La conjuration d'Amboise

La conjuration d’Amboise

 

I, 7

 

1562-1563

 

Tard arrivé, l'execution faicte :

Le vent contraire : letres au chemin prinses :

Les conjurés xiiij d'une secte :

Par le Rousseau senez les entreprinses.

 

14

 

1560. Mars. Le roy fait un édit par lequel il donne congé aux luthériens de sortir de partout. En ung mardy fut faiste une procession à cause d'aulcuns qui voloyent mal au roy. En ce temps furent exécutés quatorze hérétiques envyron qui voloyent mal au cardinal de Lorrayne, dont il y avait un gentilhomme auquel le chastiau fut râsé. En ce moys fut escartelé un capitaine nommé M. de Maziles1, son chastiau râsé, à cause qu'il recevoit des luthériens qui portoient les armes contre le roy. les aultres disoient contre M. le cardinal. En ce temps furent appellés huguenots. Le chastiau estoit à trois lieues près d'Amboise.

 

M. de Mazeres est un des principaux affidés de la conjuration d'Amboise, dirigée par la Renaudie (Journal d'un curé ligueur de Paris sous les trois derniers Valois (abbé Jean de la Fosse), 1865 - books.google.fr).

 

Amboise

 

En mars 1560, la tentative avortée d'enlèvement du jeune roi François II, connue sous le nom de «Tumulte d'Amboise», révéla tragiquement l'exacerbation des tensions entre Catholiques et Protestants français. Soumis aux dures contraintes de ledit d'Écouen depuis l'année précédente, les Réformés de France avaient vu avec crainte augmenter la puissance de leurs plus farouches ennemis, le duc de Guise et son frère le cardinal de Lorraine, oncles par alliance du nouveau souverain. D'où cette tentative désespérée de soustraire le royal adolescent à leur tutelle, qui ne déboucha que sur une répression à grande échelle contre les fidèles calivnistes [...]. Après la mort d'Henri II, en juillet 1559, le duc François de Guise et son frère Charles, cardinal de Lorraine, assurèrent la direction effective des affaires du royaume, profitant de l'influence de leur nièce Marie Stuart sur son royal époux, le jeune François II. Cette toute-puissance des Guise, champions de la cause catholique, s'exerça vite aux dépens des Protestants français. La nomination du modéré Michel de L’Hospital comme chancelier de France et la promulgation de l'Édit d'Amboise amnistiant les crimes d'hérésie, le 2 mars 1560, ne purent empêcher une nette montée des tensions interreligieuses. Quelques Réformés exaltés projetèrent de soustraire le roi à la pernicieuse tutelle des Guise. À la tête de la conjuration se trouvait un gentilhomme périgourdin, Godefroy du Barry seigneur de La Renaudie, qui réunit autour de lui un grand nombre de nobles protestants. Or, dès le 12 février, leur plan avait été dévoilé par un traître. Installant le roi à Amboise, les Guise préparèrent une nasse et les conjurés furent arrêtés au fur et à mesure de leur arrivée aux alentours du château, entre le 10 et le 16 mars 1560. Dès le 17, on exécuta publiquement les prisonniers, décapités ou pendus aux créneaux du château. La Renaudie fut capturé deux jours plus tard et condamné à l'écartèlement. Une répression brutale s'ensuivit, les Guise ayant beau jeu de présenter l'ensemble des Huguenots du royaume comme des séditieux. On soupçonna le prince Louis de Condé d'être la véritable âme du complot : condamné à mort, il ne dut la vie sauve qu'à la mort du roi en décembre 1560, qui marqua la fin du pouvoir absolu des Guise. Choqué par ces tragiques événements Ronsard avait composé sur-le-champ une élégie adressée à Guillaume des Autels, un proche des Guise, qui avait condamné la tentative huguenote dans une Harengue au peuple françois contre la rébellion. [...] Pour l'heure, Ronsard prône encore la modération à l'égard du Réformé, souhaitant «par livres l'assaillir, par livres luy respondre» (Pierre de Ronsard, Elégie sur les troubles d'Amboise, Mignonne, allons voir: fleurons de la bibliothèque poétique Jean Paul Barbier-Mueller, 2007 - books.google.fr).

 

Le témoignage de Ronsard, fervent partisan des Guises, hostile à la Réforme, en faveur de Nostradamus a sa valeur. Ne suffirait-il pas de rappeler les louanges de Ronsard en 1560 envers Nostradamus - “Ayt de Nostradamus l’enthousiasme excité” - pour comprendre que celui-ci ne saurait être soupçonné d’avoir annoncé la défaite des Guises ? Comme l’écrit Liliane Crété : “Ronsard, toute sa vie, fut l’homme d’un clan : il avait été tout Châtillon, il était maintenant tout Guise”. Au vrai, de quel Ronsard s’agit-il ? On tranchera assez vite : ces louanges apparaissent précisément dans l’Elégie à Guillaume des Autels consacrée, en son titre, aux troubles d’Amboise (Jacques Halbronn, Avatars du centurocentrisme et du nostradamocentrisme, 2004 - michel.nostradamus.free.fr).

 

"lettres prises en chemin"

 

Quelque temps après, on découvrit, par des lettres interceptées, ce qu'on avoit soupçonné jusqu'alors, que le prince de Condé étoit le chef muet des calvinistes, qu'il avoit été l'ame de la conjuration, et qu'il en tramoit une nouvelle. Le duc de Guise couvrant du secret le plus profond la découverte qu'il venoit de faire, attira le prince à Orléans, où étoient convoqués les états du royaume. Condé, en arrivant, alla présenter ses respects au roi qui, après avoir entendu son compliment avec froideur, lui déclara qu'il étoit accusé d'avoir formé des complots contre l'état et contre sa personne. Condé, sans laisser apercevoir aucune altération sur son visage, répondit que cette accusation étoit une calomnie, et que s'il plaisoit à Sa Majesté de lui produire ses dénonciateurs, il se faisoit fort de les convaincre d'imposture. Il est juste, répondit le roi, que vous soyez entendu dans vos défenses. A ces mots, il sortit et donna ordre d'arrêter le prince; ce qui fut exécuté sur-le-champ. On instruisit le procès dans les formes, et le crime se trouva si manifeste, que les juges ne purent se dispenser de prononcer la sentence de mort. Ce prince coupable alloit finir sa vie par la main du bourreau , lorsque François II, infirme dès l'enfance, mourut dans la dix-huitième année de son âge, laissant la cour et le royaume en proie à des factions qui devoient bientôt dégénérer en guerres cruelles (Jean Nicolas Loriquet, Histoire de France, à l'usage de la jeunesse, Tome 1, 1831 - books.google.fr).

 

"Rousseau"

 

L'épithète rousseau (cf. CXXXIV, CXLV, CLVIII), signifie traître, comme le dit Brantôme (Œuvres complètes, éd. L. Lalanne, Paris, 1 864- 1 882, IV, p. 288). Mais le sort qui attend ceux qui, comme Renart, sont rousseaux, est proverbial (David Wilkin, Les souspirs d'Olivier de Magny, 1978 - books.google.fr).

 

Cf. le quatrain VIII, 66 où "l'écriture DM" pourrait désigner De Magny.

 

Renard(e) n. Also reniarde, renaud(e), reinard(e), rainard. [OF renart, renarde, regnart & renaut, renaud] (Robert E. Lewis, Middle English Dictionary, Volume 7, 1985 - books.google.fr).

 

Ici on prendra le rousseau pour un renard/renaud.

 

Le chef apparent de la conjuration d'Amboise, dont le prince de Condé, malgré ses désaveux constans, passa pour être le chef réel, La Renaudie (Jean ou Godefroid de Barry, gentilhomme périgourdin) jouissait de la réputation d'un brave capitaine: Belleforest le cite comme l'un des hommes les plus éloquens du royaume. Un procès qu'il'eut à soutenir relativement à la possession d'un bénéfice, et dans le cours duquel il commit un faux, compromit son honneur et sa vie. Le duc de Guise ayant favorisé son évasion, La Renaudie s'enfuit à Genève, où il embrassa le calvinisme. Ensuite il parcourut l'Allemagne et les Pays-Bas pour établir des rapports entre les notabilités du parti protestant. Mais voyant qu'au zèle religieux il fallait joindre des motifs d'intérêt et d'ambition pour imprimer un mouvement actif à leur cause, il voulut rentrer en France, et le duc de Guise lui en rouVrit l'accès en lui procurant des lettres de révision. Au lieu de songer à son procès, La Renaudie ne s'occupa que d'abattre la puissance des Guises, persécuteurs du calvinisme. Quand il crut pouvoir compter sur le dévoûment et la discrétion d'un certain nombre d'hommes influens, il leur développa un plan de conspiration, qu'ils adoptèrent. Une consultation rédigée à Genève décida que, sans blesser sa conscience, ni manquer à la majesté royale, il était loisible de recourir à la force pour soustraire le roi à la domination des Guises. Les conjurés se réunirent à Nantes le 1er février 1560 : La Renaudie les harangua dans un discours que de Thou nous a conservé : puis il vint à Paris, avec l'autorisation de lever cinq cents cavaliers et quinze cents fantassins. Il logea chez un avocat nommé Avenelles, auquel il se confia, et qui le trahit par timidité. La cour, avertie du complot, quitte Blois, ville sans défense, pour se rendre à Amboise. Les conjurés s'y rendent aussi par détachemens, afin d'exciter moins de soupçons; mais à mesure qu'ils arrivent, on s'empare de leur personne ; le duc de Nemours les fait jeter dans les prisons de la ville, ou pendre aux créneaux du château, selon qu'il en attend ou non de nouvelles lumières. Instruit de ce désastre, La Renaudie se dispose à attaquer Amboise et à l'enlever de vive force. Il traversait la forêt de Château-Renaud, lorsqu'il est rencontré par le jeune Pardaillan, son cousin, qui court sur lui le pistolet à la main. La Renaudie saute à bas de son cheval, et renverse le jeune homme de deux coups d'épée; mais Un page de Pardaillan l'étend mort d'un coup d'arquebuse sur le corps de son maître. Le cadavre de La Renaudie, rapporté à Amboise, fut attaché à une potence, avec cette inscription : La Renaudie, dit Laforêt, chef des Rebelles (Éphémérides universelles, 1835 - books.google.fr).

 

Décalage de 2 ans

 

C'est pourtant de cette époque que date le premier édit officiel de clémence - nous ne disons pas encore de tolérance - à l'égard des Réformés. L'initiative en revient clairement à la reine-mère, Catherine de Médicis. Pendant les premiers mois de son veuvage, celle-ci était demeurée très effacée. Mais elle observait attentivement la situation. Les excès des Guise l'irritaient. Elle finit par se convaincre qu'elle devait prendre en main la direction des affaires, pour sauvegarder, par-dessus les rivalités des partis, les intérêts essentiels de l'État. L'édit d'Amboise (2 mars 1560), antérieur au complot de La Renaudie fut le premier acte de son intervention. Il rapportait le terrible édit d'Écouen (2 juin 1559) sur la recherche et la punition des hérétiques. Un pardon général fut accordé pour le passé, à condition que les sujets du roi veuillent bien «vivre dorénavant comme bons catholiques». Seuls les prédicants et les conspirateurs auraient affaire avec la justice royale. Une clause additionnelle, datée du 16 mars, reconnaissait en outre aux protestants le droit très important de requête collective. C'était leur permettre équivalemment de s'assembler, sinon pour des réunions cultuelles, du moins pour la discussion de leurs intérêts. Le mois de mars 1560 apparaît ainsi comme un tournant dans l'histoire religieuse de la France. Il marque simultanément, de la part des pouvoirs publics, l'inauguration d'une nouvelle politique religieuse et, de la part des protestants, leur entrée en scène comme faction dans l'État. C'est de ce mois également que date le premier projet royal d'un concile national, «afin que ceux qui seraient offensés de la corruption de ce siècle, se puissent doucement réconcilier à cette union de l'Église». Le Saint-Siège s'en montra très offusqué (Joseph Lecler, Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme (1955), 2013 - books.google.fr).

 

Les guerres de religion éclatent dès mars 1560, avec la conjuration d'Amboise. Malgré des tentatives de conciliation et le colloque de Poissy (1561), le massacre de Vassy (1er mars 1562) déclenche la première guerre (1562-1563), marquée par la bataille de Dreux. L'édit d'Amboise (mars 1563) suscite une réconciliation provisoire. Mais les hostilités reprennent en 1567, et c'est le début d'une série d'épisodes atroces où nos écrivains verront sombrer à la fois la gloire nationale et le prestige des chefs trop ambitieux. Chaque guerre a ses charniers et ses hontes (Françoise Joukovsky, La gloire dans la poésie française et néolatine du XVIe siècle, 1969 - books.google.fr).

 

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