure dans sa lutte contre les protestants, contre les deux places de Savigliano et de Pérouse, et que Turin fut livré au duc de Savoie le 12 décembre suivant, l'instituant capitale de ses Etats [cf. quatrain I, 6]. La France gardait Pignerol (Revue numismatique, 1930 - www.google.fr/books/edition).

 

Le diocèse de Fossano est érigé le 15 avril 1592 par la bulle Cum Principatus Pedemontium du pape Clément VIII, à la demande du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier. Le même jour, le pape adresse la lettre Hodie ex certis aux fidèles et à la population de Fossano par laquelle il annonce l'érection du nouveau diocèse, dont le territoire est composé de quinze localités prisent dans l'archidiocèse de Turin et de quatre localités du diocèse d'Asti. L'église collégiale de Santa Maria, datant du XIIIe siècle, devient la cathédrale du nouveau diocèse, qui est nommé suffragant de l'archidiocèse de Turin (fr.wikipedia.org - Diocèse de Fossano).

 

Ferrare

 

Le chef de Ferrare est, depuis 1598, le pape Clément VIII.

 

La mort sans postĂ©ritĂ©, le 27 octobre 1597, d'Alphonse II d'Este, duc de Modène, Reggio et Ferrare, jeta les États de ce prince dans une crise qui ne se rĂ©solut que par leur dissociation en deux parties et le retour de Ferrare au Saint-Siège. C'est qu'en effet, malgrĂ© la rĂ©union sous une seule couronne de ces trois duchĂ©s, ceux-ci n'Ă©taient gouvernĂ©s par les princes de la maison d'Este qu'en tant qu'ils Ă©taient vassaux de l'Empereur pour une part, du pape pour l'autre. Or, le droit pontifical prĂ©voyait que les fiefs du Saint-Siège ne pouvaient se transmettre qu'en ligne lĂ©gitime, Ă  l'exclusion des bâtards ; et Alphonse II, n'ayant pas d'enfants, avait dĂ©signĂ© pour son successeur son cousin CĂ©sar, fils d'un bâtard d'Alphonse Ier. La succession ne posait pas de grandes difficultĂ©s du cĂ´tĂ© de l'empereur Rodolphe II, c'est-Ă -dire en ce qui concernait les duchĂ©s de Modène et de Reggio. Par contre, le pape ClĂ©ment VIII rĂ©clama le retour de Ferrare au domaine pontifical. Les pĂ©ripĂ©ties de la dĂ©volution de Ferrare au Saint-Siège et ses suites sont connues dans leurs grandes lignes : on sait comment, CĂ©sar d'Este ayant mis la ville et le duchĂ© de Ferrare en Ă©tat de dĂ©fense et ayant envoyĂ© des Ă©missaires Ă  l'Empereur, aux rois de France et d'Espagne et aux princes d'Allemagne et d'Italie, le pape lui adressa un monitoire pour lui ordonner de restituer son bien Ă  l'Église, puis, devant l'attitude du duc, riposta aux mesures prises par celui-ci en prĂ©parant de vastes armements, en envoyant aux princes des nonces extraordinaires pour solliciter leur appui, et enfin en lançant, le 23 dĂ©cembre 1597, l'excommunication contre CĂ©sar ; mesure qui eut pour effet d'amener celui-ci Ă  nĂ©gocier et Ă  rendre Ferrare au pape par l'accord de Faenza du 12 janvier 1598 (Bernard Barbiche, La politique de ClĂ©ment VIII Ă  l'Ă©gard de Ferrare en novembre et dĂ©cembre 1597 et l'excommunication de CĂ©sar d'EstĂ©. In: MĂ©langes d'archĂ©ologie et d'histoire, tome 74, n°1, 1962 - www.persee.fr).

 

Henri IV et la succession de Ferrare

 

La première rĂ©action du roi de France, il est important de le noter, ne fut absolument pas le souci spontanĂ© de prĂŞter assistance Ă , ClĂ©ment VIII, bien au contraire. [...] Ce n'est donc que dans une deuxième Ă©tape que Henri IV ratifia les propositions qu'avait faites de son propre chef son ambassadeur, le duc de Luxembourg («la France avoit tous jours pris la protection du Sainct-Siege contre ses oppresseurs»). Dans la lettre qu'il Ă©crit au duc de Luxembourg, le 30 novembre 1597, il lui expose que, bien que la France ait toujours Ă©tĂ© l'alliĂ©e de la maison d'EstĂ©, il a tant d'obligations envers le pape qu'il ne peut faire autrement que de l'assister. [...] A tout prendre, le roi de France avait beaucoup Ă  gagner en adoptant une telle politique : il se posait en dĂ©fenseur du Saint-Siège contre le roi d'Espagne, montrait Ă  ClĂ©ment VIII qu'il lui savait grĂ© de l'absolution qui lui avait Ă©tĂ© accordĂ©e ; n'est-il pas permis de penser, en outre, qu'il prĂ©voyait dĂ©jĂ  que le jour Ă©tait proche oĂą il faudrait adopter une solution Ă  l'Ă©gard du problème protestant - l'Ă©dit de Nantes est d'avril 1598 - et qu'il aurait alors besoin de toute la comprĂ©hension du pape. [...] Henri IV sut Ă  merveille tirer le meilleur parti de la situation : il n'est pour s'en persuader que de lire les lettres qu'il Ă©crivit je 24 fĂ©vrier 1598 au pape et au cardinal de Saint-Georges, qui ne pouvaient pas ne pas plaire Ă  Rome (Bernard Barbiche, La politique de ClĂ©ment VIII Ă  l'Ă©gard de Ferrare en novembre et dĂ©cembre 1597 et l'excommunication de CĂ©sar d'EstĂ©. In: MĂ©langes d'archĂ©ologie et d'histoire, tome 74, n°1, 1962 - www.persee.fr).

 

Contrat de mariage

 

La fête de la Mi-Pentecôte est fixée au Mercredi de la quatrième semaine et dure jusqu'au Mercredi de la cinquième. Dans les traditions orientales et occidentales elle est liée à la nourriture spirituelle et peut être inspirée de la Mi-Carême (Jan van Goudoever, Fêtes et calendriers bibliques, 1967 - books.google.fr).

 

Le dimanche de Pâques a été le 2 avril en 1600 (www.zpag.net).

 

Le 25 jour après, y compris le 2, est le Mercredi 26 avril 1600.

 

En Italie, d'une façon gĂ©nĂ©rale, on redoutait un accroissement territorial du Saint-Siège. Venise, sans prendre ouvertement parti contre le pape, favorisait secrètement CĂ©sar d'EstĂ©. Il en Ă©tait de mĂŞme pour le grand-duc de Toscane, que des liens de parentĂ© unissaient au duc de Ferrare. Les autres princes - duc de Parme, duc de Mantoue, duc d'Urbin - ainsi que les RĂ©publiques de Lucques ou de GĂŞnes, n'Ă©taient pas assez puissants pour pouvoir faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. Quant au duc de Savoie, il avait fort Ă  faire dans ses propres États - il Ă©tait en guerre contre Henri IV - et se souciait peu de ce qui se passait chez ses voisins. Au total, le 20 dĂ©cembre 1597, le cardinal d'Ossat, commentant pour Henri IV la situation, concluait que «tout ce qui est plus fort et de plus puissant en Italie dĂ©favorisera le pape». Mais il ajoutait : «Bien est vrai que ce peu, qui par dĂ©votion... sera pour Sa SaintetĂ©, le sera a dĂ©couvert ; mais ceux qui favoriseront dom Cesare (j'entends des princes italiens) ne s'en oseront dĂ©couvrir... pour la rĂ©vĂ©rence du Saint-Siège, et de la justice de sa cause, et pour crainte de l'excommunication.» (Bernard Barbiche, La politique de ClĂ©ment VIII Ă  l'Ă©gard de Ferrare en novembre et dĂ©cembre 1597 et l'excommunication de CĂ©sar d'EstĂ©. In: MĂ©langes d'archĂ©ologie et d'histoire, tome 74, n°1, 1962 - www.persee.fr).

 

Le contrat de Mariage du Roy Henri IV & de Marie de Médicis, Princesse de Toscane, est passé à Florence le 26 Avril 1600 (Recueil des traitez de paix, de treve, de neutralité, de confederation, d'alliance, et de commerce, faits par les rois de France, avec tous les princes, et potentats de l'Europe, et autres, depuis près de trois siècles, 1693 - www.google.fr/books/edition).

 

Marie de Medicis Reine de France, naquit le 26 Avril 1575. Elle Ă©toit fille de François Marie de MĂ©dicis I. Grand-Duc de Toscane, & de Jeanne d'Autriche fille de l'Empereur Ferdinand I. Les vertus & les graces dont cette Princesse Ă©toit ornĂ©e, la firent admirer d'un chacun, & bientĂ´t la renommĂ©e publia son mĂ©rite dans toutes les cours. Quoique Henri IV. en eĂ»t oui parler, il avoit tĂ©moignĂ© de n'avoir aucun penchant pour cette alliance, dans un entretien avec son favori Mr. Roni, sur le choix d'une femme qui lui convint. Cependant ClĂ©ment VIII. ayant dissous son mariage avec Marguerite de Valois, il fit rechercher Marie de MĂ©dicis. Le contract en fut dressĂ© au Palais de Piti Ă  Florence, le 25 Avril 1600. Le Grand-Duc donnoit en dot six cents mille Ă©cus d'or Ă  la Princesse, pour tous droits Ă  la succession de la maison, outre les pierreries, bijoux & autres meubles prĂ©cieux ; & le Roi Henri IV. lui faisoit un douaire de deux cents mille Ă©cus de rente. Le tout ayant Ă©tĂ© ratifiĂ©, le Roi fit remettre la procuration Ă  Ferdinand frère du Grand-Duc, qui Ă©pousa sa niĂ©ce dans le mois d'Octobre suivant au nom de Sa MajestĂ©, & le Cardinal Aldobrandin neveu du Pape regnant en fit la cĂ©rĂ©monie (Iconographie ou Vies des hommes illustres du XVII. siecle, Tome 1, 1759 - books.google.fr).

 

On retrouverait Marie de MĂ©dicis au quatrain I, 86.

 

Acrostiche : TEIF

 

Fribourg est le type du canton mixte : en partie catholique, en partie protestant, de langue allemande au nord, française au sud : un peu plus de cent-huit mille Romands contre quelque cinquante-huit mille AlĂ©maniques. L'allemand, pas plus que le français, n'y est la langue autochtone : on y parle un dialecte alĂ©manique «qui Ă©voque la langue des Minnesänger et des Niebelungen ; des patois latins qui rappellent Ă  la fois Mistral et l'Italie». Le chef-lieu lui-mĂŞme est Ă  cheval sur la frontière linguistique qui jadis le dĂ©partageait. Au Moyen âge, il Ă©tait roman. Il se germanisa peu après son entrĂ©e dans la ConfĂ©dĂ©ration en 1481. Maintes familles bourgeoises germanisèrent leur patronyme : c'est Ă  cette Ă©poque que les Dupasquier se muèrent en von der Weid, les Cugnet en Weck, les Gendre en Techtermann, les Montagny en Montenach. Il est piquant de relever que, dans les documents d'archives, le patronyme est accommodĂ© Ă  l'idiome de la rĂ©gion. Ainsi les de Vevey figurent sous ce nom dans les actes d'Estavayer-le-Lac, tandis qu'Ă  Fribourg, ils deviennent von Fifis. Autre dĂ©tail suggestif : on peut lire dans la copie très scrupuleuse des comptes des trĂ©soriers laissĂ©s par le chanoine Fontaine cette opinion nettement exprimĂ©e qu'«il faut parler allemand pour ĂŞtre vĂ©ritablement un bon Suisse». En 1424, les notaires fribourgeois sont autorisĂ©s Ă  instrumenter en teif ou en rommant, c'est-Ă -dire en allemand ou en français (L. Gauchat : Langues et patois, Dans Dictionnaire gĂ©ographique de la Suisse, Neuchâtel 1908) (Roland Ruffieux, EncyclopĂ©die du canton de Fribourg, Tome 2, 1977 - www.google.fr/books/edition).

 

En 1602, Henri IV, qui avait besoin du consensus protestant et catholique pour asseoir son autorité, la renouvela officiellement en grande pompe avec les treize cantons (dont Fribourg) et cela pour cinquante ans (Sabine de Ziegler, L'Alliance perpétuelle entre les Confédérés Suisses et le Roi de France, Revue des deux mondes, 1984 - www.google.fr/books/edition).

 

Dans les registres de la ville de Paris on trouve la mention : «Contribution de ceux de Paris pour l'alliance avec les Suisses» (27 avril 1600) (Étienne Clouzot, Marcel PoĂ«te, RĂ©pertoire des sources manuscrites de l'histoire de Paris, I. DĂ©pouillement d'inventaires et de catalogues effectuĂ© par les soins du Service historique, Volume 1, NumĂ©ro 2, 1915 - www.google.fr/books/edition).

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