Socinianisme

Socinianisme

 

I, 95

 

1627-1628

 

Devant moustier trouvé enfant besson,

D'heroic sang de moine & vetustisque :

Son bruit par secte langue & puissance son,

Qu'on dira fort eslevé le vopisque.

 

Rhétorique

 

"besson" vient du bas latin bissonus où on pourrait reconnaître "bis" et "sonus".

 

Bis sonus & en notre langue mot pour mot "deux fois son" ce que nous expliquons par le mot "double son" (grec "diphtongos", diphtongue) (Jean Hindret, L'art de prononcer parfaitement la langue françoise, Tome 1, 1696 - books.google.fr).

 

D'oĂą le vers 3 : "Son.... son".

 

Diphtongue : du grec "diphtongos" son double : son formĂ© par la fusion de deux voyelles, dont l'une devient une semi-voyelle, comme ieu, len, ion, dans lieu, lien, lion (Petit Larousse: dictionnaire encyclopĂ©dique pour tous, 1961 - books.google.fr).

 

moust-ie-r, her-oi-c, m-oi-ne, br-ui-t, p-ui-ssance, marquent dans le quatrain 5 diphtongues ou hiatus.

 

On sait que le problème des digrammes vocaliques était un point du français qui continuait à être spécialement controversé dans la deuxième moitié du XVIe siècle, comme le montre l'intérêt que portent à la question aussi bien Meigret que Ramus (Juan F. Garcia Bascunana, A propos de certains aspects phonétiques du français préclassique, Le changement en français: études de linguistique diachronique, 2010 - books.google.fr).

 

En linguistique, le terme hiatus dĂ©signe «une rencontre de deux voyelles, de deux Ă©lĂ©ments vocaliques, soit Ă  l'intĂ©rieur d'un mot [...], soit entre deux mots Ă©noncĂ©s sans pause [...]». L'Ă©tymologie du terme, empruntĂ©e du latin, en cache pourtant la vĂ©ritable signification : l'hiatus apparaĂ®t comme une ouverture, une fente, «un espace entre deux choses ou dans une chose, une interruption». En effet, dans l'Ă©dition de 1932, le Dictionnaire de l'AcadĂ©mie Française donne une dĂ©finition plus prĂ©cise de cet artifice rhĂ©torique, intimement liĂ© Ă  la crĂ©ation poĂ©tique : Ouverture de la bouche produite par la rencontre, par la succession immĂ©diate de deux voyelles sonores. Il dĂ©signe particulièrement la rencontre de deux voyelles dont l'une finit un mot et dont l'autre commence le mot suivant. mauvais effet dans la prose. Cet hiatus blesse l'oreille. L'hiatus d'un mot Ă  un autre a Ă©tĂ© interdit dans notre poĂ©sie par Malherbe. L'hiatus peut donc se dĂ©finir comme un choc produisant un effet dĂ©sagrĂ©able pour l'auditeur, ce qui entraĂ®ne son bannissement dans les vers et mĂŞme dans la prose. Cependant, son usage n'a Ă©tĂ© proscrit qu'Ă  partir de François de Malherbe (1555-1628), et tous les poètes l'employaient avant lui. [...] MalgrĂ© ses convictions rigoureuses, Malherbe lui-mĂŞme, au dĂ©but de sa fortune littĂ©raire, commettait naturellement des hiatus : ces derniers n'ont rien de très choquant en soi, et si par la suite le poète les supprime dans ses vers, c'est parce qu'ils choquent, non pas son oreille, mais les thĂ©ories puristes du langage (Le Sens dans tous les sens, Federica Locatelli, 2015 - books.google.fr).

 

En ce qui concerne l'hiatus, nous rapporterons les considĂ©rations de l'un des meilleurs spĂ©cialistes de mĂ©trique baudelairienne : Albert Cassagne, auteur, en 1906, de Versification et mĂ©trique de Charles Baudelaire, un essai qui reste une pierre angulaire dans le domaine des Ă©tudes mĂ©triques sur les Fleurs du Mal. Dans le troisième chapitre, Cassagne consacre deux pages seulement Ă  l'hiatus en s'exprimant ainsi : «Il y a très peu Ă  dire Ă  propos de l'hiatus [...] [L'hiatus] exprime assez heureusement la nausĂ©e, le hoquet du dĂ©goĂ»t [...]»

 

Le premier, Malherbe (mort en 1628) Ă©mit la règle prohibitive contre laquelle protestait Mathurin Regnier, son contemporain, par ces vers oĂą il le dĂ©signe :

 

Cependant leur sçavoir ne s'esteud seulement

Qu'Ă  regretter un mot douteux au jugement,

Prendre garde qu’un qui ne heurte une diphthongue.

 

Malherbe lui-même s’est permis des hiatus; ce n’est qu’après lui que la règle devint rigide (Abel Ducondut, Examen critique de la Versification française, classique et romantique, 1863 - books.google.fr).

 

Diphtongue religieuse

 

L'Intellectualisme est caractĂ©risĂ© par son attachement aux mots et aux formules thĂ©ologiques. Or, Calvin se dĂ©fie des mots et des formules thĂ©ologiques. Voici quelques-unes de ses dĂ©clarations, et un Ă©pisode curieux. «Il faut, dit-il, se garder notre pensĂ©e, ou notre langue, ne passe outre les limites de la parole de Dieu». «Il ne faut rien chercher de Dieu, sinon en sa parole, ne rien penser sinon en sa parole, n'en rien parler sinon en sa parole». Ce sont les hĂ©rĂ©tiques, qui ont forcĂ© l'Eglise Ă  recourir Ă  certains mots non bibliques, pour prĂ©ciser la pensĂ©e de la Bible. Les Pères ont formulĂ©, comme ils l'ont fait, la doctrine de la TrinitĂ©, pour dĂ©noncer et rĂ©futer les ambiguĂŻtĂ©s, sous lesquelles Sabellius et Arius cachaient leurs hĂ©rĂ©sies. Dès lors comment accuser les Pères d'avoir «troublĂ© la tranquillitĂ© de de l'Eglise pour un petit mot ?». Ce petit mot, (qui Ă©tait une simple lettre), montrait la diffĂ©rence entre les vrais chrĂ©tiens et les hĂ©rĂ©tiques. Ainsi le dogme est avant tout la nĂ©gation d'une erreur, d'une hĂ©rĂ©sie.

 

Ici Calvin est d'accord avec Alexandre Vinet qui cĂ©lèbre le petit mot, cette simple lettre, en ces termes : «Les thĂ©ologiens furent peuple Ă  NicĂ©e, et les hĂ©ritiers immĂ©diats de leurs doctrines furent quelque chose de mieux que les martyrs d'un diphtongue.»

 

En consĂ©quence Calvin Ă©crira : «Je ne suis pas si rude et extrĂŞme de vouloir susciter des grands combats pour de simples mots» (Émile Doumergue, Le caractère de Calvin: L'homme, le système, l'Ă©glise, l'Ă©tat, 1970 - books.google.fr).

 

Il est juste de dire, avec Vinet, que les dĂ©fenseurs du dogme de NicĂ©e ne furent pas les malheureuses victimes d'une simple diphtongue. L'âpretĂ© de certains dĂ©bats thĂ©ologiques - on n'ose pas dire qu'il en fut ainsi de tous - prend une autre figure quand on y perçoit l'Ă©cho d'une sollicitude prĂ©voyante Ă  l'Ă©gard de donnĂ©es essentielles pour la foi. Que les modernes contempteurs des formules dogmatiques, dans leur parti pris de ne reconnaĂ®tre que l'expĂ©rience - mais l'expĂ©rience de quoi ? - veuillent accorder aux hommes qui luttèrent pour certains dogmes l'espoir de sauvegarder l'expĂ©rience chrĂ©tienne authentique ; oui, l'expĂ©rience justement, qu'une mauvaise thĂ©ologie compromet en altĂ©rant l'intĂ©gritĂ© de l'objet de la foi (Franz.J. Leenhardt, Orthodoxie contre libĂ©ralisme, un procès Ă  rĂ©viser, Revue de Theologie et de Philosophie, 1944 - books.google.fr).

 

Boileau, dans sa Satire XII, Sur l'Equivoque, qui traite prĂ©cisĂ©ment de la diversitĂ© des interprĂ©tations auxquelles prĂŞte le langage (satire qui fut frappĂ©e d'interdit et ne parut qu'après la mort de l'auteur), celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevĂ©es au iv* siècle, entre les orthodones disant que le Fils est de mĂŞme substance que le Père "homousios", et les Ariens soutenant qu'il est d'une substance semblable "homoiousios", mots qui ne diffĂ©rent que par la diphtongue oi, qui manque dans le premier et se trouve dans le second, a dit :

 

Et l'Eglise elle-mĂŞme eut peine Ă  s'en sauver.

Elle-mĂŞme deux fois presque toute Arienne,

Sentit chez soi trembler sa vĂ©ritĂ© ChrĂ©tienne ;

Lors qu'attaquant le Verbe & sa Divinité,

D'une sillabe impie un saint mot augmenté

Remplit tous les esprits d'aigreurs si meurtrières,

Et fit de sang Chrétien couler tant de rivières (M. Michaud, Volume 4 de Essais de Michel de Montaigne, 1909 - books.google.fr).

 

Mais l’Auteur avoit prĂ©cisĂ©ment fait les quatre derniers vers de cette manière :

 

Lorsque chez ses suiets l'un contre l’autre armés,

Et sur un Dieu fait homme au combat animés,

Tu fis dans une guerre & si triste & si longue,

Périr tant de Chrétiens, Martirs d’une diphtongue 

 

Les Ariens nioient la consubstantialitĂ© du Verbe, et rejettoient le mot "omousios"; qui signifie consubstantiel. Ils disoient que le Fils Ă©toit "omoiousios to patri", c'est-Ă -dire de substance semblable Ă  celle du pĂ©re, mais non pas "omousios", c'est-Ă -dire de mĂŞme substance que le père. Ainsi l'hĂ©rĂ©sie des Ariens consistoit en une diphthongue ; ajoĂ»tĂ©e au mot "omousios", auquel ils substituoient le mot "omoiousios". Cette Diphthongue est la Diphthongue "oi", que les Orthodoxes rejettoient, aimant mieux souffrir le martyre que d'admettre cette addition, qui, toute lĂ©gère qu'elle est, dĂ©truit la divinitĂ© du Verbe (Claude Brossette, Oeuvres De Mr. Boileau DesprĂ©aux. Avec Des Éclairicissemens Historiques, Donnez par Lui-mĂŞme, Tome 1, 1716 - books.google.fr).

 

Jumeaux et diphtongue

 

Dans une Grammaire de Roger Bacon (XIIIème siècle) :

 

"Act." XXVIII : insigne Castorum... alia translatio cui erat signum Jovis filii, id est dioscoris et "Z"eus dicitur Juppiter huius Dios id est Iovis cori filii, scilicet Castor et Pollux et Dioscorus dicitur mensis Junius cui attribuitur signum in geminis» Ă  comparer avec Grammaire d'Oxford, p. 72-73 : «Dicitur vicesimo octavo Actuum, quod Paulus navigavit in navi alexandrina, cui erat insigne Castorum, id est filiorum Jovis. Sed legitur et scribitur ibi insigne castrorum, quasi vellet dicere quod ibi erat aliquod castrum pulcrum in navi vel insula sed non est ita. Nam in greco est ibi dioscorois pro filiis Jovis. Dios enim sine diphtongo est Jupiter in greco et cori est puella, pro quo in composicione accipitur filia vel filius aliquando sicut hic, unde dioscorus est Iovis filius. Et secundum poetas sunt duo dioscori scilicet Pollux et Castor unde pluraliter ponitur ibi dioscoris in dativo plurali. Sed Pollux post mortem sortitus est nomen fratris sui et Castor dicebatur, unde duo Castores dicti sunt sicut duo dioscori dicitur (Etienne Anheim, BenoĂ®t GrĂ©vin, Martin Morard, ExĂ©gèse judĂ©o-chrĂ©tienne, magie et linguistique, Archives d'histoire doctrinale et littĂ©raire du moyen âge, 2001 - books.google.fr).

 

Il existe d'autres traces de l'influence grecque sur la religion de Lavinium, comme le confirme l'inscription, dĂ©couverte en 1958, dĂ©diĂ©e Ă  Castor et Pollux : en effet, les noms des deux hĂ©ros sont accompagnĂ©s du mot qurois, = "kourois", variante ionienne de l'attique "KĂ´rois", qui laisse entendre une fermeture de ou = [o] en [u] (FrĂ©dĂ©rique Biville, Les emprunts du latin au grec: Vocalisme et conclusions, Tome 2, 1995 - books.google.fr).

 

"besson... vopisque" : jumeaux

 

Plusieurs récits évoquent la mort de l'un des jumeaux de la paire (les Dioscures, Romulus et Rémus, Héraclès et Iphiclès...). Ils proposent un modèle qui devait sans doute permettre aux proches de mieux gérer la forte mortalité périnatale. Ainsi, le décès du frère de Commode en 165 après J.-C endeuille la famille impériale, mais sans créer de désordre néfaste.  Commode sera associé à Héraclès pour affirmer sa nature divine d'élu des dieux, mais aussi pour afficher son statut de jumeau survivant. Quelques allusions suggèrent l'existence de rituels particuliers lors de la mort d'un des nouveau-nés, comme l'usage du nom Vopiscus. On constatera enfin qu'en Grèce, comme à Rome, les différents discours valorisent le couple composé de jumeaux identiques, ou monozygotes, et de sexe masculin. Egaux et inséparables, ces jumeaux éveillent une fascination, parfois amusée. Ils inspirent aussi un profond respect pour l'affection et la solidarité infaillible qu'on leur prête. Toutefois, leurs ressemblances ne sont pas toujours synonymes d'indifférenciation. En Grèce et à Rome, divers témoignages relèvent les traits qui subtilement distinguent les jumeaux (Véronique Dasen, Jumeaux, jumelles dans l'antiquité Grecque et Romaine, 2005 - books.google.fr).

 

Il y aussi Amphion et Zethos.

 

Dans sa dernière ode, sur le siège de la Rochelle par Richelieu et Louis XIII, Malherbe se place dans le rôle d'Amphion, conquérant et musicien, capable de construire une ville au son de sa lyre. Il arrive à exhorter le roi à une vengeance violente contre les Rochelais tout en évoquant son propre deuil. [...] La maîtrise de la forme de la dernière ode fait penser à Boileau, qui à propos du rôle de Malherbe comme le premier des classiques, décrit la juste cadence de ses vers (Gro Bjornerud Mo, Corps sanglants, souffrants et pétrifiés. une lecture de François de  Malherbe, Corps sanglants, souffrants et macabres: XVIe-XVIIe siècle, 2010 - books.google.fr).

 

"moustier"

 

Issu d'une altĂ©ration *monisterium du bas latin *monasterium (450), le terme muster ou mostier doit son sens Ă  l'existence de son quasi doublet monastere en langue ancienne : signifiant "institution chrĂ©tienne regroupant des moines ou moniales vivant isolĂ©s du monde", monastere, issu d'un verbe grec monazein ("vivre seul") va conserver ce sens premier, et dĂ©signer par mĂ©tonymie le bâtiment regroupant les religieux de l'institution, et les religieux eux-mĂŞmes; muster/mostier, Ă©voluant vers "moustier", dĂ©signe d'abord, lui aussi, le couvent, puis glisse vers une autre acception, le doublet monastère-moustier devant diversifier son emploi; c'est donc au sens d'"Ă©glise" que le terme a survĂ©cu, tant bien que mal, dans quelques regions du nord de la France; on le trouve cependant largement employĂ© en toponymie, oĂą monastère n'a pas laissĂ© de traces : Moustier, Moustiers-Sainte-Marie, MoĂ»tiers, Noirmoutier, qui doivent leur nom Ă  la prĂ©sence soit d'un couvent, soit d'une Ă©glise (Eve Derrien, Etudes de grammaire mĂ©diĂ©vale, 2022 - books.google.fr).

 

"vopisque"

 

Les circonstances du dĂ©cès de l'enfant varient selon les auteurs. Pour Pline, un des jumeaux est mort lors d'une fausse-couche : «On appelait Vopiscus l'enfant qui, retenu dans le sein maternel, parvenait Ă  terme, quand l'autre avait pĂ©ri par avortement (spontanĂ©)». Mais les circonstances du dĂ©cès varient selon les auteurs. Plutarque reste vague : Vopiscus dĂ©signe «celui des jumeaux qui survit Ă  l'autre». Isidore de SĂ©ville semble Ă©voquer un accident au cours de l'accouchement : «Si, parmi les jumeaux, l'un est mort-nĂ© sera nĂ© normalement, est appelĂ© Vopiscus». Chez Quintilien, le nom se rĂ©fère Ă  «des incidents postĂ©rieurs Ă  la naissance». Quelle est la signification de ce terme ? Son Ă©tymologie pourrait se rapporter au lien unissant les jumeaux au-delĂ  de la mort. Selon Joseph Vendryès, le terme serait issu du dialecte celtique ou ligure du nord de l'Italie, *uo-pit-sko ou *uo-peit-sko, et signifierait «celui qui a deux âmes», c'est-Ă -dire la sienne et celle du jumeau mort-nĂ©. Le repĂ©rage de ces termes dans les sources grecques et latines ne permet toutefois pas d'identifier tous les couples gĂ©mellaires. D'une part, en grec comme en latin, la naissance de jumeaux n'est pas toujours qualifiĂ©e de gĂ©mellaire; parfois le narrateur se contente de dĂ©crire les circonstances inhabituelles de la grossesse (deux frères se battent dans le sein de leur mère) ou de l'accouchement (deux enfants naissent simultanĂ©ment), en usant de tournures et d'expressions variĂ©es (VĂ©ronique Dasen, Jumeaux, jumelles dans l'antiquitĂ© Grecque et Romaine,· 2005 - books.google.fr).

 

Quintilien (Marcus Fabius Quintilianus) né à Calahorra, est un rhéteur et pédagogue latin du Ier siècle apr. J.-C. Il est l'auteur d'un important manuel de rhétorique, l'Institution oratoire, dont l'influence sur l'art oratoire se prolongea pendant des siècles (fr.wikipedia.org - Quintilien).

 

Louis le Pieux vopisque et son jumeau Lothaire

 

En l'an 1004, une troupe de religieux bĂ©nĂ©dictins, du couvent de Fleury-sur-Loire,se rendit Ă  La RĂ©ole, autre monastère de l'Ordre, qu'il s'agissait de rĂ©former. Le chroniqueur Aimoin, qui Ă©tait du voyage, nous l'a racontĂ© deux fois. Pendant son sĂ©jour Ă  La RĂ©ole, il alla, dit-il, visiter, Ă  trois milles de lĂ .... «le palais du grand Empereur, Cassinogilum». «DĂ©truit par les Normands, ses ruines tĂ©moignent encore de sa grandeur et de sa gloire. Il est bâti au confluent du Drot et de la Garonne», ce qui est bien la situation de Casseuil, et Aimoin ajoute des dĂ©tails prĂ©cis : «Il renfermait une tour de briques, construite sur les bords du Drot, destinĂ©e Ă  empĂŞcher et Ă  prĂ©voir l'arrivĂ©e des pirates; la flotte royale Ă©tait construite dans la petite rivière, puis lancĂ©e en Garonne. Il y avait deux Ă©glises contiguĂ«s, bâties en briques; dans la plus petite, se trouvait un tout petit sarcophage, renfermant (on le croyait du moins) la dĂ©pouille du frère jumeau de Louis le Pieux».

 

Aimoin ecrit peu après son voyage; son premier recit est celui du De Miraculis sancti Banedicti, Ă©dit. Certain dans la SociĂ©tĂ© de l'histoire de France, 2, p. 95 : «Eminentissimum illud Caroli Magni principis palatium CASSIGNOL, gloria quondam et decus cunarum filii ejus jam præfati Ludovici Pii, quod ita Deo inimico gens subvertit, ut et inhabitabile redderet, et tamen quid aliquando fuerit, manifeste appareat. Id eo loci situm est quo torens Codrot Garumnam influit, turrim lateritiam in margine memorati torrentis extructam habens, e qua et adventus prævideri, et ingressus hostilium possit arceri navium : simulque et classis regia, absque adversariorum impedimento fabricata in minori ad fluenta majoris deduceretur amnis. Habet vero ecclesiam ampliori ecclesiæ conjunctam, miro opere et lateribus formatam : in qua (si bene visa iecordor) permodium habetur sarcophagum, in quo frater Ludovici Pii geminus esse putatur sepultus.» Aimoin revient sur Cassinogilum dans sa Vita Abbonis (20, Migne, Patrologie latine, CXXXIX) : «Non longe [de La RĂ©ole] quippe ibi abest palatium ipsius Magni principis CASSINOGILUM, sed quasi tribus miliariis,» sed pour scilicet, correction de M. Leopold Delisle. Ce recit est posterieur aux Miracula, car Aimoin ajoute : «Quod nos in libro Miraculo etc. expressimus.» (Camille Jullian, Le palais carolingien de Cassinogilum, Etudes d'histoire du Moyen Age (1896), 1972 - books.google.fr).

 

Les Français et les indomptables Gascons, dĂ©jĂ  excitĂ©s par la querelle dont la nourriture des chevaux avait Ă©tĂ© le prĂ©texte, s'Ă©taient provoquĂ©s depuis ce moment par des injures rĂ©ciproques. La guerre, envenimĂ©e et organisĂ©e peut-ĂŞtre par Anezan, venait de se rallumer avec une nouvelle fureur. Un moine français, indignĂ© d'un propos outrageant Ă  l'adresse de son maĂ®tre, renverse d'un coup de bâton l'auteur de l'insulte. Dès lors Français et Gascons ne gardent plus aucun mĂ©nagement; les pierres volent, le sang coule. L'homme de Dieu, Abbon, Ă©tait dans le cloĂ®tre. Dès qu'il entend le bruit de l'Ă©meute, il sort, n'hĂ©site pas un instant et court vers les combattants pour rĂ©tablir l'ordre et la concorde. Il descend rapidement le coteau du monastère qui domine un vallon du cĂ´tĂ© de l'est, et veut gagner la hauteur oĂą les siens se sont rĂ©fugiĂ©s. Mais, pendant qu'il se prĂ©cipite vers le théâtre de l'Ă©meute, un satellite du parti opposĂ©, un Gascon dont le nom et la qualitĂ© seront Ă  jamais un secret impĂ©nĂ©trable, le blesse si violemment d'un coup de lance au bras gauche, que le fer atteint mĂŞme les cĂ´tes. Il ne chancelle pas et dit sans s'Ă©mouvoir : «Celui-ci a fait la chose sĂ©rieusement.»

 

Pourquoi donc Baronius, le père de l'histoire ecclésiastique, affirme-t-il (Annales ecclesiastici. Antverpiæ, 1618. T. X, p. 802) qu'Abbon fut tué par ses moines? «A suis monachis occisus est.» La même assertion gratuite se lit dans les Anecdotes ecclésiastiques, par l'abbé C. Jaubert et Dinouart. (Amsterdam, 1772. T. I, p. 556.)

 

Il succomba le 13 novembre. Son tombeau est dans l'église de La Réole et sa tête détachée de son corps est conservée au monastère.

 

Le martyrologe romain, à qui il était impossible de citer tous les saints, n'a point fait mention de notre martyr; mais nous trouvons son nom, au 13 novembre, dans le Martyrologe gallican, par André du Saussay; dans le Martyrologe des saints de France, par le révérend Père Giry, provincial des Minimes, et dans une foule de recueils hagiographiques.

 

Au temps du Pape Jean XXII (1316-1334), l'Ordre de Saint-Benoît comptait plus de quarante mille saints. Bucclin, qui mourut en 1691, évalue audelà de cinquante mille les saints bénédictins canonisés de son temps1. Dom Planchette en fixe le nombre à cinquante-cinq mille. Pour honorer tant de prédestinés d'une seule famille monastique, Paul V (1605-1625) institua la Fête de tous les saints de l'Ordre de Saint-Benoît et la fixa au 13 novembre. C'est sans doute la coïncidence de cette fête avec celle de saint Abbon qui a empêché le Martyrologe bénédictin d'insérer dans ses colonnes le nom de l'un des enfants les plus renommés de saint Benoît. Confondu dans la foule des bienheureux, notre saint s'effaçait et s'éclipsait pour ses admirateurs jaloux de le contempler séparément et de lui rendre un culte spécial. Quelques auteurs ont concilié, par des modifications de date, les intérêts de l'histoire et ceux de la piété chrétienne. Bucelin et un vieux calendrier de Fleury, n'osant pas déplacer la fête de la Toussaint bénédictine, renvoient au 15 novembre celle de saint Abbon. Jacqueline Bouëtte de Blémur la recule jusqu'au 17 du même mois. Moins scrupuleux, l'abbé Durand retarde jusqu'au 20 novembre la fête des saints de l'Ordre de Saint-Benoît et maintient l'abbé de Fleury en possession du 13 de ce mois mémorable (Jean Baptiste Pardiac, Histoire de saint Abbon: abbé de Fleury-sur-Loire et martyre à La Réole en 1004, avec une introduction sur le Xe siècle, 1872 - books.google.fr).

 

"Devant moustier"

 

Dans le texte d'Aimoin, on ne trouve pas une expression approchante. La petite église où se trouve le tombeau de Lothaire jouxte une plus grande. La visite de Cassignol se passe avant l'arrivée à La Réole de l'abbé Abbon.

 

Les textes hagiographiques attestent Ă©galement la projection sur ces abbĂ©s voyageurs d'un autre modèle : celui du rite de l'adventus royal, liĂ© au mode de gouvernement itinĂ©rant de la royautĂ© au haut Moyen Ă‚ge, mais qui est repris, Ă  partir du Xe siècle, par des Ă©vĂŞques et des princes, en particulier en Germanie. Ce rituel avait pour objet, pour un tenant du pouvoir, de faire reconnaĂ®tre son autoritĂ© par une communautĂ© constituĂ©e (citĂ©e ou monastère) et se dĂ©composait en trois temps : l'arrivĂ©e (adventus) devant les portes de la communautĂ©, souvent avec une armĂ©e; la sortie (occursus) des reprĂ©sentants de la communautĂ© Ă  la rencontre du titulaire du pouvoir ; enfin l'entrĂ©e (ingressus) de ce dernier dans la communautĂ©, guidĂ© par lesdits reprĂ©sentants, laquelle entrĂ©e Ă©tait ponctuĂ©e de marques d'honneurs et d'effusions de joie. Si le motif reste latent dans les Vies de BenoĂ®t et Guillaume, celle d'Odon montre la mise en scène d'un adventus abbatial, dans le rĂ©cit de rĂ©forme de Fleury. Il s'agit en fait de la version inversĂ©e du rite, qui dĂ©gĂ©nère en conflit, et que l'on retrouve dans des textes plus tardifs de refus de l'autoritĂ© laĂŻque sur certaines citĂ©s. Odon arrive en effet au monastère, accompagnĂ© d'une dĂ©lĂ©gation de comtes et d'Ă©vĂŞques (profecti sunt), mais son arrivĂ©e (adventus) dĂ©clenche le refus des moines de le laisser entrer (introire). Ces derniers se comportent alors en assiĂ©gĂ©s, comme le montrent le port d'armes, le jet de projectiles et la garde des portes. Après trois jours de tractations, Odon, en conformitĂ© avec le modèle christique de l'adventus hiĂ©rosolymitain, chevauche seul sur un ânon en direction du monastère et provoque la sortie du cloĂ®tre des moines dĂ©sarmĂ©s (exierunt). Le rĂ©cit se conclut par trois topoi classiques de la reconnaissance de l'autoritĂ© du titulaire du pouvoir dans les adventus : les moines lui embrassent les pieds, il y a une effusion de joie et le nouvel abbĂ© est reçu dans les bâtiments (receperunt). On a donc lĂ  une lecture prĂ©coce de la prise de pouvoir abbatial, selon les mĂŞme critères que ceux qui prĂ©sident Ă  la reconnaissance de l'autoritĂ© du roi. Cette similitude atteste la poursuite par les moines de modes de gouvernement fondamentalement itinĂ©rants - jadis communs Ă  l'ensemble du groupe aristocratique -, ainsi que leur alimentation Ă  une idĂ©ologie du pouvoir qui dĂ©coule du modèle royal carolingien. On peut y voir la revendication d'une certaine supĂ©rioritĂ© abbatiale, se dĂ©finissant comme seule dĂ©positaire de pratiques itinĂ©rantes Ă  l'Ă©chelle de l'Empire, alors que les grands laĂŻcs rĂ©duisent au mĂŞme moment l'Ă©chelle de leurs dĂ©placements (Isabelle RosĂ©, Circulation abbatiale et pouvoir monastique de l'Ă©poque carolingienne au premier âge fĂ©odal (IXe-XIe siècle), Des sociĂ©tĂ©s en mouvement. Migrations et mobilitĂ© au Moyen Ă‚ge, 2019 - books.google.fr).

 

Des jumeaux Ă  Fleury

 

Les évêques n'hésitent pas à recourir au vol ad maiorem Dei gloriam pour se procurer les restes sacrés. Celui du Mans, Béraire Ier, organise, de concert avec les moines de Fleury, une expédition au Mont Cassin d'où sont rapportées les reliques de saint Benoît et de sainte Scholastique. Ces dernières sont destinées au Mans (La Sarthe, des origines à nos jours, 1983 - books.google.fr).

 

D'après une tradition consacrée depuis le IXe siècle, Benoît et Scholastique auraient été jumeaux (Philibert Schmitz, Histoire de l'Ordre de Saint-Benoît: Les Moniales, 1948 - books.google.fr).

 

Romain et Romain

 

L'histoire rapporte que saint Romain, qui Ă©tait venu prĂŞcher la foi dans l'Aquitaine, fut inhumĂ© Ă  Blaye en 389, le roi Charibert en 630, et le preux Rolland en 778. Il n'existe aucun vestige des tombeaux de ces trois personnages. [...] Il y avait Ă  Blaye deux abbayes et un couvent. L'abbaye de Saint-Sauveur, ordre de Saint-BenoĂ®t, fut fondĂ©e en 1080. Celle de Saint-Romain, Ă©rigĂ©e dans le siècle suivant, Ă©tait occupĂ©e par des chanoines rĂ©guliers de Saint-Augustin. Des minimes habitaient le couvent, qui avait Ă©tĂ© Ă©tabli en 1606 (Pierre Bernadau, Histoire de Bordeaux : contenant la continuation des dernières histoires de cette ville, depuis 1675 Ă©poque oĂą elles se terminent jusqu'en 1838, 1839 - books.google.fr).

 

Plusieurs églises placées sous ce vocable existent ou ont existé dans le diocèse: trois dans le Mellois, une à Mazerolles, sur la Vienne, une près de Charroux, une à Châtellerault... Il n'est pas toujours facile de savoir de quel Romain il s'agit précisément. On peut penser qu'il ne s'agit pas du diacre mort martyr à Antioche sous Dioclétien, mais plutôt de saint Romain du Mans, encore dit de Blaye, contemporain de saint Hilaire et de saint Martin, plus proche du Poitou. L'histoire est avare de renseignements solides sur ce personnage fêté le 24 novembre (nominis.cef.fr).

 

Romain d'Antioche : moine, hĂ©ros, langue et vĂŞtu

 

Ancien magistrat, retirĂ© Ă  Calagurris (Calahorra) en Hispanie, Prudence a Ă©crit ses poèmes entre 398 et 404. Il est l’auteur d’un Peristephanon liber consacrĂ© aux martyrs, dont le titre peut se traduire par «Livre des Couronnes», en rĂ©fĂ©rence Ă  la victoire et Ă  la rĂ©compense des martyrs, mais aussi par «Livre des Étienne», avec une allusion au diacre de JĂ©rusalem, le protomartyr. Les poèmes de ce recueil cĂ©lèbrent les martyrs sur des modes variĂ©s, qu’il s’agisse du mètre, du genre, du ton ou du contenu. Prudence a composĂ© un autre recueil lyrique, le Cathemerinon liber marquant les heures du jour, les circonstances de la vie et les fĂŞtes du temps de NoĂ«l. Cathemerinon et Peristephanon se correspondent et ont Ă©tĂ© placĂ©s de part et d’autre de cinq livres en hexamètres : Apotheosis sur la nature du Dieu un et trine, Hamartigeneia sur l’origine du mal, Psychomachia illustrant le combat spirituel chrĂ©tien, et deux livres Contra Symmachum critiquant et rĂ©futant le paganisme. Un appareil de prĂ©faces et une postface organisent le tout4, selon des principes de symĂ©trie et d’encadrement. Si Prudence apporte des Ă©lĂ©ments autobiographiques dans la Præfatio de ses Ĺ“uvres, c’est dans le Peristephanon qu’il rĂ©vèle et exprime personnellement et en toute clartĂ© son identitĂ© hispanique (p. 7) (Pierre-Yves Fux, PRUDENCE ET LES MARTYRS : HYMNES ET TRAGÉDIE, Peristephanon 1. 3-4. 6-8. 10, Commentaire).

 

La gĂ©ographie du culte de Romain d’Antioche est attestĂ©e et documentĂ©e presque exclusivement dans le Midi. Romain, dans sa Passion, est qualifiĂ© de monachus, comme dans la seconde recension du martyrologe hiĂ©ronymien : Delehaye, 1932, 281 (Fernand Peloux, Ă€ la recherche d’un patronage: saint Romain Ă  Saint-Roman, 2025 - shs.hal.science).

 

"secte langue" serait à lire en "lingua secta" langue coupée.

 

Cynthia Hahn (Speaking without tongues. The martyr Romanus and Augustine's theory of language..., pp. 161-180) présente l'histoire du martyr saint Romain (IVe siècle), telle que l'a transformée le poète Prudence (Ve siècle). Romain est à la fois un rhéteur (qui défend la vérité chrétienne) et un martyr (qui continue à la défendre même quand on lui a coupé la langue).

 

Prudence dans le Peristephanon applique parfois le terme heros aux martyrs chrétiens (II, 491, 558; IV, 161; VIII, 3; X, 51 passim) (Enrique A. Ramos Jurado, L'intégration de la classe des héros dans la pensée grecque de l'Antiquité tardive, Héros et héroïnes dans les mythes et les cultes grecs, 2013 - books.google.fr).

 

Præcurrit index, his repente cognitis,

Romanus, acris heros excellentiæ ;

uenire in armis perduelles nuntiat,

animos pauentum præstruens hortatibus,

stent ut parati neue cedant turbini. (Peristephanon X, 51-55)

 

Dès qu’il a connaissance de cela, Romain prend vite les devants, hĂ©ros d’une singulière ardeur ; il annonce que les ennemis viennent en armes, fortifiant par ses exhortations les esprits apeurĂ©s, afin qu’ils se tiennent prĂŞts et ne cèdent pas devant la tempĂŞte.

 

Le Romanus constitue la seule «tragédie chrétienne» connue dans la littérature latine antique; des éléments du théâtre s’y articulent avec d’autres qui empêchent une mise en scène. Le héros se livre à une attaque contre le paganisme (comme dans le Contre Symmaque) tout en professant une christologie nicéenne (comme dans l’hymne De Trinitate et dans l’Apotheosis). Paroxysme de cette prédication inspirée et de la passion sanglante, un discours est tenu par le martyr après l’ablation de sa langue. Les manuscrits distinguent le Romanus des poèmes du Peristephanon; il en partage le sujet, mais avec des dimensions et un ancrage littéraire différents – et un héros oriental.

 

Martyrologe romain de 2001 donne cette notice : Ă€ Antioche de Syrie, mĂ©moire du martyr s. Romain qui Ă©tait diacre de l’Église de CĂ©sarĂ©e ; comme lors de la persĂ©cution de l’empereur DioclĂ©tien il avait vu que les chrĂ©tiens obĂ©issaient aux normes des dĂ©crets et se hâtaient vers les idoles, et que d’une voix libre il les avait incitĂ©s Ă  la rĂ©sistance, après de cruelles tortures et l’ablation de la langue, Ă©tranglĂ© par un lacet dans sa prison, il fut couronnĂ© d’un martyre renommĂ©. La première source historique est Eusèbe de CĂ©sarĂ©e, contemporain des Ă©vĂ©nements sans en avoir Ă©tĂ© le tĂ©moin direct; on lui doit les Ă©lĂ©ments retenus dans le Martyrologe romain et d’autres dĂ©tails encore (condamnation au bĂ»cher, grâce impĂ©riale) (p. 249). [...]

 

Dans le poème Romanus, on trouve d’autres allusions ou rĂ©fĂ©rences au théâtre, dont Prudence suit ostensiblement certaines normes (respect des unitĂ©s de lieu, de temps et d’action; limitation Ă  trois des acteurs parlants; conventions scĂ©niques) (p. 238) (Pierre-Yves Fux, PRUDENCE ET LES MARTYRS : HYMNES ET TRAGÉDIE, Peristephanon 1. 3-4. 6-8. 10, Commentaire)

 

Comme on trouve en rapporta avec Dominique de Guzman autant Calogora que Calaroga, on aurait pu confondre Calahorra, antique Calagurris, et Caleruega (La vie des saints d'Alban Butler et Godescard, avec le martyrologe romain, un traité de la canonisation des saints, 1864 - books.google.fr).

 

"vestutique" pourrait ĂŞtre un mixte de vestitus/vetustus. "vestitus" : mot latin signifiant vĂŞtement (Gaffiot). "L'habit ne fait pas le moine" est un proverbe remontant au moins au XIIIe siècle (Roman de la Rose, Fabliaux).

 

Presque toutes les vies de saints du Haut Moyen Ă‚ge exaltent la gĂ©nĂ©alogie du hĂ©ros chrĂ©tien selon une thĂ©matique de la progression qui amène le saint de la nobilitas carnis (du sang) Ă  la noblesse spirituelle (de l'âme, animi mores). Si Dieu ne reconnaĂ®t pas les distinctions terrestres, destinĂ©es Ă  ĂŞtre bouleversĂ©es dans la vie Ă©ternelle, la saintetĂ© rĂ©unit l'excellence des origines et la hauteur des mĹ“urs dans un seul individu. Ce compromis, rejetĂ© par un aristocrate de haute origine comme le philosophe Boèce (mort en 524), permet de concilier l'idĂ©al de perfection chrĂ©tienne (transcendant la condition ou l'origine), avec les reprĂ©sentations sociales propres Ă  la strate aristocratique et Ă  ses prĂ©jugĂ©s catĂ©goriels. Saint JĂ©rĂ´me (mort en 419/420) et le chemin de la noblesse La traduction latine de la Bible par saint JĂ©rĂ´me a jouĂ© un rĂ´le essentiel de passeur dans la tradition du vocabulaire et des concepts classiques vers la ChrĂ©tientĂ© mĂ©diĂ©vale. Dans la Vulgate, les occurrences de nobilis couvrent le champ sĂ©mantique de la latinitĂ© classique, qualifiant l'Ă©lĂ©vation d'esprit, la hauteur de naissance ou de statut, et, littĂ©ralement, la notoriĂ©tĂ©. Prudence fait dire Ă  Romain d'Antioche, de noble famille : «N'allez pas croire que ma noblesse vient du sang de mes aĂŻeux ou d'une loi du SĂ©nat; c'est la doctrine gĂ©nĂ©reuse du Christ qui anoblit les hommes. Si l'on recherche, par l'enchaĂ®nement de la gĂ©nĂ©alogie, quelle est l'origine première de notre race, c'est Dieu le Père qui de sa bouche nous a donnĂ© l'ĂŞtre. Quiconque le sert possède la vraie noblesse; qui se rĂ©volte contre lui, dĂ©gĂ©nère. Puis Ă  cette gĂ©nĂ©alogie s'ajoutent un nouvel honneur, un Ă©clat magnifique, comme celui d'une magistrature, si des blessures imprimĂ©es par le fer et par le feu marquent le chrĂ©tien qui confesse gĂ©nĂ©reusement sa foi, et si une mort glorieuse suit la violence des tourments. Garde-toi de vouloir ĂŞtre bienveillant mal Ă  propos, de m'Ă©pargner avec indulgence et douceur; acharne-toi sur mes membres, bourreau, pour me rendre noble ! Si je m'illustre par de tels succès, peu me souciera la naissance de mon père et de ma mère.

 

Dans l'Ă©chelle des degrĂ©s de perfection, JĂ©rĂ´me dessine dans ses lettres le chemin qui conduit le noble dans le siècle Ă  s'ennoblir dans le Christ. Après le ralliement des Ă©lites au christianisme, «Rome possède aujourd'hui ce que le monde n'a pas connu auparavant : alors peu parmi les hommes sages, puissants ou nobles Ă©taient chrĂ©tiens; Ă  prĂ©sent beaucoup d'hommes sages et puissants et nobles sont moines !». Ces reprĂ©sentations rĂ©interprètent la notion antique de devoir d'Ă©tat (le noble doit imiter les vertus de ses ancĂŞtres) pour associer «naissance» et obligation Ă  la perfection morale et aux nouvelles valeurs (le noble doit imiter les vertus de ses ancĂŞtres) pour associer «naissance» et obligation Ă  la perfection morale et aux nouvelles valeurs chrĂ©tiennes. L'idĂ©e de dĂ©rogeance est abordĂ©e par Boèce dans la Consolation de la philosophie. RĂ©digĂ© en prison après sa disgrâce, son tĂ©moignage est celui d'un homme de l'AntiquitĂ©, aristocrate de sang descendant d'une des grandes familles du SĂ©nat romain qui fut ministre de ThĂ©odoric le Grand (mort en 526) (Jean-Pierre Devroey, Puissants et misĂ©rables, système social et monde paysan dans l'Europe des Francs (VIe-IXe siècles), 2006 - books.google.fr).

 

Bis-sonus : voix humaine et voix surnaturelle

 

Le mot «martyre» signifiant tĂ©moignage, rend compte de cette parole en acte, parole muette, mais d'autant plus efficace, dont le poète tente seulement d'ĂŞtre l'humble interprète. Prudence s'avoue muet par lui-mĂŞme et dit hardiment que le Christ est sa langue. Car la parole mystique est au-delĂ  des mots. Elle ne coĂŻncide pas avec le langage humain, contrairement aux fables de la mythologie que fabriquent les poètes paĂŻens et que reprĂ©sente leur théâtre faux. Aussi l'harmonie du chant chrĂ©tien est-elle altĂ©rĂ©e par des discordances. Le poète s'en excuse. La langue latine s'accommode mal des mots hĂ©breux. Les noms sacrĂ©s n'entrent pas dans le cadre mĂ©trique. Les modèles bibliques et l'irruption de l'irrationnel travaillent le style et font Ă©clater les cadres formels de la poĂ©sie classique. La beautĂ© vient dĂ©sormais de l'Ă©lan mĂŞme de l'inspiration qui exalte le poète comme auparavant le saint. Pour eux, littĂ©ralement, «je» est un autre (est alter). L'Ă©noncĂ© passe de la première Ă  la troisième personne du singulier : Christus disseret, Ipse explicabit (Perist. X, 22 sq.). Le prodige du martyr qui parle, la langue coupĂ©e, n'est que la visualisation de cette expĂ©rience extatique. Il traduit la permutabilitĂ© du discours et du signe, qui repose elle-mĂŞme sur le double sens du mot uerbum, Ă  la fois parole humaine et Verbe de Dieu, parole efficace et acte crĂ©ateur (Perist. X, 128). Mais il s'appuie aussi sur la conception spĂ©cifiquement romaine de la parole divine. En effet, la voix surnaturelle ne parle pas Ă  saint Romain en secret ni face Ă  face, comme Dieu parle Ă  MoĂŻse. Mais par la bouche du saint et du poète, elle s'adresse publiquement et directement Ă  la citĂ© pour la sauver, Ă  la façon du dieu Aius locutius. Dans ce théâtre mĂ©taphysique, la polyphonie lyrique est Ă  la fois apocalyptique, juridique et romaine (Laurence Gosserez, ThéâtralitĂ© du Peristephanon de Prudence, Jeux de voix: enonciation, intertextualitĂ© et intentionnalitĂ© dans la littĂ©rature antique, 2009 - books.google.fr).

 

Abbon et Romain : 17 novembre

 

Chez Jacqueline Bouette de Blemur, Abbon est fĂŞtĂ© le 17 novembre (Jacqueline Bouette de Blemur, L'annĂ©e Benedictine, ou Les vies des Saints de l'Ordre de Saint Benoist, pour tous les jours de l'annĂ©e, Volume 6 : Novembre, 1673 - books.google.fr).

 

Jacqueline Bouette de Blémur ou Marie-Jacqueline Bouette de Blémur, connue sous le nom de Mère Saint-Benoît, est une religieuse bénédictine et écrivain mystique française du XVIIe siècle. Cette historienne et religieuse a vécu entre 1618 et 1696. Elle a écrit plusieurs œuvres comme L'année bénédictine, Eloges de plusieurs personnes illustres en piété de l'Ordre de Saint-Benoît, Vies des saints, Abrégé de la vie de la vénérable mère Charlotte Le Sergent, religieuse de Montmartre, etc. (fr.wikipedia.org - Jacqueline Bouette de Blémurr).

 

Selon Eusèbe, De mart. Pal., 2, 4., le martyre de Romain aurait eu lieu le même jour que celui d'Alphée et de Zachée, c'est-à-dire le 15 des calendes de décembre (17 novembre). Il semble qu'il y ait là une erreur de quelques jours, car l'historien dit expressément que Romain fut étrangle après que ses compagnons de captivité eurent été délivrés à l'occasion des vicennales, lesquelles furent célébrées, selon Lactance, le 12 des mêmes calendes, c'est-à-dire le 20 novembre; mais la date donnée par Lactance est celle de la cérémonie qui eut lieu à Rome, et l'édit d'amnistie peut l'avoir devancée de quelques jours (Paul Allard, La persécution de Dioclétien et le triomphe de l'Église, Tome 1, 1890 - books.google.fr).

 

Romain d'Antioche est fêté le 18 novembre même s'il est mort le 17.

 

Fleury, langue coupée, Benoît et réforme monastique

 

Aygulf naquit vers 630 dans le pays de Blois. A vingt ans, il entra à l'abbaye bénédictine de Fleury, récemment fondée. Il participa au transfert des reliques de saint Benoît du Mont-Cassin a Fleury. Envoye ensuite a l'abbaye de Lerins, il y ranimait la ferveur monastique en remplaçant les règles existantes par la Règle de saint Benoît. Ici, il travailla ardemment à restaurer la discipline monastique. Sa fermeté suscita le mécontentement de certains, qui recrutèrent des soldats pour l'enlever avec quelques compagnons. Ils furent transportés sur l'île de Capraja, où ils furent exterminés. Aygulf et ses compagnons eurent la langue coupee et les yeux crevés, ce qui fit de lui un intercesseur pour les maux des yeux. D'autres sources indiquent que vers 675, saint Ayoul et ses moines subirent le martyre lors d'une incursion des Sarrasins. Les moines de Lérins revendiquèrent la possession de ses reliques et le considérèrent comme un martyr. Une chapelle lui était dédiée dans le monastère fortifié (Roman Siretchi, Marie-Annick Siretchi, Les Saints Villages Centre Val-de-Loire, 2025 - books.google.fr).

 

"eslevé"

 

En 817, l'empereur Louis le Débonnaire convoqua à Aix-la-Chapelle la généralité de son peuple, suivant son expression, afin de partager l'empire des Francs entre ses trois fils, Lothaire, Louis et Pepin; d'en élever un à la dignité d'empereur, pour maintenir l'unité de l'empire; de régler les rapports entre le nouvel empereur et les deux rois ses frères; de fixer la part d'autorité qu'aurait l'assemblée de la nation pour juger leurs différends et pour élire des rois parmi leurs descendants (Histoire universelle de l'église catholique, Tome 10, 1882 - books.google.fr).

 

Acrostiche : DDSQ, DiDaSQue

 

Didasque est l'évêque Diego de Alvazedo qui se fait accompagné de Dominique de Guzman en mission en Occitanie pour combattre les cathares (qui n'existent pas comme chacun sait) (Nicolas Bertrand, Les gestes des Tolosains et d'autres nations de l'environ, 1555 - books.google.fr, The Life of Saint Dominic in Old French Verse, 1969 - books.google.fr).

 

Le religieux franciscain Didace est mis par Sixte V au nombre des Saints, publiant sa bulle en 1588. Innocent XI fit insérer un office en son honneur dans le bréviaire romain, et assigna le 13 novembre pour le jour de sa fête, qui se célèbre cependant le jour précédent chez les Franciscains (Vies des pères, martyrs et autres principaux saints, Tome 6, 1849 - books.google.fr).

 

Le même jour qu'Abbon chez les bénédictins.

 

Typologie

 

Le report de 1627 sur la date pivot 1004 donne 381.

 

Les corps de Gervais et Protais furent dĂ©couverts Ă  Milan dĂ©couverts par saint Ambroise en 386, sous la basilique oĂą l'on vĂ©nĂ©rait les corps des martyrs Nabor et FĂ©lix, deux autres saints jumelĂ©s. C'Ă©tait dans le contexte du grand dĂ©veloppement du culte des martyrs lancĂ© Ă  Rome par saint Damase et encouragĂ© par le concile d'AquilĂ©e en 381 (Jean Eracle, A quels saints se vouer ?, Des jumeaux et des autres, 1995 - books.google.fr).

 

Sulpice avoue explicitement dans sa Chronique, Ă  l'occasion du rappel de la persĂ©cution de DioclĂ©tien (2, 32, 6), qu'«il existe encore, rĂ©digĂ©es, des passions illustres des martyrs de ce temps...». Qu'avait-il donc sur les rayons martyrologiques de sa bibliothèque ? Il semble que l'on puisse distinguer l'influence convergente de quatre catĂ©gories de documents. D'abord les Passions des martyrs militaires d'Afrique, du temps de la persĂ©cution de DioclĂ©tien, et en particulier la Passio Typasii Tigauensis; elle prĂ©sente des parallèles surprenants avec la scène de Worms, aussi bien dans sa structure dramatique que dans la lettre de certains passages, en particulier ceux de la dĂ©claration faite par le «martyr» Ă  l'empereur. Tout se passe comme si Sulpice avait connu soit cette Passion, soit un texte analogue. Rien ne s'oppose d'ailleurs Ă  ce que la tradition ou le texte lui ait Ă©tĂ© rapportĂ© d'Afrique par un pèlerin comme ce Postumianus qui paraĂ®t au livre I de ses Dialogues : ne fait-il pas en Afrique une escale de deux semaines, sur la route qui le mènera en Égypte, pour y visiter le tombeau du martyr Cyprien ?

 

Sulpice SĂ©vère, dans sa Vie de saint Martin de Tours, ne paraĂ®t pas avoir ignorĂ© non plus les poncifs poĂ©tiques des martyrs militaires dans la poĂ©sie latine chrĂ©tienne contemporaine. Ceux-ci peuvent ĂŞtre actuellement Ă©tudiĂ©s Ă  travers trois pièces Ă©crites successivement par Damase, Ambroise et Prudence entre 380 et 403 environ (la Vita Martini Ă©tant de 397) : le poème Ă©pigraphique sur NĂ©rĂ©e et AchillĂ©e, l'hymne ambrosienne «Victor, Nabor, Felix pii...», et la pièce initiale du Peristephanon liber en l'honneur des martyrs de Calagurris ÉmĂ©tĂ©rius et ChĂ©lidonius. On y voit plusieurs des thèmes qui caractĂ©risent la scène de Worms : des soldats servant sous les ordres cruels d'un «tyrannus»; leur dĂ©sertion spirituelle des «impia castra» par un Ă©clat brutal (refus dĂ©clarĂ© de continuer Ă  servir, armes jetĂ©es); impuissance des armes terrestres et toute-puissance de la foi (la strophe 6 de l'hymne ambrosienne peut, sur ce point, servir curieusement de commentaire au dĂ©fi de Martin Ă  Julien : «ante aciem inermis astabo»); enfin le souci de payer leur dette Ă  Dieu après avoir rĂ©glĂ© leur dette envers CĂ©sar (cf. le poème de Prudence 1, 62 sq. : il consonne avec le dĂ©but de la dĂ©claration de Martin Ă  Julien). Mais comment Sulpice a-t-il pu, sans invraisemblance, faire du jeune Julien de 356, encore très prudent dans son conformisme chrĂ©tien, un persĂ©cuteur, un «tyrannus infremens» ? En rĂ©trojetant sur la scène de Worms les traditions de la «lĂ©gende noire» de l'Apostat sur des Ă©vĂ©nements qui se sont en fait dĂ©roulĂ©s Ă  Antioche en 362. D'une part, Julien a tentĂ© d'Ă©purer sa garde par un donativum oĂą il mit les chrĂ©tiens Ă  l'Ă©preuve, chacun devant choisir, Ă  l'appel de son nom, entre la gratification sous condition (d'un geste d'adoration paĂŻenne : grains d'encens sur un turibulum) — ou la suppression pure et simple de cette gratification. D'autre part, deux officiers de cette garde (ils ont pu ĂŞtre d'anciens compagnons d'armes de Martin lui-mĂŞme, quelques annĂ©es auparavant ) furent incarcĂ©rĂ©s et dĂ©capitĂ©s pour avoir dit trop haut dans un banquet ce qu'ils pensaient de l'apostasie de l'empereur : ce sont les authentiques «martyrs militaires» Juventin et Maximin. Sulpice a pu connaĂ®tre ces faits, survenus Ă  Antioche, soit par une traduction ancienne de l'homĂ©lie de Jean Chrysostome prononcĂ©e Ă  Antioche en 387 pour les «dies natales» des deux martyrs, soit plus probablement par les traditions orales des ascètes pèlerins : leur voyage en Orient passait toujours par Antioche (M.J. Fontaine, Suplice SĂ©vère a-t-il travesti Martin de Tours en martyr militaire ? Revue des Ă©tudes latines, Volume 40, 1963 - books.google.fr).

 

Richelieu

 

Les théologiens et les jurisconsultes du moyen-âge, résumés par les jésuites Bellarmin et Suarez, ont généralement regardé Dieu comme la source de la souveraineté, et le peuple comme le canal ordinaire. Or, au commencement du XVIIe siècle, telle était l'ignorance des légistes français, qu'ils condamnaient, lacéraient, brûlaient par la main du bourreau les écrits de Bellarmin et de Suarez, parce que ces deux jésuites, de concert avec les théologiens et les jurisconsultes du moyen-âge, y enseignaient l'ancien droit français: que la souveraineté vient de Dieu par le peuple; que les rois ne sont pas irresponsables devant les hommes; que leur puissance peut se perdre et leurs sujets être déliés du serment de fidélité; que, dans le doute, c'est au chef de l'Eglise universelle à décider ce qui regarde la conscience. [...]

 

Aux Etats gĂ©nĂ©raux de 1614, quelques-uns de ces lĂ©gistes suggĂ©rèrent au tiers-Ă©tat l'idĂ©e d'Ă©riger en loi fondamentale du royaume et en dogme national : «Que le roi tient sa puissance immĂ©diatement de Dieu seul; qu'il ne peut en ĂŞtre privĂ©, ni ses sujets dĂ©gagĂ©s de son obĂ©issance, dans aucun cas, ni par aucune puissance quelconque sur la terre.» [...]

 

Aux Etats généraux de 1614 parut comme député du Poitou, l'évêque de Luçon, depuis cardinal de Richelieu. Il harangua même Louis XIII, au nom du clergé, le jour de la clôture. [...] A la suite de ce discours, Richelieu fut nommé aumônier de la reine, puis, en 1616, secrétaire d'Etat de la guerre et des affaires étrangères, cardinal en 1622, enfin premier ministre jusqu'en 1642, il mourut le 4 décembre (Histoire universelle de l'église catholique, Tome 10, 1882 - books.google.fr).

 

La diffusion de la réforme mauriste fut favorisée par Louis XIII et le cardinal de Richelieu qui veilla personnellement à introduire, en 1627, la nouvelle congrégation à l'abbaye Saint-Benoît de Fleury dont il était abbé commendataire. C'est un moine de Fleury, l'Orléanais dom Benoît Brachet, qui devint supérieur général de la congrégation de Saint-Maur de 1683 à 1687 (Bulletin de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, Volume 12, Numéros 95-100, 1992 - books.google.fr).

 

Sous l'impulsion du cardinal de Sourdis, archevêque de Bordeaux, la réforme de Saint-Maur fut introduite dans le prieuré de La Réole en 1626 et à Sainte-Croix de Bordeaux en 1627 (Bernard Guillemain, Raymond Darricau, Jean-Bernard Marquette, Le diocèse de Bordeaux, 1974 - books.google.fr).

 

Charles Perrault vopisque

 

Charles Perrault, né le 12 janvier 1628 à Paris et mort dans la même ville le 16 mai 1703 est un homme de lettres français, célèbre pour ses Contes de ma mère l’Oye. Charles Perrault est né dans une famille bourgeoise tourangelle installée à Lyon. Son grand-père était brodeur du roi, son père Pierre (mort en 1652), avocat au Parlement de Paris, a épousé en 1608 Paquette Le Clerc (morte en 1657), avec qui il a eu sept enfants. Charles est le dernier de la fratrie, mais avait un jumeau, François, qui est mort 6 mois après leur naissance (fr.wikipedia.org - Charles Perrault).

 

L'histoire a conservĂ© le souvenir de deux reines Berthe «aux grands pieds.» L'une, la moins ancienne, est Berthe ou Bertrade, rĂ©pudiĂ©e au XIe siècle par le roi Robert, pour cause de parentĂ©. Pour dĂ©cider au divorce le naĂŻf Robert le pieux, Abbon, abbĂ© de Fleury, lui conta que la reine venait d'accoucher d'un canard, ou d'une oie; et le bruit se rĂ©pandit qu'elle-mĂŞme Ă©tait affligĂ©e d'une vraie patte de canard ou d'oie. Cette Berthe au pied d'oie fut immĂ©diatement confondue avec une autre Berthe Ă©pouse du roi PĂ©pin, et qui est la vĂ©ritable Berthe au grand pied. Ne serait-ce pas ce pied qui, transmis Ă  Charlemagne par sa mère, est devenu notre pied de roi ? La mère l'oie Ă©tait donc une reine PĂ©dauque et elle s'appelait Berthe. Mais Berthe (Berchta) n'est pas seulement la femme de Robert et de PĂ©pin, c'est encore une divinitĂ© germanique bien connue (Les contes de Charles Perrault: Histoires ou Contes du temps passĂ© (contes de ma mère Loye), Tome 1, 1875 - books.google.fr).

 

Dans la mythologie grecque, Zeus se métamorphose en cygne pour s'unir à Léda. De cette union aviaire naissent des jumeaux Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre.

 

Les Contes, quand on les frĂ©quente avec assiduitĂ©, se rĂ©vèlent hantĂ©s par beau- coup d'autres frères et sĹ“urs dont il n'est certes pas dit non plus qu'ils sont jumeaux, mais qui prĂ©sentent d'Ă©tranges ressemblances et surtout une manière bien Ă  eux de procĂ©der par deux et d'agir ensemble et de manière soit identique soit complĂ©mentaire : la femme de Barbe-Bleue et «SĹ“ur Anne», les deux frères qui viennent tuer le mari criminel, la petite Aurore et le petit Jour, etc. Tous ces jumeaux, vrais ou moins vrais, ont aussi une Ă©trange particularitĂ© que nous avons dĂ©jĂ  rencontrĂ©e souvent et qui est bien difficile Ă  admettre pour un non-jumeau. Le narrateur, par exemple dans Riquet Ă  la Houppe, a beau nous avoir expliquĂ© que la naissance qui vient d'avoir lieu est gĂ©mellaire; cela ne l'empĂŞche pas de tenir compte aussitĂ´t des quelques heures ou des quelques instants qui ont sĂ©parĂ© les naissances de ses jumelles et de les dĂ©signer Ă  onze reprises par les appellations l'aĂ®nĂ©e ou la cadette. L'un des procĂ©dĂ©s les plus simples pour empĂŞcher que l'ennemi n'inter- cepte le sens d'un message chiffrĂ©, c'est de multiplier les nombres correspondant au code par un chiffre donnĂ© qui est la clĂ© du message , ce qui le rend encore plus difficile Ă  dĂ©chiffrer . Si nous appliquons cette hypothèse de travail aux contes en prose, en utilisant par exemple la notion d'«ensemble» qui nous permet de matĂ©rialiser en quelque sorte l'obsession de la prĂ©fĂ©rence, nous nous dĂ©couvrons Ă  la tĂŞte d'une vĂ©ritable armĂ©e de jumeaux. Et toujours ce sont des jumeaux en compĂ©tition, qui mènent une lutte toujours Ă  recommencer pour savoir lequel des deux est le plus âgĂ© , le mieux pourvu , le plus mĂ©ritant, etc. : c'est-Ă -dire saisis au cĹ“ur mĂŞme de leur inexpiable conflit pour la domi nance. Prenons par exemple Le Chat BottĂ© oĂą, apparemment, il n'y a pas la moindre allusion Ă  des jumeaux. Sans doute, le pauvre meunier qui meurt au dĂ©but du conte a trois fils et non deux; mais cette triade, quand on l'examine de plus près, apparaĂ®t comme un couple, formĂ© du reste de deux ensembles gĂ©mellaires : d'un cĂ´tĂ©, les aĂ®nĂ©s qui reçoivent quelque chose du père; de l'autre, le cadet, qui ne reçoit rien, ou, pour ĂŞtre plus exact , moins que rien, un chat. C'est d'ailleurs le cadet lui-mĂŞme qui, dans une phrase significative oĂą se retrouve explicitement le mot ensemble attire notre attention sur cette intĂ©ressante restructuration : disait (le plus jeune) Mes frères pourront gagner leur vie honnĂŞte- ment en se mettant ensemble; pour moi, lorsque j'aurai mangĂ© mon chat et que je me serai fait un manchon de sa peau, il faudra que je meure de faim. Dans la suite du conte, c'est vrai, il n'est plus question de l'«ensemble» des fils nantis , mais cela tient sans doute au fait que nous avons changĂ© de clĂ©; un autre «ensemble gĂ©mellaire» vient d'apparaĂ®tre qui Ă©tait d'ailleurs inclu dans le prĂ©cĂ©dent , celui que forme le cadet avec son chat, ce chat qui Ă©pouse les intĂ©rĂŞts de son maĂ®tre au point de risquer sa vie pour le pousser au faĂ®te des honneurs. Mais Ă  quoi bon poursuivre des analyses qu'un lecteur intĂ©ressĂ© par les problèmes de dĂ©cryptage aura sans doute plaisir Ă  poursuivre pour son propre compte ? En utilisant cette notion d'ensemble et les restructurations qu'elle rend possibles, je suis parvenu Ă  identifier dans dans le recueil en prose, en plus de ceux que j'ai dĂ©jĂ  indiquĂ©s, encore quatorze autres couples gĂ©mellaires : six dans Le Petit Poucet, trois dans La Barbe Bleue, deux dans Riquet Ă  la Houppe, et un dans chacun des trois contes restants (Marc Soriano, Le dossier Perrault, 1972 - books.google.fr).

 

Les Dormants d'Ephèse ne sont pas le seul septénaire de frères rassemblés dans la foi et pénétrant groupés dans le monde bienheureux. La chrétienté primitive a lu avec ferveur dans le 2e Livre des Maccabées, le récit de sept frères martyrs et de leur mère, récit regardé comme une «composition littéraire» résumant un grand nombre de faits historiques et les synthétisant sous les symboles des nombres sept et huit. L'Eglise de Rome, en rassemblant des martyrs de divers cimetières romains, en a fait les « sept frères martyrs », les attribuant au temps de Marc- Aurèle, c'est-à-dire au IIe siècle; en leur donnant pour mère Sainte Félicité, elle a célébré leur fête le 10 juillet. Le Bréviaire romain a attribué des noms aux sept fils de Ste Félicité, noms qui diffèrent de ceux retrouvés par Massignon comme coïncidant avec ceux de la liste des Sept Dormants chez Theodosius, en 530, ce qui montre l'assimilation avec ces derniers. Le 18 juillet, en même temps que St Camille, l'Eglise romaine fêtait un groupe identique, celui de Ste Symphorose et de ses sept fils martyrs, dont les noms sont aussi donnés. Ainsi, à moins de trois semaines d'intervalle, dans cette période de la Canicule, étaient fêtés trois groupes de sept martyrs, les 10, 18 et 27 juillet, cette dernière date étant celle des Dormants d'Ephèse. Aux martyrs succédèrent les Confesseurs et, là encore, on trouve un groupe de Sept Dormants dont le récit offre plusieurs points communs avec ceux d'Ephèse. Comme nous l'avons fait pour la version de Grégoire de Tours relative à ces derniers, nous donnerons, en traduction littérale, les passages essentiels de la lettre attribuée au même évêque au sujet de ces sept confesseurs Dormants. [...]

 

On a trouvé, dans le récit des Maccabées, l'une des origines de ce groupement de sept frères dans une voie de sainteté. Mais il ne semble pas inopportun de signaler d'autres rapprochements, moins frappants peut-être, mais qui montrent combien un mythe ou symbole a des racines profondes dans la tradition populaire ou sacrée. [...] Dans les contes de Perrault, le «Petit Poucet» et ses six frères pénètrent, à l'issue d'une recherche labyrinthique, dans la maison de l'ogre où ils s'endorment en compagnie des sept filles de l'ogre.

 

Dans la tradition hindoue, le parallèle est très frappant entre les Dormants et les fils de Pandou, décrits, à l'origine, comme autant de formes d'Indra en attente de résurrection dans la caverne de la montagne de Shiva. Ils sont cinq frères, époux d'une même Krishnâ, auxquels s'adjoignent les deux Kèças, l'un blanc, l'autre noir. Le rapprochement est d'autant plus impressionnant qu'à la fin de l'épopée les cinq Pandouides et Krishnâ prennent le chemin du paradis d'Indra en compagnie de leur chien qui n'est autre que Dharma, l'instructeur spirituel par excellence «le seul ami qui accompagne l'homme après sa mort», la Vérité, satya (Jacques Bonnet, Artémis d'Éphèse et la légende des sept dormants, 1977 - books.google.fr).

 

Poucet, Perrault remplace les hĂ©ros du conte traditionnel, un frère et une sĹ“ur unis par l'affection et qui collaborent Ă  leur Ă©vasion commune, par sept garçons (trois fois deux jumeaux) qui prennent leur cadet chĂ©tif pour souffre-douleur, suivant en cela l'exemple de leur mère. L'irresponsabilitĂ© des parents entraĂ®ne pour les enfants les pires malheurs, dont le moindre est d'ĂŞtre chassĂ© de la maison (Peau-d'Ane, Les FĂ©es, Le petit Poucet), jetĂ© dans les bras d'un monstre (Le petit Chaperon rouge, Barbe-Bleue, Le petit Poucet). LĂ  oĂą l'horreur se fait plus violente, les images se font plus directes, l'animositĂ© des parents prend une forme plus aiguĂ« : la grand-mère veut manger ses petits-enfants en sauce (La Belle au bois dormant) ou tout cru (Le petit Chaperon rouge); les parents laissent leurs enfants dĂ©vorer par les loups pour s'Ă©viter la douleur de les voir mourir de faim; l'Ogre (ce père symbolique) veut mettre ses «enfants» au four pour les manger bien rĂ´tis, et il coupe la tĂŞte Ă  ses propres filles par inadvertance (Le petit Poucet). Les rapports entre Ă©poux ne sont guère plus pacifiques (Michèle Simonsen, Perrault : «Contes», 1992 - books.google.fr).

 

Ainsi le Chat bottĂ© fait-il titre au double sens du mot et tire-t-il ce Chat-lĂ  de l'anonymat du rĂ©pertoire. Il est, de l'avis de la plupart des folkloristes, l'invention de Charles Perrault. Marc Soriano va mĂŞme jusqu'Ă  prĂ©senter le dĂ©tail vestimentaire comme attribut nĂ©cessaire du personnage, au terme de son enquĂŞte sur les bessons, Charles et François, nĂ© "quelques heures" avant Charles et mort Ă  l'âge de six mois, ainsi qu'il est Ă©crit dès les premières lignes des MĂ©moires rĂ©digĂ©es Ă  partir de 1700. Ironie du narrateur Ă  l'Ă©gard de lui-mĂŞme ? Toujours est-il que, sur un mode burlesque, ces bottes, comme les bottes (elles magiques) du Petit Poucet, disent le pouvoir de s'emparer de la fortune. Elles autorisent la revanche du cadet dĂ©shĂ©ritĂ© sur son aĂ®nĂ© bicĂ©phale (les deux fils du meunier mieux "partagĂ©s"), la revanche sur le jumeau survivant. Cette lutte pour la dominance, oĂą Marc Soriano lit l'Ă©quation personnelle de Perrault, est aussi angoisse du sexe contestĂ©. Le cadet et son chat reconstituent le couple gĂ©mellaire et tendent Ă  l'unitĂ© d'une figure ambiguĂ«, qui nous est rĂ©vĂ©lĂ©e par la trivialitĂ© des calembours chas (trou de l'aiguille) -chat, botte-bite. Si le chat est symbole de la sexualitĂ© fĂ©minine (telle est la reprĂ©sentation apportĂ©e par les illustrations sensuelles et flamboyantes de FĂ©lix Lorioux en 1926), sans doute a-t-il besoin d'une paire de bottes pour ĂŞtre dĂ©signĂ© dans le texte (et dans le titre) comme MaĂ®tre Chat (Jean Perrot, Tricentenaire Charles Perrault: les grands contes du XVIIe siècle et leur fortune littĂ©raire, 1998 - books.google.fr).

 

"bouette" : appât du breton "bouet", "boued" nourriture (Etudes celtiques, 1897 - books.google.fr).

 

D'où le chas "bouëtté", un autre trou auquel est suspendu un appât.

 

Les trois unitĂ©s : la querelle des Anciens et des Modernes

 

En 1634, la tragĂ©die rĂ©gulière a reparu avec la Sophonisbe de Mairet. Mais on hĂ©site encore entre la tragĂ©die d'action et d'intrigue ou tragi-comĂ©die, et la tragĂ©die psychologique. Les unitĂ©s, qui s'Ă©tablissent entre 1628 et 1637, assurent la prĂ©pondĂ©rance de la tragĂ©die classique, qui triomphe avec le Cid, considĂ©rĂ©, pourtant, comme une tragi-comĂ©die. La tragi-comĂ©die survivra encore une vingtaine d'annĂ©es, nourrie par le talent de Du Ryer, de ScudĂ©ry et surtout de Rotrou. Mais l'adoption des trois unitĂ©s «a dĂ©terminĂ© pour deux siècles la forme du théâtre français» (G. Lanson). RamenĂ©es d'Italie par Mairet (1628), patronnĂ©es par Chapelain et par Richelieu, elles gĂŞnent d'abord Corneille, qui finit par s'y soumettre, avec des rĂ©serves et en les interprĂ©tant (Lettres en tĂŞte de la Suivante, 1637, de MĂ©dĂ©e, 1639). CĂ©dant au goĂ»t du public, gens de cour et prĂ©cieux, et des lettrĂ©s, qui les exigent au nom de la vraisemblance, Corneille, tout en refusant de leur sacrifier un beau sujet, les acceptera pourtant quand il se sera dĂ©finitivement dĂ©cidĂ© Ă  placer l'action hors du temps et de l'espace, dans le cĹ“ur humain. Ces trois unitĂ©s entraĂ®nent toute une esthĂ©tique, et notamment la concentration du poème dramatique et l'unitĂ© de ton. Elles obligent aussi a tricher avec l'histoire, ce qui prĂ©sente quelque difficultĂ© pour les sujets religieux. En outre, la sociĂ©tĂ© polie impose des biensĂ©ances, qui tendront Ă  introduire au théâtre une humanitĂ© de convention, dont la vraisemblance risque de contredire la vĂ©ritĂ© historique et morale. Sans doute, le Cid gardait quelque chose de la tragi-comĂ©die, de la pastorale, mĂŞme de la tragĂ©die humaniste. Mais il dĂ©passait tout cet effort d'un siècle par des nouveautĂ©s originales : concentration du drame, reduit a une crise, action extĂ©rieure subordonnĂ©e aux sentiments et aux volontĂ©s, intrigue fortement et logiquement enchaĂ®nĂ©e. Mais la grande nouveautĂ©, celle qui enthousiasma le public, ce fut sa philosophie sublime, sa conception de l'amour, soumis Ă  la volontĂ© raisonnable. Horace et Cinna sont deux etapes de l'ascension de Corneille vers la perfection de l'art classique. Cette perfection est atteinte dans Polyeucte (Kosta Loukovitch, L'Ă©volution de la TragĂ©die Religieuse Classique en France, 1933 - books.google.fr).

 

Le "Parallèle des Anciens et des Modernes" de Charles Perrault constitue une oeuvre essentielle dans l'Ă©volution des idĂ©es vers le XVIIIe siècle. Il rouvre la Querelle des Anciens et des Modernes et se prĂ©sente comme la rĂ©futation de l'"Art poĂ©tique" de Boileau. En effet, le classicisme qui reposait sur le rationalisme, le christianisme et l'humanisme grĂ©co-latin, domine par la lettre plus que par l'esprit. La critique se dĂ©veloppe. Proclamant la supĂ©rioritĂ© de son siècle dans le poème "Le siècle de Louis le Grand", Charles Perrault entreprend, au nom de la raison, d'examiner les arts et les lettres et de prouver qu'ils sont aussi soumis au progrès. Dans cet Ă©pisode de la Querelle (1687-1694) il souhaite affirmer un art proprement français, libĂ©rĂ© de la comparaison permanente qu'il souffre avec l'AntiquitĂ© et l'Italie. Sa rĂ©flexion concourt Ă  dĂ©truire la conception d'un immuable Beau. Le troisième tome de 1692 concernant les arts poĂ©tiques est primordial dans la Querelle avec Boileau. VĂ©ritable antithèse de l'"Art poĂ©tique", Perrault rĂ©dige son manifeste de l'esprit moderne, tentant d'anĂ©antir le dogmatisme littĂ©raire dĂ©fendu par son ennemi. Il encourage l'Ă©popĂ©e chrĂ©tienne, fait accepter les genres nouveaux que les Modernes pratiquent : la poĂ©sie lyrique ou galante, l'opĂ©ra, le roman ou le conte. Il libère la tragĂ©die des règles contraignantes d'Aristote. D'une manière gĂ©nĂ©rale il prĂ©conise le choix de sources plus proches, susceptibles de toucher le spectateur. Il dĂ©gage encore le romancier de l'historien; le roman se prĂ©pare Ă  accueillir toutes les idĂ©es, ouvrant la voie au siècle des lumières. En outre les mentalitĂ©s changes et trop de rationalisme ne satisfait pas tout le monde. A la suite de Locke, les penseurs se dĂ©tournent de la mĂ©taphysique pour accorder une large part aux sensations d'oĂą procèdent les idĂ©es. Le roman et le théâtre post-classiques manifestent un goĂ»t pour l'imagination et la sensibilitĂ©, qu'illustre le succès des "Contes" de Perrault (Sylvie Loprète, Charles Perrault dans la querelle des Anciens et des Modernes : implications esthĂ©tiques et philosophiques de l'oeuvre polĂ©mique de Charles Perrault, le Parallèle des Anciens et des Modernes, 1998 - theses.fr).

 

La règle des trois unités (temps, lieu, action) est une contrainte d'écriture théâtrale formalisée au XVIIe siècle en s'inspirant de la Poétique d'Aristote. Pour l'unité de temps, Aristote suggère simplement que la tragédie se déroule au cours d'une seule «révolution du soleil»

 

Socinianisme

 

L’intĂ©rĂŞt de Voltaire pour le socinianisme s’est manifestĂ© pour la première fois dans les Lettres philosophiques. Dans la septième et dernière des Lettres consacrĂ©es aux confessions religieuses en Angleterre, il mentionne la «petite secte» des «sociniens, ou ariens, ou antitrinitaires» (titre de la Lettre). On sait que ces trois appellations sont loin de recouvrer la mĂŞme chose ; Voltaire ne s’embarrasse pas de nuances et ne s’intĂ©resse qu’au refus du dogme de la trinitĂ© tel qu’il fut formulĂ© dans le Symbole de saint Athanase. [...]

 

DiffusĂ©e en Europe occidentale au cours du XVIIe siècle, la pensĂ©e des deux Sozzini reçut en 1628, aux Pays-Bas, le nom de socinianisme. Les sociniens se distinguaient non seulement par un profond dĂ©sir de tolĂ©rance et de charitĂ© mais aussi par un rejet de toute la dogmatique catholique, ce qui inspira cette curieuse remarque Ă  l’abbĂ© Faydit, auteur de Remarques sur Virgile et sur Homère en 1705 :

 

Je ne suis pas prophète, mais je crois pouvoir prédire à coup sûr que la Hollande et l’Angleterre ne tarderont pas à devenir toutes mahométanes, et que les bourgmestres de l’une, et les milords de l’autre, changeront bientôt leurs toques et bonnets de velours en turbans. En effet, je ne vois pas qu’il y ait grande différence entre les mahométans et les sociniens (Gerhardt Stenger, Le socinianisme dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire, Rousseau et les lumières, Mélanges à la mémoire de Raymond Rousseau, 2016 - halshs.archives-ouvertes.fr).

 

Au XVIe siècle, avec Lelio Sozzini (1525-1562) et surtout son neveu Fausto Socin (1539-1604), naît l'unitarisme. Ces deux membres de la famille Sozzini appartiennent à la première et à la seconde génération de réformateurs de la chrétienté institutionnalisée.

 

Jésus, né de Marie grâce à l'action du Saint-Esprit, n'aurait pas existé avant sa naissance. Il fut homme, entièrement décidé à faire la volonté divine. Dieu le récompensa à la Résurrection, lui accordant une nouvelle Vie éternelle dans son ciel avec le titre de Fils. C'est pourquoi les sociniens rendaient un culte à ce Fils de Dieu (fr.wikipedia.org - Socinianisme).

 

Le socinianisme et l'unitarisme récusèrent la Trinité comme l'arianisme. Deux très grands esprits, Newton et Darwin, récusaient aussi la Trinité, le premier étant adepte du socinianisme, l'autre de l'unitarisme (Hichem Djaït, La vie de Muhammad: Révélation et Prophétie, Tome 1, 2007 - books.google.fr).

 

Construction du quatrain

 

Le quatrain I,95 est construit en anneau : les vers 1 et 4 encadrent les vers 2 et 3. Le début et la fin parlent du double (besson / vopisque), tandis que le centre parle de la voix (moine / langue / puissance). Cette structure circulaire est typique des versets bibliques analysés par Marc Girard (Marc Girard, Les psaumes, analyse structurelle et interprétation, Tome 2 : 51-100, 1984 - books.google.fr).

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