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L'étoile des Baux I, 28 1578 La tour de Bouq
craindra fuste Barbare, Un temps long temps apres
barque hesperique : Bestail, gens, meubles, tous deux feront grant tare : Taurus & Libra,
quelle mortelle picque ! Avec "Bouq",
"Taurus", "bestail", le quatrain
est très animalier. La Tour de Bouc
près Martigues On s'attendait à Constantinople à ce que la guerre éclatât
entre la France et l'Espagne, et la politique turque ménageait Charles IX. Le
Grand-Vizir se contenta donc de répondre à l'ambassadeur de France, en termes
diplomatiques, que si le duc d'Anjou réussissait à sauver Alger des Espagnols,
la Sultan saurait reconnaître ce service, - phrase polie qui n'engageait pas à grand-chose.
Quelques jours plus tard, Noailles ayant insisté, le Grand-Vizir déclara que le
Sultan était disposé à céder aux vœux du roi de France, mais que les
dignitaires du clergé musulman s'y opposaient et qu'il ne pouvait pas passer
outre : c'était une fin de non-recevoir. Le duc d'Anjou du
renoncer à devenir roi d'Alger. Il ne le serait même pas devenu si la Saint-Barthélemy
n'était pas survenue à ce moment-là , renvoyant aux calendes grecques
l'éventualité d'une rupture avec l'Espagne. La question d'un consulat français
à Alger fut reprise en 1578, et elle aboutit l'année suivante. comme précédemment, on s'était muni de l'agrément du Sultan.
Mais la Régence fit encore opposition, et il fallut retourner à Cous tant inop le pour lui forcer la main. A partir de 1579, il y eut
donc un "consul des Français" à Alger, parfois assisté d'un
vice-consul. Depuis cette date jusqu'Ă 1830, la liste est ininterrompue. Deux
ans plus tĂ´t, en 1577, des consuls avaient Ă©tĂ© installĂ©s sans difficultĂ© Ă
Tunis, d'une part, et à Fès, au Maroc, de l'autre. Au cours de cette période,
la géographie politique du Maghreb achève de se fixer pour plusieurs siècles :
le Maroc est toujours. indépendant. sous
la dynastie chérifienne. Les autres paya forment autant de Pachaliks,
indépendants les uns des autres, mais tous vassaux de Constantinople. Il y a
trois Pschaliks, dont les capitales sont
respectivement Alger, Tunis et Tripoli. Ochiali est
le dernier des détenteurs de la Régence d'Alger qui porte le titre de Begher-Beg, A sa mort, en 1587, le Sultan ne confère pas ce
titre Ă son successeur, et le Fachalik d'Alger
devient tout pareil aux deux autres. Les iisas
traditionnels d'amitié entre Français d'une part, Turcs et Barbaresques de
l'autre, se desserrent à partir des années 1585, lorsque commence en France le règne
de la Ligue. Les pirateries aux dépens de nos navires, et même aux dépens de
nos cotes, recommencent. Comme les Marseillais ont adhéré à la Ligue,
ils sont suspects de complicité avec les Espagnols. Et la Sultan Mourad
autorise ses sujets Ă leur courir sus pour les punir. C'est le moment oĂą, Ă
Constantinople, la France est représentée par un ambassadeur ligueur, que l*on
considère comme un simple agent de Philippe II. Après la mort d'Henri III,
Henri IV refusera les services de cet ambassadeur, et chargera l'ambassadeur de
son alliée, la reine d'Angleterre, de défendre les intérêts français. Les
Provençaux souffrent tellement des incursions barbaresques sur leurs cotes qu'ils décident, an 1585, de former une association
contre le danger commun, sur l'initiative des consuls de Marseille. Tous les
ports de la cote, depuis Martigues, Ă l'Ouest, jusqu'Ă Antibes entrent dans cette
ligue. Ils obtiennent du roi de faire accompagner par leurs délégués un
ambassadeur spécial qui ira porter leurs doléances au Sultan. Déjà les délégués
sont désignés et prêts à s'embarquer lorsqu'un contre-ordre arrive, et l'on surseoit au départ. Le projet sera repris et aboutira en
1588, mais il n'en résultera pas le soulagement espéré "longtemps après" : sous Richelieu Il va sans dire que Richelieu, qui se fit nommer grand
maĂ®tre de l'AmirautĂ© de France en 1626,Â
déclare la côte absolument ouverte aux descentes espagnoles et
barbaresques. Il marque les lieux Ă fortifier : la tour de Bouc, qui pourrait
protéger 25 galères et sert actuellement d'escale à celles d'Espagne qui vont
en Italie ; Marseille, «port admirable» où 200 galères au moins pourraient
mouiller et qui pourrait abriter 40 vaisseaux dans sa rade ; la Ciotat, qui,
fortifiée, pourrait protéger 20 galères ; Toulon, dans le «goulfe»
duquel plusieurs escadres seraient en sûreté ; enfin, les bonnes rades d'îles
comme Porquerolles, qui servent aux pirates et aux Espagnols. Il représente au
roi l'importance stratégique de la côte provençale dont le dénuement seul rend
le roi catholique seigneur absolu de toute l'Italie Pour Richelieu et la Marine, cf. quatrain V, 64 -
Waldeck-Rousseau - 1901-1902. "Taureau, Libra, quelle mortelle picque" : comète Ceux qui blâmoient l'expédition
d'Afrique, profitèrent de l'apparition d'une comète, pour insinuer au Roi que
ce phénomène présageoit quelque malheur au Portugal,
& qu'il falloit changer de dessein. «Non,
répondit-il, non, je n'en changerai point : la comète ne paroît
pas pour condamner mon entreprise, mais pour épouvanter ceux à qui je vais
faire la guerre.» Amurat III se flattoit
de même à Constantinople, & disoit que la comète
lui annonçoit la ruine des Princes Chrétiens Au Ier siècle de notre ère, on
distinguait déjà neuf espèces de comètes que nous décrit Pline l'Ancien dans
son Histoire naturelle: « Les Grecs appellent "comètes", les Romains
"étoiles chevelues", celles qui sont hérissées d'une touffe de poils
couleur de sang, se dressant Ă leur sommet comme une chevelure. Les Grecs
nomment "Pogonias" (barbues) celles qui
traînent à leur partie inférieure une crinière en forme de longue barbe. Les
"Acontias", prĂ©sages d'Ă©vĂ©nements tout Ă
fait imminents, filent comme des javelots. Les comètes plus courtes et
terminées en pointe ont reçu le nom de "Xiphias" : plus pâles que
toutes les autres, elles ont le reflet de l'épée, sans aucun rayon; le "Disceus" (discoïde) également, qui répond à son nom,
mais avec la couleur de l'ambre, ne projette que peu de rayons hors de son
contour. Le "Pitheus" offre la forme d'un
tonneau dont la concavité renferme une lueur fumeuse. Les "Ceratias"
ont l'apparence d'une corne. Les "Lampadias"
imitent les torches ardentes; les "Hippias", des crinières de chevaux
animées d'un mouvement très rapide et tournoyant sur elles-mêmes. On rencontre
aussi des comètes "boucs", d'aspect poilu, enveloppées d'une sorte de
nuage. Il est arrivé une fois qu'une crinière s'est changée en lance» Le patricien Gênois Girolamo
Franchi di Conestaggio écrit après son séjour au
Portugal entre 1578 et 1582, que le
neuvième jour de novembre 1577, il "apparut dans le zodiaque, au signe de
la Balance, auprès du lieu où estoit pour lors l'estoile de Mars, la plus belle et plus grande de toutes
les cornettes qui ont esté veuës
dés long temps ençà " LXXI. En ce temps, paraissait une étoile au ciel, de la
longueur d'une lance, une heure devant le soleil couché, étant fort chevelue,
et continua à paraître jusqu'à la mi-décembre suivante (1577) La comète de 1577 donne lieu dans toute l'Europe à une
littérature abondante. Les livres de raison synthétisent souvent cette production,
indiquant en ceci qu'elle n'est pas seulement un phénomène d'images
littéraires, mais qu'elle plonge au plus profond de la sensibilité et du
savoir. Ainsi Claude Haton, alors que une gresle «grosse comme oeufs
de poule», le tonnerre espouvanter le peuple de
Nogent-sur-Seine, «courant impétueusement
par les rues en forme d'un taureau couronné et effarouché, qui hurloit et mugissoit d'un cry espouvantable...», une
bête monstrueuse et inconnue dévorer les enfants en Brie, attarde son récit sur
le mois de novembre, quand « s'apparoissoit une
cornette non usitée d'estre vue ». A la description
et au dessin, il ajoute une interprétation du signe, annonciateur de «mutation de royaumes et d'Estat», épousant dans son système de pensée les idées «des anciens et vieilz
gens, qui jà par expérience avoient veu le mal
advenir par tels signes en leur temps». La répétition est donc le fondement
de la connaissance de l'immédiat. La référence à «l'expérience» n'est pas sans
figurer un autre truchement de la saisie du signe que la littérature
prodigieuse ; mais celle-ci est aussi rappelée dans les lignes consacrées à la
comète. C. Haton cite certaines de ses sources, tels François Guintini, Lefèvre d'Etaples, le Fascicula
tempora (?) ; son allusion à la grande clarté du 15
janvier 1572, qui révéla le combat acharné de 2 troupes de combattants - «en
l'année mesme, au mois d'aoust,
advint la sédition et massacre de Paris faict le jour
de la St Bartholomy» - renvoie à une topique des
pronostications pour 1572. Psychologie donc de l'attente de la rupture dans cette
conscience de la répétition. La comète, «crineuse», «chevelue», suscite, dans le livre mémorial
d'Eustache Piémont, l'énoncé d'une déchirure, d'un point d'origine du drame du
vécu, comète «depuis laquelle tant de revoltements de
peuple et de meurtres nous sont advenus». Temps crucial rétroactivement, appréhension
qui adhère aux exposés et aux conclusions littéraires, et qui trahit une étroite
symbiose entre la culture matricielle des « canards » et la relation
individuelle Ă la nature et au devenir. Selon Guillaume Paradin,
en effet, les signes du ciel, les comètes, traduisent dans le monde sensible
l'immense pitié de Dieu - «nostre bon Dieu
clément et pitoyable, ne veuillant la mort des
pêcheurs mais la conversion» La comète apparut
en Belgique en novembre entre les constellations du Taureau et des gémeaux La grande comète de 1577, connue sous le nom technique
C/1577 V1, est passée près de la Terre pendant l'année 1577. La comète a été
vue par des gens à travers toute l'Europe, y compris par le célèbre astronome
danois Tycho Brahe du 13 novembre 1577 au 26
janvier 1578. De ses observations, Brahe a pu découvrir que les comètes et
objets similaires voyageaient au-dessus de l'atmosphère terrestre. En se basant
sur les croquis trouvés sur des brouillons de Brahe, il est possible que la
comète soit passée près de la planète Vénus. Ces croquis présentent la Terre au
centre, avec le Soleil tournant autour d'elle, et les autres planètes connues
tournant autour du Soleil. C'était l'hypothèse personnelle de Brahe, basée sur
l'agencement du système solaire, qui aujourd'hui a changé suivant la théorie de
l'héliocentrisme. Malgré cette mauvaise vision du système solaire, les milliers
de mesures très précises prises par Brahe ont permis à Johannes Kepler de
théoriser les lois des mouvements des planètes connues sous le nom de Lois de
Kepler. Malgré toutes les mesures que Brahe avait prises, il ne put calculer
exactement la distance entre la comète et l'atmosphère de la Terre. La
découverte de Brahe que les comètes étaient des objets extra-terrestres même si
elle fut communément admise posa quelques questionnements : quelle est la
nature de ces objets, d'oĂą viennent-ils, avaient-ils un chemin qu'ils suivaient
? Ces questions, parmi tant d'autres, furent fortement débattues pendant le
XVIIe siècle, et beaucoup de théories circulèrent parmi la communauté des
astronomes. Galilée affirma que les comètes étaient des phénomènes optiques, ce
faisant, leurs parallaxes étaient impossibles à mesurer. Cette hypothèse
n'était pas largement acceptée. Le passage de la comète en 1577 permit aux
théories sur les comètes, leur nature et place dans le ciel d'être
drastiquement réévaluées et de mettre en place les bases de l'observation
spatiale des comètes. Parmi les découvertes que Brahe fit, il remarqua que les
queues des comètes étaient dirigées à l'opposé du Soleil "mortelle picque" Un certain François Junctin
saisit cette occasion pour publier chez un imprimeur lyonnais une brochure
in-8o de seize pages, ou Discours de ce que menace devoir advenir la comète
aperçue le 12 de ce présent mois de novembre 1577 laquelle se voit aujourd'hui
encore Ă Lyon et autres lieux : ce
fut un avertissement et avant-coureur pour nous prédire les malheurs qui sont ci-après
advenus par révolte de peuples, par guerres, pestes, famines et autres fléaux par lesquels Dieu a visité et châtié
le peuple Martigues Henri III avait nommé gouverneur de Bretagne
Philippe-Emmanuel de Vaudemont, duc de Mercœur, frère
de la reine. S'imaginant, Ă la mort du monarque, que le royaume allait se
démembrer, Mercœur conçut le projet de se rendre souverain dans son
gouvernement, à l'aide des prétentions de Marie de Luxembourg-Martigues, sa
femme, héritière de la maison de Penthièvre. Marie de Luxembourg-Martigues
était fille de Sébastien de Luxembourg-Martigues, comte, puis duc de
Penthièvre, du chef de sa mere Charlotte de Brosse, seur et héritière de Jean de Brosse, dit de Bretagne, et
arrière-petite fille de François de Luxembourg, premier vicomte de Martigues de
cette maison, second fils de Thibaut de Luxembourg, sieur de Fiennes, frère
puîné du fameux connétable de Saint-Pol. Philippe-Emmanuel
trouva beaucoup de gentilshommes disposés à le seconder, dans l'espérance
d'avoir un prince particulier. Cependant, comme il ne se sentait pas assez fort
contre les troupes qu’Henri IV lui opposait, il appela les Espagnols à son
secours : Henri eut recours aux Anglais. Les deux nations sollicitées
envoyèrent des troupes en nombre à peu près égal, qui perpétuèrent la guerre
dans cette province Cf. quatrain IX,
87 - Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur - 2167-2168. En août 1608, les habitants du sud la France, de
Marseille à Gênes, des prodiges célestes sont relatés dans une chronique
d'époque intitulée "Discours des
terribles et espouvantables signes apparus sur la mer
Gennes". Dans le ciel de Martigues ont lieu des combats aériens
laissant une odeur de salpêtre En 1591, sous le règne d'Henri IV, la galère du nonce
apostolique aborde à la Tour de Bouc en route vers l'Espagne. Cette même année
en avril on voit à Marseille une comète passant dans le ciel du Ponant au Levant L'étang de Berre, au sud duquel Martigues se trouve,
était appelé Sinus Astromela (aster : étoile en
latin) ou Mastromela. Le massif de l'Etoile se trouve
au nord de Marseille et Ă l'est de Martigues. Le fief de Martigues avait appartenu Ă la Maison des Baux
dont le blason porte une étoile à 16 rais repris par les Luxembourg-Brienne. Cette
étoile est supposément celle des rois mages "Au hasard Balthazar !" est la devise hardie
des Seigneurs de Baux qui prétendent descendre du roi mage Balthazar Dans un «ramas de
divers escrits, tant en prose qu'en poésie, publiez
et semez pour et contre la journée de la Saint-Barthélémy»,
Pierre de l'Estoille signale des «Vers latins Sur l'estoile nouvelle, qui se voyoit sur Paris et partout, au mois de novembre», et
précise que «Beze
et autres poètes huguenots comparaient cette étoille
à celle qui apparut aux Mages, et le Roy Charles à Hérode» Tycho, en refusant l'analogie
de nature proposée par certains auteurs entre l'astre de 1572 et l'étoile des
mages, excluait implicitement qu'elle pût annoncer la seconde venue du Christ sur Terre Francis Courtès, Le discours scientifique du baroque, 1987 - books.google.fr Un événement de 1579 concernant La Tour de Bouc Carherine de Médicis, en séjour à Marseille, écrit à son fils le roi de France Henri III une lettre en juin 1579 : Je ne veulx aussy oublier à vous dire qu'il adveint depuis trois jours que vingt-quatre ou vingt-cinq gallères retournans en Espaigne, y menans le cardinal Grandvelle et commandées par Marcel Doria1, passans avant hier icy auprès en voz costes, arrivèrent à ung petit fort appelé la Cerdat, où ils entrèrent sans saluer vos bendières, comme c'estoit leur devoir et la coustume de la mer; et non contens d'avoir faict cette faute ou mespris, adveint que quelques gentilzhommes espaignolz et aultres de ladicte nation, estans sur les gallères, meirent pied à terre au lieu de la Cerdat, et y estans se voullurent jouer avec les femmes et filles, aucuns d'eux mettans la main sur leur sain, ce qui fut cause que les habitans, qui desjà estoient fachés du mespris faict de saluer vos bandières et trouvans aussy mauvais les privautés et façon de faire dont usoient lesdicts Espaignolz avec leurs femmes et filles, s'émeurent incontinant et commencèrent à jetter pierres et à courir sus à iceulx Espaignolz; et sur cela Marcel Doria, qui commande ausdites gallères, voulant secourir ceulx qui estoient descenduz de ses gallères, mit aussy pied à terre et quelques ungs des siens, mais luy et les aultres feurent contraincts à se retirer dilligemment, eulx et leurs gallères, qui se meirent pour la nuict au pellaige attendant le vend; il y a esté tué dix ou douze desdits Espagnols, et, pour ce que je pense bien que la plainte en viendra incontinent au roy d'Espaigne, j'en ay aussytost adverty St Gouard, vostre ambassadeur, par courier exprès, et luy ay amplement représenté le faict ainsy qu'il est passé, et comme à l'instant j'ay envoyé sur les lieux informer dudict faict, et que, s'il y a de la faulte de ceulx dudit Cerdat, je les en feray bien pugnir et chastier. Lesdictes gallères, à cause du temps qui leur feut contraire, ne peurent aller couscher qu'à la tour du Bouc, dépendant de Martigues qui est aussy bien près d'icy, où le capitaine Rouguier, qui a charge soubs mon cousin le duc de Mercure, pourra offrir au cardinal Grandvelle raffraichissemens et aultres commodités dont il pourroit avoir besoin. L'on dict que ledit cardinal Grandvelle est mandé par le roy d'Espaigne pour le laisser audit païs, d'aultant que icelluy s roy veult aller luy-mesmes en Portugal avec une forte armée, pour laquelle il y a environ mils Espaignols des vieilles garnisons qui sont sur les gallères, et que bien tost après luy doibt venir un bon nombre d'Italliens et ung régiment de quatre mil lansquenets. Voylà , onsieur mon fils, ce que l'on m'a dict qu'asseura le secrétaire dudict cardinal Grandvelle qui veint par mer, sans estre congneu, en ceste ville, où il disna; et, à ce que j'entends, il s'enquit fort de l'estat de ceste province, et fut bien esbahy, saichant que les armes y estoient pozées de part et d'aultre, et les villes et chasteaux rendus. Il s'enquit aussy fort de ce que faisoit. (?) vous aiant bien voullu donner advis de ce que dessus, et vous dire que quand je vous escripvis dernièrement que les gallères et le cardinal de Grandvelle estoient passés, elles feurent contrainctes relascher à (?), à cause du vent qui leur estoit contraire. Il nous a été impossible de savoir quel était ce Doria. Et quant à l'épisode du cardinal de Granvelle, raconté si au long par Catherine de Médicis, il a échappé aux historiens. Ce lieu de la Cerdat ne se retrouve pas; mais la copie du ms. fr. 3319 est souvent fautive. L'île de la Tour de Bouc est située dans la Méditerranée; le port de Bouc est une sorte de chenal qui conduit à l'étang de Berre et offre un refuge aux navires battus par le vent du Midi. La commune de Port-de-Bouc fait partie aujourd'hui du canton de Martigues. (Hector de La Ferrière-Percy, Lettres de Catherine de Médicis, Tome 7 : 1579 - 1581, 1899 - books.google.fr). Un rapport sur les forts de Cassis et de La Ciotat est fait à la cour des comptes d'Aix-en-Provence en 1582 (Fabrice Micallef, Le bâtard royal,Henri d'Angoulême dans l'ombre des Valois (1551-1586), 2018 - books.google.fr). Henri II, par ses lettres données à Saint-Germain-en-Laye, le 3 septembre 1550, prit certaines dispositions pour la garde de la Tour du Balouard qui avait été construite, à cet effet, au bord de «l'entrée de mer» du Rhône de Passon, «pour réprimer les courses et pilleries pilleries que anciennement nos ennemis et malveillans faisoient par leurs pirates et coursaires». Le grau d'Enfer ou de Passon fut jalonné par des signaux dont la garde fut confiée au capitaine Pierre Brouard, et défendu par un «bastion de terre», dont le roi ordonna la constrution en 1572. Voici en quels termes s'exprime un des informateurs, alarmé du péril que ces incursions font courir à la navigation de la côte provençale : «[Il faut] jalonner, dit-il, le passage qui aura esté recogneu estre, ce que faisant il ne se perdroit aulcung vaisseau comme faict de présent ; et la quelle tour et garde serviroit contre les coursaires et escumeurs de mer et autres ennemys, qui secrètement habordent de nuict dedans la Calle ou Port d'Enfer, pour attrapper les subjectz du Roy, tant pescheurs que voituriers, allant et venant d'Arles au dict Marseille; serviroit aussi la tour et garde d'autant que les galliotes des Turcz, venant de Barbarie, font leur premyere demeure aux isles d'Yères et des dictes Yères s'en viennent droict habourder de nuict et se cachent, à la dicte Calle d'Enfer, comme scaichant et bien infourmés là estre le passage de traffique de Provence et Languedoc, lesquels Turcz estant descouvertz par la dicte garde , par signes de feu le lieu prochain des Maries en seroit adverty et feroit les descouvertes et advertissemnts par toute la coste de Languedoc et aussi en seroit advertye la tour et forteresse de Bouc; donc ceste ville de Marseille en seroit advertye et par conséquent toute la cote de ceste province, que reviendroit au grand prouffict des subjects de S. Mte.» De ces tours de défense, il ne reste plus guère que le souvenir. Elles ont du moins, pour nous, l'inestimable mérite de servir de jalons dans l'étude historique d'une région qui a considérablement changé, depuis l'époque où les Barbaresques parcouraient les eaux des «Rhônes morts», à la recherche des «lahuts» de Provence. La Tour du Balouard avait été construite vers 1470 et fut abandonnée en 1587 : elle défendait le confluent du Rhône de Passon avec le grand Rhône (Revue tunisienne, Numéros 9-12, 1932 - books.google.fr). La Cerdat : La Ciotat ? La Ciotat : Citharista portus était la marine d'un important oppidum ligure, lequel est devenu Parrochia Cytharista au Moyen-Age, et l'actuel Ceyreste (Bollettino della R. Deputazione di storia patria per la Liguria, Sezione ingauna e intemelia, Volumes 23-24, 1957 - books.google.fr). Les coordonnées erronées de Ptolémée de la ville antique Tauroentum la placent au large de La Ciotat. Les habitants de La Ciotat appellent l'Ile-Verte au Sud de leur ville, qui réellement se nomme l'île du Torrent. Il y avait deux îles désignées sous le nom de Torenti, Thorent, etc. La république de Marseille avait sur l'île de Bouc un fort appelé lou Casteou-Marsillés et que l'ile elle-même avait perdu son ancien nom de Metapina pour prendre celui de Corrento par transmutation si simple et si naturelle du t en c (Thorent dans un mémoire du XVIe siècle), dû peut-être, à ce que pense le rédacteur, au courant qui se forme à l'entrée de Bouc. Plusieurs lieux sur la côte de Provence, ont porté le nom de Tauroïs, Tauroentum, Tauroenta, Taurention, Tauroention, Tauroeïs. Ces variantes d'un même nom primitif indiqueraient au besoin les applications et usages divers qu'on dut en faire. Nous pensons que ces lieux étaient fortifiés et qu'on les nommait ainsi à cause du Taureau cornupète qu'on trouve sur plusieurs médailles de Marseille (E.M. Masse, Le canton de La Ciotat, Répertoire des travaux de la Société de Statistique de Marseille, Volume 5, 1841 - books.google.fr). L'église de cette localité est dédiée à Marie depuis des siècles. La Ciotat dépendait de Saint-Victor. Son église de Sainte-Marie serait citée dans une bulle d'Innocent II, qui en confirme la possession à ce monastère, le 18 juin 1135, si nous en croyons les annotateurs du cartulaire de Saint-Victor. Peut-être cette église, désignée sous le nom de Sancta Maria de Cydarista, n'est-elle autre chose que celle de Ceyreste (Henri Jaubert, Notice sur les anciennes madones du diocèse de Marseille, 1890 - books.google.fr). Taurus, Libra et les environs de Marseille Philippe Marnix de Sainte Aldegonde introduit un argument nouveau très intéressant à propos des saints guérisseurs : «Mais attendez un petit, nous n'en sommes encore au bout : car chacun d'eux a encor son membre en particulier a gouverner au corps humain, ainsi que les Astrologiens attribuent aux douze signes celestes du zodiac; car S. Otilie gouverne la teste, en lieu du premier signe qui est Aries, combien qu'elle en recommande la langue à S. Catharine, laquelle pour ce regard a un gouvernement de grande estenduë, principalement entre les bonnes commeres; et desia nous avons veu que S. Appollonie a prins les dents à sa charge; puis apres S. Blaise est ordonné par dessus le col en lieu du signe de Taurus, sainct Laurens a en sa charge le dos, l'eschine et les espaules en lieu de Gemini, Cancer, Leo, S. Erasme regne sur tout le ventre, avec les entrailles en lieu de Libra et de Scorpius : combien que S. Apolinaire se mesle aussi du gouvernement de Scorpius; car il preside aux parties honteuses, comme jadis faisoit Priapus : et puis en lieu des quatre signes restans, à sçavoir Sagittarius, Capricornus, Aquarius et Pisces, saincte Eglise Romaine y a substitué S. Burchard, S. Roch, S. Quirin et S. Iean, et je ne sçay quels autres qui gouvernent les cuisses, les genouls, les jambes, et les pieds.» Si la démonstration de Marnix est peu rigoureuse, un saint correspond à plusieurs signes du zodiaque on peut surtout se demander pourquoi l'auteur ne franchit pas l'étape suivante : s'interroger sur les relations des dates des fêtes des saints et de la période de leur signe astrologique. On voit qu'une telle question est directement issue de ces lignes. Si, depuis l'Antiquité, la doctrine de la mélothésie affirme, en accord avec l'image popularisée par l'homme zodiacal, que chaque signe gouverne une partie du corps humain, les saints qui régissent cette même partie, ne vont-ils pas être fêtés surtout dans la période où le signe exerce son influence, faste ou néfaste ? (Claude Gaignebet, A plus hault sens, l'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Tome 1, 1986 - books.google.fr, Philips Van Marnix van Sint-Aldegonde, Tableau des différends de la religion, Tome 3, 1857 - books.google.fr). Evêque de Formies, près de Gaète, Erasme fut martyrisé dans d'affreux tourments, en 303, sous Dioclétien, par des Lombards ariens. Sa fête est le 2 juin. Son corps fut transporté à Gaète en 842. Certains prétendent que saint Erasme est honoré comme patron des marins parce que, dans son martyre, le treuil sur lequel furent entourés ses intestins rappelait le cabestan des navires; mais cette relation avec la marine est bien éloignée. Les marins italiens appelaient saint Erasme, Elmo ou Ermo, et l'invoquaient communément dans les tempêtes. Par la suite, sous le nom de saint Elme, Erasme fut le protecteur de tous les marins qui naviguaient en Méditerranée. Dans les idées des chrétiens du Moyen-Age, saint Erasme ou Elme était le troisième des quinze grands protecteurs de l'Occident, qui sont : S. S Georges, Blaise, Elme, Pantaléon, Vit, Christophe, Denis, Cyriaque, Acace, Eustache, Gilles, Magne, Marguerite, Catherine, Barbe. Le château Saint Elme à Naples est nommé Château d'Erasme dans de vieux documents. Saint Elme fut honoré à La Ciotat. «Un barquihoun au grand Sant Eume». (F. Mistral Calendal) (Bulletin de l'Académie du Var, Volumes 112-113, 1940 - books.google.fr). "Erasmus" : «amabile», «desiderato» (Claudio Leonardi, Il grande libro dei santi, dizionario enciclopedico, Tome 1, 1998 - books.google.fr). Le patron de l'église de Ceyreste est saint Blaise. L'archevêque d'Arles était seigneur temporel et spirituel de Saint-Mitre et de Château-Veiré où se trouve la chapelle antique de Saint Blaise. A Arles même une église en son nom remontant au VIe siècle se trouve dans l'enclos de Saint Césaire (Claire Tiévant, Almanach de la mémoire et des coutumes, Provence, 1984 - books.google.fr, www.patrimoine.ville-arles.fr). L'Eglise orthodoxe solemnise Saint-Blaise le 11 février. En Occident, la fête de saint Blaise parut plus tard : on la trouve indiquée au 3 février en bon nombre de martyrologes, notamment dans les exemplaires d'Usuard. Dans d'anciens martyrologes romains elle est au 15 février : il y eut à ce sujet des variations (Quentin, Les martyrol. histor. du Moyen Age, p. 495, note). Le martyrologe romain s'en tient au 3 février. On retrouve encore le nom de Blaise à d'autres dates : ainsi au 8 mai, en raison d'une translation de ses reliques; au 12 et au 29 mai (mais peut-être est-ce un autre saint du nom de Blaise); au 12 juin, invention du chef à Orbitello (Vies des saints et des bienheureux selon l'ordre du calendrier, avec l'historique des fêtes, Tome 2, 1936 - books.google.fr). Pour le 8 mai et Blaise, dans le Taureau (avril - mai), il semble que cela se rapporte à Materea, province de Potenza, dans la région Basilicate, sur la côte tyrrhénienne entre Campanie et Calabre. Le Formia d'Erasme est en Campanie sur la côte de la même mer (Remo Carulli, Matera e Basilicata, 2022 - books.google.fr, www.maratea.info, it.wikipedia.org - Festa della traslazione delle reliquie di San Biagio). Lorsque la ville de Formies, où Érasme avait été martyrisé selon la légende, fut prise et détruite par les Sarrasins en 846, les reliques du saint furent transférées à Gaète, dont il devint le patron (Bulletin de l'Institut historique belge de Rome, Volumes 53-56, 1984 - books.google.fr). Quando nel corso del nono secolo, la supremazia, che i Romani Pontefici esercitavano sul distretto Minturnese, persuase loro, per circostanze richieste da quei tempi d'incursioni, di cingere di mura, munire di torrioni, e migliorare la condizione di Traetto allora esistente, pensarono di ripristinarvi la sede vescovile, essendo stata di già quella di Formia trasportata in Gaeta. Imperciocchè quantunque l' ultimo, e totale eccidio di Formia fosse avvenuto nel mese di settembre dell'anno 846, sotto il pontificato di Sergio II, siccome il Baronio, e Leone Ostiense descrivono, pure fin dall' anno 787, e 788 i vescovi Formiani avevano trasferita la sede vescovile in Gaeta, a ciò indotti dallo continue scorrerie dei popoli barbari, che vennero ad infestare queste belle contrade (Gaetano Ciuffi, Memorie storiche ed archeologiche della città di Traetto, 1854 - books.google.fr). S. Erasmo di Formia, già vescovato, abolito fin dall'anno 846, epoca della distruzione di quella città , essendo vescovo Costantino, che fu il primo della Sede di Gaeta (Onorato Gaetani di Castelmola, Memorie storiche della città di Gaeta, 1885 - books.google.fr). Constantin, évêque de Formia et du château de Gaeta, cédait le Casal Cacciaria à Mauro et Leo. Ce dernier document, signé après l’évêque par Giovanni Ypato de Gaeta, les frères Vani, le comte Palumbo et d’autres, date du 23 septembre (Indiction III), soit l’année 846 (Alessandro Di Meo, Apparato cronologico agli Annali del Regno di Napoli della mezzana eta del padre d. Alessandro Di Meo, 1785 - books.google.fr). La translation d'Erasme à Gaète en septembre 846 la placerait en Balance si c'est après le 22. Blaise et Erasme sont parmi les 14 saints auxiliateurs (nonagones.info - La Croix d’Huriel et Rennes le Château - Blaise et Ursule : division de l’année en 14, nonagones.info - La Chouette d’Or - Pierrette ou l’errance en France - Les roses : Beaux Inconnus et Jolie Mort). Sur un retable du XVe siècle d'origine allemande au musée de Chalon sur Saône, le martyre de Blaise est raconté en plusieurs compartiments. Sur certains on peut voir le gouverneur faisant venir Blaise devant l'idole, et l'adjurer d'adorer Vénus. Le saint refuse; il est battu par les soldats. [...] Saint Blaise précipite la statue païenne dans un étang. Le gouverneur fait jeter le saint dans cet étang. Des soldats se précipitent eux-mêmes dans l'eau, pour en retirer l'idole; ils sont noyés. Saint Blaise sort miraculeusement de l'étang (Inventaire général des richesses d'art de la France, Province, Monuments civils, Tome I, 1878 - books.google.fr). "Taurus & libra" : Vénus Veneris domus sunt Taurus et Libra, ex quibus Libra masculinum signum est, femininum vero Taurus (Iulii Firmici Materni Matheseos libri VIII, Tome 1, 1894 - books.google.fr). "domus veneris" (expression de la Sedacina, oeuvre de Guillaume Sedacer mort en 1382) : métaphore construite à partir de domus et de venus, l'appellation planétaire du cuivre, et qui désigne un creuset de cuivre (Pascale Barthélemy, La sedacina, ou L'oeuvre au crible: Études et outils, 2002 - books.google.fr). Bistournage Chaque année a lieu ce rituel, indispensable, pour maîtriser la reproduction en vue d’obtenir les meilleurs cocardiers possibles. Le bistournage ou castration permet également d’éviter les combats entre taureaux et donc de nombreuses blessures pouvant entraîner la mort de l’un d’entre eux. Les taureaux entiers sont aussi plus agressifs envers les gardians et les cavaliers. Outre la stérilisation, le bistournage modifie profondément le physique et le comportement du taureau. Toutefois la combativité en piste est conservée mais il est moins fantasque et plus difficile à berner. Bistourner vient du provençal «bistouna» ce qui veut dire tourner deux fois. C’est ainsi que l’on procédait alors avec le scrotum du taureau. Une corde était mise en place pour maintenir les testicules dans cette position contrainte, puis retirer au bout d’une semaine. Aujourd’hui si l’on a conservé ce vocable on procède tout autrement. C’est l’utilisation d’une pince dite «Burdizzo» qui s’est généralisée. Celle-ci permet d’écraser le cordon testiculaire. L’intervention et rapide et ne dépasse pas le quart d’heure (Jean-Pierre Trouillas, Un bistournage aux Iscles le 3 décembre 2016, 2016 - vauvert-plus.com). Tous les aspects du travail de l'éleveur préfigureront les jeux pour le gardian, attireront la curiosité des étrangers, la ferveur du peuple camarguais. Ainsi naîtra la caractéristique culturelle pour le reste du pays. Faut-il séparer un animal d'avec ses congénères ? C'est le triage. Faut-il marquer la bête de façon à reconnaître sa provenance, son appartenance ? C'est la «ferrade», ou marquage des animaux au fer rouge. La castration ou «bistournage» devient aussi un travail - jeu - spectacle, donnant lieu à une fête où tout le savoir-faire du gardian et celui de son bayle sont vivement applaudis, appréciés, commentés. Déjà , en 1550, de Quiqueran-Beaujeu mentionne une ferrade, alors qu'en 1564, Charles X et la reine mère furent spectateurs, à Arles, d'un combat entre un lion et une génisse de Camargue. En 1622 en cette même ville, un autre spectacle taurin fut présenté à Louis XIII, donnant «un extrême contentement au Roi et à toute la cour». Le propre de ces représentations était de voir les taureaux donner des coups de corne aux hommes courageux, imprudents, pour gagner le prix au risque de leur vie (Clément Martin, L'île de Camargue, histoire d'un pays singulier, 1989 - books.google.fr). La castration ou bistournage des bouvillons destinés au travail n'allait pas sans dangers et à laquelle le public prêtait volontiers main-forte; le dressage des bœufs sauvages destinés à tirer la charrue, opération difficile, le premier attelage surtout exigeant l'emploi des tridents et l'aide d'un bœuf déjà dressé, d'un dountaire (dompteur). Quant aux autres fêtes et courses, elles faisaient et font encore par endroits partie des réjouissances des fêtes patronales, dont je parlerai dans un autre volume. Comme à la fin des fenaisons, moissons, battages et vendanges, les propriétaires étaient tenus d'offrir un repas festif aux gardians, aux opérateurs et à leurs aides; mais j'ignore si on lui donnait un nom spécial. A ces opérations pastorales, sauf à la ferrade, qui était considérée comme trop dangereuse, participaient deux ou trois musiciens : hautbois, fifre et tambour. L'interdiction de travailler les dimanches et les jours des grandes fêtes chrétiennes valait dans toute la France, autrefois, et subsiste par endroits non pas seulement pour les hommes, mais aussi pour les bêtes de trait, surtout les bœufs et les vaches, moins pour les chevaux, ânes et mulets. Mais tous ont droit au repos le jour de leur saint protecteur spécial, ainsi les chevaux, etc., à la Saint-Éloi, les bœufs à la Saint-Blaise. Sont ou plutôt étaient chômés aussi pour les bêtes domestiques le jour d'une cérémonie familiale (baptême, etc.) et celui de la fête patronale. Ces interdictions ont été relevées par de nombreux auteurs et ne présentent pas d'autre intérêt pour la théorie générale de la magie-religion que de prouver par la tangente le caractère plus ou moins (Arnold van Genne, Manuel de folklore français contemporain, Partie 2 : Du berceau a la tombe (fin) : mariage, funérailles. 1946, 1951 - books.google.fr). "long temps" : sept ans Au XIe siècle, un chevalier Landry, familier du comte d'Anjou, Geoffroy le Barbu, construit au sud de la Loire un château qu'on appelle la Tour Landry; ses descendants seront désormais dénommés «De La Tour Landry». Rien ne les distingue des autres seigneurs angevins. Ils fondent ou enrichissent des prieurés; ils prennent part aux expéditions de leur temps, vont à la croisade, partent avec leur suzerain à la conquête du royaume de Naples, mais surtout arrondissent petit à petit leur patrimoine. Soudain, tout change, lorsque, à la fin du XIIIe siècle, Geoffroy III de la Tour-Landry épouse, à son retour de Naples, la fille d'un grand seigneur voisin, Olive de Belleville. Les goûts littéraires et artistiques des Belleville sont bien connus. Olive les introduit dans sa nouvelle famille. Rivalisant avec sa belle-sœur, Létice de Parthenay, que chante le poète d'expression provençale Pierre Milhon, la dame de la Tour-Landry, dans son douaire de la Gallouère, près de Chantoceaux, s'entoure de chansonniers et de ménestrels et achève sa vie dans la pratique des œuvres pies et le culte des lettres. C'est du moins sous ce jour que nous la présente son petit-fils, Geoffroy, qui lui a consacré quelques belles pages de son Livre pour l 'enseignement des filles (P. Boisard, La vie intellectuelle de la noblesse angevine à la fin du XIVe siècle d'après le chevalier de La Tour Landry, La Littérature angevine médiévale, 1981 - books.google.fr). On ignore le lieu de naissance de Peire Milon (neuf poésies lyriques consacrées l'amour). Ce qu'il y a d'intéressant chez lui, c'est la langue, qui s'éloigne sensiblement de la langue littéraire des troubadours, et qui rappelle les dialectes du Nord de l'Italie ou ceux des Alpes (Joseph Anglade, Histoire sommaire de la littérature méridionale au moyen âge, 1921 - books.google.fr). Uranus, en grec, correspond à Cælus (ciel) des latins, au Varouna Védique. Il représente le ciel étoilé, par opposition au sombre tartare. Hésiode nous dit qu'il était fils et époux de Géa: la Terre; de sorte qu'Uranus n'a pas de père. De son union avec la Terre naquirent 12 Titans. Uranus détestait ses redoutables enfants; aussi, à mesure qu'ils naissaient il les replongeait dans le sein de la Terre (sa femme) qui, exaspérée de tous ces infanticides, appela ses enfants à la révolte; elle arma Saturne ou Crono, qui tendit un piège à son papa. Au moment où il allait se jeter dans les bras de sa femme, Crono le mutila: des gouttes de sang naquirent les Géants et les Nymphes: du sperme, tombé à la mer, naquit Vénus (Étienne Guyard, Histoire du monde, son évolution et sa civilisation, Tome 1, 1894 - books.google.fr). C'est l'élément liquide, Póntos, Flot, aussi fluide et mouvant que la Terre est stable et fixe, qui a transporté vers le large, en un long temps (poulùn chrónon), le sexe d'Ouranos; de l'écume du sperme (aphrós) s'est alors formée la rusée déesse qui préside aux unions et que partout accompagnent Amour et Désir, Aphrodite, dont les armes ne sont ni la force de la vengeance ni la brutalité guerrière, mais le charme des sourires, les piperies du babil féminin, l'attrait dangereux du plaisir, toutes les tromperies (exapátas) de la séduction (Marcel Detienne, Jean-Pierre Vernant, Les ruses de l'intelligence, La mètis des Grecs, 1974 - books.google.fr). Aphrodite s'en vint à Cythère pour finalement aborder à Chypre «où ses pieds légers faisaient croître le gazon». La généalogie hésiodique fait ainsi d'Aphrodite une déesse sans mère, la fille d'Ouranos (V. Pirenne, Aphrodite à Athènes, Phoenicia and the East Mediterranean in the First Millennium B.C., 1987 - books.google.fr). Vers 1371-1372, Le Chevalier de la Tour Landry rédige deux traités de pédagogie : le premier, pour ses fils (hélas perdu) et le second pour ses filles. Lorsqu'il aborde le sujet délicat que représentent les gestes du désir, il introduit dans son discours didactique un dialogue qu'il aurait eu avec son épouse. Le père passe par la mère, se sert de sa voix pour faire entendre sa parole d'autorité. En mettant en scène cette femme (son épouse et la mère de ses filles) à l'attitude rigoureuse qui condamne sans appel les dangers «d'amer par amours», il s'octroie le «beau rôle», celui de la modération; mais il assume complètement, à travers cet artifice littéraire, les doutes, les incertitudes et la fragilité d'un père. Le Chevalier n'approuve pas la belle dame de Villon, dont nombre d'hommes étaient amoureux, et qui disait qu'il fallait éprouver sept ans durant l'ardeur d'un homme, «adonc elle sera certaine se il l'aime de cuer ou de bouche». Mais le Chevalier veut se taire à ce sujet, «car trop long temps a en .VII. ans». Le long temps de sept ans légitime la cour amoureuse dans son authenticité. Sept ans de prudence… qui rappellent les sept ans des contes, mais qui réduisent la requête à ne peut-être jamais aboutir ! (D. Bohler, Père, mère et filles : les gestes du désir dans le Livre du Chevalier de la Tour Landry pour l'enseignement de ses filles, Être père à la fin du Moyen Age, 1997 - books.google.fr). Comme c'est le cas dans une nouvelle de Marguerite de Navarre où une reine de Castille impose «sept ans» de «preuve» et d'épreuve qui vont détruire l'amour Elinor (Nicole Cazauran, Variétés pour Marguerite de Navarre, 1978-2004, autour de l'Heptaméron, 2005 - books.google.fr). Déjà au XVe siècle il y a deux rédactions du roman de Pierre de Provence et de Maguelone. L’une plus courte et retouchée dans la langue et dans le style a été imprimée plusieurs fois déjà au XVe siècle et traduite dans plusieurs langues dès le siècle suivant. Nous la désignons par la lettre „C“ (ms. de Cobourg). L’autre rédaction présente un texte plus primitif et est donnée par les manuscrits du XV. siècle et aussi par l’édition gothique de Lyon, qui fut imprimée vers 1480 pour B. Buyer et qui représente notre «Édition princeps». L’auteur peut avoir connu par la tradition le rôle que Pierre de Melgueil et son épouse Almodis ont joué dans l’histoire de l’île de Maguelone et de son église au XIe siècle. La légende de Pierre et Maguelonne a passé du roman dans la poésie populaire de la Provence, et on peut citer comme preuve de sa popularité le dicton : «La bello Magalouno e Pèire de Prouvènço se courron après e tóuti li sèt an se maridon», par lequel les paysans provençaux expliquent la conjonction septennale des planètes Vénus et Saturne. Et un sarcophage en marbre, qui existe encore dans la cathédrale de Maguelone, est appelé par le peuple «Lou toumbèu de la bello Magalouno». (F. Mistral, Trésor du Felibrige II, p. 244, au mot «Magalouno».) Et Pierre et Maguelonne vesquirent puis après sept ou huit ans et eurent un beaux fils qui fut vaillant chevalier et hardi, lequel comme l’histoire raconte fut après roy de Naples et conte de Provence. Le fils de Pierre et Maguelonne, lequel fut après roi de Naples et comte de Provence est une allusion aux droits de la maison d’Anjou au royaume de Naples (Adolphe Biedermann, LA BELLE MAGUELONNE, 1913 - ebooks-bnr.com). Il y un mas de Maguelone près des Sainte-Maries-de-la-Mer près desquelles Marie-Madeleine aborda venant de Palestine selon la légende. On peut rapprocher Maguelone et Madeleine/Magdeleine (Magdala) (Cahiers ligures de préhistoire et d'archéologie, Volumes 8-9, 1959 - books.google.fr). Cervantès en Camargue Nous savons aussi grâce à Cervantes, que le valeureux Pierre de Provence enleva cette belle, en croupe du cheval de bois Chevillard, fabriqué par le sage Merlin, sur lequel montèrent don Quichotte, en selle, et Sancho Pança, à la place de Maguelonne, quand l'ingénieux hidalgo et son écuyer entreprirent de «désenchanter» la Dolorida et les duègnes barbues; et nous apprenons ainsi que Maguelonne devait avoir la peau moins tendre que celle du derrière de Sancho, qui s'écorcha sur la croupe de Chevillard (II-40) Magalouno : du phénicien magal, entrepôt, comptoir, refuge, hutte (Trésor du Félibrige). L'étoile du Berger, en provençal Lugar, du latin lucerna; cf. le roman lugart, lugan, lugano (Trésor). Le mariage de la belle Maguelonne et de Pierre de Provence symboliserait selon Mistral, la conjonction tous les 7 ans de Jupiter ou de Saturne et de Vénus. Nous ne voyons pas bien la valeur astronomique de cette assertion (L'Intermediaire des Chercheurs et Curieux, Volume 9, 1959 - books.google.fr). Le 26 de septembre, en l'an de grâce 1575, une bien pénible encore que très banale aventure venait contrarier le voyage de la galère El Sol (le Soleil). Un ouragan brutal, comme il s'en abat fréquemment sur les côtes de Camargue, avait écarté le navire du gros de sa flottille. Il n'allait que fort circonspect, craignant un double danger : la côte à tribord, basse et sablonneuse; le corsaire partout. Prudence justifiée. Deux galions turcs s'étaient embossés dans un golfe à peine dessiné. La côte et le corsaire unissant leurs embûches, c'était la mort du vaisseau espagnol. Lutte courte, mais désespérée : l'assaillant cerne, aborde, pille, frappe et torture. La mort du capitaine abrège la résistance. Celle-ci pourtant avait assez duré pour permettre l'arrivée du gros de la flotte perdue. Les pirates devaient renoncer à s'approprier la galère : vide, fumeuse et sanglante, l'El Sol fut donc ramenée en Espagne. Mais ses survivants, blessés en grand nombre, étaient aux mains des Barbaresques, empilés dans leurs entreponts. L'esclavage commençait pour les deux frères Cervantès. Que diable ces malheureux étaient-ils allés faire dans cette galère ? La classique question se pose ici d'elle-même. Il nous suffit pour y répondre d'évoquer le nom de Lépante et celui, non moins prestigieux, de la Catholique Armada : tous les peuples chrétiens s'unissant à la voix du Pape, équipant une flotte assez formidable pour réduire en un jour 208 galères musulmanes et délivrer l'Occident d'un des plus grands périls qu'il ait jamais redoutés. Pour l'Espagne, surtout, pays chevaleresque et que l'Islam avait particulièrement opprimé, c'était une véritable croisade. Nobles et petits s'engageaient. Or, Don Miguel de Cervantès Saavedra n'appartenait, pour ainsi dire, ni aux uns ni aux autres : le bien de ce jeune homme de vingt-quatre ans était vraiment trop mince pour lui offrir une vie d'indépendance. Valet de chambre et secrétaire de prélat, il apprend de son maître la merveilleuse entreprise. Il court à la bataille, lutte malgré les fièvres et voit sa main gauche tranchée «pour la plus grande gloire de la droite» (Florentin Helme, Cervantès aux bagnes d'Alger, Etudes, Volume 208, 1931 - books.google.fr). Acrostiche : LUBT, LoUBeT, LUBeT (libet) Notons: Le vallat des Brayes, allant des montagnes de Roquefort, au N. E. à l'anse du Bestouan, au S. O, après avoir reçu le Loubet - et le vallat de Roustaque qui commençant au dessous de la route de La Ciotat, aboutit au port de Cassis (Alfred Saurel, Dictionnaire des villes, villages & hameaux du département des Bouches-du-Rhône, Tome 2, 1878 - books.google.fr). La forme primitive est lubet. L'u est resté dans allubesco «plaire», prolubium «caprice», prolubido (même sens). Sur les inscriptions on a fréquemment LVBENS. C'est aussi la leçon des manuscrits de Plaute (ut lubet). Le changement d'u en i se retrouve dans cluens, maxumus, mancupium, devenus cliens, maximus, mancipium. Libitina était le nom d'une sorte de Vénus romaine : son nom vient de libitum «désir». Mais comme, pour des raisons que nous ignorons, les objets relatifs aux obsèques étaient vendus dans son temple, elle a changé de rôle et est devenue une déesse des funérailles. Quelque chose d'analogue a eu lieu pour la déesse Moneta (Michel Bréal, Leçons de mots : dictionnaire etymologique Latin, 1898 - books.google.fr). |