Loches et loches

Loches et loches

 

I, 10

 

1564-1565

 

Serpens transmis dans la caige de fer

Ou les enfans septains du roy sont pris :

Les vieux & peres sortiront bas de l'enfer,

Ains mourir voir de son fruict mort & crys.

 

"bas de l'enfer"

 

Au carnaval de 1564, à Fontainebleau, le thème a été donné par Ronsard. C'est une «Bergerie» aux lourdes allusions historiques dictées visiblement par la reine-mère. Le prince de Navarre y apparaît sous le nom de Navarrin, le duc d'Orléans sous celui d'Orléantin, le duc d'Alençon sous celui d'Angelot, Henri de Guise est Guisin, et Marguerite, Margot. L'auteur affecte de croire le conflit religieux définitivement apaisé. Par le truchement des jeunes princes déguisés en bergers de Virgile, il veut convaincre l'auditoire et forcer en quelque sorte la destinée par des leçons de politique et des avertissements salutaires. Navarrin y chante les valeurs rustiques de son terroir... mais on lui prédit une destinée exceptionnelle s'il reste fidèlement aux côtés du roi Charles IX. Comme si Catherine pressentait l'avenir.

 

Il me souvint un jour qu'aux rochers de Beart

J'allai voir une vieille, ingénieuse en l'art

D'appeler les esprits hors des tombes poudreuses.

 

La sorcière, une spécialité alors bien connue du terroir béarnais, lui fait craindre les désastres des guerres civiles et l'encourage (Jean-Pierre Babelon, Henri IV, 2009 - www.google.fr/books/edition).

 

Antoine de Bourbon en 1551, malade, se souvient qu'il n'a pas fait enterrer sa mère, Françoise d'Alençon, morte pourtant depuis près d'un an. Inquiet pour son salut, il écrit alors à sa femme, Jeanne d'Albret, d'y pourvoir, non tant par piété filiale que par crainte :

 

«Je vous prie selon ce que je vous ay jà mandé, vous veullés alter l'enterrement de feu Madame ma mère le plus tost que vous pourrês, car j'ay eu, estant mallade, oppinion que cela nous porteret malleur à quelqu'un de nous aultres, ses anffans, de la bisser si longtemps su terre.»

 

Antoine de Bourbon ne dit pas explicitement qu'il craint sa «revenance», mais l'expression qu'il emploie, «laisser su terre», suggère que la permanence terrestre de la dépouille de la mère, particulièrement longue ici, est susceptible d'ouvrir à une action de représailles sur les enfants de la morte. La duchesse de Vendôme était morte, on peut le rappeler, au château d'Hagetnau, tout près de ces rochers dont parlera Ronsard dans un livret qu'Henri de Bourbon-Navarre, âgé de onze ans, récite devant toute la cour en 1569 :

 

«Il me souvient qu'un jour, aux rochers du Béart/J'allai voir une vieille ingénieuse en l'art /D'appeler les esprits hors des tombes poudreuse.»

 

Il existe à n'en pas douter une croyance diffuse, dans la société chrétienne d'Ancien Régime, selon laquelle le corps mort non enseveli ou mal enseveli est susceptible d'une action, maligne en l'occurrence (Caroline Callard, Le temps des fantômes, Spectralités d'Ancien Régime XVIe-XVIIe siècle, 2019 - books.google.fr).

 

Louis de Ronsard

 

Nous devons même croire que, déjà depuis quatre ou cinq ans, Louis de Ronsard, père du poète, faisait, à titre de page ou de varlet, partie de la maison du duc, car, à son retour d'Espagne, en 1530, il aimait à rappeler ses services, aux rois "par l'espace de quarante ans ou davantaige". [...]

 

Dès son avènement, Louis XII songea à récompenser le jeune compagnon de ses jours de gloire et de souffrance, et, le 1er juillet 1498, Louis fut inscrit sur le rôle de la compagnie des Cent gentils-hommes de l'Hôtel, aux gages de quatre cents livres par an. C'était pour ses dix-neuf ans un poste d'honneur ; bien plus, c'était la charte de réhabilitation à la Cour de sa maison. Le roi lui rendait la charge de son père, et réparait ainsi la disgrâce dont Olivier avait été frappé sous son prédécesseur. Pendant tout le règne, Louis demeura "royal pensionnaire" et continua, que ce soit sous les ordres du vidame de Chartres, ou sous ceux du grand-sénéchal de Normandie, Louis de Brézé, à suivre le roi dans toute ses campagnes. Dès le mois d'août 1499, une armée française rentrait en Italie : la guerre reprenait, contre le duc de Milan, cette fois. Louis de Ronsard se couvrit d'honneur dans cette nouvelle expédition : la reddition rapide d'Alexandrie fut son œuvre, au dire de Jean Bouchet, qui lui accorde aussi une grande part dans la double conquête du Milanais ; et de même, s'il faut toujours en croire Bouchet, c'est grâce à son "entreprise" que Ludovic Sforza aurait été fait prisonnier. Nous ne savons à quels exploits ou à quels stratagèmes Louis fut redevable de ces succès, et l'on serait assez porté à taxer d'exagération ce rhétoriqueur de Bouchet, si, au lendemain de la victoire de Novare, le roi n'avait lui-même récompensé son serviteur ; Louis, qui n'était qu'écuyer, venait d'atteindre sa vingt et unième année : le roi le fit chevalier (Guillaume Colletet, Franca Bevilacqua Caldari, Pierre de Ronsard, "ses juges et ses imitateurs", 1983 - www.google.fr/books/edition).

 

Cage de fer

 

Fille de Louis XI, Anne en avait le caractère et toute l'énergie, et, de plus, elle y joignait la vengeance d'une femme dédaignée. Elle apprit que le duc d'Orléans était en Bretagne, qui, par sa présence, était devenue un foyer d'intrigue et de sédition. Elle chargea La Trémouille d'y mettre bon ordre, et le vaillant capitaine gagna la bataille de Saint-Aubin, où le duc d'Orléans et le prince d'Orange furent faits prisonniers. Dès que le duc d'Orléans fut en sa puissance, Madame de Beaujeu, fidèle aux traditions paternelles, lui fit expier cruellement et ses dédains et la légèreté de ses propos. Après l'avoir traîné de prison en prison, elle le fit enfermer dans la tour de Bourges, où, pendant la nuit, il était resserré, comme un vil criminel, dans une cage de fer, où il resta jusqu'au mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne, qui eut lieu à Langeais le 16 décembre 1491 (L. Boilleau, Le Château d'Amboise et ses environs, 1874 - books.google.fr).

 

Louis XI appelait ses cages de fer les "fillettes", qui, si elles n'étaient pas sept, étaient ses "enfants".

 

Enfants de Louis XII

 

« fruict mort Â» : enfant mort-né (Jean-Paul Clébert, Nostradamus, mode d'emploi : la clé des prophéties, 1981 - books.google.fr).

 

Louis XII eut deux filles, Claude (née le 13 octobre 1499) et Renée (née le 25 octobre 1510). Anne de Bretagne durant son mariage avec lui aurait eu des grossesses en 1500, 1503, 1507, 1510-1511 et 1512. Seul celle de 1512 serait certaine (Pauline Matarasso, Le jour de sainte Agnès et les couches d'Anne de Bretagne, MSHAB, t.LXXV, 1997 - www.shabretagne.com).

 

Anne eut sept enfants [avec Louis XII seul ?], dont cinq ne vécurent pas. Il ne lui resta que deux filles : Claude (qui devint reine de France) et Renée (qui devint duchesse de Ferrare) (Georges Bordonove, Les Valois: de François Ier à Henri III, 1515-1589, 2003 - books.google.fr).

 

Le serpent des Visconti puis des Sforza

 

La vipera ou le biscione des Sforza, est hérité des Visconti, dans leur frénésie de s'y rattacher. C'est-à-dire ce gros serpent, à tête de dragon, se tortillant en serpent de paroisse et engloutissant un enfant (Robert de La Sizeranne, Les masques et les visages: Béatrice d'Este et sa cour, 1923 - books.google.fr).

 

La cage de Ludovic Sforza

 

Ludovic Marie Sforza dit le More (en italien Ludovico Maria Sforza detto il Moro)1, né le 27 juillet 1452 à Vigevano (entre Milan et Pavie) et mort le 27 mai 1508 à Loches en France. «Arbitre d’Italie», selon l’expression utilisée par Guichardi, il fut duc de Bari à partir de 1479, régent du duché de Milan de 1480 à 1494, enfin duc lui-même de 1494 à 1500.

 

En janvier 1500, la population milanaise, durement opprimée par Trivulce, condottiere œuvrant pour le roi Louis XII se considérant héritier du duché de Milan par sa mère Valentine Visconti, se révolte et il faut au condottiere de Louis XII une nouvelle campagne pour reconquérir le pays. Les nobles milanais, qui avaient espéré un retour à une forme de gouvernement communal libéré de la tutelle ducale sont déçus. Profitant du soulèvement populaire, Ascanio, le frère de Ludovic, entre dans Milan le 2 février, et Ludovic, à la tête d'une troupe de mercenaires suisses, le suit le 5 février et reprend son trône. Il ne reste qu'une seule journée et repart pour Pavie pour organiser l'armée. Mais, le 10 avril, trahi par des mercenaires suisses lors du siège français de la ville de Novare, il tombe entre les mains de l'armée française alors qu'il tente de s'enfuir en se dissimulant sous des vêtements de simple soldat et est livré au général français La Trémoille. Ludovic est aussitôt emmené en France et incarcéré d'abord au château de Pierre Scize à Lyon, puis au château de Lys-Saint-Georges, près de Bourges. En 1504, il est transféré au château de Loches où il vit ses dernières années. Il meurt dans sa prison le 27 mai 1508, officiellement, le jour de sa libération, «ébloui par la lumière du soleil» (fr.wikipedia.org - Ludovic Sforza).

 

Eudes Mézeray (1610 - 1683) rapporte qu'avant d'être conduit à Loches, il fut enfermé dans deux autres châteaux ; Ripamonte, 673. Il fut amené à Lyon, ostentui civibus; et le roi se déguisa pour jouir de ce spectacle, dit Paul Jove (1483 - 1552). Selon ce même historien et Mézeray, il passa quelque temps dans une cage de fer; Dubos (II, 189) le nie et décrit sa prison comme "une espèce de cachot clair, pratiqué dans l'épaisseur de la muraille, et éclairé sur le fossé" (Histoire de la Confédération suisse, Tome 9, 1840 - books.google.fr).

 

En 1500, Ludovic Sforza, dit le More, pour sa couleur, fut interné à Pierre-Scize. Fait prisonnier à Novare, il aurait été transporté en France dans une cage de fer. Une cage aurait été utilisée autrement dans son transport de Lyon à Loches ou Lys-Saint-Georges.

 

Dans la liste des prisonniers qui furent enfermés au château de Loches au XVIe siècle, nous trouvons trois noms célèbres : Pierre de Navarre, le comte de Saint-Vallier, et un maréchal de France, Oudard du Biez. Don Pedro Navarro, que Brantôme appelle don Pedro de Paz, connu généralement sous le nom de Pierre de Navarre, né en Biscaye, d'une famille obscure, servit d'abord dans les armées du roi d'Espagne, et se distingua par ses belles actions. De simple soldat il s'éleva peu à peu jusqu'au grade de colonel-général de l'infanterie espagnole. Fait prisonnier à la bataille de Ravenne (1512), il fut enfermé au château de Loches. Mais comme le roi Ferdinand refusait de payer sa rançon, il eut recours à François Ier. Ce prince, connaissant sa grande valeur, s'empressa d'accepter ses services, et de donner au duc de Longueville, qui l'avait fait prisonnier, la somme fixée. Il le nomma de plus colonel-général de l'infanterie gasconne. Pierre de Navarre sut reconnaître la faveur du roi de France. Il s'acquit une grande réputation dans les guerres d'Italie, et se conduisit vaillamment à la bataille de Marignan. Fait prisonnier de nouveau au siège de Naples, il mourut en prison, étranglé, dit-on, par ordre de l'empereur. Ferdinand Gonzalve lui fit élever un tombeau, avec une épitaphe que l'on trouve dans Brantôme et dans le Journal de l'Estoile  (Edmond Gautier, Histoire du donjon de Loches, 1881 - books.google.fr).

 

Loches

 

A la mort de Charles VII, le château de Loches continua d'être une résidence royale. Mais sous Louis XI, ce roi sombre et dissimulé, superstitieux et cruel, cette résidence n'offre plus guère de gracieux souvenirs (Alexandre Bailly, Mystères des vieux châteaux de France, Tome 1, 1848 - books.google.fr).

 

Plusieurs forteresses du royaume étaient garnies de ce mobilier de nouvelle invention, et l'on a montré long-temps au château de Loches la Cage où languit, dit-on, soit le ministre de Louis XI, soit Ludovic Sforza, surnommé le Maure, ou plutôt quelque autre prisonnier d'état; car il est douteux que Balue ait été renfermé à Loches, et que Ludovic Sforza, en effet prisonnier dans ce château, y ait été mis dans une cage (Biographie universelle ancienne et moderne, Tome 66, 1839 - books.google.fr).

 

Une fois investi de la fonction royale, François ne déroge pas à ce plaisir et, vivant dans le Val de Loire dont il occupe les châteaux à tour de rôle, il vient souvent à Loches. Cependant ses déplacements revêtent alors un tout autre caractère. Dès 1517 il prévoit de faire à Loches son entrée solennelle comme roi de France. Malheureusement la ville subit à ce moment une épidémie de peste et la fête en est gâchée, puisqu’il doit rentrer en ville par l’une des poternes arrières. Deux ans plus tard, en 1519, alors que les édiles commencent à assainir les marécages qui entourent la muraille et qui la dégradent, François autorise les Lochois à construire un Hôtel de Ville et leur fait des dons importants. Car Loches fait partie de la liste des «bonnes villes» que le roi a élaborée. C’est donc sous l’impulsion de François 1er que Loches va devenir, pour quelques années, un chantier permanent. Le 7 juillet 1530, François 1er, qui est désormais veuf, épouse Éléonore sœur de Charles-Quint, son meilleur ennemi. Au printemps de 1539, on apprend avec étonnement que Charles-Quint, avec l’autorisation de François 1er, va traverser la France pour se rendre à Gand pour y mater une révolte des bourgeois de cette ville. Dans ce contexte, François 1er décide de le recevoir en grande pompe lors de son étape à Loches (blog.cgdt37.com).

 

Alors que Charles souhaitait être discret, les entrées fastueuses se succédèrent au gré de la remontée du convoi impérial vers le Nord : Bayonne, Bordeaux, Poitiers, Loches, où François Ier accueillit son rival devenu ami le 12 décembre. Le roi de France arrivait de Fontainebleau, où il était resté du 20 au 24 novembre pour régler les détails de la réception impériale. Souffrant, François voyageait tantôt en traîneau, tantôt en litière. Une gondole le mena d'Orléans à Amboise ; de là, il prit la route de Loches (Jean-François Hebert, Thierry Sarmant, Fontainebleau: Mille ans d'histoire de France, 2013 - books.google.fr).

 

Marguerite de Valois, sœur de François Ier, avait épousé Henri II d'Albret (1503-1555), roi de Navarre, en 1527, au château de Saint-Germain-en-Laye. Ils effectuent leur voyage nuptial jusqu'en Béarn où l'air ne leur réussit pas.

 

Début janvier 1528, le couple navarrais entame sa remontée vers le nord du royaume. À chaque grande étape, M. de Warty envoie un message dont la teneur ne varie guère : les souverains navarrais «font très bonne chère». À Loches cependant «ilz demeurent en ceste ville pour ce que la royne s’est trouvée ung petit peu mal, qui n’est pas cas pour laisser à partir demain» (Thierry Rentet, Chapitre VII. La pyramide réticulaire In : Anne de Montmorency : Grand Maître de François Ier, 2011 - books.openedition.org).

 

Née en 1528, morte en 1572, Jeanne était fille unique de Henri d'Albret II, roi de Navarre, et de Marguerite d'Angoulême, soeur de François Ier. Cette princesse épousa, en 1548, Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, et fut mère d'Henri IV (Philippe Busoni, Chefs-d'oeuvre poétiques des dames françaises depuis le treizième siècle jusqu'au dix-neuvième, 1841 - books.google.fr).

 

En juillet 1530, Marguerite de Navarre donne le jour à un fils. Ce rayon de soleil est malheureusement de courte durée. Cinq mois après sa naissance l'enfant meurt et, en 1531, il est suivi dans la tombe par sa grand-mère Louise de Savoie (André Laffargue, En visite chez les Navarre : Marguerite de Navarre, Jeanne d'Albert, Henri IV à Nérac, 1979 - books.google.fr).

 

Claude de France avait donné à François Ier sept enfants : trois garçons et quatre filles. Seuls Henri II et Marguerite (qui en 1559 épousa Emmanuel Philibert de Savoie) parvinrent à un âge avancé. Les autres décédèrent prématurément. Les autres décédèrent prématurément : Louise à deux ans ; Charlotte à huit ans ; Madeleine à dix-sept ans ; François, le dauphin, à dix-huit ans ; Charles à vingt-trois ans (Louis Schlosser, La vie de Nostradamus, 1985 - books.google.fr).

 

Marguerite de Valois, sœur de François Ier sera la marraine du dernier bébé de son frère. Cette petite Marguerite, femme charmante et cultivée deviendra duchesse de Savoie, protectrice de Ronsard (Nicole Toussaint du Wast, Marguerite de Navarre : la perle des Valois, 1976 - books.google.fr).

 

Eléonore revient d'Espagne avec les enfants de France (le dauphin François et Henri duc d'Orléans) qui étaient retenus à Madrid comme otages (cage ?). Ils font leur Entrée à Loches en novembre 1530 (Alfred Boulay de la Meurthe, Histoire des guerres de religion à Loches et en Touraine, Tome 1, 1906 - books.google.fr).

 

Louis Coulon dans L'Ulysse françois en 1643 par le du château de Madrid «que le roy François premier fit  bastir dans le bois de Boulogne, sur le modelle du bastiment où il fut prisonnier à Madrid en Espagne après la funeste journée de Pavie. Entr'autres choses on y void la fenestre grillée, semblable à celle où ce grand Prince servoit de risée aux courtisans de Charles Quint, qui le traitoient comme les enfants font d'un hibou qu'ils ont pris et renfermé dans une cage.» (Monique Chatenet, Le château de Madrid au bois de Boulogne: sa place dans les rapports franco-italiens autour de 1530, 1987 - books.google.fr).

 

Les guerres en Touraine

 

Le poëte Ronsard devint prieur commendataire de Saint-Côme en 1564; il y mourut le 27 décembre 1585 (Jean Jacques Bourassé, La Touraine, histoire et monuments, 1855 - books.google.fr).

 

En 1562, curé d'Evailles, Ronsard s'était mis à la tête de troupes qui combattaient les protestants (Jacques Auguste de Thou, Histoire Universelle: Depuis 1543 jusqu'en 1607, Tome 4 : 1560-1564, 1734 - books.google.fr).

 

Dans les environs, des Réformés, certainement innocents de l'occupation de Tours, furent mis à mort à Loches. En 1564, une embuscade à Saint-Cosme aboutit à une bagarre où plusieurs hommes périrent à coups de fourches ; plusieurs artisans furent tués au cours de l'année. Les troupes de Condé de Jeanne d'Albret avaient écumé la région de Tours (Memorial De L'annee Martinienne 1960-1961, 1959 - books.google.fr).

 

Sur l'Indre, au-dessus de Reignac, est située la ville de Loches, qui se trouve au passage de la route de Tours à Châtillon-sur-Indre. Loches fut un lieu de passage fréquent pour les troupes au temps des guerres de religion (Charles Estienne, La Guide Des Chemins De France, 1553 - books.google.fr).

 

Le grand tour

 

En 1564, la fête de Pâques tombait le 2 avril : le mercredi des Cendres (jour de Caresme-Prenant) était donc le 16 février. Les fêtes du Carnaval de Fontainebleau commencèrent le dimanche-gras 13 pour finir le mardi-gras 15 février et non mars (Michel Dassonville, Ronsard : étude historique et littéraire, Tome 3, 1976 - books.google.fr).

 

En 1564, la Reine-Mère Catherine de Médicis et le jeune Charles IX entreprirent à travers la France un voyage. Le lundi 13 mars 1564, la cour s'ébranla, elle parcourrait près de 5000 kilomètres en un peu plus de deux ans.

 

Honorat de Savoie, comte, puis marquis de Villars en Bresse, comte de Tende et de Sommerive, baron de Pressigny-le-Grand et d'Hauvet, seigneur de Loyes, Marro, Préla, Vernant, Limon, Villeneuve, Cipières, la Garde, le Loubet, Antibes, Ferrières-Larçon, etc., etc., maréchal et amiral de France, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, conseiller en son conseil privé, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, puis de l'ordre du Saint-Esprit, capitaine de cent hommes d'armes, lieutenant général en Languedoc et en Guienne, gouverneur de la ville de Loches, etc., etc., etc., était le second fils de René de Savoie et d'Anne de Tende. [...]

 

En 1563 et 1564 l'on perd sa trace jusqu'en 1565, où il accompagne Charles IX dans son long voyage à travers la France. «Après avoir visité la Provence et le Languedoc, traversé les Landes, séjourné à Condom et à Nérac, le roi fit son entrée solennelle dans la ville d'Agen le 23 mars 1565, puis se dirigea sur Bordeaux. Honorat de Savoie, en descendant la vallée de la Garonne, put voir son antique et imposant château de Madaillan et son château d'Aiguillon. Après avoir fait son entrée solennelle à Bordeaux le lundi 9 avril, le roi tint son lit de justice au palais le jeudi 12.Au cours de ce voyage, le comte de Villars dut à la munificence de son cousin le duc de Savoie l'érection du comté de Villars en marquisat en 1564.

 

En 1554, nous le voyons pourvu du gouvernement de Loches (M. de Panisse-Panis, Les comtes de Tende de la maison de Savoie, 1889 - books.google.fr, Victor Flour de Saint-Genis, Histoire de la Savoie, Tome 3, 1869 - www.google.fr/books/edition).

 

Dès 1556, en qualité de capitaine du château de Loches, il écrit de cette place au seigneur de Grammont, commandant d'une troupe de Gascons. Il avait, en 1565, le seigneur de la Menardière pour lieutenant. En 1567, le seigneur de Méré commandait au château pendant son absence, et de la Menardière était employé comme capitaine de soldats 30 livres de paie par mois. 65 soldats gardaient la ville sous la charge du seigneur de Marigny. Le marquis de Villars prit part à toutes les guerres de religion. Il était à la bataille de Saint-Quentin, où il fut blessé, et à celle de Moncontour ; il assistait à l'assemblée de Moulins, en 1566 (Edmond Gautier, Histoire du donjon de Loches, 1881 - books.google.fr).

 

Le 26 décembre 1564, Catherine de Médicis fit nommer Chicot chevaucheur ordinaire de l'écurie du roi. Villars obtint de le conserver car on le trouve à ses côtés pendant les troubles qui suivirent le grand voyage de Charles IX en 1565 et 1567 pendant les troubles qui suivirent le grand voyage de Charles IX en 1565 et en 1567 à Loches, dont Villars était le gouverneur. En 1568, cette ville courait un danger pressant, c'est à Chicot que les habitants de Loches confièrent les clés de la ville. En 1569, le futur Henri III, alors duc d'Anjou, préparant une expédition contre la Rochelle, choisit Loches pour y constituer un dépôt de vivres... Il n'est pas sûr du tout que la personnalité de Chicot n'ait pas influé sur le choix du duc. D'ores et déjà Henri d'Anjou s'était attaché à ce joyeux compagnon brave, spirituel qui rachetait sa franchise parfois brutale par tant de fidélité et par un sens politique si aigu : l'on sait combien ce prince qui a eu de si graves défauts, sut être serviable pour ses amis (Jean François d'Estalenx, Portraits gascons, languedociens et ... autres, 1976 - books.google.fr).

 

Jean-Antoine d'Anglerais (ou Antoine Anglarez1) surnommé Chicot (v. 1540—1591), fut le bouffon du roi Henri III, puis celui d'Henri IV. Chicot naquit à Villeneuve-sur-Lot en Gascogne. Sa famille n'était pas noble, néanmoins il poursuivit des études au collège de Reims à Paris. Plus attiré par les armes que par les lettres, il servit comme soldat sous Honorat II de Savoie où il devint courrier de Villars, et rencontra Charles IX qui en fit son messager officiel. Il meurt au siège de Rouen en 1591 en combattant la Ligue dont un des chefs était le duc de Mayenne époux de la fille unique d'Honorat de Savoie, Henriette (fr.wikipedia.org - Jean-Antoine d'Anglerais (Chicot)).

 

Honorat figurait parmi la suite du roi lors du grand voyage de 1565 à travers les provinces de France ; Chicot accompagna ses deux maîtres (Alexandre Dumas, Œuvres d'Alexandre Dumas: La dame de Monsoreau, 1978 - books.google.fr).

 

Le 3 mars 1565, Charles IX fit son entrée à Agen, Chicot dut être fier de se montrer à ses amis, montant un cheval rapide et frayant avec les seigneurs de l'entourage du roi. Ce voyage de Charles IX ne calma point les esprits (Bulletin du bibliophile du bibliothécaire et de la Société des amis de la Bibliothèque national et des arandes bibliothèques de France, 1914 - books.google.fr).

 

Honorat et Chicot étaient-ils du voyage depuis Fontainebleau ?

 

César de Nostredame rapporte que son père avait perçu deux cents escus d’or de la reine lors de la visite des souverains à Salon-de-Provence en 1564. Ces renseignements de César sont confirmés par l’ambassadeur espagnol Don Frances de Alava dans une lettre à son maître Philippe II datée de Toulouse le 4 février 1565. Nostradamus fait publier son Almanach pour l’an 1566, imprimé à Lyon, par Antoine Volant et Pierre Brotot. Cet almanach en vers est dédié, le 16 octobre 1565, à Honorat de Savoie, Comte de Tende, neveu d’Honorat comte de Villars. C’est le seul almanach à nous fournir une chronologie, la troisième des chronologies bibliques fictives, différente des deux autres consignées dans la Lettre à Henry Second, également arbitraire, et d’un nombre total d’années également faux (nostredame.perso.infonie.fr).

 

"Enfants septains"

 

On peut supposer que les "enfants" ne seront pas mis en cage mais se rendront dans le lieu où celle de Ludovic Sforza se trouvait : à Loches.

 

De l'union, qui fut longtemps stérile, entre Henri et Catherine de Médicis, cousine du pape Clément VII, devaient naître sept enfants viables mais pour la plupart de complexion fragile : François II (1544-1560), Elizabeth (1545-1568) qui épousa Philippe II en 1559, Claude (1547-1575), duchesse de Lorraine, Charles IX, Henri III, Marguerite (1553-1615) qui épousa Henri de Navarre en 1572, et Hercule (François), duc d'Alençon (Jacques Solé, Dictionnaire des biographies, La France moderne, 1483-1815, 1993 - www.google.fr/books/edition).

 

Au mois de février 1560, la cour se transporte de Blois à Amboise, et d'Amboise, où eut lieu le «tumulte» resté fameux, elle pousse à Chenonceaux, à Loches, à Romorantin. Elle passe tout l'été à Fontainebleau, une partie de l'automne à Saint-Germain-en-Laye, puis, vers le milieu d’octobre, s'installe à Orléans, où le roi fait son entrée solennelle le 18. Mais bientôt voici que l'écoulement d'oreille dont le roi souffrait depuis de longues années, et qui de temps à autre lui causait quelques crises douloureuses, s'aggrave (Albert Potiquet, La maladie et la mort de François II (Les végétations adénoïdes dans l'Histoire), 1893 - books.google.fr).

 

Après la conjuration d'Amboise, on menaça d'enfermer Antoine de Bourbon dans une cage de fer, supposant sa complicité.

 

Après la conjuration d'Amboise, Loches, place forte, quartier général du calvinisme, sera occupée le 2 Juin 1562 par les troupes protestantes de Condé. Deux mois plus tard, le connétable de Montmorency, avec ses  troupes, délogera les protestants. Le duc d'Anjou, futur Henri III, résida lui-même à Loches pendant une quinzaine de jours avant d'aller livrer la bataille de Moncontour, le 3 Octobre 1569, qu'il remporta contre les protestants. Hercule-François, duc d'Alençon, jeune frère d’Henri III fut nommé  seigneur du Comté de Loches en 1579 (connaitresavoir.canalblog.com).

 

Pendant une partie du XVIe siècle, le domaine de Loches entre dans la composition des apanages qui se succèdent dans le duché de Touraine. La reine Eléonore veuve de Francois Ier, la reine Marie Stuart veuve de François II, le duc François de Valois, la reine Louise veuve de Henri III, obtiennent tour à tour la jouissance du comté de Loches, sous les réserves qui limitent d'ordinaire les facultés des apanagistes. [...]

 

On a la correspondance entre le duc d'Alençon et Honorat de Savoie, marquis de Villars (Alfred Boulay de la Meurthe, Histoire des guerres de religion à Loches et en Touraine, Tome 1, 1906 - www.google.fr/books/edition).

 

L’édit de Beaulieu, également connu sous le nom de paix de Loches, est signé à Beaulieu-lès-Loches par Henri III de France le 6 mai 1576. Il met fin à la cinquième guerre de religion en reconnaissant le culte protestant et en lui accordant de nombreuses garanties. Il est aussi appelé paix de Monsieur, le frère du roi, appelé Monsieur, en étant le principal bénéficiaire malgré sa trahison (fr.wikipedia.org - Edit de Beaulieu).

 

Ducs d'Alençon

 

Le duc Jean d'Alençon fut arrête en 1456, et condamné a mort le 10 octobre 1458, pour une conspiration dont on ne connaît pas la teneur. Ce jugement, rigoureux fut généralement blâmé. Le roi commua la peine en un emprisonnement perpétuel. Jean fut conduit au château de Loches, et y resta jusqu’à l’avènement de Louis XI, qui lui rendit la liberté. À son retour d’un pèlerinage à St-Jacques de Compostelle, Jean, excité à la vengeance, et par ses propres ressentiments, et par les intrigues de quelques moines, conspira cette fois en faveur d’Édouard, roi d’Angleterre. Louis XI le fit arrêter le 8 mai 1470, et reconduire à Loches, puis livrer à une commission qui le condamna encore à la peine de mort le 14 juillet 1471. La peine fut encore commuée, et le duc, mis en prison, y mourut en 1476. René, son fils, fut d’abord en grande faveur auprès de Louis XI. Il allait se retirer auprès du duc de Bretagne, lorsqu’il fut arrête en 1481, et conduit au château de Chinon, où on l’enferma dans une cage de fer pendant trois mois. Il fut condamné à mort le 22 mars 1484, comme simple comte du Perche. L’arrêt ne fut pas mis à exécution ; mais René ne recouvra sa liberté qu’a la mort de Louis XI. Charles VIII lui rendit justice entière, et lui restitua ses biens, ses dignités et ses droits d’apanage et de pairie. Après avoir sagement administré ses biens, le bon René mourut à Alençon le 1er novembre 1492, à l’âge de 52 ans. Charles IV, né à Alençon le 2 septembre 1489, était fils de René et de Marguerite, qui lui fit épouser, l’illustre Marguerite de Valois, sœur de François Ier qui épousera Henri II d'Albret en secondes noces. Comme ce prince n’avait pas laissé d’enfants, le duché d’Alençon devait être réuni à la couronne ; il ne le fut pas encore : le roi en laissa la jouissance a sa sœur bien-aimée. A la mort de cette princesse, la réunion du duché d’Alençon fut prononcée en 1549. Catherine de Médicis fut duchesse d’Alençon de 1559 à 1566. Le 8 février de cette année, Charles IX composa l’apanage de son plus jeune frère (François) du duché d’Alençon et du comté du Perche. Ce prince, plus connu sous le titre de duc d’Anjou, naquit le 18 mars 1554, et à sa confirmation changea son nom d’Hercule en celui de François. Il prit possession d’Alençon le 9 juin 1570 (Biographie universelle ancienne et moderne, Tome 1, 1843 - fr.wikisource.org).

 

Sept nains

 

Que les nains (et les lutins) soient des morts, est une idée que Claude Lecouteux défend depuis longtemps. Il est impossible de ne pas se rallier à son avis. Les nains  d'Orderic Vital dans son Histoire Ecclésiastique (vers 1135) figurent dans la troupe errante de la Maisnie Hellequin. Les pygmées de Gautier Map vivent sous terre et quittent le palais du roi Herla au chant du coq comme les spectres. Le roman de Chrétien de Troyes Le Chevalier à la Charette confirme cette relation (Anne Martineau, Le nain et le chevalier, Essai sur les nains français du moyen âge, 2003 - www.google.fr/books/edition).

 

Il est souvent question, chez nos vieux romanciers, de nains sonnant du cor sur les donjons pour annoncer l'approche de quelque chevalier ou de quelque belle dame, chargés de messages, accompagnant les demoiselles, remplissant l'office de varlets. Ils figuraient, au moins à la fin du moyen âge, dans les cours à côté des fous du roi, dont ils remplissaient même fréquemment les fonctions. On leur rasait la tète, on les revêtait d'un accoutrement grotesque, avec un bonnet orné de grelots, et souvent aussi ils portaient la marotte. La reine Isabeau de Bavière avait une naine. François Ier, Henri II, Catherine de Médicis, etc., eurent des nains à leur service pour les divertir. Le fameux Triboulet, l'un des plus connus parmi les fous de cour, était un nain contrefait. Blaise de Vigenère, qui prétend avoir été servi à Rome, en 1566, dans un banquet chez le cardinal Vitelli, par trente-quatre nains, ajoute quelques renseignements relatifs à ceux de la cour de France, sous François Ier et Henri II, dont le plus petit était Grandjean le Milanais, qu’on portait dans une cage comme un oiseau. La femme de Francois Ier, la reine Claude, et sa fille, la princesse Charlotte, avaient également des naines, dont il est fait mention dans les comptes de dépenses.

 

Catherine de Médicis eut pour les nains un goût particulier, qui semble avoir été poussé jusqu'à une véritable passion. En 1556, la cour de France possédait pour le moins trois nains, dont deux, Bezon et Romanesque, appartenaient spécialement à Catherine, et dont le troisième, Merville, ne tarda point à passer également à son service. Tous trois avaient des gouverneurs et étaient somptueusement vêtus. La même année, Catherine reçut en présent du roi de Pologne deux autres nains, désignés sous le nom du Grand-Pollacre et du Petit-Pollaçon. Il est question aussi de ses naines à diverses reprises dans les comptes de la maison du roi; l'une d'elles, native de Normandie, n'avait pas dix-huit pouces de haut à l'âge de sept ou huit ans. Elle maria ensemble trois couples de nains qui étaient à son service, mais qui ne firent pas souche. En 1578, elle en avait encore cinq, particulièrement Majostry, qui suivait aux frais de la reine les cours d'un collège. Elle laissa par testament six mille écus à chacune de ses naines. Ses fils héritèrent de ce goût. Charles IX fit paraître son nain dans un tournoi en 1563. En 1572, le roi de Pologne lui envoya quatre nains; puis l'empereur d'Allemagne lui fit présent de trois autres, également Polonais. La Pologne parait avoir été tout particulièrement en possession, du moins à cette époque, de produire ces avortons. On en connait deux, Jean de Crésoqui et don Diego de Portugal, qui, en 1577, appartenaient à Henri III. On les habillait comme des poupées; ils dansaient des voltes et des gaillardes pour amuser les courtisans. Henri IV avait trois nains : Xanica ou Janick, Espagnol ; Merlin et Marin Noël. La tradition des nains de cour était si bien affermie, que Rubens ne crut pas pouvoir oublier ce personnage essentiel dans le tableau où il représenta le mariage de Marie de Médicis avec le Béarnais (Victor Fournel, Le vieux Paris: fêtes, jeux et spectacles, 1887 - books.google.fr).

 

Il semble que Vigenère ne confonde pas Grandjean et le Milanais ("hormis ce Milanais") (Dreux du Radier, Des fous, Collection des meilleurs dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l'histoire de France, Tome 8, 1826 - books.google.fr).

 

Ce Milanais en cage renvoie à Ludovic le More.

 

Celui-ci avait fait venir un de ses nains de Milan pour le distraire durant sa captivité en France (Robert de La Sizeranne, Les masques et les visages, Béatrice d'Este et sa cour, 1923 - www.google.fr/books/edition).

 

Comme au temps de Charles le Téméraire, on y voit figurer des géants, des nains, des fées, des ermites. Témoin la curieuse joute donnée par Charles IX, au carnaval de Fontainebleau, l'an 1564. A l'entrée du camp se dresse un  ermitage dont la cloche annonce la venue des assaillants. A côté s'élève le château enchanté, défendu par une troupe de démons , et dont la porte est gardée par un géant et un nain. Six dames, dont la beauté est l'objet du cartel, paraissent «habillées en Nymphes à cheval» et après avoir fait le tour du camp vont se ranger sous la tribune royale. Alors commence la joute, au cours de laquelle les défenseurs du château résistent aux assaillants. Ce dispositif se retrouve avec de très légères variantes dans la plupart des tournois de la même époque (Henry Prunières, Le ballet de cour en France avant Benserade et Lully, suivi du Ballet de la délivrance de Renaud, 1914 - www.google.fr/books/edition).

 

Mélusine, femme-serpent

 

On pense au conte de Blanche-Neige qui est du type de la ménagère mystérieuse. Celui-ci raconte que sous la peau d'un animal se cache une jeune fille s'introduisant dans la maison d'un homme et y mettant de l'ordre. Ce dernier lui dérobe son enveloppe pour l'épouser. Cela se termine par l'échec du mariage mélusinien avec une femme d'outre-monde (Jean-Loïc Le quellec, Bernard Sergent, Dictionnaire critique de mythologie, 2017 - www.google.fr/books/edition).

 

Si la Mélusine poitevine est à moitié serpent et a dix enfants de Raimond de Lusignan, la Mélusine luxembourgeoise a sept enfants-cygnes de Sigfried.

 

Une légende rapporte qu'après s'être dérobée, Mélusine se réfugia en Dauphiné dans la grotte de Sassenage au milieu de laquelle s'ouvraient, largement béantes, deux cuves cylindriques creusées par la nature à même le roc et qui, à sec pendant toute l'année, ne se remplissaient d'eau que le jour des Rois (La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest, Volume 73, 1962 - www.google.fr/books/edition).

 

À la fin de l'année 1446, ayant conspiré contre Agnès Sorel et Pierre II de Brézé, le dauphin Louis fut chassé de la cour et se réfugia dans son gouvernement, en Dauphiné. Il se marie sans le consentement de son père à Charlotte de Savoie en 1451 et il se réfugie en Brabant en 1456 (fr.wikipedia.org - Louis XI).

 

A la mort de Charles VII, Louis XI fit constituer prisonnier Pierre de Brézé, comte de Maulévrier, au château de Loches ; pour en sortir, il promit d'aller en Sicile servir le duc d'Anjou, et consentit au mariage de son fils avec la sœur naturelle du roi, le 21 mars 1461. Il fut tué à la bataille de Montlhéry, le 17 juillet 1465. Son fils, Jacques de Brézé, avait eu de Charlotte de France, fille de Charles VII et d'Agnès Sorel, Louis de Brézé, comte de Maulevrier, grand veneur de France, qui épousa la fameuse Diane de Poitiers, petite-fille, du second mariage, d'Aymar de Poitiers, sire de Saint-Vallier, dont la première femme fut Marie de Valois (1450-1470), légitimée de Louis XI et de Marguerite de sassenage (Félix Dupuis, Un procès au XVe siècle, Mémoires, Volumes 11-12, Société des antiquaires de l'Ouest, 1845 - books.google.fr).

 

Parmi les femmes de ce nom, il en est une fort connue, la belle comtesse de Sassenage, maîtresse titre de Louis XI ; ce qui ne la retenait pas d'entretenir de secrètes amours avec le comte de Maulevrier, gentilhomme de plaisante tournure et enjôleur, de surcroît. A s'en rapporter à une tradition véritable ou fabuleuse, il échut, une fois, à cette double maîtresse de se laisser leurrer dans une comique aventure dont hélas ! le dénouement fut tragique. Cet incident se produisit au temps du carnaval de l'année 1465, alors que Louis XI et son entourage résidaient au château de Loches en Touraine (La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest, Volume 73, 1962 - www.google.fr/books/edition, Alexandre Bailly, Mystères des vieux châteaux de France, Tome 1, 1848 - books.google.fr).

 

Au mois de mai 1573, Chicot était devant la Rochelle et il fut chargé d'une mission à Gourdon. Quelque temps après, on le rencontre devant Lusignan, mais Villars ayant laissé la direction du siège à Monsieur de Montpensier, il n'assista pas à la destruction de cette cité fondée - dit la légende - par la fée Mélusine,  puis il revint à Loches (J. Mathorez, Histoire de Chicot, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1914 - www.google.fr/books/edition).

 

Les Savoie et les Sforza

 

Philippe II, dit Sans Terre, appelé communément Philippe II de Savoie voire Philippe de Bresse, né à Chambéry le 5 février 1438, mort à Chambéry le 7 novembre 1497, fut duc de Savoie et d'Aoste, comte de Genève et prince de Piémont de 1496 à 1497. Il était fils de Louis Ier, duc de Savoie et prince de Piémont, et d'Anne de Lusignan.

 

De Marguerite de Bourbon (1438 - 1483), fille de Charles Ier, duc de Bourbon, et d'Agnès de Bourgogne, il a Louise (1476 - 1531), mariée en 1488 à Charles d'Orléans, comte d'Angoulême (1459 † 1496). De cette union est issu le roi de France François Ier.

 

De Libéra Portoneri naît René, dit le «Grand Bâtard de Savoie», (1473-1525), légitimé en 1496, puis 1499, est comte de Villars-en-Bresse (1497-1525) et de Tende (1501-1525), gouverneur de Nice et de Provence, chef de lignée des Savoie-Villars (dite aussi Savoie-Tende). Il meurt à la suite de la défaite subie par l'armée française à Pavie, lors de la sixième guerre d'Italie (fr.wikipedia.org - Philippe II (duc de Savoie)).

 

Amé IX, duc de Savoie, sollicita de Louis XI, son beau-frère, la liberté de son frère Philippe, qui avait été son ennemi, et qui était encore détenu au château de Loches ; Amé réussit dans sa demande (Antoine-Charles-Nicolas de La Teyssonnière, Recherches historiques sur le département de l'Ain, Tome 5, 1844 - www.google.fr/books/edition).

 

Bonne, soeur de Philippe, épouse Galéas Marie Sforza, en mai 1468, ils ont quatre enfants, dont : Jean Galéas II (1469-1494), qui succède à son père et épouse Isabelle de Naples (1470-1524) ; Blanche-Marie (1472-1510) qui épouse, en 1474, en premières noces le duc de Savoie et son cousin, Philibert Ier, puis en 1493, l'empereur Maximilien Ier (fr.wikipedia.org - Bonne de Savoie (1449-1503)).

 

En 1451-1452 déjà, le dauphin Louis, futur Louis XI, a épousé Charlotte de Savoie, tandis que sa sœur Yolande s'unissait au futur duc Amédée IX. L'influence de René de Savoie à la cour de France et au Conseil de François Ier intervient dans un contexte où le duc n'est pas en mesure de résister à l'influence française. Oncle du roi, René cumule à la fois les dignités curiales et les responsabilités au Conseil, notamment dans le domaine des finances. Auparavant, il semble que René ait partagé sa jeunesse entre la cour de Milan d'une part, auprès de sa tante Bonne de Savoie, veuve de Galéas-Maria Sforza [frère de Ludovic le More], et la cour de France d'autre part. Son parcours, y compris dans sa dimension courtisane, n'est pas sans faire penser, à la génération suivante, à celui du cardinal de Lorraine qui évolue lui aussi dans un duché situé dans l'orbite française, comme nous le verrons plus tard. Lors de la régence de la duchesse Blanche de Montferrat (1490), René rentre en Savoie avec Philippe, son père, puis, à l'avènement de celui-ci, en 1496, il prend le titre de Bâtard de Savoie, ayant alors été reconnu par le nouveau duc. À la mon de Philippe, son successeur Philibert, demi-frère de René, donne pour apanage à ce dernier le comté de Villars en Bresse, puis, le 12 septembre 1499, il le légitime et le fait gouverneur de Nice ainsi que lieutenant général de ses États. C'est dans ce contexte de grande influence en Savoie que, le 28 janvier 1501, René épouse Anne de Lascaris, fille de Jean-Antoine, comte de Tende, dont elle est héritière. Toutefois, en dépit ou à cause de cette ascension rapide, René entre en conflit avec son demi-frère Philibert. Ce dernier, vraisemblablement poussé par sa femme, Marguerite de Habsbourg, retire bientôt au Bâtard toutes ses fonctions, sans doute parce qu'il le juge trop francophile. Entré en conflit avec son frère, René se réfugie à la cour de France. C'est sans doute à cette époque que se nouent des liens forts, générationnels, entre le frère et la sœur bien sûr, mais aussi entre le Bâtard et Artus Gouffier alors chargé de l'éducation du petit duc d'Angoulême. C'est naturellement que cette femme et ces hommes d'expérience s'imposent ensuite dans l'entourage du jeune roi et peuplent son Conseil et sa cour. Quoi qu'il en soit, le destin français du Grand Bâtard est clairement la conséquence des tensions internes du duché de Savoie. Conseiller et courtisan important mais malgré tout secondaire au cours du règne de Louis XII, René connaît une faveur qui s'accroît considérablement à partir de l'arrivée sur le trône de François Ier, fils de sa demi-sœur Louise de Savoie. Le destin français du Bâtard se renforce alors et il s'impose plus que jamais comme une carte entre les mains du pouvoir royal français qui, manifestement, voit en lui un élément précieux pour deux raisons au moins. D'abord il lui permet de bien contrôler la frontière sud-est du royaume puisque son mariage avec Anne de Tende fait de lui l'un des plus puissants seigneurs aussi bien sur la rivière de Gênes qu'en Provence. Ensuite, il lui offre un intermédiaire précieux avec les cantons suisses (Cédric Michon, François Ier. Les femmes, le pouvoir et la guerre, 2017 - books.google.fr).

 

Honorat, parfois dit Honoré de Villars, est le fils de René de Savoie, dit le Bâtard de Savoie, comte de Villars, Grand Maître de France, et d'Anne Lascaris, comtesse de Tende. Honorat II de Savoie meurt au cours de l'année 1580. Le lieu de mort est quant à lui non attesté précisément. Samuel Guichenon (1660), repris également par des historiens contemporains (Sorrel, 19917 ; Acerra & Martinière, 19979), donne pour lieu Paris. L'historien Jean-Louis Chalmel (1828) indique, pour sa part, que la mort est survenue à Loches. Enfin, la ville de Pressigny-en-Touraine est avancée (fr.wikipedia.org - Honorat II de Savoie).

 

Honorat de Savoie et la poésie

 

Jean Salmon, dit Macrin, naquit à Loudun, en 1490, de Pierre Salmon et de Louise ou Nicole Tyrel. Son grand-père maternel, Amaury Tyrel, commença son éducation en lui apprenant à lire et à écrire ; il passa ensuite sous la férule d'un maître de l'endroit, nommé Pierre Michel, et alla terminer ses études à Paris, où il suivit les leçons du célèbre Jacques le Fèvre d'Étaples. En 1514, on voit déjà paraître le nom du jeune poëte, suivi du surnom de Maternus, à la tête d'une petite pièce de vers. Le docte nourrisson de la muse antique ne tarda pas à fixer l'attention de ses contemporains. Antoine Bohier ou Bouhier, cardinal-archevêque de Bourges, le reçut chez lui comme secrétaire et le garda jusqu'en 1519, année où ce digne prélat mourut. L'année suivante, Macrin devint le commensal de René, bâtard de Savoie, comte de Tende et grand maître de France, mort plus tard, en 1525, des blessures qu'il reçut à la bataille de Pavie. Ce haut personnage lui à confia l'éducation de ses deux fils, Claude, comte de Tende, depuis gouverneur de Provence, et Honorat, marquis de Villars, et, cédant à une aussi puissante recommandation, François Ier admit Macrin au nombre de ses valets de chambre. François Ier et Marguerite de Valois le comblaient à l'envi de leurs bienfaits. Plus d'une fois, l'auguste «protecteur des lettres» qui lui-même se piquait de poésie, daigna faire traduire en vers latins par son valet de chambre les inspirations françaises de sa royale muse. En revanche, Clément Marot, le gracieux héritier des trouvères, faisait passer de temps à autre dans son naïf gaulois les poésies latines de l'Horace français. A son tour, Macrin voulut s'essayer dans cette jeune poésie nationale, à peine sortie avec Marot de son berceau du moyen âge, et qui bégayait encore ses rondeaux et ses ballades, en attendant la grande voix de Ronsard. [...] Sous une foule de rapports, Ronsard et ses poétiques frères d'armes se sont formés à l'école de Macrin; stimulés par une émulation généreuse, ils ont marché sur ses traces; ils ont fait, en français, ce qu'il avait d'abord fait en latin, et n'ont eu, pour ainsi dire, qu'à traduire son exemple (Joseph Boulmier, Salmon macrin, l'Horace français, Bulletin du bibliophile et du bibliothécaire, 1871 - books.google.fr).

 

Acrostiche : SOLA, sole et loche

 

"sola" : provençal "sole" du latin "solea" (S J. Honnorat, Dictionnaire provençal-français; ou, Dictionnaire de la langue d'oc, ancienne et moderne, suivi d'un vocabulaire fançais-provençal, Tome 3, 1847 - books.google.fr).

 

La majeure partie de l'année, s'affirme la suprématie de la viande, sauf en carême où, comme à Fontainebleau en février 1564 ou en Auvergne au début d'avril 1565, le poisson l'emporte : brochets, soles, loches, aloses, carpes, lamproies, brèmes, perches, tanches, merlus, plies, harengs et morues s'ajoutent alors aux grenouilles et aux «huistres en escalle» (Jean Boutier, Alain Dewerpe, Daniel Nordman, Un tour de France royal, le voyage de Charles IX, 1564-1566, 1984 - www.google.fr/books/edition).

 

Voila en peu de mots les avantages de notre incomparable France, & les priviléges qu'elle a sur toutes les autres Nations: car en premier lieu, elle a tous les mets qu'on peut desirer, & que les hommes recherchent le plus, comme les Chapons & les Dindons, les Bécasses & les Perdrix , les Ortolans & les Faisans, les Sangliers & les Cerfs, les Chevreuils & les Dains, le Mouton & le Chevreau, la figue & la prune, la pêche & la pavie, la framboise & le muscat, l'abricot & la cerise, & le damas, la pomme & la poire ; la perche, l'anguille, le brochet, & la carpe, la loutre & le canart, la loche & le grondin, le merlus & la sole, le saumon & le barbeau, & en un mot Tout ce qu'il y a sur la terre & dans l'eau, dans l'air & dans la mer, tour cela, dis-je, se trouve si abondamment en France qu'il y en a pour fournir à tout un Monde ; & je puis dire, qu'il n'y a rien de rare & de curieux, de bon & de délicat (si vous en ôtés le Phoenix qui est un oyseau invisible & imaginaire) qui ne se trouve dans nôtre Estat (François-Savinien d'Alquié, Les délices de la France, Tome 1, 1699 - books.google.fr).

 

Une monnaie de Jean Galeas Marie Sforza, neveu de Ludovic, porte au revers : SOLA FACTA SOLUM DEUM SEQUOR (Créée unique, je ne sers que Dieu : Le phénix sur le bûcher) (Gaetano Bazzi, Vade-mecum del raccoglitore di monete italiane, ossia, Repertorio numismatico, Tome 25, 1886 - www.google.fr/books/edition).

 

Dans une pièce de la fin du moyen âge, il est question du "bon rotisseur de Loche" dans le débat entre Charnau et Caresme (Jean-Claude Aubailly, Deux Jeux de Carnaval de la Fin Du Moyen Âge, La Bataille de Sainct Pensard Á L'encontre de Caresme Et Le Testament de Carmentrant, 1977 - www.google.fr/books/edition).

 

«De sinople à six loches d'argent rangées en fasces 3, 2 et 1, au chef d'azur chargé de trois fleurs de lis d'or». Ici, aucune équivoque : si la composition du chef rappelle l'existence du château, pris d'assaut par Philippe-Auguste à trois reprises et resté annexé à la couronne depuis saint Louis, ces poissons de rivière que l'on dénomme «loches» venaient tout naturellement à l'esprit pour évoquer le nom de la ville. Cependant, il existe plusieurs variantes de ce blason, dont certaines, tenant aux couleurs, sont encore utilisées Çà et là («d'argent à six loches de sable»). Par ailleurs, le nombre des loches varia, suivant les époques, de trois (Pierre de La Planche, 1669) à cinq (d'Hozier) ou même sept (cheminée de la salle des mariages de la mairie). Mais la variante la plus importante concerne la disposition des loches sur le blason : faute d'une précision suffisante dans la description, si elles ont été représentées le plus souvent alignées horizontalement, elles figurent en rangées alternes sur le blason sculpté qui orne la cheminée déjà citée de l'hôtel de ville, ou encore dans la position verticale dans le salon de réception de la préfecture d'Indre-et-Loire (Bernard de Fournoux, Blasons de Touraine, 1987 - www.google.fr/books/edition).

 

Loche

 

"loche" est un nom de poisson passé à la limace (Lazar Saineanu, Les sources indigènes de l'étymologie française: Réalités et mirages, 1925 - www.google.fr/books/edition).

 

"limace", en vieux français, signifie «escargot», «limaçon», que l'on appelle en blésois limas ou lumas (Jacques Soyer, Les noms de lieux du Loiret, recherches sur l'origine et la formation des noms de lieux du département du Loiret, 1979 - www.google.fr/books/edition).

 

Fantôme et carême

 

On ne doit pas oublier que la suppression de ce rite du brûlement a été due souvent à l'initiative des syndics et des maires pour diminuer les chances d'incendie. La combustion du mannequin a donc pu être plus répandue jadis qu'il ne ressort de nos documents ; en tout cas, l'expression brûler Carnaval relevée à Montvernier, Granier, Notre-Dame-des-Milfères, Presles, Les Gets, et celle de «brûler le fantôme» notée à Rumilly, font supposer que la coutume a existé autrefois dans ces localités , quoique elle s'applique aux feux non du mardi gras mais du premier dimanche de carême (A. van Gennep, Le Carnaval et le Carême en savoie, Journal de psychologie normale et pathologique, Volume 22, 1925 - www.google.fr/books/edition).

 

Les récits étiologiques en font alors une créature mutilée, déchue, dont l'existence n'est qu'expiation d'où le lien constant entre l'escargot et la mort. Il incarne en effet les «larves», les esprits errants ou les âmes du Purgatoire dans des rituels qui dessinent un calendrier des relations entre vivants et morts. S'il est toujours aussi apte à passer de l'un à l'autre (mâle et femelle, gras et maigre, chair et poisson, vivant et mort) c'est qu'il n'est ni l'un ni l'autre, que sa place est entre les deux. [...]  Parfois le long temps des spectres et des larves ne prend fin qu'avec la semaine sainte. […]

 

L'escargot devient, entre les mains des cuisinières, une viande ou un poisson incarnant successivement les deux temps du calendrier alimentaire. Mais ceux-ci parfois se rejoignent dans les moments de passage entre le jeûne et l'abondance. D'abord pour la nuit de Noël - de l'Avent aux Douze Jours. [...] Ensuite le mercredi des Cendres, ce jour si disputé entre Carnaval et Carême, peut utiliser la dualité du gastéropode (Claudine Fabre-Vassas, Le soleil des limaçons. In: Études rurales, n°87-88, 1982. La chasse et la cueillette aujourd'hui - www.persee.fr).

 

Les morts que l'on accueille pour le temps de l'hiver, que l'on repousse au moment de l'équinoxe de printemps pour les convier enfin aux fêtes de l'été sont donc - dans une vaste aire culturelle qui va, au moins, du Sud de l'Espagne à la Belgique romane - souvent présents par le truchement des escargots. Au fil des repas on réserve aux défunts les coquilles que leur petite lumière viendra animer. Mais il arrive aussi, souvent, que la référence à l'escargot s'élargisse : il devient une figure de danse, il désigne le personnage funèbre qui conduit le rituel... Dans tous les cas, sa présence vise à instaurer et à contrôler une communication entre l'ici-bas et l'au-delà qui tire le meilleur parti de sa nature indécise.

 

Dans les fêtes provençales, les escargots prennent place dans les rassemblements joyeux qui célèbrent le Christ en majesté, la Vierge ou le saint tutélaire; ils sont alors comme l'incarnation de l'immense foule des ancêtres. Le limaçon glisse sur l'axe du temps dont il ménage les césures : celle du gras et du maigre, celle du retour périodique des âmes (Claudine Fabre-Vassas, Le soleil des limaçons. In: Études rurales, n°87-88, 1982. La chasse et la cueillette aujourd'hui - www.persee.fr).

 

En Suisse et en Alsace, on prétend que les enfants nés au temps de Carême peuvent voir les esprits et les fantômes (Jean-Louis Clade, Superstitions et croyances populaires, Mythes, croyances et légendes, 2015 - www.google.fr/books/edition, Marie Capdecomme, La vie des morts - Enquête sur les fantômes d'hier et d'aujourd'hui, 1997 - www.google.fr/books/edition).

 

L'accusation d'hermaphrodisme était dirigée contre le roi Henri III, un des sept enfants d'Henri II, et contre ses mignons.

 

Escargots et serpents

 

Les petits récits étiologiques expliquent par une déchéance originelle ce qui est perçu comme une inadéquation. L'escargot est en effet terrestre puisqu'il rampe sur le sol, au voisinage des vers et des serpents avec lesquels il partage quelques traits. [...] Il échappe à toute identification il s'évade de toutes les prisons, aussi l'enferme-t-on étroitement car il a la faculté de se couler dans le plus infime interstice. Sa reproduction, selon la croyance, déjoue toutes les règles. Ainsi les œufs d'escargots ne donnent, dit-on, naissance qu'à des serpents et des crapauds, ce qui lui refuse toute descendance. Quant à ses ascendants et germains il en ignore tout. Sa généalogie est donc aussi soumise au principe de discontinuité qui régit sa présence au monde.

 

Des incantations enfantines tout à fait similaires dans l'Europe entière proposent en échange de la sortie des cornes quelques révélations sur sa famille. La plupart du temps la formule affirme que le sort des parents n'est pas encore arrêté : surtout «Je te dirai où est ta mère morte», ce qui laisse entendre que la défunte transite quelque part dans un autre monde dont on souligne les contrastes : elle peut être dans une fosse, un puits obscur, dans le ciel ou, plus précisément, «à la porte de saint Pierre», «à la porte de l'Enfer» [Rolland III : 204]. Ainsi les ancêtres de l'escargot sont-ils toujours en attente ; dans un espace intermédiaire ils endurent leur purgatoire. L'escargot dans l'au-delà poursuit sa condition terrestre : indéfinie, passagère. Tout comme il n'est «ni chair ni poisson», «ni terrestre ni aquatique» il ne sera «ni damné ni sauvé» (Claudine Fabre-Vassas, Le soleil des limaçons. In: Études rurales, n°87-88, 1982. La chasse et la cueillette aujourd'hui - www.persee.fr).

 

Escargot de serpent (Helix nemoralis) : on dit en Roannais qu'il faut se méfier de ce petit escargot des vignes, à la coquille jaune rayée de noir (Alice Taverne, Robert Bouiller, Coutumes et supersititions foréziennes, Volumes 6-7, 1974 - www.google.fr/books/edition).

 

Escargotière

 

1re attest. 1562 escargottiere «lieu où l'on élève les escargots» (Du Pinet, Pline, éd. 1581, I, 372 ds Barb. Misc. 19, no 17); de escargot, suff. -ière (www.cnrtl.fr).

 

La première escargottiere aurait étét inventée par Fulvius Hirpinus peu avant la guerre civile entre César et Pompée (L'histoire du monde de Pline l'Ancien, Tome 1, traduit par Du Pinet de Noroy, 1566 - www.google.fr/books/edition).

 

Guerre civile que furent les guerres de religions.

 

La cargolade se prépare à l'avance ; on peut ramasser soi-même les petits-gris après les pluies de printemps ; ils doivent jeûner 3 semaines dans une cage avec comme seul aliment des brins de thym (Olivier-Marie Delouis, Petit magistère de cuisine médiévale, 275 préparations, miscellanées et interventions gourmandes adaptées du Moyen-Âge, 2020 - www.google.fr/books/edition).

 

Nains de jardin

 

Les légendes allemandes mettent en scène des nains comme Albérich, roi des Nibelungen, ou Laurin souverain du Jardin des roses dans l'épopée de Dietrich de Vérone (Guillaume Alfred Heinrich, Histoire de la littérature allemande, Tome 1, 1888 - www.google.fr/books/edition).

 

Les nains, qui prennent comme modèle ceux de la cour des Médicis, apparaissent dans les jardins italiens, dont l'un des plus célèbres architectes est le Florentin Niccolo Tribolo (1500-1550). Le Louvre possède un nain à l'escargot en bronze de sa main (Alan Gibbon, Guide des bronzes de la Renaissance italienne, 1990 - books.google.fr, fr.wikipedia.org -  Niccolo Tribolo).

 

Le Roi Serpent

 

Tout formé de motifs connus, le conte calabrais du Roi Serpent est caractérisé par un «animalisme» singulier, je ne sais si de goût gothique ou oriental : à partir du début, par le défilé des serpents ou lézards devant la reine, pour finir, dans la description du palais enchanté, par le soin mis à mentionner les animaux d'or qui le peuplent. J'ai ajouté au conte la métamorphose du serpent en homme après s'être dépouillé des sept peaux.

 

Une reine en mal d'enfant accouche d'un serpent après avoir envié un reptile accompagné de ses petits. Placé dans une cage, le serpent finit par demander à se marier. On lui accorde et il tue plusieurs épouse jusqu'à la dernière dont la mère morte lui a donné le secret d’y réchapper (Italo Calvino, Contes populaires italiens: Italie des Apennins : Romagne, Marches, Abuzzes, Molise, Latium. Campanie, Pouilles, Basilicate, Calabre, Tome 3, 1982 - books.google.fr)

 

Il existe un conte breton, le Roi Serpent et le prince de Tréguier, où le "roi serpent" est un roi de Naples (cf. Calabre) (François-Marie Luzel, Traditions orales des Bretons-Armoricains - Légendes chretiennes, 1874 - www.google.fr/books/edition).

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