Faust, Simon le Magicien, Semo Sancus et Hercule

Faust, Simon le Magicien, Semo Sancus et Hercule

 

I, 25

 

1575-1576

 

Perdu, trouvé, caché de si long siecle

Sera pasteur demi dieu honoré :

Ains que la Lune acheve son grand siecle,

Par autres veux sera deshonoré.

 

Pour Pierre Brind'Amour, le demi dieu est Jésus Christ. D'une manière orthodoxe, ce n'est pas le cas, il est dieu complet (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Découverte en 1574

 

Saint Justin et d'autres Pères assurent que l'on éleva dans Rome une statue à Simon le Magicien : ils ne sont point d'accord sur le temps. Saint Irénée et saint Cyrille de Jérusalem disent qu'elle fut élevée par ordre de l'empereur Claude, et par conséquent après la mort de Simon. Saint Augustin, au contraire, dit que cette statue fut érigée à la persuasion de Simon. Des critiques célèbres ont cru qu'on avait pris une statue du dieu Semon Sangus pour une statue de Simon ; voici le fondement de leur conjecture : On sait que les Romains, à l'imitation des Sabins, adoraient un Semo Sancus qu'ils disaient être leur Hercule : on a même trouvé dans ces derniers temps une statue dans l'île du Tibre, où saint Justin dit qu'était celle de Simon. Cette statue porte cette inscription, assez approchants de celle que rapporte saint Justin : Semo Sanco (ou Sango) Deo fidio sacrum. Sex. Pompeius Sp. L. Col. Mussianus quinquennalis Decuria Bidentalis donum dedit.

 

Cette statue, trouvée sous le pontificat de Grégoire XIII, en 1574, dans le lieu même où saint Justin dit qu'on avait élevé une statue à Simon le Magicien, a donné lieu de croire que saint Justin avait confondu Semon avec Simon, surtout parce que les graveurs mettaient assez souvent un I pour un E; on trouve même que ce Sémon est quelquefois appelé Sanctus aussi bien que Sancus, de sorte que l'inscription pouvait être telle que la rapporte saint Justin, et n'avoir rien de commun avec Simon le Magicien. On ne trouve dans les auteurs païens rien qui ait rapport à cet événement, ce qui ne serait guère possible s'il était vrai : d'ailleurs, les Juifs étaient odieux à Claude, et le sénat persécutait les magiciens et les avait chassés de Rome. Enfin, il est certain qu'on n'accordait l'apothéose qu'aux empereurs et encore après leur mort : comment aurait-on fait de Simon le Magicien un Dieu pendant sa vie ?

 

Plusieurs auteurs du cinquième siècle ont rapporté que Simon s'étant fait élever en l'air par deux démons dans un chariot de feu fut précipité par l'effet des prières de saint Pierre et de saint Paul, et qu'il mourut de sa chute. Mais ce fait est apocryphe ; car, indépendamment de la difficulté de le concilier avec la chronologie, il est certain que la chute de Simon, à la prière de saint Pierre, était un fait trop important pour avoir été ignoré des chrétiens et pour n'avoir pas été employé par les apologistes des premiers siècles: cependant saint Justin, saint Irénée, Tertullien, n'en parlent point, eux qui ont parlé de sa statue. Les auteurs qui rapportent la chute de Simon ont peut-être appliqué à cet imposteur ce que Suétone rapporte d'un homme qui, sous Néron, se jeta en l’air et se brisa en tombant. Cette conjecture d'Ittigius n'est pas destituée de vraisemblance : une ancienne tradition portait que Simon volait (Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes, Volumes 11 à 12 de Première encyclopédie théologique, 1863 - books.google.fr).

 

Il s'agirait plutôt d'un autel que d'une statue (fr.wikipedia.org - Semo Sancus).

 

Semo sancus

 

Dans la religion romaine, la sainteté du serment est, en principe, sous la garde du dieu suprême, Dius Fidius équivalant à Jupiter Lavis, et que l'Hercule Romain, tel qu'on le vénère à l'Ara Maxima sur le Marché aux Boeufs, est lui aussi une divinité de la bonne foi, prise à témoin dans les contrats on voit comment chez les Latins, les Sabins et les Ombriens, Semo Sancus a pu se confondre tantôt avec Jupiter, tantôt avec Hercule, et aussi former un être à part ayant une fonction semblable (Le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Daremberg et Saglio, 1877-1919 - dagr.univ-tlse2.fr, www.romanoimpero.com).

 

Les Anciens croyaient que Dius était un doublet de divuso et Semo une contraction de semihomo. Un personnage appelé Dius ou Semo ne serait pas un dieu, mais un demi-dieu, un génie, intermédiaire entre les dieux et les hommes, inférieur aux premiers, supérieur aux simples mortels. L'existence de plusieurs Semones dans la vieille religion romaine est certaine; Martianus Capella traduit ce mot par "èmitheoi" ; Fulgence, qui tient ses renseignements de Varron, cite parmi eux Priapus, Epona, Vertumnus. Les Latins adoraient en Semo Sancus le Semo par excellence, le Genius suprême le premier des Semones, comme en Jupiter le premier des dieux. D'étroits rapports unissaient Semo Sancus Dius Fidius et Jupiter. Une poésie de Properce est adressée à Hercule Sancus (Maurice Besnier, L'Ile Tibérine dans l'Antiquité, 1902 - books.google.fr).

 

Les traditions sabines disaient aussi que Semo Sancus, nommé encore Dius Fidius, le divin auteur de la race sabellienne, avait substituéaux sacrifices humains des rites purs de sang (Denys, Ant. Rom., l,58) (Victor Duruy, Histoire des romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des barbares par Victor Duruy: Des origines à la fin de la deuxième guerre punique, Tome 1, 1879 - books.google.fr).

 

Pasteur

 

Le Forum Boario, ainsi nommé parce qu’il sert aujourd’hui de marché aux bœufs, est situé vers le Tibre, entre le Mont Palatin et le Capitole. Là s’élevait jadis l’Ara Maxima, autel qui avait été érigé à Hercule en commémoration de la mort de Cacus que ce demi-Dieu tua, ainsi que nous l’apprend la mythologie, pour le punir de lui avoir volé ses bœufs. Dans ce forum fut trouvée la statue d’Hercule en bronze doré qui fut placée dans le musée du Capitole. L’arc de Septime-Sévère orne encore aujourd’hui cette place (Nouveau guide du voyageur en Italie, 1851 - books.google.fr).

 

L'Hercule du Forum Boarium, aussi connu sous le nom d'Hercule capitolin, est une statue en bronze doré découverte sur le site du Forum Boarium de la Rome antique, où les restes du temple qui lui était dédié ont été démolis sous le pontificat de Sixte IV (1471-84). En 1510, il est déjà inventorié dans le Palais des Conservateurs au Capitole où il est conservé. C'est sans doute la statue de culte mentionnée par Pline dans le temple circulaire, le temple d'Hercule Victor, qui était également été l'autel de plein air dédié à Hercule (fr.wikipedia.org - Hercule du Forum Boarium).

 

La statue d'Hercule du Forum Boarium avait peut-être été également dissimulée – selon une source, elle avait été trouvée dans une crypte, mais selon une autre source elle était dans le temple rond emilien, aujourd'hui perdu (c'était dans les années 1480, quand on ne notait pas avec soin le lieux des trouvailles) (Paula Landart, Sur les traces de Rome: Promenades à la recherche de la ville antique, 2015 - books.google.fr).

 

La légende de l'Hercule pasteur, connue déjà de Stésichore, peut n'être qu'une interprétation des grandes migrations pastorales dont les navigateurs Grecs retrouvaient au vie siècle le souvenir vivant sur toutes les côtes de la Méditerranée  Occidentale. Il est remarquable que cette légende du vol des bœufs se retrouve partout où des envahisseurs indo-européens pénétrèrent chez les peuples du Sud : en Grèce, c'est Hermès, dieu du monde préachéen, qui vole les bœufs solaires d'Apollon ; en Thessalie, Xénophon a vu danser la "karpaia", danse mimétique figurant un vol de bœufs ; même légende en Thrace ; dans l'Inde, ce sont les Dasyus indigènes qui volent les troupeaux des Aryens (André Piganiol, Essai sur les origines de Rome, 1917 - books.google.fr).

 

Faust

 

L'association du personnage de Faust à la légende de Simon le Magicien ne date pas d'aujourd'hui, puisqu'elle figure déjà dans le Faustbuch (1587), le premier ouvrage conservé qui traite de la légende du docteur Faust, très exactement au chapitre 52, quand le vieil hôte du docteur Faust l'invite à se repentir et à sauver son âme, lui donnant comme modèle la conversion de Simon le Mage, après qu'il eut écouté la prédication de l'apôtre Philippe. L'hôte de Faust (et, à travers lui, l'auteur du Faustbuch) indique même sa source, puisqu'il cite nommément les Actes des apôtres en son chapitre VIII :

 

Or çà, Messire, il n'est pas encore trop tard, si vous retournez en arrière et priez Dieu de vous accorder grâce et merci, ainsi que vous en voyez l'exemple dans les Actes des apôtres, au chapitre huitième, de Simon en Samarie qui lui aussi avait débauché grande multitude de gens, car on le tenait singulièrement pour un dieu, et on l'appelait «la puissance de Dieu» et «Simon Deus sanctus» ; mais quand il eut ouï la prédication de saint Philippe, il se fit baptiser, crut en Notre-Seigneur Jésus-Christ et ne se sépara plus ensuite de Philippe. Cette conduite est particulièrement glorifiée dans les Actes des apôtres (L'Histoire du docteur Faust, 1587, trad, de Joël Lefèbvre, Paris- Lyon, 1977, p. 159)

 

La mention de la statue dédiée à Simon dans le discours qu'adresse à Faust son vieil hôte n'est pas le seul indice de la connaissance qu'avait l'auteur du Faustbuch de la tradition simonienne. C'est surtout l'intervention du personnage d'Hélène comme compagne de Simon dans un cas, de Faust dans l'autre, qui rend la dépendance indéniable. Présentée par Justin comme une ancienne prostituée, elle apparaît chez Irénée comme une réincarnation de l'Hélène de Troie - ce qu'elle est aussi dans le Faustbuch. [...]

 

Le personnage d'Hélène se retrouve aussi dans la tradition latine des Clémentines, mais sous le nom de Luna - sans doute par confusion des mots grecs "Elenè" et "selènè", proches l'un de l'autre aussi bien dans leur écriture que dans leur prononciation. En revanche, il est absent de la Légende dorée de Jacques de Voragine. Cette Luna n'est pas présentée comme une prostituée rachetée, mais comme une co-disciple de l'hérésiarque Dosithée, avant qu'il ne devienne le chef de la secte. Bien évidement, la confusion avec l'Hélène de Troie, devenue caduque, n'a pas été conservée, et le sens du texte source (celui de l'écrit commun aux Homélies et aux Reconnaissances, et à travers lui celui d'Irénée) a été complètement transformé [...]

 

Comme le rédacteur du Faustbuch utilise le nom d'Hélène, et non celui de Luna, et qu'il identifie très explicitement l'Hélène compagne de Simon avec l'Hélène de Troie, on peut affirmer avec une quasi-certitude - contre Palmer-More et Joël Lefebvre - que ce n'est pas à cette tradition-là (celle des Reconnaissances latines) qu'il a emprunté le personnage d'Hélène, mais ou bien à la tradition hérésiologique, ou bien aux Homélies pseudo-clémentines, de langue grecque, dans lesquelles la compagne de Simon s'appelle bel et bien Hélène :

 

Jean (le Baptiste) eut de même trente hommes responsables, répondant au compte du mois lunaire. Parmi eux, il y avait une femme, nommée Hélène [...]. Simon était pour Jean le premier et le plus éprouvé de ces trente; mais il ne devint pas chef après la mort de Jean [...]. (Quand Dosithée mourut), Simon, accompagné d'Hélène, entreprit alors un périple et jusqu'à présent, comme tu le vois, il soulève les foules. À ses dires, Hélène est elle-même descendue des plus hauts cieux jusque dans ce monde ; elle est souveraine, en tant que substance mère de toute choses et Sagesse. C'est à cause d'elle, dit-il, que les Grecs et les barbares se sont fait la guerre, prenant l'image pour la réalité, car en fait Hélène était alors auprès du Dieu premier de tous...

 

Si la source des informations que le Faustbuch donne sur Simon le Magicien se trouve donc chez Justin, chez Irénée, chez Eusèbe et ses adaptateurs latins (tel Rufin d'Aquilée), pourquoi donc faire appel à la tradition clémentine (ou pétrino-clémentine) sur Simon comme source du personnage de Faust ? C'est que certains des traits de caractère et certaines des anecdotes que le Faustbuch attribue à Faust ne peuvent en aucun cas dériver de Justin, d'Irénée et de la tradition historiographique ou hérésiologique, mais des légendes véhiculées par les écrits hagiographiques et la tradition clémentine. Voici les parallèles que nous avons pu établir entre le Faust du Faustbuch et le Simon du Roman clémentin ou celui des Actes de Pierre - dont la critique récente tend à situer la rédaction après celle du Roman clémentin et sous son influence. [...]

 

Nous ne cherchons certes pas à nier que Faust soit le véritable patronyme du magicien, qu'il l'ait hérité de son père (le nom de Faust, le «poing», est très répandu en Allemagne) ou qu'il s'agisse d'un sobriquet qu'on lui aurait attribué très tôt dans sa vie. Mais nous soumettons au jugement de nos lecteurs l'hypothèse, déjà ancienne, mais qui semble aujourd'hui complètement négligée, que c'est là une des occasions de la confusion entre Faust et Simon, par l'intermédiaire du personnage romanesque de Faustus. Rappelons brièvement nos arguments. Le Roman clémentin est l'origine principale du développement de la légende de Simon. Or, l'un des protagonistes de ce Roman, le vieillard père de Clément, s'appelle précisément Faustus - du moins dans la version grecque des Homélies clémentines; dans la version latine, bien connue en Occident par la légende dorée, il se nomme Faustinianus. Ce Faustus devient même, par un étrange concours de circonstances, un double de Simon: le diabolique magicien lui donne en effet son apparence pour qu'il puisse lui-même échapper à la police impériale qui le recherche. Mais, dans la version grecque des Homélies clémentines, Faustus ne recouvre pas sa véritable apparence ; il est simplement annoncé que Pierre la lui rendra à leur arrivée à Antioche, un épisode qui ne figure pas dans le Roman originel. [...]

 

Quant à l'Hélène de Troie, la compagne de Simon, elle appartient peut-être elle aussi à la légende du Faust historique. En effet, il semble qu'elle figurait parmi les personnages illustres de la Grèce que le charlatan faisait apparaître devant un public médusé, sans doute grâce à une lanterne magique. C'est du moins ce dont témoigne Wolfgang Büttner, un disciple de Mélanchton, qui, dans la seconde édition de son Epitome Historiarum augmentée par Steinhart en 1596, mentionne la belle Hélène parmi les héros de la guerre de Troie que le magicien évoquait au cours de séances publiques. [...] Toutefois, comme ce témoignage est tardif, puisqu'il est postérieur à la publication du Faustbuch (1587), il doit être considéré avec prudence ; en effet, la première édition de l'Epitome historiarum, datée de 1576, ne mentionne pas Hélène parmi les héros évoqués (Bernard Pouderon, Faust, le Faustbuch et le Faustus Pseudo-Clémentin, ou la genèse d'un mythe. In: Revue des Études Grecques, tome 121, fascicule 1, Janvier-juin 2008 - www.persee.fr).

 

Dans les Explicationes Melanchthoniae, publiées par son disciple Chrisopher Pezelius à partir de 1594, il compare explicitement Johann Faust à Simon le magicien (Epiphania: études orientales, grecques et latines offertes à Aline Pourkier, 2008 - books.google.fr).

 

La transition vers le Faust-Buch est marquée par les récits de Christoph Rosshirt, chroniqueur de Nuremberg. Ces écrits, datant de 1570, racontent l'activité de Faust comme magicien et sorcier ; dépassant l'anecdote, amplifiant le personnage, ils constituent déjà l'élaboration d'une légende, telle que nous la rencontrons par la suite dans le Livre de Faust (Hans Henning, La trilogie de Faust au seizième siècle et ses suites jusqu'à l'époque de Goethe, traduit par Paul Kessler, Faust, Cahiers de l'hermétisme, 1977 - books.google.fr).

 

A manuscript by Christoff Rosshirt contains six Faust stories, not to mention five detailed and hand-colored illustrations. In the fourth picture, the date 1575 is visible. In these vignettes, Faust develops  on the way to becoming the central character in a set of tales soon to constitute an explicit narrative with a beginning, middle, and end. Although still relatively brief (thirty-six sides all told), Rosshirt's six stories represent the largest collection of Faust's adventures and pranks prior to the composition of the Fausthucher (J.M. Van Der Laan, Faust from cipher to sign and pious to profane, The Faustian Century: German Literature and Culture in the Age of Luther and Faustus, 2013 - books.google.fr).

 

"siècle" : cent ans

 

L’édition de 1555 des centuries porte "cycle" et celle de 1557 "siècle" (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Les histoires anciennes et modernes font mention de plusieurs femmes célèbres pour leur beauté jusqu'à l'âge de cent ans. Hélène avait près d'un siècle lorsque le siège de Troie commença (voyez Eusèbe et Lucien dans le dialogue qui a pour titre Le songe ou le coq); cependant Homère ne présente jamais cette princesse sans la parer de l'épithète de belle. Il y a plus, Hélène, après la mort de Paris, eut encore assez d'agrément pour inspirer de la passion à Déiphobe, son frère, qui l'épousa. Après qu'elle eut livré celui-ci aux Grecs qui le massacrèrent, elle fut reçue par Ménélas, son premier époux, avec tout l'empressement possible (Abbé du Clot, La suinte Bible vengée, tome II. Lyon et Paris, 1824) (Patrice Larroque, Examen critique des doctrines de la religion chrétienne, Tome 2, 1864 - books.google.fr).

 

Dans le système de Simon le Magicien, Ennoia est la première pensée de Dieu, mère de tout ce qui existe. Sujette à la métempsychose, esclave des lois et des formes du monde matériel, elle fut, dans ses migrations, l'objet d'ignominies toujours renouvelées de la part des esprits Simon prétendait avoir retrouvé cette «première pensée de Dieu» dans une esclave, Hélène, qu'il avait rachetée à Tyr (Matter, I, 198-202) (Claudine Gothot-Mersch, La tentation de saint Antoine de Gustave Flaubert, 1983 - books.google.fr).

 

He declared himself the “highest god.” He was always accompanied by a lady called Helena, who he said was the divine ennoia (notion), the power contained in the aion (age), who was also a charis (grace) and who made aion long for the women, so that anthropos was begotten (Carl Alfred Meier, Personality: The Individuation Process in Light of C.G. Jung's Typology, traduit par David N. Roscoe, 1995 - books.google.fr).

 

En grec "aiona" signifie siècle.

 

"grand cycle"

 

Quant au "grand cycle", la chronocratorie de 354 ans de la Lune court de 1533 à 1887, environ. Il existe un grand cycle pascal de 532 ans dans le calcul de la date de Pâques pour le calendrier julien.

 

Dans le calendrier julien, la séquence des dates de Pâques se répète à tous les 532 ans. Le nombre 532 = 19×28 est le produit des nombres suivants : 19 (le cycle Métonique ou le cycle du nombre d’or) 28 (le cycle solaire).

 

C'est ce qu'on appelle la Période Dionysienne de 532 ans, qui ne diffère de la période de Victorius, que parce qu'elle roulait sur les calculs des Orientaux ou Alexandrins, qui étaient plus sûrs que ceux des Latins, que Victorius avait employés pour flatter les Romains (Dictionnaire de statistique religieuse et de l'art de vérifier les dates, 1851 - books.google.fr).

 

Le comput ecclésiastique de base a été élaboré par Denys le Petit en l’an 525 ap. J.-C. Par la suite, des tables de calcul améliorées ont été proposées par Dionyisius Exiguus (532 ap. J.-C.), et par Aloisius Lilius (an 1576). Les tables de Lilius ont été ensuite ajustées par Christopher Clavius. Depuis 1583, ce sont ces tables modifiées de Clavius qu’utilise le comput ecclésiastique. Tous les algorithmes de calcul de la date de Pâques sont basés sur ces dernières tables (lagrandehistoireducalendrier.wordpress.com).

 

La chronique d'Albéric de Trois-Fontaines (mort en 1241), dans le passage consacré à Lambert le Bègue ou le Begge, le définit comme «magister Leodiensis de S. Christophoro» et signale qu'il mourut en 1177. On remarquera le terme «magister» qui sous-entend, plus que un titre universitaire. [...] Sous sa forme correcte et complète, le comput de Lambert se compose de deux éléments distincts. Le premier occupe toujours une pleine page après le calendrier et figure sur un recto d'un feuillet. C'est une grille de 532 cases réparties sur 19 colonnes verticales et 28 lignes horizontales. La grille ou table est précédée d'une colonne donnant les lettres dominicales. Les cases représentent les années d'un cycle pascal complet (cycle de 532 ans, après lequel les dates de Pâques reviennent dans le même ordre, 532 étant le plus petit commun multiple de 28 et de 19, durée respective d'un cycle solaire et d'un cycle lunaire). Au sommet de la grille figure - ou devrait figurer - la date 1140. Celle-ci correspond à la date de la première case en haut à gauche, et marque le début d'un cycle pascal ou grand cycle de 532 ans, c.-à-d. d'une année ayant rang 1 à la fois dans le cycle lunaire (nombre d'or) et solaire (et aussi 1 comme concurrent). Les autres cases ne sont pas datées, mais sont datables. La première colonne correspond aux années 1140 à 1167, la deuxième débute en 1168 et ainsi de suite. Cette grille est perpétuelle, en ce sens qu'il suffit de substituer à la date de 1140 d'autres dates correspondant au début d'un grand cycle (c.-à-d. 76 et 608 après J.C. et, bien entendu, 457 av. J.C. pour la détermination des quantièmes de Pâques des 75 premières années de l'ère chrétienne) pour obtenir un calendrier pascal valable jusqu'à l'introduction du grégorien (Claudine Lemaire, Le comput de Lambert le Bègue, son interprétation et sa tradition. In: Scriptorium, Tome 34 n°1, 1980 - www.persee.fr).

 

Le grand cycle pascal de 532 ans qui avait recommencé en 1140 mourut de mort violente en 1582 et, officiellement, il ne fut pas remplacé (Jean Sonet, Le roman de Barlaam et Josephat, Volumes 9 à 11, 1952 - books.google.fr).

 

"autres veux" : "altera vota", autre mariage

 

votum : voeu, mariage (Gaffiot).

 

Le Pape Innocent III a declaré nettement que le Mariage de deux personnes infidelles, dontl'une se convertit à la Foi, n'est resolu qu'en cas que la Partie Infidelle veüille se retirer, ou qu'elle ne veüille rester que cum injuria offensa Creatoris : extra, (ap. Quanto  Cap Gaudemus. De divortiis). Il n'en seroit pas de mesme, si de deux Parties Fidelles, l'une venoit à se pervertir & à abandonner l'autre ; car le Mariage ne subsisteroit pas moins après cet abandonnement ; & la Partie fidelle ne seroit pas pour cela en liberté de passer ad altera vota. Cap. Quanto. De divortiis. La raison que le Pape Innocent III. donne de cette difference, c'est, dit il, que le Mariage de deux personnes fidelles devient indissoluble par la qualité de Sacrement, dont il a esté une fois revestu : au lieu que le Mariage des Payens, qui n'a jamais esté honoré de cette qualité, peut estre résolu en faveur de la Partie qui a embrassé la Foi de Jesus Christ (Jean Gerbais, Traité pacifique du pouvoir de l'Eglise et des princes sur les empeschemens du mariage, 1690 - books.google.fr).

 

Mariage avec la lune

 

Alexandre d'Abonotique avait de toutes pièces monté les mystères du serpent Glykon. Au troisième jour de leur célébration, le cérémonial s'achevait par l'évocation des amours de Séléné et d'Alexandre-Endymion. Du haut du ciel, une comparse déguisée en Lune venait embrasser le pseudo-Endymion couché au milieu du temple (Lucien, Alexandre ou le faux prophète 38-39). De son union avec Séléné, Alexandre avait eu une fille. Lorsqu'il la maria au sénateur Rutilianus, celui-ci, en croyant épouser la fille de la Lune, se persuada d'être devenu un habitant du ciel (Alexandre ou le faux prophète 35). L'anecdote fait sourire. Mais on s'étonne moins de ces noces lunaires d'un sexagénaire en charge de hautes fonctions si l'on songe aux précédents que constituent l'union d'Antiochos IV de Syrie avec l'Atargatis de Hiérapolis (Atargatis est ici identifiée à la Lune ; voir aussi Lucien, De dea Syria 32) ou la prédilection de -Bellone pour Sylla. Au Ier siècle après J.-C, la vie de Simon le Magicien offre un autre exemple du caractère divinisant du mariage lunaire. Après avoir étudié la sagesse et la magie en Égypte, il avait rencontré à Tyr une courtisane du nom d'Hélène et l'avait associée à ses pérégrinations. Le nom que porte cette femme n'est pas indifférent puisqu'Hélène en Égypte est identifiée à Aphrodite, Isis et Séléné. Simon la présentait à ses disciples comme la figure vivante de la "pammètôr ousia kai sophia" (Homélies Clémentines II, 25), quand lui-même se donnait pour la grande puissance de l'être divin ("dunamis megalè"). Les disciples tenaient cette Hélène pour la réincarnation de l'Hélène d'Homère. La hiérogamie lunaire de Caligula jointe à sa défense d'Hélène, qui ira jusqu'à vouloir détruire l'œuvre d'Homère (Suétone, Caligula 34, 3), trouvent donc d'étranges correspondances avec le récit des aventures de Simon. L'intérêt de C. Caesar pour la Lune s'accompagne d'activités nocturnes inquiétantes (Philon, Legatio ad Caium 103). La nuit est son domaine. Il subit l'influence de la pleine Lune dont le rôle dans le rituel magique est bien attesté. Il l'invoque, ce qui suggère que l'invoquant, il s'identifie à elle avec toutes les conséquences que cette identification implique. Il travaille et il réfléchit la nuit (Suétone, Caligula 53, 3). Insomniaque et visionnaire, il converse avec les fantômes (Suétone, Caligula 50, 7-8). Interlocuteur des démons, démon lui-même, le prince erre la nuit comme une ombre (Suétone, Caligula 50, 8) ; il court à ses débauches (Suétone, Caligula 11, 1), se livre à d'étranges cérémonies comme cette danse qu'il exécute devant trois personnages consulaires terrorisés (Suétone, Caligula 54, 3-4 ; Dion Cassius 59, 5, 5) ou ce spectacle inspiré par les Enfers prévu le jour de son assassinat (Suétone, Caligula 57, 10). Sa compagnie démoniaque le suit jusqu'à la mort et au-delà (Françoise Gury, Portrait de Caligula en magicien, Archéologie et histoire de l'art, religion, 2003 - books.google.fr).

 

Car cet homme qu'on avoit crû perdu, ayant esté trouvé, sans doute comme endormi, ainsi qu'un autre Endymion, caché depuis long siecle, sans qu'on sceust ce qu'il étoit devenu, non plus que s'il eust été fondu : il sera, selon toute apparence, pour ce sujet fait Pape. Or tout ainsi qu'Endymion fut jadis les delices de la Lune selon la Fable, tout de même celui-ci que l'Oracle appelle pour ce sujet le grand Endymion, sera aussi les delices de l'Eglise, honoré comme un demi-Dieu (La clef de Nostradamus, 1710 - books.google.fr).

 

Endymion est l'amant de Séléné (Luna chez les Latins), dont il a cinquante filles rattachées au calendrier de la Grèce antique, d'après les traditions de l'Élide. Elles présidaient aux cinquante mois du calendrier lunaire qui séparaient deux sessions de Jeux olympiques. La tombe d'Endymion se trouve à Olympie. Selon certaines traditions, Séléné obtient pour lui qu'il conserve sa beauté dans un sommeil éternel dans une grotte du mont Latmos en Carie (fr.wikipedia.org - Endymion).

 

Berger "enlevé jusqu'à l'Olympe, promu demi-dieu, Endymion n'aurait plus eu qu'à se laisser vivre s'il n'avait été aussi beau Junon s'en était aperçue et lui, bon garçon, consentit à ce qu'on l'admît. Il allait tromper son bienfaiteur... Renvoyé sur terre, on lui demanda de se faire oublier et de dormir. Alors, Endymion dormit sur des lits de mousse... et dans les bras de Diane qui de lui, dit-on, aurait eu... cinquante enfants! Papa Zeus se fâcha. Une métamorphose ne tuerait pas Endymion mais le condamnerait à se tenir tranquille. Ainsi naquit la jacinthe bleue, l'endymion penché, couleur de la nuit, lourd du regret de ne plus être qu'une jacinthe !" (Francis Cover, Le jardin des femmes, 1961 - books.google.fr).

 

L'Evangile des Simoniens, ou des disciples de Simon le Magicien, est marqué dans les Constitutions des Apôtres & dans la Préface des Canons Arabiques du Concile de Nicée. Ce dernier écrit nous apprend que les Simoniens avaient partagé leur Evangile en quatre tomes ou en quatre livres auxquels ils donnaient le nom des quatre angles du monde, ou des quatre gom's sur lesquels roulait toute la machine du monde. Les Constitutions Apostoliques nous disent que Simon, & Cleobius avoient composé plusieurs livres dangereux, sous le nom des anciens Patriarches, & des Apôtres, dans lesquels ils combattoient la création, la providence, le mariage, la génération, la loi, & les prophetes (Augustin Calmet, Commentaire litteral sur tous les livres de l'ancien et du nouveau testament, Evangile de saint Matthieu, 1715 - books.google.fr).

 

Saturnin, Basilide, Carpocrate, avaient pris les leçons de Ménandre, disciple de Simon le Magicien. [...] Saturnin soutint le premier que le mariage était une conjonction impure et damnable (Histoire de l'Église par M. l'abbé Berault-Bercastel, Tome 1, 1809 - books.google.fr).

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