Jacuqes Ier d'Angleterre

Règne de Jacques Ier d’Angleterre, fils de Marie Stuart

 

I, 64

 

1604-1605

 

De nuit soleil penseront avoir veu

Quand le pourceau demy-homme on verra,

Bruict, chant, bataille au ciel battre aperceu

Et bestes brutes à parler lon orra.

 

Prodiges

 

Selon Pierre Brind'Amour, le quatrain liste des prodiges à la mode romaine comme dans Le Livre des prodiges de Julius Obsequens (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties: (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

De 1604 à 2000

 

Ce quatrain a peu-être un rapport avec le quatrain VII, 1 par l'intermédiaire des "bêtes brutes".

 

Le psaume 48 est en cause dans le quatrain VII,1 et renvoie aux "bêtes brutes" dont parle Charles Bovelle dans Le Livre du Sage (1510) (brutis et jumentis insipientibus) (Charles de Bouelles, Le livre du sage, traduit par Pierre Magnard, 2010 - books.google.fr, Charles de Bovelles (1479-1567), Que hoc volumine continuentur ; Liber de intellectu ; Liber de sensu ; Liber de Nichilo ; Ars oppositorum ; Liber de generatione ; Liber de sapiente ; Liber de duodecim numeris ; Epistole complures, [ex officina Henrici Stephani] (Parisiis), 1510 - gallica.bnf.fr).

 

L'historien grec du IIIème siècle avant notre ère Philochorus met 397 années entre le règne de Cecrops et l'ère troyenne (A Companion to Greek Studies (1931), 2015 - books.google.fr).

 

Membre d'une famille sacerdotale, il exerçait en tant que devin, officiant aux sacrifices. Il rédigea son ouvrage majeur intitulé Atthis en 17 volumes. Sa narration partait des temps mythologiques pour finir en 262 av. J.-C.. Philochore avait établi le recensement par olympiade des archontes athéniens. Il avait aussi introduit dans son étude historique un recueil d'inscriptions de l'Attique. De nombreux fragments ont été préservés par Plutarque, les lexicographes, et divers scholiastes (fr.wikipedia.org - Philochore).

 

1604 + 396 = 2000, année du quatrain VII, 1 qui mentionne aussi Achille, héros de la guerre de Troie.

 

Cécrops, premier roi mythique d'Athènes, se caractérise par sa double nature ("diphuès"): il a le haut du corps d'un homme et le bas d'un serpent. Quelles interprétations donnèrent de cette forme étrange les auteurs anciens? Le plus souvent, elles portent sur les origines de Cécrops, mais elles sont largement divergentes. Pour certains, le caractère ophiomorphe du héros marque son autochtonie, pour d'autres, son origine étrangère. Une thèse tout à fait originale voit en cette double nature le symbole de la double "nationalité" de Cécrops.

 

Le héros est l'inventeur du mariage monogamique et de la filiation légitime, qui s'opposent à la confusion originelle, où les hommes s'unissaient aux femmes indistinctement et où on ne savait pas qui était son père, ni qui était son fils. Cécrops, ayant ainsi découvert ("eurôn") les deux natures, la paternelle et la maternelle, fut nommé "diphuès" pour cette raison. Le premier roi d'Athènes apparaît donc comme un héros civilisateur, qui institue les règles du mariage et de la filiation patrilinéaire. La variante homme/femme s'explique mieux dans cette version. Le mariage monogamique est le fondement de la vie civilisée pour les Grecs et le souci de la filiation légitime aboutit dans l'Athènes de Périclès à la loi de 451.

 

L'équivalence homme: grec, animal: barbare, avait déjà été posée par des penseurs grecs comme Isocrate, Platon ou Aristote.

 

Lorsque les Anciens s'interrogent sur la personnalité des premiers inventeurs37, ils semblent souvent osciller entre la thèse de l'autochtonie et celle du personnage ou de la population mixte. Cécrops incarne à merveille cette ambivalence, puisqu'il est dit tantôt autochtone, tantôt Égyptien d'origine venu à Athènes. La seconde théorie peut s'expliquer en partie par la croyance, largement répandue depuis Hérodote, en l'ancienneté plus grande des peuples barbares, Égyptiens notamment. Mais la première thèse repose sur une conception beaucoup plus complexe. Certes, il est logique que l'autochtone, étant par définition le premier, soit l'inventeur de tous les fondements de la vie civilisée. Mais l'autochtone présente souvent aussi une forme hybride, mi-homme, mi-animal. N'est-ce pas une autre façon de représenter la dualité? Or, inventivité et dualité semblent étroitement liées dans la pensée grecque. Celle-ci s'exprime soit par le couple homme/ animal ou homme/femme, soit par la double nationalité ou le caractère mixte. Dans la première catégorie figurent les Satyres38, qui se voient crédités de l'invention de certains instruments de musique ou du vin dans certaines traditions, ainsi que les Centaures, inventeurs de l'art de combattre à cheval39 et de la médecine grâce à Chiron.

 

Alors que l'équation animal = barbare fut posée assez tôt par les Grecs, l'équivalence hybride = mixte semble être restée exceptionnelle. A côté de Cécrops, le seul personnage qui puisse apparaître comme un mixte, ou plus exactement comme la génitrice d'un mixte, lui aussi inventeur, est la jeune fille serpent formée de deux natures "diphuea", qu'Héraclès avait rencontrée en Scythie. Les parties supérieures de son corps à partir, des hanches étaient d'une femme, les parties inférieures d'un reptile. Cette jeune femme a exactement la même morphologie que Cécrops.

 

Le thèse de Cécrops étranger, venu d'Egypte en Attique, voire un Barbare est exprimée sous une forme très voisine, à la fois chez le scholiaste d'Aristophane (in Plut., v. 773) et dans la Souda (1272). Voici ce que dit le scholiaste : "Cécrops, Égyptien d'origine, fonda Athènes, d'où vient que les Athéniens s'appellent Cécropides. Selon certains, il avait aussi une double nature, car il avait le haut d'un homme et le bas d'une bête".

 

La Souda reprend à-peu-près les mêmes données que le scholiaste d'Aristophane, mais en y ajoutant une variante intéressante: "Cécrops, Égyptien d'origine, fonda Athènes, d'où le nom de Cécropides. Selon certains, il avait aussi une double nature, le haut d'un homme, le bas d'une femme; pour d'autres, d'une bête". La partie supérieure du corps est toujours humaine, mais la partie inférieure oscille entre la féminité et l'animalité. L'équivalence femme/ bête sauvage est clairement posée (Denise Fourgous, L'hybride et le mixte. In: Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, vol. 8, n°1-2, 1993 - www.persee.fr).

 

Selon Brandis, qui panache les Excerpta latina barbari et les chroniques d'Eusèbe de Césarée, Cecrops aurait régné à Athènes à partir de 1605 avant J.C. et la guerre de Troie aurait eu lieu en 1209. Il ajoute aux Excerpta le roi Cranaus d'Eusèbe qui règne 9 ans et allonge le règne de Menestheus (19 ans) selon la durée donnée par Eusèbe (23 ans). On en arrive à 396 du règne de Cecrops à la prise de Troie, datée selon Eusèbe de la dernière année de règne de Menesthée qui y participa selon Apollodore d'Athènes (Johannes Brandis, De temporum graecorum antiquissimorum rationibus, 1857 - books.google.fr, Edward Greswell, Origines kalendariæ Hellenicæ; or, The history of the primitive calendar among the Greeks, before and after the legislation of Solon, Volume 4, 1862 - books.google.fr, La Bibliothèque d'Apollodore, Volume 443, traduit par Jean-Claude Carrière, Bertrand Massonie, 1991 - books.google.fr).

 

Les Excerpta latina barbari (« Extraits latins d'un barbare », dits parfois simplement Excerpta barbari) sont une chronique universelle en latin conservée dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale de France (Paris. lat. 4884). Le texte latin, établi en Gaule vers le début du VIIIe siècle (fin de l'époque mérovingienne), est la traduction d'un original grec datant de la fin du Ve ou du début du VIe siècle. L'original grec s'inspirait des Chronographies de Julius Africanus (perdues comme telles), d'Hippolyte de Rome (le Liber generationis) et d'Eusèbe de Césarée. Le texte a été publié pour la première fois à Leyde en 1606 par Joseph Juste Scaliger dans son Thesaurus temporum Eusebii (à partir d'une copie du Paris. lat. 4884 qui est aujourd'hui le Hamburg Ms. hist. 269).

 

L'original grec a été produit à Alexandrie, probablement sous le règne de l'empereur Anastase (491-518), d'où le nom de Chronica universalis Alexandrina donné parfois au texte. Parvenu on ne sait comment en Gaule mérovingienne, il a été traduit en latin deux siècles plus tard par un anonyme peu instruit et connaissant aussi mal le grec que le latin (« homo barbarus ineptus hellenismi et latinitatis imperitissimus », écrit Joseph Juste Scaliger, d'où le titre devenu traditionnel d'Excerpta Barbari). En plus de ses nombreuses fautes de traduction, le clerc mérovingien a introduit des altérations à l'original, reliant notamment la dynastie franque aux rois de Troie, une fiction qui se retrouve dans la Chronique de Frédégaire et dans le Liber Historiæ Francorum (fr.wikipedia.org - Excerpta latina barbari, Manuscrit du Chronica universalis Alexandrina latina sive Cronica Georgii Ambianensis episcopi, quae dicitur Excerpta latina Barbari Scaligeri, VIIIe s. (2e moitié) - gallica.bnf.fr).

 

Joseph Juste Scaliger (Agen, 1540 - Leyde, 1609) est le fils de Jules César Scaliger (Vérone, 1484 - Agen, 1558), ami agenois de Nostradamus.

 

Epicure

 

Etsi me vario iactatum laudis amore / irritaque expertum fallacis praemia vulgi / Cecropius suaves exspirans hortulus auras / florentis viridi Sophiae complectitur umbra... (Ciris) : "Oui, quoique l'amour de la gloire m'ait ballotté en tous sens et que l'expérience m'ait appris la vanité des prix que décerne une foule trompeuse ; quoique le jardinet de Cécrops qui exhale de suaves haleines, m'enlace du vert ombrage de la Philosophie en fleurs" (L'aigrette)

 

Le jardinet de Cécrops... Le petit jardin d'Athènes, ville de Cécrops, où Épicure avait coutume de converser avec ses disciples, et qu'il avait acheté, au centre de la ville, pour le prix de quatre-vingts mines. Quant à l'épithète Cecropius, "cécropien" ou "de Cécrops", pour désigner Athènes, on la trouve employée par maints poètes, et notamment par Virgile, Géorg., IV, 177 : Cecropias apes, "les abeilles de Cécrops" ; id., 270 : Cecropium thymum, "le thym de Cécrops", etc.

 

La petite épopée intitulée l'Aigrette (Ciris) est un poème de 541 hexamètres, qui raconte l'histoire de Scylla, fille du roi de Mégare Nisus et amoureuse du roi de Crète Minos : pendant que Minos assiège Mégare, Scylla, trahissant par amour son père et sa patrie, coupe sur la tête de Nisus endormi le cheveu de pourpre qui le rendait invincible ; elle en est punie par le mépris de Minos qui la traîne à travers les mers liée à la proue de son navire ; elle est métamorphosée finalement en aigrette et Nisus en un aigle marin qui la poursuit sans cesse dans les airs. L'attribution de ce poème à Virgile n'a point fait de doute dans l'antiquité. Il se trouve dans la liste de Suétone-Donat. Il se trouve dans la liste de Servius, et il a même la première place dans cette liste (Ciris, traduction nouvelle de Maurice Rat, 1935 - remacle.org).

 

Dans le courant de l'été 306 av. J.-C., suivi de plusieurs de ses auditeurs de Lampsaque, Épicure, âgé de trente-cinq ans, vint s'installer définitivement à Athènes qui, malgré son abaissement politique, demeurait encore (et demeurera toujours jusque sous le joug romain) la capitale de la pensée. De fait, « c'est à Athènes, ainsi que le rappelle Festugière, que s'allumèrent les deux grands foyers de sagesse de l'âge hellénistique : Zénon de Citium, arrivé à Athènes en – 311, fonde en – 301 l'école du Portique ; Épicure achète le Jardin en - 306 ». C'est en effet dans un jardin situé au nord-ouest de la ville que la petite communauté élira résidence, puis qu'elle se grossira peu à peu à peu de disciples nouveaux et, d'ailleurs, fort divers : de ce nombre furent des esclaves, ainsi que des prostituées, en un temps où la simple présence de femmes à des discussions philosophiques donnait suffisamment de motifs de raillerie à tous les détracteurs d'Epicure et des siens (Intégrales de Philo - EPICURE, Lettres, 2014 - books.google.fr).

 

Les jardins cécropiens ont une postérité chez Buchanan (Sphaera, vers 1566) et Jean-Edouard Du Monin (L'Uranologie, 1583) chez qui il sont accompagnés de considérations astronomiques (cf. "De nuict Soleil penseront avoir veu").

 

L’Uranologie ne devait être au départ qu’une traduction d’un ouvrage pédagogique écrit en latin par Buchanan pour Timoléon de Cossé dont il était le précepteur, et qui s’intitulait De Sphaera. Ce poème était resté inachevé : les livres IV et V étaient très incomplets. Il en circulait différents manuscrits et les amis du poète firent plusieurs tentatives pour en donner une édition. Il fut alors demandé à Du Monin d’achever le texte que Buchanan n’avait pas pu finir. Cependant, il n’exécuta pas tout à fait le travail qu’on attendait de lui ; il utilisa le manuscrit latin pour composer une œuvre très personnelle (Marianne Fraimout-Auda, La prophétie sur le décès du monde dans L’Uranologie de Jean-Edouard Du Monin, Littérature et prophéties, 2000 - babel.revues.org).

 

Buchanan, auteur aussi d'une Histoire de l'Ecosse, entâma son Sphaera sous le mécénat de Charles de Cossé, maréchal de Brissac, avec lequel il voyagea. Il resta avec sa famille de 1554, précepteur du fils du maréchal, jusqu'en 1560. Dès 1561, il était de retour en Ecosse (Colette Nativel, Centuriae Latinae: cent une figures humanistes de la Renaissance aux Lumières offertes à Jacques Chomarat, Tome 1, 1997 - books.google.fr).

 

Du Bartas ne se met donc en colère, et en frais d'argumentation, que s'il perçoit une réelle menace contre la vision chrétienne du cosmos. Ses cibles sont les atomistes, qui affirment la pluralité des mondes et l'animation des astres ; les "frénétiques" partisans de l'héliocentrisme qui voudraient enlever le "domicile humain" du "siege qui lui fut assigné par grace" divine, et tous ceux qui n'attribuent aucune influence aux étoiles, comme si Dieu les avait créées pour la montre. [...] si limitées qu'elles soient, ce sont presque toujours les discussions bartasiennes qui ont fourni le noyau de celles de L'Uranologie, tant pour leurs thèmes, que pour leur orientation idéologique. Simplement, Du Monin y a mis plus de conviction. Il est dans son élément quand il réfute, quand il invective ou quand il approuve l'un ou l'autre savant docteur. Bien que sa piété rivalise avec celle de Du Bartas (à l'en croire, tout au moins), il prend un intérêt et un plaisir évidents à se mêler aux querelles des "écoles mortelles". Le personnage du controversiste, qui joue un rôle encore discret dans La Sepmaine, s'épanouit et s'anime dans L'Uranologie. Il se démultiplie lance des interjections, interroge à la cantonade, interpelle l'adversaire absent au point de lui donner un semblant d'existence :

 

N'entend-je pas rever ce rieur Democrite, / Leucippe phrenetic, qui mes leçons depite ? Et Epicure encor au clos Cecropien, / M'opposans que les clous du tertre Etherien / Tous les jours vont mourir dans la fosse Thetide, / Et tous les jours reprendre une Lucine eu guide / De leur renaissant étre? et que les flôs chenus / Noient le blond Titan, et autre feus congnus ! (L'Uranologie, II)

 

La thèse "épicurienne" des astres chaque jour renouvelés était depuis longtemps regardée comme un curieux vestige dont personne n'aurait imaginé faire un cheval de bataille, et tous les arguments présentés ici pour la réfuter sont ont traditionnels; Du Monin les a d'ailleurs empruntés à Buchanan (ces vers s'inspirent de Buchanan, qui restait plus neutre (Sphaera, p. 33: "Nec mihi Democriti persuaserit acris acumen / Leucippusque, aut Cecropiis Epicurus in hortis") (Frank Lestringant, L'exotisme en France à la Renaissance, Littérature et exotisme, XVIe-XVIIIe siècle, 1997 - books.google.fr).

 

Le rapprochement de Cecrops et de Lucine invite à penser à Mélusine.

 

La Sepmaine, ou en français modernisé La Semaine ou Création du Monde, est un poème encyclopédique du poète gascon Du Bartas, publié pour la première fois en 1578. Dès 1579, le catholique Jean-Édouard Du Monin traduit en latin La Semaine sous le titre Beresithias, sive mundi creatio, Paris, Jean Parant et Hilaire Le Bouc, 1579 (fr.wikipedia.org - La Sepmaine).

 

Pourceau

 

Si on ne s'en tenait pas aux dates, on relève l'association de "bête brute" et de "pourceau d'Epicure" chez Molière :

 

...mais, par précaution, je t'apprends, inter nos, que tu vois en don Juan mon maître le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un démon, un Turc, un hérétique qui ne croit ni ciel, ni enfer, ni diable, qui passe cette vie en véritable bête brute, un pourceau d'Epicure, un vrai Sardanapale, qui ferme l'oreille à toutes les remontrances qu'on lui peut faire, et traite de billevesées, tout ce que nous croyons (Molière, Dom Juan ou le Festin de pierre) (Oeuvres complètes de Molière, revues avec soin sur les différentes éditions précédées d'une nouvelle vie de Molière: et d'un tableau chronologique et historique de ses pièces, Volumes 3 à 4, 1823 - books.google.fr).

 

Selon Philochore, Cécrops fit le recensement des Athéniens en leur faisant déposer chacun une pierre au milieu. Il sut ainsi qu'ils étaient vingt mille. C'est pourquoi les peuples furent nommés "laoi" (pierres) par Cécrops. On retrouve ici le jeu de mots "laos" / "laas", véritable "topos" des mythes relatifs aux premiers hommes. Le principe un homme, une pierre déposée au milieu, semble déjà préfigurer la cité démocratique classique (Denise Fourgous, L'hybride et le mixte. In: Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, vol. 8, n°1-2, 1993 - www.persee.fr).

 

L'expression "pourceau d'Epicure" a été inaugurée par le poète Horace.

 

Pour avoir enseigné que la vie consiste à rechercher le plaisir, conforme à la nature, et à fuir la douleur, qui lui est contraire, Épicure s'est créé une réputation de pourceau. Horace, son cadet de quelques siècles, termine comme suit l'une de ses lettres : « Un pourceau du troupeau d'Épicure, Horace ». Pourtant Épicure s'était abondamment expliqué sur le sens qu'il donnait au mot plaisir (Martin Blais, L'échelle des valeurs humaines, 1980 - books.google.fr).

 

Bien plus qu'un épicurien authentique, le poète latin Horace (Ier siècle av. J.-C.) fut ce qu'on peut appeler un voluptueux inquiet. « Cueille le jour », carpe diem, proclame-t-il dans l'une de ses Odes, « en te fiant le moins possible au lendemain » (I, XI) (Intégrales de Philo - EPICURE, Lettres, 2014 - books.google.fr).

 

De par le mode de vie qu'ils prônent, ils perdent tout à la fois leur grécité [cf. Cégrops] - Plutarque les exclut de l'armée des philosophes grecs - et leur humanité - ce sont des "pourceaux" (sus et sus agrios) (Contre Colotès) (Christophe Bréchet, Agriotès et civilisation chez Plutarque, Les espaces du sauvage dans le monde antique: approches et définitions, 2004 - books.google.fr).

 

Soleil et moitié

 

Le thème de la nuit est, chez Lucrèce, principal disciple d'Epicure, un thème épique : la nuit est liée à l'horreur et à l'apparition de monstres, comme chez Virgile Lucrèce pour le combattre introduit dans sa poésie le mystère et l'horreur qui l'accompagnent (A.-M. Lathière, Une épopée de la connaissance, réflexions sur la poésie de Lucrèce, Revue des études anciennes, Volume 76, 1974 - books.google.fr).

 

En vertu du rationalisme absolu d'Epicure, et de l'absolue corrélation de l'être et de la pensée, les bornes de la pensée sont les bornes mêmes de la réalité. Non seulement la pensée mais la nature même ne connaît rien de plus petit que les petites parties de l'atome. La minima pars est la plus petite partie d'un corps qui soit encore corporelle (bien que n'ayant pas de réalité séparée). [...] La notion de minimum pensable empêche de donner un sens à l'infini en puissance d'Aristote. On sait que, selon Aristote, le continu enveloppe l'infinité en ce sens que les continus — l'étendue, le mouvement, le temps — sont indéfiniment divisibles. En effet, la pensée qui distingue des parties dans un continu est toujours à même de dédoubler les limites qui séparent ces parties, et de faire apparaître ainsi de nouvelles parties par une opération qui peut se répéter sans fin. Mais, selon Epicure, on ne fait que dire que l'on a affaire à de "nouvelles" parties ; en réalité, on pense toujours la même chose : dès lors que l'on descend au-dessous des minima pensables, les parties dites "nouvelles" sont pour nous tout à fait indiscernables. Au-dessous du minimum pensable, on peut bien dire "etc" ou "et ainsi de suite indéfiniment" : on ne pense pas réellement ce que l'on dit. Lorsque Zénon, dans l'argument de la dichotomie, formule la nécessité, pour un mobile qui va d'un point à un autre, de "parvenir d'abord à la moitié avant d'accéder au terme", c'est-à-dire de parcourir avant la ligne entière la moitié de cette ligne, et la moitié de cette moitié, etc, il conçoit une série mathématique que Brunschvicg décrit comme "la plus ancienne trace de la pensée infinitésimale". En ce cas, ce que repousse Epicure dans les Parags. 56-58 de la Lettre à Hérodote, c'est une telle pensée infinitésimale. Le passage d'un point à un autre — et il songe au passage d'une partie à l'autre (ou, plus précisément, d'une extrémité à l'autre) d'un corps limité — ne peut être pensé comme passage à l'infini de parties à des parties toujours plus petites mais seulement comme passage de parties à d'autres parties égales (puisque ne pouvant être inférieures au minimum discernable, dès lors qu'il n'est pas possible de penser quelque chose de plus petit que le minimum), donc en nombre fini. Le mouvement comme passage d'un lieu à l'autre est une donnée sensible, donc une évidence, donc une réalité ; il est donc pensable. Mais il ne peut être pensé qu'à la condition de ne pas le décomposer à l'infini, mais d'y voir la somme, simplement plus ou moins grande, d'un nombre fini de portions minimales et insécables de mouvement, de pas ou de bonds élémentaires.

 

La quantification du mouvement ne va pas sans la quantification du temps. La lumière et la chaleur solaires se répandent en un instant dans tout le ciel, dit Lucrèce (IV, 202), c'est-à-dire dans la totalité de notre monde (qui n'est cependant, rappelons-le, qu'une infime partie de l'univers) (M. Conche, Epicure et l'analyse quantique de la réalité, Raison et culture: Actes du colloque international franco/soviétique - Lille 26-29 avril 1978, 1980 - books.google.fr).

 

Épicure refuse que le minimum soit défini comme la limite d'une série dont on pourrait diviser les termes à l'infini Lucrèce, en reprenant la thèse, suppose que cette division se fasse par moitié, mais, écrit-il, la moitié d'une moitié aura toujours une moitié sans limite à la division. » (I, 617-618). S'il soutient, avec son maître, qu'il y a un minimum (et des minima) finis, il met en question la propriété de l'espace d'être divisible continuement (Claude Gaudin, Lucrèce : la lecture des choses, 1999 - books.google.fr).

 

L'apparition du soleil donne lieu, chez Lucrèce, à une poésie de la fraîcheur, de la pureté et de la sérénité. Aussi, Épicure sera-t-il tout naturellement comparé au soleil levant qui éteint les étoiles : Ipse Epicurus obit decurso lumine vitae, qui genus humanum ingenio superavit, et omnis restinxit, stellas exortus ut aetherius sol (Lucrèce, De la nature des choses, III, 1042-1044) (A.-M. Lathière, Une épopée de la connaissance, réflexions sur la poésie de Lucrèce, Revue des études anciennes, Volume 76, 1974 - books.google.fr).

 

Prodiges célestes et épicurisme

 

Lucrèce a repris la plupart des hypothèses d'Épicure pour le tonnerre, l'éclair, la trombe, les nuages et la pluie, les séismes. Cependant, son texte est beaucoup plus ample que la Lettre à Pythoclès et repose vraisemblablement sur le Grand Abrégé ou sur certains passages du traité Sur la nature. Les commentateurs ont relevé d'autres textes parallèles : le résumé de météorologie dans la doxographie d'Aétius (Diels, Doxogr. Graec, III, 3) et certaines citations, notamment dans les Questions naturelles de Sénèque, montrent que Lucrèce, à la suite d'Épicure, a repris bon nombre d'hypothèses non seulement des atomistes mais aussi des autres présocratiques. Épicure avait dû également puiser dans la Météorologie de Théophraste (contre lequel il avait écrit un traité, dont seul le nom est conservé), connue par deux traductions, l'une syriaque, l'autre arabe, désormais accessibles dans leur version « The Meteorology of Theophrastus in Syriac and Arabie Translation », in W.W. Fortenbaugh et D. Guthas, « Theophrastus; His Psychological, Doxographical and Scientific Writings », Rutgers Studies in the Classical Humanities, vol. V, 1992, p. 166-293); en effet, de nombreux passages de cette œuvre offrent d'étroites correspondances avec la Lettre à Pythoclès et le texte de Lucrèce; la plupart de ces parallèles ont été cités et commentés par Ernout et Robin, puis par Bailey (qui reproduit en appendice, p. 1745-1748, une traduction de la version arabe du texte météorologique de Théophraste); M. Bollack (La Raison de Bollack (La Raison de Lucrèce, op. cit., p. 279-570) a montré le travail d'élaboration que Lucrèce accomplit à partir de la doxographie : la plupart des hypothèses sont mises en relation avec les principes de l'atomisme, tels qu'ils ont été définis au chant I. Enfin, alors que ce chant aurait pu n'être qu'un vaste catalogue de faits et d'hypothèses, à l'instar d'une doxographie ou de la Lettre à Pythoclès, Lucrèce actualise, dans une vision cosmique, les diverses possibilités de la nature dans le champ traditionnellement dévolu aux prodiges (Lucrèce, De la nature, traduit par José Kany-Turpin, 1993 - books.google.fr).

 

Il faut noter que, parmi d'autres auteurs de Météorologiques ou de Cométologies, Antoine Mizauld (1510 - 1578) se distingue par un certain rationalisme méthodologique, que l'on voyait à l'œuvre dès sa Meteorologia de 1547. Le souci de la causalité de ces phénomènes apparaît dès l'épître dédicatoire à Musaeus et l'adresse au « lecteur physiophile ». Sans doute commence-t-il par faire une fois encore l'éloge de Dieu, et la critique de ces épicuriens « au venin vipérique »; sans doute insiste-t-il sur l'utilité pratique de la connaissance des phénomènes célestes, et notamment de ces phénomènes ignés; mais il souligne aussi l'intérêt spéculatif de la recherche causale. Il partage l'idée que tous les météores ignés ont des effets néfastes. Il suffit, pour se rendre compte de l'esprit du temps, de parcourir les innombrables opuscules astrologiques ou les simples feuilles volantes qui relatent, de la fin du XVe siècle au milieu du XVIe, l'apparition de ces phénomènes célestes, dans lesquels on voyait l'annonce d'une grave épidémie de peste, d'une tempête dévastatrice ou — quand les auteurs étaient catholiques — les ravages causés par le monstre luthérien toutes choses étant inversées, quand les auteurs étaient protestants (Jean Claude Margolin, Philosophies de la Renaissance, 1998 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Jehan Desmontiers, dit le Fresse, dédie le petit volume du Summaire de l'origine, description et merveilles d'Escosse, à la Dauphine, c'est-à-dire à Catherine de Médicis (Francisque Michel, Les Ecossais en France, les Français en Ecosse, Tome 1, 1862 - books.google.fr).

 

Jehan Desmontiers reprend une légende écossaise qui courrait au moins depuis les guerres d'indépendance comme quoi les Ecossais descendait de Cecrops, par son fils Gathelus et l'égyptienne Scota (Jehan Desmontiers, Summaire de l'origine, description et merveilles d'Ecosse, présenté par David Laing, 1863 - books.google.fr).

 

Melville (1545 - 1622) reprend le récit et fait du roi Jacques VII d'Ecosse, futur Jacques Ier d'Angleterre, un descendant de Gathelus (Roger A. Mason, Steven J. Reid, Andrew Melville (1545–1622): Writings, Reception, and Reputation, 2016 - books.google.fr).

 

Cette thèse est admise par Jean de Schelandre, seigneur de Soumazenne en Verdunois, dans Les deux premiers livres de la Stuartide (1611), en vers décasyllabes d'après l'exemple de la Franciade de Ronsard (Jean de Schélandre, Tyr et Sidon: ou, Les funestes amours de Belcar et Méliane : tragédie et Tyr et Sidon : tragicomédie divisée en deux journées, présenté par Joseph W. Barker, 1974 - books.google.fr).

 

Ce quatrain trace le portrait de Jacques Ier Stuart, roi d’Angleterre – depuis 1603 - et d’Ecosse – depuis 1587 -, fils de Marie Stuart. « C’est un grotesque, louchant, bavant lorsqu’il parlait, de mœurs crapuleuses, ivrogne, poltron au point de ne pouvoir supporter la vue d’une épée nue […] Ses vêtements étaient toujours sales [1]. »

 

Jacques Ier vécut avec Villiers dans une familiarité indécente. Dans quelques-unes de ses lettres au roi, qu'on a conservées, le duc de Buckingham appelle le roi son compère, et au mot de "your majesty" substitue celui de "your sowship", votre cochonnerie (Oliver Goldsmith, Histoire d'Angleterre, Tome 2, 1837 - books.google.fr).

 

Son règne vit passer en 1607 la comète de Halley (« De nuit Soleil… »).

 

Les querelles religieuses (« bataille au ciel ») reprirent avec force. Le roi essaya de gouverner sans Parlement et d’imposer l’anglicanisme à tous ses sujets. Les catholiques organisèrent en 1605  la Conspiration des poudres, accumulant des barils dans une cave du Parlement. Le complot fut découvert et les catholiques écartés de tout emploi public jusqu’en 1829.

 



[1] A. Malet et J. Isaac, « XVIIème & XVIIIème siècles », Hachette, 1923, p. 131

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