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Socinianisme I, 95 1627-1628 Devant moustier
trouvé enfant besson, D'heroic sang de
moine & vetustisque : Son bruit par secte langue & puissance
son, Qu'on dira fort eslevé
le vopisque. Rhétorique "besson" vient du bas latin bissonus où on pourrait reconnaître "bis" et "sonus". Bis sonus & en notre langue mot pour mot "deux fois son" ce que nous expliquons par le mot "double son" (grec "diphtongos", diphtongue) (Jean Hindret, L'art de prononcer parfaitement la langue françoise, Tome 1, 1696 - books.google.fr). D'où le vers 3 : "Son.... son". Diphtongue : du grec "diphtongos" son double : son formé par la fusion de deux voyelles, dont l'une devient une semi-voyelle, comme ieu, len, ion, dans lieu, lien, lion (Petit Larousse: dictionnaire encyclopédique pour tous, 1961 - books.google.fr). moust-ie-r, her-oi-c, m-oi-ne, br-ui-t, p-ui-ssance, marquent dans le quatrain 5 diphtongues ou hiatus. On sait que le problème des digrammes vocaliques était un point du français qui continuait à être spécialement controversé dans la deuxième moitié du XVIe siècle, comme le montre l'intérêt que portent à la question aussi bien Meigret que Ramus (Juan F. Garcia Bascunana, A propos de certains aspects phonétiques du français préclassique, Le changement en français: études de linguistique diachronique, 2010 - books.google.fr). En linguistique, le terme hiatus désigne «une rencontre de deux voyelles, de deux éléments vocaliques, soit à l'intérieur d'un mot [...], soit entre deux mots énoncés sans pause [...]». L'étymologie du terme, empruntée du latin, en cache pourtant la véritable signification : l'hiatus apparaît comme une ouverture, une fente, «un espace entre deux choses ou dans une chose, une interruption». En effet, dans l'édition de 1932, le Dictionnaire de l'Académie Française donne une définition plus précise de cet artifice rhétorique, intimement lié à la création poétique : Ouverture de la bouche produite par la rencontre, par la succession immédiate de deux voyelles sonores. Il désigne particulièrement la rencontre de deux voyelles dont l'une finit un mot et dont l'autre commence le mot suivant. mauvais effet dans la prose. Cet hiatus blesse l'oreille. L'hiatus d'un mot à un autre a été interdit dans notre poésie par Malherbe. L'hiatus peut donc se définir comme un choc produisant un effet désagréable pour l'auditeur, ce qui entraîne son bannissement dans les vers et même dans la prose. Cependant, son usage n'a été proscrit qu'à partir de François de Malherbe (1555-1628), et tous les poètes l'employaient avant lui. [...] Malgré ses convictions rigoureuses, Malherbe lui-même, au début de sa fortune littéraire, commettait naturellement des hiatus : ces derniers n'ont rien de très choquant en soi, et si par la suite le poète les supprime dans ses vers, c'est parce qu'ils choquent, non pas son oreille, mais les théories puristes du langage (Le Sens dans tous les sens, Federica Locatelli, 2015 - books.google.fr). En ce qui concerne l'hiatus, nous rapporterons les considérations de l'un des meilleurs spécialistes de métrique baudelairienne : Albert Cassagne, auteur, en 1906, de Versification et métrique de Charles Baudelaire, un essai qui reste une pierre angulaire dans le domaine des études métriques sur les Fleurs du Mal. Dans le troisième chapitre, Cassagne consacre deux pages seulement à l'hiatus en s'exprimant ainsi : «Il y a très peu à dire à propos de l'hiatus [...] [L'hiatus] exprime assez heureusement la nausée, le hoquet du dégoût [...]» Le premier, Malherbe (mort en 1628) émit la règle prohibitive contre laquelle protestait Mathurin Regnier, son contemporain, par ces vers où il le désigne : Cependant leur sçavoir ne s'esteud seulement Qu'à regretter un
mot douteux au jugement, Prendre garde qu’un
qui ne heurte une diphthongue. Malherbe lui-même s’est permis des hiatus; ce n’est qu’après lui que la règle devint rigide (Abel Ducondut, Examen critique de la Versification française, classique et romantique, 1863 - books.google.fr). Diphtongue
religieuse L'Intellectualisme est caractérisé par son attachement aux mots et aux formules théologiques. Or, Calvin se défie des mots et des formules théologiques. Voici quelques-unes de ses déclarations, et un épisode curieux. «Il faut, dit-il, se garder notre pensée, ou notre langue, ne passe outre les limites de la parole de Dieu». «Il ne faut rien chercher de Dieu, sinon en sa parole, ne rien penser sinon en sa parole, n'en rien parler sinon en sa parole». Ce sont les hérétiques, qui ont forcé l'Eglise à recourir à certains mots non bibliques, pour préciser la pensée de la Bible. Les Pères ont formulé, comme ils l'ont fait, la doctrine de la Trinité, pour dénoncer et réfuter les ambiguïtés, sous lesquelles Sabellius et Arius cachaient leurs hérésies. Dès lors comment accuser les Pères d'avoir «troublé la tranquillité de de l'Eglise pour un petit mot ?». Ce petit mot, (qui était une simple lettre), montrait la différence entre les vrais chrétiens et les hérétiques. Ainsi le dogme est avant tout la négation d'une erreur, d'une hérésie. Ici Calvin est d'accord avec Alexandre Vinet qui célèbre le petit mot, cette simple lettre, en ces termes : «Les théologiens furent peuple à Nicée, et les héritiers immédiats de leurs doctrines furent quelque chose de mieux que les martyrs d'un diphtongue.» En conséquence Calvin écrira : «Je ne suis pas si rude et extrême de vouloir susciter des grands combats pour de simples mots» (Émile Doumergue, Le caractère de Calvin: L'homme, le système, l'église, l'état, 1970 - books.google.fr). Il est juste de dire, avec Vinet, que les défenseurs du dogme de Nicée ne furent pas les malheureuses victimes d'une simple diphtongue. L'âpreté de certains débats théologiques - on n'ose pas dire qu'il en fut ainsi de tous - prend une autre figure quand on y perçoit l'écho d'une sollicitude prévoyante à l'égard de données essentielles pour la foi. Que les modernes contempteurs des formules dogmatiques, dans leur parti pris de ne reconnaître que l'expérience - mais l'expérience de quoi ? - veuillent accorder aux hommes qui luttèrent pour certains dogmes l'espoir de sauvegarder l'expérience chrétienne authentique ; oui, l'expérience justement, qu'une mauvaise théologie compromet en altérant l'intégrité de l'objet de la foi (Franz.J. Leenhardt, Orthodoxie contre libéralisme, un procès à réviser, Revue de Theologie et de Philosophie, 1944 - books.google.fr). Boileau, dans sa Satire XII, Sur l'Equivoque, qui traite précisément de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire qui fut frappée d'interdit et ne parut qu'après la mort de l'auteur), celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au iv* siècle, entre les orthodones disant que le Fils est de même substance que le Père "homousios", et les Ariens soutenant qu'il est d'une substance semblable "homoiousios", mots qui ne différent que par la diphtongue oi, qui manque dans le premier et se trouve dans le second, a dit : Et l'Eglise
elle-mĂŞme eut peine Ă s'en sauver. Elle-mĂŞme deux fois
presque toute Arienne, Sentit chez soi
trembler sa vérité Chrétienne ; Lors qu'attaquant
le Verbe & sa Divinité, D'une sillabe impie un saint mot augmenté Remplit tous les
esprits d'aigreurs si meurtrières, Et fit de sang Chrétien couler tant de rivières (M. Michaud, Volume 4 de Essais de Michel de Montaigne, 1909 - books.google.fr). Mais l’Auteur avoit précisément fait les quatre derniers vers de cette manière : Lorsque chez ses suiets l'un contre l’autre armés, Et sur un Dieu fait
homme au combat animés, Tu fis dans une
guerre & si triste & si longue, Périr tant de
Chrétiens, Martirs d’une diphtongue Les Ariens nioient la consubstantialité du Verbe, et rejettoient le mot "omousios"; qui signifie consubstantiel. Ils disoient que le Fils étoit "omoiousios to patri", c'est-à -dire de substance semblable à celle du pére, mais non pas "omousios", c'est-à -dire de même substance que le père. Ainsi l'hérésie des Ariens consistoit en une diphthongue ; ajoûtée au mot "omousios", auquel ils substituoient le mot "omoiousios". Cette Diphthongue est la Diphthongue "oi", que les Orthodoxes rejettoient, aimant mieux souffrir le martyre que d'admettre cette addition, qui, toute légère qu'elle est, détruit la divinité du Verbe (Claude Brossette, Oeuvres De Mr. Boileau Despréaux. Avec Des Éclairicissemens Historiques, Donnez par Lui-même, Tome 1, 1716 - books.google.fr). Jumeaux et diphtongue Dans une Grammaire de Roger Bacon (XIIIème siècle) : "Act." XXVIII : insigne Castorum... alia translatio cui erat signum Jovis filii, id est dioscoris et "Z"eus dicitur Juppiter huius Dios id est Iovis cori filii, scilicet Castor et Pollux et Dioscorus dicitur mensis Junius cui attribuitur signum in geminis» à comparer avec Grammaire d'Oxford, p. 72-73 : «Dicitur vicesimo octavo Actuum, quod Paulus navigavit in navi alexandrina, cui erat insigne Castorum, id est filiorum Jovis. Sed legitur et scribitur ibi insigne castrorum, quasi vellet dicere quod ibi erat aliquod castrum pulcrum in navi vel insula sed non est ita. Nam in greco est ibi dioscorois pro filiis Jovis. Dios enim sine diphtongo est Jupiter in greco et cori est puella, pro quo in composicione accipitur filia vel filius aliquando sicut hic, unde dioscorus est Iovis filius. Et secundum poetas sunt duo dioscori scilicet Pollux et Castor unde pluraliter ponitur ibi dioscoris in dativo plurali. Sed Pollux post mortem sortitus est nomen fratris sui et Castor dicebatur, unde duo Castores dicti sunt sicut duo dioscori dicitur (Etienne Anheim, Benoît Grévin, Martin Morard, Exégèse judéo-chrétienne, magie et linguistique, Archives d'histoire doctrinale et littéraire du moyen âge, 2001 - books.google.fr). Il existe d'autres traces de l'influence grecque sur la religion de Lavinium, comme le confirme l'inscription, découverte en 1958, dédiée à Castor et Pollux : en effet, les noms des deux héros sont accompagnés du mot qurois, = "kourois", variante ionienne de l'attique "Kôrois", qui laisse entendre une fermeture de ou = [o] en [u] (Frédérique Biville, Les emprunts du latin au grec: Vocalisme et conclusions, Tome 2, 1995 - books.google.fr). "besson... vopisque" : jumeaux Plusieurs récits évoquent la mort de l'un des jumeaux de la paire (les Dioscures, Romulus et Rémus, Héraclès et Iphiclès...). Ils proposent un modèle qui devait sans doute permettre aux proches de mieux gérer la forte mortalité périnatale. Ainsi, le décès du frère de Commode en 165 après J.-C endeuille la famille impériale, mais sans créer de désordre néfaste. Commode sera associé à Héraclès pour affirmer sa nature divine d'élu des dieux, mais aussi pour afficher son statut de jumeau survivant. Quelques allusions suggèrent l'existence de rituels particuliers lors de la mort d'un des nouveau-nés, comme l'usage du nom Vopiscus. On constatera enfin qu'en Grèce, comme à Rome, les différents discours valorisent le couple composé de jumeaux identiques, ou monozygotes, et de sexe masculin. Egaux et inséparables, ces jumeaux éveillent une fascination, parfois amusée. Ils inspirent aussi un profond respect pour l'affection et la solidarité infaillible qu'on leur prête. Toutefois, leurs ressemblances ne sont pas toujours synonymes d'indifférenciation. En Grèce et à Rome, divers témoignages relèvent les traits qui subtilement distinguent les jumeaux (Véronique Dasen, Jumeaux, jumelles dans l'antiquité Grecque et Romaine, 2005 - books.google.fr). Il y aussi Amphion et Zethos. Dans sa dernière ode, sur le siège de la Rochelle par Richelieu et Louis XIII, Malherbe se place dans le rôle d'Amphion, conquérant et musicien, capable de construire une ville au son de sa lyre. Il arrive à exhorter le roi à une vengeance violente contre les Rochelais tout en évoquant son propre deuil. [...] La maîtrise de la forme de la dernière ode fait penser à Boileau, qui à propos du rôle de Malherbe comme le premier des classiques, décrit la juste cadence de ses vers (Gro Bjornerud Mo, Corps sanglants, souffrants et pétrifiés. une lecture de François de Malherbe, Corps sanglants, souffrants et macabres: XVIe-XVIIe siècle, 2010 - books.google.fr). "moustier" Issu d'une altération *monisterium du bas latin *monasterium (450), le terme muster ou mostier doit son sens à l'existence de son quasi doublet monastere en langue ancienne : signifiant "institution chrétienne regroupant des moines ou moniales vivant isolés du monde", monastere, issu d'un verbe grec monazein ("vivre seul") va conserver ce sens premier, et désigner par métonymie le bâtiment regroupant les religieux de l'institution, et les religieux eux-mêmes; muster/mostier, évoluant vers "moustier", désigne d'abord, lui aussi, le couvent, puis glisse vers une autre acception, le doublet monastère-moustier devant diversifier son emploi; c'est donc au sens d'"église" que le terme a survécu, tant bien que mal, dans quelques regions du nord de la France; on le trouve cependant largement employé en toponymie, où monastère n'a pas laissé de traces : Moustier, Moustiers-Sainte-Marie, Moûtiers, Noirmoutier, qui doivent leur nom à la présence soit d'un couvent, soit d'une église (Eve Derrien, Etudes de grammaire médiévale, 2022 - books.google.fr). "vopisque" Les circonstances du décès de l'enfant varient selon les auteurs. Pour Pline, un des jumeaux est mort lors d'une fausse-couche : «On appelait Vopiscus l'enfant qui, retenu dans le sein maternel, parvenait à terme, quand l'autre avait péri par avortement (spontané)». Mais les circonstances du décès varient selon les auteurs. Plutarque reste vague : Vopiscus désigne «celui des jumeaux qui survit à l'autre». Isidore de Séville semble évoquer un accident au cours de l'accouchement : «Si, parmi les jumeaux, l'un est mort-né sera né normalement, est appelé Vopiscus». Chez Quintilien, le nom se réfère à «des incidents postérieurs à la naissance». Quelle est la signification de ce terme ? Son étymologie pourrait se rapporter au lien unissant les jumeaux au-delà de la mort. Selon Joseph Vendryès, le terme serait issu du dialecte celtique ou ligure du nord de l'Italie, *uo-pit-sko ou *uo-peit-sko, et signifierait «celui qui a deux âmes», c'est-à -dire la sienne et celle du jumeau mort-né. Le repérage de ces termes dans les sources grecques et latines ne permet toutefois pas d'identifier tous les couples gémellaires. D'une part, en grec comme en latin, la naissance de jumeaux n'est pas toujours qualifiée de gémellaire; parfois le narrateur se contente de décrire les circonstances inhabituelles de la grossesse (deux frères se battent dans le sein de leur mère) ou de l'accouchement (deux enfants naissent simultanément), en usant de tournures et d'expressions variées (Véronique Dasen, Jumeaux, jumelles dans l'antiquité Grecque et Romaine,· 2005 - books.google.fr). Quintilien (Marcus Fabius Quintilianus) né à Calahorra, est un rhéteur et pédagogue latin du Ier siècle apr. J.-C. Il est l'auteur d'un important manuel de rhétorique, l'Institution oratoire, dont l'influence sur l'art oratoire se prolongea pendant des siècles (fr.wikipedia.org - Quintilien). Louis le Pieux vopisque et son jumeau Lothaire En l'an 1004, une troupe de religieux bénédictins, du couvent de Fleury-sur-Loire,se rendit à La Réole, autre monastère de l'Ordre, qu'il s'agissait de réformer. Le chroniqueur Aimoin, qui était du voyage, nous l'a raconté deux fois. Pendant son séjour à La Réole, il alla, dit-il, visiter, à trois milles de là .... «le palais du grand Empereur, Cassinogilum». «Détruit par les Normands, ses ruines témoignent encore de sa grandeur et de sa gloire. Il est bâti au confluent du Drot et de la Garonne», ce qui est bien la situation de Casseuil, et Aimoin ajoute des détails précis : «Il renfermait une tour de briques, construite sur les bords du Drot, destinée à empêcher et à prévoir l'arrivée des pirates; la flotte royale était construite dans la petite rivière, puis lancée en Garonne. Il y avait deux églises contiguës, bâties en briques; dans la plus petite, se trouvait un tout petit sarcophage, renfermant (on le croyait du moins) la dépouille du frère jumeau de Louis le Pieux». Aimoin ecrit peu après son voyage; son premier recit est celui du De Miraculis sancti Banedicti, édit. Certain dans la Société de l'histoire de France, 2, p. 95 : «Eminentissimum illud Caroli Magni principis palatium CASSIGNOL, gloria quondam et decus cunarum filii ejus jam præfati Ludovici Pii, quod ita Deo inimico gens subvertit, ut et inhabitabile redderet, et tamen quid aliquando fuerit, manifeste appareat. Id eo loci situm est quo torens Codrot Garumnam influit, turrim lateritiam in margine memorati torrentis extructam habens, e qua et adventus prævideri, et ingressus hostilium possit arceri navium : simulque et classis regia, absque adversariorum impedimento fabricata in minori ad fluenta majoris deduceretur amnis. Habet vero ecclesiam ampliori ecclesiæ conjunctam, miro opere et lateribus formatam : in qua (si bene visa iecordor) permodium habetur sarcophagum, in quo frater Ludovici Pii geminus esse putatur sepultus.» Aimoin revient sur Cassinogilum dans sa Vita Abbonis (20, Migne, Patrologie latine, CXXXIX) : «Non longe [de La Réole] quippe ibi abest palatium ipsius Magni principis CASSINOGILUM, sed quasi tribus miliariis,» sed pour scilicet, correction de M. Leopold Delisle. Ce recit est posterieur aux Miracula, car Aimoin ajoute : «Quod nos in libro Miraculo etc. expressimus.» (Camille Jullian, Le palais carolingien de Cassinogilum, Etudes d'histoire du Moyen Age (1896), 1972 - books.google.fr). Les Français et les indomptables Gascons, déjà excités par la querelle dont la nourriture des chevaux avait été le prétexte, s'étaient provoqués depuis ce moment par des injures réciproques. La guerre, envenimée et organisée peut-être par Anezan, venait de se rallumer avec une nouvelle fureur. Un moine français, indigné d'un propos outrageant à l'adresse de son maître, renverse d'un coup de bâton l'auteur de l'insulte. Dès lors Français et Gascons ne gardent plus aucun ménagement; les pierres volent, le sang coule. L'homme de Dieu, Abbon, était dans le cloître. Dès qu'il entend le bruit de l'émeute, il sort, n'hésite pas un instant et court vers les combattants pour rétablir l'ordre et la concorde. Il descend rapidement le coteau du monastère qui domine un vallon du côté de l'est, et veut gagner la hauteur où les siens se sont réfugiés. Mais, pendant qu'il se précipite vers le théâtre de l'émeute, un satellite du parti opposé, un Gascon dont le nom et la qualité seront à jamais un secret impénétrable, le blesse si violemment d'un coup de lance au bras gauche, que le fer atteint même les côtes. Il ne chancelle pas et dit sans s'émouvoir : «Celui-ci a fait la chose sérieusement.» Pourquoi donc Baronius, le père de l'histoire ecclésiastique, affirme-t-il (Annales ecclesiastici. Antverpiæ, 1618. T. X, p. 802) qu'Abbon fut tué par ses moines? «A suis monachis occisus est.» La même assertion gratuite se lit dans les Anecdotes ecclésiastiques, par l'abbé C. Jaubert et Dinouart. (Amsterdam, 1772. T. I, p. 556.) Il succomba le 13 novembre. Son tombeau est dans l'église de La Réole et sa tête détachée de son corps est conservée au monastère. Le martyrologe romain, à qui il était impossible de citer tous les saints, n'a point fait mention de notre martyr; mais nous trouvons son nom, au 13 novembre, dans le Martyrologe gallican, par André du Saussay; dans le Martyrologe des saints de France, par le révérend Père Giry, provincial des Minimes, et dans une foule de recueils hagiographiques. Au temps du Pape Jean XXII (1316-1334), l'Ordre de Saint-Benoît comptait plus de quarante mille saints. Bucclin, qui mourut en 1691, évalue audelà de cinquante mille les saints bénédictins canonisés de son temps1. Dom Planchette en fixe le nombre à cinquante-cinq mille. Pour honorer tant de prédestinés d'une seule famille monastique, Paul V (1605-1625) institua la Fête de tous les saints de l'Ordre de Saint-Benoît et la fixa au 13 novembre. C'est sans doute la coïncidence de cette fête avec celle de saint Abbon qui a empêché le Martyrologe bénédictin d'insérer dans ses colonnes le nom de l'un des enfants les plus renommés de saint Benoît. Confondu dans la foule des bienheureux, notre saint s'effaçait et s'éclipsait pour ses admirateurs jaloux de le contempler séparément et de lui rendre un culte spécial. Quelques auteurs ont concilié, par des modifications de date, les intérêts de l'histoire et ceux de la piété chrétienne. Bucelin et un vieux calendrier de Fleury, n'osant pas déplacer la fête de la Toussaint bénédictine, renvoient au 15 novembre celle de saint Abbon. Jacqueline Bouëtte de Blémur la recule jusqu'au 17 du même mois. Moins scrupuleux, l'abbé Durand retarde jusqu'au 20 novembre la fête des saints de l'Ordre de Saint-Benoît et maintient l'abbé de Fleury en possession du 13 de ce mois mémorable (Jean Baptiste Pardiac, Histoire de saint Abbon: abbé de Fleury-sur-Loire et martyre à La Réole en 1004, avec une introduction sur le Xe siècle, 1872 - books.google.fr). "Devant moustier" Dans le texte d'Aimoin, on ne trouve pas une expression approchante. La petite église où se trouve le tombeau de Lothaire jouxte une plus grande. La visite de Cassignol se passe avant l'arrivée à La Réole de l'abbé Abbon. Les textes hagiographiques attestent également la projection sur ces abbés voyageurs d'un autre modèle : celui du rite de l'adventus royal, lié au mode de gouvernement itinérant de la royauté au haut Moyen Âge, mais qui est repris, à partir du Xe siècle, par des évêques et des princes, en particulier en Germanie. Ce rituel avait pour objet, pour un tenant du pouvoir, de faire reconnaître son autorité par une communauté constituée (citée ou monastère) et se décomposait en trois temps : l'arrivée (adventus) devant les portes de la communauté, souvent avec une armée; la sortie (occursus) des représentants de la communauté à la rencontre du titulaire du pouvoir ; enfin l'entrée (ingressus) de ce dernier dans la communauté, guidé par lesdits représentants, laquelle entrée était ponctuée de marques d'honneurs et d'effusions de joie. Si le motif reste latent dans les Vies de Benoît et Guillaume, celle d'Odon montre la mise en scène d'un adventus abbatial, dans le récit de réforme de Fleury. Il s'agit en fait de la version inversée du rite, qui dégénère en conflit, et que l'on retrouve dans des textes plus tardifs de refus de l'autorité laïque sur certaines cités. Odon arrive en effet au monastère, accompagné d'une délégation de comtes et d'évêques (profecti sunt), mais son arrivée (adventus) déclenche le refus des moines de le laisser entrer (introire). Ces derniers se comportent alors en assiégés, comme le montrent le port d'armes, le jet de projectiles et la garde des portes. Après trois jours de tractations, Odon, en conformité avec le modèle christique de l'adventus hiérosolymitain, chevauche seul sur un ânon en direction du monastère et provoque la sortie du cloître des moines désarmés (exierunt). Le récit se conclut par trois topoi classiques de la reconnaissance de l'autorité du titulaire du pouvoir dans les adventus : les moines lui embrassent les pieds, il y a une effusion de joie et le nouvel abbé est reçu dans les bâtiments (receperunt). On a donc là une lecture précoce de la prise de pouvoir abbatial, selon les même critères que ceux qui président à la reconnaissance de l'autorité du roi. Cette similitude atteste la poursuite par les moines de modes de gouvernement fondamentalement itinérants - jadis communs à l'ensemble du groupe aristocratique -, ainsi que leur alimentation à une idéologie du pouvoir qui découle du modèle royal carolingien. On peut y voir la revendication d'une certaine supériorité abbatiale, se définissant comme seule dépositaire de pratiques itinérantes à l'échelle de l'Empire, alors que les grands laïcs réduisent au même moment l'échelle de leurs déplacements (Isabelle Rosé, Circulation abbatiale et pouvoir monastique de l'époque carolingienne au premier âge féodal (IXe-XIe siècle), Des sociétés en mouvement. Migrations et mobilité au Moyen Âge, 2019 - books.google.fr). Des jumeaux à Fleury Les évêques n'hésitent pas à recourir au vol ad maiorem Dei gloriam pour se procurer les restes sacrés. Celui du Mans, Béraire Ier, organise, de concert avec les moines de Fleury, une expédition au Mont Cassin d'où sont rapportées les reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique. Ces dernières sont destinées au Mans (La Sarthe, des origines à nos jours, 1983 - books.google.fr). D'après une tradition consacrée depuis le IXe siècle, Benoît et Scholastique auraient été jumeaux (Philibert Schmitz, Histoire de l'Ordre de Saint-Benoît: Les Moniales, 1948 - books.google.fr). Romain et Romain L'histoire rapporte que saint Romain, qui était venu prêcher la foi dans l'Aquitaine, fut inhumé à Blaye en 389, le roi Charibert en 630, et le preux Rolland en 778. Il n'existe aucun vestige des tombeaux de ces trois personnages. [...] Il y avait à Blaye deux abbayes et un couvent. L'abbaye de Saint-Sauveur, ordre de Saint-Benoît, fut fondée en 1080. Celle de Saint-Romain, érigée dans le siècle suivant, était occupée par des chanoines réguliers de Saint-Augustin. Des minimes habitaient le couvent, qui avait été établi en 1606 (Pierre Bernadau, Histoire de Bordeaux : contenant la continuation des dernières histoires de cette ville, depuis 1675 époque où elles se terminent jusqu'en 1838, 1839 - books.google.fr). Plusieurs églises placées sous ce vocable existent ou ont existé dans le diocèse: trois dans le Mellois, une à Mazerolles, sur la Vienne, une près de Charroux, une à Châtellerault... Il n'est pas toujours facile de savoir de quel Romain il s'agit précisément. On peut penser qu'il ne s'agit pas du diacre mort martyr à Antioche sous Dioclétien, mais plutôt de saint Romain du Mans, encore dit de Blaye, contemporain de saint Hilaire et de saint Martin, plus proche du Poitou. L'histoire est avare de renseignements solides sur ce personnage fêté le 24 novembre (nominis.cef.fr). Romain d'Antioche : moine, héros, langue et vêtu Ancien magistrat, retiré à Calagurris (Calahorra) en Hispanie, Prudence a écrit ses poèmes entre 398 et 404. Il est l’auteur d’un Peristephanon liber consacré aux martyrs, dont le titre peut se traduire par «Livre des Couronnes», en référence à la victoire et à la récompense des martyrs, mais aussi par «Livre des Étienne», avec une allusion au diacre de Jérusalem, le protomartyr. Les poèmes de ce recueil célèbrent les martyrs sur des modes variés, qu’il s’agisse du mètre, du genre, du ton ou du contenu. Prudence a composé un autre recueil lyrique, le Cathemerinon liber marquant les heures du jour, les circonstances de la vie et les fêtes du temps de Noël. Cathemerinon et Peristephanon se correspondent et ont été placés de part et d’autre de cinq livres en hexamètres : Apotheosis sur la nature du Dieu un et trine, Hamartigeneia sur l’origine du mal, Psychomachia illustrant le combat spirituel chrétien, et deux livres Contra Symmachum critiquant et réfutant le paganisme. Un appareil de préfaces et une postface organisent le tout4, selon des principes de symétrie et d’encadrement. Si Prudence apporte des éléments autobiographiques dans la Præfatio de ses œuvres, c’est dans le Peristephanon qu’il révèle et exprime personnellement et en toute clarté son identité hispanique (p. 7) (Pierre-Yves Fux, PRUDENCE ET LES MARTYRS : HYMNES ET TRAGÉDIE, Peristephanon 1. 3-4. 6-8. 10, Commentaire). La géographie du culte de Romain d’Antioche est attestée et documentée presque exclusivement dans le Midi. Romain, dans sa Passion, est qualifié de monachus, comme dans la seconde recension du martyrologe hiéronymien : Delehaye, 1932, 281 (Fernand Peloux, À la recherche d’un patronage: saint Romain à Saint-Roman, 2025 - shs.hal.science). "secte langue" serait à lire en "lingua secta" langue coupée. Cynthia Hahn (Speaking without tongues. The martyr Romanus and Augustine's theory of language..., pp. 161-180) présente l'histoire du martyr saint Romain (IVe siècle), telle que l'a transformée le poète Prudence (Ve siècle). Romain est à la fois un rhéteur (qui défend la vérité chrétienne) et un martyr (qui continue à la défendre même quand on lui a coupé la langue). Prudence dans le Peristephanon applique parfois le terme heros aux martyrs chrétiens (II, 491, 558; IV, 161; VIII, 3; X, 51 passim) (Enrique A. Ramos Jurado, L'intégration de la classe des héros dans la pensée grecque de l'Antiquité tardive, Héros et héroïnes dans les mythes et les cultes grecs, 2013 - books.google.fr). Præcurrit index, his repente cognitis, Romanus, acris heros excellentiæ ; uenire in armis perduelles nuntiat, animos pauentum præstruens hortatibus, stent ut parati neue cedant turbini. (Peristephanon X, 51-55) Dès qu’il a connaissance de cela, Romain prend vite les devants, héros d’une singulière ardeur ; il annonce que les ennemis viennent en armes, fortifiant par ses exhortations les esprits apeurés, afin qu’ils se tiennent prêts et ne cèdent pas devant la tempête. Le Romanus constitue la seule «tragédie chrétienne» connue dans la littérature latine antique; des éléments du théâtre s’y articulent avec d’autres qui empêchent une mise en scène. Le héros se livre à une attaque contre le paganisme (comme dans le Contre Symmaque) tout en professant une christologie nicéenne (comme dans l’hymne De Trinitate et dans l’Apotheosis). Paroxysme de cette prédication inspirée et de la passion sanglante, un discours est tenu par le martyr après l’ablation de sa langue. Les manuscrits distinguent le Romanus des poèmes du Peristephanon; il en partage le sujet, mais avec des dimensions et un ancrage littéraire différents – et un héros oriental. Martyrologe romain de 2001 donne cette notice : À Antioche de Syrie, mémoire du martyr s. Romain qui était diacre de l’Église de Césarée ; comme lors de la persécution de l’empereur Dioclétien il avait vu que les chrétiens obéissaient aux normes des décrets et se hâtaient vers les idoles, et que d’une voix libre il les avait incités à la résistance, après de cruelles tortures et l’ablation de la langue, étranglé par un lacet dans sa prison, il fut couronné d’un martyre renommé. La première source historique est Eusèbe de Césarée, contemporain des événements sans en avoir été le témoin direct; on lui doit les éléments retenus dans le Martyrologe romain et d’autres détails encore (condamnation au bûcher, grâce impériale) (p. 249). [...] Dans le poème Romanus, on trouve d’autres allusions ou références au théâtre, dont Prudence suit ostensiblement certaines normes (respect des unités de lieu, de temps et d’action; limitation à trois des acteurs parlants; conventions scéniques) (p. 238) (Pierre-Yves Fux, PRUDENCE ET LES MARTYRS : HYMNES ET TRAGÉDIE, Peristephanon 1. 3-4. 6-8. 10, Commentaire) Comme on trouve en rapporta avec Dominique de Guzman autant Calogora que Calaroga, on aurait pu confondre Calahorra, antique Calagurris, et Caleruega (La vie des saints d'Alban Butler et Godescard, avec le martyrologe romain, un traité de la canonisation des saints, 1864 - books.google.fr). "vestutique" pourrait être un mixte de vestitus/vetustus. "vestitus" : mot latin signifiant vêtement (Gaffiot). "L'habit ne fait pas le moine" est un proverbe remontant au moins au XIIIe siècle (Roman de la Rose, Fabliaux). Presque toutes les vies de saints du Haut Moyen Âge exaltent la généalogie du héros chrétien selon une thématique de la progression qui amène le saint de la nobilitas carnis (du sang) à la noblesse spirituelle (de l'âme, animi mores). Si Dieu ne reconnaît pas les distinctions terrestres, destinées à être bouleversées dans la vie éternelle, la sainteté réunit l'excellence des origines et la hauteur des mœurs dans un seul individu. Ce compromis, rejeté par un aristocrate de haute origine comme le philosophe Boèce (mort en 524), permet de concilier l'idéal de perfection chrétienne (transcendant la condition ou l'origine), avec les représentations sociales propres à la strate aristocratique et à ses préjugés catégoriels. Saint Jérôme (mort en 419/420) et le chemin de la noblesse La traduction latine de la Bible par saint Jérôme a joué un rôle essentiel de passeur dans la tradition du vocabulaire et des concepts classiques vers la Chrétienté médiévale. Dans la Vulgate, les occurrences de nobilis couvrent le champ sémantique de la latinité classique, qualifiant l'élévation d'esprit, la hauteur de naissance ou de statut, et, littéralement, la notoriété. Prudence fait dire à Romain d'Antioche, de noble famille : «N'allez pas croire que ma noblesse vient du sang de mes aïeux ou d'une loi du Sénat; c'est la doctrine généreuse du Christ qui anoblit les hommes. Si l'on recherche, par l'enchaînement de la généalogie, quelle est l'origine première de notre race, c'est Dieu le Père qui de sa bouche nous a donné l'être. Quiconque le sert possède la vraie noblesse; qui se révolte contre lui, dégénère. Puis à cette généalogie s'ajoutent un nouvel honneur, un éclat magnifique, comme celui d'une magistrature, si des blessures imprimées par le fer et par le feu marquent le chrétien qui confesse généreusement sa foi, et si une mort glorieuse suit la violence des tourments. Garde-toi de vouloir être bienveillant mal à propos, de m'épargner avec indulgence et douceur; acharne-toi sur mes membres, bourreau, pour me rendre noble ! Si je m'illustre par de tels succès, peu me souciera la naissance de mon père et de ma mère. Dans l'échelle des degrés de perfection, Jérôme dessine dans ses lettres le chemin qui conduit le noble dans le siècle à s'ennoblir dans le Christ. Après le ralliement des élites au christianisme, «Rome possède aujourd'hui ce que le monde n'a pas connu auparavant : alors peu parmi les hommes sages, puissants ou nobles étaient chrétiens; à présent beaucoup d'hommes sages et puissants et nobles sont moines !». Ces représentations réinterprètent la notion antique de devoir d'état (le noble doit imiter les vertus de ses ancêtres) pour associer «naissance» et obligation à la perfection morale et aux nouvelles valeurs (le noble doit imiter les vertus de ses ancêtres) pour associer «naissance» et obligation à la perfection morale et aux nouvelles valeurs chrétiennes. L'idée de dérogeance est abordée par Boèce dans la Consolation de la philosophie. Rédigé en prison après sa disgrâce, son témoignage est celui d'un homme de l'Antiquité, aristocrate de sang descendant d'une des grandes familles du Sénat romain qui fut ministre de Théodoric le Grand (mort en 526) (Jean-Pierre Devroey, Puissants et misérables, système social et monde paysan dans l'Europe des Francs (VIe-IXe siècles), 2006 - books.google.fr). Bis-sonus : voix humaine et voix surnaturelle Le mot «martyre» signifiant témoignage, rend compte de cette parole en acte, parole muette, mais d'autant plus efficace, dont le poète tente seulement d'être l'humble interprète. Prudence s'avoue muet par lui-même et dit hardiment que le Christ est sa langue. Car la parole mystique est au-delà des mots. Elle ne coïncide pas avec le langage humain, contrairement aux fables de la mythologie que fabriquent les poètes païens et que représente leur théâtre faux. Aussi l'harmonie du chant chrétien est-elle altérée par des discordances. Le poète s'en excuse. La langue latine s'accommode mal des mots hébreux. Les noms sacrés n'entrent pas dans le cadre métrique. Les modèles bibliques et l'irruption de l'irrationnel travaillent le style et font éclater les cadres formels de la poésie classique. La beauté vient désormais de l'élan même de l'inspiration qui exalte le poète comme auparavant le saint. Pour eux, littéralement, «je» est un autre (est alter). L'énoncé passe de la première à la troisième personne du singulier : Christus disseret, Ipse explicabit (Perist. X, 22 sq.). Le prodige du martyr qui parle, la langue coupée, n'est que la visualisation de cette expérience extatique. Il traduit la permutabilité du discours et du signe, qui repose elle-même sur le double sens du mot uerbum, à la fois parole humaine et Verbe de Dieu, parole efficace et acte créateur (Perist. X, 128). Mais il s'appuie aussi sur la conception spécifiquement romaine de la parole divine. En effet, la voix surnaturelle ne parle pas à saint Romain en secret ni face à face, comme Dieu parle à Moïse. Mais par la bouche du saint et du poète, elle s'adresse publiquement et directement à la cité pour la sauver, à la façon du dieu Aius locutius. Dans ce théâtre métaphysique, la polyphonie lyrique est à la fois apocalyptique, juridique et romaine (Laurence Gosserez, Théâtralité du Peristephanon de Prudence, Jeux de voix: enonciation, intertextualité et intentionnalité dans la littérature antique, 2009 - books.google.fr). Abbon et Romain : 17 novembre Chez Jacqueline Bouette de Blemur, Abbon est fêté le 17 novembre (Jacqueline Bouette de Blemur, L'année Benedictine, ou Les vies des Saints de l'Ordre de Saint Benoist, pour tous les jours de l'année, Volume 6 : Novembre, 1673 - books.google.fr). Jacqueline Bouette de Blémur ou Marie-Jacqueline Bouette de Blémur, connue sous le nom de Mère Saint-Benoît, est une religieuse bénédictine et écrivain mystique française du XVIIe siècle. Cette historienne et religieuse a vécu entre 1618 et 1696. Elle a écrit plusieurs œuvres comme L'année bénédictine, Eloges de plusieurs personnes illustres en piété de l'Ordre de Saint-Benoît, Vies des saints, Abrégé de la vie de la vénérable mère Charlotte Le Sergent, religieuse de Montmartre, etc. (fr.wikipedia.org - Jacqueline Bouette de Blémurr). Selon Eusèbe, De mart. Pal., 2, 4., le martyre de Romain aurait eu lieu le même jour que celui d'Alphée et de Zachée, c'est-à -dire le 15 des calendes de décembre (17 novembre). Il semble qu'il y ait là une erreur de quelques jours, car l'historien dit expressément que Romain fut étrangle après que ses compagnons de captivité eurent été délivrés à l'occasion des vicennales, lesquelles furent célébrées, selon Lactance, le 12 des mêmes calendes, c'est-à -dire le 20 novembre; mais la date donnée par Lactance est celle de la cérémonie qui eut lieu à Rome, et l'édit d'amnistie peut l'avoir devancée de quelques jours (Paul Allard, La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'Église, Tome 1, 1890 - books.google.fr). Romain d'Antioche est fêté le 18 novembre même s'il est mort le 17. Fleury, langue coupée, Benoît et réforme monastique Aygulf naquit vers 630 dans le pays de Blois. A vingt ans, il entra à l'abbaye bénédictine de Fleury, récemment fondée. Il participa au transfert des reliques de saint Benoît du Mont-Cassin a Fleury. Envoye ensuite a l'abbaye de Lerins, il y ranimait la ferveur monastique en remplaçant les règles existantes par la Règle de saint Benoît. Ici, il travailla ardemment à restaurer la discipline monastique. Sa fermeté suscita le mécontentement de certains, qui recrutèrent des soldats pour l'enlever avec quelques compagnons. Ils furent transportés sur l'île de Capraja, où ils furent exterminés. Aygulf et ses compagnons eurent la langue coupee et les yeux crevés, ce qui fit de lui un intercesseur pour les maux des yeux. D'autres sources indiquent que vers 675, saint Ayoul et ses moines subirent le martyre lors d'une incursion des Sarrasins. Les moines de Lérins revendiquèrent la possession de ses reliques et le considérèrent comme un martyr. Une chapelle lui était dédiée dans le monastère fortifié (Roman Siretchi, Marie-Annick Siretchi, Les Saints Villages Centre Val-de-Loire, 2025 - books.google.fr). "eslevé" En 817, l'empereur Louis le Débonnaire convoqua à Aix-la-Chapelle la généralité de son peuple, suivant son expression, afin de partager l'empire des Francs entre ses trois fils, Lothaire, Louis et Pepin; d'en élever un à la dignité d'empereur, pour maintenir l'unité de l'empire; de régler les rapports entre le nouvel empereur et les deux rois ses frères; de fixer la part d'autorité qu'aurait l'assemblée de la nation pour juger leurs différends et pour élire des rois parmi leurs descendants (Histoire universelle de l'église catholique, Tome 10, 1882 - books.google.fr). Acrostiche : DDSQ, DiDaSQue Didasque est l'évêque Diego de Alvazedo qui se fait accompagné de Dominique de Guzman en mission en Occitanie pour combattre les cathares (qui n'existent pas comme chacun sait) (Nicolas Bertrand, Les gestes des Tolosains et d'autres nations de l'environ, 1555 - books.google.fr, The Life of Saint Dominic in Old French Verse, 1969 - books.google.fr). Le religieux franciscain Didace est mis par Sixte V au nombre des Saints, publiant sa bulle en 1588. Innocent XI fit insérer un office en son honneur dans le bréviaire romain, et assigna le 13 novembre pour le jour de sa fête, qui se célèbre cependant le jour précédent chez les Franciscains (Vies des pères, martyrs et autres principaux saints, Tome 6, 1849 - books.google.fr). Le même jour qu'Abbon chez les bénédictins. Typologie Le report de 1627 sur la date pivot 1004 donne 381. Les corps de Gervais et Protais furent découverts à Milan découverts par saint Ambroise en 386, sous la basilique où l'on vénérait les corps des martyrs Nabor et Félix, deux autres saints jumelés. C'était dans le contexte du grand développement du culte des martyrs lancé à Rome par saint Damase et encouragé par le concile d'Aquilée en 381 (Jean Eracle, A quels saints se vouer ?, Des jumeaux et des autres, 1995 - books.google.fr). Sulpice avoue explicitement dans sa Chronique, à l'occasion du rappel de la persécution de Dioclétien (2, 32, 6), qu'«il existe encore, rédigées, des passions illustres des martyrs de ce temps...». Qu'avait-il donc sur les rayons martyrologiques de sa bibliothèque ? Il semble que l'on puisse distinguer l'influence convergente de quatre catégories de documents. D'abord les Passions des martyrs militaires d'Afrique, du temps de la persécution de Dioclétien, et en particulier la Passio Typasii Tigauensis; elle présente des parallèles surprenants avec la scène de Worms, aussi bien dans sa structure dramatique que dans la lettre de certains passages, en particulier ceux de la déclaration faite par le «martyr» à l'empereur. Tout se passe comme si Sulpice avait connu soit cette Passion, soit un texte analogue. Rien ne s'oppose d'ailleurs à ce que la tradition ou le texte lui ait été rapporté d'Afrique par un pèlerin comme ce Postumianus qui paraît au livre I de ses Dialogues : ne fait-il pas en Afrique une escale de deux semaines, sur la route qui le mènera en Égypte, pour y visiter le tombeau du martyr Cyprien ? Sulpice Sévère, dans sa Vie de saint Martin de Tours, ne paraît pas avoir ignoré non plus les poncifs poétiques des martyrs militaires dans la poésie latine chrétienne contemporaine. Ceux-ci peuvent être actuellement étudiés à travers trois pièces écrites successivement par Damase, Ambroise et Prudence entre 380 et 403 environ (la Vita Martini étant de 397) : le poème épigraphique sur Nérée et Achillée, l'hymne ambrosienne «Victor, Nabor, Felix pii...», et la pièce initiale du Peristephanon liber en l'honneur des martyrs de Calagurris Émétérius et Chélidonius. On y voit plusieurs des thèmes qui caractérisent la scène de Worms : des soldats servant sous les ordres cruels d'un «tyrannus»; leur désertion spirituelle des «impia castra» par un éclat brutal (refus déclaré de continuer à servir, armes jetées); impuissance des armes terrestres et toute-puissance de la foi (la strophe 6 de l'hymne ambrosienne peut, sur ce point, servir curieusement de commentaire au défi de Martin à Julien : «ante aciem inermis astabo»); enfin le souci de payer leur dette à Dieu après avoir réglé leur dette envers César (cf. le poème de Prudence 1, 62 sq. : il consonne avec le début de la déclaration de Martin à Julien). Mais comment Sulpice a-t-il pu, sans invraisemblance, faire du jeune Julien de 356, encore très prudent dans son conformisme chrétien, un persécuteur, un «tyrannus infremens» ? En rétrojetant sur la scène de Worms les traditions de la «légende noire» de l'Apostat sur des événements qui se sont en fait déroulés à Antioche en 362. D'une part, Julien a tenté d'épurer sa garde par un donativum où il mit les chrétiens à l'épreuve, chacun devant choisir, à l'appel de son nom, entre la gratification sous condition (d'un geste d'adoration païenne : grains d'encens sur un turibulum) — ou la suppression pure et simple de cette gratification. D'autre part, deux officiers de cette garde (ils ont pu être d'anciens compagnons d'armes de Martin lui-même, quelques années auparavant ) furent incarcérés et décapités pour avoir dit trop haut dans un banquet ce qu'ils pensaient de l'apostasie de l'empereur : ce sont les authentiques «martyrs militaires» Juventin et Maximin. Sulpice a pu connaître ces faits, survenus à Antioche, soit par une traduction ancienne de l'homélie de Jean Chrysostome prononcée à Antioche en 387 pour les «dies natales» des deux martyrs, soit plus probablement par les traditions orales des ascètes pèlerins : leur voyage en Orient passait toujours par Antioche (M.J. Fontaine, Suplice Sévère a-t-il travesti Martin de Tours en martyr militaire ? Revue des études latines, Volume 40, 1963 - books.google.fr). Richelieu Les théologiens et les jurisconsultes du moyen-âge, résumés par les jésuites Bellarmin et Suarez, ont généralement regardé Dieu comme la source de la souveraineté, et le peuple comme le canal ordinaire. Or, au commencement du XVIIe siècle, telle était l'ignorance des légistes français, qu'ils condamnaient, lacéraient, brûlaient par la main du bourreau les écrits de Bellarmin et de Suarez, parce que ces deux jésuites, de concert avec les théologiens et les jurisconsultes du moyen-âge, y enseignaient l'ancien droit français: que la souveraineté vient de Dieu par le peuple; que les rois ne sont pas irresponsables devant les hommes; que leur puissance peut se perdre et leurs sujets être déliés du serment de fidélité; que, dans le doute, c'est au chef de l'Eglise universelle à décider ce qui regarde la conscience. [...] Aux Etats généraux de 1614, quelques-uns de ces légistes suggérèrent au tiers-état l'idée d'ériger en loi fondamentale du royaume et en dogme national : «Que le roi tient sa puissance immédiatement de Dieu seul; qu'il ne peut en être privé, ni ses sujets dégagés de son obéissance, dans aucun cas, ni par aucune puissance quelconque sur la terre.» [...] Aux Etats généraux de 1614 parut comme député du Poitou, l'évêque de Luçon, depuis cardinal de Richelieu. Il harangua même Louis XIII, au nom du clergé, le jour de la clôture. [...] A la suite de ce discours, Richelieu fut nommé aumônier de la reine, puis, en 1616, secrétaire d'Etat de la guerre et des affaires étrangères, cardinal en 1622, enfin premier ministre jusqu'en 1642, il mourut le 4 décembre (Histoire universelle de l'église catholique, Tome 10, 1882 - books.google.fr). La diffusion de la réforme mauriste fut favorisée par Louis XIII et le cardinal de Richelieu qui veilla personnellement à introduire, en 1627, la nouvelle congrégation à l'abbaye Saint-Benoît de Fleury dont il était abbé commendataire. C'est un moine de Fleury, l'Orléanais dom Benoît Brachet, qui devint supérieur général de la congrégation de Saint-Maur de 1683 à 1687 (Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, Volume 12, Numéros 95-100, 1992 - books.google.fr). Sous l'impulsion du cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, la réforme de Saint-Maur fut introduite dans le prieuré de La Réole en 1626 et à Sainte-Croix de Bordeaux en 1627 (Bernard Guillemain, Raymond Darricau, Jean-Bernard Marquette, Le diocèse de Bordeaux, 1974 - books.google.fr). Charles Perrault vopisque Charles Perrault, né le 12 janvier 1628 à Paris et mort dans la même ville le 16 mai 1703 est un homme de lettres français, célèbre pour ses Contes de ma mère l’Oye. Charles Perrault est né dans une famille bourgeoise tourangelle installée à Lyon. Son grand-père était brodeur du roi, son père Pierre (mort en 1652), avocat au Parlement de Paris, a épousé en 1608 Paquette Le Clerc (morte en 1657), avec qui il a eu sept enfants. Charles est le dernier de la fratrie, mais avait un jumeau, François, qui est mort 6 mois après leur naissance (fr.wikipedia.org - Charles Perrault). L'histoire a conservé le souvenir de deux reines Berthe «aux grands pieds.» L'une, la moins ancienne, est Berthe ou Bertrade, répudiée au XIe siècle par le roi Robert, pour cause de parenté. Pour décider au divorce le naïf Robert le pieux, Abbon, abbé de Fleury, lui conta que la reine venait d'accoucher d'un canard, ou d'une oie; et le bruit se répandit qu'elle-même était affligée d'une vraie patte de canard ou d'oie. Cette Berthe au pied d'oie fut immédiatement confondue avec une autre Berthe épouse du roi Pépin, et qui est la véritable Berthe au grand pied. Ne serait-ce pas ce pied qui, transmis à Charlemagne par sa mère, est devenu notre pied de roi ? La mère l'oie était donc une reine Pédauque et elle s'appelait Berthe. Mais Berthe (Berchta) n'est pas seulement la femme de Robert et de Pépin, c'est encore une divinité germanique bien connue (Les contes de Charles Perrault: Histoires ou Contes du temps passé (contes de ma mère Loye), Tome 1, 1875 - books.google.fr). Dans la mythologie grecque, Zeus se métamorphose en cygne pour s'unir à Léda. De cette union aviaire naissent des jumeaux Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre. Les Contes, quand on les fréquente avec assiduité, se révèlent hantés par beau- coup d'autres frères et sœurs dont il n'est certes pas dit non plus qu'ils sont jumeaux, mais qui présentent d'étranges ressemblances et surtout une manière bien à eux de procéder par deux et d'agir ensemble et de manière soit identique soit complémentaire : la femme de Barbe-Bleue et «Sœur Anne», les deux frères qui viennent tuer le mari criminel, la petite Aurore et le petit Jour, etc. Tous ces jumeaux, vrais ou moins vrais, ont aussi une étrange particularité que nous avons déjà rencontrée souvent et qui est bien difficile à admettre pour un non-jumeau. Le narrateur, par exemple dans Riquet à la Houppe, a beau nous avoir expliqué que la naissance qui vient d'avoir lieu est gémellaire; cela ne l'empêche pas de tenir compte aussitôt des quelques heures ou des quelques instants qui ont séparé les naissances de ses jumelles et de les désigner à onze reprises par les appellations l'aînée ou la cadette. L'un des procédés les plus simples pour empêcher que l'ennemi n'inter- cepte le sens d'un message chiffré, c'est de multiplier les nombres correspondant au code par un chiffre donné qui est la clé du message , ce qui le rend encore plus difficile à déchiffrer . Si nous appliquons cette hypothèse de travail aux contes en prose, en utilisant par exemple la notion d'«ensemble» qui nous permet de matérialiser en quelque sorte l'obsession de la préférence, nous nous découvrons à la tête d'une véritable armée de jumeaux. Et toujours ce sont des jumeaux en compétition, qui mènent une lutte toujours à recommencer pour savoir lequel des deux est le plus âgé , le mieux pourvu , le plus méritant, etc. : c'est-à -dire saisis au cœur même de leur inexpiable conflit pour la domi nance. Prenons par exemple Le Chat Botté où, apparemment, il n'y a pas la moindre allusion à des jumeaux. Sans doute, le pauvre meunier qui meurt au début du conte a trois fils et non deux; mais cette triade, quand on l'examine de plus près, apparaît comme un couple, formé du reste de deux ensembles gémellaires : d'un côté, les aînés qui reçoivent quelque chose du père; de l'autre, le cadet, qui ne reçoit rien, ou, pour être plus exact , moins que rien, un chat. C'est d'ailleurs le cadet lui-même qui, dans une phrase significative où se retrouve explicitement le mot ensemble attire notre attention sur cette intéressante restructuration : disait (le plus jeune) Mes frères pourront gagner leur vie honnête- ment en se mettant ensemble; pour moi, lorsque j'aurai mangé mon chat et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. Dans la suite du conte, c'est vrai, il n'est plus question de l'«ensemble» des fils nantis , mais cela tient sans doute au fait que nous avons changé de clé; un autre «ensemble gémellaire» vient d'apparaître qui était d'ailleurs inclu dans le précédent , celui que forme le cadet avec son chat, ce chat qui épouse les intérêts de son maître au point de risquer sa vie pour le pousser au faîte des honneurs. Mais à quoi bon poursuivre des analyses qu'un lecteur intéressé par les problèmes de décryptage aura sans doute plaisir à poursuivre pour son propre compte ? En utilisant cette notion d'ensemble et les restructurations qu'elle rend possibles, je suis parvenu à identifier dans dans le recueil en prose, en plus de ceux que j'ai déjà indiqués, encore quatorze autres couples gémellaires : six dans Le Petit Poucet, trois dans La Barbe Bleue, deux dans Riquet à la Houppe, et un dans chacun des trois contes restants (Marc Soriano, Le dossier Perrault, 1972 - books.google.fr). Les Dormants d'Ephèse ne sont pas le seul septénaire de frères rassemblés dans la foi et pénétrant groupés dans le monde bienheureux. La chrétienté primitive a lu avec ferveur dans le 2e Livre des Maccabées, le récit de sept frères martyrs et de leur mère, récit regardé comme une «composition littéraire» résumant un grand nombre de faits historiques et les synthétisant sous les symboles des nombres sept et huit. L'Eglise de Rome, en rassemblant des martyrs de divers cimetières romains, en a fait les « sept frères martyrs », les attribuant au temps de Marc- Aurèle, c'est-à -dire au IIe siècle; en leur donnant pour mère Sainte Félicité, elle a célébré leur fête le 10 juillet. Le Bréviaire romain a attribué des noms aux sept fils de Ste Félicité, noms qui diffèrent de ceux retrouvés par Massignon comme coïncidant avec ceux de la liste des Sept Dormants chez Theodosius, en 530, ce qui montre l'assimilation avec ces derniers. Le 18 juillet, en même temps que St Camille, l'Eglise romaine fêtait un groupe identique, celui de Ste Symphorose et de ses sept fils martyrs, dont les noms sont aussi donnés. Ainsi, à moins de trois semaines d'intervalle, dans cette période de la Canicule, étaient fêtés trois groupes de sept martyrs, les 10, 18 et 27 juillet, cette dernière date étant celle des Dormants d'Ephèse. Aux martyrs succédèrent les Confesseurs et, là encore, on trouve un groupe de Sept Dormants dont le récit offre plusieurs points communs avec ceux d'Ephèse. Comme nous l'avons fait pour la version de Grégoire de Tours relative à ces derniers, nous donnerons, en traduction littérale, les passages essentiels de la lettre attribuée au même évêque au sujet de ces sept confesseurs Dormants. [...] On a trouvé, dans le récit des Maccabées, l'une des origines de ce groupement de sept frères dans une voie de sainteté. Mais il ne semble pas inopportun de signaler d'autres rapprochements, moins frappants peut-être, mais qui montrent combien un mythe ou symbole a des racines profondes dans la tradition populaire ou sacrée. [...] Dans les contes de Perrault, le «Petit Poucet» et ses six frères pénètrent, à l'issue d'une recherche labyrinthique, dans la maison de l'ogre où ils s'endorment en compagnie des sept filles de l'ogre. Dans la tradition hindoue, le parallèle est très frappant entre les Dormants et les fils de Pandou, décrits, à l'origine, comme autant de formes d'Indra en attente de résurrection dans la caverne de la montagne de Shiva. Ils sont cinq frères, époux d'une même Krishnâ, auxquels s'adjoignent les deux Kèças, l'un blanc, l'autre noir. Le rapprochement est d'autant plus impressionnant qu'à la fin de l'épopée les cinq Pandouides et Krishnâ prennent le chemin du paradis d'Indra en compagnie de leur chien qui n'est autre que Dharma, l'instructeur spirituel par excellence «le seul ami qui accompagne l'homme après sa mort», la Vérité, satya (Jacques Bonnet, Artémis d'Éphèse et la légende des sept dormants, 1977 - books.google.fr). Poucet, Perrault remplace les héros du conte traditionnel, un frère et une sœur unis par l'affection et qui collaborent à leur évasion commune, par sept garçons (trois fois deux jumeaux) qui prennent leur cadet chétif pour souffre-douleur, suivant en cela l'exemple de leur mère. L'irresponsabilité des parents entraîne pour les enfants les pires malheurs, dont le moindre est d'être chassé de la maison (Peau-d'Ane, Les Fées, Le petit Poucet), jeté dans les bras d'un monstre (Le petit Chaperon rouge, Barbe-Bleue, Le petit Poucet). Là où l'horreur se fait plus violente, les images se font plus directes, l'animosité des parents prend une forme plus aiguë : la grand-mère veut manger ses petits-enfants en sauce (La Belle au bois dormant) ou tout cru (Le petit Chaperon rouge); les parents laissent leurs enfants dévorer par les loups pour s'éviter la douleur de les voir mourir de faim; l'Ogre (ce père symbolique) veut mettre ses «enfants» au four pour les manger bien rôtis, et il coupe la tête à ses propres filles par inadvertance (Le petit Poucet). Les rapports entre époux ne sont guère plus pacifiques (Michèle Simonsen, Perrault : «Contes», 1992 - books.google.fr). Ainsi le Chat botté fait-il titre au double sens du mot et tire-t-il ce Chat-là de l'anonymat du répertoire. Il est, de l'avis de la plupart des folkloristes, l'invention de Charles Perrault. Marc Soriano va même jusqu'à présenter le détail vestimentaire comme attribut nécessaire du personnage, au terme de son enquête sur les bessons, Charles et François, né "quelques heures" avant Charles et mort à l'âge de six mois, ainsi qu'il est écrit dès les premières lignes des Mémoires rédigées à partir de 1700. Ironie du narrateur à l'égard de lui-même ? Toujours est-il que, sur un mode burlesque, ces bottes, comme les bottes (elles magiques) du Petit Poucet, disent le pouvoir de s'emparer de la fortune. Elles autorisent la revanche du cadet déshérité sur son aîné bicéphale (les deux fils du meunier mieux "partagés"), la revanche sur le jumeau survivant. Cette lutte pour la dominance, où Marc Soriano lit l'équation personnelle de Perrault, est aussi angoisse du sexe contesté. Le cadet et son chat reconstituent le couple gémellaire et tendent à l'unité d'une figure ambiguë, qui nous est révélée par la trivialité des calembours chas (trou de l'aiguille) -chat, botte-bite. Si le chat est symbole de la sexualité féminine (telle est la représentation apportée par les illustrations sensuelles et flamboyantes de Félix Lorioux en 1926), sans doute a-t-il besoin d'une paire de bottes pour être désigné dans le texte (et dans le titre) comme Maître Chat (Jean Perrot, Tricentenaire Charles Perrault: les grands contes du XVIIe siècle et leur fortune littéraire, 1998 - books.google.fr). "bouette" : appât du breton "bouet", "boued" nourriture (Etudes celtiques, 1897 - books.google.fr). D'où le chas "bouëtté", un autre trou auquel est suspendu un appât. Les trois unités : la querelle des Anciens et des Modernes En 1634, la tragédie régulière a reparu avec la Sophonisbe de Mairet. Mais on hésite encore entre la tragédie d'action et d'intrigue ou tragi-comédie, et la tragédie psychologique. Les unités, qui s'établissent entre 1628 et 1637, assurent la prépondérance de la tragédie classique, qui triomphe avec le Cid, considéré, pourtant, comme une tragi-comédie. La tragi-comédie survivra encore une vingtaine d'années, nourrie par le talent de Du Ryer, de Scudéry et surtout de Rotrou. Mais l'adoption des trois unités «a déterminé pour deux siècles la forme du théâtre français» (G. Lanson). Ramenées d'Italie par Mairet (1628), patronnées par Chapelain et par Richelieu, elles gênent d'abord Corneille, qui finit par s'y soumettre, avec des réserves et en les interprétant (Lettres en tête de la Suivante, 1637, de Médée, 1639). Cédant au goût du public, gens de cour et précieux, et des lettrés, qui les exigent au nom de la vraisemblance, Corneille, tout en refusant de leur sacrifier un beau sujet, les acceptera pourtant quand il se sera définitivement décidé à placer l'action hors du temps et de l'espace, dans le cœur humain. Ces trois unités entraînent toute une esthétique, et notamment la concentration du poème dramatique et l'unité de ton. Elles obligent aussi a tricher avec l'histoire, ce qui présente quelque difficulté pour les sujets religieux. En outre, la société polie impose des bienséances, qui tendront à introduire au théâtre une humanité de convention, dont la vraisemblance risque de contredire la vérité historique et morale. Sans doute, le Cid gardait quelque chose de la tragi-comédie, de la pastorale, même de la tragédie humaniste. Mais il dépassait tout cet effort d'un siècle par des nouveautés originales : concentration du drame, reduit a une crise, action extérieure subordonnée aux sentiments et aux volontés, intrigue fortement et logiquement enchaînée. Mais la grande nouveauté, celle qui enthousiasma le public, ce fut sa philosophie sublime, sa conception de l'amour, soumis à la volonté raisonnable. Horace et Cinna sont deux etapes de l'ascension de Corneille vers la perfection de l'art classique. Cette perfection est atteinte dans Polyeucte (Kosta Loukovitch, L'évolution de la Tragédie Religieuse Classique en France, 1933 - books.google.fr). Le "Parallèle des Anciens et des Modernes" de Charles Perrault constitue une oeuvre essentielle dans l'évolution des idées vers le XVIIIe siècle. Il rouvre la Querelle des Anciens et des Modernes et se présente comme la réfutation de l'"Art poétique" de Boileau. En effet, le classicisme qui reposait sur le rationalisme, le christianisme et l'humanisme gréco-latin, domine par la lettre plus que par l'esprit. La critique se développe. Proclamant la supériorité de son siècle dans le poème "Le siècle de Louis le Grand", Charles Perrault entreprend, au nom de la raison, d'examiner les arts et les lettres et de prouver qu'ils sont aussi soumis au progrès. Dans cet épisode de la Querelle (1687-1694) il souhaite affirmer un art proprement français, libéré de la comparaison permanente qu'il souffre avec l'Antiquité et l'Italie. Sa réflexion concourt à détruire la conception d'un immuable Beau. Le troisième tome de 1692 concernant les arts poétiques est primordial dans la Querelle avec Boileau. Véritable antithèse de l'"Art poétique", Perrault rédige son manifeste de l'esprit moderne, tentant d'anéantir le dogmatisme littéraire défendu par son ennemi. Il encourage l'épopée chrétienne, fait accepter les genres nouveaux que les Modernes pratiquent : la poésie lyrique ou galante, l'opéra, le roman ou le conte. Il libère la tragédie des règles contraignantes d'Aristote. D'une manière générale il préconise le choix de sources plus proches, susceptibles de toucher le spectateur. Il dégage encore le romancier de l'historien; le roman se prépare à accueillir toutes les idées, ouvrant la voie au siècle des lumières. En outre les mentalités changes et trop de rationalisme ne satisfait pas tout le monde. A la suite de Locke, les penseurs se détournent de la métaphysique pour accorder une large part aux sensations d'où procèdent les idées. Le roman et le théâtre post-classiques manifestent un goût pour l'imagination et la sensibilité, qu'illustre le succès des "Contes" de Perrault (Sylvie Loprète, Charles Perrault dans la querelle des Anciens et des Modernes : implications esthétiques et philosophiques de l'oeuvre polémique de Charles Perrault, le Parallèle des Anciens et des Modernes, 1998 - theses.fr). La règle des trois unités (temps, lieu, action) est une contrainte d'écriture théâtrale formalisée au XVIIe siècle en s'inspirant de la Poétique d'Aristote. Pour l'unité de temps, Aristote suggère simplement que la tragédie se déroule au cours d'une seule «révolution du soleil» Socinianisme L’intérêt de Voltaire pour le socinianisme s’est manifesté pour la première fois dans les Lettres philosophiques. Dans la septième et dernière des Lettres consacrées aux confessions religieuses en Angleterre, il mentionne la «petite secte» des «sociniens, ou ariens, ou antitrinitaires» (titre de la Lettre). On sait que ces trois appellations sont loin de recouvrer la même chose ; Voltaire ne s’embarrasse pas de nuances et ne s’intéresse qu’au refus du dogme de la trinité tel qu’il fut formulé dans le Symbole de saint Athanase. [...] Diffusée en Europe occidentale au cours du XVIIe siècle, la pensée des deux Sozzini reçut en 1628, aux Pays-Bas, le nom de socinianisme. Les sociniens se distinguaient non seulement par un profond désir de tolérance et de charité mais aussi par un rejet de toute la dogmatique catholique, ce qui inspira cette curieuse remarque à l’abbé Faydit, auteur de Remarques sur Virgile et sur Homère en 1705 : Je ne suis pas prophète, mais je crois pouvoir prédire à coup sûr que la Hollande et l’Angleterre ne tarderont pas à devenir toutes mahométanes, et que les bourgmestres de l’une, et les milords de l’autre, changeront bientôt leurs toques et bonnets de velours en turbans. En effet, je ne vois pas qu’il y ait grande différence entre les mahométans et les sociniens (Gerhardt Stenger, Le socinianisme dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire, Rousseau et les lumières, Mélanges à la mémoire de Raymond Rousseau, 2016 - halshs.archives-ouvertes.fr). Au XVIe siècle, avec Lelio Sozzini (1525-1562) et surtout son neveu Fausto Socin (1539-1604), naît l'unitarisme. Ces deux membres de la famille Sozzini appartiennent à la première et à la seconde génération de réformateurs de la chrétienté institutionnalisée. Jésus, né de Marie grâce à l'action du Saint-Esprit, n'aurait pas existé avant sa naissance. Il fut homme, entièrement décidé à faire la volonté divine. Dieu le récompensa à la Résurrection, lui accordant une nouvelle Vie éternelle dans son ciel avec le titre de Fils. C'est pourquoi les sociniens rendaient un culte à ce Fils de Dieu (fr.wikipedia.org - Socinianisme). Le socinianisme et l'unitarisme récusèrent la Trinité comme l'arianisme. Deux très grands esprits, Newton et Darwin, récusaient aussi la Trinité, le premier étant adepte du socinianisme, l'autre de l'unitarisme (Hichem Djaït, La vie de Muhammad: Révélation et Prophétie, Tome 1, 2007 - books.google.fr). Construction du quatrain Le quatrain I,95 est construit en anneau : les vers 1 et 4 encadrent les vers 2 et 3. Le début et la fin parlent du double (besson / vopisque), tandis que le centre parle de la voix (moine / langue / puissance). Cette structure circulaire est typique des versets bibliques analysés par Marc Girard (Marc Girard, Les psaumes, analyse structurelle et interprétation, Tome 2 : 51-100, 1984 - books.google.fr). |