La tête de Sabine

La tête de Sabine

 

I, 94

 

1627

 

Au port Selin le tyran mis à mort,

La liberté non pourtant recouvrée :

Le nouveau Mars par vindicte & remort :

Dame par force de frayeur honorée.

 

"remort" pour "souvenir" "avertissement" "ressentiment" et non pour remord (Jean Auguste Huldreich Scheler, Oeuvres de Froissart: poésies, Tome 3, 1872 - books.google.fr, Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

Port Selyn

 

Quelques historiens modernes ont cru voir une mention de Sélinonte dans Ulpien; mais ils ont confondu la Sicile avec la Cilicie, où il existait une autre Sélinonte. Trajan y mourut et elle en prit le nom de «Trajanopolis (Ludwig Zanth, Recueil des monuments de Ségeste et de Sélinonte, 1870 - books.google.fr).

 

Cela marque un des sens de "Selin" en rapport avec la Méditerranée, les deux Sélinonte étant l'une en Sicile, et l'autre en Cilicie au bord de la mer.

 

Alors que Trajan est encore sur les rives de l’Euphrate, des révoltes parthes éclate en Mésopotamie, et juives en Syrie, à Chypre, en Judée, en Égypte et en Cyrénaïque dès 115. Une fois que les troupes romaines semblent avoir la maîtrise de tous les théâtres d’opérations, Trajan reprend sa stratégie initiale. Il se déplace vers le nord et assiège la ville fortifiée d’Hatra. Malgré des efforts importants, le siège échoue en raison de conditions très défavorables aux assiégeants : climat désertique, problème de réapprovisionnement. De plus, la santé de Trajan décline et il est contraint de se retirer. Son état de santé continuant à se détériorer, il décide de rentrer à Rome. Ce retour précipité rend nécessaire l’organisation d’une seconde campagne en Orient. Le contrôle de la Mésopotamie est perdu. Dans cette situation, Trajan n’a pas d’autre choix que de mettre Hadrien en avant et le nomme gouverneur de Syrie où les troupes engagées dans la guerre contre les Parthes sont stationnées. Trajan décède à Selinus, le 8 ou le 9 août 117, sur le chemin de retour pour Rome, des suites d’une grave maladie. Considérablement affaibli par sa dernière campagne, un accident vasculaire cérébral le rend hémiplégique. Il succombe quelques jours plus tard des suites de graves complications respiratoires. Les symptômes de la maladie semblent correspondre à des conséquences du paludisme. Il est dit qu’il a finalement adopté Hadrien sur son lit de mort. Les circonstances opaques de cette adoption ont entrainé de nombreuses spéculations et controverses. Dion Cassius prétend qu’Hadrien n’a jamais été adopté, mais qu’il s’agit d’une manœuvre de l’impératrice Plotine et du préfet du prétoire Publius Acilius Attianus. Les historiens modernes sont eux-mêmes divisés sur la réalité de cette adoption. Le corps de Trajan est transféré sur ordre d’Hadrien à Séleucie de Piérie et incinéré. Ses cendres sont ensuite ramenées à Rome et placées dans la base de la colonne Trajane, bien que les funérailles d’un empereur dans l’enceinte de la ville, à l’intérieur du pomœrium, soient inhabituelles : Trajan reste, jusqu’à l’antiquité tardive, le seul empereur à être enterré dans les limites de la ville (fr.wikipedia.org - Trajan).

 

Trajan assiége Atra, ville capitale des Agaréniens en Arabie, qui s'étoient révoltés, ils font une si vigoureuse résistance, qu'il est forcé de lever le siége, & de retour à Sélinunte, dans la suite nommée Trajanopolis, il est à la fois d'une hydropisie, d'une paralysie & d'un flux de sang, & y meurt après avoir régné dix-neuf ans six mois & quinze jours (Histoire Universelle, Depuis Le Commencement Du Monde Jusqu'a Présent: Table Chronologique De L'Histoire Ancienne, Volume 40, 1784 - books.google.fr).

 

Pour l'Arabie voir quatrain suivant I, 95 - Socinianisme - 1627-1628.

 

Tyran

 

Trajan est qualifié de Tyran par les chrétiens pour les prétendues persécutions qu'il aurait ordonnées.

 

A Synope dans le Pont, de saint Phocas Martyr, Evêque de la même ville, qui sous l'Empereur Trajan surmonta la rigueur des cachots, des chaînes, du fer & du feu, & s'envola ensuite dans le Ciel. Ses Reliques ont été apportées à Vienne en France, où on les a déposées dans l'église des Apôtres (François Giry, Vie de saints, Tome X, 1859 - books.google.fr).

 

Tandis qu'il glorifiait et remerciait Dieu, la prison s'étant ouverte tout d'un coup, des lampes et des flambeaux lumineux apparurent, et tous ceux qui en furent témoins crurent et se firent baptiser. On introduisit de nouveau le saint devant l'empereur, mais il demeura inébranlable dans la foi au Christ. On jeta le saint dans de la chaux fraîchement cuite, on l'y tint pendant trois heures, mais Dieu le conserva intact. On fit ensuite surchauffer un bain et on l'y enferma, mais il éleva ses mains au ciel et pria Dieu, et tandis qu'il terminait sa prière et disait Amen, il rendit son âme à Dieu, le 23 juillet. Lorsqu'on sortit son corps, il dégageait un parfum comme celui du nard. L'empereur voulut sortir de la ville; saint Phocas lui apparut à la porte de la ville et lui dit : «Trajan, tyran, tu iras à l'endroit qui t'est préparé, dans les flammes éternelles ; pour moi les portes du royaume des cieux se sont ouvertes.» Peu de jours après Trajan mourut d'une mort cruelle (Le Synaxaire arménien de Ter Israel, Volumes 7 à 12, traduit par George Bayan, 1974 - books.google.fr).

 

"mis à mort"

 

Comme Alexandre, il n'avait pas voulu désigner son successeur. Le Sénat apprit la mort de Trajan par une lettre de Plotine, et reçut à la fois plusieurs nouvelles graves. L'impératrice écrivait que Trajan, avant d'expirer, avait adopté Hadrien; mais cette adoption n'avait pas eu de témoins. Dans le même temps, Hadrien écrivait au Sénat pour s'excuser «d'avoir pris l'empire sans attendre le vote des pères conscrits - les soldats l'avaient proclamé d'abord - l'Etat ne pouvait rester sans chef pendant plusieurs jours.» Il n'est guère possible de douter que l'adoption n'ait été supposée par Plotine, et même que la mort de Trajan n'ait été cachée quelque temps pour donner à Hadrien le temps de venir d'Antioche à Sélinonte, et de prendre les mesures propres à déjouer les desseins de prétendants mieux autorisés. La conduite ultérieure d'Hadrien suffirait à démontrer ce dont toute l'antiquité l'accuse. Trajan, dans l'intimité, avait déclaré plusieurs de ses amis dignes du pouvoir suprême: un à un, ils payèrent de leur vie, sous le nouveau règne, ce glorieux témoignage.

 

Dion Cassius LXVIII, 33, dit qu'il mourut â Selinonte. Eutrope (VIII, 5) suivi par Orose, VII, 12, fait mourir l'empereur à Sèleucie d'Isaurie. Eusèbe (ap. Sync., 657, 15) et saint Jérôme (Chron., éd. Schoene, p. 165) hésitent entre les deux villes. Les symptômes de la maladie dont mourut Trajan sont décrits assez exactement par Xiphilin. Dion eut peut-être sous les yeux quelque procès-verbal dressé par les médecins du prince et publié par les soins d'Hadrien quand des rumeurs d'empoisonnement coururent au milieu du désespoir public. M. Littré, consulté par moi, a eu la bonté de me répondre qu'aucun poison connu ne cause les troubles décrits par l'historien. La suppression brusque d'un flux hémorrhoïdal habituel amena chez l'empereur une congestion suivie immédiatement d'hémiplégie, et à la suite de l'hémiplégie il y eut une infiltration séreuse (Camille de La Berge, Essai sur le règne de Trajan, 1877 - books.google.fr).

 

De toute façon, un mystère planait sur la mort de Trajan. Quand il se sentit malade, il aurait soupçonné les effets du poison (Dion Cassius, 68, 33, 2, III, p. 220, 24-26 Boissevain). Un de ses affranchis, M. Ulpius Phaedimus, décéda le 12 août 117, soit trois jours après son patron, à Sélinonte même (CIL, VI, 1884). Ses restes, ensevelis d'abord sur place, ne revinrent à Rome qu'en février 130. Or d'après l'Histoire Auguste (Hadrien, 4, 10), un homme aurait contrefait d'une voix affaiblie celle de l'empereur moribond adoptant Hadrien... D'après Dion Cassius (69, 1 -2, III, p. 222, 1 -6), Trajan n'aurait pas adopté son petit-cousin ; mais  la position militaire du légat de Syrie et l'action d'Attianus appuyée par Plotine lui assuraient l'Empire. Le même Dion Cassius (69, 1, 3-4, III, p. 222, 9-15 Boissevain) tenait de la bouche même de son père, ancien gouverneur de la province de Cilicie où Trajan avait succombé, la double information que l'extinction du prince demeura secrète durant quelques jours et que Plotine aurait signé ses lettres au sénat. Eutrope (Abrégé de l'histoire romaine, VIII, 6, 1) et Aurélius Victor (Livre des Césars, 13, 13) font état eux aussi d'intrigues de l'impératrice (Robert Turcan, Hadrien: souverain de la romanité, 2008 - books.google.fr).

 

Est-il surprenant que le poison ressurgisse avec Hadrien ? Arrivé au pouvoir avec une réputation déjà quelque peu controversée, jugé trop autoritaire à l'encontre du Sénat et trop perméable aux influences de l'Orient, le Graeculus (ce mot ayant aussi toutefois le sens de « toucheàtout ») en aurait repris les mauvaises façons. L'Histoire Auguste dépeint Hadrien d'un naturel cruel et méfiant, traits encore accentués à la fin de son existence. Il déteste ceux qu'il a désignés comme ses successeurs et fait périr nombre de ses sujets, ouvertement ou insidieusement. Le prince aurait par exemple fait mourir l'impératrice Sabine par poison, mais le texte ajoute que le fait relève sans doute de l'affabulation. Il reste que les esprits associent à nouveau poison et tyrannie (Franck Collard, Pouvoir et Poison. Histoire d'un crime politique de l'Antiquité à nos jours: Histoire d'un crime politique de l'Antiquité à nos jours, 2009 - books.google.fr).

 

"Le nouveau mars"

 

Vopiscus (Aur., 14), rappelant les diverses adoptions faites par les empereurs, cite, celle d'Hadrien par Trajan (Victor Duruy, Histoire des Romains: depuis les temps les plus reculés jusqu'a l'invasion des barbares, Tome 5, 1883 - books.google.fr).

 

Le groupe impérial en Mars et Vénus fut découvert à Rome près de Santa Maria Maggiore, peu avant 1620, ce groupe entre au Louvre après son achat par Napoléon Ier au prince Camille Borghèse en 1807. Hadrien est le premier empereur romain à s'être fait figuré en dieu de son vivant. Jusqu'alors, les membres de la famille impériale n'accédaient à cet honneur, et ne gagnaient l'immortalité, qu'après leur mort. Le couple est ici assimilé aux amants Mars et Vénus, les divinités de la Guerre et de l'Amour, selon un modèle qu'il faut probablement chercher à l'époque d'Auguste, dans un groupe créé par Pasitélès, sculpteur grec installé à Rome. L'image d'Hadrien est plus idéalisée que celle de Sabine. L'empereur est représenté en nudité héroïque, muni des attributs militaires de Mars : le casque à cimier, le baudrier, le glaive et la cuirasse, déposée sur le tronc d'arbre qui sert d'étai à la figure. Ce portrait allégorique, destiné à la propagande impériale, manifeste le rôle de l'empereur : Hadrien s'impose comme le garant de la Paix et de la prospérité de l'Empire.

 

Cette idéologie est servie par des références ostensibles à l'art grec. Durant son règne, entre 117 et 138 ap. J.-C., Hadrien favorise un retour au classicisme grec dans le domaine des arts et des lettres. Ce groupe témoigne donc pleinement de cette politique philhellène et du renouveau des créations néoattiques. Par sa pondération et sa froideur, le portrait d'Hadrien s'inspire des figures athlétiques d'époque classique, tel le Mars d'Alcamène (fin du Ve siècle av. J.-C.). La figure féminine conserve quant à elle le souvenir des Aphrodites à demi nues du IVe siècle av. J.-C. et de l'époque hellénistique, dans la lignée des œuvres de Praxitèle. L'attitude générale de la déesse rappelle celle de La Vénus de Capoue (musée de Naples). Le motif du drapé, qui glisse délicatement sur les hanches, est comparable au dévoilement de La Vénus de Milo (Ma 399). Le sculpteur a cependant couvert la nudité du buste, indécente pour la femme de l'Empereur (www.louvre.fr).

 

Hadrien, même à son début, n'avait pas échappé à ces conséquences de sa vie de débauche. En fait de superstitions on en rapporte de lui une singulière : une source fatidique lui ayant annoncé l'empire, il la fit boucher de peur qu'elle n'en annonçât autant à un autre*. En fait de cruauté, il avait déjà persécuté les chrétiens, et nous l'avons vu prêt à glisser, si la puissance de l'opinion ne l'eût retenu, dans la voie d'une politique sanguinaire. A la fin de sa vie, nous l'y verrons tomber ouvertement. Pendant toute sa vie, ceux qui l'approchaient témoignèrent plus d'une fois de la dureté de son âme. On savait ce qu'il était pour sa femme Sabine : cette petite-nièce de Trajan était le lien entre Hadrien et la famille de son prédécesseur, et ce lien, il se fût gardé de le rompre par le divorce; mais il lui faisait payer cher au dedans la bienséance obligée qu'il gardait au dehors. Sabine était Auguste, elle figurait avec Hadrien sur les monnaies et sur le seuil des temples ; mais au palais, elle était traitée presque comme une esclave, et elle disait tout haut qu'elle n'avait pas voulu être mère pour ne pas faire le malheur du genre humain, en lui donnant un fils d'Hadrien. On savait aussi ce que Hadrien avait été pour Apollodore. Ce grand architecte avait eu le malheur, sous le règne de Trajan, de répondre brutalement à Hadrien qui se mêlait de discuter un plan avec lui et l'empereur : «Va peindre tes citrouilles» (Hadrien en ce moment, dans la capricieuse variété de ses goûts, était livré à la peinture de la nature morte). De plus, Apollodore avait eu le tort bien plus grave de faire une critique, et une critique méritée de l'œuvre architecturale d'Hadrien. Dans le temple de Vénus et de Rome les deux déesses étaient assises, et d'une taille colossale. « Une fois debout, avait-il dit, elles ne pourraient sortir du temple. » Apollodore, à l'époque où il parlait ainsi, était déjà exilé; il fut mis à mort. La mansuétude politique du prince ne put tenir contre le dépit de l'artiste. Telle était donc l'âme d'Hadrien, et les quelques lumières que les apologies chrétiennes avaient pu y jeter devaient agir en lui comme un étrange remords (Franz de Champagny, Les Antonins: Ans de J.-C. 69-180. Suite de Césars et de Rome et la Judée, Tome 2, 1863 - books.google.fr).

 

"Dame" : Cybèle

 

On rencontre une Dame au quatrain II, 44 associé au fils d'Oliver Cromwell, Richard, qui laissera se faire la restauration stuarte.

 

Elle pourrait être Cybèle.

 

S'il est bien vrai que L. Cestius et C. Norbanus aient mis Cybèle au service de la propagande octavienne, on ne voit pas qu'Auguste ait numismatiquement officialisé cette protection métroaque. La Grande Mère des dieux disparait du monnayage proprement romain durant près de deux siècles. Ni la reconstruction de son temple au Palatin après l'incendie de 3 ap.J.-C., ni la faveur de Claude ne paraissent avoir eu le moindre écho dans l'imagerie monétaire. [...] Sous Hadrien seulement, ou du moins sur des flans frappés aux effigies d'Hadrien et de Sabine, Cybèle émerge de nouveau et son image réapparaîtra souvent à l'époque antonine et sévérienne, jusqu'en 222, sur les monnaies de Julia Soaemias. Elle disparaît alors encore et définitivement du monnayage romain. On ne la retrouvera qu'au IVe siècle, mais sur des médaillons contorniates (Robert Turcan, Numismatique romaine du culte métroaque, Études préliminaires aux religions orientales dans l'Empire romain, 1983 - books.google.fr).

 

Il apparaît donc que l'action menée en Italie par Adrien en faveur des dieux égyptiens fut assez discrète. Les autres religions orientales ont laissé Adrien insensible et si Cybèle apparaît pour la première fois sur des médaillons de bronze émis sous le règne d'Adrien, deux de ces types font partie des émissions de Sabine et les deux autres se rapportent, semble-t-il, à une frappe commémorative en l'honneur de Diua Plotina, la femme de Trajan. La Bérécynthienne aurait donc trouvé un appui auprès des princesses. En tout cas, la réserve d'Adrien à l'égard de la Grande Mère contraste de façon flagrante avec l'engouement de son successeur (Michel Malaise, Les Conditions de pénétration et de diffusion des cultes égyptiens en Italie, 1972 - books.google.fr).

 

Dans la numismatique de Sabine, Cybèle est assise tantôt, selon le type ordinaire, sur un trône (Cohen, I, c, p. 250, n° 35;, tantôt, comme Atargatis et Caelestis, sur un lion (n°88) (Henri Graillot, Le culte de Cybèle: mère des dieux, à Rome et dans l'Empire romain, 1912 - books.google.fr).

 

Cette Déesse mère était honorée dans l’ensemble du monde antique. Le centre de son culte se trouvait dans la Turquie actuelle sur le mont Dindymon, à Pessinonte, où le bétyle (la pierre cubique noire à l'origine de son nom, Kubélè) qui la représentait serait tombé du ciel. Principalement associée à la fertilité, elle incarnait aussi la nature sauvage, symbolisée par les lions qui l’accompagnent. On disait qu’elle pouvait guérir des maladies (et les envoyer) et qu’elle protégeait son peuple pendant la guerre. Elle était connue en Grèce dès le Ve siècle av. J.-C. et se confondit bientôt avec la mère des dieux (Rhéa) et Déméter. En 204 av. J.-C., au plus fort de la deuxième guerre punique, les Romains, obéissant à une prophétie des Livres sibyllins, et à un oracle de Delphes, envoyèrent des ambassadeurs à Pessinonte : ils étaient chargés d’une mission délicate, rapporter à Rome la pierre sacrée. Elle fut escortée pendant le voyage de retour par cinq quinquérèmes et miraculeusement accueillie par la vestale Claudia Quinta. Dans un premier temps, elle est placée dans le temple de la Victoire situé au sud-ouest de la colline du Palatin à l’intérieur du Pomœrium, en attendant l’achèvement de son propre temple dédié le 9 avril 191 av. J.-C (fr.wikipedia.org - Cybèle).

 

"frayeur"

 

«C'étoit, dit le Scoliaste de Hollande, les Galli, prestres de Cybèle, mère des dieux, ainsi nommez à Gallo Phrygiœ Fluvio rendoit furieux et insensez ceux qui avoient beu de son eau, jusques à se chastrer eux-mesmes, et se couper les génitoires avec un test. Ils s'appelloient aussi Cotybantes et Curetes "apo tès kouras", à cause de la tonsure. Car, comme dit Strabon, ils portoient les cheveux au derriere de la teste, et tout le devant estoit tondu ; ils estoient vestus de robbes de femmes, et, ayant posé et attaché sur un asne l'image de la déesse Cybele, alloient mendiant de bourgade en bourgade, menant grand bruit avec tambour et autres instruments d'airain esclatants; et, sous crainte et reverence de la déesse, contraignoient de leur donner ce qui leur estoit necessaire pour vivre.» (M. Esmangart, Éloi Johanneau, Œuvres de Rabelais, Tome 5, 1823 - books.google.fr).

 

Typologie

 

Le report de 1627 sur la date pivot 133 (année de la mort de Trajan), donne -1360.

 

Cependant Bellerophon fut envoyé en Cilicie prés d'Iobate, où les Poetes ont feint qu'il combattit la Chimere. Cet évènement tombe sur l'année 1360 avant Jésus Christ, & au temps de là Judicature d'Aod chez les Isréalites (Dom Petau, Abrege chronologique de l'histoire universelle sacrée et profane: Trad. française, Tome 3, 1715 - books.google.fr).

 

Comme Sanda, Bellérophon est présenté comme le fondateur de Tarse (Denys le Périégète 866-876). Dans la littérature classique, il est avec Pégase lié au combat contre la Chimère. En Cilicie, ce n'est pourtant pas à la Chimère que font allusion les légendes grecques mais à ses parents, Typhon et Échidna. Cependant, d'une part, le nom de Pégase est la transformation de l'épithète d'un dieu de l'Orage (probablement un Tarhunt) particulièrement honoré en Cilicie à l'époque hittite (Kizzuwatna et Tarhuntassa) : le dieu pihassassi, «à la foudre». D'autre part, à l'époque néo-hittite, est connue dans la région de Karkamis, hourrite au second millénaire, l'image de monstres à rapprocher des représentations classiques de la Chimère si ce n'est qu'à la place de la tête de chèvre sortant du corps léonin se trouve alors une tête humaine. De plus, un sceau, daté de la fin du VIIIe siècle, représentant une Chimère, a été repéré au musée d'Adana. Nous savons bien que de nombreux éléments de tradition lou- vite ou hittite ont largement pénétré les conceptions mythographiques classiques. Je me demande si le Bellérophon sur Pégase des monnaies tarsiennes ne peut être le dieu pihassassi qui, dès le second millénaire et au début du premier, aurait joué un rôle dans quelque mythe cosmogonique anatolien, et plus précisément louvite et cilicien, dont bien des éléments apparaissent dans les légendes classiques relatives à Typhon et la Chimère (Olivier Casabonnen, La Cilicie à l'époque achéménide, 2004 - books.google.fr).

 

Euripide, Electre. 472 sqq., évoque sur la cuirasse d'Achille le cheval ailé et la Chimère, et sur 2 stèles de Thèbes le combat de la Chimère, avec ou sans Bellérophon, décore des boucliers. Sur une gemme du Cabinet des Médailles (Paris), le bouclier de Roma porte Bellérophon et Pégase ; sur une autre (Metropolitan Muséum, New York) le combat orne un casque - exemples où l'image sert de support à l'évocation de la victoire. Pausanias, VIII, 9, 7, signale à Mantinée le culte d'Antinous, dont on connaît en Grèce plusieurs statues, mais aucun texte ne mentionne celui de Bellérophon-Antinous. Pourtant le second figure au droit d'un médaillon d'Achaïe, dont le revers porte un homme qui, un kerykeion à la main, maîtrise Pégase ; l'association Bellérophon-Hermès est connue ailleurs, mais l'adjonction d'Antinous paraît propre à Corinthe, où de nombreuses monnaies d'Hadrien illustrent le mythe de Bellérophon ou comportent le buste d'Antinous. Même rapprochement sur les médaillons de l'arc de Constantin : tel Bellérophon la Chimère. Hadrien, avec Antinous, tue les lions de Libye (Bulletin analytique d'histoire romaine, 1974 - books.google.fr).

 

La découverte d'une statue ou d'une stèle se reproduit au quatrain I, 25 associé à l'année 1575 et une stèle dédiée au demi-dieu Semo Sancus trouvée à Rome en 1574.

 

Les recherches que nous avons entreprises pour la refonte du recueil des sculptures de la Gaule d'Émile Espérandieu nous ont conduit à nous intéresser à une tête féminine en marbre, qui est conservée dans les réserves du musée de la Civilisation gallo-romaine à Lyon. Son origine était inconnue, la notice d'Espérandieu renvoyant seulement au premier catalogue imprimé du musée de Lyon, rédigé en 1816 par son fondateur, François Artaud. Celui-ci n'indiquait aucune provenance, ce qui pouvait laisser supposer que la pièce avait été donnée par un collectionneur lyonnais mais qu'elle ne provenait pas du sol de la capitale des Gaules. Notre enquête nous a permis de retrouver la date de sa découverte et son origine. Elle a appartenu à la collection de l'illustre Claude Fabri de Peiresc à Aix-en-Provence et elle a joué un rôle important dans les discussions savantes des érudits de la «République des Lettres» au cours des années 1628-1635. Nous pensons pouvoir l'identifier comme un portrait de l'impératrice Sabine, épouse d'Hadrien. Il s'agit d'une tête de jeune femme, exécutée dans un marbre blanc à grain fin, brillant, qui s'est révélé à l'analyse en laboratoire être un marbre typique des carrières d'Aphrodisias en Turquie.

 

La statue aurait été trouvée près des capucins à Aix, "aux ruines d'un bain antique" selon une indication de la main de Peiresc sur un dessin la représentant Une autre précision non moins importante concorde exactement avec la première et se trouve dans une lettre en italien, du 28 février 1629 à Cassiano dal Pozzo: «Et io mi trovo una testa di donna antiqua di marmo, trovata questi anni addietro in questa cittàfra le rovine d'un bagno antiquo, arrichito di musaïcr.» Enfin, une troisième allusion à cette sculpture se lit dans une lettre à Girolamo Aleandro du 2 mars 1629 où Peiresc en parle en ces termes : «Et fu trovata quella testa fuor delle mura di questa citta, l'anno passatoElle apporte donc la date exacte de la trouvaille : 1628, ainsi qu'une localisation intéressante à l'intérieur des remparts d'Aix-en-Provence où habitait le collectionneur. [...]

 

Cette tête l'intéresse au plus haut point parce qu'elle présente des similitudes dans la coiffure avec les figures féminines de l'extrémité droite de la fresque Aldobrandini. [...] Toute l'Europe savante était passionnée par la découverte de cette peinture romaine conservée depuis 1818 à la bibliothèque Vaticane. Dégagée sur l'Esquilin en 1601, elle avait été aussitôt transportée, malgré les difficultés techniques, dans la demeure du cardinal Pietro Aldobrandini. Il semble avéré que Peiresc l'ait vue lui-même lors de son séjour à Rome en 1601122, mais ce n'est que vers les années 1628, au moment où Cassiano dal Pozzo commence à réclamer à ses amis des copies de cette fresque pour enrichir son «musée de papier» et pour lui consacrer une publication, que Peiresc en fait un sujet récurrent dans sa correspondance. [...]

 

On doit mentionner l'existence d'une tête aujourd'hui disparue, qui fut découverte à Nîmes vers 1626-1628. Jamais citée dans les études sur Sabine, elle nous paraît cependant devoir en être rapprochée, même si l'identification reste hypothétique à cause du caractère sommaire du croquis conservé dans un manuscrit nîmois. Il est dû à A. de Rulman, qui identifiait cette image comme un portrait de Plotine, en se fondant probablement sur les liens de celle-ci, nîmoise d'origine, avec la colonie et en raison de la basilique qu'Hadrien lui fit construire à sa mort en 122. Mais la ressemblance avec les effigies de Sabine nous paraît plus convaincante: les mèches de cheveux sur les tempes, le diadème haut placé sur le sommet du crâne, le chignon sur la nuque et l'expression amère donnée par les plis de la bouche nous rapprochent davantage de l'épouse d'Hadrien, alors que les portraits de Piotine ont une coiffure (dite d'ailleurs «à la Piotine»), qui est assez différente. [...]

 

Cette enquête nous a permis de retrouver le contexte historique dans lequel fut trouvée cette belle tête maintenant conservée dans les réserves du musée de Lyon. On mesure son importance dans les discussions érudites de la «République des lettres» vers les années 1628. Elle nous permet aussi de reconnaître une nouvelle fois la rigueur de Peiresc, sa capacité à rapprocher des documents apparemment sans lien direct et, pour reprendre un mot de Marc Fumaroli, «son sens de la communauté scientifique» (Henri Lavagne, Un portrait de l'impératrice Sabine provenant de la collection de Peiresc, retrouvé à Lyon, Monuments et mémoires publiés par l'Académie des inscriptions et belles-lettres, 2005 - books.google.fr).

 

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