Le marquisat de Saluces

Le marquisat de Saluces

 

I, 58

 

1600

 

Trenché le ventre, naistra avec deux testes

Et quatre bras : quelques ans entier vivra :

Jour qui Aquilloye celebrera ses festes,

Foussan, Turin, chief Ferrare suyvra.

 

Les mêmes villes d'Aquileia, Fossano, Torino et Ferrara reviennent ensemble ailleurs sous la plume de Nostradamus : «Ferrare, Turin» (C 2.14.4), «Ferrare, Turin. & Aquilleye» (C 5.99.1) et «Foussan, Turin» (C 7.30.4) (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Au XVIème et XVIIème siècles

 

Eucharius Rhodion ou Rœsslin marque le point de départ d'une autre époque. Son livre date de 1519, au dire d'Osiander. M. Busch va même jusqu'à 1502. L'édition latine (De partu hominis; petit in-18.) que j'ai vue est de 1552, et Bienassis en a donné une traduction française en 1556. Ce petit ouvrage obtint le plus grand succès. Il ne contient guère cependant que ce qui avait été dit par Hippocrate, Aétius, Paul d'Egine, Moschion et Avicennes, dont il parle quelquefois; mais jamais tant de préceptes n'avaient été rassemblés dans un si petit volume, ni présentés d'une manière aussi lumineuse, aussi facile à saisir et dans un traité distinct. Rhodion donne une figure de la chaise pour accoucher, celle d'un certain nombre de positions du fœtus, et celle d'un monstre bicéphale semblable à la fameuse Ritta Christina. Ces figures et son langage habituel n'en permettent pas moins de supposer que par lui-même il n'avait vu qu'un très-petit nombre d'accouchemens. Il raconte ou prescrit en effet, et ne parle point de son expérience personnelle; puis on est tout surpris en le voyant établir, d'après Albert, que la position occipito-sacrée est la position ordinaire de la tête dans l'accouchement par le vertex. C'est au point qu'on en accuserait volontiers le traducteur, si un coup-d'œil sur la figure ne forçait pas à rejeter cette singulière méprise sur l'auteur lui-même. J. Rueff, qui vient immédiatement, après Rhodion, a puisé aux mêmes sources que ce dernier, s'il ne l'a pas copié. Les planches de l'un et de l'autre sont trop exactement semblables pour que chacun d'eux les ait imaginées séparément. Rueff reproduit en outre les pinces d'Avicennes et d'Albucasis, après les avoir perfectionnées sous le nom de forceps longa et tersa, et de Rostrum anatis ; peut-être est-il le premier qui fasse mention du trombus de la vulve et de son traitement. L'apparition de ces deux ouvrages fut le signal d'une véritable révolution dans l'art des accouchemens, qui se trouva dès lors séparé du grand arbre médical à titre de branche particulière : on les donna pour guides aux sages-femmes, qui purent ainsi se dépouiller graduellement de leurs anciennes routines; et des chirurgiens ne dédaignèrent plus d'assister la femme pendant le travail le plus simple. Franco et Paré, qui ne tardèrent pas à se montrer, s'efforcèrent tous deux de prouver que l'accouchement par les pieds n'est pas dangereux et que, dans les mauvaises positions, il convient d'amener l'enfant par-là, au lieu d'aller chercher la tête. La manœuvre qui résulte de cette doctrine est très clairement exprimée dans le petit volume que Paré fit paraître en 1575. Il la reproduisit dans son grand ouvrage et finit par la voir adopter généralement.

 

Une grande impulsion venait d'être donnée à la chirurgie; l'art des accouchemens ne pouvait pas rester long-tems en arrière. Guillemeau (De la grossesse et de l'accouchement des femmes, 1598-1643) s'empara des idées de Paré et fit paraître le fruit de ses veilles sous le titre de l'heureux accouchement; livre qu'on retrouve parmi ses œuvres in-folio, et dans lequel se voit exposée avec détail la doctrine de Courtin, praticien célèbre, contemporain de Paré, et le premier peut-être qui ait fait des leçons d'accouchemens. Guillemeau savait faire la version ; il perçait le placenta, comme Maygrier l'a proposé de nos Jours en cas de perte et d'insertion de ce corps sur l'orifice. C'est à lui, plus peut-être qu'à L. Bourgeois, qu'est dû le précepte de rompre les membranes et d'accoucher brusquement la femme quand une perte abondante se déclare pendant le travail. Le siècle de Guillemeau est au reste le grand siècle des accouchemens ; et, comme nous l'avons vu déjà par De la Touche, on ne peut plus révoquer en doute que des chirurgiens ne se livrassent dès long-tems à la pratique de cet art. Cependant, la science était encore encombrée de tous les préjugés anciens rassemblés par Avicennes. Si Guillemeau se moque des commères qui comptent les enfans suturs de l'accouchée par les nœuds du nouveau-né, St-Germain, qui vient après, n'hésite pas, lui, à mettre un morceau de glace dans la main du fœtus, pour le forcer à retirer son bras. St-Germain avoue au surplus qu'il ne pratiquait pas. C'était un médecin grand admirateur de Guillemeau et qui paraît n'avoir eu d'autre intention que de résumer, en un petit volume destiné aux sages-femmes, ce que l'on connaissait alors d'essentiel sur l'art des accouchemens. La seconde moitié du 17e siècle va surtout nous montrer Mauriceau, Viardel, Fournier, Portal et Peu, que l'histoire et leurs œuvres placent au premier rang parmi les accoucheurs français (Alfred Velpeau, Traité complet de l'art des accouchemens ou Tocologie théorique et pratique, Tome 1, 1835 - books.google.fr, Philip K. Wilson, Childbirth: Midwifery theory and practice, Volume 1 : Changing Ideas and Practices in Britain and America 1600 to the Present, 1996 - books.google.fr, Jacques Guillemeau, De la grossesse et accouchement des femmes. Du gouvernement d'icelles et moyen de survenir aux accidents qui leur arrivent. Ensemble de la nourriture des enfans, 1620 - books.google.fr).

 

Métaphoriquement

 

Le lecteur est assez familiarisé avec la manière et le style figuré du Prophète (Henri Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

On pense au Rebis alchilmique dont parle Nicolas Flamel mort vers 1418 (Albert Poisson (1868-1894), Histoire de l'alchimie, XIVme siècle : Nicolas Flamel, sa vie, ses fondations, ses oeuvres, suivi de la réimpression du Livre des figures hiéroglyphiques et de la lettre de Dom Pernety à l'Abbé Villain, 1893  - archive.org).

 

Piémont et Savoie

 

Si nous examinons les monnaies d'Amédée V de Savoie, i285-i323, quelques-unes portent au revers une aigle à une tête (Savoie) ou à deux têtes (Piémont) (Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéologie, Volumes 72 à 75, 1935 - books.google.fr).

 

Après 1419, la Savoie, forte du territoire piémontais récemment acquis, devient un Etat bicéphale partagé entre Chambéry et Turin, et surtout un Etat à trois cultures, l'une basée sur un parler franco-provençal, l'autre sur l'italien, la troisième sur le dialecte niçois (Paul Castéla, Nice, une capitale historique, 2002 - books.google.fr).

 

Du lac de Neuchâtel à la côte méditerranéenne, le duché de Savoie, bicéphale (Chambéry et Turin) [...], carrefour stratégique sur l'axe nord-sud, devint le théâtre du conflit Charles-Quint - François Ier (Historiens et géographes, Numéro 379, Société des professeurs d'histoire et de géographie (France), 2002 - books.google.fr).

 

Avec les guerres d'Italie, les Savoie perdent toutes leurs possessions occidentales : Genève se donne à la Réforme, les Bernois et les Valaisans s'emparent de la Suisse Romande et les Français occupent Chambéry et la Savoie jusqu'en 1559. Ils ne les rendent d'ailleurs que de fort mauvaise grâce, ayant bien pensé les conserver définitivement. Cette grande épreuve passée, sitôt après le traité de Câteau-Cambrésis, le jeune duc Emmanuel-Philibert va en tirer la conclusion, soit l'impossibilité d'une politique valable du côté de la France, d'où l'installation définitive de la Cour et des organismes de gouvernement à Turin en 1562 à l'abri des Alpes. Désormais les ducs vont tourner leur ambition vers l'Italie et jouer le rôle de portier des Alpes, en se tournant vers les Habsbourg et les Bourbon au gré de leurs intérêts, «conservant en deçà des Alpes, conquérant au delà». Dans ces conditions Chambéry perdait toute utilité. En 1536 le duc Charles avait emporté le Saint Suaire dans sa fuite devant les Français. Après 28 ans d'absence on l'avait juste ramené au château, quand en 1578 Emmanuel-Philibert le fait transférer provisoirement à Turin pour épargner un pèlerinage pénible au vieux et vénérable archevêque de Milan : (Saint) Charles Borromée. Cette relique n'en est jamais revenue au grand désespoir des Chambériens, qui ne se remirent pas de tant de désinvolture ; le bâton de Saint-Joseph, dont la Sainte Chapelle devait se contenter dorénavant, ne pouvait guère compenser une perte aussi irrémédiable. Chambéry n'est plus qu'un centre local perpétuellement menacé par des ennemis d'autant plus puissants que les frontières sont proches, aussi bien celle du Dauphiné que celle du Rhône après la cession à la France en 1600 de la Bresse et du Bugey. A Turin on s'est vite persuadé de l'impossibilité de défendre la Savoie et surtout son avant-pays ; à quoi bon fortifier Chambéry ? Même après la disparition de la forteresse de Montmélian en 1705 on n'en fit rien, refusant même l'implantation  ici d'une force armée suffisante. En cas de guerre, on préfère reculer devant cette «puissance grimpante» qu'est la France  (Joseph de Maistre) et défendre efficacement les cols. D'ailleurs si la fidélité des Savoyards est toujours vantée, il semble qu'à Turin on ne se soit jamais fait beaucoup d'illusion sur leur capacité de résistance ; bien au contraire, on s'y énerva de plus en plus face à l'opportunisme de ceux, qui étaient pourtant les «premiers sujets de Sa Majesté», que ce fût en 1600-1601, en 1630-1631, en 1690-1696, en 1703- 1713, en 1742-1749. La Cour ne revient à Chambéry que lorsqu'il est nécessaire de flatter la France, d'y chercher des souvenirs ou des princesses. A chaque fois, la vieille capitale émue croit retrouver les fastes d'antan, et curieusement lie ainsi sa prospérité à l'alliance française, d'où la popularité de la fille d'Henri IV, Christine de France, la célèbre «Madame Royale», restauratrice du château et de la Sainte Chapelle. C'est à Chambéry que l'on marie en grande pompe, en 1625, le prince Thomas de Savoie-Carignan, frère du duc Victor-Amédée Ier, avec Marie de Bourbon-Soissons. En 1663 c'est au tour du jeune duc Charles-Emmanuel II avec Françoise de France, sœur de la Grande-Mademoiselle et cousine de Louis XIV, nouveaux fastes en 1684 avec les noces de Victor-Amédée II, âgé de 22 ans, et d'Anne-Marie d'Orléans (Histoire des communes savoyardes, Tome 1, 1980 - books.google.fr).

 

Le roi Sigismond de Hongrie, empereur d'Occident, n'a guère démenti son origine chevaleresque. Ce fut un prince brillant et pompeux, qui aima la guerre pour elle-même, qui se donna largement en spectacle et gaspilla sans profit aucun une extraordinaire activité. Des voisins pratiques mirent à profit les travers du romantique souverain. Venise fut parmi les gagnants. Les Hongrois avaient provoqué une guerre par leur invasion de 1411.

 

Venise (1414) conclut une ligue défensive avec Nicolas d'Este, les comtes Porcia et Collalto, les Malatesta, les Polenta, les seigneurs de Castelnovo , Castelbarco , Caldonazzo , Savorgnano, et Arco.

 

Après une courte trêve, les hostilités recommencèrent en 1418. Le lieutenant de l'empereur en Frioul, Louis, patriarche d'Aquilée, abandonné par son protecteur, qui était occupé de conciles. de pacifications, de projets éternels et inutiles, ne put opposer aux Vénitiens que la résistance opiniâtre des habitants eux-mêmes. Ces derniers finirent par s'en lasser, surtout après une expédition manquée des Hongrois, en 1419. Pendant que la Dalmatie devenait vénitienne, et que les Turcs ravageaient à leur gré les frontières du royaume durant l'absence d'un prince toujours occupé ailleurs que là où sa présence était nécessaire, Cividale se soumit le 11 juillet 1419, Sacile au mois d'août, puis Prata, Udine (juin 1420), Muggia et Aquilée elle-même (le 3 août). La «patrie du Frioul» devint une province de la République (N. Jorgal, "La soumission du Frioul à Venise" de M. Cogo, Revue critique d'histoire et de littérature, Volume 43, 1897 - books.google.fr, Cesare Cantù, Histoire universelle, Tome 12, 1847 - books.google.fr).

 

Amédée (Amé) VIII (Chambéry, 1383 - Genève, 1451) est considéré comme l’un des principaux fondateurs des États de Savoie, grâce à l’érection du comté en duché le 19 février 1416 par l'empereur Sigismond en visite à Chambéry. Cette érection s'explique avant tout par l'aide apportée par la diplomatie de Savoie à l'empereur germanique pour résoudre le Grand Schisme d'Occident. Elle s'explique cependant aussi par l’acquisition par les États de Savoie du puissant comté indépendant de Genève en 1401 (sans Genève, possession de l'évêque, mais avec Annecy, capitale politique et économique du comté). Amédée a su profiter de la mort du dernier comte de Genève, en 1394, et des intérêts politiques de l'héritier légal du comté, récent gouverneur de Nice, et à l'époque en disgrâce auprès de la Savoie, Odon de Villars. Ce dernier a en effet vendu le Genevois à la Savoie et son retour en grâce. Sous le règne d'Amédée, la Savoie a aussi bénéficié du retour de la principauté du Piémont, en 1418. Elle était jusqu'ici possédée en apanage par la branche cadette de Savoie-Piémont, et quand la descendance mâle de cette branche s'est éteinte, le Piémont est revenu dans le domaine personnel du comte de Savoie. En 1419, Amédée VIII obtient le rattachement définitif aux Etats de Savoie du Comté de Nice qui avait fait dédition de la Provence en 1388 (fr.wikipedia.org - Amédée VIII).

 

Aquilée

 

L'ouvrage de Giuseppe Trebbi, Francesco Barbaro patrizio veneto e patriarca di Aquileia,  constitue le second volume de la collection dirigée par Giovanni Miccoli, animateur de tant d'initiatives culturelles en Frioul et Vénétie julienne. L'A., un jeune spécialiste de l'histoire d'Aquilée, retrace la biographie de Francesco Barbaro (1546-1616), un des patriarches d'Aquilée les plus intéressants, qui se trouva confronté à une situation politique et religieuse difficile. Le vaste diocèse d'Aquilée englobait outre le Frioul une grande partie de la Carniole, de la Styrie, de la Carinthie et du comté de Goritz. Il était donc divisé politiquement entre la Sérénissime (à laquelle s'était réuni bon gré mal gré le Frioul) et les possessions des Habsbourgs. La situation religieuse était également diverse : en zone vénitienne, il s'agissait surtout d'actualiser les décrets tridentins ; dans les territoires des Habsbourgs, il importait surtout de combattre la pénétration protestante. Barbaro fut d'abord laïc puis, selon une coutume alors en honneur à Venise, après avoir accompli un cursus honorum civil (notamment une importante ambassade dans les États de Savoie de 1578 à 1581), il fut nommé en 1585 coadjuteur du vieux patriarche Giovanni Grimani (Revue d'histoire ecclésiastique, Volume 81, Partie 1, 1986 - books.google.fr).

 

"Aquilloye celebrera ses festes"

 

Aquilloye pour "Aigle" (Henri Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

En se rendant à Constance, l'empereur Sigismond s'arrêta en Savoie. Il voulait consulter Amédée, en la sagesse duquel il avait grande confiance. Il se souvenait aussi du faste et de la bonne grâce que le jeune prince avait mis à le recevoir, lors de son premier voyage en Italie. Alors, en effet, Amédée avait fait préparer à Seyssel, pour conduire l'Empereur à Avignon, huit grandes barques. Un peintre genevois, Pierre Nitard, décora les deux principales, où furent dressés deux lits splendides. Amédée, en outre, avait fait de merveilleux présents à son impérial suzerain et à sa suite : à Sigismond, une vaisselle de vermeil composée de cinquante-six pièces, pesant ensemble deux cent vingt marcs; au comte de Hongrie, trois pièces de damas noir broché d'or, à cinquante écus la pièce; au vice-chancelier, six gobelets d'argent; aux autres personnages, pour plus de sept cent cinquante écus de présents. Sigismond, par lettres patentes, données à Chambéry le 19 février 1416, érigea la Savoie en duché. Ce document se termine par ces mots : «Si quelque téméraire osait attaquer le présent décret d'illustration, érection, sublimation et décoration, outre notre indignation la plus grave, il encourrait l'amende de mille marcs d'or très-pur applicable moitié à notre trésor impérial, moitié à celui des successeurs des Ducs susdits. » Les fêtes, les joutes, les tournois qui accompagnèrent cette cérémonie durent être splendides, car la cour de Savoie était à cette époque une des plus brillantes de l'Europe. Aucun chroniqueur contemporain n'en a laissé la description. On sait seulement que de grands préparatifs avaient été faits au château de Chambéry pour recevoir l'Empereur, qu'Amédée VIII fit venir d'Italie le peintre Grégoire Bono, pour décorer les salles, et - détail curieux - ce même Bono, attaché au service du prince pour tout ce qui concernait son art, fut obligé, dix ans plus tard, de peindre les chapeaux des juifs condamnés à mort. On sait aussi qu'un festin magnifique eut lieu dans la grand'salle de la demeure ducale. Des seigneurs, armés en guerre de toutes pièces, et montés sur leurs chevaux de bataille, apportaient les mets sur la table et servaient les hôtes augustes de leur suzerain. Les viandes étaient dorées, ornées de banderoles; on servit, au dessert, un gigantesque gâteau *représentant la carte en relief des États de Savoie; et la plus haute sommité des Alpes en miniature, qui s'y élevaient avec leurs forêts et leurs glaciers, supportait une couronne ducale. Il y eut au Verney un tournoi auquel prit part toute la noblesse. L'Empereur fut émerveillé du faste déployé par son puissant feudataire (Charles Buet, Les ducs de Savoie aux XVe et XVIe siècles, 1878 - books.google.fr).

 

L'acclimatation de l'aigle bicéphale en Allemagne n'allait pas sans risques, car elle consacrait la ruine de la grande Image othonienne, en dissociant plastiquement la nouvelle figure de l'aigle chrétienne; c'est ce qui explique peut-être que Sigismond, le premier empereur à utiliser l'aigle bicéphale sur son sceau de couronnement en 1433, ait fait graver au revers l'aigle johannique avec la légende «Aquila Ezechielis», tirée d'un hymne à Jean, pour compenser par ce texte ce que l'image bicéphale retirait à l'évangéliste et à l'Empire. Cette installation a été précédée d'une introduction officieuse progressive, depuis Louis le Bavarois, s'inspirant elle-même de la figuration de deux aigles côte à côte, visibles sur les sceaux de certaines villes impériales (1328 : Friedberg et Chemnitz; 1329 : Lübeck), sur le sceau de la Landfriede de Rhénanie en 1335, sur les premières pièces d'or impériales, frappées en 1338, et à nouveau sous Charles IV. La figuration officielle de l'aigle bicéphale sous Sigismond manifeste bien l'aspect fonctionnel de ce dédoublement : vicaire d'Empire depuis 1396, Sigismond fait graver un sceau à aigle bicéphale avec la légende «Sacri R Imperii vicarius generalis», qui le  rattache bien à l'institution étatique; roi des Romains en 1410, il revient à l'aigle monocéphale avant de redoubler définitivement la tête de l'oiseau lors de son couronnement impérial de 1433, avec la dernière nostalgie johannique que l'on a relevée (Alain Boureau, L'Aigle: chronique politique d'un emblème, 1985 - books.google.fr).

 

Schisme et Savoie

 

Pour le lecteur d'aujourd'hui, la Savoie est une province toute française, le Piémont une province toute italienne; et jamais il n'aurait l'idée d'associer deux territoires, si différents, et qui semblent si radicalement séparés par la chaîne des Alpes. Pourtant, cet Etat à deux têtes a vécu jusqu'à la Révolution française; et la Maison de Savoie a compté parmi ses membres nombre de souverains exceptionnels - comme cet Amédée VIII qui, devenu pape au moment du grand schisme, eut la générosité de renoncer à la tiare pour rétablir l'unité de la chrétienté (Marie José, Emmanuel Philibert, Duc de Savoie, 1995 - books.google.fr).

 

Dans une ballade - qu'on peut situer au tournant du siècle, comme on le verra plus loin - Eustache Deschamps fut à nouveau inspiré par un monstre : une horrible bête, dépourvue de nom, mais dont «parle l'Apocalypse a plain» (v.33) précise l'envoi. Dans le livre biblique en effet, le règne du mal sur la terre est symbolisé par l'émergence de deux bêtes, tout aussi monstrueuses l'une que l'autre : la première, «ayant dix cornes et sept têtes», des pattes d'ours et une gueule de lion, «ressemble à une panthère» ; elle détient sa puissance du Dragon. Quant à la seconde, issue de la terre, elle avait « deux cornes semblables à celles d'un agneau mais elle parlait comme un dragon». Or, curieusement, les éléments descriptifs fournis par le poète, pour une fois assez nombreux et précis, au moins dans la première strophe, ne rappellent aucune des deux bêtes apocalyptiques :

 

Corps monstrueux, horrible a regarder,

Prodige grant de vengence future,

Beste a deux dos qui fait le monde errer,

Langue double dont parle l'escripture,

Venin cuisant, serpentine figure

Qu'enfer attent, faulx conseil variable,

Juge vendant la grace charitable,

Chien envieux, de convoitise plain,

Qui d'Antecrist est voie preparable,

Dieux nous vueille tous getter de ta main ! (v. 1-10).

 

Le monstre qu'interpelle le poète est pourvu de deux dos et aussi de deux têtes (c'est l'envoi qui le dit, v. 31) ; il n'appartient à aucune espèce animale bien déterminée ; c'est une bête hybride, tantôt chien, avec une langue double, tantôt serpent au venin cuisant. Si la description ne renvoie à aucune des deux bêtes de l'Apocalypse, elle insiste en revanche singulièrement sur la dimorphie de l'animal. L'allusion au schisme se laisse donc aisément deviner. «Horrible a regarder», le monstre n'est pas n'est pas seulement difforme. Il est aussi redoutable par son comportement ravageur, car il corrompt tout sur la terre et génère la convoitise, le mensonge, le vol, l'orgueil, la guerre. Les désordres dénoncés par Deschamps ne relèvent pas seulement de la sphère ecclésiastique ; c'est l'ensemble du corps social qui est atteint. Et comme la bête horrible en est tenue pour responsable, il est clair qu'aux yeux du poète, la division de l'Eglise est cause de la laideur et des vices du temps (Hélène Millet, L'église du grand schisme: 1378-1417, 2009 - books.google.fr).

 

Eustache Deschamps, né vers 1340 à Vertus en Champagne et mort entre le 21 juin 1404 et le début de l'année 1405, de son vrai nom Eustache Morel, est un poète français qui a contribué à fixer les formes considérées comme typiquement médiévales par sa réflexion théorique dans L’Art de dictier, premier art poétique écrit en langue d’oïl en 1392 (fr.wikipedia.org - Eustache Deschamps).

 

Martin V à Ferrare

 

Les affaires du concile terminées, Martin V quitta Constance, le 16 mai 1418, traversa Schaffhouse, Berne, Genève, Suse, Turin, Pavie, Milan, et visita à loisir les principales villes de Lomhardie, où il était splendidement accueilli. Ce fut de Mantoue qu'il data une bulle qui défendait de troubler les juifs, tant qu'eux-mêmes ne troubleraient pas les chrétiens en faisant quelque chose qui fût contraire à la foi ou aux bonnes mœurs. Cet acte, qui témoigne de l'esprit de tolérance de Martin, ne reçut guère d'application, même dans les temps plus modernes. De Mantoue le saint-père s'arrêta à Ferrare, puisa Florence, où il séjourna du 16 février 1419 au 15 septembre 1420. Ce fut là qu'il reçut une ambassade des empereurs grecs Manuel II et Jean VII Paléologue, qui lui demandaient des secours contre les Turcs et l'assuraient du désir qu'ils avaient, eux et leurs sujets, de se réunir à l'Église latine. Déjà Martin V avait fait faire des ouvertures à ce sujet par Wladislas V Jagellon, roi de Pologne, et avait pu se convaincre que les Grecs étaient très-disposés à se servir des Latins pour repousser leurs ennemis, mais qu'ils ne voulaient en aucune façon reconnaître la suprématie du pape. Néanmoins, ne voulant pas qu'on l'accusât d'avoir repoussé aucune chance de fusion, il chargea Pietro Fonseca, cardinal de Saint-Ange, de suivre cette négociation, qui dura deuxannées, au bout desquelles les empereurs et Joseph II, patriarche de Constantinople, insistant toujours pour que l'on tint un concile général à Constantinople, et non ailleurs, pour débattre les points qui divisaient les deux Églises, le pape répondit qu'il consentait à cette demande, pourvu que les empereurs fournissent aux frais de voyage et à la dépense des prélats; ce qu'il savait bien au-dessus de leurs moyens. Les concessions à faire de chaque côté étaient d'ailleurs trop nombreuses et trop importantes pour qu'il y eût un sincère désir de rapprochement entre les cours impériale et pontificale. L'amour-propre, bien plutôt que la religion, fit avorter les négociations (Nouvelle biographie universelle générale, publ. sous la direction de m. le dr. Hoefer, Volume 34, 1861 - books.google.fr).

 

Grazie alle indicazioni delle partite di pagamenti che concernono a tale ritorno, vengono contemplate e precisate le notizie che a tal riguardo il Contelori, biografo di Martino V. Il Concilio di Costanza fu chiuso il 22 aprile 1418. L'ultimo mandato di là porta la data 13 marzo 1418. Il papa ne parti il 16 maggio. Il volume contiene mandati da Baden (Aargau) del 18 maggio, dal castello di Olten 21, da Berna 24 fino al 2 giugno, da Ginevra 14 giugno al 5 settembre, da Torino 27 settembre, da Pavia 6-10 ottobre, da Mantova 29 ottobre 1418 al 7 febbraio 1419, da Ferrara dal 10 al 14 febbraio 1419, da Firenze, 2 marzo 1419 all' 8 settembre 1420, da Roma 1° ottobre 1420 (Bollettino della Deputazione di storia patria per l'Umbria: Supplemento, Tome 2, 1901 - books.google.fr).

 

Le pape Martin V était à Ferrare le 13 février 1419, un "13 février" se retrouve dans le quatrain III, 96.

 

A Turin, il avait dû entendre parler, sinon avant, d'Oddin Barotto, curé de Fossano qui se dévoua pendant l'épidémie de peste qui sévit dans la ville en 1400 et dont il mourut le 7 juillet (Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, Edouard Daras, Grande vie des saints, Tome 14, 1874 - books.google.fr).

 

Manfredo del Carretto

 

Peu de temps après, c'est dans l'église de Saint-Antoine à Vienne, en Dauphiné, que Niocolas III d'Este, marquis de Ferrare, accomplit un nouveau pèlerinage. Il part le 19 juin 1414 avec vingt- quatre personnes à cheval, toutes vêtues de vert clair. Cette fois encore, il emmène Feltrino Boiardi. Il passe par Ficarolo, Mantoue, Parme. A Gènes, le bon accueil du doge le retient pendant neuf jours. Puis il s'embarque pour Nice et arrive à Vienne. Ses dévotions achevées, il pousse jusqu'à Paris, va trouver à Saint-Denis le roi de France qui le comble de cadeaux, et, en revenant, il traverse le Piémont. Près du château du Saint-Michel, il est arrêté avec les siens par Manfredo del Carretto, marquis de Ceva, qui offre au duc de Milan de le lui livrer moyennant une forte somme. Ses propositions ayant été repoussées, Manfredo espéra du moins tirer une rançon de son prisonnier. Mais Amédée, duc de Savoie, fut informé de ce guet-apens et donna des ordres pour punir le traître. Celui-ci eut beau rendre la liberté à Nicolas III, qui lui promit d'intercéder en sa faveur, les envoyés du duc de Savoie rasèrent le château du coupable et coupèrent la tète au châtelain. Le 12 octobre, le marquis d'Este était de retour dans sa capitale (Gustave Gruyer, L'art ferrarais à l'époque des princes d'Este, Tome 1, 1897 - books.google.fr, Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica da san Pietro sino ai nostri giorni specialmente intorno ai principali santi, Tome 24, 1844 - books.google.fr).

 

Manfredo de Carretto est membre de la grande famille des Alérame.

 

Les Alérame, en italien les Aleramici, connus aussi sous le nom antique des Aleramidi, furent une importante famille féodale piémontaise dont les diverses branches gouvernèrent le Montferrat, Saluces, Savone et d'autres terres comprises entre la Ligurie et le Piémont.

 

Boniface del Vasto (né à Savone vers 1060 ou 1070 et mort vers 1130) est un margrave ou marquis de Savone, en Ligurie occidentale, appartenant à la dynastie des «del Vasto», un rameau de la maison Alérame.

 

Il partage ses fiefs entre ses sept fils. Trois d'entre eux n'eurent pas de descendance par contre les quatre restant donnèrent naissance aux marquis de Saluzzo, Ceva et Clavesana, Savone, Busca et Lancia. Boniface avait eu aussi un fils d'un premier lit qui donne naissance au marquisat d'Incisa.

 

Après la mort de Boniface del Vasto le territoire du Marquisat de Saluzzo passe au fils ainé Manfred. Les Saluzzo sont, pendant des siècles, freinés par la puissance montante des Savoie, restant confinés dans le bourg de Saluzzo que le marquis Manfred II considèrera comme sa capitale. En 1305, au moment de la mort sans héritier de Jean Ier, dernier marquis alérame du Montferrat, les marquis de Saluzzo chercheront sans succès à en obtenir la succession. Le plus grand moment de gloire des marquis de Saluzzo a lieu au XVe siècle, sous le règne des marquis Ludovic Ier et Ludovic II: au cours de ces années, le petit état devient un habile médiateur entre les partis belliqueux du Piémont et un centre culturel et artistique raffiné. Après la mort de Ludovic II, le marquisat entame une décadence rapide. Les guerres italienne de Charles VIII de France et de Louis XII dévastent le petit état et que les seigneurs qui le gouverne s'éteignent sans descendance. Le dernier marquis, Gabriel, est déposé, le territoire de Saluzzo passe d'abord sous le contrôle français, puis par le traité de Lyon de 1601, aux Savoie (fr.wikipedia.org - Maison Alérame).

 

Thomas III de Vasto ou Thomas III de Saluces (en italien Tommaso III di Saluzzo), mais aussi Thomas d'Aleran (Saluzzo, 1356 - Saluzzo, 1416) était marquis de Saluzzo, membre de la famille Del Vasto, descendante d'Alérame de Montferrat. Fils du marquis Federico II del Vasto, il a tenté de poursuivre sa politique pro-française, en particulier contre la menace du duc Amédée VIII, qui aspirait à unifier le Piémont : il décide qu'il est sage de faire allégeance à la France et d'en payer le tribut.

 

Homme de grande culture, Thomas III de Saluces est l'auteur d'un des textes les plus importants de la chevalerie médiévale, Le Chevalier errant, écrit probablement entre 1394 et 1396, durant son incarcération à Turin. Dans cette œuvre, il vise à représenter une allégorie de la vie, à travers le voyage d'un chevalier anonyme dans les mondes d'Amour, de Fortune et de Connaissance. L'ouvrage, écrit en français (qui avait remplacé, dans le Piémont, le provençal), eut une forte influence sur la culture italienne de l'époque (fr.wikipedia.org - Thomas III de Saluces).

 

Nicolas III d'Este

 

Le 7 janvier de l'année suivante (1414) Thomas Mocenigo fut proclamé doge, et chargé de la direction des affaires de la république. Dès son avénement au pouvoir, il parvint à lier entre eux par un traité les différents états de la Haute-Italie, traité dont le but était le maintien et la garantie du statu quo dans cette contrée. A cette occasion, les états se réunirent et se formèrent en deux partis ; à la tête de l'un se plaça le duc de Milan (Philippe - Marie Visconti), autour duquel se rangèrent le comte de Savoie, le marquis de Montferrat et la république de Gênes ; Venise couvrait l'autre parti de son patronage : après elle Nicolas d'Este , Carlo Pandolfo et Malatesta de' Malatesti, Obizzo da Polenta, les comtes Porzia et Collalto, les seigneurs de Castelnovo, de Coldonazzo, de Savorgnano, d'Arco et de Castelbarco (Heinrich Leo, Histoire d'Italie pendant le Moyen Âge, traduit par Louis Dochez, Tome I, 1837 - books.google.fr).

 

En 1415, Nicolas adhère à la ligue formée par ces dernières contre les Visconti, mais juge plus sage, après cinq années de combats incertains, de pactiser avec Milan. Le 13 novembre

1420, il abandonne Parme et une partie des terres attachées à Reggio, qu'il conserve cependant en qualité de vassal. Le 22 janvier suivant, le Visconti lui donne Castellarano, Rodeglia, Gavardo e Carpineto (fr.wikipedia.org - Nicolas III d'Este).

 

Ferrare et les études antiques

 

Un petit État suivit de très-près ce mouvement général vers les études de l'antiquité: ce fut le marquisat, plus tard duché de Ferrare. L'université y fut rouverte en 1402, par les soins du marquis Nicolas III d'Esté, qui en fonda une autre à Parme. Malgré la tourmente de la guerre, les lettres anciennes y prenaient racine, grâce au savant helléniste Jean Aurispa et ensuite au célèbre Guarini de Vérone, qui professaient à Ferrare. Le concile qui eut lieu en 1438 à Ferrare, sous le gouvernement de ce même Nicolas, où l'on vit de grands personnages et d'illustres savants de l'Orient grec, ne resta pas sans influence sur le progrès de l'hellénisme. Le marquis lui-même assistait et prenait part, dans des réunions privées, aux discussions philosophiques entre les Grecs et les Latins (Ambroise Firmin-Didot, Alde Manuce et l'hellénisme à Venise, 1875 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1600 sur la date pivot 1414 donne 1226.

 

Thomas de Maurienne ou plus traditionnellement Thomas Ier de Savoie, dit «le Gibelin» ou encore «L'Ami des communes», né le 27 mai 1178 au château de Charbonnières à Aiguebelle et mort le 1er mars 1233 à Moncalieri, est le 9e comte de Maurienne et marquis en Italie, le troisième à porter le titre de comte de Savoie, de 1189 à 1233. Il est le fils unique du comte et marquis Humbert III, dit le Bienheureux. Il peut être considéré, notamment dans la Pays de Savoie : petite encyclopédie Savoyarde (1985), comme le «second fondateur de l'État Savoyard», le second après le comte Humbert (fr.wikipedia.org - Thomas Ier de Savoie).

 

En matière d'expansion il trace dans le royaume dit de Bourgogne les grandes directions possibles: c'est à l'ouest la politique en direction de la Bresse et de Lyon marquée par l'acquisition symbolique de Saint-Rambert-en-Bugey (1196), par des liens avec les Beaujeu et peut-être déjà avec les Bâgé et les Montluel, par des droits sur Saint- Symphorien-d'Ozon ; c'est au nord la politique des pays romands avec, en sus de Chillon et de châteaux importants en aval de Sion, l'acquisition de Moudon (1207); c'est à l'est la politique du Piémont à partir de Pignerol et des environs de Turin où le comte doit faire valoir ses nombreux droits à la pointe de l'épée. A l'extérieur du royaume de Bourgogne Thomas Ier est un gibelin résolu. Diplomatiquement et militairement il soutient les Hohenstaufen et en échange il obtient en 1207 de Philippe de Souabe des concessions justifiant son expansion, puis en 1226 le vicariat impérial qui va commencer à faire du Savoyard le représentant par excellence de l'empereur dans l'Italie du Nord-Ouest et dans le monde alpin (Réjane Brondy, Bernard Demotz, Jean-Pierre Leguay, La Savoie de l'an mil à la Réforme, 1984 - books.google.fr).

 

Depuis 1598 cette ville fait partie des Etats de l'Eglise (Henri Torné-Chavigny, L'Histoire prédite et jugée par Nostradamus, 1860 - books.google.fr).

 

L'acquisition de Saluzzo enveloppa la Savoie dans une guerre avec Genève et Berne. [...] Dans la lutte contre Genève et Berne, Charles-Emmanuel avait été soutenu par Milan, et à la tête de ses troupes italiennes était Philippe d'Este, marquis de San-Martino, appartenant à la maison de Ferrare.

 

En quinze cent quatre-vingt-dix-huit, Philippe II arrêta avec la France la paix de Vervins, qui comprit le duc de Savoie, et qui mit un terme à la résistance de la ligue contre Henri IV. L'objet principal des débats entre la Savoie et la France, la succession dans le marquisat de Saluzzo, resta complétement réservé, et fut remis à la décision arbitrale du pape. Lorsqu'en quinze cent quatre-vingt-dix-neuf des délégués des deux princes intéressés suivirent l'affaire à Rome, le pape demanda, avant toutes choses, la remise préalable du marquisat au Saint-Siège, qui le ferait occuper provisoirement. Mais Charles-Emmanuel manifesta de la méfiance, ce qui arrêta toute mesure ultérieure.

 

Les marquis de Saluzzo s'étaient rattachés alternativement à la France par le Dauphiné, et à la Savoie, en sorte que le cas était difficile à décider. Mais le due, redoutant la sentence de Rome, donna pour nouvelle instruction à son représentant, le comte d'Arconos, de répandre le bruit que le pape s'était laisse gagner par les offres de la France ; que le roi Henri avait promis, s'il obtenait gain de cause, d'abandonner au Saint-Siège ses prétentions sur le marquisat. Le pape, indigné de ces propos, refusa de se mêler désormais à cette affaire.

 

Enfin le duc vint à Paris, et mena si bien cette négociation par des conférences personnelles avec le roi, que celui-ci proposa un échange. Il voulut bien renoncer à Saluzzo, si le duc lui abandonnait la Bresse et quelque autre territoire, Pignerol surtout, en lui fixant un délai pour se déterminer. Charles-Emmanuel laissa passer le terme assigné, et les Français firent en Savoie une nouvelle irruption, qui eut pour conséquence l'augmentation de l'armée espagnole en Italie.

 

Le duc dut être effrayé de la désaffection manifestée par quelques-uns de ses sujets. Chambéry accueillit les Français au bruit des acclamations de joie; et en général les villes de Savoie opposèrent peu de résistance. D'un autre côté les Espagnols, accourus en Piémont comme pour le protéger, se montraient plutôt en maîtres qu'en alliés. L'intervention du pape fut donc pour lui une ancre de salut.

 

Les Etats de l'Italie, ne prévoyant pas un accommodement prochain de ces débats, s'intéressaient les uns pour la Savoie, les autres pour la France, lorsque tout à coup les parties belligérantes traitèrent par l'entremise du cardinal Aldobrandini, le dix-sept janvier seize cent un, à Lyon. Le roi Henri remit à la Savoie le marquisat de Saluzzo libre de tous liens féodaux ; de son côté, le duc céda au roi Bugey, Valromay et Gex, avec les rives du Rhône depuis Genève jusqu'à Lyon, et en Italie les forts et la seigneurie de Castel Delfino (Heinrich Léo, Histoire d'Italie, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours, traduit par Louis Dochez, Tome III, 1856 - books.google.fr).

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