Désintérêt de Henri IV pour les lettres
Désintérêt de Henri IV pour les lettres
ou
La mort de la reine Elizabeth

 

I, 62

 

1603

 

La grande perte las que feront les letres

Avant le cicle de Latona parfaict :

Feu, grand deluge, plus par ignares sceptres,

Que de long siecle ne se verra refaict.

 

 

Déluge

 

Le nom de Rhodes se rattache √† de plus grands souvenirs. On voit cette √ģle, d'abord habit√©e par les Telchines, fils de la mer, et associ√©s Caphire, fille de l'Oc√©an, pour √©lever Neptune. Cela signifie probablement qu'ils ont propag√© le culte de ce dieu. Du reste, ces Telchines passaient pour des enchanteurs, pour des magiciens ou mages; ils faisaient tomber √† volont√© de la pluie, de la gr√™le et de la neige. Neptune aima Halie, une de leurs sŇďurs, et en eut six fils et une fille, nomm√©e Rhodes. V√©nus, passant de Cyth√®re en Chypre, voulut rel√Ęchera Rhodes : les fils de Neptune eurent la t√©m√©rit√© de lui refuser l'entr√©e du port. Elle s'en vengea en les frappant d'un affreux vertige; Neptune eut honte de leurs exc√®s, et les cacha sous la terre : Halie, leur m√®re, qu'ils avaient outrag√©e dans leur vertige, se jeta dans les flots. Bient√īt l'√ģle enti√®re fut inond√©e : mais H√©lius, le Soleil, √©pris des charmes de la princesse Rhodes, dess√©cha l'√ģle, lui imposa le nom de sa ma√ģtresse, et devint p√®re de sept fils, connus sous le nom commun d'H√©liades. Diodore observe que le sens de cette fable est que cette √ģle √©tait naturellement mar√©cageuse; que pourtant les rayons du soleil la f√©cond√®rent, eu diminuant son humidit√©, et la peupl√®rent de g√©n√©rations illustres. Les H√©liades, avertis par leur p√®re que Minerve habiterait toujours chez le peuple qui le premier lui offrirait un sacrifice, se press√®rent, dit-on, tellement, qu'ils oubli√®rent d'apporter le feu avant la victime. C√©crops disposa mieux le sacrifice qu'il faisait √† la m√™me heure; et Minerve fut la d√©esse d'Ath√®nes. Toutefois les H√©liades ne laiss√®rent pas de se distinguer par leurs connaissances, surtout en astronomie. L'un d'eux, Actis, passa en Egypte et y b√Ętit H√©liopolis en l'honneur de son p√®re. C'est de lui que les Egyptiens ont re√ßu la science des astres et l'usage des lettres. Mais comme il est survenu, depuis, un d√©luge qui a d√©truit les monuments litt√©raires des Grecs, les Egyptiens, qui n'avaient point essuy√© ce fl√©au, et chez qui les traditions ne s'√©taient pas interrompues, se sont vant√©s d'avoir invent√© eux-m√™mes et enseign√© √† la Gr√®ce ce qu'ils avaient appris d'elle. Vous prendrez, Messieurs, cette observation de notre historien pour ce qu'elle vaut; son premier livre nous montrait, au contraire, dans l'√Čgypte le berceau des arts, des sciences, des dieux et des hommes (Pierre Claude Fran√ßois Daunou, Diodore de Sicile, Cours d'√©tudes historiques, Volume 12, 1846 - books.google.fr).

 

Perte et restitution des lettres

 

LVII. Les H√©liades se distingu√®rent des autres hommes par leur instruction et surtout par leurs connaissances en astrologie. Us firent plusieurs d√©couvertes utiles √† la navigation et r√©gl√®rent ce qui concerne les saisons. T√©nag√®s, qui avait le plus de talent naturel, p√©rit par la jalousie de ses fr√®res. Le crime ayant √©t√© d√©couvert, tous les coupables prirent la fuite. Macar se retira √† Lesbos, et Candalus √† Cos. Actis aborda en Egypte, et fonda la ville √† laquelle il donna le nom d'H√©liopolis. Les √Čgyptiens apprirent de lui les th√©or√®mes de l'astronomie. Ensuite, arriva en Gr√®ce un d√©luge qui fit p√©rir par l'inondation, la plupart des hommes, ainsi que leurs monuments litt√©raires. Les √Čgyptiens, profitant de cette circonstance, se sont appropri√© les connaissances astronomiques, et les Grecs dans l'ignorance des lettres, ne trouvant rien √† leur opposer, l'opinion pr√©valut que les √Čgyptiens avaient les premiers observ√© le cours des astres. Les Ath√©niens, quoiqu'ils eussent fond√© en √Čgypte la ville de Sa√Įs, rest√®rent dans la m√™me ignorance √† cause du d√©luge. Par suite de ces souvenirs effac√©s, on regarda, plusieurs g√©n√©rations apr√®s, Cadmus, fils d'Ag√©nor, comme ayant le premier apport√© les lettres de la Ph√©nicie en Gr√®ce; et les Grecs, en raison de leur ignorance, ne pass√®rent que pour avoir, par la suite, ajout√© √† ces lettres quelques perfectionnements (Biblioth√®que historique de Diodore de Sicile, 1865 - books.google.fr).

 

"Feu" : Conflagration

 

La "seira chrus√®" est employ√©e all√©goriquement pour la premi√®re fois par les Orphiques d√®s la fin de l'√©poque archa√Įque et symbolise chez eux les liens qui enchainent l'univers. Pour Platon, elle repr√©sente le soleil et aussi la colonne de lumi√®re provenant de cet astre ; pour les Sto√Įciens, d'apr√®s Eustathe, le soleil comme origine de la conflagration universelle. Dans ses Quaestiones Homericae, H√©raclite √©tend cette image du soleil aux orbites des plan√®tes. Aristote consid√®re que la chaine d'or repr√©sente le moteur immobile de l'univers. L'assimilation aux quatre √©l√©ments d'Emp√©docle est une interpr√©tation qu'on trouve chez Eustathe et chez un commentateur tardif d'H√©siode, et qui doit remonter √† une source sto√Įcienne. Enfin une derni√®re all√©gorie de la chaine d'or assimil√©e √† l'"eimarmm√©n√®", √† l'enchainement des causes, est donn√©e principalement par Aelius Aristide dans une oeuvre d'inspiration sto√Įcienne (L'Antiquit√© classique, Volume 30, 1961 - books.google.fr).

 

Apollon, si longtemps chant√© chez les Delphiens par les graves accents du p√©an, n'est-il pas le soleil glorieux et calme qui, sous le climat privil√©gi√© de la Gr√®ce, r√®gne tranquillement dans le ciel, des premiers jours du printemps jusqu'√† la fin de l'automne, tandis que Dionysos, dont le culte passionn√© et douloureux avait une moins longue dur√©e, est le soleil troubl√© et souffrant de la saison d'hiver ? Ce n'est cependant pas √† cette explication simple qu'avaient √©t√© conduits les Sto√Įciens : leurs doctrines physiques leur en fournissaient une autre, plus compliqu√©e. Si Apollon est honor√© √† Delphes pendant neuf mois et Dionysos pendant trois seulement, c'est, disaient-ils, pour la raison suivante : la dur√©e de l'"ekpur√īsis", de la p√©riode de conflagration o√Ļ le dieu √©ternel n'a qu'une forme unique, celle du feu (il est alors figur√© par Apollon), est √† la dur√©e de la "diakosm√®sis", de la division du dieu en quatre √©l√©ments (alors il s'appelle Dionysos), dans la proportion arithm√©tique de trois √† un (Paul Decharme, La critique des traditions religieuses chez les Grecs des origines au temps de Plutarque, 1904 - books.google.fr).

 

Lycie

 

LVI. Dans la suite des temps, les Telchines, pr√©voyant un d√©luge, quitt√®rent l'√ģle et se dispers√®rent. L'un d'eux, Lycus, vint en Lycie; il construisit, aux bords du fleuve Xanthus, le temple d'Apollon Lycien. Les autres p√©rirent au moment du d√©luge, dont les eaux couvraient toutes les campagnes de l'√ģle (Biblioth√®que historique de Diodore de Sicile, 1865 - books.google.fr).

 

Lycos

 

On rencontre ce m√™me symbolisme du loup dans un assez grand nombre de noms propres mythologiques. Ainsi, Lycos, fils de Pandion, fut, d'apr√®s H√©rodote, exil√© par son fr√®re √Čg√©e. Un des Telchines qui s'enfuirent de Rhodes √† l'approche du d√©luge s'appelait aussi Lycos, et Ovide nomme parmi les pirates tyrrh√©niens, qui voulurent enlever Dionysos, un certain Lycabas (marchant, errant comme un loup) qui √©tait exil√© de sa patrie. Une tradition beaucoup plus importante est celle qui concerne L√©to, la m√®re d'Apollon. Poursuivie par la jalousie de H√©ra, L√©to s'√©tait chang√©e en louve, lorsqu'elle errait √† la recherche d'un endroit o√Ļ elle p√Ľt mettre au monde son glorieux fils (Aristote, Histoire animale) (R. de Block, Le loup dans les mythologies de la Gr√®ce et de l'Italie anciennes, Revue de l'instruction publique en Belgique, Volume 20, 1877 - books.google.fr).

 

Latone

 

Latone, fille du titan C√©us, √©tait si parfaitement belle qu'elle captiva le cŇďur du ma√ģtre des dieux, et causa tant de d√©pit √† Junon que cette reine jalouse lui voua une haine √©ternelle, la bannit de l'Olympe, et fit promettre √† la Terre de ne lui accorder aucun lieu pour se reposer. Peu satisfaite de cette vengeance, elle envoya contre elle un serpent monstrueux nomm√© Python, qui la poursuivait partout et qui allait la d√©vorer, lorsque Neptune, d'un coup de son trident, fit sortir du milieu des flots et rendit stable D√©los, √ģle jusqu'alors cach√©e et flottante. Latone, que Jupiter venait de m√©tamorphoser en caille, s'y r√©fugia, y recouvra sa premi√®re forme, et mit au monde, √† l'ombre d'un palmier (d'autres disent d'un olivier), Apollon et Diane. Mais le calme dont elle jouissait √† D√©los ne fut pas de longue dur√©e : Junon d√©couvrit cette retraite, et Latone fut contrainte de s'enfuir. Elle erra longtemps en diverses contr√©es, et parcourut la plus grande partie de l'univers. Un jour qu'elle traversait la Lycie, elle arriva pr√®s d'un marais o√Ļ travaillaient quelques paysans. √Čpuis√©e de fatigue et de soif, elle leur demande de l'eau pour se d√©salt√©rer. ¬ęVous me sauverez la vie, dit-elle; venez √† mon aide !¬Ľ Mais les Lyciens, excit√©s par Junon, lui refusent ce l√©ger service, et troublent m√™me l'eau, en y jetant des pierres et des b√Ętons. Latone indign√©e invoque Jupiter, qui, pour punir ces inhumains, les change en grenouilles, animaux qui aiment et habitent la fange (Jean Humbert, Mythologie grecque et romaine ou Introduction facile et m√©thodique √† la lecture des po√®tes, 1847 - books.google.fr).

 

"ignares sceptres" : les Fortunes

 

Ast aliqui tibi dant regimen, Fortuna, vocantque

Te dominam rerum mortalia sceptra tenentem,

Instabilique rota versantem cuncta proterue;

Erexitque aras tibi quondam ignara vetustas,

Et cecidit votiua tuis saepe hostia sacris

 

Mais quelques-uns t'attribuent la direction, Fortune, et t'appellent la ma√ģtresse des √©v√©nements, celle qui tient le sceptre mortel et fait tout tourner impudemment sur sa roue instable. L'antiquit√© ignorante t'a jadis √©lev√© des autels, une victime votive souvent fut sacrifi√©e en ton honneur (Marcello Palingenio Stellato, Le zodiaque de la vie (Zodiacus vitae): XII livres, traduit par Jacques Chomarat, 1996 - books.google.fr).

 

Pier-Angelo Manzolli, di Stellata, ou, par anagramme de son nom Marcellus Palingenius Stellatus (n√© √† La Stellata, pr√®s de Ferrare entre 1500 et 1503 et mort en ce m√™me lieu vers 1543), dit aussi Marcello Stellato, est un m√©decin, po√®te et philosophe italien de la Renaissance dont la seule Ňďuvre connue est un po√®me latin en douze livres du nom de Zodiacus Vitae (fr.wikipedia.org - Pier Angelo Manzolli).

 

caecus : ignarus, ignoratus (Marci Aennaei Lucani Pharsalia, Tome 2, 1829 - books.google.fr).

 

Ne croyez pas, Mes Fr√©res, que tous ces dif√©rens & √©tranges √©venemens que vous remarquez de tems en tems sur la terre, que ces d√©solatians que l'on y void tant√īt dans un lieu, tant√īt dans un autre, que les ravages de la guerre, de la peste, ou de la famine, soient les effets du hazard & l'ouvrage d'une fortune aveugle (Michel de Turretti, La voix des jugemens de Dieu, Mich. 6,9, 1685 - books.google.fr).

 

On doit remarquer la subdivision de la Fortune g√©n√©rale en d'autres plus particuli√®res. D'apr√®s les textes comme le Discours sur la couronne de D√©mosth√®ne, il semble que l'on croyait d'abord √† une Fortune commune √† tous les hommes indistinctement; puis √† d'autres d'un pouvoir plus born√© dont l'action pr√©sidait seulement au sort des diff√©rents peuples; enfin chaque individu avait sa Fortune propre sp√©cialement charg√©e de sa destin√©e. On peut se demander si toutes ces Fortunes √©taient bien distinctes les unes des autres, si les Fortunes des cit√©s ou les Fortunes personnelles √©taient regard√©es r√©ellement comme des √™tres, des divinit√©s diff√©rentes, en nombre infini, ou bien si ce n'√©tait pas l√† tout simplement une mani√®re d'envisager l'id√©e m√™me de la Fortune, une fa√ßon de parler pour exprimer la destin√©e sp√©ciale que la Fortune en g√©n√©ral faisait √† chaque ville et √† chaque particulier. Il n'y aurait eu ainsi qu'une d√©esse Fortune, souveraine ma√ģtresse de toutes choses, dont la Fortune d'Ath√®nes, la Fortune de Philippe, la Fortune de D√©mosth√®ne, etc., n'auraient √©t√© que des manifestation restreintes. Il est certain que cette interpr√©tation simplifierait les choses. Mais il ne nous semble pas possible de l'admettre. Les Fortunes des cit√©s et des particuliers √©taient bien consid√©r√©es comme distinctes de la Fortune en g√©n√©ral, et distinctes entre elles (Fernand All√®gre, √Čtude sur la d√©esse grecque Tych√©: sa signification religieuse et morale, son culte et ses repr√©sentations figur√©es, 1889 - books.google.fr).

 

Lien avec le quatrain I, 16

 

Le quatrain est ainsi comment√©s (n ¬į 298) : "c'est √† dire Lors que Saturne (qu'il (Nostradamus) entend par la Faux) se trouvera au signe de son exaltation, la Balance qu'est es ann√©es de 1569 & 70 & son auge en Sagittaire qu'a est√© 1574 & 75 & au signe du Verseau (qu'il appelle Estang) qu'est ceste ann√©e 1580 & quelques suivants". Les donn√©es astronomiques de Chavigny sont justes : Saturne est en Balance ( Auge ) en 1569-70, il traverse effectivement le signe du Sagittaire en 1574-75. Il y √©tait de fait entr√© fin 1573 et il s√©journe dans le Verseau (estang) en 1580. Nous ne le suivrons pas dans son commentaire du quatrain (voir Livre I) mais nous notons que Chavigny relie l'estang au signe du Verseau et il nous appara√ģt que la lecture "estaing" au lieu d'"estang", que Giffr√© de Rechac avait propos√©e dans le manuscrit de l'Eclaircissement retrouv√© aux Archives de France (c 1656), n'est pas recevable. Ce quatrain √† la faux fera l'objet de nombreux commentaires, comme dans un texte nostradamique sur l'√ģle de Canadas. Or √† la fin de l'an 1603, √† la mi-D√©cembre, la conjonction des deux plan√®tes les plus √©loign√©es alors du Soleil et de la Terre, allait avoir lieu en Sagittaire, √† 8 ¬į de ce signe (Jacques Halbronn, Le texte proph√©tique en France : formation et fortune, Tome 3, 1999 - books.google.fr).

 

Le terme "estang" se trouve dans le quatrain I, 16 et dans Les Fantastiques batailles des grans roys Rodilardus et Croacus, attribuées à Rabelais, au sujet de Latone.

 

On dit que jadis cheminant, le souverain des Dieux po√ętiques, Jupiter, aupr√®s d'un estang, de loing apper√ßeut √† l'autre l√©s, la jeune d√©esse Latona, de laquelle subit, selon sa coustume, devint amoureux, pour l'excessive formosit√© qu'en resplendissoit. De fait, tant pourchassa il, qu'il la congneust, et la d√©laissa enceinte de deux beaux petits enfans, desquels l'un fut Phebus, et l'autre Pheb√©, autrement ditte Diane, laquelle depuis devint grande chasseresse. Quand Latona fut d'iceux enceinte, Junon,femme dudit Jupiter, le s√ßeut. Parquoy, pour s'en venger, tant la pers√©cuta par toutes terres, et tant la destreignit, qu'√† peine eut elle tant de repos et place en tout le monde, ou enfanter peust, ne soy d√©livrer √† terme. En vain languissoit et travailloit Juno, qui les enfans vouloit destruire avec la m√®re; car Delos, isle erratique, re√ßeut la povre d√©sol√©e Latona en son hostel √† qui qu'il en depleut. Combien qu'en ce lieu ne print d'aise et repos Latona, fors tant que de sa ventr√©e fut d√©livr√©e. Apr√®s ce, pour le doute de son ennemie, qui ainsi la chassoit, s'en alla au palais de Libie, portant ses deux enfans entre ses bras.

 

Rien n'est plus rare que ce petit volume, quoiqu'il ait √©t√© r√©imprim√© au moins sept fois. La Biblioth√®que Imp√©riale n'en poss√®de aucune √©dition; la Biblioth√®que de l'Arsenal, si riche en curiosit√©s litt√©raires du XVIe si√®cle, n'a que l'√©dition de Lyon, Benoist Rigaud, 1559, in-16. Nous avons lieu de croire que les autres biblioth√®ques publiques de Paris ne sont pas mieux partag√©es √† cet √©gard que la Biblioth√®que Imp√©riale. La premi√®re √©dition : Les Fantastiques batailles des grans roys Rodilardus et Croacus, translat√© de latin en fran√ßois. Imprim√© nouvellement, 1534. On les vend √† Lyon, en la maison de Fran√ßois Juste, in-8¬į, goth., de 78 feuillets.

 

L'opuscule latin de Calentius, dont cet ouvrage est la traduction ou plut√īt l'imitation, a √©t√© souvent r√©imprim√© dans la premi√®re moiti√© du XVIe si√®cle, sous le titre de : De bello ranarum et murium libri III, √† Strasbourg, en 1511 et 1512; √† B√Ęle, en 1517; √† Anvers, en 1545, etc.; mais il n'en est pas moins inconnu, malgr√© son m√©rite. On l'a tout-√†-fait oubli√©; quand on ne l'a pas confondu avec la Batrachomyomachie d'Hom√®re, les critiques l'ont laiss√© de c√īt√©, comme peu digne d'attirer leur attention.

 

Quiconque sait par cŇďur le Gargantua et le Pantagruel reconna√ģtra, dans les Fantastiques batailles, le style et la langue du ma√ģtre. C'est l√†, ce nous semble, la meilleure preuve et la plus incontestable qu'on puisse invoquer. Qu'est-ce qui √©crivait comme Rabelais, en 1534, √† l'√©poque m√™me o√Ļ parurent les deux premiers livres des immortelles Chroniques, publi√©es sous le nom d'Alcofribas Nasier. Nous ne voyons que abelais qui ait pu translater ainsi en fran√ßais le po√®me hom√©rique d'Elisius Calentius (La bataille fantastique des roys Rodilardus et Croacus, 1867 - books.google.fr).

 

Latone fatigu√©e d'une longue marche, & encore plus du poids de ses deux enfans, qu'elle portoit entre ses bras, arriva pr√®s d'un √©tang, o√Ļ elle voulut se d√©salt√©rer. Quelques Paysans qui y travailloient l'ayant repouss√©e, & ayant troubl√© l'eau pour l'emp√™cher de boire, la D√©esse indign√©e les changea en Grenouilles par l'entremise de Jupiter (Ovide, Les M√©tamorphoses, en latin et en Francois, de la traduction de Banier avec des explications historiques, 1768 - books.google.fr).

 

"Latone" : laiton

 

Pour "laiton" Du Cange donne : lato, laton, latonia, latonus, leto, letonus, leton, lotonnus, lottonus (E. Blanc, Inventaire du mobilier de la cathédrale de Vence, Revue des sociétés savantes de la France et de l'étranger, 1882 - books.google.fr).

 

Laiton : Litt√©ralement, alliage de cuivre, de zinc, appel√© √©galement cuivre jaune. On y ajoute parfois d'autres m√©taux (fer, plomb, aluminium, etc.) En alchimie, √©tat noir de la mati√®re du Grand Ňíuvre, lors de sa putr√©faction (www.lesamisdhermes.com).

 

Blanchir le laiton, c'est faire passer du noir au blanc. Latone est la mère d'Apollon et de Diane. Son nom signifie en grec l'oubliée. C'est cette oubliée, tombée dans le compost (ou dans l'oubli) qu'il faut blanchir (Léon Gineste, L'Alchimie expliquée par son langage, Dervy, 2001, p. 199).

 

La Biblioth√®que de l'Arsenal conserve un trait√© intitul√© Praetiosissimum donum dei. Il s'agit de la copie d'une Ňďuvre con√ßue par Georges Anrach de Strasbourg en 1473. Il contient douze vases habit√©s qui sont pos√©s parmi les arbres et les fleurs. Le premier sous la l√©gende natura medicinae montre les √©poux royaux √† l'ext√©rieur du vase. On les d√©couvre ensuite √† l'int√©rieur sous la l√©gende Solutio, puis ils s'accouplent pour illustrer la solutio perfecto. Le quatri√®me vase les montre accoupl√©s mais se d√©composant pour illustrer la putrefactio. La nigredo transparens est symbolis√©e par un vase peint en noir. Le vase de la sixi√®me illustration, caput corvi, contient trois serpents rouges dans un liquide noir. Sous le titre ortus elixir appara√ģt un jeune gar√ßon; sous celui de dealbatio, un dragon rouge et vert. Le neuvi√®me vase qui contient des bulles color√©es sur fond noir est intitul√© domus tenebrosa. Une grande fleur s'√©panouit dans le vase suivant, illustrant la cinis cinerum. La onzi√®me illustration repr√©sente l'enfant de la philosophie sous la l√©gende Rosa rubea. Le dernier vase renferme enfin une femme agenouill√©e et couronn√©e, la Rosa alba. Ces suites de vases habit√©s forment un des secteurs importants de l'iconographie alchimique. Ils apparaissent comme les foyers de gestation de toutes les op√©rations de l'Ňďuvre. Ils sont tour √† tour les matrices dont d√©pend l'heureux d√©veloppement des exp√©riences et de v√©ritables coques cervicales o√Ļ bouillonnent les r√™ves des adeptes. Durant leurs longues nuits de veille aupr√®s des fourneaux, ceux-ci se plurent √† animer d'une vie √©trange les produits qui reposaient dans les matras et choisirent ceux-ci comme r√©ceptacles de leurs d√©votions. Le vase √©tait √† la fois l'Ňďuf cosmique contenant tous les ferments de g√©n√©ration, leur √Ęme o√Ļ se d√©roulaient de constants perfectionnements et le vaisseau de leurs espoirs (Jacques van Lennep, Art & alchimie: √Čtude de l'iconographie herm√©tique et de ses influences, 1971 - books.google.fr).

 

Art√©mis et Apollon, la Lune (g√©n√©ration) et le Soleil (r√©g√©n√©ration), origine et fin de toutes choses, t√©moignent des grands principes de divisibilit√© et d'indivisibilit√©, de s√©paration et de conjonction, qui gouvernent le monde selon les n√©oplatoniciens, principes √† l'Ňďuvre dans les transmutations et les cycles de m√©tamorphose des √©l√©ments, dont les combinaisons forment le devenir (G√©rard Desnoyers, Villa d'Este √† Tivoli ou Le songe d'Hippolyte : Un r√™ve d'mmortalit√© h√©liaque, 2015 - books.google.fr).

 

Acrostiche : LAFQ

 

La coordonnabilit√© parfaite qui caract√©rise les coordinations acceptables est celle o√Ļ les phrases coordonn√©es atteignent le maximum de compatibilit√© s√©mantique. Al-Sakkaki r√©sume cette id√©e lorsqu'il affirme : "Plus les points communs [entre les deux phrases coordonn√©es] nombreux et manifestes, plus leur coordination atteint √† l'acceptabilit√©". Le sens de l'un des deux conjoints doit √™tre par rapport au sens de l'autre comme l'est le pan d'un v√™tement (lafq : ourler, surfiler), selon l'expression d'al-Gurgani, par rapport au reste du v√™tement (Abdeljabbar Ben Gharbia, La coordination dans la tradition grammaticale arabe, Arabica: revue d'√©tudes arabes, Volume 50, 2003 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Abd al-Qahir Al-Jurjani).

 

L'homme qui re√ßoit une femme dans sa couche est dit "√©tendre son pan ou son manteau sur elle", usage dont la reminiscence s'est conserv√©e dans nos c√©r√©monies nupliales. V. √Čz. XVI, 8; Ruth , III, 9 (Lazare Eliezer Wogue, Le Pentateuque, Tome 5 : Deut√©ronome, 1869 - books.google.fr).

 

Dans des structures synd√©tiques de base de la langue arabe, telles que : (jalastu wa jalasati ssayidatu warda) (Gibran Khalil Gibran, 1949 : 112), la coordination par waw exprime la simultan√©it√© mais surtout l'ind√©pendance des deux actions r√©gies par deux acteurs s√©par√©s (Moi par rapport √† Warda). Dans ce cas simple, le waw peut √™tre traduit par la copule de coordination "et" du fran√ßais pour donner une traduction telle que : ¬ęNous nous sommes assis Madame Warda et moi¬Ľ (Farouk Boulhadiba, Traduction et structures synd√©tiques en arabe : le cas de la particule "waw", Mod√©lisation, syst√©mique, traductibilit√©, 2003 - books.google.fr).

 

"cycle", "siècle" : génération

 

Saeculum est spatium vitae humanae longissimum partu et morte definitum. Quare qui annos triginta saeculum putarunt multum videntur errasse. Hoc enim tempus genean vocari Heraclitus auctor est, quia orbis aetatis in eo sit spatio; orbem autem vocat aetatis, dum natura ab sementi humana ad sementim revertitur (Censorinus, De die natali 17.2)

 

Un si√®cle est la plus longue dur√©e de la vie humaine, comprise entre la naissance et la mort; donc ceux qui ont pens√© qu'un si√®cle durait trente ans paraissent s'√™tre largement tromp√©s. C'est H√©raclite qui a donn√© √† cet espace de temps le nom de g√©n√©ration, parce que cet espace de temps comprend un cycle de vie humaine; il l'appelle ‚Äúcycle de vie‚ÄĚ parce que c'est le temps que met la semence humaine pour produire une autre semence) (Jean-Baptiste Bonnard, Le complexe de Zeus : Repr√©sentations de la paternit√© en Gr√®ce ancienne, 2019 - books.google.fr).

 

La p√©riode de temps de trente ans, temps moyen au bout duquel un p√®re voit son fils devenir p√®re, dit Demetrios, ¬ęest appel√© genea, "g√©n√©ration", comme le veut H√©raclite, parce que le cycle de la vie (orbis aetatis) est, √† son avis, compris dans ce laps de temps; or il parle de "cycle de la vie" lorsque la "nature", √† partir de l'ensemencement d'un homme, revient √† l'ensemencement (ab sementi humana ad sementim)¬Ľ - √† l'ensemencement effectif, et non √† la ¬ępossibilit√© de redonner cette m√™me semence¬Ľ, comme traduit G. Rocca-Serra (traduction du De die natali, Vrin, 1980, p. 23) (Marcel Conche, Fragments d'H√©raclite d'Eph√®se, 1936 - books.google.fr).

 

Et cette fecondit√© du Palmier donna naissance √† la fable de l'enfantement de Latone, dont par le secours & aide du Palmier qu'elle embrassa, elle se deliura heureufement d'Apollon & de Diane, ainsi qu'il se void dans Callimaque; Theognis au commencement de son beau po√ęme; Nonnus liu. 27. & les autres; √† l'imitation de laquelle chose estim√©e estre arriu√©e √† Dele par les anciens, il arriua que les femmes Payennes de l'antiquit√© auoient de coustume d'embrasser, ou vne palme, ou autre chose, lors qu'elles sentoient les premieres tranch√©es de l'accouchement (ce dit le docte Scholiaste d'Apollonius Rhed.) les anciens estimans que le mesmne arbre qui seruoit de symbole de fecondit√©, auoit aussi l'efficace d'appaiser les douleurs de l'enfantement. Et ie croy que de la mesme source est partie l'histoire fabuleuse de la naissance de nostre Sauueur, engendr√© par Marie sŇďur de Moyse aupres d'vn Palmier, que les Mahometans ou Sarrazins tenoient pour vraye histoire, & fidele tradition, ainsi que ie l'apprends d'Euthymius Zigabenus en sa refutation des dogmes Isma√ęlitiques. Or auec ce qui regarde le particulier de la Palme, les seuls rameaux d'arbres seruoient pour exprimer l'engeance & generation des hommes, & les arbres mesmes pour les meres (J. P. Couzini√©, Dictionnaire de la langue romano-castraise et des contr√©es limitrophes, 1850 - books.google.fr).

 

Orion

 

Le Scorpion menaçait les jours de Latone qui était enceinte et portait Diane et Apollon (la lune et le soleil) en son sein. Orion tenta de s'interposer pour la défendre mais le Scorpion eut le dessus et blessa Orion mortellement au pied. La déesse alors, pour récompenser son défenseur, le transforma en constellation. C'est la raison pour laquelle il fuit perpétuellement le Scorpion dans le firmament.

 

S'il est un signe zodiacal qui se rapproche d'Orion, c'est bien le Sagittaire. Isidore de S√©ville signale l'apparition d'Orion en p√©riode hivernale : c'est la constellation qui apporte les temp√™tes et les perturbations atmosph√©riques (Philippe Walter, Orion et Tristan ou la s√©mantique des √©toiles, La soleil, la lune et les √©toiles au Moyen √āge, 1983 - books.google.fr).

 

Cf. la gr√™le dans le quatrain X, 67 avec son interpr√©tation mythologique o√Ļ intervient Orion, ainsi que le quatrain I, 66 - 1606.

 

Typlogie

 

Les "cercles de Latone" se trouvent dans une tragédie de Pierre Mathieu, La Guisiade qui s'adresse à Henri III :

 

Pour faire rayonner vostre belle Couronne,

Outre le grand baudrier des cercles de Latone,

Pour joindre à vostre honneur le devoir & la Loi,

Pour descharger le peuple, & maintenir la Foi.

 

Ce Vers veut dire, au-delà de la Zone Torride, qui sert proprement de demeure ou de promenade au Soleil reputé fils de Latone (Pierre de l'Etoile, Journal de Henri III et de Henri IV: ou mémoires pour servir à l'histoire de France. 3, 1744 - books.google.fr).

 

Pierre Mathieu, ancien guisard, devint Royaliste et approcha Henri IV, bien qu'il trait√Ęt ce dernier d'Apostat dans cette trag√©die.

 

Les Valois-Angoul√™me avaient toujours encourag√© les artistes, Fran√ßois Ier instituant le Coll√®ge des lecteurs royaux, Henri II patronnant la Pl√©√Įade, Charles IX cr√©ant l‚ÄôAcad√©mie royale de musique et de po√©sie et Henri III l‚ÄôAcad√©mie du Palais. En revanche ¬ę Henri IV n‚Äôest gu√®re f√©ru des choses de l‚Äôesprit non plus que de f√™tes curiales ; il ne joue pas, en ce domaine, le r√īle initiateur du m√©c√®ne [1]. ¬Ľ (¬ę La grande perte las que feront les letres ¬Ľ).

 

Cette "perte" avec Henri IV pourrait √™tre un √©cho de critiques de personnalit√©s savantes qui pourraient avoir des liens avec les auteurs des Centuries, dans l'hypoth√®se o√Ļ elles seraient antidat√©es.

 

¬ęHenri IV, disait Scaliger, ne saurait faire deux choses : tenir gravit√© et lire.¬Ľ Le reproche est injuste. Il tendrait √† faire croire √† l'absence chez Henri IV de toute vie intellectuelle. Il n'en est rien. Si d√©cousue qu'ait √©t√©, nous l'avons vu, son √©ducation et bien quesa vie aventureuse ne luiaitgu√®re permisde la d√©velopper beaucoup, Henri IV √©tait naturellement trop sup√©rieurement dou√©, sa correspondance le prouve assez pour ne pas s'int√©resser aux lettres et leur r√©server quelques uns de quelques uns de ses loisirs. Soit dans sa chambre et souvent au lit, soit dans le ¬ęCabinet des livres¬Ľ qu'il a fait am√©nager au Louvre et o√Ļ il a fait transporter une partie de la biblioth√®que de Catherine de M√©dicis, il lit ou se faite lire soit de vieux livres, comme Amadis, soit des nouveaut√©s comme la premi√®re partie de l'Astr√©e, le Th√©√Ętre d'agriculture, d'Olivier de Serres,ou enfin les pamphlets, libelles, ¬ędiscours¬Ľ qui circulent √† Paris : le Soldat fran√ßais, l'Isle des Hermaphrodites, etc. qui le renseignent sur l'esprit public, ou l'amusent. Et sans doute, comme on l'a dit, il n'est ni un Auguste, ni un M√©c√®ne. Pourtant, la protection et les encouragements accord√©s par lui √† un po√®te comme Malherbe, √† un historien comme de Thou, √† un √©rudit comme Casaubon prouvent au moins la haute conception qu'il s'est faite de ¬ęla culture des lettres en un Estat bien r√©gl√©¬Ľ (Pierre de Vaissi√®re, Henri IV, 2013 - books.google.fr).

 

Ce Scaliger est le fils de la connaissance agenoise de Nostradamus Jules César Scaliger.

 

Henri IV n'√©tait ni m√©c√®ne, ni amateur √©clair√© √† la mani√®re de Fran√ßois Ier. Il n'√©tait pas √©pris de grandeur comme le sera Louis XIV. Il n'est pas un raffin√© et il n'est ni fastueux, ni glouton. Mais il a le sens de la fonction royale et la volont√© de renouer d'une certaine fa√ßon, avec la politique culturelle des Valois. Il comprend combien l'art ajoute de prestige √† l'√©clat d'un grand royaume. Dans une France affaiblie par la guerre il entend restaurer la paix et ce charme de l'existence dont l'art fait aussi partie. Il se veut le d'une grande civilisation que c√©l√©breront les artistes et dont les autres nations envieront le rayonnement (Henri IV et la reconstruction du royaume: Mus√©e national du Ch√Ęteau de Pau, juin-octobre 1989 ; Archives nationales, H√ītel de Rohan, novembre 1989-f√©vrier 1990, 1989 - books.google.fr).

 

L'Albane

 

L'Albane (Francesco Albani, dit) Bologne, 1578 - 1660 Latone et les paysans lyciens Toile. H. 72 ; L. 57 cm Dole, Mus√©e des Beaux-Arts Francesco Albani entra tr√®s jeune dans l'atelier bolonais des fr√®res Carrache, la fameuse Academia degli incamminati. Tr√®s rapidement ils l'associ√®rent √† leurs travaux, notamment aux d√©cors d'√©glises et de palais romains (√©glise Saint-Jacques-des-Espagnols, abside Sainte-Marie-de-la-Paix, galerie Farn√®se, Palais Mattei et Vespori). Ce qui lui valut rapidement une solide r√©putation et les faveurs du duc de Mantoue qui le chargea de r√©aliser des peintures mythologiques pour d√©corer son palais, la villa Favorite dont une s√©rie est aujourd'hui conserv√©e au Louvre, Histoires de V√©nus et de Diane. Surnomm√© de son temps "Le Peintre des Gr√Ęces", √† cause du caract√®re charmant de sa peinture, il est surtout connu pour ses Ňďuvres religieuses (Bapt√™me du Christ, Pinacoth√®que de Bologne, La Sainte Famille, Mus√©e de Dijon, Sim√©on et l'enfant J√©sus, Mus√©e de Cherbourg, La Vierge visit√©e par les anges pendant la fuite en Egypte, Mus√©e national du ch√Ęteau de Fontainebleau) et ses composition mythologiques (Le triomphe de Cyb√®le avec les quatre saisons, Mus√©e d√©partemental d'Epinal) qui connurent un √©norme succ√®s au XVIIIe si√®cle. L'Ňďuvre du Mus√©e de Dole est √† replacer dans cette production, et √† dater selon Van Schaack des premi√®res ann√©es romaines vers 1603. A.D. Albani a choisi d'illuster dans cette peinture mythologique le passage des M√©tamorphoses d'Ovide (livre VI) qui raconte l'arriv√©e de Latone sur le territoire de la Lycie, alors que, ma√ģtresse du dieu des dieux et m√®re de deux enfants jumeaux, elle est pourchass√©e par Junon. Albani a install√© son personnage principal comme une actrice dans une mise en sc√®ne : Latone assise sur un l√©ger monticule occupe le centre de la composition et son visage se situe sur l'axe de sym√©trie du tableau, l√©g√®rement plus haut que le point central. Aucun des autres protagonistes n'arrive √† sa hauteur, le peintre a ainsi d√©marqu√© les diff√©rents personnages en insistant sur la condition divine de Latone. Le tableau peut-√™tre d√©compos√© en trois zones horizontales √©gales : chacun de ces trois plans relate un moment pr√©cis du r√©cit : ainsi le premier plan illustre la m√©tamorphose des paysans en grenouilles, le deuxi√®me, l'instant o√Ļ Latone invoque la gr√Ęce divine, tandis que la zone sup√©rieure repr√©sente les cieux, domaine des dieux, que la main de la d√©esse ne parvient pas √† atteindre. Toute l'action et la puissance intangible et magique du pouvoir c√©leste sont concentr√©es dans le jeu de mains lev√©es parall√®les de Latone, qui s'adresse au ciel, et du paysan compl√®tement m√©tamorphos√©, qui re√ßoit la punition divine. Le tiers sup√©rieur du tableau sert √©galement √† camper le d√©cor. La masse sombre du feuillage des arbres se d√©coupe en fort contraste sur un ciel lumineux, cr√©ant un clair-obscur dramatique qui laisse pr√©sager de la tension qui r√®gne dans le reste de la sc√®ne et qui semble √™tre la mat√©rialisation de la col√®re des dieux (Du mani√©risme au baroque: art d'√©lite et art populaire, Printemps baroque de Chamb√©ry, 1995 - books.google.fr).

 

Le TABLEAU fut d√©crit en 1709 avec un format rond (D. 0,84), mais Le Brun l'avait inventori√© en 1683 comme √©tant en largeur (0,81 x 0,66). Puglisi (1983) a justement remarqu√© qu'il avait √©t√© mis en rond pour en faire un pendant √† un autre tableau de l'Albane repr√©sentant Adam et √ąve chass√©s du Paradis terrestre, aujourd'hui conserv√© au mus√©e Fabre de Montpellier (0,66 x 0,50; autrefois un tableau rond, sur bois). Ces modifications de format sont sans doute en partie responsables de l'√©tat de pr√©sentation actuellement un peu d√©cevant de ce tableau, que l'Inventaire Napol√©on qualifiait d√©j√† de ¬ętr√®s fatigu√©¬Ľ : Magnin (1920) l'estimait une copie et, plus r√©cemment, Brejon de Lavergn√©e et Thi√©baut (1981) y reconnaissaient une imitation fran√ßaise de l'Albane peinte au XVIIe si√®cle. Volpe (1962) a propos√© de le situer vers 1598, mais Van Schaack (1969) puis Puglisi ont recul√© cette datation au tout d√©but de la p√©riode romaine de l'Albane, vers 1602- 1603. Tout en remarquant que les musculatures exag√©r√©es des personnages sont tr√®s proches de celles des fresques du palais Fava √† Bologne, Schaack relevait que la figure de l'homme agenouill√© √† droite √©tait une reprise de l'Atlas peint par Annibal Carrache √† la vo√Ľte du Camerino Farn√®se, Puglisi notant qu'il s'agissait du premier th√®me ovidien peint par l'Albane (Ovide, M√©tamorphoses, VI, 314-381) : m√®re de Diane et d'Apollon, Latone avait fui en Lycie; lorsque des paysans l'emp√™ch√®rent de boire √† leur √©tang, elle les transforma en grenouilles. Pour la fortune critique de cette Ňďuvre, Francastel (1930) a observ√© que la Latone avait sans doute inspir√© aux fr√®res Balthazar et Gaspard Marsy celle du groupe du Bassin de Latone dans les jardins de Versailles. Cette observation a √©t√© Cette observation a √©t√© reprise par Hedin (1983), mais Rosasco (1989) a signal√© une estampe d'apr√®s Elsheimer qui pourrait tout aussi bien avoir inspir√© la disposition de ce groupe (St√©phane Loire, √Čcole italienne, XVIIe si√®cle, Volume 1 Catalogue (Mus√©e du Louvre. D√©partement des peintures), 1996 - books.google.fr, fr.wikipedia.org - Latone et les paysans lyciens).

 

Appartenance : La Feuille; vendu √† Louis XIV, 1671; chambre du billard √† Versailles en 1695; petit appartement du Roi √† Versailles, 1709-1710; expos√© au Mus√©e royal √† partir de 1830; d√©p√īt du Louvre au mus√©e de Dole, 1872 (www.pop.culture.gouv.fr).

 

Reine Elisabeth Ière

 

La sant√© de la reine resta stable jusqu'√† l'automne 1602 lorsqu'une s√©rie de d√©c√®s parmi ses amis la plongea dans une profonde d√©pression. En f√©vrier 1603, la mort de Catherine Howard, sa dame de compagnie depuis 45 ans, et celle de la ni√®ce de sa cousine Catherine Carey, furent un choc particuli√®rement dur. En mars, √Člisabeth Ire tomba malade et resta dans une ¬ęm√©lancolie profonde et inamovible¬Ľ. La reine mourut le 24 mars 1603 au palais de Richmond, apr√®s 44 ans de r√®gne, entre deux et trois heures du matin, √† l'√Ęge de 69 ans. Quelques heures plus tard, Cecil et le conseil mirent leurs plans en application et proclam√®rent Jacques VI d'√Čcosse roi d'Angleterre (fr.wikipedia.org - Elisabeth I√®re (reine d'Angleterre)).

 

The rebellion of the Northern Earls in 1569 was the first in a series of Catholic plots which attempted to replace Queen Elizabeth with her cousin, Mary, Queen of Scots (R. Paul Evans, WJEC Eduqas GCSE History: The Elizabethan Age, 1558-1603, 2016 - books.google.fr).

 

Because of Edmund Spenser's positive identification of Queen Elizabeth with the Faerie Queene as well as with Belphoebe and others in The Faerie Queene, the audiences of A Midsummer Night's Dream in 1594-1595 and probably Elizabeth herself would be ready to see in Titania, Queen of the Fairies, a second allusion to the Queen of England (Marion Ansel Taylor, Bottom, Thou Art Translated: Political Allegory in A Midsummer Night's Dream and Related Literature, 1973 - books.google.fr).

 

C'est sous le r√®gne d'√Člisabeth qu'arriva jusqu'en Angleterre la Renaissance. Il n'y a pas de p√©riode litt√©raire plus brillante que le temps o√Ļ elle domina l'Angleterre. Spenser y repr√©sente le po√®te lyrique, qui sait chanter la beaut√© tout en montrant la sup√©riorit√© de la morale. Enfin, la litt√©rature anglaise connut trois g√©n√©rations d'auteurs dramatiques, dont la derni√®re v√©cut sous Jacques Ier (L√©on Lemonnier, La vie quotidienne en Angleterre sous √Člisabeth, 1950 - books.google.fr).

 

Titania est utilisé par Ovide (Métamorphoses, III, 173) comme nom ou épithète de Diane, et à deux autres endroits, pour Latone ou Circé (Mathias Lehn, Le Personnage de Puck: Du modèle shakespearien à l’opéra contemporain (Britten, Vreuls, Delannoy, Gerber), 2012 - books.google.fr).

 

Accessit, positoque genu Titania terram / Pressit, ut hauriret gelidos potura liquores (La fille de C√©us approche, plie un genou et se penche sur la rive pour se d√©salt√©rer dans l'onde fra√ģche) (Ovide, Oeuvres Compl√®tes, Avec la traduction en fran√ßais, 1850 - books.google.fr).

 

For so Acteon, by presuming far,

Did, to our grief, incur a fatal doom;

And so swoln Niobe, comparing more

Than he presumed, was trophæed into stone (Cynthia's Revels) (Adolphus William Ward, The origin of the English drama. The beginnings of the English regular drama. Shakespere's predecessors, Shakspere, Ben Jonson, Tome 1, 1875 - books.google.fr).

 

Laissant de c√īt√© le passage relatif √† la ¬ęsuperbe Niob√©¬Ľ, car la mort de Marie Stuart √©tait d√©j√† une tr√®s ancienne histoire, il faut consid√©rer ce morceau comme une apologie d Elizabeth pour le s√©v√®re ch√Ętiment dont l'ancien favori venait d'√™tre l'objet (Maurice Castelain, Ben Jonson, Tome 2 : l'homme et l'oeuvre (1572-1637), 1907 - books.google.fr).

 

Niob√© est la reine l√©gendaire de Phrygie, fille de Tantale et de Dion√© (ou Euryanassa, Eurythemista, Clytia); elle est l'√©pouse d'Amphion dont elle eut quatorze enfants (sept fils et sept filles), les niobides; dans certaines l√©gendes elle n'aurait eu que douze enfants. Le jour de la f√™te de la titanide L√©to (Latone chez les Romains), tr√®s fi√®re de sa f√©condit√© et orgueilleuse comme son p√®re, elle eut l'insolence de se comparer √† la d√©esse et de se vanter de lui √™tre sup√©rieure, parce que celle-ci n'avait eu que deux enfants : Apollon et Art√©mis. La d√©esse, irrit√©e, chargea de sa vengeance ses enfants eux-m√™mes. Apollon et Art√©mis tu√®rent √† coups de fl√®ches tous les enfants de Niob√©, sur le mont Sipyle, en Phrygie. A la vue de ses enfants morts, Amphion se suicida (ou fut tu√© par Apollon). La douleur de Niob√© fut si grande que Zeus, exau√ßant ses vŇďux, la changea en rocher d'o√Ļ jaillissait une source aliment√©e par ses larmes abondantes. Pendant neuf jours les corps des enfants furent laiss√©s sans s√©pulture. Au dixi√®me jour, les dieux les enterr√®rent eux-m√™mes (mythologica.fr).

 

Art√©mis et Act√©on, image de d√©membrement, sont symbole de l'Ňďuvre au noir, de la putr√©faction qui conduit √† la s√©paration des √©l√©ments : la separatio alchimiste (G√©rard Desnoyers, Villa d'Este √† Tivoli ou Le songe d'Hippolyte : Un r√™ve d'mmortalit√© h√©liaque, 2015 - books.google.fr).

 

In the first of his Hymnes of Astr√¶a (1599), entitled ‚ÄúOf Astr√¶a,‚ÄĚ Davies again uses alchemy metaphorically in the manner of Shakespeare. The image of transmutation concludes his tribute to Queen Elizabeth, combining the idea of her capacity to refine the crudity of her age with the myth of the return of the Golden Age

 

Rudeness itselfe she doth refine

Even like an Alchymist divine,

Grosse times of iron turning

Into the purest forme of gold :

Not to corrupt, till heaven waxe old,

And be refin'd with burning (Stanton J. Linden, Darke Hierogliphicks: Alchemy in English Literature from Chaucer to the Restoration, 1996 - books.google.fr).

 

Comment Jupiter a-t-il pour maitresses tant de Titanides (Latone, Ma√Įa, Astr√©e, les trois Atlantides) apr√®s avoir pr√©cipit√© toute la famille des Titans dans le Tartare (Biographie universelle, ancienne et moderne, Tome 54, 1832 - books.google.fr).

 



[1] Janine Garisson, ¬ę Les derniers Valois ¬Ľ, Fayard, 2001, p. 194

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