Guerre de succession du Portugal
Guerre de succession du Portugal

 

I, 35

 

1583

 

Le lyon jeune le vieux surmontera,

En champ bellique par singulier duelle,

Dans cage d’or les yeux luy crèvera,

Deux classes une, puis mourir, mort cruelle.

 

Les deux yeux du littoral

 

Alors que ce quatrain fut considéré par beaucoup comme l’annonce de la mort de Henri II, les deux derniers vers semble se rapporter à une bataille navale. En effet « classes » vient du latin « classis » désignant une flotte navale, et l’expression « les yeux lui crèvera » fait référence à une citation de Cicéron : « Duo illos oculos orae maritimae effodere », c’est à dire « crever ces deux yeux du littoral », c'est-à-dire Carthage et Corinthe (De Natura Deorum Libri III 3,91)[1].

 

Ce n'est qu'à la fin du XVIe siècle, chez César de Nostredame (p. 782DE), mais pas encore chez Jean-Aimé de Chavigny, que ce quatrain fameux — « délice des croyants et cauchemar des incrédules », dira Buget — fut rapproché du tournoi du 1er juillet 1559 au cours duquel Henri II reçut un coup de lance dans l'oeil, dont il mourut quelques jours après (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

La deuxième guerre punique dura huit ans jusqu'à la défaite d'Annìbal l'an 554 ; enfin la troisième commença l'an 603, & dura cinq ans, jusqu'à quand l'an 608 que le second Scipion rasa Carthage, la même quand année que Memmius avoit réduit Corinthe en cendres [ce dont parle la citation de Cicéron ci-dessus] (François Mercier, Nouvelle méthode pour apprendre et enseigner le latin, 1796 - books.google.fr).

 

Ce Scipion qui détruit Carthage est Scipion Emilien petit-fils adoptif de Scipion l'Africain qui défait Hannibal.

 

Dans cette dernière guerre contre Carthage, après plusieurs échecs des amrées romaines, Scipion Emilien fut choisi comme chef. Le dernier effort carthaginois fut deux batailles navales. En latin "classis" désigne volontiers une flotte marine.

 

Il renforça d'abord les travaux de siège. Puis il attaqua le camp de Nepheris, il remporta la victoire et il détruisit l'armée qui y avait pris ses quartiers. Se retournant vers Carthage, il fit pénétrer ses hommes dans la ville par son point faible, l'entrée du port de commerce. Les assiégés contre-attaquèrent. En vain. Ils creusèrent une autre sortie pour leurs navires et, dans deux batailles navales, ils affrontèrent la flotte romaine (été 147). Egalement sans succès (Yann Le Bohec, Histoire des guerres Romaines: Milieu du VIIIe siècle avant J.-C. – 410 après J.-C., 2017 - books.google.fr).

 

Un lion

 

Le "vieux lion" (Hannibal, né en -246, a plus de 45 ans après la défaite de Zama ), usé par la guerre, devenu borgne dans les marais étrusques, se retire et attend le moment favorable. Il n'a plus, derrière lui, ni les ressources espagnoles, ni les fidèles contingents ibériques. Toutefois, sa retraite ne semble pas si totale. Si l'on en croit Cornélius Nepos, il ne cessa pas d'être général et "rentré dans sa patrie, Hannibal fut créé  roi après avoir été général pendant vingt ans (Annales de l'Université d'Abidjan: Histoire. Série I, Volume 12, 1984 - books.google.fr).

 

Le destin du vieux lion est un jour d'être chassé ou tué par le lionceau devenu grand (Gérard Viguié, Les chemins du Ouaddaï, 2005 - books.google.fr).

 

Pour Silius Italicus, Annibal est déjà le Lion de Libye (Tiberius Catius Silius Italicus, Les puniques, Volume 2, traduit par E.-F Corpet, N. A Dubois, 1838 - books.google.fr).

 

A la mort de Massinissa, Scipion Émilien avait partagé la Numidie entre les trois fils du vieux prince : une fin prématurée enleva les deux aînés, et le troisième, Micipsa, resta seul roi, mais il avait lui-même deux fils, Adherbal et Hiempsal, entre lesquels il comptait aussi diviser ses États. Avec ses enfants, Micipsa avait élevé le fils naturel d'un de ses frères, Jugurtha, qui semblait avoir hérité de l'indomptable courage et de l'ambition peu scrupuleuse de son aïeul. Comme Massinissa, c'était le meilleur cavalier de l'Afrique, et nul n'attaquait le lion avec plus de courage dans les grandes chasses du désert (Victor Duruy, Histoire romaine, 1850 - books.google.fr).

 

Polybe rapporte qu'en Afrique les lions attaquaient des villes et que, lorsqu'il s'y était rendu avec Scipion Emilien, il avait vu qu'on en avait mis en croix pour l'exemple, parce que, croyait-on, la crainte d'un pareil châtiment détournerait les autres de commettre la même faute (R. Thouvenot, L'urne cinéraire de Banasa, Hommages à Marcel Renard, Volume 3, 1969 - books.google.fr).

 

Mais simplement en tant qu'Africain, Scipion Emilien est lié au lion à travers le génie tutélaire de l'Afrique.

 

Africa est simplement considérée par les Romains comme la déesse topique de l'Afrique (surtout proconsulaire). Parmi tous les Génies, il en est un qui protégeait spécialement la terre d'Afrique : le Genius Terrae Africae, divinité étrange, aux origines obscures, que l'on représentait avec un corps feminin léontocéphale confondue avec Tanit-Caelestis. Sous l'influence romaine, se produisit une dissociation : entre la déesse qui s'humanisa totalement et l'animal - le lion - qui devint son attribut. Figurée dès lors avec une tête humaine, coiffée de la dépouille d'éléphant, la dea Africa reçut un culte privé qu'attestent de nombreuses statuettes en terre culte ou en bronze (Archéologia, Numéros 36 à 41, 1970 - books.google.fr).

 

Duel

 

Un duel sans merci mit aux prises Rome et Carthage depuis 218, et les opérations qui se déroulèrent en Italie, en Sicile, en Espagne, en Afrique. En l'année 133, Numance se rendit à Scipion Emilien, qui la rase (RBPH, Fondation universitaire de Belgique, Société pour le progrès des études philologiques et historiques, Belgium. Ministère de l'éducation nationale, 1931 - books.google.fr).

 

Appien tira le récit du duel de Scipion Emilien avec le celte de Polybe, livre XXXV, un de ceux qui sont aujourd'hui perdus. Mais ce livre existait encore au dixième siècle, et Suidas, dans son Lexique, en a extrait deux passages qui se rapportent au duel de Scipion et du guerrier celte. Dans l'un on lit que Scipion, avant le combat, était partagé entre deux sentiments. D'un coté la colère le poussait en avant, de l'autre il se demandait s'il était raisonnable de répondre au défi du barbare. Par l'autre fragment on voit qu'au début du combat le cheval de Scipion reçut une blessure grave, mais qui ne le fit pas tomber, et que le guerrier romain, craignant une chute prochaine, se hata de sauter en bas. Polybe était à Rome, vivant dans le monde politique romain, quand ce duel eut lieu. Il en écrivit le récit une vingtaine d'années après, quelque temps avant la chute de cheval dont il mourut, en 123, à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Nous avons donc chez Polybe, et chez Appien qui le copie, le récit d'un contemporain et d'un homme bien informé, grave, digne de toute confiance malgré les liens d'amitié qui l'unissaient à son héros. On a perdu le livre où Tite-Live racontait le même duel. Mais si nous nous en rapportons à son abréviateur Florus, l'historien romain donnait le titre de roi au guerrier vaincu en duel par Scipion Emilien ("Vaccaeos, de quibus Scipio ille posterior singulari certamino, cum rex fuisset provocator, opima rettulerat"). Au premier siècle de notre ére, ce duel est mentionné par Valére Maxime et par Pline le Naturaliste. Valère Maxime dit que l'adversaire de Scipion était le chef de l'armée ennemie (Henry Arbois de Jubainville, La civilisation des Celtes et celle de l'épopée homérique, Tome 6 de Cours de littérature celtique, 1899 - books.google.fr).

 

De Florus, "singulari certamino" signifie "combat singulier" (Gaffiot).

 

Dans son Traité des devoirs, Livre I, Cicéron qualifie Scipion Emilien de "singularis", celui-là même qui détruisit Numance.

 

L'Africain, cet homme admirable et ce grand capitaine, n'a pas rendu un service plus important à la république en détruisant Numance, que P. Vasica, à la même époque, en mettant à mort Tib Gracchus de son autorité privée :

 

Nec plus Africanus, singularis et vir et imperator, in excidenda Numantia reipublicae profuit, quam eodem tempore P. Nasica privatus, quum Tib. Gracchum interemit (Œuvres complètes de Ciceron, avec la traduction en français, Tome 4, 1875 - books.google.fr).

 

Scipion Emilien était surnommé le Jeune Africain (Scipio minor, sive Æmilianus), même si, plus tard à Numance en 133, il avait 52 ans (Pierre Le Lorrain de Vallemont, Les éléments de l'histoire, 1627 - books.google.fr).

 

Mais le duel de Scipion aurait eu lieu 18 ans aupravant.

 

Nous avons [de] nombreux duels, vrais ou légendaires, qui précèdent les batailles livrées aux Gaulois par les Romains, comme celui où, en 151 av. J.-C, lors du siège d’Intercatia par l’armée de Lucullus, Publius Cornelius Scipio l'Emilianus, encore simple tribun des soldats, excédé par les fanfaronnades d’un guerrier vaccéen, qui aurait été le roi de la ville, est réputé être sorti du rang pour le tuer en combat singulier. Par ce succès, il préluda à la prise de Carthage et de Numance, qui devaient le mettre au premier rang parmi les grands capitaines (Appien, De rebus hispaniensibus, c. 53 - Tite Live, Epitome 48 - Pline Histoire naturelle l. XXXVII 9 - Polybe l. XXXV, c. 5) (Henri D'Arbois de Jubainville, Etudes sur le droit celtique, Tome I, 1895 - books.google.fr, François Cadiou, Hibera in terra miles, 2008 - books.openedition.org).

 

Le fils de l'Espagnol d'Intercatie, dont Scipion Émilien tua le père après défi, avait un cachet où était figuré ce combat: «Qu'eût-il fait, disait en riant Stilon Préconinus, si son père eût tué Scipion ?»  (Livre XXXVII) (Histoire naturelle de Caius Plinius Secundus, Volume 20, 1833 - books.google.fr).

 

"mort cruelle"

 

Scipion Emilien serait mort assassiné en 129, une comète l'annonçant (Jack Lindsay, Origins of astrology, 1971 - books.google.fr).

 

On avance l’idée de l’assassinat de Scipion par Caius Gracchus, le frère de Tiberius Sempronius Gracchus, cousin et beau-frère de Scipion, venait en effet d’être mis à mort par le Grand pontife et Princeps senatus Publius Cornelius Scipio Nasica Serapio, oncle des deux hommes, après la mise en place des lois agraires d’inspiration populaire. Scipion l'avait abandonné. Caïus Gracchus était le père de Pline l'ancien (fr.wikipedia.org - Scipion Emilien).

 

La cage d'or

 

Le Songe de Scipion (en latin, Somnium Scipionis) est un texte de Cicéron, au sixième et dernier livre du De Republica. Scipion Émilien, l'un des personnages qui dialoguent dans le De Republica, raconte un songe qu'il a fait une vingtaine d'années auparavant. Le texte fait en quelque sorte pendant au mythe d'Er le Pamphylien dans La République de Platon, une des références de Cicéron. Il est marqué par les thèmes pythagoriciens et platoniciens. Le mysticisme qui l'imprègne lui valut son succès auprès des auteurs chrétiens, dont Macrobe qui en assura par son commentaire la transmission au cours des siècles. (fr.wikipedia.org - Songe de Scipion).

 

Au début de la Troisième Guerre punique, en 149 avant J.-C., Scipion Émilien, le philosophe et homme de lettres distingué, accompagnait l'armée romaine en Afrique. Là, il rencontra le vieux Massinissa, prince de Numidie, l'ami de son bisaïeul par adoption, le célèbre Africain (premier). Après avoir passé la journée à discuter des institutions politiques de leurs pays respectifs, et que le vieux prince eût rappelé ses souvenirs de l'Africain aîné, pour lequel il gardait la plus vive affection, Scipion, fatigué par la longue conversation, et épuisé par son voyage, se retira sur sa couche et tomba vite en profond sommeil. Et tandis qu'il dormait, son grand-père lui apparut, en songe, sous une forme ressemblant plus à celle de sa statue qui lui était familière que de sa propre personne. Et après avoir prédit les exploits futurs de son petit-fils adoptif et les circonstances de sa mort dans tous leurs détails, il continua ainsi (c'est Scipion qui relate l'histoire) :

 

« Afin que tu sois mieux préparé à protéger ton pays, soit convaincu de ceci. Tous ceux qui ont préservé, aidé ou agrandi leur pays, ont au ciel une place certaine et assignée, où ils jouissent de béatitude durant des âges sans fin. Car pour la Déité Suprême, qui régit tout l'univers, rien, sur Terre, n'est plus agréable que les assemblées et les réunions, où les hommes sont unis par la loi, et qu'on nomme les États. C'est de ce lieu que viennent les régents et les protecteurs des États, et où ils retournent. »

 

Là-dessus, quoique extrêmement troublé, je demandai si mon père Paul [Émile] et d'autres, que nous croyions disparus, vivaient encore.

 

« Très certainement », répondit l'Africain, « ils vivent, car ils se sont libérés, comme d'une prison, des chaînes de leur corps. Ce que vous appelez la vie est la mort. Mais regarde ton père Paul qui s'approche de toi. » (Une version du Songe de Scipion - horizonstheosophiques.fr).

 

En effet selon une idée perpétuée par Platon, le corps est une prison.

 

Voire une cage d'or comme le propose M. Moreau de Mautour, d'une famille bourguignone dans le poème des deux pinçons inclus dans un dialogue portant sur l'immortalité de l'âme paru en 1689 (Le mercure galant, 1689 - books.google.fr).

 

Philibert-Bernard Moreau de Mautour est un juriste français, poète, historien et antiquaire, membre de l'Académie royale des inscriptions et belles-lettres, né à Beaune le 22 décembre 1654, et mort à Paris le 7 septembre 1737 (à 82 ans). Il a écrit beaucoup de petites poésies françaises, odes, épîtes, sonnets, épigrammes, madrigaux. Elles ont été imprimées dans le Mercure de France à partir de 1686 (fr.wikipedia.org - Philibert-Bernard Moreau de Mautour).

 

Le Lion et le Verseau dans le Songe de Scipion

 

Macrobe, dans son Commentaire sur le Songe de Scipion, fait part d'une constellation du Lion liée à l'incarnation des âmes et à la jeunesse des êtres humains, et d'une constellation du Verseau liée à la mort des êtres humains.

 

Aussi le premier Africain dit-il au jeune Scipion, en parlant des âmes des bienheureux, et en lui montrant la voie lactée : « Ces âmes sont parties de ce lieu, et c'est dans ce lieu qu'elles reviennent. » Ainsi celles qui doivent descendre, tant qu'elles sont au Cancer, n'ont pas encore quitté la voie de lait, et conséquemment sont encore au nombre des dieux; mais, lorsqu'elles sont descendues jusqu'au Lion, c'est alors qu'elles font l'apprentissage de leur condition future. Là commence le noviciat du nouveau mode d'existence auquel va les assujettir la nature humaine. Or le Verseau, diamétralement opposé au Lion, se couche lorsque celui-ci se lève; de là est venu l'usage de sacrifier aux mânes quand le soleil entre au premier de ces signes, regardé comme l'ennemi de la vie humaine (Oeuvres de Macrobe, Volume 1, traduit par Ch de Rosoy, 1827 - books.google.fr).

 

Le zodiaque de la cathédrale de Sens représente le mois de Janvier par un vieillard au repos (Ernest Bosc, Dictionaire raisonné d'architecture et des sciences et arts qui s'y rattachent, Tome 4, 1910 - books.google.fr).

 

De verseur d'eau dans les manuscrits d'astronomie, le Verseau devient à partir de la fin du XIIe siècle, sur les métaux, un vieil homme tirant de l'eau hors du puits, rappelant cette sentence de Firmicus Maternus : "A certains il donnera du travail dans les services des eaux, mais toujours de telle sorte qu'ils soient toujours usés par ces pénibles activités." Le Verseau est habituellement associé à Saturne en domicile dans le signe, d' la représentation des trois manuscrits des Mawâlïd un homme âgé à peau foncée remplit la laborieuse fonction ainsi que dans le Ms. T.S.K. Revan 1660 et le Ms. Sül. Fatih 4171. Dans le reste des miniatures il demeure un jeune homme imberbe parfois couronné, à demi agenouillé, hissant la corde d'un seau hors d'un puits (Anna Caiozzo, Images du ciel d'orient au moyen âge: une histoire du zodiaque et de ses représentations dans les manuscrits du Proche-Orient musulman, 2003 - books.google.fr).

 

Ceux qui sont, en naissant, arrosés des eaux que le verseau ne cesse de répandre, ont à repousser les attaques du lion de Némée et de tout son trigone, troupe d'animaux brutes, auxquels un jeune homme seul a le courage de résister (Manilius, Astronomiques, Livre II, Collection des auteurs latins avec la traduction en français, 1860 - books.google.fr).

 

"champ bellique"

 

Les termes sont d'origine latine : "bellique", du latin bellicus, relatif à la guerre, au combat. Et le latin duellum est aussi employé de manière archaïque pour désigner le combat (Patrice Guinard, Le décès du roi Henry II deux fois présagé par Nostradamus, 2007-2018 - cura.free.fr).

 

Formellement le "champ bellique" est un champ de bataille et non l'espace carré ou rectangulaire délimité par deux rangées de barrières de bois, les lices, où se déroule un tournoi.

 

Isidore's contemporary, Virgilius Maro Grammaticus, possibly a native from Aquitaine, provided in his Epitomae more peculiar definitions of the same terms. Similar to Isidore, he differed between war (bellum), combat (proelium), battle (pugnam), and fight (certamen). A battle, according to him, however, was primarily characterised by its duration as indicated by the wordelement praelo, whereas the similarity of the word bellum to belsa (field) led him to assume that wars were to be fought on a field (hoc est in campo) (Laury Sarti, Perceiving War and the Military in Early Christian Gaul (ca. 400–700 A.D.), 2013 - books.google.fr).

 

Dans une scène du second acte du roman de Cervantès La Numancia, qui raconte le siège de la ville de Numance par Scipion Emilien, Marquino, le magicien, après plusieurs vaines tentatives pour contraindre une âme à rentrer dans le corps qu'elle venait d'abandonner sur le champ de bataille, afin d'obtenir d'elle la révélation des destinées futures de Numance, Marquino éclate en indignation et s'écrie : "Alma rebelde, vuelve al aposento / Que pocas horas ha desocupaste" (Ame rebelie, rentre dans la demeure — Que tu as cessé d'occuper il y quelques heures). L'âme obéit, rentre dans le corps (George Ticknor, Histoire de la litterature espagnole: Depuis l'avénement de la maison d'Autriche jusqu'a l'avénement de la maison de Bourbon. Deuxième Période, Tome 2, 1870 - books.google.fr).

 

En Celtibérie, rapporte Suétone (Galba ut 2), hommes et femmes pratiquaient la divination. Un passage des Guerres civiles d'Appien montre aussi Scipion l'Africain le Jeune, en 134 avant J.-C, chassant de Numance «les devins et les sacrificateurs auxquels les soldats, devenus craintifs par suite de leurs échecs, recouraient fréquemment» (Marie-Laurence Haack, Prosopographie des haruspices romains, 2006 - books.google.fr).

 

Typologie

 

En 1582 a lieu une bataille navale aux Açores où s’affrontent Franco-Portugais dirigés par Strozzi et Espagnols. C’est un désastre pour les premiers. Les prisonniers sont égorgés pour fait de piraterie (« mourir, mort cruelle »). En 1583 une bataille terrestre cette fois a le même résultat.

 

"deux classes une" signifie que de deux flottes affrontées, une seule est victorieuse : « La mer commencera estre demy pleine par diverses naufs et classes tant des Chrestiens que des Barbares : de deux classes une » (Almanach pour 1563, PQ d'avril), et, par extension, que de deux ennemis affrontés dans un combat à mort, un seul survit (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

L’objet de ces combats est la succession du Portugal dont le précédent roi, Henri le Cardinal, est mort en 1580. « Le vieux cardinal  - il a 63 ans – […] podagre, miné par la tuberculose, ajoutera par ses hésitations au trouble croissant du royaume. [2] » Philippe II d’Espagne évince Don Antoine et prend le titre de Philippe Ier de Portugal (« Le lyon jeune le vieux surmontera »). L’Espagne accapare pour plus de 60 ans les richesses coloniales du pays.

 

La Numancia de Cervantes (1547-1616), pièce écrite après son retour de quatre ans de captivité à Alger, au début des années 1580, était le récit tragique de l'anéantissement des Celtibères de Numance, en Espagne, par l'armée de Scipion Émilien vers 134 avant notre ère. La tragédie opposait deux mondes, celui des Celtibères et celui des Romains. L'identification moderne des protagonistes détermine le sens donné à la notion d'empire, en Espagne à l'époque moderne. Contrairement à certaines interprétations déjà anciennes, Cervantes n'identifiait pas la mission historique, politique et morale de Rome avec celle du monde ibérique du XVIe siècle. Il soulignait, au contraire, la dichotomie existant entre les deux empires, le romain et l'espagnol. La tragédie de Cervantes se veut une œuvre morale qui condamne l'« impérialisme » de Scipion, voulant rénover l'idée impériale en renforçant cet idéal dans l'armée pour rendre plus efficace son rôle d'oppresseur, et justifier la guerre par la guerre par la raison du plus fort. Les Numantins apparaissent comme des sujets qui se sont soulevés contre l'injustice et la cruauté des Romains à leur égard. La portée de l'œuvre vise plus loin que la simple anecdote, et définit l'idée d'empire en Espagne au XVIe siècle, en opposition à celle de Rome. Pour Cervantes, l'empire espagnol est une entité morale, qui ne relève pas de l'impérialisme romain. Le général est un froid stratège, prêt à anéantir hommes, femmes et enfants, tandis que Numance est présentée comme une ville fière, consciente de son sort, et prête à le subir dans la dignité. Cervantes termine ainsi la première journée de Numance par l'annonce de sa fin tragique, mais porteuse d'espérance, car le sort cruel que lui a indirectement infligé à Rome a de quoi nourrir la rancœur de Numance et préparer sa vengeance. Contrairement aux interprétations communes de La Numancia, la rénovation de l'idée d'« empire » romain, symboliquement signifiée par la recomposition de son armée devant Numance, correspondait à une vision opposée à l'idée d'empire en Espagne au XVIe siècle (Sylvène Édouard, L'empire imaginaire de Philippe II: pouvoir des images et discours du pouvoir sous les Habsbourg d'Espagne au XVIe siècle, 2005 - books.google.fr).

 

La conquête du Portugal par Philippe II remet en question la conception de Cervantès.

 

Marginalement, "cage d’or" entre en assonance avec Açores.



[1] Félix Gaffiot, « Dictionnaire abrégé Latin-Français », Hachette, 1936

[2] Fernand Braudel, « La Méditerranée », tome I, Armand Colin, 1966, p. 463.

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