L'étoile des Baux

Jacques Auguste de Thou

 

I, 24

 

1575

 

A cité neufve pensif pour condemner,

Loysel de proye au ciel se vient offrir :

Apres victoire à captifs pardonner :

Cremo. & Mant. grands maux aura à souffrir.

 

"pensif"

 

Cela est confirmé par le doublet de Pensare : peser (examiner le poids, d'où examiner attentivement une chose ; en marge, être pénible) et penser (être absorbé par un souci). Le verbe intransitif : penser de (prendre soin de) apparaît dès  1190 environ. Le substantif (pensée) accomplit plus rapidement son évolution sémantique ; le sens de «souci» cependant subsiste et l'expression «estre en pensee» (être en souci) ou «estre en grandes pensees» semblent très en usage. [...] L'adjectif «pensif» est un synonyme de «triste» : «Triste, pensif et doloreux» (Compl.5 v. 2) (Shigemi Sasaki, Sur le thème de nonchaloir dans la poésie de Charles d'Orléans, 1974 - books.google.fr).

 

Le napolitain Scipione Tetti

 

La présence de Crémone et de Mantoue fait songer à Villeneufve-d'Ast dans le Piémont, que paraît décrire, avec ses 45 degrés de latitude, cet autre passage : «Cinq & quarante degrez ciel bruslera / Feu approcher de la grand' cité neuve (C 6.97.1-2). Ailleurs, cité neufve désigne peut-être Naples (Neapolis) : «"Ennosigée" Fera trembler autour de cité neufve» (C 1.87.2), «Le Roy voudra en cité neufve entrer» (C 9.92.1), «Jardin du monde aupres de cité neufve» (C 10.49.1) ; il faut donc rester prudent dans l'interprétation de ce dénominatif (Pierre Brind'Amour, Les premières centuries, ou, Propheties de Nostradamus (édition Macé Bonhomme de 1555), 1996 - books.google.fr).

 

François Romano, ex-moine augustin, répandit secrètement en Sicile, son pays natal, les erreurs de Zwingle, puis s'enfuit en Allemagne. De retour dans sa patrie en 1549, il exposa la logique de Mélanchthon, les épîtres de saint Paul, et passa lui aussi pour être l'auteur du célèbre livre sur le Bienfait de la mort du Christ. Cité devant le Saint-Office, il s'enfuit d'abord, puis vint spontanément se constituer prisonnier aux mains du cardinal Théatin, se rétracta, et obtint son pardon, à la condition d'accomplir plusieurs pénitences et de faire une abjuration publique dans les cathédrales de Naples et de Caserte. Il confessa qu'il avait beaucoup de prosélytes, et parmi eux plusieurs dames de qualité. Plus tard Scipion Tetti, auteur d'une dissertation De Apollodoris, estimée des érudits, publia nous ne savons trop quels livres, contenant des opinions fausses sur la divinité, et il fut condamné pour ce fait aux galères. C'est ce que raconte l'historien De Thou, qui, se trouvant à Rome en 1574, ignorait s'il vivait encore. On envoya aussi au bûcher Pompée Algeri, de Nole (Cesare Cantù, Les hérétique d'Italie, Tome 3 : Les suites du Concile de Trente de Les hérétique d'Italie, 1870 - books.google.fr).

 

Scipione Tetti doit nous intéresser, et par ses connaissances, et par ses malheurs. Il était Napolitain, et voyagea long-temps, cherchant partout, dans les bibliothèques de Rome et des autres villes d'Italie, les ouvrages latins et grecs les plus dignes d'être connus ou publiés. Nous avons un échantillon de ses recherches dans un Catalogue que le P. Labbe inséra dans sa Bibliotheca nova, et qu'il tenait, non pas de Claude Dupuy, comme l'a dit Tafuri, mais de Pierre et de Jacques, fils de Claude, comme le dit le P. Labbe lui-même. L'auteur indique, par ordre alphabétique, les écrivains et les titres de leurs ouvrages, sans rien dire du caractère des uns ni du mérite des autres. Cependant, ces notices si arides intéressaient alors ceux qui voulaient connaître les auteurs qui avaient traité des sujets déterminés, ou publier leurs ouvrages. Le Nicodemo attribuait au Tetti une Bibliothèque scholastique complète, d'auteurs grecs, latins, français, italiens, espagnols et anglais, que le P. Labbe avait annoncée comme imprimée à Londres en 1616. Bayle, Tiraboschi, Signorelli et d'autres, ont copié Nicodemo, sans observer que le P. Labbe, loin d'attribuer cet ouvrage à Scipione Tetti, l'avait annoncé comme anonyme, en le plaçant à la suite du Catalogue de celui-ci, parce qu'il croyait peut-être se conformer à l'ordre alphabétique. Le seul ouvrage que Tetti ait publié de son vivant est le Traité sur les Apollodores, que Benedetto Egio de Spolèle inséra dans sa traduction latine de la Bibliothèque d'Apollodore. Si l'on en croit Baillet, l'auteur avait employé plusieurs années à le composer, quoiquil ne consiste qu'en deux feuilles; «mais le public, qui l'a trouvé bon, ajoute le même écrivain, n'a point cru que ni la petitesse du corps, ni la longueur du temps, ni même la disgrâce de l'auteur, dût lui en faire perdre l'estime et le goût.» Peut-être aurions-nous de Tetti quelque autre ouvrage bien plus important, si, au milieu de ses études, il n'avait pas été condamné aux galères par le gouvernement de Rome. Benedetto Egio avait dit de lui, qu'il était doué d'une érudition très étendue, d'une modestie et d'une humanité peu commune. Mais ces qualités estimables ne suffirent pas pour lui faire pardonner quelques expressions peu mesurées. Il n'était point, à ce qu'on a dit, assez circonspect pour vivre en pleine sûreté à Rome, où il avait fixé sa demeure ordinaire. Le Poggiano, dans une de ses lettres, disait de lui: «Que me demandez-vous, d'un homme qui n'est pas aussi à couvert que son nom semble le dire?» (mauvaise allusion au mot Tetti ou tetto, en latin tectus). Il se porte bien; il conserve la sécurité et la liberté qui lui sont propres.» Cette liberté si confiante n'était apparemment qu'une légèreté naturelle, qui, bien qu'innocente, ne pouvait manquer de lui nuire dans le temps et dans le pays où il vivait. A cette époque, en effet, Rome était si soupçonneuse et si sévère, que Muret disait à M. de Thou, «qu'il était esbahi qu'il se levât qu'on ne lui vînt dire qu'un tel ne se trouve plus; et si l'on n'en oserait parler.» Enfin, Tetti fut accusé de n'avoir pas bien parlé de la Divinité; il n'en fallut pas davantage pour être condamné, comme athée, aux galères. De Thou, rapportant vers 1574 cette infortune de Tetti, telle qu'il l'avait apprise de Muret, ajoute qu'il ne savait si ce malheureux, d'ailleurs très savant, vivait encore. Tiraboschi en a conclu qu'il était mort aux galères (Pierre-Louis Ginguené, Histoire littéraire d'Italie, Tome VIII, 1819 - books.google.fr).

 

La pensée est une petite fleur sans odeur ayant cinq feuilles, qui a trois couleurs. Cette plante jette du commencement des feuilles rondes & dentelées tout alentour, qui s'estendent en iongueur. Ses tiges sont en triangle, creuses & crenellées, divisées également par certains nœuds, d'où sortent de petits rameaux qui portent sa fleur rouge au dessus, blanche au milieu, & jaune au-dessous. Ce sont des especes de violettes qui ne sont pas odorantes. On § autrement clavelle, l'herbe de la Trinité, ou violette d'automne & en Latin jacea, ou berba Trinitatis, ou tricolor. Elle croist en abondance dans les montagnes du Vivarez. On appelle couleur de pensée, une espece de violet tirant sur le pourpre. En ce sens Menage derive ce mot de l'Anglois pansie (Antoine Furetière, Dictionaire universel, cont. généralement tous les mots François, tant vieux que modernes, et les terme de toutes les sciences et des arts, Tome 2, 1690 - books.google.fr).

 

De par le prénom de Tetti, on pense au Songe de Scipion de Cicéron au VIème livre de la République commenté par Macrobe. "Songeards" se trouve chez Brantôme pour "pensifs".

 

Mais voici la Saint-Barthélemy, et bientôt après la profonde tristesse, la maladie morale de Charles IX. «Il demeurait tout songeard et pensif, écrit un contemporain, son biographe et prédicateur Arnaud Sorbin, dit de Sainte-Foy, et l'entre-deux des yeux renfrogné, où il y avait une trame bien profonde.» Cherchant à tuer le noir souci qui le dévore, il se livre de plus en plus à la chasse, établit une forge au Louvre, s'acharne à forger des épieux, des cuirasses, cesse de s'intéresser aux choses de l'esprit, n'assiste plus aux séances : et aussitôt les courtisans de s'en éloigner comme ils étaient accourus, de suspendre leurs générosités. Ronsard déclare qu'il rompt définitivement avec les Muses; l'Académie tombe en langueur aussi vite qu'elle avait crû en gloire. Cependant, à la mort de Charles IX (30 mai 1574), Amadis Jamyn laisse éclater la douleur de la Pléiade (Victor Du Bled, La Societe francaise du XVIe siecle au XXe siecle, 1900 - books.google.fr).

 

Dans sa précieuse étude sur Fulvio Orsini, M. de Nolhac a reconstitué ce qu'était ce milieu savant vers 1555. On trouvait là, outre Fulvio Orsini, collectionneur et bibliophile, Gulielmo Sirleto et Basilio Zanchi, qu'un contemporain qualifie «reipublicae litterariae sidera fulgentissiina» ; Scipione Tetti, commentateur d'Apollodore ; Lorenzo Gambara, le  futur auteur de la Colombiade ; Lelio Capilupi, qui faisait des centons de Virgile : d'autres encore, aujourd'hui plus ou moins méconnus, Benedetto Egio, Giovanni Cesari, Gabriel Faerno, Latino Latini, Antonio Possevino, etc. On peut y joindre Fausto Sabeo, conservateur de la Bibliothèque Vaticane, qui dédiait nombre d'épigrammes au roi de France, ainsi qu'aux cardinaux français, - notamment au cardinal du Bellay, qu'il remerciait de ses bienfaits, et dont il célébrait les vertus politiques et les talents littéraires (Henri Chamard, Joachim du Bellay, 1900 - books.google.fr).

 

Fulvio Orsini est un éditeur de Festus (cf. quatrain I, 26).

 

L'inquisition à Mantoue et à Crémone

 

A Mantoue «les frères de saint Dominique ont fait de grands abus [...] parce qu'ils dominent tout et emprisonnent les gens» (1573) (Silvana Seidel Menchi, Érasme hérétique: Réforme et Inquisition dans l'Italie du XVIe siècle, traduit par Pierre-Antoine Fabre, 1996 - books.google.fr).

 

Le plus terrible des inquisiteurs de Mantoue était un père Ange de Crémone, dominicain, qui étendit sa chasse aux hérétiques jusqu'aux villes de Créma et de Crémone quoiqu'elles appartinssent la première à Venise, la seconde au Milanais. Mais Pie V,  pape de l'Église catholique de 1566 à 1572, sévit directement contre la maison de Gonzague. Il cita devant l'inquisition la célèbre princesse Julie, femme également distinguée par sa naissance, par sa beauté, par son érudition et son esprit, qui, ayant été gagnée autrefois, à Naples, par Valdès, avait toujours favorisé les idées de réforme religieuse, toutefois sans se déclarer ouvertement pour elle. Julie ne comparut pas devant le saint-office, mais elle mourut bientôt après sa citation de dépit et de frayeur (Martin Philippson, Les origines du catholicisme moderne: La contre-révolution religieuse au XVIe siècle, 1884 - books.google.fr).

 

"victoire" : Lépante

 

Le Pardon du Rosaire est une indulgence plénière accordée par le Pape S. Pie V, dominicain, en souvenir de la victoire remportée le 7 octobre 1751 sur les Turcs, à Lépante (Semaine religieuse du diocèse de Valence, Die et Saint-Paul-Trois-Châteaux, 1916 - books.google.fr).

 

La Saint-Barthélemy fut glorifiée au Vatican à l'égal d'une victoire sur les Turcs. Deux fresques lui furent consacrées dans la Sala Regia, à côté de la fresque qui célèbre la bataille de Lépante ; elles frappent encore nos regards, chaque fois que nous entrons dans la chapelle Sixtine. Les inscriptions latines qui les accompagnaient ont été effacées; mais les peintures restent, et suffisent comme témoins des félicitations qui partirent alors de Rome pour Paris (Anatole Gruyer, Charles IX et François Clouet, La revue des deux mondes, 1885 - books.google.fr).

 

Pardon à certains

 

A la même époque, le Comte Giulio de Tiene, réformé, fut relâché sous caution et avec confiscation de tous ses biens que se partagèrent le Saint-Office et la Chambre Apostolique. En 1572, cédant aux instances du Duc de Mantoue, Grégoire XIII fit libérer des galères, auxquelles il avait été condamné à perpétuité cinq ans plus tôt, le Chanoine Antonio Ceruti. Le Comte Nicola Ercolani, coupable d'hérésie «de vehementi» paya deux mille ducats d'amende pour se tirer d'affaire. Des religieuses condamnées à la réclusion à vie furent graciées (1573) Trois ans plus tard, Alberto Bolognetti, nonce à Florence, écrivit au Cardinal de Côme que deux moines coupables d'empoisonnements ne seraient pas exécutés à cause du scandale qui en résulterait (G. Duval Wirth, La mise en accusation de la justice dans la littérature italienne du XVIe siècle, Revue des études italiennes, Volume 16, 1970 - books.google.fr).

 

Galères

 

Tetti fut condamné aux galères.

 

Alors que les gigantesques engagements navals du siècle précédent (plus de 500 galères au total à Lépante en 1571) sont terminés, la galère est encore, en 1635, l'outil de combat par excellence en Méditerranée. Elle n'a rien perdu de ses qualités : légère et rapide, elle n'a pas à subir les caprices des vents et est opérationnelle par tous les temps, grâce à ses rames ; basse sur l'eau et d'un faible tirant d'eau, pouvant se glisser dans la moindre crique et s'y mettre en embuscade, elle est l'instrument idéal pour les coups de main et les débarquements rapides. Mais elle présente aussi de graves inconvénients. On s'en est accommodé tant que les «bateaux ronds» (naves, caraques, galions), au gréement rudimentaire, ne pouvaient rivaliser avec elle. Mais au début du siècle ils se sont perfectionnés et sillonnent de plus en plus nombreux la Méditerranée. Le temps n'est plus très loin où ils supplanteront la galère. La campagne de Sicile durant la guerre de Hollande verra le triomphe du vaisseau de ligne (Claude Petiet, Le bailli de Forbin: lieutenant général des galères, un chevalier de Malte dans la marine de Louis XIII, 2003 - books.google.fr).

 

Jacques-Auguste de Thou fait un récit circonstancié du combat de Lépante.

 

Nos galères ont des espèces de parapets qui couvrent nos soldats ; celles des Turcs n'en ont point, parce que ces parapets ne sont pas commodes pour tirer de l'arc. De là eux grands avantages pour nos soldats: premièrement leur corps étoit couvert :en second lieu ils pouvoient y appuyer leurs arquebuses & tirer plus surement & plus juste. Il y avait même une grande différence entre l'artillerie des Turcs & la nôtre. La proue de leurs galéres n'ayant rien qui la couvrit, leurs canoniers étoient tués d’abord par nos arquebusiers ensorte qu'après la premiére décharge ils étoient obligés d'abandonner la place. Toutes nos galéres au contraire firent chacune quatre ou cinq décharges, & quelquefois davantage & dans la plus grande chaleur du combat, lorsqu'elles se trouvoient accrochées avec celles des ennemis, elles pouvoient encore se servir de leurs canons, & tirer même à coup sûr. La construction de nos vaisseaux servit aussi beaucoup: car on en avoit retranché les éperons, dont la pointe recourbée en haut obligeoit de pointer le canon obliquement, & en affoiblissoít le coup : mais apres ce retranchement nos canons pointés droit tiroient à fleur d'eau, & ne tiroient guére en vain ce qui tua beaucoup de monde aux ennemis au lieu que les canons des Turcs étant pointés haut, leurs boulets passoient presque tous au-dessus de nos têtes (Jacques-Auguste de Thou, Histoire universelle de Jacque-Auguste de Thou depuis 1543 jusqu'en 1607, traduite sur l'édition latine de Londres, Tome VI : 1570 - 1573, 1734 - books.google.fr).

 

Jacques Auguste de Thou

 

Si Mr. de Thou ne nous eût appris cela, je ne pense pas qu'on en eût jamais rien su, car le curieux Nicodeme, qui a fait tant de recherches sur les Auteurs Napolitains, reconoît qu'il n'a sçu cette infortune de Tetti, que pour l'avoir luë dans Monsieur de Thou (Pierre Bayle, Dictionaire historique et critique: par Monsieur Bayle, Tome second, seconde partie P-Z, 1697 - books.google.fr).

 

Latiniste éminent, il publia plusieurs ouvrages de poèmes latins, notamment à Tours, chez Jamet Mettayer mais sa célébrité lui vient de ses Historiae sui temporis, histoire de son temps portant sur les années 1543 à 1607, qui sera traduite du latin en français en 1659. Dans cet ouvrage considérable, dont le premier volume paraît en 1604, le magistrat se montre partisan de la tolérance religieuse, attaque les excès du clergé catholique et observe vis-à-vis des protestants une attitude compréhensive, qui fait mettre son ouvrage à l'Index en 1609 (fr.wikipedia.org - Jacques Auguste de Thou).

 

Les amis de Thou

 

Le texte des Mémoires est clair: les amis les plus proches de Jacques-Auguste de Thou à Bordeaux, ses familiares, ses compagnons disons, furent Antoine Loisel, l'avocat du roi, et Pierre Pithou, qui remplissait la fonction de procureur général. C'est avec Loisel et Pithou que de Thou fit une excursion, pendant les vacances de février, dans le Bourbonnais; c'est avec eux qu'il alla à la chasse; c'est encore avec eux et avec Jean de Thuméry que de Thou profita des vacances de Pâques pour faire un tour en Gascogne. Parmi ceux-ci Pithou, "le Varron de la France", se manifestait comme son ami le plus intime: ainsi nous l'apprennent la fréquence et le ton chaleureux de leur correspondance, aussi bien que les obsèques, véritable cri de cœur, que lui fit de Thou dans son Histoire (Ingrid A.R. de Smet, Montaigne et Jacques-Auguste de Thou, Montaigne Studies, Volume 13, 2001 - books.google.fr).

 

"Loisel de proie"

 

L'amitié de Pierre Pithou pour Antoine Loisel et son amour de toutes les chasses dont la fauconnerie pourraient expliquer ce jeu de mot.

 

De Thou fit voir à Vinet (1509-1587) les deux premiers chants de son poëme de la Fauconnerie, où il n'avoit pas mis encore la dernière main.

 

Elie Vinet de sa part encouragea de Thou à faire publier la première édition de son Hieracosophion (un poème didactique sur la fauconnerie) chez Simon Millanges. C'est, bien sûr, le fameux imprimeur bordelais dont se servirent Vinet lui-même, Du Bartas (pour la Muse Chrétienne), Pierre de Brach, et Michel de Montaigne. Les deux premières éditions des Essais parurent justement chez Millanges en 1580 et 1582. De Thou possédait en effet la première édition des Essais dans sa bibliothèque: son exemplaire est aujourd'hui conservé dans la Collection Dutuit du Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris (Musée du Petit Palais) (Ingrid A.R. de Smet, Montaigne et Jacques-Auguste de Thou, Montaigne Studies, Volume 13, 2001 - books.google.fr).

 

Pithou insista pour qu'on lui fît voir les deux premiers livres de la Fauconnerie, qu'il dévora tout aussitôt, par attirance pour le sujet plus que pour l'œuvre même, car il était amateur passionné de toutes les espèces de chasses, et il considérait qu'on n'avait pas encore suffisamment expliqué en latin cette nouveauté-là. Il fut arrêté par l'allusion à ce François dont la mort est déplorée vers la fin du premier livre, et il pensait qu'il était question d'un autre François; mais quand il apprit qu'il s'agissait bien de Montmorency, enlevé au royaume quelques années plus tôt, pour le plus grand préjudice de tous les gens de bien et de l'État, il s'en montra extrêmement satisfait, car il avait été son ami proche ; après avoir félicité Jacques pour son édifiante attitude, il l'engagea à poursuivre, et à terminer le troisième livre, que promettait le titre, sur la médication des faucons malades (Anne Teissier-Ensminger, La vie de Jacques-Auguste de Thou, 2007 - books.google.fr).

 

"au Ciel se vient offrir"

 

Pierre Pithou, jurisconsulte et érudit français, est né le 1er novembre 1539 à Troyes, mort le 1er novembre 1596. Fils d'un avocat distingué, il fit ses premières études dans la maison paternelle et les acheva au collége de Boncourt à Paris, où il eut pour maître Adrien Turnèbe. Il apprit le droit sous Cujas, à Bourges et à Valence, se lia d'une étroite amitié avec son condisciple Loisel et fut reçu avocat à vingt et un ans. Après avoir plaidé quelques causes, il préféra, par timidité naturelle, le rôle d'avocat consultant et mérita le surnom de «sage arbitre». Obligé, pour ses opinions calvinistes, de s'expatrier lors des seconds troubles religieux, il se réfugia dans la principauté de Bouillon, dont il fut chargé de rédiger les lois, puis à Bâle, où il se livra à des travaux d'érudition. De retour en France, il échappa au massacre de la Saint-Barthélemy, et se convertit à la religion catholique en 1573. Nommé bailli de Tonnerre, puis procureur général près la chambre de justice établie temporairement en Guienne, il se vit obligé de parler en public et mit dans ses discours une solidité, une concision singulières pour l'époque. Trois années plus tard, il revint à Paris et rentra dans son cabinet de consultations. Au temps de la Ligue, il fut fidèle à Henri IV, et de concert avec ses amis, Rapin, Passerat, Gillot, Florent Chrétien, lança la Satire Ménippée. Il rendit un autre service au roi, par un Mémoire aux évêques, dans lequel il leur démontrait qu'ils pouvaient le relever de l'excommunication par leur seule autorité, et sans avoir recours au pape. Henri IV étant entré dans Paris, le nomma procureur général du Parlement qu'il y installa provisoirement. Pithou garda cette charge le temps rigoureusement nécessaire et revint à ses travaux et à la retraite (Dictionnaire universel des litteratures, Tome I, 1876 - books.google.fr).

 

"Ciel" catholique alors.

 

"grands maux" : la peste à Crémone et Mantoue

 

On apprend dans l'Histoire de De Thou (L. LXI et LXXII) que, pendant le Jubilé de Rome et les troubles de Gênes, une furieuse peste ravagea toute l'Italie. Après avoir fait de Trente une espece de solitude, la contagion passa à Verone & de là à Venise. Milan Cremone & Pavie n'en furent pas exemptes, & elle y fit périr un nombre infini de personnes. Ce fut alors que le Cardinal Borromée Archevêque de Milan donna des preuves signalées d'humanité & de charité, de même que les Evêques de Cremone, de Pavie & de Vérone. Commence aussi en 1576 que se forma en France la fameuse Ligue, qui y la causa tant de desordres, & y fit répandre tant de sang (Histoire universelle, depuis le commencement du monde, jusqu'a present, Tome trente-deuxieme, 1769 - books.google.fr).

 

Mercurialis s'exprime ainsi : «Dans les dernières années qui viennent de s'écouler (c'est-à-dire les années antérieures à 1576), Constantinople avait beaucoup souffert de la peste. Le mal vint ensuite en Sicile, puis à Trente, à Vérone, à Mantoue, et cette année 1576, à Venise, à Padoue, puis enfin à Milan.» (Adrien Proust, Essai sur l'hygiène internationale: ses applications contre la peste, la fièvre jaune et le choléra asiatique, 1873 - books.google.fr).

 

En 1574, Henri III, de retour de Pologne passe en Italie, Venise mais aussi Crémone et Mantoue (cf. quatrain I, 23 - Henri III roi de Pologne) (François Eudes de Mézeray, Abbrégé chronologique ou Extraict de l'histoire de France, Tome 6. Commençant à François II & finissant à la mort de Henry III, 1676 - books.google.fr).

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